‹ Observations pratiques sur la prédicationChapitre 81 sur 90 · XXV. — DD BIEN PRODUIT · texte numérisé non relu

XXV. — DD BIEN PRODUIT

fier en se disant : Je ne sais pas tout le bien que je vais faire ^î

J'ai prononcé, à Amsterdam et à Paris, un sermon (n* 4 du III* Recueil) sur ce texte : Ils m'honorent en vain, enseignant des doctrines qui ne sont que des commandements d'hommes, (Matt. xv, 9). S'il y a une thèse commune et rebattue, c'est celle de ce trèssimple discours, le parallèle de la morale du monde et de celle de l'Évangile ; le sermon contient ce passage assurément fort ordinaire.

« Voyez comment le monde entend la justice; » mon droit! s'écrie-t-il de toutes parts, mon droit » tout entier, mon droit sans rien en rabattre, sans » rien en retrancher ; mon droit selon la lettre de » la loi ! et souvent avec quelle dureté ceux dont » on veut adoucir les prétentions exorbitantes et

* Le poème de Gowper, intitulé the Task, la Tâdie, contient (Chant II, vers 326 et suiv. ) on ingénieux et profond parallèle des deux principales censures du mal et leçons du bien auxquelles le génie peut avoir recours dans l'intérêt du progrès moral, l'un la satire, l'autre la chaire. C'est à celle-ci que le poëte reconnaît une puissance d'utilité très-supérieure. Le langage est d'une vigueur et d'une pompe extraordinaire. « La » chaire, dit-il, quand le poëte satirique, dans son école vide, » se gonfle et s'agite, épuisant toute sa force sans faire un pro- » sélyte, la chaire, par un prudent usage de son légitime pou- Tn voir d'une si spéciale nature, sera reconnue, tant que le monde » durera, pour l'appui le plus essentiel et le plus efficace de la » cause de la vertu, son boulevard éclatant. >

» cruelles, répondent-ils : Je suis dans mon droit; » j'ai la loi de mon côté; les suites ne me regar- » dent point, et les suites, c'est peut-être la perte,

» la ruine, la pauvreté d'une famille entière

» Qu'est-ce que cette rigueur, sinon une doctrine » selon les commandements des hommes? Le fidèle » qui reconnaît pour première législation l'Évangile, » dit aussi, quand il le faut, mon droit; mais il » entend par là le droit selon l'équité plus que se- » Ion la justice, le droit selon l'esprit qui vivifie et » non selon la lettre qui tue; le droit qui est droit » non-seulement devant les hommes, mais aussi de- » vaut Dieu. »

Le lendemain d'une des prédications de ce sermon, je reçus une lettre anonyme. Mon correspondant, qui m'est encore inconnu, m'écrivait que, simple employé dans une maison de banque, il avait été forcé, par suite de maladies prolongées, à demander des avances considérables à son chef, sous promesse de remboursement à époques fixes ; qu'il avait été hors d'état de tenir ses engagements ; que, las d'attendre, son patron avait fini par lui annoncer la visite de l'huissier, la saisie de ses meubles, la perte de sa place ; qu'il se voyait, lui, sa femme et ses enfants, à la veille de la misère... et que, rentré chez lui après l'office^ le désespoir dans l'âme, il avait

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