‹ Observations sur l'état des classes ouvrièresChapitre 7 sur 42 · LA BANQUE · texte numérisé non relu

LA BANQUE

. 24 décembre

livres slcrlings.

. . 20 décembre

Excepté pour 1842, on voit que les réserves de la banque diminuent avec le chiffre croissant de l’importation des blés. Pour 1843, la réserve est considérable, d’abord parce qu'on n’avait guère importé avant la fin de l’année qu’environ 130,000 quarters de blé , et qu’ensuile la banque d’Angleterre, pour prévenir une crise, avait de bonne heure augmenté le taux de l'escompte, afin de ralentir la spéculation et le mouvement des affaires. En 1859, la pénurie du numéraire était telle chez nos voisins, que la banque d’Angleterre a été obligée de recourir h la banque de France pour un emprunt de 50 millions de francs. Pendant cette même année où l’importation des céréales s’était élevée à 2,700,000 quarters, le fonds métallique de la banque de Londres est descendu de 9,700,000 livres U 2,100,000 livres.

* Le quartcr vaut 2,9075 hectolitres.

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se porte sur les denrées du sol, sur le coton principalement, et il s’opère dans les moments de surexcitation des transactions prodigieuses sur cette marchandise. Le marché européen étant le principal débouché pour le coton nous ressentons naturellement jusqu’à un certain point les effets des spéculations qui se pratiquent de l’autre côté de l’Atlantique.

Aussi la France est-elle en général plus affectée des crises qui prennent leur origine aux États-Unis et en Angleterre, que de celles qui ont leur source au sein môme de notre commerce et de notre industrie.

L’organisation de notre circulation métallique, en nous laissant moins de latitude pour les spéculations et les entreprises hasardeuses, nous met à l’abri de plusieurs dangers qui menacent constamment les États-Unis et la Grande- Bretagne. Mais, notre négoce extérieur établit d’un autre côté des relations qui nous entraînent dans le cercle commercial des autres nations. Ainsi nous vendons nos tissus de laine, de coton et de soie aux habitants des États-Unis. Dès que le crédit est ébranlé dans ce pays , nous nous trouvons atteints. Les fabriques de Lyon , de Saint-Étienne, de Nîmes , de Mulhouse et de beaucoup d’autres villes s’en ressentent. Les entrepreneurs sont forcés de ralentir la production , ce qui équivaut à un chômage complet ou partiel pour les ouvriers , et dans les cas les

moins fâcheux à une réduction momentanée des salaires.

Cependant nous avons aussi chez nous des crises qui , sans résulter d’un abus dans la multiplication des agents de la circulation, doivent cependant être attribuées à la profusion avec laquelle les capitaux se portent et se concentrent de préférence sur certaines entreprises. La bonne distribution des capitaux se trouve ainsi détruite. Plusieurs branches industrielles de même que les relations commerciales en souffrent , et il vient un moment où il faut de nouveau ramener les capitaux vers les entreprises normales. Alors les opérations qui ont temporairement absorbé une plus grande masse de capitaux qu’elles ne pouvaient fructueusement en employer, sont délaissées et les entrepreneurs éprouvent des pertes qui rejaillissent sur les travailleurs d’un ordre inférieur. La crise de 1825, provoquée d’ailleurs par celle des États- Unis et de l’Angleterre , a toutefois été compliquée de plusieurs incidents de cette nature, et à Paris, entre autres, de la spéculation sur les terrains. En 1845, les opérations sur les chemins de fer ont failli assombrir l’horizon commercial qui déjà se trouvait menacé par la situation industrielle et mercantile que faisaient à l’Angleterre une mauvaise récolte et l’exagération dans la construction de ses chemins de fer.

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Depuis que le commerce extérieur a acquis une importance nouvelle et qu’il repose, pour les États manufacturiers de l’Europe, principalement sur l’exportation des produits fabriqués, il est plus difficile de se garantir des effets des crises commerciales qui se manifestent à l’étranger. Un changement dans les tarifs, une mauvaise récolte, un embarras financier ; voilà autant de circonstances qui peuvent compromettre plus ou moins gravement nos industries.

Pour peu qu’on veuille réfléchir à cet état de choses, on trouvera qu’une portion de la population française est pour ainsi dire à la solde des pays étrangers. Nos ouvriers de Lyon et de l’Alsace travaillent pour les Américains , tout aussi directement, tout aussi immédiatement que pour la consommation nationale, et si, politiquement et civilement, ils appartiennent à la France , on ne peut pas se dissimuler que leur existence matérielle, leur situation économique dépendent, en très-grande partie, des goûts et des besoins de consommateurs étrangers. La position n’est pas entièrement nouvelle; car l’exportation de certains produits manufacturés avait, dès longtemps, créé une situation spéciale à ceux qui les fabriquaient. Cependant depuis le développement de la grande manufacture, cette position devient encore plus nette et plus précise, et les formes intermédiaires qui

déguisaient cette dépendance du travail national disparaissent de plus en plus.

Ce fait, très-important, est trop négligé dans les mesures relatives au commerce extérieur, et on fait presque toujours abstraction des travailleurs qui sont ainsi liés aux consommations étrangères. Au point où en sont aujourd’hui l’industrie et les échanges , les causes de perturbation viennent fréquemment du dehors, et alors il est beaucoup plus difficile de les écarter ou de les dominer. Les consommations indigènes ont plus de régularité et les variations qu’elles éprouvent et qui réagissent sur la fabrique ne sont jamais aussi profondes que celles qui prennent leur source dans les crises étrangères , presque toujours foudroyantes et imprévues.

Nous ne parlons point ici des causes politiques qui portent le désordre dans le travail et dans la production ; elles sont trop simples et trop saisissables pour que nous ayons à les exposer. La guerre ou seulement la perspective de la guerre, fait disparaître les capitaux et paralyse toute activité ind ustrielle. Plus nous avancerons dans le régime manufacturier , plus les échanges avec les nations étrangères se multiplieront, et plus la paix deviendra nécessaire à tous les peuples civilisés.

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