‹ Observations sur l'epidemie dyssenterique qui a regne a l'ecole de Mars, au camp des Sablons, dans l'an II de la RepubliqueChapitre 16 sur 27 · QUATRIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME OBSERVATION

54 nns. — Refroidissement. — Contractions violentes des muscles des membres et de la face. — Apparition de la diarrhe'e. — Vomlssemens. — Langue froide. — Extre'mités froides , bleuâtres.

— Peau des doigts fortement plisse'e. — Traitement Bain

chaud acidulé Teinture de fer de Klaprolh, etc. — Mort

Autopsie. — Congestion dans le cerveau , les poumons , le foie. — Altération des follicides de Pinteslin grêle.

Cari Hinze, â(^é de de 54 ans, tailleur, après s’ctre refroidi, le 7 octobre i83i, au matin, est pris tout-à-coup dc' crampes aux mollets, bientôt suivies de contractions violentes des muscles des membies et de la face. Les mâcboires sont serrées spasmodiquement, et le malade ne peut avaler qu’avec difficulté. Peu de temps après, la diarrhée et les vomissemens se déclarent, et, à trois heures après midi, Hinze est apporté à l’hôpital de M. Romberg.

Depuis son entrée, le malade n’a pas eu de vomissement^ les selles, peu fréquentes, sont claires, et semblables à de l’eau de riz. Les yeux sont enfoncés dans les orbites^ la face est fioide^ d n’y a point de sueur^ la langue est froide^ couverte d’une légère couche blanchâtre^ la soif est vive; les extrémités supérieures et inférieures sont Irès-froides et bleuâtres; il n’y a point de pouls; on ne distingue pas même les battemens eu cœur; la peau des doigts est très-fortement phssee; le malade éprouve une vive anxiété; k

respiration est courte, laborieuse, fréquente, et paraît s’opérer principalement à l’aide du diaphragme^ la voix est très-faible, éteinte, entrecoupée.

Traitement. Frictions sur les membres avec la teinture de cantharides ^ bain d’eau acidulée à 3o degrés, Réaumur^ infusion de menthe poivrée; teinture de Klaproth, 20 gouttes toutes les deux heures.

Mort à six heures et demie du soir, trois heures et demie après l’entrée à l’hôpital.

Ouverture du cadavre, dix-huit heures après la mort.

Aspect extérieur. Cadavre maigre; muscles saillans et contractés: bouche entr’ouverte.

Tête. Sinus de la dure-mère très-injectés ; les vaisseaux de la pie-mère le sont également^ la substance cérébrale saine, mais très -fortement injectée.

Moelle épinière. Point de liquide dans la cavité^ les vaisseaux de la pie-mère sont très-injectés. La substance médullaire ne présente aucune altération.

Poitrine. Poumons sains, adhérans tous deux aux plèvres costales; leur tissu contient beaucoup de sang noir.

Cœur. Point de sérosité dans le péricarde^ le cœur est sain ^ le ventricule droit contient beaucoup de sang coagulé et liquide.

Abdomen. Rien de remarquable à la surface extérieure.

La membrane muqueuse de l’estomac est fort rouge à sa portion pylorique^ la portion placée au bas-fond est ramollie.

L’intestin duodénum présente des taches d’un rouge pointillé, peu étendues.

L’intestin jéjunum offre une teinte grisâtre, sans altération appréciable^ la membrane muqueuse de l’intestin iléon présente une foule de follicules isolés, saillans, et d’autant plus rapprochés qu’on avance vers la vulvule iléo-cœcale ^ plusieurs plaques folliculeuses , de grandeur très-variable, existent aussi dans cette partie de l’intestin 5 au tiers inférieur de l’intestin iléon se présente une grande tache rouge, enflammée, de l’étendue de quatre pouces environ.

Le gros intestin était d’un rouge foncé vers la partie supérieure de l’arc transversal du colon; les autres portions étaient saines et n’offraient que des follicules isolés, peu saillans.

Le foie, la rate, les reins et la vessie n’offraient point d’altération.

Le ganglion semi-lunaire, examiné avec soin, présenta sa surface antérieure légèrement rougie ^ mais sa substance elle-même, divisée en tous sens , ne présenta que la couleur grise qui lui est ordinaire.

La tunique interne des artères et des veines n offrait aucune coloration anormale^ les artères des membres étaient tout-à-fait vides.

Cet exemple commence, en quelque sorte, la série d’observations de choléra compliqué, que nous devons présenter.

Aux symptômes ordinaires du choléra, qui, déjà, étaient portés à un haut degré chez Hinze, viennent se joindre des accidens nerveux d’une nature fort alarmante. Rien n’était plus pénible que de voir cet homme en proie aux douleurs des crampes, et surtout éprouver le tourment de la soif^ ses membres fléchis et rétractés ne lui permettaient aucune position favorable, et ses lèvres, c[u’il écartait à peine, ne pouvaient recevoir cjue quelques gouttes de liquide pour calmer l’ardeur dont il se plaignait.

Ces violens accidens nerveux ne sont pas , fort heureusement, très-fréquens ^ on serait disposé à admettre le contraire , après la lecture de la plupart des ouvrages qui traitent du choléra , et l’on s’attend, en entrant dans une salle de malades, au spectacle le plus déchirant. Il n’en est rien : les crampes se présentent, il est vrai, chez tous les malades^ mais, en général, elles sont faibles, passagères, et la douleur qu’elles excitent n’est signalée, le plus souvent, que par un petit changement dans les traits de la face.

L’anxiété, l’agitation que les malades éprouvent, ne viennent pas principalement des crampes^ car, nous le répétons, ces accidens nerveux ne jouent ordinairement qu’un rôle secondaire^ elles

sont le re'sultat du malaise des organes abdominaux, et de la gêne de la respira lion, gêne produite par rengorgement des poumons, et surtout par la faiblesse de contraction des muscles de la poitrine et du diaphragme^ on dirait que ces organes sont à demi paralyses. Celte supposition paraîtra peut-être singulière à ceux qui n’ont pas vu le choiera^ mais les observateurs qui ont étudié celle maladie ne seront probablement pas éloignés de partager cette opinion. Ce n’est qu’ainsi , en effet , que plusieurs phénomènes me paraissent pouvoir s’expliquer.

D’abord, remarquons que les cholériques ne toussent jamais, et même ne peuvent pas tousser, quel qu’effort qu’ils fassent lorsqu’on les y sollicite. Les vapeurs irritantes ne réussissent pas mieux que la volonté, à déterminer la toux^ dans les salles de M. le docteur Romberg, nous fumions tous , et les malades , au moment de la visite , étaient enveloppés d’une atmosphère épaisse de fumée de tabac ^ cependant aucun d’eux ne toussait. Si l’on voulait expliquer cette particularité par l’engorge- I ment du poumon, il faudrait que l’on pût donner la raison qui permet aux hommes atteints d’une I double pneumonie de tousser, et de tousser fréquemment^ il faudrait que l’on pût dire pourquoi, dans cette phlegmasie, le timbre de la voix se conserve, affaibli il est vrai, tandis que chez les cholériques la voix est lout-à-fait éteinte.

Une inspiration profonde et soutenue n’est pas possible lorsqu’on est atteint du choléra^ on ne pourrait pas non plus exe'cuter plusieurs inspirations ou expirations successives et précipitées : enfin, tout ce qui exige un effort de la part des muscles de la poitrine est impossible.

Les accidens nerveux sont quelquefois beaucoup plus prononcés qu’ils ne l’ont été chez liinze^ nous avons vu la petite Wildé , âgée de 5 ans , éprouver des mouvemens convulsifs déterminés par la douleur des crampes.

Chez une autre petite fille de 6 ans, le tétanos s’est déclaré pendant l’accès du choléra^ après la mort, le tronc est resté courbé en arrière, tant était grande la violence des contractions musculaires^ enfin, nous avons vu un homme de 27 ans, nommé Gromezinski, à qui il survint des mouvemens convulsifs si violens, qu’il fallut les forces de quatre hommes pour maintenir le malade dans son lit.

Mais, nous le répétons, ces exemples ne sont que des exceptions.

Page 1