‹ Observations sur l'Histoire de l'Acadie françoise de M. Moreau, Paris 1873 [microforme]Chapitre 4 sur 22 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

L'Histoire de l’Acadie Françoise fut Publiée à Paris en 1873. Son tirage ayant été limité à cent exemplaires, cin- Quante seulement furent destinés au Commerce. “ C'est un livre peu commun ”, écrit M. Philéas Gagnon.

Nous croyons que le regretté bibli

ophile a voulu signaler non le mérite intrinsèque de l'ouvrage, mais plutôt le nombre restreint d’exemplaires qui ont été placés en librairie.

Dans cette histoire qui embrasse une période d’un peu moins de deux siècles (1598-1775), l’auteur appuie longue-

‘Aulnay de Charnisay et

Il a voulu venger la mémoire ris les moyens. Pour arriver à er s0n héros de tous les méfaits ns l’ont chargé. I] donne tout le

f | fl

ir

tort à de La Tour, lequel, d’après lui, n'aurait été qu’un vulgaire aventurier, un débauché, un traître, tandis que d’Aul- Day aurait personnifié le Courage, la noblesse, la grandeur d’âme et le désintéressement.

On sait que de La Tour n'a écrit qu'une lettre. N ous en avons la copie. Les Mémoires qu’il aurait adressés — s'il en adressa jamais—, soit au roi soit au ministre, n’ont pas été retrouvés, Ce n’est donc Pas Sur son témoignage qu’on peut juger sa conduite à l'égard de son puissant adversaire.

Les appréciations que nous avons de lui viennent d’écri-

vains qui furent les Contemporains des deux rivaux. Ils ont assisté à leurs querelles et ils ont pu juger les faits d’une manière impartiale, Ce sont Denys, Hubbard et Winthrop. Le premier est surtont sympathique à de La Tour,Hubbard ne ménage ni l’un ni l’autre, mais il raconte, ainsi que Winthrop, des événements qui font voir d’Aulnay sous un jour plutôt défavorable. Mais voici que, deux siècles et demi plus tard, M. Moreau entreprend de renverser les jugements de ces premiers historiens. Il a dû, sommes-nous porté à croire, pour écrire son livre, faire la découverte de documents authentiques dont l’autorité et Vimpartialité ne sauraient être mises en doute ? C'est ce que nous avions pensé en voyant l’ac. cueil vraiment par trop favorable que certains écrivains canadiens ont fait à l'Histoire de l’Acadie Françoise. Mais il n’en est pas ainsi. M. Moreau n’a pas fait de découvertes extraondinaires, Il a puisé tous ses renseignements dans les Pièces qui lui ont été fournies par feu M. le comte Jules de Menou, descendant du rival de La Tour. Elles se trouvent déposées aux Archives de la Marine et à la Bibliothèque de Paris. M. Arthur Doughty, archiviste fédéral, a bien voulu nous les faire photographier et nous en expédier une copie.

M. Moreau prétend qu’il s’est Proposé de rétablir la vé-

rité. “ Nous l’avouerons sans détour, dit-il, nous voulions venger la mémoire d’un homme qu’on a jusqu’à présent jugé sur le témoignage de ses adversaires, de ses ennemis... Notre désir était de lui rendre la justice que lui méritent dixhuit années de sa vie, toutes employées au service de la France, sur les rivages américains, au milieu des luttes, des dangers, des privations et des épreuves.... Nous le montrerons actif, vigilant, loyal, ferme dans ses conseils, hardi dans ses entreprises, homme d’honneur et de Parole, estimé et craint de ses redoutables voisins anglais de la baie du Massachusetts... ”

Le but que s’est Proposé M. Moreau en écrivant son livre est louable. Venger la mémoire d’un homme en rétablissant la vérité, voilà certes une bonne action. Encore, fallait-il le faire avec des documents probants. Malheureusement Pour l’auteur, ceux qui lui ont servi ont un défaut originel : leur autorité repose uniquement sur la parole de d’Aulnay, sur les écrits qu’il adresea au roi, sous forme de Mémoires, Dour plaider contre son rival. On peut juger si, dans l'espèce, il y a lieu d’y ajouter une foi aveugle, ou si un historien sérieux peut et même doit les accepter sans discernement.

Il y a plus. M. Moreau met une telle ardeur à réhabiliter la mémoire de son héros qu’il dépasse les textes originaux. Il les complète par des argumentations, des déductions savamment amenées. I] dissèque les Mémoires précieux et les interprète toujours à sa façon. Il manie avec une habileté rare les locutions adverbiales, les à moins que, les peut-être, les on peut croire, au point d’en lasser le lecteur ; il montre surtout une prédilection extraordinaire pour l’expression APParemment. A défaut de Preuves, M. Moreau suppose. Il n’a pas peur du travail. Tout lui est utile. Se rencontre-t-il deux opinions dont l’une en faveur de de La Tour et

mi TE

l’autre contre lui, il saisit la derniè c’est, pour lui, la seule vraie.

Que penser d’un Ouvrage écrit avec une telle partialité ? Mérite-til la Confiance du public ? Assurément non, Cependant, il a fait son chemin ; des écrivain Y. ont puisé des renseignements comme à une source autorisée. Ils lui ort même fait l'honneur de le citer. Nous croyons faire une ceuvre utile en signalant les principaux Passages de ce livre où la mauvaise foi, le parti-pris et la malhonnêtkté —— disons le mot — sont par trop évidents.

Nous n'avons Pas la prétention de nier les torts que de

La Tour a pu avoir envers s0n rival; ni encore moins celle

d’excuser les fautes qu’il : ; 1 commettre en défendant sa cause, ses intérêts, ses biens, :::tre celui qui voulait l’en dé. posséder. Notre intention n’est pas de le Canoniser, dant, il nous est bien permis de ne pas accepter aveuglément un panégyrique que l'ennemi de de La Tour s’est fait de son vivant et que M. Moreau a Su exploiter pour en imposer à la bonne foi de ses lecteurs. Allons aux preuves.

re avec empressement :

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