‹ Observations sur l'Iliade d'Homère (volume 2)Chapitre 13 sur 31 · SUR LE VINGTIEME CHANT · texte numérisé non relu

SUR LE VINGTIEME CHANT

DE L'ILIADE

[▼. i^a.] Ainsi , devant leurs noirs vaisseaux , les Grecs s'arment autour de toi , fils de Pelée.

La scholie de Tédition de Venise qui se rapporte au vers % fait remarquer que dans ce passage Achille est représenté comme le chef suprême de toute l'armée (i); en effet, le poète ne dit pas seulement que ce sont les Mjrrmidons qui entourent Achille, mais les Achéens , dénomination sous laquelle il comprend l'armée entière des Grecs. Ce qu'il y a de sûr , c'est que, dans les combats qui ont lieu durant ce chant vingtième et les deux suivants , il n'est ques* tion que d'Achille ; aucun autre chef n'y est nommé , ni Agamemnon, ni Ménélas, ni les deux Ajax, ni Nestor, ni Dlomède, rappelé une seule fois, incidemment, dans un discours que Mars adresse à Minerve (i). Ces trois chants, XX-XXII, véritable Achilléide,sont absolument consacrés aux exploits d'Achille, comme le cinquième est consacré aux exploits de Diomède, le onzième à ceux d'Agamemnon, le seiaième à ceux de Patrocle, et le dixseptième à ceux de Ménélas. Observez aussi que jusqu'à la fin il' n'est pas fait même la plus légère allusion a la colère d'Achille , qui , dit-on cependant , est le sujet principal du poème.

J'ai déjà remarqué l'emploi assez rare que le poète faisait de la figure nommée apostrophe (3) , mais j'avais oublié de signaler ce

(0 Sch. Yen. in Umm). u', a.

(i) Cf. Iliad. <f\ 3g6.

(3) Yoyes les Obss. sur le v. 197 du quatriène chant de l'Iliade.

a. la

passage et un autre du quinzième chant de ViÙade, où le poète s*adresse à Mélanippe (i). Selon la scholie de l'édition de Venise déjà citée, cette figure s'applique à cinq héros : Achille, Ménélas , Patrocle, EiWkéei Méitnippe, et, pàntti lesdieilK, à ApbllDn, d^c ffi, îSu çoîSt, « autour de toi, Phébus (a). »

[▼. 5.] Jupiter ordonne à Thémis de convoquer rassemblée des immortels.

Tai déjà observé que ce n'est que dans ce passage-ci de Vlâade^ et au chant quinzième, que Thémis était considérée comme une déesse (3). On retrouve la même tradition dans le second livre de V€kfystàf, oà il est dh que Thémis aflérmit ou détruit les conseils des hommes, M^ dt^opac (4)* Voilà pourquoi c'est à cette déesse , disent les anciens grammairiens, que Jupiter donne l'ordre de convoquer l'assemblée des dieux; car ordinairement c'est Iris qui llrit tes messages de l'Olympe , et Mercure dans les occâsiotn solefNielles(5}.

Tai écrit H^vçûl avec tous les nouveaux éditeurs qui ont raivi la leçon du manuscrit de Venise. L'édition de Florettce, celle des Aides (tSà/f), de Junte (t 53 7), écrivent difuçt xAtovtv. Knight adopte la leçon de Fauteur de la vie d'Homère, ê^fiiç* fe^LiuMv (6); peutêtre est-ce le meilleur parti ; ce qu'il y a de sûr, c'est que presque •oujoun le verbe xtXt6tt, dans Homère, gouverne le datif (7).

(t) GCIllid.e',58a.

(a) Cf. lUtd. tt', I S%4 Aa raste , ofascrvons que «e damiflr axample eM rofemé dans ■■ pssMgè aapprimé par Kaight. V07. Us Olmri. aw le V. ia5 deeaafaaat.

(3) Toyea Us obM. sur le v. 87 du quinâcme chant de l'Iliade.

(4) a. Odys. 6', 69.

(5) Soh* Yen. ia Hiad. u', 4; BoiL, p. 1x93, L 53.

(6) Cf. Bameni éd. p. uv, ad fssloem.

(7) Entre aatrea pasaages, en ?o!ci nn toat-4-fait analogue k cWoi qui uons occnpe:

xDpuooaiv iroXifMv^i x. t. X. ( Hiad. 6*, 44* •) Observez qne Knight écrit Xi^^-fT^i»' IxiXitinv.

SUR LE CHANT XX. ij^

D'aïUeura oelte leçon a Tâvantage de ooraenrer l'ei^pnent, ce ^ui eM pla« dam les fomes homérkittes.

[v. 56.] .... le père des dieux et des hommes £ait|[ronder sa foudre.

L'aateiir du Génie du Christiûmsme , après BToir cité le vers 56 ,

en développe ainsi les beautés : « Ces r et ces consonnances en ûv « (on) dont le vers est rempli imitent le roulement de la fondre inter- « rompu par des espèces de silence : ti, ûv, tc, ûv, ti. Cest ainsi « que la voix du ciel dans une tempête meurt et renaît tour à tour • dans la profondeur des bois (i). » Ces réflexions sont ingénieuses, mais peut-être le critique a-t-il prêté au poète une intention que celui-ci n'avait pas. Homère désigne souvent Jupiter par cette périphrase : irartip dn^pôv ra , Otôv Tt , père des hommes et des dieux. Ce n'est pas seulement quand Jupiter tonne qu'il l'emploie, mais aussi quand il sourit (i).

[y. 6i,] Dans tes retraites souterraines, le roi des ombres, PkitoB, frémît.

Voici comment s'exprime Longin à Poccasion de ce passage : j'emprunte la traduction de Boileau : « Voyez -vous» mon cher « Térentianus , la terre entrouverte jusqu'en son centre , Fenfer « prêt à paraître , et toute la machine du monde sur le point d'être m détruite et renversée , pour montrer que dans ce combat he ciel , • les enfers, tes choses mortelles et immortelles, tout enfin com- « battait avec les dieux , et qu'il n'y avait rien dans la nature quf ne m fût en danger (3). > Virgile imite ainsi ce passage d'Homère :

Non secus, ac sî qua penitus vi terra dehisceos Infernas reseret sedes, et régna recladat Pallida , diis invisa ; superque iimnane harathrmn Cernatur; trepidentque imniaso lumhie Maiie8(4).

(i) Génit daOhriaCÎBabiMy t. II, p. 248, édit. de Lyoa.

(7) Cf. Iliad. c', 4a6, et q\ 47, p^ti^vioiv ^è «aivip dbv^pâv n %tSn Tt.

(3) OEav. deBoileaa, t. Il, p. 388, édit. d'Herhan.

(4) JEn. VIII, 943.

i8o OBSERVATIONS

Il faut obeenrer que la poésie de Virgile a moins de mouTement que celle d*Hoinère, et que le poète latin emploie les mêmes images, seulement dans une comparaison, ce qui leur donne moins de force que dans le cours de la narration (i). Voici maintenant €H)mment Ovide imite le même passage :

Inde tremit tellus : et rex pa^et ipse sileotum Ne pâteat , latoque solum relegatiir hiatu ; Immissusque dies trépidantes terrett umbras (a).

Tout cela est bien loin de la rapide énergie d'Homère. Quoique Timitation que Boileau a faite de ces vers soit bien connue, qu*il me soit permis de la transcrire ici en y joignant les observations de deux critiques célèbres, Rollin et Laharpe :

L*enfer s*éiiieut au bruit de Neptuue en furie ; PlutOD sort de son trône , il pâlit , il s*écrie ; Il a peur que ce dieu , dans cet aCTieux séjour, D*uu coup de son trideut ne fasse entrer le jour ; Et, {MU* le centre ouvert de la terre ébranlée. Ne fasse voir du Styx la rive désolée; Ne découvre aux vivants cet empire odieux Abhorré des mortek et craint même des dieux (3).

Au sujet du second vers de Boileau, Rollin s'exprime ainsi: • Le mot de sortir^ qui conviendrait à Pluton, s'il descendait tran- « quillement de son trône, est ici froid et languissant; ce dieu ne « pâlit qu'après être sorti de son trône ; la pâleur vient-elle si len- « tement , et n'est-elle pas le premier , le plus prompt effet de la « crainte? Le grec a bien une autre vivacité : ^tîoac ^ ix 5^'vcu « «Xto , xal Ivit , épouvanté, il s'élance de son tréne^ et i écrie. Comment « rendre dans une autre langue cette cadence suspendue , ^tioo^^ « bt, Opovou IXto, qui seule marque le mouvement brusque et pré- «I cipité de ce dieu (4). -

Voici maintenant les observations de Laharpe, qui ont beaucoup de rapport avec celles de Rollin : « Pluton sort de son trâne n'est-il « pas bien faible en comparaison du mot grec il s'élance. Celui-ci « peint le mouvement brusque de la terreur, l'autre ne peint rien;

(f ) Not. Heyn. in h. L Tirgil. et Macrobii Samm. Y, $ i6. (a) Metamorph., t. 356.

(3) OEuv. de BoiL, L c.

(4) Traité des Étades, 1. 1, p. 43S, cdit. da Letromie.

SUR LE CHANT XX. i8i

« c'est tout que cette difTérenoe..... Dans le grec les mots il s'élance

• de son trône ei Jette un cri coupent le vers par le mîUeu , et forment « une suspension imitative, au lieu de cet hémistiche uniforme, il mpdUtf il s'écrie. >

Comme on voit, jusqu'à présent Laharpe n'a fait que développer la pensée de Rollin ; puis il ajoute : • An reste, le poète français se relève bien dans les deux vers

• suivants : -

« Il a peur que ce dieu , dans cet affreux wjour , « D*un coup de son trident ne fasse entrer le jour.

• Ce derniers vers est admirable. 11 n'est pas dans Homère , il est

• imité de Virgile. • A l'occaision de ce mot trident , employé dans la traduction de Boileau, j'ai déjà dit que, selon Knight, cet attribut de Neptune n'était pas connu de l'auteur de V Iliade (i). Laharpe termine ainsi ces réflexions : « Cest dommage que dans ce « qui suit il (Boileau) ne se soutienne pas au même niveau :

« Et, par le centre ouvert de la terre ébraolée ,

• est un remplissage de roots ; rien n'est plus contraire au sublime :

« Ne fasse voir du Stjx la rive désolée.

• Ne faire voir, ne fasse entrer ^ en trois vers, c'est une négligence

• dans un morceau important, etc. (a). • Cette critique, quoique rigoureuse , est pourtant fondée. Laharpe aurait pu observer encore que le dernier hémistiche : et craint même des dieux ne rend pas bien l'idée de l'original, ^u'^icuai Otot irtp. Stu^ûv ne signifie pas ici craindre^ redouter^ mais avoir en horreur. Les dieux, en effet, n'ont rien à craindre du séjour de Pluton , mais ils l'ont en horreur comme étant des demeures hideuses, oîxta opLep^oiXea.

Ce passage est un de ceux que Platon veut retrancher des ouvrages d'Homère, parce qu'il donne une fausse idée de la Divinité (3).

[v. 66.] Si grand est le bruit qui naît au moment du combat des dieux.

Après ce vers, Barnès en ajoute un qui n'a été adopté par au-

(i) Voyes les obu. sur le v. 3 du douzième chant de l'Iliade. (s) Cours de Littérature, 1. 1, p. if8, i*^ édition. (3) Reipubl., lib. III, in init. , t. VI, p. a5a , bip.

i8t OBSERVATIONS

coD aulre éditeur, et qui ne produit ici «fo'uae radoiMkiiice înatiiB:

èfi TOTt ^Dptottvro ncffti^attv xal ÂiroXXuv.

m Alors combattirent Mercure et Apollon. » Ce vers est cité par le grand étymologîste au mot ^^pi{» où toutefois il n'est point dit que ce vers soit d'Homère. Heyne observe avec raison que Finterpolation non-seulement n'est pas nécessaire, mais qu'elle nuit à la suite de la narration (i). Barnès avait une singulière propension à ajouter des vers à Homère (a) ; bien différent de Knight et de Heyne, qui tendent toujours à supprimer. Ainsi , dans ce passaged, Knight finit k phme au vers 65, « en horreur même aux im- « mortels • , et retranche toute la fin de Talinéa , relative à la lutte des divinîtéB entre elles ; il pense que ces 9 vers ont été forgés poor expliquer les vers 54 et 55 : « ainsi les dieux fortunés, exci- • tant les deux armées, se joignent aux combattants, et parmi eux « excitent une guerre terrible. » Il remarque le mot {& du v. 68, et il observe que l'usage constant d'Homère est de dire iol au masculia, pour exprimer desjièehes{3). Heyne dit aussi : «cette expression « ne prouve-t-elle pas que ces vers sont d'un autre auteur (4). » En effet , rien n'était plus facile que de faire la correction , en écrivant tcùc irrepotyraç, comme le propose Heyne, ou bien irrtpdtv- Toc oîçoù;, leçon indiquée par Barnès, ou bien ptXca irripoWa, comme Bentley. Cette inattention prouve que , du temps de Finterpolateur, le neutre pluriel ta était tellement passé en usage, qu'il ne s'est pas aperçu de l'erreur.

[v. 73 — 4*] I^ fleuve impétueux que les dieux appellent Xanihe, et les hommes Scamandre.

J'ai déjà dit ce que signifiaient ces dénominations différentes , données par les dieux et par les hommes (5).

(i) Heyn., Observ. in Iliad. XX, 66.

(a) Voy. les Observ. sur les v. 119 do neuvième, 4^2 du trainèiBe , :à9 dii qniniirme chant de l'Iliade, etc.

(3) Knight, Not. in niad. u', 6674.

(4) Heyn., Observ. in Iliad. XX, 68^

(5) Voy. les Observ. sur le v. 401 du premier cbanl de Tlliade.

SUR LE CHANT XX. i83

Conme k mot XmA*, en gnc» sigaifie Uondf on m prétcnëy que ce flenve avtit été nommé «intî parée qu'il avait la pff«f>riété «le donner cette conleur aux brebis qui bavaient de set eaus (i), ou mdme à tous les corps qu'on y plongeait (a). D'autres veulent que ce ncnn lui soit venu de ce que Vénus devint i^ndlppoor s'être bnignée dans ses eaux avant le jugeoMnt de Péris (3)« Il est phis simple de dire que ce nom tieot à la ooulenr de ses eaux» qui sens doute roulaient , du moins à eertaines époques» un limon jaunâtre. Cest par la même raiscmque les Romains donnaient Pépithéte dtjh^mt au Tibre (4). On donnait aussi ce même nom de Xmmihê à ciivers chevaux (5), à cause de la couleiv qu*ib avaient

[v. 82.] £a tout semblable à lui , oe dieu , fils de Jupiter, s'écrie :

Kiiight retranche ce vers , en disant que ce n'est qu'une répétition inutile (6). Cette critique n'est nullement fondée ; j'ai déjà fait observer que toujours , dans Homère , chaque discours était précédé d'un vers pour annoncer celui qui va parler (7).

[v. laS.] Tous nous sommes descendus de l'Olympe...

Selon le scboUaste de Venise, ce vers et les trois suivants doivent être retranchés , parce qu'ils contredisent ces paroles que Jupiter vient d'adresser à Neptune : « Que chacun , suivant son désir , fa- « vorise l'une des deux années ; si Achille seul poursuit les • Troyens , ils ne pourront pas même un instant résister au valeu- « reux fils de Pelée (8). • Gomment, observent les critiques, cela

(i) Cf. Aristot. de histor. «DiniJ.y 1. III, c. j a ; t. I. p. 806, éd. Dav. JEUan. de amunalib., lib. VIII, c. sx ; Plin. hiitor., Ub. II, c. 106 , edit.

(a) Sch. Ven. u', 74.

(3) Etymolog. mag. in v. Zxdtjiav^poç.

(4) Hocat.ylib. I, od. 8, ▼. 8.

(5) Cf. niad.6', x85, et r*, 400.

(6) Knight, Net. in lUad. v', iSa.

(7) Voyeslei Ohss. sur le v. 346 du XV chant de THiade.

(8) Cf. Iliad. u', a 5 «eqq.

i84 OBSERVATIONS

peut-il 8*accorder avec ce que dit ici Junon, que tous les dieui sont descendus de FOlympepour qu'Achille ne reçoive des Troyens aucun outrage (i)? Cette raison n*est pas sans force. Heyne ne doute pas que ces vers ne soient Touvrage d'un rhapsode (i).

Knight supprime ici 44 vers, depuis le v. m jusqu'au v. i55» c'est-à-dire le discours de Jnnon, celui de Neptune, et tout ce qui s'y rapporte. Dans ce cas , voici quelle serait la suite de la narration : ■ à ces mots Apollon inspire à ce guerrier une force cours- « geuse ; il vole aux premiers rangs , couvert d'une armure d'airaio. • Toute la plaine est remplie d*hommes, de coursiers et resplen- « dissante d'airain. » Knight trouve que cet épisode gène la marche du récit, et se lie mal avec ce qui suit et avec ce qui précède. Il fait observer que l'hbtoire des remparts , élevés par Hercule pour éviter un monstre, et dont il sera parlé tout-à-I'heure, annonce une fable plus moderne qu'Homère. Il remarque enfin que l'article T&v du vers i56 doit se rapporter au mot irpcp.ax^^ du vers m (3). Cette critique est ingénieuse, et me parait avoir quelque probabilité. Cependant je ferai observer qu'en suivant l'opinion de Knight, deux vers de suite finissent par le mot 'xd>*fù. Peut-être est-ce pour éviter cette répétition que l'on a eu recours à l'interpolation , ou peut-être aussi l'interpolateur aura-t-il pensé que le récit manquait de liaison , et que la peinture générale des combattants devait être précédée par une pensée qui l'amenât plus naturellement; de là ce vers qui terminerait l'interpolation : « Cependant Jupiter, assis « dans les cieux , donne le signal. • Remarquez qu'il est encore question ici d'un entretien entre deux divinités ; ce qui établirait une grande analogie entre ce passage-ci et celui que nous avons signalé au dix-neuvième chant (4).

Dans la traduction du vers lay j'ai employé le mot Parques, quoique ce nom et les idées qui s'y rattachent appartiennent plus à la mythologie des Latins qu'à celle d'Homère (5).

(i) Sch. Yen. u', ia5.

(a) Cf. Heyn. Ohss. in Iliad. XX, xa5.

(3) Knight, Net. in Iliad. u'« iia-55.

(4) Voy. les Observ. lor le v. 359 du chant précédent.

(5) Yoy. les Observ. sor le v. «09 du XXIV chant de l'Iliade.

SUR LE CHANT XX. i85

[v. i34 — 5.] Mais je ne voudrais pas que nous autres dieux prissions part à ce combat , puisque nous sommes de beaucoup les plus forts.

Quoique levers i35 se trouve dana l'édition de Venise , et qu'aucune scholie ne s'y rapporte, Wolf Ta renfermé entre deux parenthèses. En effet, ne pas exciter la guerre parce qu'on est le plus fort est une véritable contradiction , surtout dans les moeurs héroïques. Ce vers ne se trouve point dans l'édition d'Eustathe ; dans quelques manuscrits il est écrit en marge, mais regardé comme suspect. Emesti le condamne (i), quoiqu'il l'ait admis. Heyne conjecture qu'après le premier vers du discours de Neptune : • Junon , ne t'alarme pas hors de saison , cela ne te convient « point ■ , quelque scholiaste aura ajouté ces mots explicatiis : imvh iroXi> çtpTtpot eip^sv , « parce que nous sommes les plus forts (a) « ; et comme ces mots forment une fin de vers , quelque autre scholiaste aura tant bien que mal rétabli le vers dans sou intégrité , puis de la marge l'aura fait passer dans le texte. Cette opinion est vraisemblable. Au reste , il faut convenir que toutes ces observations sur divers endroits de ce passage ne font que confirmer l'opinion de Knight , relative à l'interpolation générale (3).

[v. i44 — 8.] En achevant ces paroles, Neptune à la chevelure azurée les conduit sur les vastes remparts du divin Hercule, murs élevés qu'avaient construits les Troyens et Minerve , afin que dans sa fuite ce héros évitât la fureur d*un monstre marin, qui, dans la plaine, le poursuivait loin du rivage.

Nous avons déjà vu que Neptune, irrité contre Laomédon, envoya un monstre marin qui désolait la contrée, et qu'Hercule tua ce monstre (4). Selon les petites scholies, Hellanicus racontait qu'Her-

(i) Cf. Emesti , Net. in b. v.

(a) Heyn. Obss. in llîad. XX, x35.

(3) Voy. les Observ. précédentes.

(4) Vovcx les Observ. snr le v. a5o du XlV chant de l'Iliade.

i86 OBSERVATIONS

cule eotra, piur k fiicnle, joaquc d«H le corps du monalw, et lui déchira le flanc (i). TzeUès va plus loin : il dit qa'Hcxvule resUi trois jours dans le corps du monstre marin (a). Valérius Flaccus dît qu'Hercule terrassa d'abord le monstre en lui jetant une pierre , et qu'ensuite, après l'avoir frappé à coups redoublés, il fengtoutit dans les flots :

Stat mediis elatiis aquis , redpitque nieotem Alcides; saxoque prior surgentia coHa Obniit : hine vastos nodosi roboris ictus Gongeminat. Fliictos defertar bellua in inos (3).

C'était pour avoir un abri contre les attaques de cet animal terrible que Minerve et les Troyens bâtirent ces remparts, vers lesquels Neptune maintenant conduit les autres divinités. Knight regïirde avec raison toute cette fable comme étant d'un âge postérieur à Homère (4).

[v. i65 — 66.] .... qu€ les bergers et tout le hameau

brftlent d'égorger.

Dans rédition de Venise le vers i66 est marqué d'un signe critique, parce que le singulier ira; ^î)fi.Gc est joint à l'adjectif pluriel â']fpo{xcvot (5). Cependant on peut dire que, dans la phrase qui nous occupe, àipopjvot se rapporte réellement au mot dn^pi; du vers précédent, et que les mots ira; ^^pio; ne sont qu'une sorte d'explétif pour exprimer que ces hommes rassemblés comprenaient tout le ha'mmu. Quoi qu'il en soit , il n'est pas rare de trouver dans Homère des mots collectifs au singulier construits avec le pluriel ; comme dans ce passage du second chant : o; çoioav ii irXuttu;, • ainsi parlèrent « la foule (6). • Cest a peu près avec la même syntaxe que La Fontaine a dit :

Cette foule de gens qui s'en vaut chaque jour (7).

(r) Bfev. Scfa. Ilisd. u', i45.

(9) Schol. in Alexand., v. 34.

(3) Argon., lîb. II, 53s*5.

(4) Knight, Net. în nîad. u', x 19-55.

(5) Sch. Ven. in Iliad. u', 166.

(6) Iliad. Q\ 278.

< 7) Éiégip pour M. Fonqnct, v. $9.

De même LiMrèca, dits las Latîn» : sapUntum iuràa pmtamnt (i). Virgile a dit ainsi : part eontendMnt,,.,. ewêreetU (i). Presque toujours dana Homère le singutter Uojç^ est joiot à ou pluriel (3), et cbea noua la plnpmrt se construit iDdifféremment avec le pluriel et le singulier (4)* Racine, dans la même phrase, construit le mot pempk avec le singulier et te pluriel.

Tout ce peuple captif, qui tremble au nom d'un msître, Sootient mai un pouvoir qiri ne &it que de naître; lis ont pour s^afiRrauchir les yeux toujours ouverts {S),

Il est clair que dans cette figure Fauteur considère plutôt le sens du mot que la rigueur grammaticale. En grec cette ferme était particulière aux Attiques (6).

[v. 179 — 80.] Ton désir serait-il de me combattre dans Tespoir de régner sur les Troyens avec les mêmes honneurs que Priam ?

Le vers e8o et les six suivants doivent être retranchés d'après le scholiaste de Venise, parce qu'ils sont faibles d'expression, et qu'ils nuisent à la suite de la narration. D'ailleurs comment se iait-il qu'Achille, qui a tant d'impatience de combattre, s'amuse ainsi à babiller; telles sont les objections du scholiaste, et aussitôt il se répond à lui-même que ces vers sont très-couTenablement placés 9. si c'est dans l'intention d'effrayer Énée qui se présente le premier , et qui ne manquera pas de répandre l'alarme dans le camp ; que tout le but d'un générai doit être d'effrayer son ennemi

(i) De Namr. reram. III, 98.

(9) iEn. YI, 642-3.

(3) niad; a', 606; r, S79; n\ i85, etc.

(4) Toy. le Dietion. de VAcad. à ce mot.

(5) Alexandre, aet. Il, se. s. On trouve dans Pansanias une phrase aaalogne» dans laquelle 9ii^ geuveme à la fois le pluriel et le singulier : TUBt* à^àç pUv d^piîXovTO 6 ^lifAOC tilç •(ouot«c rè iroXù, xal dtrrt PamXtCaç (UTfometv Jc dpx'^ ^t^6tivov, 1. IV, c. v, ad caht.; mais Sylhorge voulait 4|o*OD ^rivit (Arrtvniocy, et Schaifer est de cet avis. (Voy. l'éd. de Grégoire de Corinthe donnée par Schaefer, p. 55, not. 89.)

(6) Gregoril Corinth. , de dialect. attîc. § xt. p. Ss de la même éd. Cf. Boisson, in. Fhilostr^M. heroic.adnot., p. 45o.

i88 OBSERVATIONS

pour le vaincre sans combattre; que d'ailleurs, dans la circon« stance, c'est surtout Hector qu'Achille désire combattre (i). Voilà bien des subtilités pour des béros , qui , à coup sûr , n'y cherchaient pas tant de façon. Pourtant je ne repousse pas le soupçon d'interpolation; et, en supprimant les sept vers, il y a plus de liaison dans le récit Voicî en ce cas quelle en serait la suite : • Ton désir « serait-il de me combattre ? mais je sais pourtant qu'autrefois je « t'effrayai avec ma lance. Ne te souvient-il plus, etc. » Knîght supprime les sept vers dans son édition.

[v. 196 — 8.] Va, je te conseille de te retirer en rentrant dans la foule ; ne te place pas devant moi , de peur qu'il ne t*arriye quelque mal : mais Tinsensé ne juge que levènement.

Ces vers se trouvent déjà au dix-septième chant , dans le combat de Ménélas avec Euphorbe (1). La scholie de l'édition de Venise (3) prétend qu'ils ont été tirés de cet endroit-là pour les placer ici, où ils sont moins convenables. Mais cette répétition ne me semble point un motif de supposer l'interpolation ; ils peuvent également bien se trouver aux deux endroits. Knight termine le discours d'Énée au vers 191 : « . . . que je ravageai, avec le secours de Mi- « nerve et du puissant Jupiter. »

J'ai déjà remarqué la précision de cette sentence : ^ex^tv ^c tc yibnoc iyttè , l'insensé ne juge que r^ànement (4).

[v. 2o3 — 4-] •••• c^ instruits par les anciens récits des hommes, nous savons quels furent nos parents.

Knight finit à ces mots le discours d'Enée : « Les vers 2oS-58, " dit-il , sont une imitation de Tentretieu de Glaucus et de Dio-

(i) Sch. Yen. u\ 178. — Heyne observe avec nison que cette scholie devrait se rapporter au v. 180 et non 178. — Il existe uoe aatre scholie an v . 1 80 , qui dit anasi que les sept vers doivent être retranchés , et à peu près par les mêmes raisons; mais on n'y trouve pas les justifications.

(a) Iliad. p', 3o-i, 2.

(3) Schol. Yen. u', igS.

(4) Yoyrz les nbss. sur le v. ia du XVIl'^ chant de Hliade.

• mède au sixième chant , et sont Touvrage peut-être de plusieurs

• rhapsodes, comme le démontrent suffisamment le fond des pensées « et les expressions. Le digamma négligé , des hiatus irrémédiables ,

• les fables relatives à Ganymède, les vaisseaux à cent rangs de « rames , décèlent avec évidence un interpolateur aussi maladroit « qu'ignorant (i). * Il est certain que toute la fin de ce discours porte un caractère marqué d'interpolation, et même nous verrons, dans les observations suivantes , que plusieurs passages en avaient déjà été censurés par les anciens critiques; ce qui justifie l'opinion de Knight, indépendamment des bonnes raisons qu'il en donne.

Ces sortes d'interpolations n'avaient point lieu de la même manière, ni par les mêmes motifs que celles qui ont été signalées plus haut, et qui consistaient en une conversation entre deux divinités, intercalée pour lier ensemble deux morceaux qui manquaient de connexion et de suite (i) ; mais c'est également dans l'origine et l'histoire des poésies homériques qu'il faut chercher la raison des unes et des autres. Ainsi , il est à présumer que lorsqu'on réunit pour la première fois Vlliade et VOdjrssée en deux grands corps d'ouvrages, ceux qui s'occupèrent de ce premier travail ne se montrèrent pas très-scrupuleux sur le choix des morceaux qu'ils recueillaient , et si dans le nombre des rhapsodies ils en trouvaient qui avaient quelque analogie avec le sujet principal , sans doute qu'ils ne faisaient pas de difficulté de les admettre , sans s'inquiéter si elles remontaientà uneaussi haute antiquité que le reste. C'est ainsi que des fragments de poèmes sur Hélène, sur la guerre de Thèbes , sur Hercule, et divers lambeaux de fables post-homériques (3) , comme celui-ci, où il est question de Ganymède, ont été ajoutés à de plus anciennes poésies lors de la première reeauion des poèmes d'Homère.

[v. ao5.] Quoique jamais tu ne vis les miens , ni moi les tiens.

Ce vers et les quatre suivants , c'est-à-dire les cinq premiers du

(i) Knight, Not. in Ilîad.u', aoS-SS.

(a) Yoyex les Obss. sor le v. 359 du XfX.* chant de l'Iliade. (3) Yoyes les Observations rar le vers x43 dn troistèine, a 85 du dixième, et ia5 dn vingtième chant de l'Iliade.

igo OBSl^RVATIONS

reCnnchemeiit de Knight, étaient supprimét par les andens critiques y paroe qae, dit le sclioliaste de Vettîse» il n'est pas oéoessaire qu'Éaée et' Achille se fassent oonnaître leur généalogie^ qu'ils n'ignorent pas (i). Heyne dit que cette observation s'appUque plutôt au poète qu'à l'interpolateur (2). Gela est vrai , nuis c'est qu'on suppose que le véritable poêle n'aurait pas commis cette erreur. Du reste f les anciens gnmmairiens n'étuent pas fort habiles pour découvrir la cause des interpolations. Tout ce qu'on peut oondnre de leurs critiques , c'est que parmi les éditions d'Homère cpilb consultaient, quelques-unes ne portaient pas les vers contestés. Heyne pense que les vers ci-après 347*^ - " Oui, sans doute, Énée > est cher aux dieux immortek; mais je pensais qu'il ae glori- « fiait en vain > peuvent se rapporter à ce passage-ci; mais je ne VQÏ9 pis qu'il y ait une analogie bien rigoureuse entre les deux endroits.

[v. a!23 — a4-] Borée en aima plusieurs (cavales) dans

leurs pâturages, et s*unit à elles sous la forme d'un

coursier à la crinière d azur.

Le vers aa3 est marqué d'un signe critique dans l'éditioa de Venise, parce que, selon le scholiaste, le mot véan , qui commenoe ce vers, n'est pas asses explicatif; il fallait y joindre Ttvwv on to4- TMv rvmvy il m mima f/meiquesHmst ; > car, ajoute la aohotie , il ne les m aima pas toutes » , ou ^cp ««eâv ^m6i) (3). Levers ift4 poite «isei un signe critique , à cause du verbe irapiX^Çors qui n'est pas îoi dans son acception propre. Ha^iifOfMu signifie coucher ««joiéf , et non ê'mmir à, ïmoç 'yap , dit le scholiarte, «è «oif wceifiSrai ëU* Uar éatvii (4). U ajoute que certains critiques écrivaient ainsi ce vers :

Wolf semble tenir pour suspect tout le pessage où il est question de Borée et des douze cavales, puisqu'il marque d'un trait (*-) le commencement et la fin de ce passage; ce qui comprend huit vers. Wotf n'a point expliqué sa pensée ; peut-être a-t-il voulu faire re-

(1) Sch. Yen. in ni«d. u', aoS.

(9) Heyn. Obu. in Hâsd. XX, v. fto5-A-f-$-9.

(3) Sch. Yen. in Iliad. u', aa3.

(4) Esd. Sch. u', aa4.

marquer que la métoaMrphoee de Borée en cheval n*ap|iarteiuiit point aux temps homériques. Je suis tout-à-fait de cet avis (i). Cependant il faut ohserver que les v. 126*9 ont été si^alés comme un modèle d*harmonie îmitative. Voici ce qu'en dit Rollîn : « avec quelle élégance décril-il ailleurs [Uomàre] la légèreté et la « vitesse des cavales d*Énée :

A.t ^ Srt {Asv oxipTÛtv iirt Cti^ttpov âpoupav, éx^Oi lir' d^ipixttv xapirov Osov , Mk xartxXttv * dXX* ht <^Q nxipr&iv tir* ràp£a vûta OoXàoonc * &(pov iiA piryjûvoc éXhç itoXioTo Oliorxcv.

« Virgile, lyoute Rollin, a bien su profiter de cet endroit en dé- « crivant la légèreté de Camille, et je ne sais si la copie est au- • dessous de l'original :

fila vel iatact» «egetîs per summa velaret Gramina, atec tencrat ounu iMÎsset aristai; Yd mare per médium, fluclu mtpeosa tmaenti, Femt iler, cèlerai nec tiogeret aequore plantas (a). *>

[y. 23 1 — ^35.] Tros eut trois fils -vaillants, Ilus, Assalaciis et le divin Ganjmède , qui fut le plus beau de tous les hommes : les dieux l'enleTèrent pour être Téchanson de Jupiter, et, à cause de sa beauté, le placèrent au rang des immortels.

Les anciens critiques , sans vouloir précisément retrancher ce passage, ohserraient que, dans les idées d'Homère, Ganymède ne devait point être considéré comme l'échanson de Jupiter, puisqu'au premier chant c'est Vulcain (3), et au quatrième Hébé (4), qui versent le vin aux dieux. Us observaient aussi que c'était Jupiter et non les dieux en général qui avaient enlevé Ganymède , comme

(x) Voy. relativement i ces métaSKirphoaas les Obaerv. sur im v, 14 et (Six du premier chant de l'Iliade.

(9) JEtu Yn, 808. Voy. le Traité des Émdcs, t. I » p. 433 , édit. de Letronne.

(3) Biad. ^, S98.

(4) Iliad. «r, a.

iga OBSERVATIONS

semble Tindiquer le vers a65 du cinquième chant de V Iliade (i). Ils remarquaient enfin que la phrase incidente qui commence le vers 235 , xoAXtoç itvtxfli oïoj à cause de sa beauté y pouvait se rapporter également à ce qui précède et à ce qui suit. De sorte qu'on peut ttaduire : « les dieux Tenlevèrent..... à cause de sa beauté»; ou bien : « à cause de sa beauté, ils le placèrent au rang des immor- • tels (a). * De ces diverses observations il ne faut conclure autre chose , sinon que tout ce passage était fort suspect , et que sans doute du temps des Alexandrins il ne se trouvait pas dans quelques-unes des éditions qui avaient été réunies par les soins de Ptolémée-Lagus (3).

A Toccasion de Ganymède, nommé ici et au chant cinquième de V Iliade y disons qu'il a été pour Knight un motif de supposer Tinterpolation dans les deux endroits. Selon lui, notre poète semble avoir ignoré, ou du mbins avoir passé sous un chaste silence, ces amours honteux auxquels par la suite léb^Orecs se Uvrèrent'avec fureur (4). Ces réflexions sont justes; toutefois il faut observer que dans les deux passages où le nom de Ganymède .*st rappelé, on n'y fait pas la moindre allusion aux mœurs que biame Knight; ce qui prouve que si la double interpolation a eu lieu, comme cela est probable , les vers ajoutés étaient eux-mêmes antérieurs à ces fables cyniques qui font de Ganymède le mignon de Jupiter. Ce qu'il y a de sûr, c'est que notre poète ne présente aucune trace de cet infâme vice^ comme je l'ai déjà remarqué (5). Voici , je pense, ce qui est arrivé : en décomposant le nom de Ganymède ^ on a trouvé -yavcc p.ii^ia4ai (fi), procurer de la joie; de là est venu son emploi d'écbanson , et plus tard celui de minbtre des plaisirs de Jupiter (7). Xénophon donne une acception morale au nom de Ganymède y qu'il dérive de ^ovutai ^li^cx, celui qui goûte Us sages eo«-

(i) Cf. l'Hymne à Vénus, v. 2o3.

(a) Sch. Ven. in Iliad. u', a34 et a35.

(3) Voyes les Obs». sur le ▼. 3; dn XVIII* chant de Flliade.

(4) Knight, Not. in Iliad. t', a65-73.

(5) Voy. les Observ. snr le v. 5g4 dn second chant de l'Iliade.

(6) Etymol. mag. voc. ravup.ii^vK*

(7) Snr les aventures d'nn héros nées de l'étymologie de son nom , voy. les Observ. snr le v. i dn premier, et 370 dn cinquième chant de l'Iliade.

snb (i). MarkIandI se moque avec quelque raison de cette étymologie» qu'il attribue au désir superstitieux de vouloir toujours découvrir un sens mystique dans les vers d'Homère (a). Quoi qu'il en soit y observons en passant que Xénopbon, pour appuyer son opinion, cite deux vers qu'il attribue à Homère, et qu'on cherche

vainement dans nos éditions.

[y. ^4^.] n nous est facile de nous accabler de tant d'injures y qu'un navire à cent rames n'en supporterait pas le poids.

Heyne observe que du temps d'Homère il n'y avait pas de vaisseaux à cent rames, et que le plus grand nombre était cinquante. Gela , dit-il , suffirait pour montrer l'interpolation (3). Les scholies de Venise n'en parlent pas, mais la critique n'en est pas moins fondée, n faut avouer aussi que cette image d*un navire qui ne pourrait pas porter les injures que s'adressent deux guerriers n'est pas du tout dans le goût d'Homère. Nous avons déjà vu que Knight la faisait entrer dans ses motifs de supposer l'interpolation (4).

[v. a5i — 5.] Quelle nécessité de nous attaquer Tun et l'autre par Tinsulte et la menace, comme des femmes qui, rangées de colère, vont se querellant entre elles au milieu d'un carrefour , et prodiguent le mensonge ou la vérité, selon que la passion les anime.

Ces cinq vers doivent être supprimés, dit lescholiaste de Venise, parce qu'ils sont inconvenants, et qu'ils ne font que répéter ce qui est exprimé plus haut : « mais allons , ne disputons pas davantage (v. a 44) *; parce que le récit, au lieu de suivre, recommence avec les mêmes idées ; parce qu'enfin ils sont indignes des personnages , et qu'ils peignent les mœurs des Barbares comme sont celles

(x) Sympos. 8, 3o.

(a) Ad Maxim. Tyr. distert. S?, 5» ; t. II, p. aoS, éd. Reisk. , Iip«.

(3) Heyne, Obaerv. in Iliad. XX, a 46.

(4) Voy. les Obeerv. sar le v. ae3 de ce chant.

dm Égyptiena (i). Ceci se rapporte sans doute» ainsi qne robserre Heyne» à un païaage d'Hérodote , qui dit que ches les Égyptiens les femmes font le commerce sur la place publique (s). Quoi qu'il en soit des raisons données par le scholiaste , il n*est pas douteux que ces vers doivent être retranchés; et, si Ton réunit ce que j*ai dit plus haut, on concevra facilement pourquoi Knight a supprimé toute la fin du discours d'Énée (3).

[▼. 267 — 8.] Le trait d'Énée ne peut rompre le bouclier; il est arrêté par une lame d'or, présent d*un dieu.

Knight termine Talinéa à ces mots (vers 168). Les scholies de Venise disent aussi que les quatre vers suivants , 269-73 , avaient été ajoutés par les diasquévastes ; car l'armure d'un dieu ne pouvait pas même être entamée (4). Si l'on voulait répondre à ces subtilités par des subtilités du même genre, on dirait qu'alors il était inutile de former ce bouclier avec cinq lames , comme il est dit au chant dix-huit dans un passage non contesté (5) , car une seule suffisait. Mais ces vers ne se trouvant pas dans certaines éditions, ainsi que nous l'apprend un autre scholiaste (6) , il a bien fallu en donner une raison tant bonne que mauvaise.

Héraclide, à Foccasion de ces cinq lames, qu'il explique par le mot urnes ou bandes appliquées sur la surface de boucliers, débite une foule de rêveries allégoriques auxquelles il n'est pas permb de s'arrêter (7). Sur toutes les puérilités qu'ont fait naître les poèmes

(i) Sch. Yen. u', s5i.

(a) Herod., LU, $35.

(3) Yoy. lei Obaerv. sur le ▼. 9o3 de ce cbsnt.

(4) Sch. Yen. in Ilîad. u', 269-73.

(5) Cf. nisd. o*, 481. IlfiVTt ^ âp' aÙTOÛ ha» voUto^ mv^i^.

(6) Scholia Tictoriana , 00 il est dit positivement iv ivtot( ^t où^t iffi' porro. Sar ces scholies tirises d'un manuscrit qui a appartena à Pierre Victor, voy. THomère de Heyne, p. ct et soiv. "Voy. anssî Sefaolia in Homeri Iliadem ex Recens. Immanaelia Bekkeri, Berollni. iSaS, p. 56o, col. a inît.

(7) Heracl. Homer. aUegor., c. 5o et 5i . Cest pent-être à cela que h\l Allusion le scfaolÎMte de Tenise dcja eité, quand il dit qoe les quatre vers

d'HoBière y en peut lire le sixième cbap. du livre XIV d* Aulu* Celle, qui w garda bien de faire usage de l'ouvrage où elles élaieot traitées.

[v. 307 — 8.] Et c'est Énée qui régnera sur les Troyens, lui et les enfants de ^es enfants jusqu'aux siècles les plus reculés.

Quelques critiques écrivaient au vers 3oy fséntaav» au lieu de TpMtovtv; c'est-à-dire, inee régnera sur tom les hommes, au lieu de régnera sur les Troyens (i) : il est probable que cette variante a été inventée après coup pour flatter l'orgueil des Romains, qui prétendaient descendre d'Enée. Aussi Virgile n'a-t-il pas hésité à suivre cette leçon, quand il fait prédire à l'oracle d'Apollon les destinées de SQD béros :

Hic domus J|)Dcae cwtctis domioabitur oris, Et nati natorum, et qui nasceutur ab illis (a).

Le vers d'Homère, laissé 4ans son intégrité, indique, je croîs, très-dairemeot qu'Énée, après la ruine de Troie, n'est poipt à\\é en Italie, niaîs qu'il régna sur les Troyens, et succéda à l'en^pire de Priam ; car Homère ne faisait qu'exprimer les traditions de S09 temps. Denys d'Ualicamasse, qui pense, au contraire, qu'Énée est réellement venu en Italie, et qui cependant ne change pas le vers, penae que ces mots Tpt&cootw dvo&t, il régnera sur les Troyeifs, doit •'entendre àa^ Troyess qui le suivirent en Italie (3). Cette explication est forcée , et je m'en rapporterais assez à Bocbart , qui dans une savante dissertation établit qu'Énée n'était jamais venu en Italie (4). Il existe un fragment de la petite /£aii, ppême attribué à Homère (5), d'après lequel Énée aurait été fait prisonnier par le

ont été ajoutés par qoslqn'qa àfi ceax <joi vODlaient/bi/v nn problème, irpoêXniiA iroitîv.

(i) Enst , p. laog, 1. i6 ; e. Sch. Yen. u', 307.

(a) JEn, m, 97.

(3) Dîony. Halicam., 1. 1, $ 54, t. I , p. 161 , éd. Reisk. Cf. 8u«b. , lib. I, p. 48, et Ub. XIII, p. 608.

(4) Lettre de M. Bochart k M. Segnit sur la qaestîon : Si Énée a Jamais été en Italie,

(5) Pseodherod. in vit4 Homer., § lô.

ig6 OBSERVATIONS

fils d'Achille (i). Quoi qu'il en soit, il est très-vraisemblable que du temps d'Homère les descendants d'Énée régnaient à Troie : il me parait difficile d'interpréter autrement les vers que prononce ici Neptune.

[y, 3io — la.] Délibère dans ta sagesse si tu dois sauver Énée, ou permettre que, malgré sa valeur, il soit vaincu par Achille.

Le vers 3 19 : « que, malgré sa valeur, il soit vaincu par Achille •, est renfermé entre deux parenthèses par Wolf , et ne se trouve point dans l'édition de Venise. Alors il faut donner au verbe idniç du vers précédent un sens absolu; dans ce cas, il signifie laisser^ tAtmdoimer, comme on en trouve des exemples dans Homère (a); de sorte que la phrase grecque , en admettant le retranchement , doit se traduire ainsi : « Délibère dans ta sagesse si tu veux sauver « Énée ou tahandonner. * Quelque grammairien , ne réfléchissant pas à cette dernière acception du verbe iflf», et croyant qu'il était pris ici dans le sens de permettre , a cru devoir ajouter un vers pour lui donner un régime et compléter la phrase. Le sens est préférable en supprimant ce vers.

[v. 3a 1 — 4*] Aussitôt il répand un nuage sur les yeux du fils de Pelée; il arrache du bouclier d*£née le frêne garni d*airain, et le dépose aux pieds d*Achille.

Ccst à ce passage que Virgile fait allusion, lorsque dans l'Enéide Neptune dit à Vénus :

Pelidtf tune ego forli

CoDgressam iEneam , nec dis, n«c viribas asquis, Nube cava rapui (3).

Il faut observer que Neptune ici n'enlève point Énée dans un nuage, mais qu'il répand un nuage sur les yeux d'Achille; ainsi

(i) Cf. Tiets. în Lycophrontis Alexand., v. 19 63. (a) Cf. II. ^, ia6;6',4i4.

(3) JEn. V, 808, éd. H«yn.

Virgile s'éloigne des traditions homériques dans ce passage, comme au douzième livre de l'Enéide (i), quand il suppose que c'est Vénus qui sauve Énée (a).

Selon le scholiaste de Venise, les vers 3 s a, 3 et 4 doivent être retranchés, parce que le poète dit ici que Neptune arrache du bouclier d'Énée la lance d'Achille, tandis que, quelques vers plus haut (3), il a dit que cette lance avait rasé l'épaule d'Énée, et s'était enfoncée dans la terre (4). Cette raison n'est pas sans fondement. Au reste , comme le remarque Heyne , ces vers portent la marque de l'interpolateur, qui aura trouvé que la phrase n'était point assez développée par le simple article tu du vers précédent, et qui aura cru devoir éclaircir la pensée en ajoutant le nom propre (5). Si l'on supprime ces trois vers , la suite du discours est préférable : «aussitôt il répand un nuage sur les yeux de ce héros , • et, enlevant Énée , il le porte au-dessus de la terre.» Le passage de Virgile, ci-dessus, peut, jusqu'à un certain point, autoriser cette leçon.

[y. 329.] Où les Caucones s'armaient pour la guerre.

Cest ici la seconde fois, dans Vllia<ie, où il est parlé des Caucones* Delon , au dixième chant , nomme ces peuples dans l'énumération des alliés troyens (6); mais on s'étonne qu'il n'en soit pas fait mention dans le second chant au catalogue des vaisseaux. Le scholiaste de Venise, qui relève ceUe objection, y répond en disant que c'était parce que les Caucones étaient arrivés plus tard , et aussi parce que ce peuple était compris dans celui des Lélèges (7). Mais les Lélèges ne sont pas non plus cités dans le catalogue (8) , et

(1) iSn. Xn, 5a.

(a) Voy. les Observ. tor le vers 3i5 da dnqniène ehant de l'Iliade.

(3) nUd. u', a79.

(4) Sch. Yen. u', 3aa et non 3a3.

(5) Heyn., Observ. inllîad. XX, 3aa.

(7) Sch. Yen. io Oiad. u', 3a9.

(8) Cf. le douKiéme livre deStrabon, p. 619-ao, oà cet aateor examine lioorqnoi lea Lélèges ne sont pas nommés dans le Catalogne.

igS OBSERVATIONS

d*ail)ettrt ces peuples n'étaient point Toisins. Les Léièges habitaient le midi d'tlion» et les Caueones venaient de la Paphlagonie» située sur les bords du pont Euxin (i). Quant à Fautre raison, elle n*a pas paru d'une grande force à Calisthènes , puisque^ après le ▼. 655 du second cbant de VlUade , il a cru, je ne sais sur quelle autorité , devoir ajouter ceux-ci :

Kaûxttvoç auT' jft IloXuxXtoc utoç d|W(u*v,

Cl mpi napOiviov KOTap.ov xXurà ^tt^ar* Ivatov (a).

« L'irréprochable fils de Polyclée commande aux Gaucones, qui ha- « bitent de belles demeures sur les bords du fleuve Parthénins. • Quoi qu'il en soit de l'authenticité de ces deux vers, observons ici que cet oubli des Lélèges et des Caneones dans le dénombrement des alliés Troyens ne prouve pas trop en faveur du grand emsemble de \' Iliade.

[v. 392.] Non loin du poissonneux Hyllus.

C'est la seule fois qu'Homère donne l'épithète de poissonneux à un fleuve; partout ailleurs il ne l'applique qu'à la mer, qu'il nomme même x^cu6a txOu^ivra , les sentiers poissoimeusc (3) ; comme il dit O^pà xtXtuOa, les sentiers humides (4).

Au contraire, Virgile donne souvent l'épithète de poissonneux k des fleuves, et jamais à la mer :

Piscosove amne Padusae

Dant sonitum rauci per stagna loquacia cycDi (5).

On trouve aussi au douzième de VÉnâde :

Piseosœ oui circiim flumiDa Lem» (6)

Ars fuerat.

(i) Brev. Schol. in Iliad. u', 329.

(a) Stnb.y lib. XII, p. 549, et leaScholfes victoriennes qui rapportent aussi ces deax vers avec quelques variantes. U. u', 3a 9..

(3) Ody. y, 177.

(4) Iliad. a', 3ia; Od. ^, 84a, etc.

(5) Mn, XI, 457.

(6) iEn. XII, 5i8.

[y. 4o3 — 5.] Gomme mugit un taureau traîné par une jeunesse nombreuse autour du dieu d'Hélice.

Mot à mot : « Ainsi mugit un taureau, traîné autour du roi Hé- • liconien. » Aristarque faisait dériver le mot Héliconien du mont BéUeom dans la Béotie (i). D'autres le font dériver de la ville dHélice, où Neptane était partiimlièrement honoré (a). Tai suivi cettt; dernière interprétation, comme étant la pins conforme à ce qui est dit au huitième chant, où Juaea, voulant intéresser Neptune au sort des Grecs , lui dit : « N*aurais-tu pas compassion des Grecs , « eux qui dans Aiguës et dans Hélice t'apportent de nombreux pré- « sents (3). * La seule difficulté contre cette interprétation serait que le mot HéliconUu parait plutôt venir d*Héiieon que d* Hélice , dont le dérivé est Hélicéeiu Mais Eustathe répond fort bien à c^tte objection , en observant que les Éoliens formaient leurs noms possessifs du génitif pluriel. Ainsi iTUfioc, vrai, gén. plur. iTÛ|A«v, donne iru- |M*vioc, tout ce qui appartàetU à la vérité; Avificç, gén. plur. M^êmê^, 'omt, donne âvtf&MYtoç, et par euphonie àvifiMXtoç , léger comme le vent; de même d'ËXtiMtv, gén. plur. d'ÊXuen, Hélice, ils ont fait ÊXixiivtoc, foui ce qui appartient à la viUe d'Hélice (4). Strabon dit aussi qu'il faut entendre dans ce passage la ville d^Hélice^ et non pas le mont Hélicon (5).

[v. 43 1 — 4*] ^'^^^ ^^ Pélée, .... ne pense pas par tes paroles m'ef frayer comme un faible enfant; .... mats je sais que tu es brave, et que je te suis bien inférieur.

Le ftoète met ici dans la boudie d'Hector les mêmes paroles qv'Énée adresse un peu plus haut à Achille (y. aoo-a ). Ces vers peuvent être considérés comme une espèce de formule convenue qu'un guerrier adressait k un héros d'une valeur reconnue, lorsqu'il était près de se mesurer avec lui. Cest ainsi qu'un prisonnier,

(i) Cf. Brev. Schol. in Uiad. t, 4stt*

(9) Cf. Brev. Scii. Iliad. u', 4o3; et Sch. Yen. u', 404 ; Eost., p. 1114, I. a6.

(3) lUsd. Vf SOI aeqq. Toutefois , disons que ce vers se trouve dan» un pasMge contesté ; voy. les Obaerv. sur le y. i85 dn bnitième chant.

(/«) Ensl., p. iax4, 1. 37 , et Sch. Yen. \à\ 4o4) B.

rS) Strab., lib. YIH, p. 384-

jioo OBSERVATIONS

loncpi'il implorait la pitié du vainqueur, ae servait toujcmrf des mêmes expressions (i).

Remarquez le vers 434 •

« Mais je sais que tu es brave , et que je te suis bien inférieur. • Combien il confirme ce que j*ai déjà dit sur cette candeur des béros d'Homère à déclarer naïvement leur infériorité (2).

mff^n^tMtmutm

[v. 439 — il.] MaisPallaa d'un souffle léger exhalé de son sein détourne le dard loin d* Achille.

La scbolie de l'édition de Venise qui se rapporte au vers 439» dit qu'il faut séparer par une virgule le mot icvotf du mot kjùyâSfiç, pour faire voir qu'il n'est pas ici question du soufQe d'Achille. Le Siens l'indique suffisamment; et disons avec Héracléon que cette observation est ridicule (3). Aucun éditeur d'Homère n'a cru nécessaire de faire une telle distinction ; car on ne peut certainement pas admettre que dans les idées de notre poète il suffisait qu'Achille soufflât Qpntre un javelot pour le détourner.

[v. 44^ — 7*] Trois fois il ne frappe qu^une épaisse nuée; et lorsqu'il s*élance pour la quatrième fois, semblable à une divinité.

Le vers 447 ' ■ et lorsqu'il s'élance pour la quatrième fois, sem- « blable à une divinité* n'eustait pas dans quelques manuscrits (4)» mais il se retrouve en deux autres passages de VlGade (5). Cest par ce double motif que Knight le supprime en cet endroit-ci (6).

(i) V07. les Observ. but le v. 878 du dixième chant de Tlliade. (a) Voy. les Observ. sur les vers as 5 du premier, 3 1 du quatrième, et a 1 7 du dix-neuvième chsnt de Tlliade.

(3) KaTa^îXaara Toûrra, â>{ tfrtmy ftpflutXtttv, Schol. victoriana in Ilîad. u', 439. Vid. Sch. in Hiad. ex recens. Bekkeri.

(4) Yoy. les ObierT. de Hejne sur ce vers, et Tédit. d'Alter, p. 535 var. lect.

(5) lUad. t', 437 ; et ic', 705.

(6) Knight, Not. in Iliad. u', 447.

SUR LE CHANT XX. aoi

Ernesd croyait aussi qu*il avait été transporté ici des autres passa^ de VlUade (i). Cependant , je pense qu'il doit subsister ici comme dans les deux autres endroits cités ; je le crois nécessaire à la liaison des idées ; et les mots àXX' 5-rt me semblent indispen* sables pour opérer la transition avec le vers suivant

[▼. 4S0 — I.] G est Apollon qui te sauve aujourd'hui, ce dieu que tu dois implorer quand tu affrontes le sifSement des javelots.

Le scholiaste de Venise nous apprend que le v. 4^ i ^ * ce di^u «que tu dois implorer, etc.» » ne se trouvait pas dans certains manuscrits (9). Knight le supprime par cette raison (3). Il faut observer que ce discours est absolument le même que celui de Diomède, au onzième cbant, quand il combat Hector (4). Knight a retranché tout le passage du onzième chant où se trouve le discours de Diomède. « Ce discours, dit-il, convient • parfaitement à Achille furieux contre le meurtrier de son ami , « mais non à Diomède , héros prudent , modeste , et très-peu sujet

■ à la colère. Il n'est pas croyable que le poète, observateur si exact

■ des caractères divers de ses personnages, de leur manière de voir « et.de sentir, ait attribué les mêmes paroles aux deux héros (5). * Ces réflexions sont justes, quoique cependant on pourrait disputer sur la prudence, la modestie et le sang-froid de Diomède; au reste, cette raison, jusqu'à Knight, n'avait pas été soupçonnée par ceux qui faisaient d'Achille le principal sujet du poème, et il faut convenir aussi que, si la suppression résout une difficulté, elle en soulève bien d'autres, et de plus graves (6).

[v. 47^0 A l'instant le cœur lui manque. Mot à mot : • le foie lui manque. > Eln grec , le mot foie a sou«

(i) Ernesti, Not. in h. ▼.

(a) Êv JXXotç 6 onxoc o^oç oO xtirai, Sch. Yen. inllîsd. u', 45i.

(3) Knight, Noi. in Ilîad. u', 45 1.

(4) lUad. V, 362*7.

(5) Knight, Not. in Ilud. V, 355-68.

(6) Voy. les Observ. tur le v. 498 de ce même chant.

aoa OBSERVATIONS

vent le même sens qve notre mot ccew; car , «inti que k dit Jalius PttHut, 1« foie est le sié^ du déûr, rè iiULf rétnç <«Aifu«c (i). Anacréon dit que Tamoar le frappe au milieu du foie, oomme mous dirions dans le cœur,

xat (U Tuitrtc

fiioov {icof (a).

Dans Esctiyle le mot {itap a la même acception :

irtUà fwh êtYfiCvti {iNcp (3).

« il est plusieurs choses qui touchent le foie, >

^ii^a ^t XuinK

où^iv tf * inoL^ frpoouivitTat (4).

■ la morsure de la douleur n'atteint pas leur foie; * dès lors on con- ^t ce qu'Eschyle entend quand il dit ailleurs qu'un aigle mangeait le foie de Prométhée (5).

[v. 48a — 3.] La moelle jaillit des os.

Littéralement : « la moelle jaillit des vertèbres. » Cest ce que siipifie proprement o^v^Xtwv; mais le mot ow/Oà^/v a|^partient à la science, et notre langue poétique ne saurait s'en accommoder (6). Julius PolluK fait un adjectif du mot o^«vJ^iXu»v ; alors il faudrait traduire : « la moelle vertébrale jaillit (7). *

[v. 498.] Ainsi les deux coursiers d* Achille foulent à leurs pieds les cadavres et les boucliers.

Cette peinture des chevaux d'Achille , hi comparaison qal précède, tout cela est plein de chaleur et de mouvement; c'est d'une

(i) Onomast. II, cap. iv, $ 317.

(a) Od.ni,a8.

(3) Agaïu., 44a» Stanl.

(4) Id , 800, id.

(5) Proneth.* lofti, seqq. id.

(6) Sur le sens de ce mot, vîd. Brev. Soh. in h. versom, Hesych. ad V. oçov^Xoi ; Easrathe dit que oc vertèbre est senbUble k U racine du sîlphioD, p. i669-6a.

(7) Onomast. Il, x3o.

SUR LE CHANT XX. ao3

adttinible poésie. Il est impossible de mieux exprimer rborreur et l'efliroi que répand de toutes parts la course rapide du héros. ' Toutefob, observons que les mêmes rers sont consacrés, au onzième ëhânt (v. 534-7)» ^ peindre là course des chevaux d'Hector; et ce passage n*est point supprimé par Knight. Aux raisons que ce critique a données plus haut pour retrancher le discours de Diomède (i), ne pourrait-on pas objecter que le poète, qui garde si bien les convenances des caractères, si exact dans la peinture de ses guerriers , n*aurait pas dû employer précisément les mêmes expressions pour exalter les exploits des deux rivaux , et si Diomède ne doit pas, selon Knight, prononcer le même discours qu'Achille , à plus fbrte raison , dins la pensée du poète, les chevaux d'Hector ne sauraient être égalés aux coursiers divins du fils de Pelée. Que de difficultés contre ce vaste ensemble de VlUmdep quand on l'examine de près !

Heyne, au sujet de ce passage, remarque avec quelque raison que jusqu'à présent Achille a combattu à pied, et que tout-à-coup il est parlé de son char et de ses chevaux (a). Knight, qui, contre sa coutume , ne supprime rien ici , répond qu'en effet dans les combats qui précèdent et qui suivent, Achille est à pied, mais qu'il monte sur son char, afin de poursuivre les Troyens dans leur fuite (3). C'est bien ce qu'il faut conclure, mais le poète ne le dit pas. La comparaison relative aux chevaux d'Achille est jetée incidemment et sans préparation.

Voici comment Virgile a imité ce passage :

Tslis equos akcer média in ter prsUa Turaus Fumantes sudore quatit, miaerabile caesis Hoslibus insultans ; spargit rapida ungula rares Sanguineos , mixtaque cnior calcatur arena (4)*

Macrobe met ces vers au nombre de ceux où Virgile égale l'éclat de son modèle (5). Ces vers sont admirables , mais toujours la différence des deux poésies s'y fait sentir. Il est inutile de revenir encore sur ce sujet traité déjà si souvent.

(i) Toy. les Observ. sur le v. 45o de ce cbant. (a) Obserr. in Uiad. XX, 4g5,

(3) Knight, Net. in Iliad. u', 495-5o3.

(4) JEn. XÏI, 337.

(5) Satorn., lib. y, la.

ao4 OBSERVATIONS

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