fr., c’est-à-dire 938,000 fr. de plus qu’en
Les 35,750 comptes ouverts , en 1844 , ont produit, par le premier Versement 6,241,504 fr.
Les ouvriers proprement dits, c’est-à-dire la première classe, figurent dans ce chiffre pour
2.572.000 fr. Les journaliers qui en font partie et dont l’existence est certainement beaucoup plus précaire que celle d’aucune autre catégorie de travailleurs , ont seuls déposé , au nombre de 2,703 , 493,600 fr.
Les artisans patentés et marchands , arrivés en 1844, ont déposé 911,500 fr. ; les domestiques, 1 ,188,000 fr. ; les employés, 453,000 fr. ; les militaires et marins , 236,000 fr. ; les professions libérales , 306,000 fr. ; les rentiers ,
569.000 fr. ; les sociétés de secours mutuels et autres , 5,300 fr.
Ces chiffres indiquent la progression des économies dans la capitale et la propension chaque jour plus prononcée des ouvriers pour les caisses d’épargne.
Voici un fait qui est surtout digne de remarque : le nombre total des ouvriers et des domestiques des deux sexes à Paris , est évalué à 380,000 , dont 300,000 ouvriers , et 80,000 domestiques. Sur ces 300,000 ouvriers des deux sexes 80,000 déposent à la caisse d’épargne ,
l re PARTIE. CHAPITRE V. 139
et sur 80,000 domestiques il y a 35,000 déposants ; en d’autres termes la caisse d’épargne compte à Paris, parmi les déposants, environ un ouvrier sur quatre et un domestique sur deux. Il est évident que ceux qui font ces économies ne sont pas dans la misère (1).
Ces désignations répondent d’ailleurs au reproche qu’on fait aux caisses d’épargne de servir de refuge aux capitaux de gens aisés qui y cherchent un placement définitif. Pour se convaincre qu’il n’en est point ainsi , il suffit de jeter les yeux sur le tableau détaillé des déposants. Les ouvriers, les artisans et les domestiques y sont en très-grande majorité , et ils occupent à la caisse d’épargne le premier rang et sous le rapport du nombre et quant à l’importance des sommes déposées.
Les sommes versées aux caisses d’épargne , par les départements, s’élevaient, à la fin de 1844, à 271,700,000 fr. , 42 millions de plus qu’au 31 décembre 1843. Les villes manufacturières participent aussi à ces versements , et
(1) En 1842, le nombre des déposants dans les Caisses d’épargne de Londres était de 172,000; au 31 décembre de la même année la Caisse d’épargne de Paris comptait 173,000 déposants ; mais comme la population de Londres est presque une fois plus forte que celle de Paris , il s’ensuit que la population de celte dernière capitale est attirée davantage vers les Caisses d'épargne , et que les classes inférieures de Londres font probablement plus de placements dans les fonds publics.
ce fait réfute l’opinion que c’est plus particulièrement dans les villes de fabrique qu’il faut chercher le fléau du paupérisme et voir le tableau des privations des classes inférieures.
Ici encore nous répondrons par des faits en présentant le chiffre du solde dû par la caisse des dépôts et consignations des principales cités manufacturières du royaume. Ce solde était au 31 décembre 1844 : à Saint-Quentin, de
1.409.000 fr. ; à Sédan , de 955,000 fr. ; à Troyes, de 2,140,000 francs; à Louviers, de
827.000 fr. ; à Nîmes, de 2,192,000 fr. ; à Saint- Étienne , de 3,159,000 fr. ; à Rive-de-Gier , de
219.000 fr. ; à Rheims, de 1,947,000 fr. ; à Lille, de 5,091,000 francs; à Mulhouse, de
1.307.000 fr. ; à Lyon, de 8,810,000 fr. ; à Rouen, de 0,383,000 fr. ; à Amiens, de 5,845,000 .francs; à Abbeville, de 1,652,000 fr. ; et à Limoges, de 530,000 fr.
Voilà des points choisis sur tout le territoire, et qui représentent nos principales industries dans toutes leurs ramifications. En consultant les comptes-rendus de ces différentes caisses d’épargne , on trouve que toutes les catégories d’ouvi'iers ont participé aux dépôts, ce qui prouve qu’aucune classe de travailleurs n’est spécialement frappée de misère et privée de la faculté de faire des économies. Les détails que renferment les comptes-rendus des caisses d’épargne confirment pleinement cette assertion.
I re PARTIE. CHAPITRE V.
11 y a, parmi les déposants, non-seulement des ouvriers des professions les plus diverses; mais ils présentent encore toutes les nuances de l’état civil : ce sont des hommes , des femmes de tout âge, des mineurs, des célibataires, des individus engagés dans les liens du mariage; en un mot , il serait difficile de trouver , dans les registres des caisses d’épargne , une profession, une situation qui ne fussent pas représentées par des dépôts plus ou moins considérables.
Mais pour faire comprendre toute la signification de ces chiffres , nous rapprocherons le total de la population des villes manufacturières que nous venons de citer , d’une population équivalente appartenant à des villes non manufacturières.
Les quinze cités qui précèdent ont ensemble GH ,000 habitants, et leursdépôtsdans les caisses d’épargne s’élèvent à la somme de 42,472,000 fr. Les villes suivantes ont également ensemble une population de 611 ,000 habitants (1) et leurs dépôts s’élèvent à la somme de 50,432,000 fr. : Soissons, Moulins, Caen, Marseille, Dijon, Strasbourg, Bennes, Clermont-Ferrand, Grenoble, Nantes, Poitiers, Orléans, Angers, Cherbourg et Nancy. Ces cités, au nombre de quinze, figu-
(t) Les chiffres des populations ont été pris dans V Annuaire du bureau des Longitudes, de 1815.
rent parmi les villes les plus riches du royaume ; quelques-unes d’entre elles sont très-commerçantes ; mais aucune ne possède une industrie manufacturière de quelque importance. Eh bien, on voit qu’avec une population égale , les villes manufacturières n’ont qu’environ 8 millions de moins dans les caisses d’épargne. Et si on ôtait Marseille de la seconde catégorie , la balance pencherait en faveur des villes manufacturières. On peut donc admettre que les populations ouvrières de nos centres manufacturiers sont dans d’aussi bonnes conditions, pour réaliser des épargnes, que les travailleurs des cités simplement commerciales , ou qui sont placés à l’intérieur , sans posséder aucune industrie spéciale.
Et à cela il faut ajouter que les consommations sont en moyenne plus fortes dans les villes manufacturières que dans les 'autres cités , ainsi que cela résulte de la comparaison et du dépouillement des registres de l’octroi.
Les philanthropes, lorsqu’ils s’occupent du sort de la classe ouvrière , ne devraient-ils pas tenir compte défaits de cette nature, et se demander ensuite, avant de se prononcer sur des questions aussi graves, si les siècles précédents, que plus d’un novateur regrette , offrent des phénomènessemblables ? N’est- ce pas une circonstance merveilleuse que cette accum ula tion de plusieurs centaines de millions par les classes laborieuses
l re PARTIE. — CHAPITRE V. 143
dans un petit nombre d’années ; ces épargnes spontanées, qui sont un témoignage éclatant de ce que peuvent le travail et l’esprit d’ordre favorisés par la liberté? Cela ne témoigne-t-il pas de l’efficacité de nos institutions et de notre système économique pour réaliser le progrès?
Nous doutons fort que la nombreuse population inscrite sur les registres des caisses d’épargne voulût accepter aucune de ces organisations du travail et de ces réformes qu’on imagine tous les jours à son intention. Un homme qui met une partie du fruit de son travail en réserve, et qui a assez d’énergie et de volonté pour créer ainsi les ressources de sa vieillesse, ne doit ajouter qu’une médiocre confiance aux larmoyantes descriptions des philanthropes et aux fantastiques promesses des réformateurs. Les caisses d’épargne sont une étonnante manifestation du bon sens des travailleurs qui les ont adoptées, et ceux-là, du moins, ne demanderont pas à une nouvelle répartition des richesses une plus forte part dans les produits du travail.
Les effets des caisses d’épargne sont au reste à peu près les mêmes partout. L’Angleterre et presque tous les États du continent possèdent aujourd’hui ces institutions si utiles aux classes ouvrières. En Angleterre 414,217 individus avaient déposé en 1830, trois cent trente-huit millions de francs, en 1842 le chiffre desdépo-
14i observations sut l'état des classes ouvrières.
sants et des dépôts avait doublé, c’est-à-dire 874,715, avaient une réserve de 633 millions. Dans la même année 1842 le nombre des déposants qui avaient remis aux caisses d’épargne des sommes au-dessus de 500 francs s’élevait à 492 mille ayant ensemble 80 millions de francs (1). Cela prouve qu’en Angleterre comme en France ce sont aussi les petites économies, celles qui sont faites par les dernières classes, qui viennent grossir les fonds des caisses d’épargne. 11 importe de constater cette circonstance, car nous le répétons on se trompe lorsqu’on pense que les caisses d’épargne sont considérées par les petits rentiers et les petits capitalistes comme une banque propre à recevoir des placements définitifs.
Nous sommes loin de prétendre que tout est bien parce qu’une certaine classe d’ouvriers fait des économies et des épargnes. C’est un bien relatif et il reste partout des misères à soulager et des réformes à introduire pour améliorer le sort du travailleur.
Cependant l’ouvrier en France est en général dans de meilleures conditions que le travailleur anglaiset belge, etsi chez nous les consommations des classes inférieures sont en
(t) Papiers parlementaires. — Voyez aussi : Die Sparcassen in Eiiropa; les Caisses d’fpargne en Europe, par C. A. Maiclms.
I re PARTIE . CHAPITRE V. 145
moyenne moins élevées qu’en Angleterre, ces classes ne sont pas non plus exposées aux mêmes fatigues, aux mêmes privations et nous dirons à l’oppression que subissent les ouvriers d’un assez grand nombre d’industries de la Grande-Bretagne.
Le travail des mines présentait naguère chez nos voisins le spectacle le plus douloureux, et l’enquête sur le travail des enfants et des adolescents dans les mines a révélé des faits horribles, ignorés de presque tout le monde (1). Il est juste de dire qu’aussitôt que ces faits ont été connus, une loi est venue mettre un terme aux atrocités dévoilées par l’enquête.
Malgré cette loi, le sortdes ouvriers mineurs est encore fortdur en Angleterre, et ilest rare qu’un mineur soit valide et propre au travail après cinquante ans. D’un autre côté, les accidents sont presque aussi fréquents qu’avant la loi de 1842. Il y a à chaque instant par exemple des explosions résultant, soit de la négligence desouvriers eux-mêmes, soit du défaut de ventilation, qui coûtent la vie à un grand nombre de per-
(1) Le rapport présenté aux deux ctiambres du parlement, forme un volume petit in-folio, de 270 pages. Il est accompagné de deux volumes du même format qui contiennent! 800 pages de pièces à l’appui. Ce qui distingue ce rapport de toutes les autres enquêtes, ce sont les ligures intercalées dans le texte qui montrent les ouvriers dans leurs divers travaux. Ces ligures sont frappantes et parlent avec beaucoup plus de force que ne pourrait le faire la meilleure description.
1 46 OBSERVATIONS SUR L’ÉTAT DES CLASSES Ol’VRIÈRES.
sonnes (i). En France ces accidents sont beaucoup plus rares et l’exploitation des mines n’a jamais été mise au nombre des industries qui créent une position insupportable aux ouvriers.
Certainement, on trouve de grandes misères dans les villes manufacturières telles que Mulhouse, Lille, Reims, Rouen où le prix élevé des logements contribue à aggraver la situation des ouvriers. Mais il y a dans l’industrie du coton en Angleterre et principalement à Manchester des faits bien plus déplorables que ceux qu’on rencontre en France. Le quartier de Manchester renfermé entre Long-Millgate, Fennet-Street et Todd-Street offre le spectacle de l’abjection et de la misère la plus complète, et l’on chercherait en vain en France, même dans les villes où les ouvriers des manufactures sont le plus dégradés, un pendant à ce hideux quartier.
Nous nous hâtons de dire que ce n’est pas là
(1) Les accidents qui surviennent dans les mines, en Angleterre, enlèvent depuis longtemps en moyenne environ -iOO personnes par an. La mort est principalement déterminée par des éboulemenls, des explosions et des chutes.
L’accident arrivé, le 14 janvier 1846, dans les mines de charbon de MM. Russel , comté de Monmouth , a coûté la vie h 35 personnes. Cette déplorable catastrophe a été déterminée par une explosion dans une galerie.
D’après le recensement de 1841,1e nombre des ouvriers employés dans les mines de houille, de cuivre, d’étain, de plomb et de fer était de 193,825 , dont 6,153 femmes. Depuis que la loi a été rendue, le travail , dans l ’ intérieur des mines est interdit aux jeunes filles et aux femmes.
l r * PARTIE. — CHAPITRE V. 147
une situation fatale, un état pour lequel il n’y a nul remède. Cette agglomération des ouvriers, cette malpropreté sauvage, peuvent bien être attribuées à la manufacture, mais il serait absurde de soutenir qu’elles sont une nécessité de l’industrie. Ce que nous avons vu à Lille se retrouve à Manchester : à côté des ouvriers qui croupissent dans la misère et l’abjection, il y en a d’autres qui, avec les mêmes salaires, vivent convenablement dans des logements propres et aussi salubres qu’ils peuvent être dans une ville populeuse comme Manchester (1).
En faisant ces comparaisons nous voulons seulement établir la situation respectived es ouvriers des deux pays et en déduire que nos travailleurs ne sont pas exposés aux mêmes calamités que ceux de la Grande-Bretagne.
Si nous portons nos regards ailleurs, nous trouvons encore des exemples qui prouvent que
(1) Le docteur Kay a publié, en 1832 (deuxième édition ), un écrit intitulé : The moral and physical condition of the tvorking classes employed in the cotton manufacture in Manchester. Ce travail est empreint d’une très-grande exagération ; mais il offre cependant quelques descriptions exactes et qui encore aujourd’hui ne manquent pas de vérité. — On peut aussi consulter, avec beaucoup de circonspection cependant, l’écrit suivant : Stubborn factsfrom the factorics by a Manchester operative. London , 1844. Ce livre qui porte le nom de Wm. Rashleigh, est attribué à lamés Leach, un des charlisles les plus ardents de l’Angleterre, et c’est pour cela même qu'il ne faut admettre les faits qu’il contient qu’après une sévère critique. — Enfin voyez : On the présent condition.
l’ouvrier français n’est pas atteint par ces grands désastresqui frappentquelquefois les ouvriers de certaines contrées où le travail n’est pas encore affranchi et oii l’égalité politique et civile n’existe pas du tout, ou très-iuiparfaitement.
Un des épisodes les plus affligeants de l’histoire des travailleurs est ce long chômage qui a frappé les ouvriers fileurs et tisserands de la Silésie et delà Bohême et dont les conséquences désastreuses n’ont point encore pu être complètement atténuées. Les détails que nous allons présenter, montreront quelle distance énorme il y a entre la condition de l’ouvrier français et celle de l’ouvrier allemand. Dans les crises les plus intenses jamais les travailleurs en France n’ont été exposés à une détresse pareille à celle qui accable les ouvriers de la Silésie.
M. Alexandre Schueer, dont nous avons déjà fait connaître les travaux dans une autre circonstance (1) , nous fournit la plupart des renseignements qui suivent et qui touchent d’une manière directe au problème que nous traitons.
Au commencement de ce siècle, l’industrie linière était en pleine prospérité en Silésie. Les exportations annuelles en toiles s’élevaient à une
of the labouring poor in Manchester , by ihe reverend H. Parkinson. 3"*« édition, 184t.
(1) lleber die Noth, der I.einen-Jrbeiter in ScMesien. — De la détresse des ouvriers de l’industrie des toiles en Silésie, par Alexandre Schneer. Berlin, 1844. Brochure in-8°.
l rc PARTIE. CHAPITRE V. 149
valeur de 40 ou 50 millions de francs. L’Espagne, le Portugal, l’Italie, la France, la Pologne, la Russie, recevaient les produits de cette province, par des intermédiaires de Hambourg, de Brême, d’Amsterdam; et des maisons de Cadix et de Lisbonne les exportaient à leur tour pour les régions transmarines. Cette fabrication datait de loin; elle avait répandu une aisance générale dans plusieurs districts de la Silésie, et créé des richesses entre les mains d’un assez grand nombre de négociants. Le sol de la Silésie est éminemment propre à la culture du lin, et la modicité du prix de la main-d’œuvre favorisait singulièrement la spéculation. Les filateurs étaient répandus dans les petites villes et les campagnes. Ils livraient leurs produits aux tisserands, qui étaient en même temps entrepreneurs, et les toiles se vendaient aux foires à des négociants qui les répandaient dans le monde entier. Peu à peu les formes de cette fabrication se sont altérées ; les usages commerciaux ont changé ; les événements politiques et les progrès industriels des autres pays ont provoqué la concurrence, et une décadence rapide a frappé les fabriques de la Silésie.
Une cause , en apparence insignifiante, a marqué l’origine de cette chute : c’est la substitution du rouet saxon au rouet en usage en Silésie. Avec le second, il était impossible défiler de mauvais produits, le fil se rompait aussi-
tôt qu’il n’était plus confectionné avec le soin convenable. Avec le rouet saxon , au contraire , on doublait les produits dans le même temps.
Les tisserands furent les premiers à tirer parti de cette exécution rapide et incomplète. Ils baissèrent les salaires, et les négociants, à leur tour, prenant texte de la qualité inférieure des toiles, réduisirent les prix courants ordinaires. Une fois entrée dans cette voie, la fabrication se développa au détriment des qualités ; la négligence et les fraudes devinrent communes aux fileurs, aux tisserands, aux blanchisseurs ; la loyauté des intermédiaires fléchit également, et le discrédit frappa les toiles de Silésie. L’Angleterre profita habilement de cette circonstance ; elle fut secondée par le système continental, par l’introduction des métiers et des mécaniques dans la filature et le tissage, et pardessus tout, par les fraudes de la fabrique silésienne. Celle-ci naturellement ne voulut pas renoncer de plein gré à une industrie qui avait fait autrefois la fortune de la province, et, au lieu de revenir aux bonnes traditions, elle voulut reconquérir ses débouchés par le bas prix des produits. De là une baisse continuelle dans le prix de la main-d’œuvre. On réduisit successivement les salaires des fileurs, des tisserands et des blanchisseurs au détriment de la qualité, et le discrédit des toiles de Silésie ne fit que s’accroître. Enfin on arriva aux dernières limites
I re PARTIE. — CHAPITRE V. 151
des salaires; c’est-à-dire à ce point qu’ils ne répondaient plus aux nécessités les plus impérieuses du travailleur.
M. Schneer, en parcourant, assisté des autorités locales, les districts manufacturiers, a été saisi d’horreur et d’effroi à l’aspect de ces populations débiles, épuisées et abruties. Dans les cercles de Landshut, Schonau, Lauban, Bolkenhain, Hirschberg, Waldburg etMittelwalde, les fileurs et les tisserands habitent des cabanes en ruines, la plupart du temps sans toiture. Ils sont couverts de haillons, et leurs enfants sontlittéralement nus. Dans une pareille situation, ils craignent l’air et le jour, et ne pratiquent pas même les exercices religieux, parce qu’ils ne pourraient se présenter d’une manière décente dans le temple du Seigneur. Des deux espèces de pommes de terre que produit le pays, ils se nourrissent de celle qui est destinée au bétail. Heureux encore quand ils ne sont pas réduits à ramasser les pelures de ces mêmes pommes de terre, et d’autres débris de légumes, pour en faire leur aliment ! La viande est pour eux une nourriture à peu près inconnue, et à peine les familles de tisserands et de fileurs en mangentelles à Pâques, à la Pentecôte, ou à Noël. Quand elles reçoivent de la charité publique de petites quantités de beurre ou de lait, ces denrées sont aussitôt échangées contre des pommes de terre. Le salaire du tisserand se balance , dans la si-
tuation actuelle des choses, entre 1 fr. 20 cent, et 2 fr. 40 cent, par semaine; celui du fileur de lin, entre 1 fr. 30 cent, et 1. fr. 40 cent. ; celui du fdeur d’étoupe, entre 25 et 60 cent. La misère qui atteint surtout cette dernière classe est inexprimable, et l’on peut s’en faire une idée lorsqu’on songe qu’un Tileur, pour nourrir sa famille, souvent composée de quatre ou cinq têtes, n’a qu’un revenu de 6 à 10 cent par jour.
Aux causes purement industrielles que nous avons signalées plus haut et qui ont motivé la décadence de l’industrie linière , l’auteur de l’enquête ajoute encore des causes politiques et sociales : une mauvaise administration de la police, des charges fiscales exagérées et un funeste accroissement dans la population.
Maintenant toutes ces calamités doivent-elles être attribuées au système industriel et à la libre concurrence? Si l’on veut suivre attentivement le résumé que nous venons de mettre sous les yeux de nos lecteurs, on s’apercevra facilement que la cause première de la décadence de l’industrie des toiles est dans l’abandon des vieilles traditions, dans l’altération des qualités, dans les fraudes qui se sont propagées de proche en proche. Ce sont ces différentes circonstances qui ont donné l’éveil à la concurrence et fermé les débouchés. Ceci est d’ailleurs l’opinion de plusieurs fabricants qui ont surnagé dans ce vaste cataclysme industriel , parce qu’ils ont
I re PARTIE. CHAPITRE V. 153
maintenu à leur fabrication sa pureté originaire, et n’ont jamais transigé avec les principes de loyauté et de bonne foi qui offrent les meilleures garanties de succès dans tous les genres d’industrie. Ces clameurs, qui s’élèvent journellement contre la concurrence , viennent d’esprits qui restent trop à la surface des choses, et attribuent toutes les misères à une situation qu’ils n’ont pas assez étudiée. Quelque désespérée que paraisse la position des ouvriers tisserands et fileurs de la Silésie , M. Schneer ne doute cependant pas de la possibilité d’une régénéra- t tion. Il déduit des causes mêmes de la décadence ses moyens palingénésiques, et son plan de réforme fournit un nouveau chapitre à l’économie politique appliquée.
Nous croyons qu’il n’est pas sans intérêt de présenter ici sommairement les moyens indiqués par M. Schneer, pour améliorer la condition des fileurs et des tisserands de la Silésie. Quelques uns de ses moyens sont d’une nature spéciale appropriée à une population et à une localité donnée , mais d’autres peuvent recevoir une application générale et convenir à tous les États manufacturiers.
M. Schneer n’a pas perdu son temps à prêcher contre la concurrence, et il a cherché dans les circonstances générales de l’industrie et du commerce, dans la politique et la morale les moyens de diminuer les maux qu’il a signalés.
On conçoit qu’il ne s’agit point ici de justifier ou de soutenir une production industrielle poussée à l’excès. Le système a ses limites, et les pays qui se livrent, comme l’Angleterre, à une production presque fabuleuse portent le châtiment de cette intempérance. On ne peut raisonnablement recommander que la production qui répond aux nécessités intérieures et aux débouchés établis. M. Schneer se place à ce point de vue , et veut qu’il existe un certain équilibre entre la production agricole et le travail manufacturier.
Les réformes qu’il propose sont à la fois industrielles, politiques et sociales. Engager sans contrainteune portion des ouvriers de l’industrie linière à passer dans l’industrie agricole; favoriser ce passage par l’emploi d’un capital fourni par le trésor; introduire quelques nouvelles industries, comme la fabrication des gants, des jouets d’enfants, des chapeaux de paille dans les districts manufacturiers ; régénérer l’industrie linière elle-même en revenant aux anciennes traditions, c’est-à-dire en améliorant la culture et la préparation du lin , en constatant la qualité des produits par des marques de fabrique , et en combattant la fraude par des mesures préventives et répressives, tels sont les moyens qui se rattachent immédiatement à la fabrication. Ils ont déjà reçu en partie la sanction de l’expérience. Des ouvriers de l’industrie linière, mal-
l re PARTIE. CHAPITRE V. 155
gré leur faible eomplexion et leurs habitudes sédentaires, ont fini par se faire dans plusieurs domaines aux travaux agricoles, et, avec quelque indulgence de la part des propriétaires, ces essais pourront se continuer sur une plus grande échelle. A Breslau , on a cherché à naturaliser la fabrication des gants de peau. Ces efforts , s’ils recevaient quelques encouragements, pourraient offrir dans l’avenir des résultats sérieux. La régénération de l’industrie linière elle-même serait l’objet d’une série de mesures que M. Schneer expose avec beaucoup de lucidité et de détail. Elles ont toutes pour but d’extirper la fraude , d’améliorer les procédés techniques, et de rendre aux usages commerciaux leur loyauté primitive, sans altérer la liberté des transactions ou l’indépendance des industriels et des négociants.
Les moyens politiques consisteraient dans une réforme de l’organisation communale, dans une meilleure répartition de tous les impôts , dans l’amélioration des voies de communication et dans l’indépendance du clergé inférieur et des instituteurs qui vivent aujourd’hui en grande partie du casuel , et sont par conséquent à la charge des familles.
Dans l’état présent des choses, certaines fonctions administratives, l’exercice de la police locale, constituent des droits attachés au sol, c’està-dire aux domaines ( Rittergüler ) , affranchis et
156 OBSERVATIONS SUR LÉTAT DESOLASSES OUVRIÈRES.
aliénables, mais qui ont néanmoins conservé des prérogatives 1 seigneuriales. 11 en résulte que chaque nouvel acquéreur est investi de fonctions auxquelles il est souvent peu propre , et qu’il exerce par conséquent au détriment de ses administrés. Les impôts frappent, en Prusse, particulièrement les classes inférieures, et M. Schneer prouve, par plusieurs citations, que des inégalités choquantes aggravent la situation des travailleurs. De nouvelles communications seraient ensuite à ouvrir dans les districts de l’industrie linière. Cette opération présenterait d’autant plus de facilité , que les capitaux privés se chargeraient probablemen t d’établir des chemins de fer pour rapprocher, par exemple, les cercles de Hirschberg, Schonau et Landshut de la plaine et des routes déjà existantes. On vendrait, au profit du trésor public, les propriétés paroissiales; les ministres de la religion, ainsi que les instituteurs, seraient à l’avenir payés par l’État, afin d’affranchir les familles du casuel que les prêtres sont obligés de faire rentrer avec une grande rigueur pour pouvoir subsister.
Passantaux réformes sociales, M. Schneervoudrait concentrer les efforts actuellement disséminés de toutes les sociétés charitables ; sociétés de patronage pour les libérés, pour les enfants, pour les ouvriers, sociétés de tempérance, sociétés d’éducation, etc., dans une action commune, et leur imprimer une direction unique.
l" PARTIE. CHAPITRE V. 157
Les diverses mesures que nous venons d'énumérer ont toutes un caractère pratique. On peut les réaliser sans toucher aux bases de y la société et sans blesser les intérêts légitimes des membres de celle-ci; elles se rapportent à des institutions existantes qu’il s’agit uniquement de modifier. L’intervention du gouvernement sans doute est nécessaire , et les sacrifices temporaires sont la condition obligée de ces différentes réformes. Mais ces sacrifices ne sont pas de nature à froisser les droits acquis, à ébranler la propriété, ou à déplacer les ressources industrielles de telle ou telle classe de la société. Ils sont imposés au fonds commun, précisément destiné à favoriser le bien-être de tous, et à ranimer les forces défaillantes des malheureux. Les progrès se font par la religion, la morale et la science sous l’empire de la liberté. C’est là qu’on trouve les germes de tous les perfectionnements, les ressources fécondes pour l’adoucissement de nos maux et de nos misères bien mieux que dans des combinaisons hasardées, qui n’ont ni précédents ni exemples, et dont le premier terme serait un bouleversement dangereux. M. Schneer s’est naturellement placé au point de vue de son pays en tenant compte des principeset des faits généraux, et, après avoir fait la part des circonstances locales, ce sont ces principes et ces faits qui l’ont guidé dans le choix de ses moyens de réforme.
Ses études peuvent éclairer toutes les situations analogues, et quoique spécialement faites pour la Silésie, il est évident qu’elles offrent d’utiles indications pour l’amélioration du sort des classes ouvrières en général.
Toutefois la crise que les ouvriers de la Silésie ont à traverser constitue une situation exceptionnelle, et une pareille misère ne se trouve à l’état habituel qu’en Irlande. C’est dans ce dernier pays que la position des classes inférieures inspire en môme temps la pitié et l’effroi. C’est là qu’on trouve des termes de comparaison qui doivent nous faire envisager le sort des ouvriers français avec moins de prévention. Un gouvernement qui réduit une partie de la nation par l’injustice à un pareil état, ne peut échapper à la malédiction de ceux qu’il opprime et qu’il dégrade.
Mais quelles que puissent être les causes de cette misère et en ne rapprochant que les deux situations, il en ressort toujours qu'il y a ailleurs des misères plus grandes qu’en France, et que le dénùment le plus profond peut exister en dehors du régime manufacturier (i).
(I) Il y a sous la domination anglaise des populations plus misérables encore que les Irlandais. Ce son les Indous des castes inférieures, livrés à l’agriculture et aux travaux industriels. Les cultivateurs ont été ruinés par l’impét territorial et les ouvriers industriels par les contributions dont on a frappé leur travail.
l re PARTIE. CHAPITRE V. 159
Il ne nous serait pas difficile de multiplier les descriptions et les citations; mais ce que nous avons dit des ouvriers de la Silésie et des populations irlandaises suffit pour faire voir que la cause des ouvriers français tombe pour la plupart du temps entre des mains passionnés qui dédaignent l’étude des faits et que
Le passage suivant est emprunté aux Transactions de la société asiatique de Londres, c’est-à-dire à un document anglais.
« Le taux moyen des salaires dans l'Indouslan est en monnaie anglaise de S à 8 schellings (G à 8 fr.) par mois. Le froment est la nourriture habituelle des hautes classes; mais quoiqu’il soit, dans ces contrées, trois fois moins cher qu’en Angleterre, les ressources des classes moyennes et inférieures sont trop bornées pour leur permettre d'atteindre à ce degré de luxe. Les premières mêlent avec le froment, des pois, des vcsces et d’autres végétaux; les dernières se nourrissent d’orge, de millet, de maïs, de pois, d’ivraie, etc... Mais ces aliments sont encore du luxe, comparés à ceux des cultivateurs pauvres dans les villages-, leurs salaires n’étant que de 4 à 6 schellings par mois, ils sont réduits à se contenter de la plus misérable nourriture. Les castes les plus populeuses sont forcées de mêler aux mêmes graines dont nous avons parlé plus haut des racines sauvages, des herbes et des insectes. Enfin les races nombreuses qui n’appartiennent à aucune caste , et celles qui sont connues sous le nom de Chamars, hangars , Dufads , etc. , dévorent la vermine, les poissons morts et la charogne. » Transactions of the royal asiatic society of Créât- Dr itain and lreland. Vol. 1 er . Part. 111.
Et cela se passe dans la contrée la plus fertile du monde , sous un ciel privilégié et chez des populations en général douces et inoffensives! Celte misère profonde ne prend sa source ni dans l'inconduite, ni dans l’incapacité des ouvriers, mais dans l’impitoyable cupidité des vainqueurs. Ces faits ne se rencontrent point heureusement en Europe dans les Etals manufacturiers et en France moins qu’ailleurs.
160 OBSERVATIONS SlIR LÉTAT DES CLASSES OUVRIÈRES.
l’inexpérience conduit aussitôt dans un labyrinthe d’idées fausses et inapplicables.
Mais ces différences , cette supériorité relative dans l’état matériel du travailleur français ne nous font pas conclure que la situation des classes ouvrières est satisfaisante, et qu’aucune amélioration n’est à réaliser.
Dieu nous garde de semblables affirmations! 11 y a dans le monde plus de misères que n’en peuvent guérir une charité sans bornes, les méditations de tous les esprits supérieurs et les moyens pratiques qui résulteraient de ce double effort. Les souffrances ne sont que trop réelles , elles existent dans toutes les classes de la société, et particulièrement dans les classes inférieures. Jamais on ne les fera disparaître ; on ne peut que les atténuer, parce que la perfection est impossible.
Les meilleures institutions, l’équité la mieux appliquée, la charité, n’effaceront pas des misères qui dérivent de nos infirmités morales et physiques, qui naissent des éléments avec lesquels l’homme est sans cesse en lutte, et qui prennent aussi leur source dans les imperfections sociales et dans les passions individuelles, invincibles obstacles à une situation sans peines et sans douleurs. Mais c’est déjà une grande et noble mission que d’atténuer seulement ces peines et ces douleurs, de chercher dans la religion, dans la morale et dans les efforts collec-
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tifs d’une nation les moyens de calmer les souffrances et d’effacer jusqu’à un certain point les inégalités des existences matérielles.
Cependant la première condition pour atteindre ce but, est de se rendre un compte exact des faits, de remonter à leurs causes, d’étudier les phénomènes complexes qui se manifestent dans toute agglomération sociale, et surtout de ne pas s’égarer dans les rêves d’une perfection imaginaire et d’un bonheur terrestre qui s’accorderaient mal avec notre destinée future. 11 ne faut pas juger une situation générale sur des symptômes partiels, couvrir toute la société des plaies qui n’existent que dans quelques parties , et prononcer l’anathème contre tout un ordre de faits et d’idées, parce qu’on y trouve les imperfections inhérentes à toutes les œuvres humaines.
L’industrie manufacturière sans doute a ses inconvénients : elle renferme des causes de misère et de désordre ; les capitaux concentrés, à côté des merveilles qu’ils opèrent, font des victimes dans leurs mouvements puissants et souvent redoutables. Mais qui oserait nier que les travaux pacifiques de notre temps, cette tendance universelle à créer et à produire, ce mouvement intellectuel qui préside à toutes les transformations, ne soient infiniment préférables à la torpeur des populations des siècles passés ou aux passions guerrières des souve -
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rains? D’ailleurs, nous ne sommes pas libres de maîtriser des événements de cette portée, et de faire qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas une industrie manufacturière. C’est le flot des intelligences et des besoins qui nous y a conduits, et c’est un fait qu’il nous faut accepter.
En Angleterre, on a des notions plus précises dé toutes les circonstances spéciales, particulières, qui entourent les classes laborieuses; là, on connaît mieux les détails relatifs aux travaux et à l’existence des ouvriers que chez nous. Les enquêtes sur les fabriques, sur l’agriculture, les études qui ont toujours précédé les lois sur les pauvres, fournissent une série de données au moyen desquelles on est mieux initié à la vie des travailleurs. En France, les mêmes renseignements sont encore incomplets ; le gouvernement a mis moins d’empressement à les recueillir, et nous devons à cette lacune même ces vagues déclamations sur la misère et sur la pernicieuse influence du système manufacturier. Cependant des investigations utiles ont été faites, et des hommes pourvus de toutes les qualités nécessaires, dégagés de préjugés et répudiant les idées à piiori, se sont occupés de ces questions avec une louable impartialité.
Leurs travaux, peu nombreux à la vérité, inspirent cependant une entière confiance à ceux qui étudient avec sincérité la situation des travailleurs et les causes de leur misère.
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Mais cela ne suffit pas, et ces efforts individuels ne fournissent point tous les renseignements nécessaires à la solution d’une si grave question. Le gouvernement seul est en position d’arriver à des informations complètes, de constater l’état de la production et des classes ouvrières d’une manière qui permette de déduire des conclusions nettes et précises d’un ensemble de faits régulièrement observés et méthodiquement classés. On a fait en Angleterre un très-grand nombre d’enquêtes relatives à l’agriculture, aux manufactures, à l’état des ouvriers, au travail des enfants dans les fabriques et en général sur tous les établissements à l’égard desquels le parlement était appelé à prendre une décision (i). De volumineux rapports pré-
(1) Les enquêtes anglaises sont presque toujours suivies d’un rapport fait par le comité d’enquête; il arrive cependant aussi que le comité ne fait pas de rapport et se contente de présenter simplement le résultat de l’enquête au parlement.
Il est également arrivé que les enquêtes parlementaires se sont faites par commission. L’enquête sur les classes pauvres de l’Irlande , commencée le 25 septembre 1833 et terminée vers le milieu de l’année 1836, a été faite par un comité qui a procédé sur les lieux cl qui était présidé par l’archevêque de Dublin. Dans les enquêtes faites précédemment sur l’Irlande, le comité séant à Londres, appelait les témoins, ce qui laissait toujours beaucoup d’incertitude sur l’état réel des affaires qu’on examinait. Le rapport des commissaires de l’enquête est un des plus curieux qui aient été faits en pareille circonstance. Voici comment débute le rapporteur : * La grande partie de la popu- « lation , sur laquelle et parmi laquelle l’enquête devait être • faite, flotte continuellement entre la mendicité et un travail
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parent et facilitent ainsi les travaux du pouvoir législatif, tout en éclairant le public sur l’opportunité et la valeur des lois nouvelles. Une enquête sur la situation des classes ouvrières rectifierait certainement bien des opinions erronées. On trouverait d’ailleurs dans un pareil travail la source même d’une infinité d’amélio-
« incertain. Dans des districts entiers à peine trouve-t-on une « personne de celle classe de riches fermiers capitalistes , qui « sont si communs en Angleterre. Il n’y a qu’un fort petit « nombre de gens comme il faut, possédant quelque fortune « qui résident dans le pays, et l'on ne rencontre pas tous les de- « mi-milles un riche marchand, comme en Angleterre, car il « y a trop peu de villes d’un commerce suffisant pour créer une « semblable classe. Le clergé des différentes croyances et les • propriétaires, quand ils résident, sont tellement divisés d’o- « pinions entre eux et avec la population ouvrière sur les « questions politiques, que nous devons prendre de grandes
< précautions sur la manière dont nous pouvons nous servir de « leur assistance. De semblables difficultés existent par rap-
< port aux constables, h cause de la position délicate où ils sont « continuellement placés vis-à-vis du peuple; et quant aux « autorités paroissiales, à peine peut-on dire qu’il en existe. » Ce passage peut donner une idée de la difficulté de la tâche accomplie par ce comité d’enquête.
L’enquête de 1835 sur les manufactures, le commerce et la navigation est aussi une de celles qui offrent un vif intérêt. Le comité réunissait un grand nombre d’hommes considérables tels que le marquis de Chandos, le vicomte Howick, Alexandre fiaring, Poulelt Thompson, etc. Cette enquête embrasse les distilleries, les brasseries, les fabriques de savon, de papier et de cuirs; les manufactures de laine, de lin, de soie et de coton. L’enquête de 1838 , sur les associations d’ouvriers, faite par un comité présidé par sir Henry Parnell , contient des faits extrêmement curieux sur le compagnonnage et les associations. Nous
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rations. Car dès que le mal est rigoureusement apprécié et réduit à sa juste valeur, il est plus facile d’y porter remède que lorsqu’il n’est signalé que par de vagues affirmations et par des dénonciations où l’intérêt, l’amour-propre, l’ambition et l’esprit de parti ne permettent pas de voir les faits d’une manière impartiale.
en dirons autant de l’enquêtede 1831 et! 833 sur les tisserands à la main fhandloom weaversj. Les comités d’enquête interrogent 30, 40, 60, et quelquefois un plus grand nombre de témoins. Chacun peut se faire entendre et présenter ses observations.
Depuis l’application de la loi de 1833, sur le travail des enfants dans les manufactures, les rapports des inspecteurs chargés de veiller ïi l’exécution de cette loi, offrent des renseignements très-instructifs sur la situation des classes ouvrières en Angleterre. Il serait à désirer que chez nous le nombre des inspecteurs du travail des enfants fût considérablement diminué, et que ces fonctionnaires eussent une position qui leur permettrait de se consacrer entièrement à leurs devoirs. Jusqu’à présent les résultats de la loi ne sont connus que d’une manière très-vague et très-générale , et on n’a publié chez nous aucun document qui ait de l’analogie avec les rapports semestriels fournis par les inspecteurs du travail des enfants des manufactures anglaises. Ceux-ci sont au nombre de quatre seulement; mais ils ont des adjoints qui les assistent et leur facilitent, par des sous-inspcctions, l’accomplissement de leur tâche. Toute l’année ils parcourent le royaume, et leurs rapports sont des documents qui jettent de vives clartés sur la manière dont s'exécute le travail manufacturier.