‹ Observations sur l'Histoire de l'Acadie françoise de M. Moreau, Paris 1873 [microforme]Chapitre 19 sur 22 · RE · texte numérisé non relu

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une page (25%e) pour se donner quelque contenance, Il se demande comment le roi, dans le même temps qu'il nommait M. de la Fosse intendant, directeur et administrateur de l’Acadie, aurait donné de pareilles lettres à de La Tour. Puis, il parle du texte de ces lettres, calqué sur celles de d’Aulnay. A la première observation nous répondons par la lettre accordée en 1657 à Emmanuel Le Borgne. On voit par cette lettre que le gouvernement de l’Acadie passa directement des mains de de La Tour 1 celles de Le Borgne. A la seconde, il suffit de rappeler que l’on employait pour les lettres de provisions certaines formules générales. On laissait en blanc quelques parties afin de les remplir par des remarques qui convenaient plus particulièrement à tel ou tel individu. Dans les lettres de de La Tour on voit que d’Aulnay est accusé d’avoir favorisé ses ennemis en des accusations et des suppositions qu’ils n’ont pu vérifier et desquelles le dit de Saint-Etienne a été absous le 16 février quelques jours auparavant. I] faut remarquer de plus que le roi déclare qu’il agit ainsi “ de l'avis de la reine régente ”, nostre très honorée Dame et Mère, et “ de nos certaines science, pleine puissance et autorité royale, ice-luy sieur de St-Etienne, avons confirmé et confirmons de nouveau, en tant que besoin est ou serait... ordonnons et établis- Sons, par ces présentes, signées de notre main, gouverneur et lieutenant général... en tous les Pays d’Acadie. . .” Ainsi, le roi et la reine de France, ceux-là même qui, quelques temps auparavant, ont signé des lettres contre de La Tour, reviennent sur leur premier jugement et rétablissent gouverneur du même pays d’Acadie celui qui avait été représenté comme traître à la couronne de France. M. Moreau, en présence de ces faits qui sont pour lui ke renversement de toutes ses thèses, Car ils sont la condamnation explicite de d’Aulnay, ajoute: “ Décidément, nous ne croyons pas à l’authenticité de ces lettres patentes, Que si, par impossible, elles étaient authenti.

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ques, nous nous souviendrions qu'elles auraient été données douze jours après que les princes furent sortis de leur prison du Hâvre et nous les imputerions à la Fronde. Elles ne se. raient plus une libre manifestation de la volonté royale... Elles n’auraient pas plus de valeur que les autres actes de cette époque qui ne durèrent qu’autant que les deux frondes demeurèrent unies et exploitèrent en commun l'autorité. ” Parkman, qui a suivi le comte de Menou : et Moreau, en parlant de ces lettres, dit : “ Il y a un document extraordinaire, portant la date de février 1651 ou moins qu’un an après la mort de d’Aulnay. C’est le compil t renversement du décret de 1647. De La Tour apparaît soudainement le favori de la royauté et toutes les grâces prodiguées à son ennemi sont accumulées sur ce dernier...” Une copie de cette pièce étrange, dit le même auteur, en note, * est par devant moi. Le comte de Menou et après lui M. Moreau qui l’a suivi doutent de l’authenticité de ce document mentionné pourtant sans aucun équivoque dans le Mémoire de Charles de Saint-Etienne, seigneur de La Tour (1700). Ce Mémoire, ajoute Parkman, est dans l’intérêt des héritiers de de La Tour et doit être apprécié comme tel.” Au témoignage de Parkman, la lettre de 1651— document étrange — renverse les premiers jugements portés contre de La Tour, jugements qui ne furent rendus que sur les calomnies de d’Aulnay. Celui-ci, le favori d’hier, maintenant disparu, est accusé de violences et d’injustices à l’égard de son ennemi. Voilà pourquoi ses admirateurs ne peuvent ccmprendre ce renversement de fortune qui met au grand jour la conduite déloyale qu’il a tenue durant ce conflit. Aussi, tentent-ils de mettre en doute ce document si extraordinaire ou d’en affaiblir la portée. Mais il est bon de remarquer qu’il est

1 The old regime, p. 46.

2 Ibid, p. 47.

un autre document,également étrange,écrit dans le même sens que la lettre patente accordée à de La Tour en 1651, et qui est la preuve la plus péremptoire de l'authenticité du premier. Quel est donc ce document si extraordinaire qui jette tant de lumière sur cette affaire? Ce sont les lettres de provisions Pour le gouvernement d'une partie de l’Acadie accordées à Denys, lettres qui renferment contre d’Aulnay à peu près les mêmes accusations que l’on trouve formulées dans les lettres de de La Tour. Ces lettres de Denys, qui sont calquées à peu de choses près sur celles de d’Aulnay et de de La Tour (M. Moreau et ceux qui l’ont suivi peuvent s’en scandaliser) furent livrées en 1654. On y lit: “ Que le sieur Denys depuis neuf ou dix ans a apporté et utilement employé tous ses soins tant à la conversion des sauvages au dits pays à la foi chrétienne, ayant construit deux forts et contribué de son possible à l'entretien de plusieurs ecclésiastiques religieux pour l’instruction des enfants des dits sauvages, et travaillé au défrichement des terres où il aurait fait bâtir plusieurs habitations, ce qu’il aurait continué de faire s’il n’eût été empêché par Charles de Menou, sieur d’Aulnay Charnizay, lequel, à main armée, et sans aucun droit, l'en aurait chassé, pris de son autorité privée les dits forts, marchandises, sans en faire aucune satisfaction et même ruiné les dites habitations... ” Plus loin, dans le r1ême document, aussi étrange sans doute que celui de de La Tour, le roi ordonne qu’il y soyt faict raison à Denys par la veuve dudit sieur d’Aulnay... et ses héritiers de toutes les pertes et dommages qu’il a soufferts de la part du dit d’Aulnay de Charnisay. . .”: Osera-t-on dire que les lettres de Denys seraient l'oeuvre d’un faussaire? Assurément non ! la conclusion qui s'impose en présence de ces deux documents, qui reprochent à d’Aulnay ses injustices et ses

3 Collection de documents et manuscrits, vol. T, p. 141 et suivantes.

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violences, qui sont tous deux signés par le roi, c’est qu’ils sont tous deux authentiques. Au surplus, comme les lettres de de La Tour sont antérieures à celles de Denys, nul ne pourra prétendre qu’elles ont été copiées sur celles de ce dernier. Est-il besoin de rappeler ici que de La Tour, deux ans plus tard, épousa la veuve de son ennemi? N'est-ce pas là encore un fait extraordinaire? Ce même homme que l’on a représenté sous les plus sombres couleurs, ce traître, ce débauché, contracte une alliance avec la veuve de d’Aulnay, deux ans après avoir reçu ses lettres de pardon! M. Moreau n’y comprend plus rien, mais cherche à expliquer ce mariage par le besoin où se trouvait Mme d’Aulnay de sauver les débris de sa fortune, se voyant forcée de restituer à de La l'our une partie de ses biens, en particulier le fort Saint-Jean. Qui ne voit dans cette restitution un motif nouveau de croire à l’authenticité des lettres données à de La Tour en 1651 ? Si Mme d’Aulnay fit une telle restitution, c’est donc qu’il y avait pour elle obligation de la faire, tandis que son union avec de La Tour est une nouvelle preuve que les accusations portées contre lui, par son premier mari, n'étaient que des calomnies. En tout cas, de La Tour, à son contrat de mariage,conclu avec Mme d’Aulnay, le 24 février 1653, au Port-Royal,et en présence des Capucins, est qualifié du double titre de chevalier des ordres du roi et de gouverneur de l’Acadie. A une réunion du conseil d'Etat, en date du 20 mars 1703, à Versailles (le roi y étant), les lettres patentes du 27 février 1651 accordées à de La Tour par le même roi Louis XIV furent présentées comme pièces justificatives. N'est-ce pas une nouvelle preuve que ces lettres étaient authentiques? Si elles eussent été frauduleuses, les enfants de de La Tour n’y eussent assurément pas eu recours pour revendiquer, par elles et avec elles, les ter du fort de Saint-Jean contre les successeurs de d’Aul- 1x, , -e duc de Vendôme et Le Borgne? Durant ce procès, on

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mit encore sous les yeux du roi: “une transaction du 23 septembre 1651 faite sous seing privé entre le dit de La Tour,gouverneur général de l’Acadie, et le sieur d’Entremont, son major, pour commander en son nom durant son absence; une autre transaction, du 4 mai 1651, par laquelle Mme d’Aulnay restitue à de La Tour le fort de la rivière Saint-Jean ; un congé du 13 juin, de la même année, donné par le dit feu sieur de La Tour, en qualité de gouverneur, au dit major d'Entremont de se retirer où bon lui semblerait ; une commission donnée par le dit feu sieur de La Tour, en la dite qualité de gouverneur, le 16 août, au dit Entremont pour interroger les complices de l'enlèvement d’une de ses pinaces... ” Cet exposé montre que de La Tour exerça le pouvoir qu’il avait reçu dn roi et ce durant au moins trois ans. Il y a plus. Ses lettres sont rapportées textuellement dans le Mémoire des commissaires chargés de fixer les limites de l’Acadie, En voilà assez pour montrer qu’elles ne peuvent être contestées,

Parkman fait une réflexion fort juste quand il dit — ce qui paraît bien établi — que l’administration coloniale, durant la minorité de Louis XIV, offre de singuliers changements de fortune chez ceux qui eurent l’autorité en mains. En effet, d’Aulnay triompha d’abord de de La Tour, mais, le premier étant disparu de ce monde, l’autre obtint les faveurs royales, qu’il conserva quelque temps, puis, il fut remplacé par Emmanuel Le Borgne, sieur du Coudray, créancier de d’Aulnay. J» lettres que le roi fit tenir à ce dernier, en date du 10 décembre 1657, montrent que celles accordées à de La Tour étaient bien authentiques. Elles prouvent que le gouvernement de l’Acadie passa directement des mains de La Tour en celles de Le Borgne. Aucune mention n’est faite, dans ce document, des lettres du sieur de La Fosse, ce qui prouve que les prét ntions de M. Moreau, sur ce point, sont erronées. On y peut lire que: “ Le Borgne, chevalier de l’or-

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dre de Saint-Michel... en considération du zèle qu'il a témoigné pour la conversion des sauvages... et de son désir d’augmenter les colonies des français, choses qui le rendent digne de reconnaissance et de gratification... d'autant plus que la Compagnie de la Nouvelle-France, lui ayant concédé la propriété en fief et seigneurie de la plus grande partie de la province, nous l’a ensuite nommé et présenté pour, sous notre bon plaisir, être pourvu du gouvernement des dits pays euivant la faculté à elle concédée par notre édit ”... “ Nous, en conséquence de la nomination et de la présentation à nous faite par la dite Compagnie, l'avons ordonné et établi, ordonnons et établissons. .. gouverneur et lieutenant général de la dite province de l’Acadie... Révoquant nostre commission du dit gouvernement et lieutenant général en la dite province de l’Acadie subrepticement obtenues par Charles de St-Etienne, sieur de La Tour, pour ne nous avoir pas été nommé et présenté par la dite Compagnie...” Ce document, pour celui qui sait lire, est une nouvelle preuve de l’authenticité des lettres de La Tour. Le roi écrit : “ Nous révoquons nostre commission.” Cette expression indique que de La Tour tenait une commission du roi, lequel n'aurait eu que faire de la révoquer, s’il ne l’avait pas donnée. Il n’eût pas eu à se mettre en frais d'annuler un document par ailleurs nul et sans valeur. Il lui eût suffi alors de nommer un gouverneur et de veiller ensuite à faire arrêter, pour le jeter en prison, celui qui aurait eu l’audace de se prévaloir d’un document faux pour usurper une fonction qui ne lui aurait pas été donnée. L’adjectif nostre montre toute la force du document royal. De La Tour avait donc une lettre authentique, reconnue par le roi comme émanée de son autorité. Essayer de le nier, c’est tenter de soutenir une erreur et de nier l'évidence. Les mots subrepticement obtenues ont pu donner à certains historiens des soup- Sons sur ces lettres. Cependant, l'explication qui accompagne

ces mots est si claire qu'elle ne peut donner lieu à une telle méprise. Qu'on lise donc cette expression qui rétablit les faits : pour ne nous avoir pas été présenté par la dite Compage... Voilà la clef de ce prétendu mystère que l'on a voulu créer autour de ce document si extraordinaire d’après Parkman. La nomination de de La Tour, en 1651, au poste de gouverneur de l’Acadie fut faite par le roi et la reine régente, mais sans qu’il y eût alors de présentation de la Compagnie, peut-être même contre le gré de plusieurs de ses membres. Le roi dit dans sa lettre à de La Tour: “ Nous de l’avis de la reine régente... avons confirmé ice-luy sieur de Saint-Etienne... et confirmons de nouveau, en tant que besoin est ou serait... gouverneur et lieutenant général du pays de l’Acadie. ” Ce document est donc un document royal. Le roi ne crut pas devo'r attendre, pour le livrer, la présentation de la Compagn dont quelques membres assurément eussent vu d’un mauais oeil la réinstallation de Charles de La Tour dans la fonction de gouverneur qu’il avait occupée jusqu’à sa condamnation. Ce document ne peut done pas étre contesté. Il est authentique. ‘* Six ans après, Emmanuel Le Borgne, toujours créancier de d’Aulnay, parut plus en mesure de pouvoir peupler l’Acadie qui lui appartenait déjà en droit sinon en fait, * fut agréé par la Compagnie de la Nouvelle-France et fut présenté p-ur remplir la fonction de gouverneur, ce qui eut lieu le 10 décembre 1657. Ces faits sont également prouvés par Armstrong, gouverneur de l’Acadie, qui écrivait à Londres le 14 janvier 1735: * “ M. de La Tour, dit Armstrong, ayant épousé la veuve de d’Aulnay fut ab-

? Le Borgne fit de nombreuses démarches en Angleterre pour obtenir ia restitution de l’Acadie à la France.

2 Archives canadiennes, C. O. R. M., 295, 21. 3 Histoire des seigneurs de la Rivière-d:. Sud, p. 242.

sous des accusations de mauvaise administration portées contre lui, et ses pouvoirs furent de nouveau étendus ;

étant incapable de répondre au désir de Sa Majesté, le roi, Pour peuplier le pays, demanda du secours à un M. Le Borgne, sieur de Belle-isie, qui lui fournit de l’argent et des effets Pour un montant considérable pour lui permettre de continuer son entreprise ; le sieur Le Borgne y envoya son fils pour prendre soin de ses intérêts suivant l'entente conclue entre eux; et comme les affaires furent mauvaises pour M. de La Tour, il mit son fils en possession de la plus grande partie des domaines pour assurer le paiement de sa dette. si

Armstrong était dans le vrai. A part cette légère erreur qui fixe le mariage de de La Tour avant la réception des lettres d’amnistie que le roi lui accorda en 1651 avec le titre de gouverneur de l’Acadie, son récit est exact. Cependant, de La Tour, qui s’était fait restituer le fort de Saint-Jean l’année même de son retour en Acadie, eut à se défendre contre Le Borgne, qui avait déjà mis la main sur les biens que d’Aulnay possédait en France. Ce dernier, en effet, ayant obtenu l'autorisation de se saisir des domaines de son débiteur en Acadie, voulut s'emparer indistinctement des biens de La Tour et de ceux de d’Aulnay. ‘ I] entreprit en même temps de chasser de La Tour et Denys de l’Acadie. “ Il arrêta ce dernier, écrit l’abbé Ferland, et le jeta dans les fers comme un malfaiteur, et il se disposait à attaquer de La Tour dans son fort, lorsque Denys revint de France avec une nouvelle commission donnée par le roi. ” Vers ce temps-là, Robert Scdgewick débarqua avec cinq cents hommes et s’empara du fort de La Tour, alors dépourvu d'hommes et de munitions. Il se rendit ensuite au Port-Royal où Le Bor-

! De La Tour et Mme d'Aulnay étaient séparés quant aux biciis, d'après

leur contrat de mariage,

gne fit peu de résistance, On a accusé de La Tour d’avoir manqué de courage en cette occasion. Mais Denys déclare en termes formels qu’il manqua de vivres et de munitions, En tout cas, dans une pétition adressée au roi Charles II d'Angleterre par de La Tour,on voit qu’il se “plaint d’avoir été expulsé avec violence de son habitation d’avoir été conduit à Londres où il attendit près d’un an sans rien obtenir du lord Protecteur, et d’avoir été dépouillé de ses effets au montant de 6,000 livres sterling, soit 150,000 francs”. Nous lisons, dans le Mémoire des commissaires, “qu’il fut obligé de se rendre faute de vivres... ” Enfin, le Mémoire des enfants de Charles de La Tour dit: “ On ne peut rien imputer au sieur de La Tour, touchant la prise de ce fort. Personne n’avait plus d'intérêt que lui de le conserver, puisqu'il y avait tous ses effets qui se montaient à plus de 200,000 livres qu’il a perdues en rendant cette place aux Anglais, S'il n’a pas fait une longue résistance, ce n’a été ni par manque de courage, ni par intelligence avec les Anglais. 11 a fait voir dans toutes les occasions une valeur et une fidélité à toute épreuve. Il a été forcé de se rendre parce qu’il n’avait pas de vivres, Emmanuel Le Borgne ayant refusé de lui en vendre deux jours auparavant.”” * Sur cette capitulation, les historiens n’ont aucun autre document à opposer à ceux que nous venons de mentionner.

Plus tan, de La Tour, après bien des démarches, réussit à obtenir, pour compenser les pertes énormes qu’il avait subies, une vaste concession de terre, en commun avec Thomas Tem:ple et Guillaume Crowne, et, comme eux, il fut qualifié du titre de chevalier et de baron de la Nouvelle-Ecosse. Ce fut en 1656. Cette concession embrassait tout le pays depuis les côtes de Mirliguèche jusqu'à Pentagoët inclusivement. On a

1 Collection des documents et manuxerits, 1e vol. p. 374.

fait un crime, en certain milieu, à de La Tour d’avoir accepté, avec cette concession de terre, la domination anglaise. Pourtant, même ici, sa conduite peut s'expliquer. L'abbé Ferland écrit : “ Fatigué des fréquents changements de fortune qu’il avait subis et ne comptant plus sur l’assistance de la France, il accepta la domination anglaise. ” C'était évidemment, pour lui, l’unique moyen de se faire rembourser des pertes qu’il avait subies. Il espérait en même temps s’acquitter des obligations qu’il avait contractées envers la famille Gibbons. 11 vendit, peu après, toutes ses parts à ses associés, qui s’obligèrent à lui payer une rente annuelle le reste de ses jours et à verser à la veuve Gibbons une somme de 3,000 louis. D'ailleurs, l'Acadie appartenait à l'Angleterre, il était libre de lui donner son allégeance et il paraît injuste de l'accuser d’avoir trahi æ patrie, en cette circonstance. Arrivé dans le pays à l’âge de quatorze ans, y ayant passé toute sa vie, il n’est pas étonnant qu’il ait préféré y terminer ses jours. Il n’avait aucun bien en France et toutes ses espérances étaient ancrées sur la terre acadienne. Il y mourut vers 1666.

À sa mort, on s’occupa des contestations soulevées entre les familles de de La Tour, de Le Borgne et du duc de Vendéme, qui réclamaient une partie des terres de l’Acadie, du chef de d’Aulnay. Les titres de chacune des perties furent produits par devant le conseil d’Etat où le roi Louis XIV siégeait en personne. Les enfants de de La Tour produisirent entre autres documents les actes de concessions accordées À leur père, les lettres de réhabilitation à lui signées par le même souverain, en date du 25 février 1651, ses lettres de promotion au gouvernement général, de la même colonie, le rétablissant dans toutes ses propriétés du fort de Saint-Jean... sur lesquelles Le Borgne et le duc de Vendôme disaient avoir des droits, également partagés par d’autres personnages. Ces

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derniers furent déboutés de leurs prétent. :ne. mais ils otinrent la permission de se compenser sur les tiers «le d'Aulnay, s’il en restait encore en France. Quant à Le Borgne, pour le dédommager des dépenses qu’il avait faites en Acadie, le roi lui accordait une vaste concession de dix lieues de chaque cité de la rivière Pentagoët... La plupart des prétentions des enfants de Charles de La Tour furent maintenues. Ils eurent gain de cause contre ceux qui voulaient les dépouiller de leurs domaines. Le jugement déclare: “Et attendu que le dit de La Tour et sa famille sont nés et de tout temps résidents dans la dite province de l’Acadie, où ils ont des établissements, Sa Majesté leur a accordé et concédé le Vieux Logis ou Cap de Sable, avec trois lieues de chaque côté tant en longueur qu’en profondeur, ce qui fera six lieues en carré... en second lieu le Fort de La Tour (ou fort Saint-Jean) avec quatre lieues d’étendue :n longueur de chaque côté du dit fort et six lieues en profondeur dans les terres, avec les îles et ilôts qui sont dans l'étendue des dites huit lieues de front. en outre les fief et seigneurie de Port-Royal en moyenne et basse justice... en remontant la rivière de Port-Royal... s’estendra jusqu'à cinq lieues en remontant la dite rivière de Port-Royal sur deux lieues de largeur, de chaque côté... En outre, la seigneurie des Mines, en haute, moyenne et basse justice, dans l’étendue de six lieues en tous sens... ” ‘ Le roi de France, cela est évident, fut moins sévère pour de La Tour en cette circonstance que certains de nos écrivains, puisqu'il confirma dans leurs droits et privilèges, les enfants de Charles de La Tour, qui firent valoir, entre autres documents, les titres de concession accordés à leur père par Cromwell, en

Arrêt du Conseil d'Etat: Affaire Le Borgne, du 29 lugrs 1703 ; Archives Nciionales, Paris. Histoire des seigneurs de la Rivière-du-Sud.

1656, en compensation des pertes qu’il avait subies lors de la prise de son fort par les Anglais de Boston.

Ainsi se terminèrent ces longs procès durant lesquel:: les enfants de Charles de La Tour, issus de Mme d'Aulnay, firent connaître d’une manière non équivoque les sentiments qu'ils entretenaient sur celui qui avait été l'ennemi de leur père et qui avait nom d’Aulnay de Charnisay. L'arrêt du conseil d’Etat spécifie à chacun des héritiers la part qu’il reçut. La famille de La Tour put jouir en paix de ses domaines jusqu’au temps des gouverneurs anglais.

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