ONZIÈME OBSERVATION
Transfusion du sang.
Homme de 27 ans. — Fort, bien constitué. — Symptômes du choléra très - développés. — Transfusion du sang par la veine jugulaire droite. — Introduction d’une once et demie de sang. — Peu après, mouvemens convulsifs violens. — Mort cinq minutes après l’injection.
Le i5 octobre i83i , à neuf heures du matin, la première operation fut faite par M. le professeur Dieffenbach, dans l’hôpital de M. Boelir.
Le sujet de l’opération se nommait Frederick Muller, homme fort, bien constitué, âgé de 27 ans.
Cet homme était malade depuis deux heures et quart de la nuit ^ l’opération fut faite sept heures et quart après l’invasion de la maladie.
Voici l’état du malade avant la transfusion : Yeux entr’ou verts , enfoncés dans les orbites ^ globes oculaires tournés en haut^ narines serrées 5 joues creuses, pommettes saillantes^ bouche entreouverte^ langue froide, ainsi que toute la face^ respiration courte , précipitée ^ couleur violette des pieds et des mains ^ absence complète de pouls ^ peau des doigts fortement plissée. Malgré cet état fâcheux , le malade conserve la conscience de ce qui se passe près de lui.
La veine jugulaire droite étant mise à nu dans l’étendue d’un pouce, et ouverte dans le sens longitudinal , un tuyau de plume y est introduit.
Le sang est fourni par un jeune docteur, robuste et aux clieveux bruns , âgé de 28 ans. Son sang , tiré de la veine médiane , est aussitôt pris avec une petite seringue en étain , préalablement chauffée. On injecte alors dans la veine du malade une once et demie de sang.
D’abord, insensibilité presque complète; puis le malade fait deux inspirations profondes et successives; les paupières s’ouvrent et se ferment avec précipitation ; cinq minutes après l’injection , mouvemeiis convulsifs de la tête, qui est portée fortement en arrière; bientôt après, mouvemens convulsifs des jambes , des bras et de tout le tronc ; décomposition des traits de la face; cris et gémissemens plaintifs. Ces phénomènes effrajans durent un peu moins d’une minute : ils cessent lout-à-coup, le malade est mort.
L’ouverture du cadavre ne fit rien reconnaître d’extraordinaire; nous ne trouvâmes que les altérations constamment rencontrées chez les autres individus morts du choléra.