LE CONFLIT
Les Anglo-Américains, chassés de Pentagoët, ayant tenté de le reprendre, d’Aulnay y envoya une pinace, une chaloupe et deux autres petits bâtiments, qui furent capturés par de La Tour. Celui-ci, d’après M. Moreau, retint les hommes en. captivité et les traita en esclaves. D’Aulnay résolut de secourir ce poste et partit en compagnie de deux Capucins. Vers le même temps, toujours d’après M. Moreau, l’agent de de La Tour, Desjardins, arrivait au fort Saint-Jean et y amenait Marie Jacquelin. De La Tour, désireux de faire bénir on mariage aurait quitté son fort pour se rendre au Port-Royal: “ Le prétexte, ajoute M. Moreau, était d’autant mieux choisi qu’on savait que les Capucins, scandalisés de sa conduite et fatigués de ses mauvais traitements, s'étaient retirés de son habitation... ”
On voudra bien nous permettre ici une réflexion. De La Tour ayant dans son fort trois Récollets, il paraît invraisemblable qu’il ait quitté son habitation Pour aller faire bénir son mariage au Port-Royal. Les religieux qui demeuraient avec lui, depuis 1630, exerçaient leur ministère auprès des catholiques et de La Tour ne dut Pas, par conséquent, se rendre désagréable aux Capucins. Cette histoire ne repose sur aucun fondement. En tout cas, le fait est que de La Tour attaqua Port-Royal, mais il ne fut pas heureux dans cette agression. Obligé de se rendre avec les siens, il aurait été remis en liber-
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té à la demande des Capucins. D’Aulnay fit rédiger un procèsverbal par Mathieu Cappon, le 21 juillet 1640. Puis, le 11 août, d’après M. Moreau, ies Capucins appuyèrent cette pièce Par un certificat, dont le texte n’a pas été retrouvé.
Le capitaine Jamin ayant été tué pendant l’action, sa veuve, appuyée par de La Tour, intenta un procès pour meurtre contre d’Aulnay, par devant les juges de l’amirauté de Guyenne. De La Tour fit saisir le navire Le Saint-François à La Rochelle et le procureur du roi fit mettre aux arrêts les nommés LeBoeuf et Pointis. Le premier avait remplacé le capitaine Marot dans le commandement de ce navire, La compagnie intervint pour. demander la mainlevée de la saisie. D’Aulnay sut tirer bon parti de cette attaque. Avec les pièces mentionnées plus haut, il passa en France et il obtint deux arrêts, l’un contre de La Tour, l’autre contre Desjardins. Le 13 février 1641, le roi ordonna à de La Tour de passer en France, sinon il Chargeait d’Aulnay de s'emparer de sa personne et de ses biens en dressant de ces derniers un fidèle inventaire.
Dans cette affaire, de La Tour fut regardé en France comme le premier agresseur. D’Aulnay revint au pays avec six hommes seulement “ quand il avait compté, écrit M. Moreau, sur un renfort de trente à quarante hommes ”. : ‘ Dé. sormais, ajoute le même auteur, il ne s’agira plus de sa querelle (de d’Aulnay), mais de l'intérêt de la justice. Ses griefs personnels seffaceront devant le caractère public de sa mission. Il aura à faire respecter l’autorité du roi et non plus à venger ses propres injures. Ce n’est plus le compétiteur, le rival, l'ennemi de de La Tour, que nous allons suivre dans ses
* Serait-ce là cette guerre nationale dont nous a entretenu M. Moreau au commencement de son ouvrage ? Nous pensons qu'il s'agissait d’une querelle entre deux rivaux et que le roi se mit peu en peine de la terminer,
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opérations, c'est le représentant de la et en Acadie... » Par ailleurs, par d’Aulnay
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jouissait à la cour qui fit pencher la balance en faveur de ce
dernier que le poids des offenses dont de La Tou: était ue. cusé, »”1
La mission d'arrêter de La Tour était plus facile à donner qu’à mener à bonne fin. De La Tour,
porteur de l’ordre que son ennemi avait obtenu du roi. “ De La Tour, écrit M. Moreau, arracba les papiers avec violence, et les mit en bouchon, suivant l'expression de d’Aulnay, en proférant des paroles insolentes, Cet acte brutal de révolte fut suivi d’un autre plus injustifiable encore. Les députés et les matelots furent jetés en prison. Ils restèrent renfermés dans le fort Saint- Jean depuis le 17 août 1642 jusqu'au 3 septembre 1643. ” D’après Moreau, ils furent alors renvoyés en France, et ils déposèrent leur plainte entre les mains du juge de l’amirauté le 14 octobre. Cette pièce, dont d’Aulnay fournit la date, n’a Pas encore été retrouvée, écrit M. Moreau. Le lecteur est prié de remarquer ici que la plupart des pièces à convicticn, mentionnées par d’Aulnay, et dont parle M. Moreau, ne sont plus retrouvables, Avec le Premier mémoire des Capucins c’est la seconde dont il est question jusqu'ici. Nons avons eu l’occasion de consteter ce fait lorsque, pour contrôler les as-
* Beamish Murdoch: History of Nova-Scotia, 1er vol., p. 99.
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sertions de M. Moreau, nous nous sommes adressé à M. l’archiviste départemental de la Gironde, à Bordeaux, où les recherches ont été vaines. D’Aulnay, voyant l’insuccès de sa première démarche, se décida à bloquer l'entrée de la rivière Saint-Jean, afin d'isoler de La Tour dans son fort.
De La Tour avait de puissants amis, à La Rochelle, parmi les huguenots, ses anciens co-religionnaires, avec lesquels il se tint en relations constantes. Au mois de septembre 1641, il envoya à Boston un nommé Rochette afin de conclure un traité avec les Anglo-Américains. 1] demandait la liberté du commerce, la permission de faire venir des marchandises d'Angleterre et des secours contre son ennemi. Au témoignage de Winthrop :, la première demande fut accordée. Mais les Anglo-Américains ne voulurent Pas conclure de traité sur les deux autres questions, car Rochette n'avait pas de commission de de La Tour à ce sujet. Si l’on peut contester au rival de d’Aulnay le droit d’aller demander des secours contre son ennemi, * on ne peut lui refuser celui de conclure un traité de commerce avec les Anglo-Américains, car il avait pleine liberté de la part de la métropole, D’Aulnay, plus tard, fit un semblable traité avec les Anglo-Américains. Le 6 octobre 1642, de La Tour envoya auprès de ces derniers, un nommé Lestang qui fut reçu d’une manière encore plus condiale. A la suite de ces négociations, les marc.ands de Boston envoyèrent une pinasse faire le trafic au fort de de La Tour. Au mois de mai 1643, de La Tour fut averti par Desjardins qu’on lui avait expédié de La Rochelle un vaisseau de 140 tonneaux, Le Saint- Clément, commandé par Etienne de Mouron, monté par 140
‘ History of New England, II vol., p. 42.
* On rencontre dans l’histoire de France et de l'Europe maints exem-
ples où des mercenaires s'engagent pour servir un prince étranger. C'était dans les moeurs et usages du term:
hommes, tous protestants comme lui, Le vaisseau ne pouvant entrer dans le port, à cause du blocus que d’Aulnay avait resserré, de La Tour s’embarqua sur une chaloupe avec sa femme et deux Pères Récollets, qui résidaient dans son habitation (Moreau, page 175). Il descendit la rivière pendant la nuit, et réussit à gagner la haute mer. “ Il entra dans le port de Boston vent arrière, écrit Hubbard. Par un singulier hasard, un de ses gens reconnut la femme et la famille du Capitaine Gibbons. La femme de ce dernier, effrayée de se voir poursuivie par des étrangers, sé retira dans une île appelée le jardin du gouverneur. De La Tour débarqua dans l’île, où était Winthrop et, sans perdre de temps, il lui exposa sa situation. ! Il lui dit que le vaisseau sur lequel il était venu était récemment arrivé de France; qu’il n'avait pu pénétrer dans la rivière Saint-Jean parce que d’Aulnay, son ancien ennemi, en gardait l'embouchure ; qu’il avait été obligé de sortir lui-même clandestinement de son fort. Il terminait en demandant que le gouvernement du Massachusetts l’aidât à centrer chez lui. “ Il présenta, écrit M. Moreau, pour prouver la justice de sa cause, la commission du capitaine Etienne de Mouron, qui était, dit Hubbard, sur parchemin, d’une écriture régulière, avec la signature et le scean du vice-amiral de France, grand prieur de l’ordre de Malte, pour porter des provisions à de La Tour quaiifié de lieutenant général du roi en Acadie. Il présenta également des lettres de la compagnie, qui l’informaient, sous la date d'avril 1643, des démarches d’Aulnay, en France apparemment, et lui conseillaient de bien faire attention à lui. ”
Nous pouvons admettre, dit M. Moreau, l’existence de la commission. Il n'avait pas dû être difficile de surprendre la
* Winthrop, vol. IT, p. 108.
religion du grand prieur, qui était alors Amable de La Porte, vieillard très peu qualifié aux affaires. Mais les lettres nous sont décidément suspectes. &i elles avaient été écrites dans les bureaux de la compagnie, elles ne l’avaient pas été certes en son nom et avec son consentement. ” Ainsi, M. Moreau admet que la commission de Capitaine Etienne de Mouron était authentique. Cette admission a sa valeur et montre que de La Tour possédait des amis en France, qui travaillaient de toute leur force à le faire réintégrer dans les bonnes grâces da roi. Sa cause, jusque-là, n’était pas perdue. Cependant, M. Moreau, toujours Soupçonneux quand il s’agit de de La Tour — il est incorrigible — suppose que cette commission aurait bien pu avoir été arrachée à la faïblesse du ministre. Cette supposition, outre qu’elle est peu flatteuse pour un premier ministre de France et un grand maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, n’est pas admissible. Si le ministre avait livré ce parchemin, c’est qu’il se croyait en droit de le faire. L'opinion en France se modifiait en faveur de de La Tour, c’est tout simple. Par ailleurs, nous avons une preuve irréfutable de l’authenticité de cette commission. Dans sa défense, Charles de La Tour accusa formellement d’Aulnay d’avoir empêché Etienne de Mouron d’arriver à Saint-Jean bien qu’il fût alors muni de la susdite commission. De La Tour n’aurait certes pas mentionné cette affaire si la commission n’eût été légitimement obtenue.
En second lieu, M. Moreau pense que les lettres de la compagnie sont suspectes. La raison qu’il en donne, c’est que la compagnie avait traité d‘Aulnay avec trop de bienveillance pour se démentir ainsi d’une année à l’autre. Cette explication ne peut être acceptée. La compagnie qui protégeait d’Aulnay n’était pas celle qui appuyait Charles de La Tour. D’après M. Moreau lui-même (page 149), “ les deux compagnies ne s’accordaient pas toujours, et il est arrivé que la dé-
finition insuffisante de leurs droits respectifs a donné lieu à des contestations ”. La compagnie qui protégeait d’Aulnay était connue sous le nom de Razilly-Condonnier (page 155). A la page 164, M. Moreau dit que Claude de Razilly, Nicolas Le Tardif et les Pères Capucins formaient cette compagnie, : Nous ajoutons que d'autres Personnages influents de la Compagnie de la Nouvelle-France en faisaient aussi partie et que leurs intérêts étaient identifiés avec ceux de d’Aulnay. Tels furent, à la vérité, ceux qui intervinrent en faveur de d’Aulnay. Alors, M. Moreau n’a pas à s'étonner de voir la compagnie se démentir d’une année à l’autre et n’a que faire de s'en scandaliser, Au reste, il ne faut pas étudier longtemps l’histoire de cette époque pour voir que les compagnies aussi bien que le roi de France accordaient leurs faveurs à ceux qui tiraient les ficelles le plus habilement, de sorte que les favoris du jour pouvaient être supplantés le lendemain sous le plus futile prétexte.
De La Tour obtint des Américains les secours demandés, Il put disposer de cinq vaisseaux armés. Il s’engagea à payer à Edouard Gibbons et à Thomas Hawkins la somme de 800 louis en pelleteries... Comme garanties, il hypothéquait tout son fort de la rivière Saint-Jean. M. Moreau blâme de La Tour d’avoir conclu ce contrat. Sa conduite ne peut-elle pas s’expliquer sinon se justifier? La lutte qu’il avait à livrer contre son rival entrait dans une phase décisive. Il ne lui restait que deux alternatives : ou se livrer à son ennemi et perdre tous ses biens, ou combattre en Acadie contre d’Aulnay. Vainqueur, il pouvait passer en France, plaider sa cause et revenir triomphant vers son fort et ses domaines. Les circonstances montrent qu’il devait ou se rendre à discrétion entre les
! Richelieu avait substitué à sa place les Capucins qui abandonnèrent leurs parts en faveur de d’Aulnay.
mains de son ennemi et alors tout perdre, ou lutter avec un moyen extrême. En s’associant aux Américains, il jouait gros jeu, car il s’exposait à voir s’accréditer à la cour les accusations que d’Aulnay avait déjà portées contre lui. C’est bien ce qui arriva. Il est bon de remarquer que de La Tour engageait des mercenaires, soldats de fortune, non pas dans le but de livrer l’Acadie aux Anglo-Américains, comme on l’a dit, mais simplement pour combattre son ennemi et se délivrer de ses attaques.
À Boston, la conduite du gouverneur fut diversement appréciée. Nous n’avons pas à rapporter ici les discussions suscitées par quelques puritains qui ne voulaient pas soutenir la cause d’un papiste et d'un idolâtre, c’est-à-dire d’un catholique, comme de La Tour, ni entrer dans un conflit entre deux papistes. * Quoiqu'il en soit, de La Tour partit de Boston le 14 mai et s’en alla attaquer d’Aulnay, lequel, voyant la supériorité de son ennemi, s'enfuit à Port-Royal. De La Tour aurait dû se contenter de délivrer son fort, mais il alla plus loin et il attaqua son ennemi à Port-Royal. Il incendia un moulin, tua trois hommes, fit sept blessés et un prisonnier. Il perdit trois des siens. * Le 20 juin, au témoignage de Winthrop, les vaisseaux anglo-américaius rentraient à Boston et pas un des soldats de fortune ne manquaient à bord. En retournant au fort Saint-Jean,de La Tour s’empara d’une pinasse qui appartenait à d’Aulnay. Cette agression eut pour effet de rendre la position de de La Tour plus mauvaise vis-à-vis de la cour. D’Aulnay sut habilement en faire son profit. Il passa en France et présenta un mémoire dans lequel il exposait non seulement le récit des derniers événements, mais encore toutes les calomnies que nous avons signa-
* History of New England, II vol. p. 109 et suivantes, ? Le même, II vol., p. 134.
lées. De La Tour résolut de se défendre à distance. Les procédures commencèrent devant le juge de l’amirauté de Guyenne.
D’Auinay terminait ainsi son plaidoyer: “ De dire les indignités que les dits prisonniers ont reçues dans l’habitation de de La Tour, la vie qu’il y mène, luy, ses gens, sa femme, de laquelle on se plaint autant que de luy... les informations, certificats, relations, mémoires, lettres missives et autres actes, tant des Pères Capucins qu’autres Particuliers, et mêmes gens de La Tour, en font assez de foy sans s’y estendre davantage par ces mémoires.” Il raconte ensuite comment de La Tour se rendit à Boston pour demander des secours et comment il fut attaqué par ses cinq vaisseaux armés en guerre, et il termine en disant “ qu'après toutes ces violences, ayant sçeu que le dit La Tour avait fait passer son vaisseau en France escorté de ces cinq vaisseaux anglais pour luy faciliter la sortie de son port, il a estimé à propos qu’il devait rendre compte à la reyne de l’état du pays et de l’empêchement que le dit La Tour a fait jeusques à présent et fait encore à l’establissement des colenies françoises, à la conversion des sauvages et aux bons progrès qui se peuvent faire dans toute l’estendue du Pays, afin qu’il playse à Sa Majesté vouloir apporter les ordres nécessaires Pour y maintenir la gloire de Dieu et l’honneur de la France. A quoi le dit sieur d’Aulnay ayant jusqu'ici contribué de tout ce qui est de son pouvoir, n'ayant fait difficulté d'y engager son bien et d'y hasarder plusieurs fois sa vie. Il continue en la même volonté sur l’espoir qu’il a d’estre protégé par la reyne, et qu’elle ne laissera pas toutes les violences, cy-dessus déduites, impunies. .. ” : Comme preuves, d’Aulnay rappelait les informa-
* Mémoire instructif de la conduite du Sieur de La Tour dans la Nouvelle-France depuis 1624 jusqu'en 1643, et de ce que le Sieur d'Aulnay a
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tions des 14, 16, 22, juillet 1640, celle du 16 août 1641 et une autre du 19 août 1643, les informations par devant le juge de l’amirauté de La Rochelle du 4 octobre 1643, les certificats des Capucins, celui d’un officier de de La Tour “ qui parle amplement de la vie débordée qui se fait par luy et ses gens ” du mois de septemhre 1643, les lettres missives des Capucins, la lettre d’un Récollet demeurant avec le dit de La Tour, les lettres du gouverneur de la grande Baye pour les Anglais et aux capitaines anglais, les certificats des chirurgiens qui ont pansé les blessés, les mémoires donnés par un procureur du parlement nommé Picault qui disent la naissance du dit de La Tour et comme quoi il s’est établi dans le pays. :
D’Aulnay présenta-t-il toutes cès pièces? Nous ne le pensons pas, plusieurs n’ont pu être retracées. Quoi qu’il en soit, elles ne furent pas toutes considérées par la cour. Celles qui avaient rapport aux violences dont de La Tour était accusé ou à ses alliances avec les Anglais motivèrent le jugement qui fut rendu contre lui.
Nous avons en mains l'arrêt du conseil d'Etat, en date du 6 mars 1644, qui a servi à M. Moreau, * La copie, faite par M. Dugas, a été tirée des Archives nationales de Paris et collationnée par M. Biggar. (Cette pièce est des plus intéressantes. Il y est dit d’abord que des informations ont eu lieu le 24 juillet 1640, par Mathieu Cappon ‘“ à l’encontre de Charles de Saint-Etienne, sieur de La Tour, commis par Sa Majesté pour commander en qualité de son lieutenant général au pays d’Acadie, fort Louis, port de La Tour, et lieux qui en
advancé dans le dit pays. — Bibliothèque nationale, Fonds Français, No 18593.
* Archives nationales, Paris. Arrêts, 1644, No 5, T. 1688.
dépendent, sous l'autorité de feu le sieur cardinal de Riche. lieu...” Les informations en date du 16 juillet 1640 y apparaissent, mais il est remarquable qu’elles ont été biffées et sont par conséquent nulles. M. Dugas, le copiste, a eu le soin d'indiquer ce fait par le mot (sic) à la marge. Dans une autre information, dans laquelle d’Aulnay s'était intitulé gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté dans toute l'étendue de l’Acadie, ces titres sont aussi biffés. On ne reconnaissait pas à d’Aulnay les titres en question. La commission donnée en 1641 par le cardinal et celle du roi ne valaient qu’en l’absence de de La Tour qui était pour lors appelé en France. C’est du moins ce qui ressort de cette pièce. Voici ce qui y est dit. Nous indiquons entre parenthèses les mots rayés, qui sont nuls Par conséquent : “ Autres informations faites par addition de l’autorité du sieur d’Aulnay (gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté en toute l’étendue de l’Acadie...) Autres informations du 16 août 1641 (des malversations du dit de La Tour faites de l'autorité du dit sieur d’Aulnay) sur la plainte de quelques habitants de Port-Royal...” Il y a plus. M. Moreau a souventes fois entretenu le lecteur des violences que de La Tour aurait exercées contre les Capucins, &i d’Aulnay eut pu en fournir la preuve, n'est-ce pas que c’eût été pour lui la bonne occasion de la produire ? Or, ici, il est question de violences, mais elles se rapportent à la personne de d’Aulnay et non à celles des Capucins, et encore sont-elles biffées. (Attestation des Pères Capucins, du 20 du dit mois, des violences et entreprises du dit de La Tour à l’encontre du dit sieur d’Aulnay. Rapports des chirurgiens qui ont pansé et médicamenté les gens du sieur d’Aulnay blessés, le nommé Lafleur..… ). Suit une requête des Capucins “ à ce qu’il plust au roi mettre quelque ordre au dit pays pour la conversion des sauvages... ”
La requête susdite fut appuyée par une autre signée par
des personnes qui avaient tout intérêt à assurer la victoire de d’Aulnay. Dans cette pièce, prière est faite au roi de joindre aux membres du conseil d'Etat des personnes capables de s’enquérir des affaires de la colonie, afin d'empêcher la diversité des arrêts qui pourraient être rendus au grand préjudice des affaires religieuses du pays. On sait que de La Tour avait des amis puissants qui travaillaient pour lui. Ils lui avaient obtenu du grand prieur une commission pour ravitailler son fort. Même après la première condamnation de de La Tour, d’Aulnay avait pu voir que la balance pouvait pencher du côté de son ennemi. Aussi était-il anxieux de faire entrer au conseil des hommes qui lui étaient favorables afin de s’assurer une justice expéditiye. Cette requête est moins compromettante pour de La Tour que pour d’Aulnay. “’Requeste. — Pour estre commis au conseil des personnes pour Ccognoistre des affaires de la Nouvelle-France en 1643. — Puisqu’il a plu à Dieu ouvrir le chemin de son Evangile en la conversion des sauvages de la Nouvelle-France, il semble que ce serait luy faire service agréable d’en procurer l'avancement comme chose importante à la gloire et mesme au bien du service du roy et l’estendue du nom et empire fran- Sais, et à cet effet, soubs le bon plaisir de Monseigneur le chancelier commettr quelques personnes de choix du conseil du roy, bien intentionnées et instruites de lestat de ta Nouvelle-France pour aux occasions, lorsqu'en conseil il se présentera des affaires concernantes le dist pays, leur estre communiquées, et par eux donné à mon dict seigneur advis pour empêcher la diversité d’arrests et règlements qui pourraient intervenir au grand préjedice et retardement des bons succès que l’on espère tant de cette Eglise naissante que de ce petit estat français commençant et une particulière bénédiction du ciel pour mon dict seigneur et pour tous ceux qui s’emploieront sincèrement et sans intérêts à l'exécution d’une si
bonne oeuvre. Ont signé: M. d’Ormeson, MM. Brandon, de la Marguerie, de Morangis, de Monchal, Chomel l’Ermitage. = »» 1
Que penser de cette pièce? N'était-ce pas là une tentative faite pour introduire au conseil d'Etat des juges qui favori. seraient d’Aulnay au détriment de de La Tour ? On serait tenté de le croire. Ainsi d’Aulnay, tout en faisant preuve de zèle pour avancer les affaires de la religion, désirait obtenir un jugement expéditif de ceux-là même qui avaient intérêt à le défendre.
Au témoignage de M. Moreau, le certificat des Capucins en date du 11 août 1640 et celui du 14 octobre 1643 n’ont pas été retrouvés (Moreau, pp. 160 et 170). Ont-ils jamais existé? Dans tous les cas, le fait que ces pièces mentionnées dans l’arrêt du conseil d’Etat ont été biffées montre que les accusations de d’Aulnay manquèrent d’appui sur ces divers points. Les enquêtes de Mathieu Cappon, le certificat des Capucins en date du 20 octobre 1643 et la déposition de Lestang, lieutenant de La Tour, amenèrent la condamnation de ce dernier. Dans cette pièce les Capucins déclarent expressément que de La Tour s’est lié avec les Anglais “ pour chasser les Français du pays”, et ils rendent témoignage de la vie scandaleuse de lui et ses gens, “ pour l'avoir appris d’un soldat blessé demeuré prisonnier entre les mains de M. d’Aulnay ”. ? Nous ne pouvons mettre en doute la bonne foi des Capucins, mais il se peut que la narration faite par ce soldat n’ait pas été exacte et que, pour échapper aux vengeances de d’Aulnay, il n’ait pas hésité à embellir son discours. Quant à la déposition de Lestang, le simple énoncé que nous en avons ne nous dit rien,
1 Manuscrits français, No 18593—ff. 365-415.
? Documents et manuscrits, val. Ii, r. 118,
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pas plus que celle du Récollet, ni celle des Anglais, dont il est question dans le mémoire de d’Aulnay.
Bien qu’à distance, de La Tour produisit une défense, Elle est mentionnée dans l'arrêt du conséil d'Etat. Nous n’en avons que le résumé, et c’est déjà beaucoup. Nous y voyons une plainte faite par de La Tour, en date du 25 octobre 1643, contre d’Aulnay accusé “ de l'empêchement par lui fait à Etienne de Mouron capitaine de marine conduisant le navire nommé Le Saint-Clément, chargé de vivres et de munitions nécessaires pour la subsistance du dit de La Tour,et les Français étant sous sa charge dans le fort de la rivière Saint-Jean, suivant l'ordre du dit sieur Mouron à luy baïllé par le sieur grand-prieur de France, ensemble le rapport du dit Mouron fait par devant le juge de l’Amirauté du dit empêchement...” Nous y trouvons en second lieu deux attestations des Pères Récollets des violences exercées par d’Aulnay contre de La Tour, en date des 15 avril 1642 et 20 janvier 1644. Dans une requête séparée, les Récollets de la province de Guyenne demandaient “ que le sieur d’Aulnay fût condamné à les indemniser des pertes qu’ils ont subies en la Nouvelle-France par ses violences de tous genres...” De La Tour produisit en outre un certificat attestant qu’il n’a pu s’embarquer pour la France à cause de son indisposition. Enfin, pour répondre sans doute à la requête de certaines créatures de d’Aulnay qui avaient demandé que des personnes connaissant les affaires de la Nouvelle-France fissent partie du consei', àe La Tour présenta une requête “ à ce que, attendu que les Associés et Directeurs de la Compagnie de la Nouvelle-France ont intérêt que le dit pays ne tombe pas sous le pouvoir de personnes qui ne leur soient pas agréables, il soit ordonné que ies dits Directeurs et Associés seront assignés au dit conseil pour assister en la dite instance... ” Ces pièces, qui furent produites en cour, et dont l’arrêt du conseil d'Etat donne l’analyse,
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sont demeurées introuvables, Nous les avons vainement fait chercher.’ 11 est tout de même étonnant qu’elles soient dis- Parues depuis que M. Moreau les a consultées. 11 se pourrait qu’il n’ait eu en mains que ce précis du conseil d'Etat? Alors, il ne serait pas plus avancé que nous, car ces pièces ne concluent pas contre de La Tour, quelqu’ait été le jugement. Malgré sa défense, de La Tour fut condamné précisément sur les accusations portées par d’Aulnay, à savoir qu'il se serait allié aux Anglais pour chasser les Français de l’Acadie. Ainsi, dans une lettre en date du 27 septembre 1645, la reine Anne, de Fontainebleau, écrivait à d’Aulnay : ‘“ La passion que vous avez fait paraître pour la conservation des ctes, forts et habitations de l’Acadie sous mon obéissance, en Vous opposant aux mauvais desseins et intelligences que le sieur de La Tour avait avec quelques étrangers au préjudice du roy...” Le lendemain le roi, âgé de six ans, félicitait d’Aulnay de la valeur et du courage qu’il avait fait paraître “pour ranger le sieur de La Tour à son devoir et empêcher les mauvais effets des pratiques qu’il tenait avec quelques étrangers pour leur mettre en mains le fort qu’il commandait...” ‘La commission que d’Aulnay reçut en 1647 pour Commander en toute l’Acadie portait contre de La Tour les mêmes accusations “ de rébellion ouverte... et d’alliance
* Voici la lettre que nous avons reçue en réponse à la nôtre:
Bordeaux, le 20 mars 1914,
Monsieur, — Par la lettre du 3 mars Courant, vous avez bien voulu me demander s'il existait, dans les archives départementales de la Gironde, des documents concernant le procès de Charles de Saint-Etienne, sieur de La Tour, lieutenant-général pour le roi en Acadie, contre son rival de
connaître que les recherches faites dans le fonds de l’amirauté de Guyenne sont demeurées infructueuses. Il n’a été trouvé aucun dossier relatif à cette affaire. — Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de ma considération distinguée, — L'archiviste, — RouUTAILLE.
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