‹ Observations sur l'epidemie dyssenterique qui a regne a l'ecole de Mars, au camp des Sablons, dans l'an II de la RepubliqueChapitre 21 sur 27 · NEUVIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

NEUVIÈME OBSERVATION

Homme de 34 ans. — Apparition du chole'ra, après l’ingestion d'uM ■yerre d’eau. — Le troisième jour de la maladie, de'lire, fre'quence du pouls , manifestation de l’ètat typlieux. — Traitement. — Sangsues, saigne'e, sinapismes. — Mort. — Autopsie. — Congestion sanguine au cerveau , intlammalioa de l’estomac et des intestins, plaques folliculeuses ,• inflammation du ganglion semi-lunaire.

Frédéric Yogel, garçon potier, âgé de 34 ans, d’une constitution robuste, logeait au rez-de-chaussée, dans une chambre humide et située audessous du sol. Cet homme avait éprouvé, pendant l’été, plusieurs accès de lièvre intermittente, qui se sont dissipés sans traitement.

Après un souper fort simple, Vogel boit un verre d’eau, et, dans la nuit du 2 au 3 octobre^

ie choiera se déclaré. Le malade est e'veillé par des crampes violentés dans les mollets ; la diarrhée survient^ elle est bientôt suivie de vomissemens frëquens et copieux. Vogel fut transporte à l’hôpital, à une heure de l’après-midi. Tous les symptômes du choiera étalent très-prononcés ; langue fi’oide; extrémités inférieures bleues et très-froides; peau des doigts profondément plissée; voix éteinte; respiration courte, fréquente; anxiété profonde; les muscles des membres, et même ceux du ventre, éprouvaient des crampes douloureuses : on voyait ces derniers se contracter et former des nodosités volumineuses. Le pouls était presque insensible; la soif très-vive, et les urines milles. Le malade demandait arec instance de l’eau fraîche.

Ces accidens durèrent deux jours , en présentant des variétés dans leur intensité. Ils furent combattus par un bain chaud acide, un bain de vapeurs, l’infusion de menthe, etc.

Le 5 octobre , le malade est très-agité pendant la nuit; la diarrhée a reparu abondante, mais elle cesse vers onze heures du matin : plus de vomissemens; le pouls s’est élevé; il bat 90 fois par minute; la peau devient chaude. La nuit suivante, l’agitation reparaît, le délire survient; il faut deux infirmiers pour surveiller le malade.

Traitement. Seize sangsues au front, trois grains de calomelas toutes les deux heures, glace sur la tête, sinapismes ^ux jambes et à la nuque.

La sliipeiir augmente^ la peau, surtout celle des extrémités, se couvre d’ecclij'moses d’un bleu -rougeâtre, quelques-unes sont de la grandeur de la main^ le pouls est très-faible 5 les sinapismes précédemment appliqués n’ont point excité la peau. Le médecin prescrit une saignée : la veine est ouverte, mais le sang ne s’échappe pas.

A six heures du soir, le 6 octobre, le pouls disparaît, mais l’agitation augmente^ vers minuit, le malade devient plus calme ^ il meurt le 7, à huit heures du matin.

Pendant toute la durée de la maladie, la soif a toujours été vive, l’abdomen douloureux^ mais la langue n’a jamais été ni sèche, ni noire.

Ouverture du cadavre, vingt-sept heures après la mort.

Aspect extérieur. La peau est couverte d’ecchymoses^ les muscles sont saillans et durs^ la raideur cadavérique est très-grande^ la cornée a presque conservé l’éclat de la vie.

Crâne. Les sinus de la dure-mère sont remplis de sang^ la pie-mère est très-injectée 3 la substance cérébrale contient beaucoup de sang : il n’y a point de sérosité dans les ventricules.

Le canal rachidien contient un peu de sérosité jaunâtre.

Poitrine. Les plèvres, saines, ne renfermaient point de sérosité. Les deux poumons adhéraient, par des brides légères et anciennes, aux plèvres

Costales; ils coütenaient du sang à leur partie poslëriëure^ leur tissu était saiu.

Le péricarde renfermait deux gros ^ environ ^ de sérosité. Les cavités droites du cœur contenaient un sang noir et liquide ^ les cavités gauches en contenaient très- peu ^ il y avait un petit caillot;

Abdomen.* Ij-a. surface externe de l’estomac et des intestins ne présentait pas de coloration remarquable.

La membrane muqueuse de l’estomac était irès-rouge, surtout vers le pylore;

Le jéjunum et l’iléon offraient de nombreuses traces d’inflammation : près de la valvule iléo-cœcale, on voyait plusieurs plaques folliculeuses, de la largeur de quatre à cinq lignes , et de la longueur d’un pouce, au moins;

^ Le foie était abondamment gorgé de sang;

La vésicule était remplie d’une bile brune et verdâtre.

La rate était petite, et ne contenait pas de sang*

La vessie était petite, contractée, et ne contenait pas d’urine.

Le ganglion semi - lunaire du grand sympathique était rouge, et paraissait enflammé.

Les symptômes de typhus développés chez Yogel méritent d’être signalés ^ parce que ce sont ceux qui se montrent le plus fréquemment à la suite du choléra.

L’erreur serait grande , si l’on s’attendait à trouver constamment , comme dans le tj j)hus ordinaire, les dents sèches, fuligineuses, la langue cliarbonnèe, les mains tremblantes, etc. ^ enfin tous les accidens qui accompagnent communément cette maladie.

Le tjphus conse'cutif au choléra commence lorsque la tête se prend ^ les symptômes inflammatoires du tube digestif sont alors plus ou moins prononcés^ mais ils ne sont jamais aussi violens que dans le typhus des camps et des prisons : au moins je ne les ai jamais vus.

Les taches ecchjmosées survenues le ejuatrième jour de la maladie, ne sont pas rares chez les individus atteints de typhus^ nous les avons observées plusieurs fois : elles prennent dififérentes formes ^ chez quelques malades , ce sont de petites \ taches rouges , superficielles, en un mot, de véritables pétéchies^ d’autres fois, ce sont de grandes taches d’un rouge violet, et qui semblent pénétrer la profondeur de la peau. Ce symptôme est d’urr mauvais augure.

'description générale du choléra.

Toutes les personnes peuvent être atteintes du choléra ^ la vieillesse et l’enfance n’en sont point exemptes : les assertions contraires avancées par plusieurs médecins sont démenties par les faits. Les tableaux de mortalité que nous avons présentés en fournissent des preuves surabondantes. On a cru, pendant quelque temps, que les phthisiques ne contractaient pas le choléra; cV'tait une erreur. Les femmes enceintes ne sont point épargnées ; l’on en a vu accouclier pendant une attaque de choléra; ce fait s’est présenté dernièrement à l’hôpital de la rue des Cuisiniers, à Berlin : l’accouchement a été opéré par le docteur Heyfelder ; la mère a vécu deux jours; l’enfant est mort deux heures après sa naissance ( i ).

Quelle est la cause du choléra? Nous devons convenir que nous l’ignorons. Les théories médicales ne nous offrent , sur ce point , cpie des résultats incomplets et qui ne s’appuient que sur des hypothèses plus ou moins ingénieuses. Ainsi , quelques médecins ont attribué le choléra au pr incipe magnétique ; d'autres , à une force tellu-

(i) V o/ez en outre l’observation rapportée page 3j,

rîqne, et quelques -mis à des causes plus oTiscures encore ou plus ridicules. Selon un chimiste allemand, ce serait un principe alcalescent développé dans le sang^ selon Hahnemann, des insectes imperceptibles auraient amené l’affreuse épidémie qui a ravagé l’Asie , l’Afrique , çt une grande partie de l’Europe, etc.

Mais , si nous ignorons la cause du choléra , nous connaissons au moins fort bien les circonstances qui favorisent le développement de la maladie. Ainsi , l’observation apprend que les personnes prédisposées aux atteintes du choléra sont celles qui sont affaiblies par l’âge, les excès, une maladie antérieure, la mauvaise nourriture, un travail fatigant, les émotions pénibles de l'âme, la peur surtout, et un séjour dans les lieux bas et humides, ou mal aérés. Chez une personne placée dans ces circonstances, il suffit d’un refroidissement de la peau , d’une mauvaise digestion , ou d’un ^xcès quelconque, pour faire naître la maladie.

En généi'E^l , le développement du choléra est précédé de l’apparition de la diarrhée et d’un malaise de la tète ; quelquefois il j a disposition à l’assoupissement. J’ai vu des cas où le choléra a débuté subitement par des crampes dans les mollets et les muscles des bras.

Le choléra survient plus souvent la nuit que le jour.

Yoici les symptômes d’un accès bien prononcé;

Les pieds , les mains sont violacés et tont-a-fait froids^ la peau des doigts, et souvent celle des orteils, est ridée, comme si ces parties eussent été tenues long-temps dans l’eau ^ un demi-cercle bleuâtre existe à la base de l’ongle. H ny a point de pouls ^ toutefois, on sent ordinairement le^ pulsations de l’artère carotide et du cœur ; ces pulsations, en général, sont précipitées, de 8o à 120 minutes. La langue est froide, bleuâtre, assez souvent couverte d’une couche légère de mucosités blanchâtres. Une sueur froide et visqueuse est répandue sur le front et les joues:; la face est froide, bleuâtre, quelquefois complètement décolorée^ dans. d’autres cas, les pommettes seules sont rouges et bleues. La bouche est entr’ouverte ; les lèvres sont bleues- les joues creuses, les pommettes saillantes; les yeux enfoncés dans les orbites, et souvent entourés d’un cercle brunâtre. Lorsque le malade est en repos, le globe de l’œil est tourné en l:;aut, et ne montre, à travers les paupières enlr’ouvertes , que le blanc de la sclérotique.

Des crampes plus ou moins violentes existent dans les mollets, et quelquefois dans les muscles des bras. La respiration est courte, précipitée; une inspiration profonde est impossible; une anxiété inexprimable se montre dans les traits du malade. Au milieu de cet appareil de symptômes elfrayans, le malade conserve sa raison; il répond

jusle à toutes les questions^ mais la voix est faible, éleinle , saccadée , elle est cholérique ^ comme nous disions à Berlin, afin d’exprimer d’un seul mot les caractères qui la rendent si remaîquable.

Les vomissernens sont ordinairement fréquens au début de l’accès j un liquide blanchâtre, floconneux, est expulsé^ quelquefois ce sont des matières grises, verdâtres, bilieuses.

La diarrlie'e n’est d’abord qu’un fluide aqueux, floconneux, semblable à de l’eau de riz. Ce liquide prend bientôt une couleur grisâtre, homogène^ puis il devient brunâtre ou jaunâtre, et prend un peu plus de consistance.

Ces évacuations du tube digestif sont quelquefois fort abondantes^ d’autrefois elles durent très-peu^ il n’j a que deux ou trois vomissernens, et autant de déjections, et cependant |a maladie n’en est pas moins grave.

La soif est vive, et les malades ont une grande appétence })our l’eau froide. Si l’on presse la région épigastrique, on la trouve toujours sensible, et quelquefois très-douloureuse.

Les urines sont nullcs ou rendues en très-petite quantité^ elles sont généralement troubles et blanchâtres.

L’accès du choléra dure depuis une ou plusieurs heures , jusqu’à un jour, et quelquefois deux. Apres cette époque, le choléra se transforme communément en une autre pialadie, appelée t^^phus.

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Le choléra se termine de trois manières : i® par la santé L 2° par sa transformation en typhus; 3® par la mort. ^

1® La terminaison directe par la santé est la plus rare; nous Tavons cependant observée plusieurs fois^ notamment sur le nommé Maurer, dont nous avons rapporté l’observation (i). Cette terniiuaison arrive particulièrement chez les adultes bien constitués, et qui ne portaient aucune altération organique chronique. Dans cette circonstance, la convalescence est ordinairement rapide, c’est-à-dire, de üois ou cpiatre jours; mais le pouls conserve, en général, une lenteur remarquable.

2® La transformation du choléra en typhus â lieu à des époques indéterminées : on l^a vue se prononcer le premier jour; le plus souvent, c’est le deuxième ou le troisième jour, quelquefois plus tard. Cet état s’annonce par les symptômes suivans : rougeur de la face, injection des paupières, éclat singulier des }'eux, chaleur augmentée du Iront, respiration moins précipitée, pouls fréquent, vibrant; Sécheresse de la peau; inquiétude, agitation; quelquefois sentiment de mieuxêtre, qui n’est pas en rapport avec l’état réel du malade. Bientôt l’état typheux se prononce plus distinctement : la partie interne des yeux se couvre souvent d’un mucus jaunâtre, épais; les narines

(i) l'oyez deuxième observation, page 48.

( ïo4 ^

sont sèches^ la langue devient sèche et rugueuse^ puis brune et quelquèfois noirâtre^ la peau de la face présejile, dans quelques cas, diverses couleurs à la fois ; elle est Jaunâtre', rouge\;t violace'e. La physionomie a une expression particulière qui approche de la stupidité. Au commencement, on peut encore éveiller le malade, sans peine ; il reconnaît ceux qui l’entourent^ il répond d’une manière embarrassée, et retombe aussitôt dans l’assoupissement. La chaleur de la peau est inégalement répartie : faible sur les membres et la face, elle est très-prononcée Sur le tronc. Le pouls bat ordinairement de 8o, 90 à 100 fois par minute^ il est tantôt plein ^ tantôt faible. Les selles sont bilieuses, demi-liquides, et, quelquefois, mêlées de mucus gélatineux : le malade les rend involontairement, ainsi que les urines.

Cette nuance de typhus diffère peut-être du tvphus ordinaire, par l’absence d’exacerbation et de rémission. Le matin, le soir, la nuit, n’amènent aucun changement dans l’état du malade. La durée de ce typhus est assez variable : lorsque l’issue doit être mortelle, elle a lieu trente-quatre, trentesix, soixante-douze heures après l’invasion, rarement plus tard. Le retour a la santé s annonce ordinairement le troisième ou le quatrième jour.

'Les dangers du typhus ne sont pas moins grands que ceux du choléra, et c’est, en effet , de cette manière que meurt un très -grand nombre des malades.

La convalescence i, à la suite fin tjplnis, est beaucoup plus lente et plus difficile que lorsque le choiera se termine directement par la santé.

3° La terminaison par la mort est malheureusement la plus fréquente^ sur 2,200 malades, il y a eu i,4oo morts et 800 guéris.

La mort arrive à des époques très-variables. Sur 77 malades entrés à l’iiopital de M. Piomberg, du i3 au 19 septembre, un est mort pendant qu’on le transportait^ 8 sont morts trois heures après leur entrée^ 5, six heures après- i5, douze heures après^ 7, vingt-quatre heures après ^ 8, quarante-huit heures après ^ 3 , soixante-douze heures après ^ et 5, quatre-vingt-seize heures après.

Dans l’hôpital de M. Bœhr, on a reçu une famille dont l’homme est mort en arrivant- la femme est morte une heure après, et l’enfant, le même jour.

La rapidité de la mort est, en général, en rapport avec la gravité des accidens : l’àge du sujet, le sexe, son tempérament, paraissent n’exercer aucune influence.

Passons à l’examen des cadavres.

Les cadavres des individus morts du choléra ont des caractères particuliers qui ne peuvent échapper à l’observateur le moins attentif. Immédiatement après la mort^ l’œil semble reprendre de la vivacité^ les joues restent colorées ^ la bouche est souvent entr’ouverte ^ les traits sont

moins

. ■ ( loG )

gripprs^ en un mot, la vie paraît sc ranimer, loisfjiie déjà elle est complètement éteinte. Les vivans, ainsi cjue le disait fort justement un médecin de Berlin, ressemblent aux morts, et les morts aux vivans. L’erreur peut être si complété, fju’il m’est arrivé de noter comme mort un iudividn qui ne mourut réellement que plu- .sieurs heures après.

Lorsque les cadavres sont refroidis, les muscles des membres et du tronc sont raides, contractés, et dessinent leurs saillies sous la peau comme pendant un exercice violent. La pointe des pieds est tournée en dedans^ la peau des doigts et des orteils reste ridée ^ la partie postérieuie du tionc est très-souvent bleuâtre et comme ecchjmôsée par le sang cjui s’y est accumulé.

Quand on ouvre les cadavres, on trouve constamment des altérations orgauicjues : étudions-les successivement, en commençant par le système nerveux.

Système nerveux. Le cerveau présente ses vaisseaux veineux et artéiiels remplis de sangj toutes les veines de la pie-mère sont distendues, ainsi que les divers sinus de la dure-mère, par un sang noir , ordinairement fluide. La substance cérébrale elle -même ne m’a jamais présenté d’altération^ lorsqu’on la coupait par tranches, on voyait s’échapper des vaisseaux divisés, une foule de gouttelettes sanguines 5 le cervelet, le

pont de varole et la raoëlle alonge'e offiaienflé mttnie aspect^ le tissu de ces organes nous a toujours paru sain', mais un peu rougeâtre, a cause du sang qui l’imprégnait. Dans le grand nombre d’ouvertures qui ont été faites, je n’ai pas appris qu’on ait découvert la moindre alteration organique appréciable.

La moelle épinière n’a jamais présenté de lésion caractérisée^ son tissu, divisé dans tous les sens, a toujours paru sain : de meme que dans le cerveau , les vaisseaux des membranes racliidiennes étaient gorgés de sang. Le fluide rachidien ne m’a rien offert de remarquable^ sa quantité était très- variable^ quelquefois il en existait à peine, et d’autres fois elle remplissait le canal. Les ventricules cérébraux ne renfermaient que peu de sérosité^ je ne connais pas d’exception pour les cadavres ouverts à Berlin.

Le grand nerf sympathique a souvent été examiné avec soin ; l’on n’a rien découvert. Une seule fois, M, Gielt , professeur à Munich, a trouvé, sur le cadavre d’un homme adulte que nous ouvrions ensemble, le ganglion semi-lunaire rouge et paraissant enflammé (i). Une seconde fois, nous avons vu le tissu cellulaire qui enveloppe le ganglion, présenter un aspect rougeâtre; mais la substance elle-meme, divisée et examinée

(?) Voyez l’observation neuvième.

avec soin , avait conserve sa couleur grisâtre habituelle.

Les clifFerens plexus de l’abdomen et de la poitrine ne nous ont jamais offert d’altération appréciable; il en est de même des filels nerveux f[ui en partent. Les principaux nerfs des membres ne m’ont jamais présenté d’altération. Ces recbercbes minutieuses ont été faites sur plusieurs cadavres, et le résultat a toujours été le même.

Système 'vasculaire. Le cœur nous a constamment présenté les cavités droites plus ou moins distendues par un sang noir, légèrement poisseux, mêlé à des caillots fibrineux, d’un volume et d’une longueur variables. Ces caillots, quelcpiefois grisâtres, d’une assez grande consistance, s’étendaient dans l’artère pulmonaire; d’autres fois ces caillots étaient d’un blanc jaunâlie, assez semblables à de l’albumine à demi concrétée; en général, les caillots de cette forme ne s’étendaient pas dans l’artère ni les veines.

Les cavités gauches contenaient beaucoup moins de sang; rarement on y rencontrait des caillots, et, s’il en existait, ils étaient beaucoup plus petits. Le sang contenu dans ces cavités était quelquefois mêlé d’un très -grand nombre de petites bulles d’air, phénomène qu’il n’est pas facile d’expliquer, car les cadavres sur lesquels je lai observe, ne présentaient aucun signe de putréfaction.

La substance même du cœur ne nous a jamais présenté d’altération qu’on puisse rapporter au

clioléra^ une seule fois, nous avons trouvé, chez une femme nommée Willielmine Wildé (i), des ecchymoses sur la partie postérieure du cœur^ Fune de ces ecchj'^moses , placée sur le trajet de la veine coronaire, avait sept à huit lignes de diamètre en tous sens.

Les gros troncs veineux et artériels qui se rendent au cœur, contenaient assez souvent du sang noir, fluide, et quelquefois des caillots fibrineux.

Les artères des membres étaient vides de sang^ chez quelques-unes d’entre elles, on trouvait un petit caillot qui occupait à peine le quart de leur capacité.

Les veines contenaient, en général, beaucoup de sang noir, fluide et visqueux.

Les parois des vaisseaux ne m’ont jamais olFert d’altération.

Le péricarde a toujours été trouvé sain, contenant très-peu de liquide^ et, dans quelques cas, il n’en renfermait pas du tout : plusieurs fois nous avons remarqué que la sérosité était visqueuse, filante, et presque semblable à de la synovie.

Appareil respiratoire. Le larynx et la trachéeartère étaient sains. Les poumons, au contraire, offraient constamment les traces d’une congestion plus ou moins considérable. Cette congestion était

(0 Voyei l’observaûon cinquième.

très -forte à la partie postérieure et à la base du poumon^ elle était beaucoup moins prononcée vers le bord antérieur et au sommet de Torgane, où quelrpiefois elle ii’existait pas du tout. En comprimant le tissu des poumons dans les parties engorgées, on sentait encore une légère crépita-, lion, et, lorsqu’on le lavait à plusieurs reprises dans Fean , on le débarrassait du sang qu’il renfermait. Ces caractères prouvent suffisamment l’existence pure et simple d’une c.ongestion. 11 est à remarquer que sur le grand nombre de cadavres que j’ai ouverts, ou vu ouvrir, je n’ai jamais trouvé les traces d’une pneumonie aiguë, et cependant le sang abonde tellement dans les poumons, que ces organes remplissent quelquefois presque complètement la cavité de la poitrine.

Les plèvres sont saines^ la séiosité qu’elles secrétent est assez souvent visqueuse et semblable à de la sjnovie.

Appareil digestif. Les organes que nous allons examiner méritent toute notre attention, et p^r le rôle important qu’ils jouent dans le choléra, et par la constance des altérations qu’ils présentent.

La bouche, le pharynx et l’œsophage n’offrent rien de remarquable:^ j’ai trouvé une seule fois l’œsophage rouge dans son tiers inférieur : cette couleur était produite par des vaisseaux élégamment ramifiés et gorgés de sang,

( lïl )

Lorsqu’on ouvre rabclomcn , on est souvent frappé de la teinte rosée et quelquefois rougeâtre que présenté le grand épiploon, surtout vers son bord libre ^ cette couleur est due à la présence du sang dans les petits vaisseaux de la membrane. Le mésentère et les différens leplis du péritoine ne m’ont rien offert de remarquable. La sérosité est secrétée en très-petite quantité; assez souvent elle est visqueuse, comme dans celle du péricarde et des plèvres.

L’estomac et les intestins, ne présentent, en général , rien de remaï quable à rextérieur : assez souvent ils sont distendus par des gaz et des fluides. Les invaginations, dont quelques médecins ont beaucoup pai lé, sont rares. Je ne les ai rencontrées que trois fois; elles étaient dirigées de haut en bas, et peu profondes.

La surface interne de l’estomac s’est constarameut montrée plus ou moins profondément altérée; ordinairement c’est une rougeur dendrbide située vej s le cardia ou le pylore ; très-souvent on trouvait des traces d’une ancienne pblegmasie, caractérisée par le ramollissement, et quelquefois la destruction de la membrane muqueuse du basfond de l’organe. Deux fois nous avons rencontré plusieurs petites ulcérations de deux lignes au plus de diamètre. Une fois la membrane muqueuse, épaissie très-notablement, était d’un blanc rosé, mamelonnée et ridée. Les artères contenaient peu

OU point de sang; les veines, au contraire, étaient fréquemment pleines de sang, et apparaissaient quelquefois, sous la membrane muqueuse ramollie du bas-fond de l’organe, comme des lignes brunâtres, ou d’un rouge obscur, simulant une arborisation grossière.

Le fluide contenu dans l’estoniac était presque toujours formé par un mélange de tisane et de mucosités secrétées par l’organe : quelquefois il s’y trouvait un peu de bile; dans d’autres cas, il n’y avait rien, si ce n’est des mucosités blanchâtres et adhérentes aux parois de l’estomac.

La'membrane muqueuse de l’intestin grêle présentait aussi des altérations constantes- Tous les individus que j’ai ouverts, dont le nombre est de quarante -deux, ceux que j’ai vu ouvrir, et tous ceux qui ont été ouverts avant et pendant mon séjour, ce qui forme un total de plusieurs centaines de cadavres, ont constamment offert des altérations de la membrane muqueuse intestinale, caractérisées par des rougeurs plus ou moins vives, et par le développement morbide des follicules mucipares

Les rougeurs se présentaient sous forme de taches variables pour la grandeur et l’intensité de la couleur; quelquefois longues d’un pouce ou deux, elles avaient, chez plusieurs individus, plus d’un pied d’étendue. Ces rougeurs étaient séparées entre elles par des intervalles où la membrane

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muqueuse conservait toute son inte'grité. Les taches rouges de rinleslin étaient forme'es par le sang accumulé dans les vaisseaux^ quelquefois ce fluide s’échappait, soit par rupture, soit par suintement, et l’on trouvait alors de tres-pelites ecchymoses sous la membrane muqueuse, ou du sang à la surface. Il n’était pas rare de rencontrer plusieurs portions de la membrane ramollies , et qui s’enlevaient avec facilité au moindre frottement. La dernière moitié de l’intestin grêle était celle qui était le plus exposée aux altérations que nous venons de décrire.

L’altération des follicules muqueux se présentait sous deux formes : c’était des petits boutons isolés , saillans, blanchâtres, ou d’un blanc grisâtre ^ ou bien, ces follicules se réunissaient, s’aggloméraient, et formaient des plaques de grandeur variable, depuis quelques lignes jusqu’à plusieurs pouces. Ces plaques n’apparaissaient que vers le milieu de l’intestin ^ elles devenaient nombreuses et quelquefois très-considérables, à mesure qu’on s’avan- Çait vers la vulvule iléo-cœcale. Le mode de formation de ces plaques , leur organisation et les causes qui leur donnent naissance ont été exposés, il y a près de dix ans, dans un travail spécial que j’ai publié sur les altérations morbides du tube digestif (i). Plusieurs fois j’ai

(i) Anatomie pathologique du tube digestif. Paris, i8aa.

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rencontré de petites ulcérations dans l’intestin grêle ^ elles étaient toujours placées sur des plaques folliculeuses.

Les liquides contenus dans les intestins variaient selon la durée de la maladie. Quand elle avait été courte, les fluides étaient aqueux, mêlés de petits flocons blanchâtres, comme on en remarque dans les matières vomies : quand, au contraire, elle s’était prolongée, on trouvait un fluide grisâtre, assez homogène, et abondant^ quelquefois, mais rarement, il était verdâtre, couleur communiquée par le mélange d’un peu de bile. Une fois j’ai trouvé un ver lombric au milieu de ce fluide. Il est assez fréquent de rencontrer la membrane muqueuse recouverte d’un mucus blanchâtre ou grisâtre, qui lui adhère avec ténacité^ mais ce cas n’est pas constant.

Le gros intestin est rarement malade ; sur vingt individus, ou ne le trouve pas cinq fois altéré. Les follicules sont, en général, plus saillans qu’ils ne le sont dans l’état normal^ mais il n’y a ni gonflement morbide, ni dégénérescence. Quand cet intestin est malade, c’est presque toujours le cæcum qui est le plus profondément altéré. Une fois j’ai trouvé l’appendice cœcale épaissie, sa membrane muqueuse très-rouge , et les follicules saillans et dégénérés.

Lorsque les malades ont eu des selles sanguinolentes, on trouve généralement la membrane

muqueuse du gros intestin d’un ronge très-vif^ assez souvent alors cette membrane est e'paissie et comme crevassée.

Les fluides contenus dans le gros intestin sont ceux qui ont coulé de l’intestin grêle, mélangés, soit avec des muscosités, soit, quelquefois, avec des matières fécales.

Le foie ne présente pas ordinairement d’altération de structure, à moins qu’elle ne dépende d’une maladie antérieure. Cependant on trouve cet organe presque toujours gorgé d’un sang noir et poisseux. La vésicule du lie! est presque constamment distendue par la bile ; ce fluide est souvent épaissi, visqueux et d’un noir verdâtre^ quelquefois nous l’avons vu blanchâtre et limpide^ deux fois nous avons trouvé dans cette poche des calculs biliaires.

La rate n’olfre rien de constant ; quelquefois volumineuse et friable, elle est, chez quelques individus, petite, ferme, et presque exsangue.

Le pancréas ne nous a jamais rien offert de remarquable.

La vessie est contractée^ sa membrane muqueuse est souvent rouge près du col^ elle contient peu ou point d’urine* quand il en existe, elle est blanchâtre et trouble. La diminution de la sécrétion urinaire s’explique facilement par les évacuations abondantes des intestins, évacuations qui enlèvent au sang une grande partie du fluide destiné à la formation de l’urine.

Les reins sont souvent un peu plus rouges que clans rëlat normal^ mais ils ne présentent aucune altération.

Toutes les altérations que nous venons de décrire sont souvent modifiées par l’âge, le sexe, le tempérament, la durée de la maladie, et la nature des remèdes^ mais les caractères principaux sont toujours les mêmes. Ainsi, les plaques folliculeuses sont très-prononcées cliez les enfans, les femmes et les individus d’un tempérament Ijmpliaticpie^ elles le sont moins chez les adultes sanguins, forts, et qui ont été promptement enlevés^ la rougeur est quelc|uefois très- vive ^ d’autres fois , elle est moins intense et moins étendue. Ce sont des variétés peu importantes : ce qui mérite notre attention , c’est le caractère des altérations, dont la forme et le siège ne varient jamais.

Plusieurs médecins ont avancé qu’on ne trouve, dans le tube digestif, aucune altération appréciable lorsque les malades succombent rapidement. Nous ne pouvons pas démentir ces assertions , puisque nous n’avons pas été témoins des faits qu’ils citent 5 ce que nous pouvons affirmer, c’est que nous n’avons jamais rien observé de semblable.

Sans vouloir attaquer le mérité des travaux qui ont paru jusqu’à présent, nous croyons cependant que les résultats opposés, fournis par

l’oiiverlure de cadavres, et la divergence d’opinions qui en resuite , tiennent en grande partie à ce que l’anatomie pathologique n’est encore étudiée que par un très-petit nombre de médecins^ et comme, cependant, tous prétendent juger ce qu’ils observent, ils se prononcent d’après les opinions qu’ils professent et qu’ils veulent défendre, et non d’après des connaissances exactes, acquises par une étude bien dirigée de l’anatomie pathologique. D’ailleurs, comment ne pas se défier des assertions de quelques observateurs , après avoir entendu le docteur Sa... , médecin français, envoyé à Berlin pour y étudier les effets de l’huile de cajeput contre le choléra, avancer, en présence d’un grand nombre de médecins allemands, qu’il avait ouvert quatre mille cadavres à Paris, et qu’il n’avait jamais trouvé de plaques folliculeuses dans les intestins. Certes, une semblable assurance se conçoit à peine, lorsqu’on sait que cette altération est une des plus fréquentes, et qu'elle a été en France, depuis plusieurs années, l’objet de recherches réitérées (i).

Nous n’hésiterons pas à attribuer encore à l’absence trop fréquente des connaissances anatomicopalhologiques, la dissidence qui partage aujour-

(i) V oyez Rœderer et Wagler : De mnrbo mucoso. — Petit et Serres ; De la fièvre entéro — mésentérique, — Scoutetten ; Mémoire lu à V académie royale de médecine, séance du i3 novembre 1837, et Journal complémentaire 1838.

joiircrhui les médecins sur la naliire des altérations du tube digestif, trouvées dans les cadavres des individus morts du choléra. Ce sujet est d une haute importance, car le traitement de la maladie repose presque en entier sur Topinion que le médecin adopte : examinons -le avec soin, sa gravité l’exige.

Selon le plus grand nombre des médecins, les rougeuis trouvées dans le tube digestif seraient le résultat de la congestion violente qui paraît s’opérer dans 1 intérieur des organes des individus malades du choléra. Selon quelques-uns, ces rougeurs seraient produites par l’inflammation.

Cette dernière opinion est la nôtre, et voici les motifs qui nous la font adopter ;

On admet, dans les cas ordinaires d’inflammation de l’estomac et des intestins, qu’il y a soif, envies de vomir, douleur à l’épigastre, et assez souvent diarrhée. Ces symptômes sont précisément ceux qu’on observe pendant le choléra : l’épigastre est douloureux à la pression^ la soif est très-vive^ les vomissemens sont fréquens, et la diarrhée abondante.

Les altérations organiques rencontrées dans les cadavres viennent confirmer ces présomptions favorables à l’idée d’inflammation. Que remarque-t-on en effet? c’est une rougeur partielle de la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins^ une portion saine succède à une partie

malade. Or, semblable phénomène n’existerait pas, si la rougeur était produite par la congestion. Gomment expliquer, en effet, que le sang séjournerait exclusivement dans certaines parties, et jamais dans tl’autres? Quelle cause pousserait constamment le sang dans l’intestin grêle, et si rarement dans le gros intestin T Cei’tes, on ne pourrait objecter la ténuité des vaisseaux des gros intestins ^ leur volume est au contraire plus considérable que celui des vaisseaux des autres régions du tube digestif. Et d’ailleurs, ne trouve-t-on pas des dégénérations qui annoncent une influence morbide active? Les follicules gonflés, dégénérés, ulcérés, sont des altérations qui ne peuvent s’expliquer que par l’inflammation. Enfin il existe pour le médecin anatomo-pathologiste des signes certains qui lui permettent de distinguer l’inflammation de la congestion, et ces signes, qu’on reproduit à volonté par des expériences, prouvent incontestablement que le tube digestif, chez les individus malades du choléra, est enflammé, et ' non congestionné.'

L’expérience la plus facile est celle qui consiste à ouvrir l’abdomen d’un chien vivant: les intestins n’étant plus soutenus par les parois ab- I dominales, le sang circule lentement dans les vaisseaux veineux, et bientôt il les distend^ les efforts de l’animal augmentent encore l’afflux du sang, et, en peu de temps, la congestion est

poussée uès-loin. Si l’on ouvre alors l’intestin vers son bord libre, on trouve toute la membrane muqueuse rouge, et cette rougeur est égale partout. Après la mort de l’animal, l’intensité de celle coloration diminue très-sensiblement.

Nous avons fait cette ex[)érience à Berlin, dans l’bôpital de M. Casper^ plusieurs médecins distingués assistaient à nos recherches, et ils ne lardèrent point à reconnaître qu’on ne pouvait pas rapporter à la congestion les altérations rencontrées chez les individus qui succombent au choléra. M. Casper, en homme consciencieux, devait, au moment de mon départ publier ces faits dans son journal.

Sans doute, toute la question de la congestion n’est pas résolue par cette seule expérience ^ mais il en est d’autres qui répondent à toutes les objections. Je me suis beaucoup occupé de ce sujet important, et j’ai obtenu, par une longue suite de recherches, des résultats qui me permettent de distinguer les altérations qui dépendent de l’inflammation, de la congestion et de l’imbibition. Ces travaux seront exposés dans un autre ouvrage.

Quelle est la nature de la maladie appelée

Choléra F

Il n’est pas moins difficile de repondre à cette question, que d’expliquer les causes qui donnent naissance à la maladie. Nous avons bien de'montrë, il est vrai, que le tube digestif est enflammé chez les individus qui succombent au choléra ^ mais les altérations que nous avons rencontrées et décrites n’ont rien de spécial , rien de caractéristique. Les cadavres des personnes mortes de maladies ordinaires du tube digestif, nous présentent fréquemment des altérations semblables.

Ainsi, quoiqu’il y ait évidemment, à nos yeux , inflammation de la membrane muqueuse du tube digestif, il y a , cependant , des phénomènes importans et très-remarquables, qui ne nous permettent pas de regarder le choléra comme une simple gastro-entérite. Evidemment, le système nerveux joue un grand rôle dans cette maladie : l’aspect de la physionomie , les crampes , les mouvemens convulsifs, l’extinction de la voix, la rapidité de la mort, etc., en sont des preuves incontestables. Mais quelle est la partie du système nerveux qui est affectée f C’est ce que nous ignorons ^ car l’anatomie pathologique ne nous a rien appris de positif sur ce point. Cependant, si , par l’analyse des phénomènes, nous remontons aux or-

ganes eux-mêmes , nous trouverons que le cerveau ne saurait être regarde' comme le point de départ des de'sordres^ car les fonctions qui lui appartiennent s’exécutent presque régulièrement : le malade voit et comprend, sa volonté exécute, sa raison est intacte, et il la conserve jusqu’au dernier moment.

Ce que nous disons du cerveau , s’applique , à-peu-près, au grand sympathique. Ce nerf important, principalement destiné aux organes intérieurs , ne pourrait produire les douleurs des membres, les convulsions, la décomposition des traits de la face , et toute la série des symptômes alarmans qui signalent la présence du choléra. Cependant , les désordres intérieurs sont si graves , l’ébraiilemeiit de l’organisme est si profond , qu’on ne peut le regarder comme étranger aux accidens qui se manifestent^ il est même probable qu’on doit attribuer, en partie , à la diminution d’irritabilité de ce nerf, l’engorgement des poumons , la faiblesse de la voix et la difficulté de la respiration. Mais quelle est la véritable part d’action du grand sympathique, dans la production de ces phénomènes f C’est ce que nous n’osons assigner.

Les fonctions dévolues à la moelle épinière, et qui sont presque toutes troublées pendant la durée du choléra , nous conduisent à penser que cet organe est le centre principal d’où partent

les phénomènes nerveux qui se manifestent pendant la maladie. Ainsi , les filets nerveux qui , du cou , se rendent à la face , permettent de concevoir le changement qui s’opère dans les traits^ les douleurs des membres, les mouvemens convulsifs, s’expliquent par la présence des nerfs qui partent directement de la moelle de l’e'pine ^ l’affaiblissement de la voix, l’impossibilité de tousser et de renouveler une inspiration profonde, se rencontrent chez les individus cjui ont éprouvé une commotion ou un dérangement quelconque de la portion dorsale de la moelle épinière^ enfin, la contraction énergique des muscles , même chez les cadavres , s”^explique par l’influence qu’exerce l’irritation de la moelle sur ces organes : ce phénomène se montre, en effet, chez les individus qui succombent accidentellement à une maladie de cette nature. Les congestions sanguines observées dans les poumons, s’expliquent par la difficulté des mouvemens de la poitrine, difficulté produite par l’influence de la moelle épinière sur les muscles de cette région du corps.

Toutes ces considérations nous conduisent à penser que la cause inconnue du choléra modifie profondément le système nerveux , spécialement la moëlle épinière, et détermine coincidemment une inflammation , souvent violente, de la membrane muqueuse du tube digestif.

Pronostic.

La gravité des symptômes du choléra ne permet point de porter, en général, un pronostic favorable sur rissue de la maladie. H faut en convenir,

quelle que soit la promptitude des soins, la science du médecin qui les dirige, et la justesse de leur application , rébranlement organique est si violent , qu’il est difficilement arrêté par les moyens qu’on lui oppose. Toutefois , je suis convaincu qu’une médecine éclairée aura souvent une influence prononcée sur la marche de la maladie.

Plusieurs signes annoncent à l’observateur attentif f{uelle sera l’issue du choléra. Ainsi , le refroidissement des membres , l’absence du pouls , les rides profondes de la peau des doigts , ' la suppression complète et prolongée d’urine , les selles sanguinolentes , une anxiété profonde , la crainte de la mort, le hoquet, la voix saccadée et tout-à-fait éteinte,, sont des signes de mauvais augure. Si tous ces symptômes se soutiennent ou s’aggravent , malgré l’administration des remèdes , le malade est perdu ^ la mort ne tarde pas à arriver-

On doit espérer le retour à la santé , lorsque les vomissemens et les déjections diminuent • lorsque celles - ci prennent de la consistance et une couleur jaunâtre; lorsque le pouls reparaît, que la chaleur se rétablit, que les rides des doigts

diminuent, que les urines commencent à couler. Toutefois , le médecin ne doit pas se hâter de se prononcer trop tôt et avec trop d assurance . il arrive assez souvent que le pouls reparaît un instant, et s’efface ensuite tout a-fait. La chaleui peut se rétablir, et la circulation ne pas s opérer dans les artères des membres : ce phénomène extraordinaire a été remarqué par plusieurs observateurs , notamment par M. Lichtenstein ^ je l’ai moi - même observé une fois sur un polonais malade dans l’hôpital de la rue des Cuisiniers. Cet homme , nommé Cromezinski , a{2;e de 27 ans , d’une stature athlétique , fut frappé du choléra le 8 octobre. En arrivant à l’hôpital , il était très - inquiet , il vomit abondamment, eut des évacuations très - fréquentes, et bientôt survinrent des convulsions qui exigèrent les forces de quatre hommes pour maintenir le malade dans son lit^ on ne sentait des battemens d’artère qu’au cou et vers le milieu du bras. Cependant cet homme sembla bientôt se rétablir ; la chaleur avait reparu aux pieds et aux mains ^ la respiration était redevenue libre le malade se sentait très-bien. Dans la journée du 1 1 octobre, il se lève, descend dans la cour pour se promener, et remonte, sans assistance aucune, au second, où se trouvait sa chambre; le sommeil était bon, cependant le pouls ne reparaissait pas. Nous pensions tous que cet homme était sauvé; M. Lichtenstein seul pré-

tendait le contraire : sa grande expérience lui avait appris qu’il n’y a point de guérison possible sans le rétablissement de la circulation artérielle. Cet homme, en efïet, soupe légèrement le soir, il paraissait gai , et le lendemain matin, on le trouve mort dans son lit.

Des cas plus extraordinaires encore ont été observés : on a vu des malades du choléra se rétablir assez bien pour se livrer à leurs occupations habituelles , sans que le pouls reparût. On nous a cité un cordonnier qui avait repris ses travaux^ un tailleur qui s’était remis à un ouvrage que sa maladie lui avait fait abandonner , et plusieurs autres exemples analogues : tous ces hommes sont morts. Nous regardons donc comme le signe d’une mort certaine , quelles que soient d’ailleurs les apparences d’un rétablissement prochain , l’absence prolongée de la circulation dans les artères des membres.

Celte absence de circulation dans les arteres d’un homme vivant est un fait bien étonnant : on ne saurait le contester, ni prétendre que la circulation s’opère incomplètement , mais qu’elle s’exécute néanmoins ^ l’observation suivante , que j’ai rccuillie moi- même , vient détruire toutes ces présomptions.

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