IO OBSERVATIONS
[t. i4o.] . . . se précipite, impatient d*iinmoler Astë* ropée.
Ce même Astéropée dit, quelques vers plus bas, qu'il est cbef des PéoDÏens (i) ; cependant au second chant le chef des Péoniens se nomme Pyrechme (a). Mais comme Pyrechme a été tué par Patrocle (3) , on suppose qu'Astéropée l'a remplacé dans le commandement. Voici , à cette occasion , Tobservation de madame Dacier :
* Cestoit un nouveau général que les Péoniens avoient envoyé après
> la mort de celui qui avoit été tué. Cela fonde les demandes « d'Achille, qui es'tu? dCoù «i-fti ? car Astéropée n'estant airivé que
> pendant le temps qu'Achille s'abstenoit de combattre, il ne pou-
• voit en être connu. Homère rend raison de tout, étabUt partout « la vraisemblance (4). »
n y a plusieurs remarques à faire sur cette note : i" On ne peut pas dire qu' Astéropée ait été envoyé par les Péoniens pour remplacer le général mort , car Pyrechme a été tué la veille par Patrocle. Quelque rapidité de communications que madame Dacier suppose avoir existé dans les temps anciens, il eût été difficile qu'en vingt-quatre heures on ait pu faire savoir au fond de la Thrace que Pyrechme avait péri , et qu'on eût envoyé un autre général pour le remplacer, qui aurait eu le temps d'arriver du jour au lendemain. D'ailleurs Astéropée dit lui-même qu'il est arrivé depuis onze jours (5), époque où Pyrechme vivait encore, s* Je ne crois pas qu'on doive dire que c'est parce qu' Astéropée est arrivé durant l'absence d'Achille que celui-ci fait ces questions : qui et'tu? eToit, es-tu? car il pouvait bien arriver qu'Achille ne l'eût pas encore aperçu. C'est ainsi qu'au sixième chant Diomède adresse à peu près les mêmes paroles à Glaucus (6) , sans qu'il y ait les motifs qu'allègue ici madame Dacier pour Astéropée. 3' Puisqu*Homère rend raison de tout, étahlit partout la vnùsemhtanee, il aurait dû prévenir qu' Astéropée avait remplacé Pyrechme dans
(a) niad. 6*, 848.
(3) Iliad. ir*, 987.
(4) Tmd. deriHade parmadame Dacier, L HI, p. 53a. — 170t.
(5) y. 1 55 et 1 56 de ce chant.
(6) Iliad. r, xa3.
SUR LE CHANT XXI. an
le cemModeHieiit dn PéoMcna ; oertainement, quoique ce passage ■'implique pas contradiction comme celm de Pylémène (i) , on ne pardonnerait pas aujourd'hui cette omission dans un poème bien lié; et un auteur, après avoir annoncé que le chef d*un corps a succombé dans la mêlée , ne serait pas admis à dire , sans intermédiaire, qu'un autre chef commande les mêmes troupes. Cette difficulté n'avait point échappé aux anciens, puisque Eustatlie nous avertit que, selon quelques critiques, le poète, au second chant, après avoir nommé Pyrechme (i), ajoutait un vers, où il était parlé aussi d'AsIéropée (3) ; mais pour madame Dacier c'est m parti pris de tout louer, et de tout soumettre à l'idée de perfection qu'elle s'est formée du plan de Y Iliade,
[v. i5i.] Os sont malheureux les pères dont les fils s*exposent à ma fureur.
Ce même vers est adressé à Glaucus, par Diomède, au sixième chant de VlUade (4). Knight le supprime en cet endroit, et le laisse subsister ici. Je crois qu'on doit l'admettre dans les deux passages. Il faut considérer ce vers comme une formule ordinaire qu'on répétait dans des circonstances analogues. Homère offre plusieurs exemples de ce genre. Plutarque, en rapportant ce vers, emploie l'expression de rà ToioûTa , de telles façons de parler» de telles sentences ; xÇ'^^i^H'^ ^^ *^ ^P^ ivoXipitouc xal irpoc ^x^^^ (&) » u/b/m sunt etiam adversus kostes, et adversus inimieos. A l'occasion de cette phrase de Plutarque, il faut observer que les Grecs et les Latins avalent deux mots pour exprimer les deux idées d'ennemi /mhlic et d'ennemi pasiieulier : en grec et en latin iroX^piteç et Kostis était celui contre lequel on se battait à la guerre, i$f^hç et inimiau^ celui pour lequel on avait de l'inimitié. Le fnmçais ne peut pas rendre cette nuance. Amyot a traduit : > Et sont ces • façons là de parler utiles quelquefois à l'encontre des ennemis
(i) Toyex les Ob«s. sur le vers 658 do treiaème chant de l'Iliade. (a) L.C.
(3) Enst., p. 1998,1. 37.
(4) lUad.C, 117-
(5) De snf laode, t. YIII, p. 154^ éd. Reisk.
aia OBSERVATIONS
« el des malveuillants (i). • Le mot mûAmilamt est faible dans cr cas-ci ; mais peut-être du temps d'Amyot avait*il nue acception plus forte i{ue de nos jours.
[t. i53.] Magnanime Achille . . . pourquoi demander mon origine?
Knight , qui retranche au chant sixième un vers qui se trouve dans ce chant-ci (a), supprime le vers i53 de ce chant , parce qu'il est à peu près le même que le vers i45 du sixième (3). Les deux vers doivent subsister aux deux endroits » et par les mêmes motifs que je viens d'indiquer (4).
[y. i58.] L'Axius qui répand ses eaux brillantes sur la terre.
Ce vers » tout-à-fait inutile , ne se trouve pas dans le manuscrit de Venise , ni dans celui de Vienne (5). Heyne fait observer qu'en le conservant , la répétition de l'article 8c trouble l'ordre que réclame la syntaxe (6). Ce vers aura probablement été fait d'après le 85o du second chant de VlUade^ à cause de l'analogie qui existe entre les deux passages. Wolf renferme celui-ci entre deux parenthèses , et Knight ne l'admet pas dans son texte , en disant simplement que cette suppression est justifiée par les meilleurs manuscrits (7).
[t. 167 — 8.] Le trait, avide de percer le corps du héros, pénètre profondément dans la terre.
La phrase grecque est très-énergique, en voici le mot à mot, * Le trait s'enfonce dans la terre, désireux de se rassasier de
(1) OEuv. Mer., tiad. par Amyot., t. II, p. 458. — 1784. (a) Voy. les Obsi. ci-deasns, v. i5x.
(3) Knight, Net. in lliad. 9', i53.
(4) Voy. les mêmes Observ.
(5) Cf. éd. Alter., p. 53?, var. lect.
(6) Heyn., Obierv. in lliad. XXI, i58.
(7) Kfligfat, Hot. in Hiad. ç', t58.
SUR LE CHANT XXI. ai3
• chair. » Je crois que cette image ne serait pas admissible dans notre langue ; mais la phrase , avide de percer le corps du héros , ne rend que bien imparfaitement XtXaio|Uvii x?^^C &aiy eupiens came satiare se, Virgile a dit :
Haita sab exertam donec perlata papillam Hfisit, Tirgiaenmquc alte bibit acta cruorem (i).
L'expression latine est presque aussi forte que celle cTHomère. Nous avons déjà remarqué qu'Aristote louait cette métaphore » et qu'elle était fréquente dans notre poète (a).
[y. ipS — 7.] Ni même la force du grand Océan aux profonds abîmes : c'est de lui pourtant que naissent tous les fleuves, toutes les mers, les fontaines et les sources abondantes.
Le vers 19$ porte {A^^a oâ^voç Axiavoto, ta grande force de l'Océan ^ pour le grand Océan, J'ai déjà remarqué cette tournure fréquente dans Homère (3).
La plupart des critiques appliquent à Homère lui-même ce qu'il dit ici de TOcéan; ils le considèrent comme la source où ceux qui sont venus après lui ont abondamment puisé. Denys d*Halicamasse s'exprime ainsi : «Homère est appelé » à juste ■ titre, le chef et le premier de tous, car c'est de lid que naissent
• tous les fleuves , toutes les mers^ toutes les fontaines (4)** Eustathe dit dans ses réflexions préliminaires : • Comme de l'Océan sortaient « tous les fleuves, toutes les fontaines, toutes les sources; ainsi
• d'Homère découlent pour les sages , si non toutes, du moins une « grande abondance de bonnes doctrines (5). » Quintilien se sert de la même image : > Hic enim , qnemadmodum ex Oceano dicit « ipse (Homerus) amnium vim fontiumque cursus initium capere,
(i) Mb. XI, 8o3.
(a) Toyes les Observ. sur le ▼. 196 du quatrième chant de Tlliade.
(3) Voy. les Ohaerv. sor le v. io5 du troisième chant de Tlliade.
(4) De Syntax. Yerb., § 24, p. 370, éd. Schsfer.
ai4 OBSERVATIONS
• oamibus doquatti» partibas exempium et ortnin dedtt (i). » Oiridea dilavflsi:
Adjice Meonidcn : à quo, ceu fonte perenni, Yatum Pieriis ora rigantur aquîs {%).
Malgré ces autorités, Zénodote supprimait le yers igS, et voulait qu'on fit rapporter ces mots : c'est de lui pourtant que naissent tous Us fleuves^ toutes Us mers» etc. , à rAchéloâBy dont ii est parlé au vers précédent, 194 (3). Quoique l'Acliéloûs ait jom d'une grande célébrité dans l'antiquité, et que mtae son nom ait servi pour désigner Veau en général (4)» je crois que cette tradition est postérieure à Homère , et que Zénodote , en retranchant le vers relatif à l'Océan , a plutôt consulté les idées de son siècle , que celles des temps homériques. La scholie de Venise, qui fait connaître l'opinion du critique d'Éphèse, n'en donne aucun motif; eUe n'a pas été adoptée par les éditeurs modernes.
[v. ao3 — 4-] I^^ anguilles et les poissons s'attachent à son cadavre et dévorent à Tenvi la chair de ses flancs.
Il y a effectivement dans le grec , Us anguiiUs et Us poissons , irpùuU Tt xat {x^K ; quelques critiques pensent qu'Homère avait ùÀt cette distinction , parce que les anguilles sont d'une nature différente que les autres poissons , et ne s'engendrent point par l'accouplement (5). Une scholie de l'édition de Venise dit , avec plus de raison, que par cette tournure on doit entendre simplement Us anguiUes et Us autres poissons , comme lorsque Homère dit , TpMcç Tt K9Ù ËxTopa , Hector et Us Troyens (6). Athénée fait observer
(i) Inst. Ont. X, c. z, p. 6a8, éd. Caper. (a) Amor. III, 9, a 5.
(3) Sch. VeD. 9', Z95.
(4) Tii^e a dit : Pocula Acheloia poar aqua^ Georg. I, 9, et not. Heyn. in h. v. Eutathe dit antsi : irôv û^ttf ^ oùroO ÂxiXmov xtxXuA^ai (p. ia3i, 1. I x) : c'est eU lui que Veau en général est nommée Achéhûs, ConsolteE sar ce sujet ce que dît Macrobe, Satar., 1. Y, c. 18.
(5) Euftt., p. laSi» 1. 3o seqq., et Athen. Dcipn., I. YII, c. i3, p. 298^ C. D.
(6) Cf. Sch. Yen. ^', ao3.
SUR LE CHANT XXI. ai5
aussi (i) qa'Homère ne décline pas le mot grec l^x^^C [anguille] , comme les Attiques, qui disent f-fxiXic-ittc» sur iroXi^ [ville], au nominatif pluriel <*)fx^^» tandis qu'il le décline comme 2x^ [poisson], f)pxiXiK-ocy au nominatif pluriel l^x^'c (a)-
[y. aiar— 3.] Si le fleuve indigné, et sous la figure d'un mortel, n*eût fait entendre cette voix du sein de ses profonds abîmes.
U y a une telle répétition d'idées dans le texte, qu'il m'eût été impossible de la faire sentir en traduisant. Voici le mot à mot de ces deux vers : « Si dans son indignation le fleuve aux profonds • gouffres n'eût dit, semblable à un homme, et, du sein d'un « goofire profond, ne se fût écrié.» Il est clair que le second vers n'est qu'une superfétation inutile, qui rend la phrase inintelligible; la répétition n'est pas seulement dans la pensée, mais même dans les mots; et Heyne a remarqué avec raison, Sedb^iviK, au vers sia, et 6«6iiiç ^Cvdc au suivant (3). Comme il est ici question d'un discours prononcé par un fleuve , après ces mots : tI{AVi.....irpoatçn noTap.oc 6a6u^îvi}c , si lefUuvt aux larges gouffres n'eût dit, quelque scholiaste, pour expliquer la pensée du poète, aura mis en marge, àv^pt itaapLtvoç, semblable à un homme; puis un autre reviseur de texte, qui aura cru que c'était un commencement de vers , parce que en effet on le trouve ailleurs (4) , aura voulu le terminer à sa manière. Knight ne l'a pas admis , et avec grande raison.
[v. 221.] J en suis saisi d'horreur.
Tous les interprètes expliquent le mot clpi par #api6oc , xarairli£i«, créante , stupeur (5). Cependant le scholiaste de Sophocle veut qu'on y attache l'idée d'une sainte horreur, d'une crainte ne-
(i) Athen. Deip., 1. c.
(a) Yoy. aiusi le v. 353 de ce cluint.
(3) Heyn., Obas. inUiad. XU, ii3.
(4) Cf. Iliad. ir', 716; p', 73.
(5) Cf. Lez. Apollon, et Hesych. ad v. «^.
ai6 OBSERVATIONS
ligieiue^ sh Upov oiSoc (i). Je ne crois pas qu'ici le mot êr^ ait cette acception; il est vrai que la même expression se trouve dans quelques passages de VOdystée qui pourraient justifier Topinion du schoUaste (a) ; mais , là encore Tinterprétation me parait forcée.
[▼. aa8 — 9.] Alors le fleuve s adressant à ÂpoUon : O fils de Jupiter, dit-il , etc.
Heyne pense que ce discours n*est pas convenable ici , et qu'où peut aisément le soupçonner d'interpolation. Il fait observer qu'on ne voit pas trop à quoi se rapportent ces mots : « Tu suis mal les * ordres de ton père, qui te recommanda de veiller sur les « Troyens (v. 119-31)» • car il n'est dit nulle part que Jupiter fit une semblable recommandation à Apollon. Le même critique fait remarquer aussi, avec grande raison, que le vers i3a , qui suit le discours du Xanthe : à, xoù ÂxiXXivç. ... • Il dit , et Achille, etc. , > ne se lie point à ce qui précède ; car ce n'est pas Achille, mais le fleuve Xanthe qui vient de parler (3). Pour sauver cette difficulté , j'ai traduit : ■ Il dit : cependant Achille , etc. > Le sens n'est point arrêté dans le texte après, il dit, et l'adverbe cependant ne s'y trouve pas. Knight admet aussi l'interpolation; il le prouve par la faute de quantité au mot ttpuoao (v. i3o) , dont la seconde doit être longue, et que l'interpolateur a fait brève ; et en outre , par le mot ^eUXoç, véritable adjectif, comme au vers 606 du dix-septième chant de V Odyssée (4), que l'interpolateur a fait substantif (5). De sorte que Knight lie le v. 127 au v. i34> et écrit ainsi: hi EiiTÙv Tp«»Eootv iirtaouTO,,^aîpLCvt lacç (227), xpi(:{Av6G àiratÇac' 6 ^'MaouTO Gt^pLariOuttv (a34). • En parlant ainsi, il [Achille] se précipitait sur les Troyens, en "• s'élançant du rivage ; et furieux , il se précipitait dans les flots. » Je fais sentir dans la traduction la répétition du verbe îirtoouro , qui se trouve dans deux vers de suite ; et je ne doute pas que le motif
(i) Sch. inOEdip. Reg., v. 656.
(a) Cf. Odyu. y, aa? ; C> «68 et ic', a 43.
(3) Heyo.^Obss. in Utad. XXI, aaS.-
(4) fi^u ^àp xat JirnXuâi ^iiiXov i^p.
(5) Knight, Not. in Iliad. (p', aa8-33.
de t'interpolatioD n*ait été d'éviter le retour trop raf^xroché du même mot; observez aussi que, dans la leçon de Kuight, le second participe àirat^oc laisse la phrase suspendue, et semble réclamer un verbe pour compléter le sens.
Enfin, on a remarqué aussi (i) qu^Eustathe, après avoir rapporté les paroles d'indignation que le Xanthe adresse à Achille (v. ai 4-9 1), dit que ce discours ne produisit aucune impression sur le héros, et que le poète ajoute là qa'Jchiiie s'élance dans les Jlou (a) ; ce qui pourrait faire supposer qu*Eustathe ne connaissait ni la réponse d*Achille au Xanthe, ni le discours de celui-ci à Apollon; mais comme £ustathe,un peu plus loin, parle de ce discours (3), il est clair qu'ici il a négligé les intermédiaires, parce qu'il ne veut porter la pensée que sur l'impétueuse inflexibilité du héros.
[y. a4o — a.] Les vagues bruîssent autour d*Âchîlle , et le flot grondait en frappant sur son bouclier. Les pieds du héros ne peuvent le soutenir.
Denys d'Halicamasse s'exprime ainsi à l'occasion de ces vers : ■ S'agit-il d'un héros couvert de ses armes , luttant contre l'im-
• pétuosité d'un fleuve, résistant et cédant tour-à-tour, alors le « poète emploiera des syllabes heurtées, des suspensions de
• temps, et des lettres dures, qui sont comme des points d'ap-
« pui (4)- »
Je doute bien que nos oreilles soient assez exercées à la prononciation de la langue grecque, pour apprécier avec justesse toutes ces nuances de l'harmonie imitative. Je doute beaucoup aussi qu'Homère ait eu toutes les intentions qu'on lui prête : il exprimait ses images avec des mots sonores, avec toutes les ressources d'une langue riche, souple, harmonieuse; et, dans la suite, les rhéteurs se sont eflbrcés d'expliquer les motifs du plaisir que faisait naître cette poésie si naturelle , si sublime , mais si éloignée de tout calcul.
(l) Heyn., 1. c.
(a) Eust., p. ia3a, 1. 16-18.
(3) Qa»d., p. ita34 extr. et ia35.
(4) De Compos. Vnb., c. 16, p. ao8 éd. Schcfer.
ai8 OBSERVATIONS
[v. sSa — 3.] Aussi prompt que Taigle noir, cet oiseau chasseur, et de tous le plus fort et le plus yite.
Je crois que par aigle noir il &ut entendre l'aigle pérémptèrt ,^ dont parle le poète au vingt-quatrième chant » lorsqu'il est question de Taigle envoyé par Jupiter à Priam , comme un augure favorable (i) ; ainsi que dans ce passage , Homère le caractérise d'oiseau chasseur et le plus rapide de tous, nXitoTwrMv mrtfiivtiv.... •npuftvpa (a). Buffon le place parmi les vautours (3).
[y. 275.] Mais parmi les immortels nulle divinité
n*est aussi coupable , etc.
Heyne soupçonne que les quatre vers ajS-S ont été interpolés, et il fait observer que iXkkf au vers 176, est mis pour » fun (4)- Knight suppose aussi qu'il y a eu interpolation , et retranche les quatre vers , sans en donner aucun motif (5). Peut-être faut-il remarquer ici que cette expression, Xai^foîc dXùoOai ÂicoUImvoc StXiiootv, mourir par les flèches rapides d'JpolUn, a beaucoup de rapport avec celle-ci , qu'on trouve souvent dans Homère, ÀiroX- Xc»v à^Avoï; CiXfitocrt xartfm^tv (6), ApoUon le tua de ses douces flèches. Or, cette phrase doit s'entendre d'une mort naturelle et sans douleur (7) , mais non d'une mort reçue en combattant, ce qui impliquerait contradiction avec les vers suivants et les traditions reçues dans V Iliade sur la mort d'Achille , surtout avec le passage du neuvième chant , où ce même Achille explique très-nettement ses futures destinées : « La déesse ma mère , dit-il , Thétis aux
• pieds d'argent , m'a dit que deux destinées différentes pouvaient « me conduire au terme de la vie : si je persiste à combattre dans « les plaines d'Ilion , il n'est plus pour moi de retour, mais j'ac-
• quiers une gloire immortelle; au contraire , si je retourne dans > mes foyers, au sein de ma douce patrie, ma renommée périra,
(i) Yoy. les Obaerv. sur le v. 3i6 da vingt-quatrième chant deTOiade. (a) Iliad. tù\ 3i5.6.
(3) Hîst. des Ois., t. I, p. 909 éd. in-ia, impr. royale.
(4) Heyn., Obu. in Uiad. XXI, 376.
(5) Knight, Not. inHiad. f', 375-8.
(6; Cf. Iliad. «»', 769; Odyss. ^ , 380; X', 173.
(7) Yoy. les Obss. sur le v. 5i du cinquième chant de Tlliade.
SUR LE CHANT XXI. aig
« mais une longue vie m*est promise: la mort ne m'enlèvera pas • rapidement (i). • Selon les idées du poète, oe serait dans ce dernier cas seulement qu'on devrait employer l'expression Xai- Impotc £kMsttai ktciXkm^oç 6«>ic<iaiy ; car c'est ainsi que parle Homère , quand il dit qu'on meurt de vieillesse. Entre autres passages , V Odyssée en fournit un qui me semble décisif: « Dans l'Ile de Syrie « il est une ville, dit Eumée, où, quamd Ut cUojrens sont devenus « viefts, ApoUon arrive accompagné de Diane ^ et Us fait périr de ses m douces flèches (a). » Mais peut-être donné-je ici une valeur trop absolue à ces mots 6cXttootv XA»|nf)poîc; il est juste de dire aussi que l'épithète consacrée était d^fliv^, et non Xbui^^oç. Au reste, c'est le seul endroit d'Homère où cet adjeotif soit appliqué à des flècbes.
[▼• a8o.] Du moins un brave m'aurait immolé, et il
aurait enlevé les dépouilles d'un brave.
J*ai suivi pour ce vers la leçon de Heyne, de Wolf et de Boissonade,qni, d'après le manuscrit de Venise, l'ont écrit autrement que les anciens éditeurs. Cette leçon consiste à remplacer dipiftbc par ér(Mv, et réciproquement : dans les deux cas , le sens est à peu près le même. Au reste, le noble sentiment exprimé dans ce vers est tout-à-fait dans le caractère d'Achille. Hérodote semble avoir voulu commenter cette pensée , si énergîquemeut exprimée par Homère, dans un discours que l'historien prête à l'écuyer d'Onésilus : « Je pense, dit-il à son maître , qu'il est convenable qu'un roi et un « général attaqueut un roi et un général ; si vous tuez le chef de
• l'armée , grande vous eu sera la gloire ; au contraire , si c'est
• loi , ce qu'à Dieu ne plaise, mourir avec honneur n'est qu'un > demi-mal (S). > Ovide est revenu deux fois sur cette idée, qu'une mort glorieuse était une consolation :
Magna feres tacitas solatia mortis ad umbras , A tauto cecidisse viro (4).
(i) Uiad. t', 4<o-6.
(9) AXX' ^Tt •ppacoxttfft icoXiv «arà 9ÛX* àvOpctfrwv,
iXAm dp^pOTO^oc À'no».Mv, ÀpTtp.1^1 (îiv
otç àf^voîç piXitoviv iiroixop.ivo< MiTtfiri^iv. (Od. 0^408-10.)
(3) Herod., 1. V, $ m.
(4) Metam., V, 191.