‹ Observations sur l'emploi des flèches empoisonnées pendant la colonne de Dé-DougouChapitre 8 sur 17 · ER MMM · texte numérisé non relu

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passagère, sont de nature d’après les indigènes, à compro-

mettre d’une façon absolue le succès de la préparation qui perdrait, de ce fait, toutes ses propriétés toxiques. Aussi les

noirs sont-ils très rigoristes à cet égard et se soumettent-ils aux lois les plus strictes.

La plupart du temps, pour ne pas avoir de contact avec sa femme, lé préparateur quitté sa case et même son village

un ou plusieurs jours avant de se livrer à la confection du

poison. Non seulement les rapports sexuels lui sont prohibés, mais encore il lui est “interdit de causer à une femme. Dans certains milieux très arriérés, il ne peut même pas, pendant toute la durée de la préparation absorber le moindre aliment préparé par une femme. Les canaris ordinaires qui sont habituellement confectionnés par les moussos (ou femmes) des forgerons ne peuvent étre utilisés dans la circonstance. Le canaris employé doit avoir été fabriqué soit par un homme, soit par une femme d’un âge avancé et qui ne soit plus susceptible d’avoir des rapports sexuels. Un homme dont la femme est enceinte ne peut être choisi comme préparateur.

La femme est on le voit l’objet d’une proscription systématique. Nous avons cherché à en connaître la raison. Les

fétichistes sont peu explicites à ce sujet et semblent avoir

copié cette habitude sur les coutumes musulmanes. Les musulmans sont par contre très catégoriques : la femme est un être impur de par son rôle d’épouse et de mère, d’autre part elle est « sale » parce qu’elle est obligée de se livrer aux travaux du ménage, aussi ne peut-elle participer à un acte qui a trait à l’art de la guerre.

Le préparateur du poison est ordinairement distingué par les anciens, soit du village, soit de la sokala; il est généralement choisi dans les gens d’un âge moyen et doit être de préférence marié, mais cette dernière condition n’est pas indispensable, au moins dans certaines régions. Il doit être

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pris plutôt parmi les guerriers. Cependant les forgerons,

quoique considérés comme étant de race inférieure, peuvent

être parfois acceptés. Les jeunes gens non circoncis sont exelus; il en est de même des gens atteints de toute tare, infirmité ou maladie. D'ailleurs, d’après un dicton indigène, tout malade qui se hasarderait à respirer les vapeurs de la préparation toxique, verrait son affection prendre la one chronique et deviendrait incurable.

Sitôt nanti de ses fonctions, le fabricant du poison se naet en devoir d’apprêter tout ce qui lui est nécessaire, et de choisir le lieu où il doit faire sa préparation. Le poison ne peut être confectionné ni dans la maison, ni dans le village, mais obligatoirement au dehors dans un endroit plus ou

moins éloigné, suivant les coutumes locales; souvent dans

le voisinage du bois sacré, mais quelquefois assez loin dans la brousse pour que le préparateur ne courre le risque d’être dérangé. Les plantes ou autres ingrédients qui doivent entrer dans le mélange toxique ont été recueillies par avance et placées hors de la maison sur l’argamasse. Les canaris, obligatoirement neufs, et fabriqués dans les conditions que nous avons signalées ainsi que les autres ustensiles qui. doivent servir à la préparation sont placés par un enfant mâle sur une argamasse jusqu’au moment où ils seront

employés.

Le préparateur, après avoir fait choix du lieu où il devra procéder à la confection du poison, se met en devoir de rechercher les trois pierres qui constitueront son foyer. Ces pierres doivent autant que possible être propres et de forme régulière, et n’avoir été foulées par aucun pied; aussi les indigènes vont-ils parfois les chercher dans des endroits très reculés (Marka musulmans).

Le bois qui doit servir à la cuisson du poison ne doit pas avoir touché terre ; le préparateur accompagné d’un jeune homme non encore circoncis cherche sur un arbre appelé en marka « goin », en bobo « youk », des branches sèches qu’ils font tomber sur un linge propre et qu'ils em-

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portent ensuite au lieu dé la -préparation. fa cuillère - qui.

! doit servir à brasser le poison doit être faite avec du bois de ce même arbre. Après chaque opération, elle est précieu-

sement serrée dans les cases et peut resservir pendant plusieurs années. .

En possession de tout ce qui lui est nécessaire, l'indigène

préposé à la confection du poison, déjà préparé par une

‘abstinence sexuelle de plusieurs jours (abstinence de durée

variable suivant les régions), préparé aussi par un jeûne alimentaire d’au moins douze heures, se met à confectionner "sa sinistre cuisine. / $

Le costume qu’il doit avoir en la circonstance est très

variable suivant les villages; il est parfois autorisé à garder

ses vêtements, mais la plupart du temps il ne doit conserver

que le vêtement extra rudimentaire bien connu dans la région sous le nom de bila et qui ne sert qu'à masquer son sexe. k '

Pendant la durée de son travail, le jeûne absolu ne lui est pas toujoûrs imposé, mais il lui est interdit de manger de

. certains aliments. Dans quelques régions, cette pratique est

très sévère; il ne peut ni manger ni boire de façon à pouvoir garder sa salive (sic) au cas où il aurait besoin de cracher dans son mélange. Dans d’autres contrées, il doit boire constamment de l'eau de tamarinier pour ne pas être incommodé par les vapeurs qui s’exhalent du canaris.

L'heure de la préparation est aussi très variable. La plupart du temps elle doit être faite entre le lever et le coucher du soleil ; plus rarement elle est faite la nuit. La durée de la préparation est généralement de douze heures; dans la région de Bara elle est cependant de deux jours. Quant au mode de confection il est partout le même, il ne varie guère que par quelques détails de peu d'importance, dépendant uniquement de coutumes locales. Les matières entrant dans le mélange toxique sont soumises a une ébullition prolongée jusqu’à ce que les graines de strophantus aient éclatées.

Le produit est alors transvasé, soit par décantation, soit

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