‹ Observations sur l'Histoire des Mongols orientaux, de Sanang-SetsenChapitre 2 sur 3 · FT · texte numérisé non relu

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Histoire des Mongols.

Le quatrième chapitre de Touvrage de Sanang- Setsen s'étend du commencement de l'histoire mongole jusqu’à la mort de Tchingkis-khagan. Le premier soin de l’auteur est d'expliquer, selon les. idées actuellement reçues chez sa nation (1), l'origine de la race royale, et de Ia rattacher à cette Jignée de princes qui, par l'intermédiaire des rois fabuleux de l'Hindoustan , remonte jusqu'au premier âge du monde. Nous avons vu que le cinquième successeur. du premier monarque du Tibet, ayant été tué par un usurpateur , le plus jeune de ses fils nommé Bœrte- ichinæ ( Loup bleu ) s'était enfui dans les contrées du nord. On reconnaît ici ce Bourte-djina, fondateur de la race de Tchingkis selon Aboulghazi, et dont le règne

(4) Comparez les traditions rapportées par Pallas, Sammlungen... über die Mongolischen 7 tom. I, pag. 16 et suiv.

(54) a été rattaché par les Mongols à l'ancienne tradition tartare sur la captivité d'Irgene-koun (1). Les écrivains musulmans, à limitation des genéalogies hébraïques, ont fait descendre ce personnage de Turk fils de Japhet. Les bouddhistes, à leur tour, ont voulu qu'il fût issu de Maha-sammata, le premier monarque des hommes. On sent avec quelle précaution Ia critique doit s'exercer sur une histoire qui a subi des altérations si variées, et dont on prétend faire remonter les souvenirs à près de 700 ans avant le temps où ils ont pu commencer à être fixés par l'écriture. On sera donc peu surpris de? découvrir dans ces généalogies une contradiction dont l'auteur mongol ne s'est pas embarrassé , et que son traducteur n’a peut-être pas aperçue. Bœrte-djinæ, antérieur de vingt-trois générations à Tchingkis-khagan, a dû précéder l'année de la naissance de ce conquérant (1162), d'environ 660 ans, et, par conséquent : vivre vers le commen: cement du cinquième siècle : mais d’un autre côté, il avait précédé de dix-sept générations, ou d'environ 510 ans, Lhatotori, qui régnait en 367; et pour cela il faudrait qu'il eût vécu 173 ans avant notre ère. De toute nécessité, l'un de ces calculs est faux; et üls le seraient tous deux, si lon voulait, avec M. Schmidt (2), en admettre un troisième qui ne vaut peut-être pas mieux, et d'après kquel Bœrte-tchinæ, suivant à la septième génération Seger-sandalitou,

(1) Aboulghazi, Hist. généal. des Tatars, pag. 143. |

(2) Forschungen im Gebiete der Mongolen und Tibeter, pag. 32.

qu'on fait vivre 313 ans avant J. C., viendrait se placer 180 ans après, ou, comme le préfère M. Schmidt, vers lan 73 de notre ère. On voit qu'il existe une différence de 675 ans entre les deux époques extrêmes où ces diverses Îignes de descendance reporteraient le même personnage, et que jusqu'au moment où des matériaux mieux élaborés nous permettront de découvrir de quel côté est l'erreur, il n'y aura pas grand fond à faire sur ces prétendues généalogies.

La géographie de Sanang n'est guère plus satisfaisante que sa chronologie, et par malheur M. Schmidt ne s'est point occupé d'y suppléer dans les Éclaircissemens. Dans une histoire qui s'étend à tant de peuples et durant un si grand nombre de siècles, il y a très-peu de dénominations géographiques citées, sans aucune espèce d'indication qui permette d'en retrouver l'emplacement , et le silence du traducteur nous laisse dans la même incertitude à l'égard de tous les lieux qui ne sont pas parfaitement connus d'ailleurs; de sorte qu'on ne sait le plus souvent où placer le théâtre des événemens racontés par Sanang-Setsen.

Selon son récit, Bæœrte-tchinæ s'était d'abord enfui dans le pays de Gongbo (au $. E. de Lhasa) : mais ne se fiant pas aux habitans de cette contrée, il s'embarqua sur fe lac T'ingkis; et faisant route vers les régions de lorient, 1 atteignit les limites du fleuve Baïgal, dans les montagnes Bourkhan-khaldoun. Il sergble ici que les historiens mongols ne s'arrêtent pas plus à la distance des lieux qu'à la différence des époques, Ce passage important sur lequel repose Thy-

pothèse de l'origine indienne des princes mongols, est sujet à de graves difficultés. On y a déjà opposé une première objection : c'est que le texte fait marcher Boœrtetchinæœ vers l’orient, et que son interprète traduit vers le nord (1). M. Schmidt répond que les Mongols sont dans l'usage de faire varier les noms des quatre points cardinaux, selon qu'ils se trouvent eux-mêmes placés ; qu'ils disent le midi pour lorient, lorient pour le nord, &c., parce qu'à proprement parler les mots orient, midi, signifient pour eux, la gauche, la droite ; qu'en particulier les Mongols qui ne sont pas bouddhistes appellent gauche le nord, tandis que ceux qui ont embrassé la religion samanéenne, se tournent du côté de l'Inde, qui est [eur terre classique, et donnent Îe nom de gauche au côté de Torient (2). Un tel usage, s'il était général, serait de nature à jeter beaucoup de confusion dans les expositions géographiques. D'ailleurs la solution proposée ne s'applique précisément pasà Sanang-Setsen, qui était bouddhiste, et qui, en disant /a gauche , ne pouvait-entendre que lorient et non pas le nord. Une autre explication qu'on pourrait proposer, c'est que écrivain mongol a parlé de choses qu'il savait mal et de lieux dont il ignorait la position relative. Car toute Ia difficulté consiste en ce que Sanang veut faire venir Bœærte-tchinæ du Tibet, et elle disparait si l'on suppose que: son point de départ, en se dirigeant vers le Baïkal, était

(1) Voyez Journ. asiat. tom. I, pag. 207.

(2) J'ourn. asiat. t. IX, p. 112. — Forschungen , u.s.w. p.57.

à l'ouest de ce lac et non pas au sud; de sorte qu'il aurait dû faire effectivement route vers l’orient. Or chacun peut placer où il veut le lac de Tingkis. M. Schmidt avoue que tout grand lac ou toute mer intérieure s'appelle Tingkis ; mais comme $on auteur fait partir Bœrte-tchinæœ du Tibet, il ne croit pas qu'il puisse être question d'autre chose que du Kœke-noor. Cependant Tingkis est un nom turc qui n'a guère pu être donné à ce lac par des Mongols, et M: Schmidt croit qu'il n'y a jamais eu de Turcs aux environs du Kœke-noor. D'ailleurs, ce dernier lac est nommé bien des fois dans le texte méme de Sanang, et jamais il ne l'appelle d’un autre nom que de celui de Kœkenoor (1). Il vaudrait donc mieux en revenir à f'ancienne tradition; car si le fondateur, quel qu'il soit, de à famille de Tchingkis était venu de quelqu'un des lacs de Ta Tartarie occidentale, il serait tout simple de’ le faire voyager vers Torient jusqu'au Baïkal. Au reste, même en admettant le voyage tel que le raconte Sanang-Setsen, il éxisterait bien d’autres lacs que Bœrte-tchinæ eût pu rencontrer pour se ‘rendre des frontières de l'Inde au fond de la Fartarie ; et si le hasard le conduisit par le pays de Kœke-noor, on ne voit pas pourquoi il s'embarqua sur ce lacoau lieu de passer à côté. Une fois embarqué, il navigue jusqu'au lac Baïkal, sans qu'il soit fait mention de 400 lieues de terre qui séparent les deux lacs. Un tel voyage, et conséquemment une telle origine, laissent

(1) Pag. 193, 227, 359, 379, 373.

un peu trop d'incertitude. Dire qu'un homme parti des frontières de l'Inde a traversé le Kæke-noor pour aller sur le Baïkal, c’est-à-peu-près comme; si l'on racontait qu'un, voyageur venant de Belgique s'est embarqué sur le lac de Genève pour déscendre à Constantinople, : |

Sur. les bords du Baïkal, Bœrte-tchinœæ trouva un peuple nommé Bede ou Bida : on doit à M. Schmidt la première mention de ce nom à-peu près mconnu d’ailleurs (1),-etqu’il regarde comme étant Ta dénomination ancienne de la nation mongole. Les Bedes, n'ayant point de chefs, s'empressèrent de se soumettre au nouveau venu, et le reconnurent pour roi. De lut naquit une série de onze princes , qui s'accorde, pour le nombre , avec celle que rapporte Aboulghazi ; mais les noms sont différens, et sans doute bien moins altérés chez l'écrivain mongol. Le dernier de ces princes!est celui dont la veuve; la célèbre Aloung-goa, concut miraculeusement et donna naissance à trois fils. Le plus jeune, Boundantchar, est le chef d'une nouvelle série de princes, au nombre de néuf, jusqu'a Yesougeï père de Temoudjin ; mais à partir d'Alounggoa, il règne assez d'accord entre Îles traditions mongoles conservées par les musulmans et les Chinois (2).

(1) ‘Mines de l'Orient, tom. VI, pag. 328. — Forschungen,

us. w. pag. 53. On conjecture maïntenant avec quelque vraisem-

blance que Bida pourrait être la transcription du mot chinois. &e tt, barbares du nord.

(2) Comparez Aboulghazt, éd. de Casan, pag. 32 et suiv. — Hist. généal. pag. 144. — Hist, des Huns, tom. F, pag. 274. —

C'est aussi depuis ce moment que l’histoire mongole étant plus généralement connue, nous sommes dispensés de suivre pas à pas Sanang-Setsen. I suflira de présenter quelques remarques détachées sur plusieurs points de son récit qui offrent plus d'intérêt et d'importance. +

Nous dirons plus tard un mot des graves anachronismes que l'auteur a commis dans la partie de Thistoire de sa nation qui devait lui être la plus familière, celle qui se rapporte à Tchingkis-khagan et à ses premiers successeurs. Ces erreurs ont déjà été signalées (1), et M. Schmidt n’a pas cherché à les justifier. IH en rectifie même plusieurs dans ses notes, en recourant à celles des traductions d'ouvrages des auteurs musulmans ou chinois dont il a eu connaissance. Il aurait facilement rendu ses additions plus considérables encore, s'il eût pu consulter lui-même Raschideddin et Chao-youan-ping. Il eût acquis, par la comparaison de matériaux pris en des lieux si différens, des notions encore plus exactes de l'état des peuples de l'Asie avant le treizième siècle, et le moyen de se former des idées plus justes et plus précises que celles que peut procurer l'étude d'un seul écrivain , appartenant à une seule nation, la plus moderne et la moins instruite de l'Asie orientale. Mais ces observations ne diminuent:en rien Îa juste confiance qu'on

SE

Sou Houng kian leu ; liv. 1, pag. 1. — Hist. des Mongols, dans la Chrestomathie mandchou, pag. 127.

(1) Journ. asiat. tom. H , pag. 193.

+ (60) Jui doit pour tout ce qui est relatif à l'interprétation des écrivains mongols et aux événemens dont ceux-ci ont pu avoir connaissance directement. Elles s'appliquent exclusivement à des faits pour lesquels l'autorité de Sanang-Setsen est à-peu-près nulle, et que nous indiquerons très rapidement, comme étant loin de mériter la première place parmi ceux qui abondent dans le bel et intéressant ouvrage de M. Schmidt. Nous sommes d'autant moins obligés de nous y arrêter, que les passages qui s'y rapportent ne sont pour Îa plupart que des répétitions légèrement amplifiées de ce que l'auteur à déjà avancé dans un autre ouvrage dont on a lu une docte analyse , il y a quelques années, dans un recueil justement célèbre (1). On connaît en particulier, par ces extraits , le système dont M. Schmidt est l'inventeur, et qui consiste à donner des applications toutes nouvelles aux dénominations des peuples les plus connus de l'Asie intérieure, les Tangutains, les Ouïgours, les Thou-kioueï, les Hioung-nou,'et à remplacer par des suppositions imaginaires Îes traditions Îles mieux établies sur l'origine et: les: diverses modifications des écritures tartares. Ce système, que, suivant l'expression de M.:Hamaker (2), on ne fera goûter à aucun homme imstruit, 2emini eruditorum , est de ceux qu'il convient de laïsser: tomber sans réfutation. Malheureusement il'se présentait;

(1) Journ. des Sav. année 1825; cahiers d'octobre, novémbre et décembre.

(2) Bibliotheca critica nova, 1825, tom. 1, pag. 189.

. * te (61) dans les notes sur [e texte de Sanang; plusieurs occasions d'y revenir, et l'auteur s'est empressé de les saisir. Nous n'entrerons pas dans une discussion qui deviendrait fatigante pour nos lecteurs ; il suflira de remarquer ici que lingénieux échafaudage de M. Schmidt repose uniquement sur un passage, un seul passage, d’un petit ouvrage mongol sur l'origine de l'écriture; c’est celui-ci : « Quant au peuple Ouï- » gour, on appelait dans ce temps-là Ouipour le » peuple du Tangut {1).» Pour que l'auteur de cet opuscule ait raison, il faut que tous les auteurs chinois, syrienset persans, les musulmans et les chrétiens, les voyageurs et les missionnaires , les écrivains anciens et modernes, demeurent convaincus d'ignorance, d'entétement ou de mauvaise foi. La véritable explication de cette ligne mongole, qui ne saurait, comme le pense M. Schmidt, renverser tout l'édifice de Fhistoire des Tartares , a été donnée par M. Klaproth (2) et adoptée par le savant critique qui a rendu compte de la contestation survenue entre ce savant et M. Schmidt (3). Elle consiste à dire que des Ouïgours venus du nord habitaient, au treizième siècle, dans le Tangut; de sorte que, comme Îe dit l'auteur mongoi, dans ce temps-là, la population du Tangut était formée d'Ouïgours. C’est une supposition si naturelle et si simple, qu'il n'est pas d'esprit bien fait, pourvu

(1) Forschungen, u, s. f. pag. 128.

(2) Beleuchtung und Widerlegung der Forschungen des H. Schmidt, pag. 61.

(3) Journ. des Say, de novembre 1825, pag. 677.

(62) qu'il ne soitwpas prévenu par un système, qui me s'empresse de l'adopter, parce qu'elle est Ia seule qui s'accorde avec tout ce que nous savons des annales des nations tartares. On peut dire qu'il n'y a rien d’historique hors de cette interprétation.

La présence des Syriens dans l'Asie orientale, Tintroduction du christianisme chez plusieurs nations tartares, les vestiges qu'en ont recueillis les historiens, les voyageurs et les missionnaires, sont autant de faits qui militent avec force contre les hypothèses et les innovations de M. Schmidt. II les repousse donc, soit avec des témoignages négatifs et toujours mongols, soit par de simples dénégations que n'appuie aucune autorité. C’est ainsi qu'il nie authenticité de Tinscription de Si-'an-fou, et celle d'un manuscrit nestorien ,.calqué à la Chine, qu'avait cité M. de Sacy (1). Contre la première, il se borne à renouveler l'ancienne supposition d’une fraude pieuse, sans répondre à l'objection qui avait été faite, qu'une telle fraude eût exposé ses auteurs à de grands dangers et ne pouvait leur être bonne à rien (2). Contre l'existence du manuscrit de M. de Sacy, sa préoccupation le conduit à demander quand il a été imprimé , wan ist dieses Werk gedruckt (3)? Un moyen qui fût allé plus droit à son but, c'était de discuter les passages dés auteurs syriens qu'il s'est contenté de taxer aussi d'infi-

(1) Tbid. pag. 670.

(2) Mélanges asiat. tom. I, pag. 33.

(3) Pag. 384.

(63 ) délité, quand ils parlent des évêques keraïts, outgours, &c., les faits relatifs aux missions de Jean de Montecorvino, d'André de Pérouse et de Nicolas, et sur-tout les témoignages des écrivains musulmans, sur les princesses tartares qui avaient embrassé 1e chris: tianisme, ce qui ne saurait aisément étre attribué à une fraude pieuse. L'objet que se proposé en définitive M. Schmidt est d'établir que, puisque 1es Syriens n'ont pas pénétré dans l’orient de l'Asie, ce ne sont pas eux qui y ont porté l'alphabet que les Mongols adoptèrent en 1247; que cet alphabet n'a pas, avec les écritures syriaques , la ressemblance que tout le monde a cru y voir; qu'ila été formé de toutes pièces par un savant Tibétain venu de l'Inde pour se mettre au service de Godan, et nommé Saskya-pandita, qui est reconnu pour avoir été l'apôtre du bouddhisme parmi

Tes Mongols; et que toutefois, si l'on persiste à penser

que l'écriture ainsi fabriquée offre pourtant quelque analogie avec les alphabets d'origine occidentale, c'est du zend ou du pehlvi qu'il faut la rapprocher, plutôt que du syriaque; ce qui doit provenir ou dece que les idées qui servent de base à la religion de Zoroastre ontété répandues dans toute l'Asie, ainsi que le prouve un mot mongol, le nom d'Indra, Khormousda, évidemment dérivé d'Ormuzd, ou mieux encore de ce que Saskya-pandita prit pour modèle l'écriture zend ou pehlvi, dont il avait eu connaissance pendant un séjour de plusieurs années qu'il avait fait, non dans la Perse, mais dans l'Hindoustan (1). Ainsi Ton con-

(1) Forsthungen , ü.s. W., pag. 144.

(64) teste l'analogie de l'alphabet mongol avec les écritures de l'occident, afin de pouvoir établir qu'il n'est pas formé du syriaque; puis on admet cette analogie, à la condition que le même alphabet vienne du zend ou du pehlvi. On envoie un Tibétain dans fInde, non pas pour y chercher une écriture indienne, maïs pour y prendre, par un caprice difhcile à expliquer, un aiphabet d'origine persane , apparemment très-répandu et très à la mode dans la partie de l'Hindoustan où séjourna ce voyageur : celui-ci s'empresse d'adopter l'alphabet persan, bien qu'il appartint à une religion qui n'était pas la sienne, On place cet emprunt dans Inde et au treizième siècle; puis on Île transporte dans le nord et au temps où la religion des Perses y était introduite, c'està-dire, on ne sait où et l'on ne sait quand. On nie, on affirme, on contredit les autres, on se contredit soi-même, sans raison, sans motif, sans vraisemblance, comme sans autorité; car rien de tout cela n’est établi sur un témoignage quelconque, ou même soutenu d'une apparence de probabilité : mais on sait que l'esprit de système, toujours scrupuleux sur les preuves quand il est question d'admettre des idées reçues, se montre facile à contenter, lorsqu'il s'agit d'introduire des opinions nouvelles.

Nous n'avons pu nous dispenser de dire un mot de ces hypothèses ; mais nous revenons avec plaisir à des sujets plus dignes de fixer Tattention des lecteurs, parce qu'ils sont plus du ressort de la critique. Le v.° chapitre de Sanang reprend l'histoire des princes mongols à la mort de Tchingkis, et la conduit jusqu'à

‘ l'expulsion des Youan ou Mongols de a Chine. &

Averti par les observations dont les dates des événemens du règne de Tchingkis étaient devenues lobjet, le traducteur a assujetti celles des règnes suivans à un contrôle, en les comparant à celles que Îes historiens de la Chine ont rapportées, et dont l'autorité né peutétre contestée. On sait que Sanang place la conquête de Ia Corée 27 ans trop tôt; la bataille contre le sultan de Boukharie, en 1195, au lieu de 1218 ; la mort de Djelal-eddim en 1195, au lieu de 1231; la soumission des Naïmans en 1200, au Îieu de 1206 (1). Une trève de-19 ans, tout-à-fait imaginaire , est :indiquée entre 1208 et 1226. L'historien mongol: se trompe encore en faisant mourir Ougetaï en 1233, au lieu de 1241, et Gouyouk en 1233, au lieu de 1248. H place entre Gouyouk et Mæœngge un prince nommé Godan; qui n’a pas régné, mais-dont la :mémoire est chère aux bouddhistes, parce qu'il concourut à la conversion des Mongols, et dontiles trois,ans de règne sont pris sur celui de Gouyouk, qu'on fait régner six mois au lieu de trois ans. Khoubilaï ; chez: Sananÿ, meurt en.1296 , deux ans après l'époque où:les his: toriens. placent la fin de son règne. Il ÿ a encore, dans la série des dix émpereurs.de. la dynastie. Youan, quelques légères différences qu'on ne :remartjuerait pas S'il s'agissait d'une; histoire, moins. connuë ;; mais toutes ces discordances,. doivent: être, comptées :dans l'appréciation de la véracité.et de l exactitude, du nouvel historien. an 3 110 Hi cc170 aire

+ (1) Journ:asiat. tom. Il, pag. 195. honor St o4ffbers

Le

Un autre genre d’anachronisme qu'il ne faut pas non plus perdre de vue, c'est que, malgré la tradition formelle qui place au règne prétendu de Godan ou sous Gouyouk, en 1247, la conversion des Mongols au bouddhisme par Saskya-pandita, le règne de Tchingkis est, dès l'an 1192, rempli d'allusions bouddhiques que l'on peut considérer comme autant d'interpolations postérieures, introduites dans le texte primitif des chroniques. Le nom du dieu Khormousda ou Indra päraît à l'occasion d'un prodige qui mit le prince des Tartares en possession d’un sceau de jaspe. Lui-même parle des: ordres de ce dieu, son père, en vertu desquels il a soumis les douze grands rois de la terre à sa domination. La conquête du Tangut est racontée avec des circonstances fabuleuses qui, bien qu'elles ne soient, dans le sens même de l'auteur, qu'une suite d'hyperboles oratoires , n'en sont pas moins étrangères à l'époque à laquelle on les rapporte. Le roi du Tangut se change en lion , et Tchingkis prend la forme du phénix indien ; le premier revêt Le corps d’un enfant, et le second devient le roi des dieux Kkormousda. Or, tout le monde sait que le conquérant tartare, s'ilavait une religion, n'en :professait pas d'autre que Fancien culte des esprits et du ciel, et que les noms des dieux de ‘Inde sont demeurés mconnus à sa nation, Fes de vingt ans encore aprèsisa mort. : e Ho!

‘Sur onze règnes dont se compose l’histoire de 14 dynastie Youan, ïl en est neuf au sujet desquels Sanang n'entre dans aucun détail : il se borne à faire connaître le nom du prince, son âge ; l'époque de sa “6

(67) naissance, son avénement et sa mort. Le règne mémorable de Khoubilaï occupe trois pages; mais il ne faut pas y chercher des renseignemens nouveaux sur cette époque, où la grandeur mongole était à son apogée, où l'Asie presque entière reconnaissait l'autorité du souverain de Khan-balikh , et où des rapports nouveaux ou plus étendus que jamais s'étaient établis entre des peuples jusque-là presque inconnus les uns aux autres. L'éternelle répétition des idées bouddhiques, conçues dans le cercle le plus étroit; la consécration donnée à l'empereur par un lama, neveu du célèbre Saskya-pandita, et célèbre lui-même sous le nom de Pags-pa; les titres honorables accordés en retour à celui-ci; un entretien languissant à ce sujet entre Khoubiaï et Timpératrice sa femme : voilà tout ce que Sanang a trouvé à recueillir sur Le fondateur de Ja dynastie des Youan. I lui donne néanmoins le titre de Tchakravarti, qu'assurément aucun des monarques qui l'ont porté n'avait aussi bien mérité que lui, par limmensité de sa puissance. Mais le peu de faits qu'il rapporte ne justifient guère cette pompeuse dénomination. I semblerait, à en croire les historiens mongols, que les princes de leur nation n'ont jamais eu de plus dignes occupations que de faire venir des images ou des reliques de l'Inde, d'inangurer des lamas et de recevoir d'eux ‘une puissance surnaturelle (riti khoubilgan ). Les récits des auteurs chinois sont plus substantiels et plus conformes à la vérité historique. Rien n'y est plus opposé que la manière dont Sanang raconte les événemens qui amenèrent la chute de Togon- E *

| (68 ) temour et l'expulsion des Mongols de Ja Chine. Si l'on s'enrapportait à lui, le fondateur des Ming aurait été désigné , dès son enfance , comme devant un jour renverser la puissance tartare. Le Kkhagan Taurait épargné, contre l'avis de son conseil, et nommé même plus tard au commandement-des provinces orientales de son émpire. Ce serait dans l'exercice de ces fonctions que Tchou-youan-tchang, nommé Djæge par Sanang , aurait trouvé l'occasion et les moyens de fomenter la révolte qui devait le faire monter lui-même sur le trône. Plusieurs songes expliqués par des lamas, contribuent encore à donner à ces événemens une couleur romanesque qui ne répond nullement au carac tère de cette grande révolution, dans laquelle une nation secoua ;: sous un prince faible, le joug que lui avaient imposé les dévastateurs de l'Asie. Le traducteur de Sanang convient que si nous n'avions, pour toute cette portion de l’histoire. Ie secours des écrivains chinois, nous serions condamnés à l'ignorer «entière ment. Us peuvent, en effet, en ce qui touche-à celle des dynasties tartares qui s'étaient établies chez eux, suppléer abondamment à l'insuffisance et à l’inexactitude des récits de Sanang : mais on en peut tirer une conséquence fâcheuse ; c'est que là où les récits de Sanang ne sont pas accompagnés d'un aussi bon correctif, ils nous laissent dans l'ignorance et l'incertitude où nous serions à l'égard des Mongols de Ia Chine, si nous étions réduits à son seul secours et privés de tout moyen de contrôler son témoignage. : |

C'est à-peu-près ce qui a lieu dans les cinq derniers

NT

(62) chapitres de l’histoire mongole; heureusement l’auteur arrive à-des temps plus rapprochés de celui où il écrivait, et il se borne à parler des événemens dont le théâtre est le pays même où il a vécu, la Tartarie moyenne. Le sixième, qui renferme Je récit de ce qui s'est passé depuis la cessation du règne des Youan jusqu’au milieu du XV.‘ siècle, s'ouvre par un morceau dans lequel Sanang a déployé toute son éloquence, pour peindre les regrets de l’empereur fugitif, et:son indignation contre l'ingratitude prétendue du perfide Djæge. Le prince, rentré dans la’ contrée d’où ses ancêtres étaient sortis moins de deux siècles auparavant, bâtit, sur les bords du Keroulen, une ville nommée Bars-khotan. I mourut en 1370, et eut, dans lespace de vingt-deux ans, trois successeurs dont'on ne rapporte que les noms. Le quatrième, qui commença à régner en 1393, augmenta, par sa mauvaise conduite, les désordres qui, depuis l’expulsion des Mongols de Ia Chine et leur retour en Tartarie, régnaient entre leurs différens princes. Il périt dans une querelle qu’il avait suscitée à l’un d’eux, et sa mort fut suivie d’une anarchie au milieu de laquelle on compte encore quelques princes revétus du titre de khagan ; quoiqu'il fussent loin d'exercer une souveraineté reconnue parmi les Tartares. C’est à cette: époque qu'onpeut placer la destruction complète de la dynastie principale des Mongols , dont des princes furent soumis pour sun temps à Ja domination des souverains des Oïrad (Œlet). M. Schmidt suppose qu’à partir de la fin du

x1v.° siècle , les relations chinoises deviennent, en ce

(70) qui concerne les Mongols, de plus en plus rares et incertaines: c'est ce qu'il n’est pas permis de décider d'après les traductions. Pour être en droit de parler ainsi, il faut de toute nécessité avoir appris la fangue et fait une longue étude des historiens et des géographes. Je n’ai, dit-il quelquefois, rien vu à ce sujet dans les relations chinoises. Je n’ai trouvé tel prince nommé nulle part dans les auteurs chinois. Mais il ne parait pas qu’il ait dépouillé ou fait dépouiller ceux de ces auteurs qui n'ont pas été traduits. La collection que nous avons déjà citée pour Thistoire tibétaine, contient seule deux livres et demi, et cent neuf articles, sur les Mongols et les Oïrad , pour le temps qui ‘s'est écoulé entre 1403 et 1572. Si donc M. Schmidt eût pu consulter les originaux , ä y aurait recueilli des points de comparaison qui ne sont pas à dédaigner au milieu de la confusion qui règne dans cette partie de l'histoire mongole, Nous n’entreprendrons pas ici une discussion qui demanderoit plusieurs mémoires, et nous abrégerons même une analyse qui, pour ne pas être embrouillée, devrait finir par devenir trop étendue, et qui ne pourrait offrir qu'une longue liste de noms propres, que ne viendrait animer le récit d'aucun événement de quelque importance. Un tableau généalogique donnerait un aperçu plus exact de 1a descendance et de la succession de tous ces princes. On regrette de ne pas trouver des tableaux de cette espèce dans louvrage de M. Schmidt. L'absence d’un tel secours rend très-difficile à suivre toute Ia dernière partie du sixième chapitre de Sanang, et le septième

chapitre entier, qui sont exclusivement remplis de ces détails arides ; le peu de soin de l’auteur à marquer les lieux des événemens, expôse à confondre à chaque instant les uns avec les autres tous les princes dont on ne connaît pas l'habitation, tous ces petitsétats dont on ignore l'étendue et la situation respective. On ne sait le plus souvent où lon est, ni de quelle tribu il est question. Par malheur, le traducteur n'a pas trouvé dans ses lectures le moyen d'éclaircir da partie géographique du texte; et Le petit nombre de notes qu'il a réunies dans cette intention , tombent sur quelques points déjà connus, et ne dissipent nullement l'obscurité qui couvre tous Îes autres. TrOE |

Le huitième chapitre reprend dhiotoirs depuis an 1512, et la continue jusqu'en 1576, où le bouddhisme, que l'anarchie mongole avait comme étouffé dans les contrées du nord, commença à renaître, par les soins d’Altan khagan, après qu'il eut battu les Oïrad et repris Karakoroum. Ce prince étoit âgé de soixante-sept ans, lorsque, en 1573, il fit une expédition contre le Khara Tibet, soumit les deux,divisions inférieure et supérieure des Schira Ouigours, et fit prisonniers les trois princes de Ia division inférieure. IH emmena aussi Arik lama et un autre dignitaire tibétain, avec un grand nombre de leurs compatriotes. Le lama apprit au khagan à connaître le mälheur des vicissitudes perpétuelles de la naissance dans les trois natures imparfaites, ainsi que le bonheur suprême de la délivrance, et de l'entrée dans l'Aganishtha; alors le prince sentit naître quelque piété dans son cœurs et

(72) il commença à réciter la prière des six syllabes (1). Son neveu, Khoutouktaï Setsen Khoungtaïdji, fit une nouvelle expédition dans le Tibet, et y trouva Toccasion de se lier avec quelques-uns des principaux amas. H'y a, dans Ie récit de ces expéditions contre diverses tribus mongoles et oïrad , des cireonstances qui se rapportent avec celles que Pallas a recueillies au sujet de l’histoire des Calmuques (2); et malgré Ia discordance de quelques parties, M. Schmidt est porté à croire que les deux narrations doivent avoir eu un fond commun. Sanang, parlant de l'un des chefs que Setsen Kboungtaïdji avait mis en fuite, dit que sa troupe erra pendant trois mois, et que ceux qui la composaient furent réduits | pour prolonger leur vie, à manger une sûrte de ‘pierre nommée barkilda. M: Schmidt dit qu’ ignore ce que c'est que cette pierre; mais il remarque qu'il y a, dans les plaines de l'Amérique du Sud, une sorte de terre que Îes habitans prennent souvent comme nourriture. Il n’est point imvraisemblable ; ajoute-t-1l, que la même espèce de terre comestible ne se trouve également dans les steppes asiatiques, puisque lé platine, qu'on avait jusqu'ici cru:particulier à l'Amérique méridionale, ne se trouve pasien moins grande quantité dans les monts Ourals. M. Schmidt n'eût peut-être pas proposé cet aperçu géologique , s'i eût sù qu'il existe des geophages dans toutes les par: tres du monde; que l'introduction dela terre idans l'es-

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(1) Voyez eeiéus, pag. 34° Me 1? (2) Sämmlungen w50W: , tom. D] pag. 37 #0

tomac n’a pas pour objet de sustenter l'individu, mais de le garantir des atteintes de la faim; qu'il n’y a pas d'espèce particulière de terre qui ait des propriétés nutritives, et qu'on mange indifféremment, suivant les lieux, des glaises grasses et onctueuses, du tuf, de la terre ollaire friable, des lithomarges, &c.; de sorte qu'il n'y a absolument rien à conclure sur la nature des terrains d'Asie et d'Amérique, de ce qu’on y trouve également de l'argile comestible.

Les rapports que Sétsen Khoungtaïdjr avait eus avec les lamas, ne tardèrent pas à produire feurs fruits, comme on le voit dans le neuvième chapitre. En 1576, ce prince proposa à-son oncle, à limitation de ce qu'avait fait leur; aïeul Khoubilaï pour le Khoutouktou Pagspa, d'inviter le! très-éclairé bogda ( supréme:) Sodnam rgyamiso Khoutouktou (le dalaïlama), lequel n'était autre que le Bodhisatoua Khongchim en propre personne (1), à venir s'établir dans leur pays. Altan khagan goûta cette idée, et envoya une ambassade au dalaï-lama, M. Schmidt fait, à cette occasion, la remarque suivante : « IL est clair, d'après ce passage » que le dalaï-lama passe pour une émanation d’Ava- » lokita Isvara où Khongschim Bodhisatva (2). » Cependant , quatre pages plus loin, un personnage dont Sanang rapporte le discours, dit, en parlant du

(1) Der machtvollkommene Schauende und grosse si 440 Cheutin Bodhissatwa in eigener Person...

: (2) Aus dieser Stelle erhellet deutlich, dass der Dalailama fèr eine Emanation.des Avalokita Iswara oder Chongschim Bodhissatwa gehalten wird.

même dalaï-lama , ces propres mots : « A présent que » Le mouvement de Ia roue des temps nous montre au » milieu de sa splendeur Shakya-mouni dans la per- » sonne du bogdalama, et e seigneur de la terre ». Khormousda ( Indra ) dans la personne du très-puis- » sant khagan, &c. (1). » M. Schmidt n'ayant mis aucune note à ce second passage, on est embarrassé d'expliquer comment le même lama peut-être regardé comme étant à-la-fois lincarnation du Bodhisatoua Avalokiteshouara et du Bouddha Shakya-mouni.

faut peut-être chercher ailleurs que dans les livres mongols la clef de cette contradiction. |

Quoi qu'il en soit, le dalaï-lama considéra qu'il restait encore chez les Mongols quelque chose de leur ancienne foi (2); ce qui, pour le dire en passant, fait voir que le bouddhisme n'avait pas été aussi complètement déraciné parmi les Tartares, que semble lavoir supposé M. Schmidt; le lama, dis-je, consentit à se rendre auprès d'eux. Ce voyage , indiqué dans d’autres écrits (3), est ici raconté beaucoup plus en détail. Dès que Îa résolution du saint personnage fut connue , on construisit un temple dans une contrée voisine du Kœke-noor, et nommée Tsabichiyal, et, en 1577;

(1) Nun von diesem Tage an, an welchem der veränderte Umschwung des Rades der Zeiten uns im Lichtglanze Sékjamuni èn der Person des Bogda Lama, u. s.f.

(2) Weil bei den Monghol noch Ueberbleibsel des Loti religôsen Vertrauens vorhanden sind, u.s.f.

(3) Pallas, Samml. u.s. w. tom. Il, pag. 424. Taï thsiég yt

toung-ichi, extrait par M. Klaproth, Magasin SEE y ven. Il; pag. 215. pis

(75 ) on alla recevoir le lama avec de grandes démonstrations ‘ de respect. Son voyage fut accompagné de -circonstances merveilleuses que l’auteur raconte avec la même assurance que sil S'agissait d'un événement de la plus haute antiquité. Chacun de ces prodiges, selon lui, servit efficacement à affermir la foi dans tous les cœurs. Quand le Tama fut arrivé sur le Fleuve rouge (Oulagan Moæran), envoya par Pantcha Mahäkäla, l'exécuteur de ses ordres, des présens et la promesse de prendre sous sa protection la religion, et de se saisir de tous les mauvais génies et dragons qui pourraient se trouver dans Ia terre des Mongols : c'est de cette manière que traduit M. Schmidt. Mais Pantcha Mahäkäla ne saurait être Je nom d'un homme, et ce n'est pas non plus un homme qui put étre chargé de Ia commission dont on parle ici. Pantcha signifie en sanscrit cinq, et Mahäkäla, qui n'est point expliqué dans cet endroit, l'est dans un autre passage où il est question de huit Mahäkäla. M. Schmidt avertit que la mission de ces divinités est de protéger la religion de Bouddha, et il ajoute que leur nom veut dire Îles grands notrs. Cette dernière assertion doit être inexacte. Le mot dla signifie effectivement notr en $sanscrit; mais c'est kala qu'on doit lire; et ce terme, signifiant proprement partie, s'applique aux facultés dé l'être tout-puissant , individualisées et conçues dans une existence distincte. Cette notion est commune au

brahmanisme (1) et au bouddhisme, Pour s'apercevoir DS EN IEP SEE 7 D OUEN RE

(1) Cf. Stenzler, Brahma vaivarta purant specimen, pag. 48, shlog. 85, 86. |

que Mahäkalane devait pas être traduit par les grands noirs, il eût suffi à M. Schmidt de remarquer que le premier de ces dieux a l'épithète de blanc, Tchagan Mahäkala en mongol, mGon-dKar en tibétain (1), ce que, d'après l'interprétation de M. Schmidt, il fau: drait traduire par le Noir-Blanc ; et que presque tous les autres sont représentés avec des visages de couleur différente; que l'un d'eux est doré, qu'un autre est peint en rouge, &c. Les protecteurs de lareligionfirent si bien, qu'ils se rendirent maîtres de tous les mauvais esprits, dragons, larves et autres êtres malfaisans à tête de chameau, de cheval, de taureau, de mouton, de chat, de Toup et d'épervier, et qu'ils. les présentèrent au lama, quand il fut parvenu à la cohtrée de Gun-ergi. M. Schmidt considère ce lieu comme étant érès-vraisemblablement (hochstwarscheinlich, pag. 414), ou même sans aucun doute (wohl ohne Zweifel, pag. 372) la vallée d'Irgene-khoun, si célèbre dans les traditions tartares.. IL'est permis de dire que cette conjecture est contraire à toute vraisemblance historique, et. qu'elle n'a pour elle qu'une très-faible analogie de sons, obtenue encore par la transposition des: syllabes. Ce rapport n'existe même pas dans la signification, Gæn-ergi,.est en mongol 1e nom d'une rivière, et veut dire, bords escarpes (2); Irgene-

(1) Ming haï, Dictionnaire tibétain-mongol, iv. xx, pag. 13. Le mot Mahdkala a pau équivalent en tibétain mGon-po, qui signifie supérieur, suprême, chef, patron. Voyéz Schræter, Dict. h. v.— Alphab. tibet, pag. 588.

(2) Gæn, profond ; erpt, OM, ser

tua) th UN

(777 koun est, en turc, le nom d'une vallée, etil est composé de deux mots qui sont intérprétés, par Aboulghazi, dans le sens d'une ceinture de montagnes fortes et pointues (1). Ce n’est d'ailleurs pas dans les environs du Kœke-noor qu'on peut chercher avec quelque probabilité la fameuse plaine d'/rgene-koun; mais la situation’ bien connue du Gæn-ergi donne lieu ‘de relever, danse texte, une autre difficulté à Taquelle le traducteur ne paraît pas avoir fait attention. Le dalaï-laria se rendoit du Tibet au campement du prince des Ordos, dans les environs du lac Kœke-noor ; il se dirigeait par conséquent du sud au nord: H fit son premier miracle sur les bords du Fleuve rouge (Oulagan mœran), un des affluens du Hoang-ho, au nord du Îac, latitude 38°. Comment se fait-il que le$econd prodige opéré dans Ia suite du voyage ait eu lieu près du Gæn-ergi, autre affluent du Hoang-ho, qui coule au midi du Kæke-noor, à 55 lieues en-décà du prenier; lat. 35° 40"? Le Tama reculait donc au lieu d'avancer? Si M. Schmidt 'eût pris Ia peine de tracer son itinéraire sur une carte, il se serait aisément aperçu de cette incohérence. Au reste, quand le khagan ét Te fama se furent vus, ils se reconnurent pour s'étre ‘autrefois rencontrés dans des existences’ antérieures. Altan-khagan avait jadis vécu sous le nom'dé Khoubilaï, et il avait rendu de grands honneurs au mére pontife ; alors connu par le nom de Pagspa, le névéu de Saskya-pandita. L'interprète qui servait à

(78 ) leur entretien avait aussi parcouru, conjointement avec eux, le cercle de la transmigration. Le lama fut installé dans le temple qu'on avait nouvellement construit ; et Setsen, Khoungtaïdji des Ordos, prononça, pour célébrer cet heureux événement, un discours qui résonna dans les oreïlles de la multitude assemblée , aussi harmonieusement que la voix des coucous au premier mois de l'été. Cette multitude se composait, dit Sanang, de Chinois, de Tibétains, de Mongols et d'Ouiïgours. J[ va sans dire, selon le traducteur, que, par ce dernier nom, on doit entendre les Tangutains. Ainsi les Tibétains, qui sont le même peuple, se trouvent nommés deux fois dans cette courte énumération, Raschid-eddin avait, précisément comme Sanang, parlé, dans une même phrase, des langues des Chinois, des Tibétains, des Tangutains et des Ouïgours (1); mais alors M. Schmidt remarqua que cet auteur ne s'était exprimé ainsi que parce qu'il ignorait que le tibétain et le tangutain étaient wx seul et même idiome (2); qu'on n'oserait attribuer ‘une telle ignorance (Unkenntniss) à un prince mongol; et que, dans cette erreur de calcul, provenant du défaut de connaissance en fait d'histoire critique et de langues, Raschid-eddin n'avait encore ajouté l'ouigour que pour compléter une sorte de triade littéraire, de manière

STITITETTNNTT LE DE : IT co = ; 7 —— FT (1) M. Saint-Martin, Mém. sur l'Arménie, tom, Il, pag. 275. : (2) Wenn Raschid-eddin sagt, dass Mœngkæ-Chaghan besonhi Schreiber für das Tibetische und Tangutische gehalten habe,

so hat er nicht gewusst, dass beider Vælker Sprache und Schrift eine und dieselbe 1st. Forschungen , #..s.wv. pag. 112.

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qu'un seul interprète devait suffire pour les éroës langues (1). Maintenant voilà un écrivain qui tombe justement dans la même erreur de calcul que l'écrivain persan, etquinomme concurremment les T'betains'et les Ouigours, et, ce qu'il y a de pis, c'est un prince mongol : osera-t-on le taxer d'ignorance ; et lui refuser la connaissance des langues et de l'histoire critique ? ou supposera-t-on qu'il a simplement voulu compléter la feuille de trèfle des nations, en désignant deux fois la même sous des dénominations différentes? faut-il réformer le jugement sur Raschid-eddin, ou le confirmer et l'étendre à Sanang-Setsen ? Lesnotes de M. Schmidt nous laissent dans l'incertitude à cet égard.

L'un des résultats les plus importans du séjour du dalaï-lama dans la Mongolie, c’est l'établissement de règles qu'il concerta avec Altan khagan pour les cérémonies des funérailles, les fêtes religieuses , a hiérarchie ecclésiastique. On abolit Ia coutume d'enterrer avec les morts un certain nombre de chevaux et de chameaux qui leur avaient appartenu, et lon statua que ces animaux seraient donnés aux lamas. Le clergé fut distribué en quatre classes. L'injure faite à un tsordji par un homme du commun fut assimilée à celle qui aurait été faite à un khoungtaïdji. Les rabtchimba

(1) Wir kœnnen in diesem Falle auf Rechnung von Raschideddins Mangel an kritischer Geschischts-und Sprach-Kenntniss zur Vollendung des litterærischen Kleeblatts noch das Uigurische hinzufügen, vollkommen überzeugt, dass Mængkæ-khagan nur Schretber aus einem dieser genannten Vælker bedurfte, um seine Befehle aMlen dreien-kund.zu thun. Id. ib

(80) et les gabichou furent mis à l'égal des taidji ; les g1loung eurent rang avec les fabounang, les taïchi et les djaïsang; et enfin les échibagantsa, les oubachi, et lessoubasantsa , avec les ogniyod. On me trouve ici aucune note qui fasse connaître ces divers degrés tant ecclésiastiques que civils; mais ä y en a quelques-uns d'expliqués, dans l'ouvrage de Pallas (1). Tous les réglemens dont il s'agit, et ceux qui avaient été insérés dans les livres composés au temps des trois échakravartis (monarques).du Tibet et de Khoubilaï, furent réunis et mis en vigueur sous le titre de Code de la doctrine des dix œuvres meritoires. Ce fut à la même époque que le khagan donna au lama le titre de vadyradhara dalaï-lama., 1e saprême et immense porteur de sceptre, et qu'en retour celui-ci lui conféra Îe titre de Tchakravarti Setsen khagan. On fait ainsi commencer de ce temps le titre mongol de dalaï-lama; mais ce litre n'est qu'une traduction du titre tibétain de gyamdzo; qui était en usage auparavant. Beaucoup d'autres dénominations honorifiques furent distribuées à cette occasion. Altan khagan, le véritable restaurateur du culte lamaïque parmi les Mongols, vécut encore plusieurs années. Il mourut en 1583. Ses successeurs directs au titre de khagan occupent peu d'espace dans Ie récit de Sanang. Après les grands Iamas, dont les actions et Ia renaissance ont la première ne il accorde toute son attention aux Khoungtaïdji des Ordos, dont il était lui-même le descendant et le succes-

(1) Sammi. u. s. f, toi, I (pag, 119, 435. | ci

seur, puisqu'il était fils de Batou, fils d'Oldjéi-doutchi, fils de Khoutouktaï-Setsen, neveu d’Altan khagan, Arrivé à parler de lui-même , if raconte qu'il était né en 1604; quele titre de Sanang Setsen Khoungtaïdyi lui fut donné en considération de ce qu'il était issu de ce Setsen-Khoungtaïdyi qui avait pris une part si active au renouvellement de la religion. A dix-sept ans, il fut pourvu par le khagan régnant, Bouchoukioudjinong, d'un des emplois es plus élevés. Ce prince mourut en 1624, après avoir fait bénir un exemplaire du Kä-gyour (Gandjour), écrit en lettres d'or, et avoir envoyé chercher dans les contrées du sud, ou le Tibet, le Dan-gyour, autre collection des plus célèbres, et qui contient, en 222 gros volumes, la traduction des doctrines et des préceptes. Le Kä-gyour a été traduit en mongol entre 1604 et 1634, et depuis imprimé par les soins d'un empereur mandchou : on ne peut dire précisément lequel, parce que M. Schmidt donne deux noms qui ne se rapportent pas, celui de Engke amogolang en mongol(Khang-hi, 1662-1722), et celui de Young-tching en chinois (1723-85), dont la traduction mongole est Naïraltoub (1). Cette légère méprise est répétée en deux autres endroits (2); et dans le second, Naïral-toub (Young-tching) est donné pour l'équivalent de Khanghi, ce qui est une seconde erreur inverse de la précédente.

(1) ....auf Befehl des mandshuischen Kaisers Jungtsching , den die Mongolen Engke amugholang nennen (1723-1735), u.s. w. pag. 418.

(2) Pag. 411 et 493. F

Tout le reste du neuvième chapitre est rempli par des histoires de lamas et des légendes qui se reportent dans l'Inde au temps du plus puissant des tout-puissans (des Mächtigsten der Machtvollkommenen), c'est-à-dire, de Shakya-mouni. Sanang ne tarit pas sur ces sujets si intéressans pour sa nation. Enfin le dixième chapitre commence par Îe récit de l'établissement de Ia dynastie des Mandchous, issue , comme Ie dit l'auteur, des Altan-khagan des anciens Mandchous , c'est-àdire, de la nation des Kin. À cette occasion, Sanang récapitule Îles règnes des empereurs de la dynastie Ming, depuis Houng-wou, maïs en mélant à son résumé beaucoup d'erreurs de noms et de dates; circonstance bien remarquable pour un empire si voisin de son pays, et dont il se flatte d'avoir consulté Îes annales ; circonstance qui ne contribue pas à augmenter la confance qui lui est due pour les époques et les dynasties dont ïl est l'unique historien. I pousse son récit jusqu'à la soumission des Mongols par Eyebar Sasaktchi khagan (Chun-tchi). L'auteur termine ensuite par ces mots : « I est impossible de racon- » ter tout au long comment, au commencement, le » monde s'est formé, et comment s’y sont développés » différens êtres qui en constituent l'organisation inté- » rieure ; comment, parmi ces êtres, depuis le souve- » rain indien, élu de l'univers, Jusqu'à notre temps, » de puissans rois sont nés et ont introduit l'ordre sur » la terre; comment ont paru des Bodhisatouas pleins » de vertus, représentans des êtres vivans ; comment » les peuples ont été réjouis par la religion de Boud-

» dha et la puissance des souverains. C’est pourquoi, » moi Sanang Setsen Khoung-taïdji, arrière-petit- » fils de liustre Khoutouktaï Setsen Khoung-taïdjt, » pour satisfaire aux desirs et à l'attente de plusieurs » personnes amies de instruction ;, j'ai, selon mes » faibles moyens, raconté tout cela en abrégé , en me » servant principalement des sept soudours (histoires ) » suivans. » Il rapporte les titres de ces livres, parmi lesquels il se trouve une chronique chinoise; puis il ajoute : « J'ai fondu le contenu de ces sept histoires, » et j'ai fini et accompli cet ouvrage en 1662, étant » parvenu à ma 59. année. » I[ termine par une phrase modeste, telle que l'aurait écrite un auteur européen, et réclame l'indulgence pour les fautes qui pourront se trouver dans son livre : « Celui quiira cet » ouvrage;sans préjugés, ajoute-t-il, et qui y trouvera » à recueillir quelque peu d'instruction, verra s'épa- » nouir, comme dans un:miroir , le lotus de Ta sagesse » éternelle, comme ceux qui, par le moyen du.céleste » Tehintämant, s'efforcent: ve otage ce! qui est » caché à tous les yeux. » } ;:1, » #noi

Ee texte de Sanang occupé: 149 pages d une écritureserrée. L'analyse en a exigétrois longs paragraphes : que serait-ce si nous voulions entreprendre un examen détaillé des notes que le traducteur a ‘réunies dans 193 pages, et qui. sont, pour la plupart, remplies de notions curieuses et de renseignemens intéressans ? Pour que notre critique eût toute l'utilité possible, il faudrait que nous eussions à notre disposition les nombreux matériaux que M. Schmidt possède, avec les secours

La

(84) qui lui ont permis d'en tirer parti, Fassistance des Mongols et les lexiques qu'il tient d'eux, Privés de ces ressources précieuses, nous n'avons pu proposer sur son travail qu'un bien petit nombre d'observations, en comparaison de celles auxquelles une étude approfondie des textes aurait pu fournir matière. Nous résumerons én peu de mots le jugement que nous croyons pouvoir porter sur cet ouvrage d'un genre si neuf et si curieux, aussi bien que sur le degré et le genre de mérite qu'on doit reconnaître à son interprète.

Sanang Setsen n'est pas un historien ; c'est un compilateur de Tégendes et de généalogies, dont les idées, par l'effet de Finfluence indienne, semblent avoir quelque chose de vague et d’indéterminé. I ne faut chercher dans son livre, ni une chronologie régulière, ni de l'exactitude dans les dates, ni la moindre précision dans les indications géographiques ; encore moins doit-on lui demander une ‘série de faits enchaînés les uns aux autres, de vives lumières sur la haute antiquité, le tableau complet de l'état d’une seule des nations dont il parle, celui des divisions des tribus mon: goles ou des branches de Ia famille de Tchingkis-khagan, le rapport des événemens et de leurs causes, le récit des Mer À militaires, des entreprises comméerciales, des relations diplomatiques entre plusieurs peuples, ou des aperçus politiques | moraux ; philosophiques ou littéraires. Son istoirérest une chronique aride ; semée de fables. Quelques successions de princes, dans lesquelles on a lieu de croire que la masse des faits est vraie, bien que les particularités en soient

(85 ) … souvent erronées; une généalogie assez complète de quelques branches de Tchimgkiskhanides qui ont régné dans la Mongolie orientale, d'utiles renseignemens sur l'origine des institutions lamaïques; pour le reste, des souvenirs confus, mais précieux à recueillir, et pardessus tout une grande quantité de traditions religieuses, des anecdotes incroyables ; mais intéressantes par leur absurdité même ; une multitude de’traits qui nous montrent à découvert le caractère mongol tel que les Tamas l'ont façonné depuis trois siècles : voilà ce qui assure une grande valeur à l'ouvrage de Sanang. Tout ce qu'il contient n'est pas aussi nouveaw:qu'on le: penserait, pour l'homme instruit qui a bien Jules livres des écrivains chinois et persans et même certains livres européens peu connus; maiscomme l'auteur a puisé à des sources qui ne sont pas accessibles, il représente pour nous toute une branche de littérature dont nous'ne savions presque É et il doit occuper une place après Chao-youan ping, Raschid-eddin, Aboulghazi.: il faut le mettre: hors de rang pour la connaissance des légendes bouddhiques, et il sera consulté plus utilement encore pour l'histoire de la religion samanéenne que pour celle des Mongols. Atout pren dre, son livre est une véritable acquisition:pour ‘a littérature: orientale ; et une ‘des es importantes qu'elle ait faites en ‘ces dernières années. Les Chinois; qui Font traduit de leur côté ‘en ont porté lermème FES :« Les ie livres (4) de LE des Mon-

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