‹ Observations sur l'epidemie dyssenterique qui a regne a l'ecole de Mars, au camp des Sablons, dans l'an II de la RepubliqueChapitre 14 sur 27 · DEUXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME OBSERVATION

Homme de 35 ans. — Bonne constitution. — Invasion brusque et sans symptômes pre'curseurs. — Traitement. — Bain de vapeurs. Frictions , potion de Rivière , etc. — Amélioration notable. — Guérison prompte.

Jean Maurer, âgé de 35 ans, fort, bien constitué, cheveux noirs, exerçant la profession de bateleur, est pris, sans prodrome aucun, des accidens du choléra. Le 3 octobre, à dix heures et demie du malin, Maurer se promenait dans la

me; tout-à-coup il sent ses forces Pabandomier; il tombe, il vomit, et la diarrhée se déclare. Cet homme reste quelcjue temps dans la rue; enfin on lui donne secours, et, à midi et demi, on le transporte à Fhôpltal de M. Boehr. Yoici les symptômes qu’il offrait: douleur à fépigastre, augmentant par la pression; langue humide, toutà-fait nette, légèrement refroidie; soif; pouls trèspetit, fréquent; pieds et mains bleuâtres, peau des doigts ridée, crampes dans les mollets; face décolorée, refroidie; yeux enfoncés dans les orbites et entourés d’un cercle brunâtre très -prononcé; voix faible, paroles saccadées; anxiété profonde, pressentiment sinistre, crainte de la mort.

Le malade reçoit un bain de vapeurs, puis on fait sur les membres des frictions avec une teinture alcoolique; il boit de l’infusion 'de menthe et une potion de Rivière; on lui administre un lavement camphré.

Après le bain de vapeurs, une transpiration générale s’établit; les angoisses, les vomissemens et la diarrhée diminuent; la nuit se passe tranquillement.

Le lendemain 4 octobre, à huit heures du I matin, on remarquait une amélioration notable ' de tous les accidens : epigastre moins douloureux, ‘ chaleur de la face rétablie, yeux moins enfoncés, moins cernés, diminution de la diarrhée, les vomissemens ont cessé , émission des urines ; elles

sont tn's-Iimpîcles, légèrement jaunâtres^ le pouls s’est relevc', il donne 70 pulsations par minute. Excepté le bain de vapeurs, on renouvelle toute la médication de la veille.

Le 5, l appétit se manifeste, le courage est revenu; les jeux sont encore légèrement cernés; le malade se lève, mais il se sent faible; le 6, la convalescence est complète. Maurer sortit de Fbôpital peu de jours après.

L’observation de Maurer fait naître plusieurs réflexions, et présente des particularités remarquables. Et d’abord la promptitude de l’invasion mérite d’être signalée : ce n’est point ainsi, en général, que le choléra débute; ordinairement la diarrhée précède le développement des accidens; 011 ressent un malaise inaccoutumé; les traits de la face éprouvent, selon quelques observateurs, un changement caractéristique (nous ne l’avons pas remarqué à Berlin) : ces circonstances existant, le choléra éclate à la moindre imprudence.

Chez Maurer, rien de semblable : cet homme est frappé au milieu de la rue, au moment où il s’v attendait le moins, et sans avoir commis d’imprudence, à ce qu’il m’a assuré. Sous ce rapport, l’observation de Maurer est un cas rare.

Nous ne nous arrêterons pas à signaler l’amélioration des accidens après l’apparition de la sueur et l’émission des urines; tous les observateurs ont noté ces deux phénomènes comme

indices presque conslans d’une guérison prochaine. C’est une crise qui s’opère, et l’on connazt toute l’importance des crises. Reste l’explication : admettra-t-on que la crise s’est laite, parce que le trouble des organes intérieurs avait déjà diminué? ou bien dira-t-on que le mieux s’est manifesté, parce que la sueur s’est déclarée? La solution de cette question est toute pratique. Si l’on admet que la sueur de la peau détourne le rhal et l’expulse, rien de plus conséquent que de donner de suite des bains de vapeurs, et à la température la plus élevée^ mais si l’on pense, au contraire, que la sueur ne peut se manifester utilement, que lorsqu’on a détruit ou au moins diminué la gravité des désordres intérieurs, on accordera moins d’importance aux bains de vapeurs, et surtout on sentira qu’il convient de mieux préciser leur mode d’application. Or, la phj'^siologie pathologique nous démontre théoriquement que les crises ne s’opèrent que lorsque l’organe primitivement affecté revient à son état normal^ les faits confirment la théorie.

Qu’arrive-t-il, lorsqu’on administre un bain de vapeurs à une personne vivement attaquée du choléra? Le calorique stimule la peau, il y appelle le sang, il provoepe la sueur ^ en même temps, la circulation est accélérée , et comme le sang doit passer par des poumons engorgés, la respirationest précipitée , «pénible, l’anxiété est extrême^ j’ai

rarement vu les malades supporter le bain au-delà d’un quart d’heure : bientôt le refroidissement de la peau s’opère, le sang retourne rapidement à l’inle'rieur, les accidens s’aggravent , le mal est irréparable.

Au lieu d’administrer sur-le-champ un bain de vapeurs de 4o et quelquefois 5o degrés, calmez les organes intérieurs par des boissons adoucissantes , frictionnez la peau, rappelez graduellement le sang, faites qu’il pénètre la profondeur des muscles en même temps qu’il arrive à la surface des membres, donnez alors un bain de vapeurs, à une température modérée, afin de seconder vos efforts:; renouvelez ensuite les frictions : que ces deux moyens se succèdent immédiatement et plusieurs fois^ et, si toute chance de guérison n’est pas perdue, de nombreuses probabilités de succès se manifesteront rapidement.

D’ailleurs, n’est-ce point ainsi que l’expérience nous dit qu’il faut opérer quand le corps est refroidi et le sang refoulé dans les organes intérieurs? Met- on dans un bain de vapeurs un homme asphyxié par le froid ? On s’en garde bien, on le tuerait sur-le-champ. Cet exemple n’est-il pas un conseil et un précepte?

Je reviendrai plus tard sur ce point important du traitement du choléra.

Dans toutes les maladies, la crainte de la mort est d’un mauvais augure^ dans le choléra, ce

pressentiment sinistre est regarde comme plus fâcheux encore que dans les autres affeclions. L’exemple de Maurer prouve cependant qu’il ne faut pas s’alarmer trop vivement de celte disposition de l’espi'it^ elle ne doit avoir d’importance, aux 3'eux d’un médecin éclairé, que lorsqu’elle

est en rapport avec les désordres des organes.

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