EXISTENCE D'ANIMAUX MARINS A DE GRANDES PROFONDEURS
la plus positive non-seulement que des Coralliaires de la division des Madréporaires ou Zoanthaires pierreux et des Mollusques tant Gastéropodes qu'Acéphales, sont susceptibles de vivre dans la Méditerranée à une profondeur de plus de 2000 mètres, mais encore que ces animaux peuvent s’y développer et s’y accroître rapidement.
Il existe, en effet, entre l’île de Sardaigne et la côte algérienne une sorte de large vallée sous-marine cù la mer présente cette grande profondeur, et le conducteur électrique, établi entre Cagliari et Bone, y avait été descendu. Ce câble y reposait depuis deux ans, lorsqu'il a fallu chercher à l'en retirer. Malheureusement il se rompit, et on ne parvint pas à le relever en entier ; mais on en fit remonter une portion, et ce sont des fragments détachés du tronçon pêché à une profondeur de 2000 à 2800 mètres, que j'ai eu l’occasion d'examiner. Or, parmi les corps étrangers qui adhéraient aux morceaux du câble télégraphique retirés du fond de la vallée sous-marine dont je viens de parler, j'ai trouvé plusieurs Polypiers et diverses coquilles qui y étaient fixés, qui appartenaient à des animaux vivants au moment de leur sortie de l’eau, car les parties molles en étaient conservées, et qui s'étaient évidemment développés sur place, car leur base s'était pour ainsi dire moulée sur les inégalités de la surface du câble où ces êtres s'étaient attachés. |
Un des Mollusques qui avaient vécu ainsi sous la pression d'une colonne d’eau salée haute de plus de 2000 mètres, est une espèce d'Huître (l’Ostrea cochlear) qui se rencontre en abondance sur beaucoup de points de la Méditerranée, et que l’on savait habiter les eaux profondes, puisque les corailleurs, dont la pêche se fait ordinairement par 100 à 150 mètres, la ramènent souvent dans leurs engins. L'animal s’était évidemment fixé sur le câble quand il était très jeune, s’y était développé, et avait atteint ainsi l’âge adulle ; car sa valve inférieure, large d'environ 6centimètres, s’élait complétement moulée sur la surface de ce corps cylindrique, et s'était déformée pour l’embrasser dans la moitié de sa circonférence qui ne reposait pas sur le sol sous-marin, et qui élait dirigée vers le haut.
Sur un autre point de la surface du fragment de câble, ramené d’une profondeur de plus de 2000 mètres, se trouvait également fixé, quoique d’une manière moins solide, un petit Pecten assez commun dans la Méditerranée, et connu des conchyliologistes sous le nom de Pecten opercularis (Lamk), variété Audouini (Perrod.). J'ajouterai que sa coquille est fortement colorée, circonstance qui me paraît digne de remarque, à cause de l’obscurité qui doit régner dans la zone habitée par ce Mollusque (1).
J'aiobtenu de la même manière une autre espèce du même genre, très rare dans les collections, le Pecten testæ, dont les valves sont marquées de stries très fines et élégamment treillissées. M. Filippi mentionne cette jolie coquille comme ne se rencontrant qu’à de grandes profondeurs, c’est-à-dire de 50 à 60 brasses peut-être ; mais on ne soupçonnait pas que la station habitée par cet animal s’étendit à une profondeur égale à la hauteur qui sépare le sommet du mont Canigou du niveau de la mer.
A ces trois Mollusques acéphales se trouvent associés déux Gastéropodes, très rares dans les localités explorées d'ordinaire par les zoologistes : l’un estle Monodonta limbata, V'autrele Fusus lamellosus. Cette dernière coquille, remarquable par les stries fines qui traversent les tours de spire, est d’une extrême fraicheur ; de même que la précédente, elle contient les parties molles de l’animal encore parfaitement reconnaissables, de sorte que celui-ci avait certainement vécu là où on l’a trouvé, et n’est mort qu'après avoir été retiré de l’eau avec le fragment de câble sur lequel il rampait. ji
Les Coralliaires qui vivaient à ces grandes profondeurs offrent encore plus d'intérêt ; ils étaient au nombre de quatorze individus, et ils appartenaient à trois espèces de la famille des Turbinolides. L'un de ces Polypiers ne m'a paru différer en rien de la Caryophyllia arcuata, espèce très rare qui se rencontre à l’état fossile
(1) M. Valenciennes a bien voulu me communiquer une Volula junonia (Sch.) qui a été pêchée dans le golfe du Mexique, par le capitaine B. Letourneur, à une profondeur d'environ 430 mètres, et qui est remarquable par la fraîcheur de ses couleurs ainsi que par ses dimensions; car elle a près de 48 centimètres de
long.