‹ Observations sur l'Histoire de l'Acadie françoise de M. Moreau, Paris 1873 [microforme]Chapitre 5 sur 22 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

M. MOREAU vs DENYS

Ce n’est pas un travail ordinaire que d’entreprendre lu critique d’un livre du genre de l'Histoire de l’Acadie françoise, dans :

» PC:r le réfuter convenablement. I] faudrai. en outre le mettre en entier sous les

Yeux du lecteur. Ceci étant impossible, nous nous contenterons d'en extraire les Passages les plus entachés de partialité,

Dans sa préface (page 7), M. Moreau nous apprend que le premier historien de l’Acadie est Denys. “Ilen a donné, en 1672, dit-il, une description au travers de laquelle il a jeté au hasard quelques récits historiques. Nous aurons occasion de dire quelle Confiance il mérite, ” M. Moreau ajoute plus

tard que Garneau ei le Père Charlevoix n’ont guère fait que le copier.

Nous prions le lecteur de remarquer, en Passant, que sans avoir l’air d’attacher beaucoup d'importance aux quelques récits historiques de Denys,

affaiblir le témoignage d’un historien qui a connu d’Aulnay et qui eut à souffrir de Sa part des injustices dont il fait mémoire dans son livre. À deux reprises, en effet, d’Aulnay dé- Pouilla Denys de ses Possessions territoriales et lui fit subir

des pertes considérables, Denys est un témoin à charge, il importe à M. Moreau de Je démolir tout d’abord. Comme il raconte des faits qui témoignent de l’ambition, de la cruauté

de d’Aulnay, l’auteur tente d’affaiblir le témoignage d’un témoin aussi encombrant.

Notons que M. Moreau n’affirme Pas. Il se contente de laisser planer le SOupçon sur l’impartialité de Denys. C’est une manière de procéder qu’il suit dans tout son ouvrage. A défaut de preuves, il fait des suppositions. Pour nous, le livre de Denys semble offrir plus de garanties d’impartialité

tiers historiens.

Deuxièine remarque: M. Moreau met en doute le témoi- &nage de tous ceux qui, à l'exemple de Denys, attaquent d’Aulnay, comme Hubbard et Winthrop, et de tous t‘moin à charge. Du moment que l’un d’eux raconte des faits qni montrent d’Aulnay sous un jour peu favorable, M. Moreau proteste: “ Ces hommes, affirme-t-il, se sont trompés. Ils n’ont Pas compris l'affaire. ” Cependant, après avoir argumenté Pour trouver une solution qui lui va, poussé au pied du mur, il se voit souvent forcé de dire: “ Pour nous, nous aimons mieux croire ceci ou cela ”, oubliant que l’histoire est affaire de jugement et non de sentiment, qu’elle s’appuie sur des faits et non sur des hypothèses.

À la page 97, M. Moreau nous apprend que M. de Pou-

trincourt, passé en France, revint en Acadie. Il y arriva le 27 mars 1614. Il n’y trouva que ruines, misères et désolation. “ Depuis la Toussaint, dit Lescarbot, ses gens avaient vécu de racines, d'herbes, de bourgeons d’arbres ; après la gelée, d’herbes arrachées aux rochers parce qu'ils ne trouvaient plus rien dans les bois. Plusieurs étaient morts de faim... Quelques-uns s'étaient jetés dans l'intérieur de la presqu'île; avec l'aide des sauvages, ils avaient réussi à gagner le Canada. D’autres s'étaient fixés au milieu des indiens, dont ils avaient en quelque façon adopté la vie vagabonde, si ce n’est qu’ils se bâtirent des habitations pour leur servir de refuge pendant l’hivernage. On peut croire que le fort de Lomeron, près du Cap de Sable, fut bâti à cette époque. Abattu, découragé, Poutrincourt dit adieu à ce pays où il s'était complu à placer ses meilleures espérances. Son fils, Bien- Court, ne l’accompagna pas. ”

Citons encore quelques extraits. Ils sont utiles pour l’intelligence de l’ouvrage. L’Angleterre, par Jacques Ier, en décembre 1621, fit concession de l’Acadie à sir William Aïlexander de Menstry. Cette concession fut renouvelée en 1625, par Charles Ier. Il devait transporter des Ecossais sur les terres qui lui avaient été données en fief. Il était autorisé à créer des chevaliers baronnets, dont le nombre ne devait pas excéder cent cinquante. Le Pays situé à l’est d’une ligne tirée de la rivière Sainte-Croix au fleuve Saint-Laurent,-dans la di. rection du nord, avait reçu à cette occasion le nom de Nouvelle-Ecosse.

“ Cependant, les colons français, auxquels s'étaient joints quelques aventuriers, continuaient à se maintenir sur la côte orientale de la presqu'île principalement. Ils avaient élevé, entre le cap de Sable et le cap Fourchu, le fort de Saint-Louis et le fort de Lomeron, qui plus tard fut appelé le fort de La

Tour. On raconte que les premiers émigrants qui furent envoyés par sir William Alexander les trouvèrent si nombreux et si bien armés, si préparés à une défense énergique, qu'ils n’osèrent pas débarquer. En 1628, à la faveur de l’expédition de David Kertk Contre Québec, sir William Alexander eut la fortune de mettre ses colons en possession de Port-Royal. L’Acadie et le Canada succombèrent...

“ Ici, ajoute M. Moreau, entouré d’une sorte de mervei ont emprunté, et, qu’à notre en le réduisant à ses Proportions nature (pages 100-101 ). “Denys dit donc,écrit de La Tour avait, dans la baie du Sable, un bon fort ; que le père de La Tour ayant été en une dame d’honneur de la rei Jarretière en faveur de ce mar

ver son fils et de l’engager à remettre le fort en l’obéissance de Sa Majesté britannique ; que pour cet effet, on équipa deux

un desquels La Tour (le père) lequel ‘tait Porteur de commisec 1 ordre de la Jarretière ; que ire les offres les plus brillantes à ‘ qu’il ne pouvait prendre d’autre

menaces à l'exécution ; mais que La Tour se défendit si vigou-

reusement qu’il força les Anglais à la retraite; que, voulant être bon fils après avoir été bon citoyen, il

; qu’il lui fit en effet bâtir un Jogement hors :e l’enceinte fortifiée et qu’il P

ÿ nourrit, lui et toute sa famille...” Enfin Denys termine de ja ma-

nière suivante : « Environ l’an 1635, je passai par là. Je fus

voir le jeune La Tour qui me reçut très bien et me permit de voir son père en son logement dont j'ai parlé; ce que je fis, ”

“Il a, par conséquent, su directement et il peut attester que La Tour père résidait, en 1635, hors du fort,dans une sorte de dépendance vis-à-vis de son fils. Mais c’est tout. Le reste, de qui l’a-t-il appris? Sans doute de l’auteur principal de ce petit drame, de La Tour fils. Son témoignage, en somme, n'est que de seconde main, écrit M. Moreau, qui conclut : « On a certainement déjà Compris qu'il faut retrancher le conte ridicule, impossible, de l'ordre de la Jarretière donné à La Tour père, offert à La Tour fils; conte dont le Père de Charlevoix n’a retenu que la dernière moitié, et qui a été supprimé tout à fait par M. Garneau. . .”

Le don de l'ordre de la Jarretière fait à La Tour père et offert à La Tour fils, que M. Moreau qualifie de conte ridicule, impossible, tel que le raconte Denys, est confirmé par un document authentique dont nous extrayons le passage suivant : “ Ce Prince (Charles Ier d'Angleterre) connaissant le mérite de cet officier (Claude de St-Etienne, qualifié dans ce document de Capitaine de vaisseau) voulut le mettre dans ses desseins ; étant Pour lors veuf, il lui fit épouser une dame d’honneur de la reine Henriette de France, d’une noblesse distinguée en Angleterre; le fit en même temps chevalier de la Jarretière et Tobligea pour le prix de ses grâces de s’embarquer sur deux vaisseaux de guerre pour aller en Acadie, afin d'engager le sieur de La Tour, son fils, à mettre sous son

recevoir de récompense que du roi son maître ”.

Charles de Saint-Etienne, chevalier,

soeurs, enfants et héritiers de messire Charles de Saint-Etienne, seigneur de la Tour, Bouverneur et lieutenant ice

Commander et d'.utres grandes récompenses... »” : Cette pièce importante, rapportée dans Ja Contestation faite par les enfants de Charles-Amador de La Tour contre lle duc de Vendôme, le Marquis de Chevry, André Le Borgne, fut présentée au roi en conseil. Par un arrêt du Conseil d'Etat, en date du 20 mars 1703, les enfants de de La Tour furent appelés à

uvé dans la liste publiée dans la Collection Ilazards, le nom de sir Claude de St-Etienne, seigueur

de La Tour, à la date du 30 novembre 1629, et celui de Charseigneur de Deniscourt, en 1630. Cependant,

dit-il, comme leurs noms n’apparaissent Pas dans l’histoire des chevaliers de }’

vel ordre des chevaliers baronnets que le roi d'Angleterre ’il en soit, la question est encore pendante, et M. Moreau qui OPpose une affirmation toute gratuite au document précité et à la version de Denys n’a aucune

raison de la résoudre €? cathedrâ comme il a prétendu le faire.

A la page 102, M. Morvau tente d’infirmer le récit de Denys. Il s'étonne et se scandalise Presque du fait que ce dernier met dans la bouche de de La Tour les mots Suivants : “qu’il ne peut prendre d’autre Commission que celle qu'il a, ni

À cela nous

! Collection de Documente et de Ms: vol. II,

* History of Nora Scotia, vol. I, p. 74.

répondons que de La Tour, au témoignage de M. de Cham. plain, commandait à la place de M. de Biencourt «ont il avait hérité: “ Les sieurs directeurs équipèrent deux vaisseaux à Bordeaux pour aller faire une habitation à l’Acadie, où était le fils de La Tour, qui avait succédé en place de feu sieur Jean Biencourt, ” : Voilà qui est clair. Charles de La Tour ayant succédé à son maître, Denys pouvait assurément lui faire dire les paroles que M. Moreau a voulu contester, Plus tard, lorsque de La Tour Put entrer en relation avec la France, voulant régulariser sa position, il fit la demande d'une Commission personnelle. Ce fut précisément son père qu'il Chargea de cette mission. Le 8 février 1631, le cardinal de Richelieu, informé des services de Charles de La Tour, lui fit tenir une commission de lieutenant général Pour le roi en Acadie, Le Mémoire cité plus haut nous apprend que, le 8 février 1631, de La Tour fut présenté au roi par le cardinal de Richelieu “ Pour remplir la charge de &ouverneur dans une partie de l’Acadie, ce prince lui en accorda les provisions Pour l’engager, par cette marque de distinction, à continuer ses services ?, ?

Que vaut après cela l'affirmation toute gratuite de M. Moreau ? Elle tombe d'elle-même. Pour infirmer le récit de Denys, il y oppose encore une lettre du secrétaire d'Etat, dans laquelle 57 paraît, dit-il, que cette commission lui donnait le droit de commander au fort de La Tour. M. Moreau n’est pas bien sûr de ce qu’il avance. L'expression qu’il emploie le prouve évidemment. M. Beamish Murdoch affirme, lui, que de La Tour, en février 1631, fut nommé lieutenantgénéral pour le roi en Acadie, fort La Tour, port La Tour, et

* Œuvres de Champlain, vol. IV, p. 313.

* Documents et Ms, vol. II, p. 353.

qui le Jui acer de, il est qualifié du titre de lieutenant général Pour le roi és côtes de l’Acadie,

uvoirs avant cette époque, et ce document confirme lassertion de Denys.

Enfin, voici un document irréfutable qui Prouve l’exac. titude du Mémoire présenté au roi par les enfants de Charles de La Tour Pour ce qui concerne cette

1643: Hydrographie de Fournier, page 351 :

1631, le Roy pourvut de l'office de Lieutenan de Lacadie, Fort Louis et Port de La Tour, Charles de S, Estienne, Escuier, Sieur de La Tour, - 1n des Associés de lu Nouvelle Compagnie de Canada. ”. Passons.

Pour appuyer sa thèse, turer le texte de Denys et ce, il ajoute: “ En quelle Denys dit que ce fut penda

conséquent en 1628, ou au Plus tard en 1629.» il encore,

“ Le 8 de février t général au pays

ron et le fort de Ia Tour, c'était tout un... ” M. Moreau trompe ici le lecteur. Denys dit simplement : “ M. de Ia Tour a eu une habitation au Cap de Sable, où il dant le siège de La Rochelle. 11 y avait un bon mt ms

* History of N.-8., vol. I, pp. 72.80.

servit bien...” Où trouver dans ces lignes l’assertion de M. Moreau ? Assurément ce n’est pas dans ce Passage de Denys. Toute cette Prose de l'auteur est donc inutile et ne saurait affaiblir le texte de Denys.

A la page 108, M, Moreau nous apprend que: “De La Tour père était alors en France et qu’il avait Pouvoir de son fils Pour solliciter auprès du roi la commission que celui-ci demandait. 1] devait même, s’il y réussissait à l'obtenir, Ja Porter en Acadie... ” M. Moreau, en écrivant ces lignes, a dû faire un tour de force pour ne Pas s’apercevoir qu'elles étaient la confirmation du récit de Denys et de celui de M. de Champlain. De La Tour fils, pour confier semblable mission à son père, dut, ce semble, posséder à cette époque une certaine autorité, également reconnue par le père de La Tour et

Parlant de Claude de La Tour: “ Avait-il déjà des relations avec sir William Alexander? Protestant comme les frères

Cour, été chercher fortune en Angleterre? Nous ne le savons pas. La Fargue dit qu’il avait porté à Londres ses ressenti. ments de religionnaire, C’est Possible... ” Ces lignes sont ineffables ! Elles sont de la plus évidente malhonnèteté. Comment un auteur peut-il faire tant de suppositions, quand les faits sont là Pour résoudre la question et quand il sait

bienveillance ? A Ja page 106, M. Moreau rapporte “ que le Capitaine Marot arriva au port de La Tour, qu'il était en. voyé par la Compagnie de la Nouvelle-France, qu’il remit à Cbarles de La Tour des lettres de Capitaine, et lui apporta des

se D PR

"es et des munitions. ” Et M. de Champlain ajoute : qu’on l'encourageait à rester fidèle à la France. Ces faits ne sontils pas la preuve irréfutable que le père de La Tour avait été bien accueilli en France ? Oui, certes, c'était là une réponse assez éloquente qui aurait dû dispensr M. Moreau d'écrire une demi-page de Suppositions aussi malveillantes que fausses. Claude de La Tour n'avait donc pas essuyé d’affronts comme le veut supposer M. Moreau, lequel, du reste, ajoute : “Un événement que Champlain raconte lui avait bien prouvé que les dispositions de la cour lui étaient favorables... Voilà donc M. Moreau qui se contredit. Mais le lecteur est

prié de remarquer que ce n’est pas la seule contradiction qui se rencontre dans son livre.

“ Toujours est-il, reprend M. Moreau, page 104, que nous retrouvons Claude de La Tour, en 1629, chevalier Hsaronnet de la Nouvelle-Ecosse, Par lettres patentes de sir William Alexander, en date du 30 novembre 1629.” “La concession comprit deux baronnies, savoir 1 baronnie de St-Etienne ‘et la baronnie de La Tour, séparées et bornées par le dit chevalier de La Tour et son dit fils (page 104). En Conséquence, et pour l'exécution de l’acte, sir William Alexander créa baronnet de la Nouvelle-Ecosse par lettres patentes du 12 mai 1630, Charles Saint-Etienne, écuyer, seigneur de Saint-Deniscourt et de Baigneux. Muni de ces pièces, La Tour père partit aussitôt pour l’Acadie. Fut-il appuyé dans sa mission par deux vaisseaux de guerre, comme Denys l'a prétendu? Ce n’est ni possible ni probable. Sir William Alexander ne dut Pas prévoir une résistance que La Tour, sans aucun doute, n'eut garde de lui laisser SOUpÇonner, et qui, à le bien pren-

dre, ne pouvait être soupçonnée, De quoi s’agissait-il, en effet? De déposséder La Tour fils? — Non... L'affaire était

! Œuvres de Champlain, vol. IV, p. 314.

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d’un caractère purement privé; bien qu'elle intéresst le premier secrétaire de Sa Majesté britannique Pour le royaume d’Ecosse, elle n’était pas de celles où il aurait été permis d'employer des officiers et des vaisseaux de la marine anglaise... ”

Le lecteur trouve ici une longue argumentation mais point de preuves positives. Nous le prions de remarquer tout d’abord que M. Moreau passe facilement d’une expression à l’autre. Pour lui,des vaisseaux de guerre et des vaisseaux de la marine anglaise, c'est tout un. Denys dit simplement que sir William Alexander embarqua son monde sur deux navires de guerre, il ne dit pas sur deux vaisseaux de la marine anglaise, Cependant, quoiqu'en pense M. Moreau, cette dernière hypothèse pourrait bien être la vraie ? On sait qu'à cette époque, l'état de guerre existait entre la France et l'Angleterre, et qu’il ne faisait pas trop bon s’aventurer sur la mer sans être armé. Il est, certes, bien vraisemblable que sir William Alexander, qui avait échoué dans une tentative analogue quelques années auparavant, comme le dit M. Moreau — ses hommes n’avaient pu atterrir vu qu’ils avaient trouvé les gens de La Tour trop bien armés — i] est bien permis de croire, avec Denys, que le secrétaire de Sa Majesté britannique ne voulut pas courir de nouveaux risques et qu’il fit accompagner ses gens de navires de guerre ou encore de vaisseaux de la marine anglaise, comme le fait entendre M. Moreau. Dans tous les cas, l’auteur n’a encore ici aucune preuve à opposer au texte de Denys. Que sir William Alexander ait embarqué son monde sur des vaisseaux de guerre Où sur des vaisseaux de la marine marchande, armés en guerre, il n’y a, en tout cas, dans ce fait rien d’improbable ni rien d’impossible. Au contraire, la simple prudence lui dictait sa ligne de conduite, et le récit de Denys reste dans toute sa force. Au surplus, il en est des canons Comme des soldats : Claude de La Tour était assuré que

Plus loin, M. Moreau excuse la conduite de Claude de La Tour. Sa mission, dit-il, ne consistait pas à déposséder son fils : Il s’agissait de lui remettre un titre légal de propriété. Les lettres lui donnaient sur les terres concédées tous droits, juridiction et privilèges, autant et plus qu'aucun marquis, comte et baron en tenait de la couronne d’Ecosse, ” C’est sans doute pour cette raison que M. Moreau trouve à redire au don de l’ordre de la Jarretière et' qu’il le qualifie de conte ridicule et impossible ! Mais passons. Pour accorder ses faveurs le roi ne mettait qu’une seule condition, dit M. Mo-

reau, celle “ d’être bon et fidèle vassal du souverain seigneur roi d’Ecosse ”, Et la fidélité à la France, qu’en fait donc cet auteur ? Il ne voit pas de déloyauté dans la conduite de La Tour père, qui “ venait, dit-il, légaliser la position de son fils irrégulière et incertaine ”. I] l’absout du crime de trahison dont tous les historiens l’ont Chargé. Pourquoi cette indulgence toute paternelle ? N'est-ce Pas uniquement pour enlever au fils la gloire que lui a méritée sa conduite noble et ferme? Nous allons en donner la Preuve bientôt. Pour excuser de La Tour père, M. Moreau dit que l’Acadie était possession anglaise et qu’à la “ distance où était de La Tour fils, la France ne semblait pas devoir la réclamer jamais ” (p. 105). Cependant, à la page suivante, il dit tout le contraire : à savoir que “ les Français s'étaient maintenus en possession de divers points de l’Acadie ”, et il conclut “ que la France ge montrait décidée à ne pas les abandonner ”. Voilà donc M. Moreau en pleine

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contradiction avec lui-même, réclame pas l’Acadie et la France qui ne l’abandonne pas. Signaler en passant cette nouvelle contradiction suffit Pour résoudre le cas. Le récit de Denys, en dépit des efforts de M.

Nous avons ici la France qui ne

Moreau, reste intact. La démons Purement fantaisiste, M. de Champlain, dont il invoque parfois le témoignage, et qui vivrit à la même époque que les ac- ‘teurs de ce drame, portait un jugement différent sur ceux de sa nation qui changeaient d’allégeance. Il les appelait de “ méchants Français, qui se ruinaient d'honneur et de réputa-

tion”. Ilya,onle voit, une notable différence entre les deux appréciations.

tration de cet auteur est

“ Arrivé près du Cap de Sable, écrit M. Moreau, Claude de la Tour eSSaÿya non d’une attaque Pour laquelle la petite expédition n’avait Pas été préparée, mais d'une négociation qui échoua. Ses offres furent rejetées. Veut-on que ç’ait été Par patriotisme de La Tour fils ? Nous y consentons. Toutefois, on nous accordera qu’il n’a pas eu à déployer l’héroiïsme dont Denys lui fait honneur. Champlain dit simplement “ qu’il ne se flaissa Pas emporter aux persuasions de son père (p. 106).” Ici, trois remarques s'imposent :

1. Comme M. Moreau fait silence sur deux passages intéressants du livre de M. de Champlain, nous devons rapporter la narration de cet événement : “ Les directeurs de la Compagnie, dit-il, équipèrent de Bordeaux deux navires en destination de l’Acadie où estait le fils de La Tour, qui avait succédé en place du feu sieur Jean de Biencourt. ” Est-ce à dessein que M. Moreau a omis ce passage qui montre que de La Tour fils avait succédé légitimement dans le gouvernement du fort de M. de Biencourt ? Nous le croyons,

M. de Champlain dit de Plus que, sur ce navire, s’embarquèrent des ouvriers, des artisans, trois Récollets, sous la con-

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