MO OBSERVATIONS
Et ailleurs:
Quîaquis et, o javenis, solatia mortit balieto, Dizît, ab Hamonio quod si jogulatoi Achille (i).
Dans Virgile, Énée, pour consoler Lausus près d'expirer, lui dit:
Hoc tamen , iafeliz , miaeram solabere mortein ; JBoem magni dextra cadis (a).
[¥. a86 — 7«] Dans leurs mains ils prennent les mains
d*Âchille, et le rassurent par leurs discours : Fils de
Pelée , lui dit d*abord Neptune...
Knight regarde le vers 187 , « le puissant Neptune parle le pre- « mier eu ces mots , » comme une oiseuse répétition (3) : ainsi , d'après lui, il faudrait traduire : « Dans leurs mains ils prennent • les mains d'Achille, et le rassurent par ces paroles: Fils de Pelée, « ne tremble point, etc. > Le sens est très4>on de cette manière , mab aucune critique ancienne, aucun manuscrit, aucune raison philologique n'autorise ce retranchement. li n'en est pas ainsi du vers 390 , ci-après, où Neptune parle de lui et de Minerve, i'^ià kmX noiXXàc Â^yiri. Le schoUaste de Venise dit qu'il faut le supprimer, parce qu'il n'est pas probable que Neptune, sous la figure d'un mortel , parle de lui-même comme étant un dieu (4). Cette observation , qui parait suffisante à Knight (5) , me semble peu fondée , car il est possible que Neptune ait été reconnu par Achille; c'est ainsi que Minerve , au premier chant, ne se fait connaître qu'à ce héros, et reste invisible à tous les autres; d'ailleurs, faisons observer, contre l'opinion du scholiaste, que, dès le vers précédent, Neptune parle très-clairement de sa divinité, puisqu'il dit: m Car, tels que nous voilà, c'est nous deux, parmi les divinités, «qui te sommes secourables. » S'il y a ici interpolation, cer-
(i) MeUm. XII, 80. Je ne vois pas trop d*oà peut venir cette épithète d*Hémonienj qa*Ovide donne ici à Achille, (a) JEn. X, 829.
(3) Knight, Not. lliad. f ', 387.
(4) Sch. Yen., Ilitd. 9', sgo.
(5) Knight, Not. in liiad. 9', 990.
SUR LE CHANT XXI. aai
tâînement c*est parce que quelque gnunmairieD interprète aura cm nécessaire d'expliquer le duel employé au vers aSg» tomi.... ^î.... lirtra^^^Ott, et qu'il aura ajouté en marge, (rfià xal IlflOXèc kl^nfn, ce qui, sans doute, aura été considéré pour la fin d'un vers , par un autre interprète qui aura complété le vers en ajoutant la phrase incidente , Zuvèc ivavrhmmç, Jupker F approuvant.
Pour achever ce qui est relatif à ce passage, disons que Knight termine au vers aga le discours de Neptune, lequel, dans nos éditions, va jusqu'au vers 397. H trouve que ces cinq derniers vers ne sont pas bien liés avec ce qui précède , et que le poète n'est pas dans l'usage de détailler si minutieusement les choses qui doivent arriver (i). Ces raisons me paraissent vagues, et sont un peu subtiles. Quoi qu'il en soit, voici la traduction totale , en suivant l'édition de Knight avec tons ses retranchements.
• Il dit [Achille]: aussitôt Neptune et Minerve s'approchant, se « tiennent auprès de lui, semblables à des mortels; dans leurs « mains ils prennent les mains du héros , et le rassurent par ces ■ paroles : Fils de Pelée , ne tremble point , ne sois point Irou- «blé; car, tels que nous voilà, c'est nous deux, parmi les di- « vinités , qui te sommes secourables. Ton destin n'est pas d'être • vaincu par ce fleuve ; bientôt il s'apaisera, toi-même en seras « témoin. • Il faut convenir que la narration de cette manière est plus nette et plus facile.
[v. 32a — 3.] Et il n'aura pas besoin de tombeau, quand les Grecs célébreront ses funérailles.
JTai suivi, à l'exemple de M. Boissonade, la leçon des anciens éditeurs, et j'écris où^tf tî (aiv xpt«* 'çai TV|A€oxoiic, et non tu(a6ox^* pour TV(A6cxon<rai, avec Heyne et Wolf, conformément à l'édition de Venise. Quoique cette dernière ait pour elle de grandes autorités, même celle d'Aristarque (a), je crois qu'il ne faut pas ici substituer le verbe au substantif; car ainsi que le fait observer très-bien Knight, si on adopte l'infinitif tv|â6oxoîio«t, il ne peut régir le pronom |&cv à l'accusatif (3) , étant un veiiie de même
(1) Knight, Net. in Iliad. ^, «9^1-7.
(1) Sch. Yen. in Iliad. f ', 3a3.
(3) Yoîci ce que dit Knight : « non enim melioris note , ant magis
aaa OBSERVATIONS
nature que oIv«x&i« qui régît ke datif (i). La mène De peut avoir lieu relativement à xp«<* '*?*W qu'Homère construit toujours avec Taccusatif pour la personne qui a besoin , en sous* entendant katà, et le génitif pour la chose dont on a besoin (a). An reste, Heyne n'est pas éloigné de croire que les vers 3 as et 333 sont une interpolation : c'est la grande raison , et qui trancbe toute difficulté (3).
[▼. 33 1 — a.] Lère-toî, mon fils; car nous savons que cest contre toi que combat le Xanthe impétueux.
Voici le mot à mot du commencement de cette citation: « Lève-toi , boiteux» mon fils. > Selon le scholiaste de Venise (4)» et selon Eustathe (5) , le vers 33 1 doit être retranehé {HknvTai) , à cause de la dénomination de hoitetix que Junon donne à son fils Vulcain. Heyne fait observer avec raison que, dans cette occasion, le verbe àOcrtîv, employé par Eustathe et par le scholiaste, ne peut signifier retrancher, mais seulement désappronver, puisque ce vers est essentiellement lié au reste de la phrase (6). Plutarque porte un jugement tout opposé à celui d'Eustathe, et dit qu'Homère, en se servant de cette expression, a voulu se moquer de ceux qui rougissent d'être boiteux ou aveugles, parce qu'il ne considérait de blâmable que ce qui est honteux, et ne regardait pas comme honteux ce qui ne dépendait point de nous, mais de la fortune (7). Ainsi voilà Homère dans toute la pureté de la doctrine stoîque, au moyen d'une seule épithète. Madame Dacier ne manque pas d'entrer entièrement dans le sentiment de Plutarque (8); à cela l'abbé Terrasson répond : « Bien qu'on
M homericom nitht videtor tufAJSoxoîiffai (iiv qoam fbret of^oxoiionaC piw. » Net. in Iliad. ç^, 39a-3.
(f ) Poar les exemples, cf. Iliad. u', a34; Od. a', 14 3.
(a) Cf. Brev. Sch. in Hiiid. c', 7S.
(3) Heyn. Obes. in lUsd. XXI, 3aa.
(4) Seh. ▼A.f',33i.
(5) Eiist.9 p. ia38, 1. 4s.
(6) Heyn., Obss. in Ih'ad. XXI, 33i.
(7) De Poet. aod., t. TI, p. ia6, éd. Beisk.
(8) Trad. de auidsaie Dader, t. m, p. 534<— 1711.
SUR LE CHANT XXI. aa3
« n'ait pas lieu de rougir des défauts corporels , et qu'il faille les
• supporter de bonne grâce , cependant, comme par eux-mêmes « ils sont affligeants , la politesse fondée sur l'humanité veut qu'on « n'en rappelle point inutilement l'idée à ceux qui les ont Le beau
• son du mot grec xuXXoivo^iuv permettait peut-être à Homère de
■ l'employer en parlant lui-même, comme il l'a fait au ch. XVin, m y, 371 ; mais ce n'était pas une raison de le faire dire par un de
■ ses personnages à un autre (i). > Repoussons la subtile apologie de Plutarque, et encore plus la critique précieuse de Terrasson. L'adjectif xuXXmpo^îmv ne renferme ni une injure , ni une idée morale; c'était tout simplement une épithète donnée à Vulcain, et qui dans ce passage, comme en deux autres endroits de VlUadeÇ^), devient un véritable nom propre, selon la coutume de notre poète (3). Telle est aussi l'épithète d'âfAçtiuiitt^ , véritable nom propre et avec la même signification (4).
[y. 343 — 4-] La flamme brille dans la plaine, et dévore les cadaTres, qui, entassés en foule, tombèrent sous les coups d*Acliille.
Le vers 344 ^^^^^'^ toutes les éditions est écrit ainsi :
..... ot pa XAT* aùrèv oXtç faav, oÔç xtocv* kxùXt(tç,
Mais flcurèv ici est un véritable solécisme , puisqu'il se rapporte à <v «^a ; car irt^îo» est l'ablatif d'un nom neutre , et acMt un accusatif masculin. Bentley voulait qu'on écrivit oùrô malgré l'hiatus (5). Wolf , peut-être avec trop de hardiesse , substitue l'adverbe de lieu aûOoTt à l'article oùtov :
01 pa xar* aMdl* ôDiiç, x. t. X.
Mais la préposition xarà peut -elle se joindra à un adverbe? Je crois que Knight a raison de penser que ce vers a été transporté ici d'un autre passage de ce même chant (v. 336) (6), où le pronom
(1) DiMcrt. sur riliad«, VT part^ ch. 4. (9) Siad. o*, 371 ; u', 370.
(3) Voy. les Obsf. sur le v. 440 da hnitièiiie çhsnt de IHiade.
(4) Cf* Biad. a' , 607 , oè 9 à l'exemple de Woif, j'écris « bob par aiM lettre majosenle.
(5) Heyii.,Ob8S. inOiad. XXI, 344*
(6) Knight, Net. in Ilîad. ç', 344.
aa4 OBSERVATIONS
oÙTOv est très-bien placé, puisqu'il se rapporte à «oroificc. Dans mon texte j*ai suivi la leçon de Wolf, que n'a pas adoptée M. Boissonade.
[¥. 36a — ^4*] Ainsi bouillonne dans Tintérieur d*uu vase qu*entourent de nombreuses flammes la graisse limpide dun sanglier succulent; elle frémit de toutes parts , lorsqu'en dessous on place du bois desséché.
Quoique j*aîe souvent observé que les héros ne mangeaient jamais de viandes bouillies (i), voici une comparaison qui prouve que l'usage n'en était pas inconnu alon. Le scholîaste de Venise (s) et Athénée l'ont remarqué (3), mais ils ne donnent aucune raison de cette singularité, et je ne crois pas qu'il y ait rien de plausible à dire, si ce n'est que le passage est interpolé (4). Virgile a pris plusieurs traits de cette comparaison :
Magno veluti cum flamma sonore
Virgea suggeritur costis undantis aheni, Exsultantqiie KStu latices; furit intus aqutt tîs, {•'umidiis atque alte spumb exuberat amnis; Nec jam se capit unda , volât vapor ater ad auras (5).
Indépendamment du caractère particulier à chaque poésie, il faut observer ici une autre différence , c'est qu'Homère compare simplement un phénomène naturel, quoique très -extraordinaire, à une action prise dans l'usage ordinaire de la vie ; tandis que Virgile compare un mouvement de l'ame à cette même action. Il veut donner l'idée de l'ardeur impétueuse d'un guerrier; alors les mots de la comparaison doivent être employés pour faire sentir l'analogie. De là ces expressions : exuUant latices, fiuit aquœ vis, exuherat
(i) Voy. les Obas. rar le v. 460 du premier et 343 dn chant de Tlliade.
(a) ScboL Yen. f', 36s.
(3) Athen. Dôp. ^tt., lib. f, c. 19, p. a5, D.
(4) Yoy. 1 ce siqet les Obas. sur réqotiation dn temps d'Hom., v. 679 da qmDsième ehant de l*lliade.
(5) ma, YII, 462*6.
SUR LE CHANT XXI. aa5
ëmmSf non se eapU unda^ etc.» qui toutes se rapportent à FezaltatioD , à la fureur de Tumus.
[v. 366.] Le fleuve ne veut plus couler.
Les grammairiens observent que quelquefois on employait le verbe tÙM, Je veux, pour ^«(lai, Je peux (i). Aristophane a dit aussi où» iOiXmi pour exprimer elle ne pourra pas (a). Cependant , comme le fleuve est ici personnifié , que le Xanthe est une véritable divinité , il est vraisemblable que , dans les idées homériques, cette interruption de son cours peut être , en quelque chose au moins , Teffet de sa volonté.
[v. 385.] Cependant parmi les autres diyinités se précipite la discorde cruelle.
Knight supprime tout Tépisode relatif au combat des dieux. Il pense que cette mythologie est postérieure à Homère, qu'elle appartient à quelque poème sur les guerres des Titans, et qu'elle est tout-à-fait étrangère aux exploits d'Achille, qui forment ici le sujet principal. Le même critique fait observer que ce passage renferme plusieurs mots qui ne sont pas homériques; telle est l'expression du vers 38S, fpic piSpAiTa, qui signifie proprement une discorde pesante, et qui ne se trouve que cette seule fois dans Homère. Il ajoute que le poète ne connaissait point la fable relative à Neptune et à Apollon condamnés à travailler pour Laomédon (3). Enfin il fait observer que la narration serait mieux liée en supprimant les 187 vers (4). Voici, dans ce cas, quelle serait la suite du récit : « Yulcain éteint la flamme divine , et les flots renfermés « entre les deux rives ont repris leur paisible cours. L'impétuosité « du fleuve est domptée , et les dieux ont cessé de combattre , car « Jnnon les enchaîne tous les deux. Cependant Achille immole à
(i) Cf. Brev. Schol. Iliad. \\ 353 , et ^\ 366, Suid. ad v. MtXiôoii. Apolloml lexîc. ad v. d^inr.
(s) In Avib., t. 58s, Sch. io h. t. oùx IftiX-nott dbvrl toû 06 ^tiviioirai.
(3) Yoyes les ObM. sur le ▼. 443 dn septième chant de l'Iliade.
(4) Knight, Not. in lUad. ç', 385-5sO*
aa6 OBSERVATIONS
« la fois et les Troyens, et les coursiers agiles; ainsi, lorsqu'une « épaisse fumée s*élève du sein d'une ville embrasée , etc. •
Heyne partage ropinion de Knight(i)y et cette opinion n'est pas sans vraisemblance. Mais alors comment supposer qu'on intercale 187 vertf dans un tout complet, et dont tontes les parties sont parfaitement liées entre elles? Il faut donc admettre , comme je l'ai déjà dit, que ces longs fragments où l'on trouve des disparates avec le reste des poésies homériques ont dû être compris dans le poème lors de sa première transcription (s). Il est possible aussi que dans le principe on ait fait plusieurs éditions des poésies homériques, et que certains éditeurs aient admis des morceaux rejetés par d'autres, parce qu'ils leur paraissaient être d'une moins haute antiquité.
En examinant la suite de cet épisode , nous aurons l'occasion de remarquer plusieurs vers regardés comme suspects parmi les anciens critiques.
[v. 4o3 — 5.] La déesse recule quelques pas, et de sa forte main saisit un noir rocher qui gisait dans la plaine, masse énorme et raboteuse que les hommes des anciens âges posèrent pour être la limite d'un champ.
Virgile imite ainsi ce passage :
laxttiD draiiBspicit ingens,
Saxum antiquom, ingens, oampo quod forte jaoekat; Limes agro positus , litem ut disoerneret arvis (3).
Il faut remarquer que, dans les deux premiers vers cités , Virgile a répété deux fois les mots sasum mgtmty ce qui peut paraître une négfa'genoe.
Le poète grec s'arrête k cette idée : ce rocker ^ que im kammee m»àens amieni posé pùur être Ut Umites tTim ckeamp. Virgile ajoute: «r pow prèfomr ht eonêettath/u. Cette réflexion n'est pas dans le goôt d'Homère. Le poète grec parle det hommet amàentp M^ «portpoi, parce que la poésie homérique a surtout pour but de rappeler les anciennes coutumes.
(i) Hc7«., ObM. in Hiad. XXI, 385.
(a) Yoy. l^s Obss. sur le v. aïo da treisiènw chant de l'Iliade.
(3) «n. XIl, 896.
SUR LE CHANT XXI. aa?
L'usage et déti^^r la Umile d'un champ par una pierre , respectée comme un témoignage de la ]^o]^iété, remonte aux premiera âges de la société. Dans la suite la religion vint fortifier ce respect, et chacune de ces pierres fut considérée comme une divinité. Telle fut chea les Romains Torigine du dieu Terme.
Dans le Deutéronome il est dit : « Maudit celui qui change les « bornes de son prochain , et tout le peuple répondra : j4men (i). >
[v. 4^6 — 7«] Alors Vénus, la fille de Jupiter, prend par la main Mars, qui pousse de profonds soupirs.
Les ehorizontes (s) s'autorisaient de ce passage pour soutenir que Fauteur de V Iliade faisait de Vénus l'épouse de Mars, et l'auteur de YOdjrésée l'épouse de Vulcaîn (3). Bfais de ce que Vénus prend ici la main de Mars pour le secourir dans sa détresse, on ne peut en conclure autre chose, sinon que ces deux divinités tenaient le même parti dans la querelle des Grecs et des Troyens. Au cinquième chant, quand elle est blessée par Diomède, Vénus implore pour elle-même l'assistance de Mars, qui lui prête son chair et ses coursiers ; observez que dans ce passage Vénus appelle Mars 4oa frère chéri ^ çiXi Kotaxyvrm (4).
[y. 4^1.] Tu permets que cette audacieuse entraîne le farouche Mars.
Ce vers 4^1 ^^t marqué d'un signe critique dans l'édition de Venise, mais aucune scholie ne s'y rapporte. Heyne le regrette d'autant plus , que dans ce vers se trouve un hiatus (xwvflÉfAUta ôE'^ii) auquel une variante aurait peut-être remédié. Bentley proposait d'écrire çtfpii au lieu de ôE^tt. Au reste , Heyne regarde les v. 4iB-34 comme faibles , et suppose à peine qu'ib soient partis d'un bon poète (5). Cest possible; le goût est si capricieux, si arbitraire,
(i) Deatér., %y, 17.
(a) Sur les chorisontes, voy. les Obss. sur le v. 356 du lecond chant de rniade.
(3) Sch. Yen. in Iliad. f ', 416.
(4) niad. •', 359.
(5) Heyn., Ohaa. in IIîmI. XXI, iax.
aa8 OBSERVATIONS
qa*en cherchant bien on finirait par découvrir des critiques habiles qui seraient émerveillés de tout ce passage. Observons seulement comme un fait, que l'adjectif »ivflÉ|u»ut, qui signifie étymologiquement dûmn^-moudte^ ne se rencontre qu'ici et au vers 294 , où Mars l'adresse à Minerve. J'écris xuvfl^uiavec Heyne, Wolfet Boissonade (i). Les anciennes éditions portent xtiWfuiia.
[t. 44 1 — 5.] Il ne te souvient donc plus de tous les maux que nous ayons soufferts autour d'Ilion , lorsque, seuls de tous les dieux, nous vînmes, envoyés par Jupiter, servir, durant une année entière, le superbe Laomédon pour un salaire convenu , et que ce roi nous commandait en maître.
ApoUodore , dans sa Bibliothèque , dit qu'Apollon et Neptune ne se rendirent auprès de Laomédon que pour éprouver sa méchanceté» et que» s'étant transformés en hommes, ils convinrent de bâtir la ville de Pergame moyennant un salaire (a). II paraît au contraire» par le passage ci-dessus» que ces divinités furent sou* mises à Laomédon par Tordre même de Jupiter. Cest du moins ainsi qu'il faut entendre ces mots : iràp Aiôç iXAovri^, en vauaUpor r ordre de Jupiter. Le scholiaste de Pindare adopte la même tradition (3) ; il ajoute que ce fut pour les punir d'avoir voulu lui enlever la royauté que Jupiter leur infligea une telle punition » et il cite à ce sujet le passage du premier chant de Y Iliade ^ où il est question de la conspiration que Thétis fit échouer en appelant Briarée au secours de Jupiter. Le scholiaste, pour justifier cette explication» change la fin du vers 400 du premier chant» et substitue ^tSoç k'KÙXtè^f Phahus Apollon^ à notXXo^ Â(hîvii» PaUas Minerve , que portent nos éditions; nous avons déjà vu que Zénodote était du même avis relativement à ce v. 400 (4). Au reste » on sent bien qu'il est impossible de concilier tous ces faits d'une mythologie obscure. Je
(i) Cf. Sehol. Yen. in Uiad. 9', iai.
(9) Apollod. bib.» L II, c. 5» $ 9.
(3) 01ymp.VlII, V. 4r.
(4) Voy. les Observ. sar le ▼. 396 da premier chant de l'Iliade.
SUR LE CHANT XXI. aag
me contente de rapporter les opinions sans vouloir les comparer , et encore moins les accorder ensemble.
Qiiintus Calaber imite ce passage , et reproduit exactement les mêmes pensées avec des mots différents (i).
Terminons en disant que toute la partie du discours de Neptune relative à son esclavage et à celui d* Apollon chez le roi Laomédon était retranchée par d'anciens critiques , parce qu'elle est en contradiction avec ce que dit le même Neptune au chant VII de VlUade (a). Là, en effet, Neptune dit qu'Apollon et lui avaient bâti les murs d'Ilion (45a-3), et ici il dit que lui seul avait bâti les murs de Troie (v. 446-7), tandis qu'Apollon faisait pattre les troupeaux dans les vallons de l'Ida (v. 44S-9)*
[y. 470 — 1-] Mais, indignée contre Apollon, Diane, sa sœur, qui dompte les monstres des bois, lui tient ce discours outrageant.
Wolf a renfermé le v. 471 entre deux parenthèses, parce qu'il est marqué d'un obel dans l'édition de Venise ; la scholie qui s'y rapporte dit que ce vers est surabondant , car il n'est pas nécessaire d'ajouter le nom de la déesse , assez bien désignée dans le vers précédent. La scholie ajoute en outre qu'on ne devait pas répéter deux fois de suite la même idée : pioXa vttxcot , elle Uti adresse de vifs reproches , et dvti^iiov f àro piudov , elle lui tient un discours outragenni» Observons aussi que l'épithète de à^poT^pv), chasseresse, n'est donnée que cette seule fois à Diane dans Homère. Il est vrai qu'au vers précédent on trouve iroTvia dvipûv , la reine des bêtes féroces ; mais cette dénomination , qui n'est de même que cette seule fois dans Homère, ne tendrait qu'à confirmer l'opinion de Kuight (3). Observez enfin , toujours en faveur de cette opinion , que jamais dans Homère irtfrvta n'est pris substantivement comme en cet endroit-ci.
[ V. 475 — 7.] Va, que désormais je ne t entende plus, dans les palais de mon père, te vanter, comme autre-
(i) Quint. Calab. III, v. 109 teqq.
(a) Sch. Yen. in Iliad. f ', 445.
(3) Voj. UsOIms. sur le ▼. 385 de ce chant.
a3o OBSERVATIONS
fois, en pr^ence des dieux immoitek, d'aflfronier h puissance de Neptune.
Selon le scholiastede Venise, ces trois ▼. 47^-7 doivent être retranchés, parce qu* Apollon, trop respectueux pour son oncle, ne devait pas être dans Thabitade de le provoquer au combat; que d'ailleurs ce n'était point une divinité guerrière, et qu'elle ne se plaisait au contraire que dans les chants et les danses (i). Ces raisons ne sont pas très-puissantes , mais toutes ces critiques de détail , apportées par les anciens grammairiens , prouvent que l'épisode entier de ce combat des dieux est au moins fort suspect , et elles confirment encore l'opinion de Knight. Heyne pense que ces V. 47^-7 peuvent avoir été imités de ce passage du premier chant :
- souvent, dans les palais de mon père, je vous entendis vous « glorifier, etc. (a). >
[y. 479 — 80.] Alors lauguste épouse de Jupiter, dans sa colère, adresse à Diane ces paroles menaçantes.
Le vers 4S0 ne se trouve point dans le manuscrit de Venise, ni dans plusieurs autres (3). Wolf le renferme entre deux parenthèses. Dans ce cas il faut traduire : « Alors, dans sa colère, Tau-
- guste épouse de Jupiter : comment as -tu la témérité, déesse • audacieuse , de t'opposer à moi ? > Eustathe, qui dans son édition n'admet pas non plus le vers 4^0 $ regarde comme une beauté cette forme brusque, elliptique, parce qu'en arrivant tout de suite au discours de Junon sans annoncer qu'elle va parler, le poète fait mieux sentir l'impétueuse colère de la déesse (4). Je n'adopte pas cette critique. Dans Homère, tous les discours sont précédés d'un vers qui annonce que le personnage va parler; c'est un usage constant, invariable (5). Il est possible que la tournure admirée par Eustathe soit très-poétique, mais elle n'est pas homérique.
(i) Schol. Yen., v. 475.
(s) a. Ilîad. a', 396.
(3) Cf. Ern«tti éd. ad h. v. 480.
(4) East., p. 1947, 1* 39 aeqq.
(5) Voyez les Observ. sur le v. 846 da qaiBsième chant de THiade, où la même qaettion se trouve traitée.
SUR LE CHANT XXI. a3i
[v. 493 — 5.] Ckimme une colombe qui, pour échapper au vautour, s'envole dans le creux d*un rocher.
Quelques auteurs ont pensé que Virgile avait voulu imiter cette comparaison lorsqu'il a dit, dans le cinquième livre de TÉnéide :
Qualis speluDca subito commota columba , Cui domus , et dulces latebroso in pumice nidi , Fertur in anra volaos, plausumque eiterrita pennis Dat tecio ingentein : mox aère lapsa quieto , Radit iter liquidum, celeres neque commovet alas (i).
Quanto omatiusl s'écrie Heyne en pariant de cette imitation; mais on peut dire qu'il n'y a pas de parallèle à établir ici entre les deux poètes y si ce n'est que dans l'un et l'autre il est question d'une colombe qui s'envole. Homère n'a exprimé qu'une action ; Virgile en a peint les détails avec un merveilleux goût. Ces ex]^essions : dulees nidi, aère lapaa quieto ^ iter liquidtim, appartiennent eodèremeot au poète latin, et sont de véritables créations. Emesti donne comme imitation cet autre passage de Virgile :
Quam facile accipiter saxo sacer aies ab allô GoDsequitur peonis siiblimem in nube columbam (a).
Ici la poésie est bien moins brillante que dans le premier morceau cité y et les idées n'offrent guère un meilleur rapprochement
[▼. 5oa.] Latone ramasse aussitôt l'arc recourbé et les flèches éparses dans un tourbillon de poussière
Quoique les mots xa^iicûXoi to^oi signifient proprement arcs recourbés. Suidas observe avec raison qu'ici le sens de la phrase ne peut se rapporter qu'à des flèches éparses dans la poussière (3). Les scholies de Venise disent que par ce mot il faut entendre tout l'attirail d'un archer (4). Voilà pourquoi plus haut , lorsque Junon désarme Diane , j'ai rendu le même mot par carquois.
Les anciennes éditions portaient au vers 5o3 ircirr^oV avec f omicron; Heyne, Wolf et Boissonade ont fort bien corrigé «n
(i) JEn. V, ai3.
(a) JEo. XI, 7a I.
(3) In voc. xojAirûXa to^a.
(4) Sch. Ven. in Hiad. f', 490. Cf. Eiut., p. ta48, t. 35.
a3a OBSERVATIONS
écrivant, d'après le maniucrit de Venise, itticWarr* avec roméga. Ce participe est formé demirroixoKt^rtirTttxoTOc, et par syncope , dans le dialecte ionien ircimÛToc, que Ton prononçait irtirrciiTOç pour la mesure du vers (i). Le même mot se trouve dans VOdjsUe écrit avec l'oméga par tous les éditeurs, excepté Bamès (3).
[y. 5o4.] Elle emporte ces armes et suit les pas de sa fille.
Dans l'édition de Wolf, la fin de ce vers et la fin du vers 5 14 sont marquées d'un signe critique, pour indiquer qu'il est ici question d'un événement épisodique, d'une de ces conversations entre deux divinités dans l'Olympe , qui interrompent pour un instant le récit de ce qui se passe sur le champ de bataille, comme nous l'avons déjà remarqué au dix-huitième chant (3).
[y. 5o9 — 10.] Qui donc, parmi les immortels, ô ma chère enfant, a pu t*outrager, comme si tu avais commis un crime en présence des dieux ?
Le vers 5 10 n'est pas dans le manuscrit de Venise, voilà pourquoi M. Wolf l'a renfermé entre deux parenthèses. U n'est pas non plus dans le manuscrit de Vienne (4). Les deux vers $09 et 5 10 se retrouvent au cinquième chant de Viliade (5) sans aucune observation.
[v. 524-] ^ tous elle impose le travail, et à plusieurs elle inflige de grands maux.
Ce vers $34 est marqué d'un signe critique dans Tédition de Venise, mais aucune scholie ne s'y rapporte pour en donner l'explication. Ce même vers ne se trouve pas dans un des manu-
(i) Elut., p. ia48, 1. 46.
(9) Yoy. les Obu. sor le ▼. So% du vingt-deuxième chant de l'Odyssée.
(3) Voy. les Obss. sur le ▼. 846 du dîx-hoitième chant de l*niade.
(4) Cf. Alteri éd., p. 540 var. lect.
(5) Ilîad. t', V. 373-4.
sertis de Vienne (i) ; îl peut être supprimé sans nuire au sens ; alors il faut arrêter la phrase à ces mots : « la colère des dieux anime l'incendie. » II n*est point retranché par Knight ni par aucun autre éditeur moderne.
[y. 541.] Tourmentés par la soif.
Athénée dit que l'adjectif xapxo^'oc dérive de earehesium, nom donné à une espèce de coupe, parce que sa surface était raboteuse comme si elle eût été parsemée, de grains de millet (a). Cette étymologie me semble tirée de bien loin , et je doute fort que la coupe nommée carckesium fût connue au temps d*Homère. Il est bien plus simple de dire que xapx^'oc signifiant âpre, raboteux^ cette épithète a été donnée à la soif à cause de l'effet analogue qu'elle produit sur la langue et le gosier. Plus une explication est bizarre, et plus elle plaît aux anciens grammairiens.
[y. 543.] Achille les poursuit sans relâche avec sa lance.
n y a dans le grec : o^i^avèv Içt^' i^ffi' 2^ i^avèv est pris ici adverbialement pour v^^pûc , et alors la dernière de o^t^avbv doit être longue. Cependant quelques critiques, voyant là une faute de quantité, écrivent of i^avûv au participe, pour o^^p&ç ^uoxttv : tels étaient entre autres Apion et Hérodore, comme le rapporte Eustathe (3). Quelques manuscrits, toujours dans l'intention de remédier à la faute de quantité-, donnaient of i^avov {A<6iir' (4); mais Ifiir' est préférable, et il n'y a rien à changer. De tous les éditeurs modernes, Heyne est le seul qui ait adopté la leçon d' Apion et d'Hérodore, et qui écrive oçt^avûv. Cependant, après avoir discuté dans ses observations ce point philologique, il termine en disant : • Inter hsec fateor, si sensui obtemperare liceret, me pneferre
(i) Cf. Alteri éd., p. 54o var. lect.
(a) Atfaen. Deip., 1. XI, p. 475, B.
(3) P. laSo, 1.55.
(4) Conf. Eroesti et Barnesii Net. in h. v. 543.
« «^av^v iiftM* pro o^avAc, of o^pâc , quod et locis landatis oc- « currit (i). »
[y. 548.] Pour le soustraire aux pesantes destinées de la mort.
Avec Wolf et Boissonade j'écris Agivoroio xiipoc, les destinées de la mort, au lien de x*^P^9 ^ mains de la mort, ce cpii n'est nulleinent dans le goût homérique, tandis que l'autre tournure se trouve ailleurs (a). Bamès est le premier qui ait substitué xvif a< à x*<f X » Heyne l'approuve dans ses observations , mais il n'a point admis la variante dans son texte. Il est vrai que cette leçon n'a pour elle l'autorité d'aucun manuscrit Le goût seul en a décidé.
[y. 55o.] Lorsqu*Agénor voit le formidable Achille.
On fait observer que c'est la seule fois qu'Achille reçoit l'épithète de irroXiirop6oc , destructeur des cites y qui est ordinairement appliquée à Ulysse. Il parait que les chorizontes s'autorisaient de cette anomalie pour appuyer leur opinion que V Iliade et VOdfssée n'étaient pas du même auteur; or, pour les combattre, certains critiques proposaient d'écrire kyùXioL nvtXtÎMva (3), leçon qui blesse toutes les lois de la mesure. Dans tous les cas, je ne vois pas trop comment les chorixontes pouvaient rien conclure en leur faveur de ce que l'épithète habituelle d'Ulysse est donnée ici à Achille; à moins que par chorizontes on ne doive entendre nonseulement ceux qui attribuaient V Iliade et V Odyssée à deux auteurs différents , mais ceux qui attribuaient à plusieurs auteurs les diverses parties des deux poèmes. £n effet, ils pouvaient dire ici que cette rhapsodie était en contradiction avec toutes les autres, soit de V Iliade, soit de V Odyssée ^ où cette épithète de irroXiiropOoc est constamment donnée à Ulysse et jamais à Achille.
(i) Cf. lUad. X', X 65, et ir', 379, passages cités par Heyne, où te troave
le mot oçt^avov.
(a) Cf. nîad.e',3oa et 834.
^3) Sch. Yen. in Iliad. <p', 55o.
SUR LE CHANT XXI. a35
[▼• 55i.] Uiie Tiolente tempête trouble son sein.
Au quatorzième chant de V Iliade y v. i6, le verbe ircpçupu est employé pour exprimer cette teinte sombre que prennent les eaux de la mer au moment qui précède la tempête. C'est là sa véritable acception, ici il est pris dans le sens métaphorique , en appliquant au cœur l'expression qui n'appartenait qu'à la mer (i). II est rare de trouver ces exemples dans Homère, qui presque toujours emploie les mots dans leur acception primitive , dans leur sens physique, si je puis ainsi dire (a). Heyne, dans ses observations sur ce vers 55 1, fait observer que «op^p» n'est employé qu'une fois dans V Iliade avec le sens détourné, mais qu'on le rencontre plusieurs fois dans VOdyssée (3). On le retrouve aussi avec cette acception dans les auteurs qui sont venus après Homère. Apollonius de Rhodes a dit : Ô^ irop^p«»v, r^Uchissant avec promptitude (4). Dans les fragments d'Orphée, l'auteur des Argonautiques, on trouve encore ce mot avec l'acception détournée : IloXXà ^i iropup^v , r^lé^ chiâsant à beaucoup de choses (5).
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fv. 568 — 70.] Son corps enfin peut être percé par Tairain tranchant, il n*a qu'une ame, et les hommes disent qu il est mortel ; toutefois Jupiter le comble de gloire.
Le vers 570, mis entre deux parenthèses par M. Wolf , doit être retranché selon le scholiaste de Venise (6) , parce qu'il se lie mal avec ce qui précède, et qu'il a sans doute été ajouté par quelqu'un qui , jugeant que le sens de la phrase n'était pas complet, a cru devoir ajouter le verbe ffifiiirat, être, lequel cependant est tout-a-fait inutile, et ensuite aura terminé le vers par une phrase qui se rencontre assez fréquemment dans notre poète (7).
(i) Cf. Odyss. Sch. ^', 427, et Apollon. Rhod. Schol. H, 548.
(s) Voy. les Obierv. snr les v. 1 4a et 5a 6 do sixième chant de riliade<
(3) Cf. Odyss. ^, 4*7, 57a ; x', Spg.
(4) Apollon. Rhod. H, 548, cf. IH, i4o5, etc.
(5) Fragm. YIH, 36.
(6) Sch. Yen. y, 570.
(7) Cf. niad. 6', 14 I ; 9*, 63o ; Od. t', 161, etc.
a36 OBSERVATIONS
Knight a supprimé ce vers, dont au reste rinterpolation me parait évidente.
Voici comment Virgile exprime une idée analogue à celle de ce passage-ci :
mortali nrgemor ab hoste
Bforlalcs» totidem nobis aniiiMMioe maousque (i).
U faut remarquer dans Homère cette tournure de phrase qui lui est très-familière : (Kirrov ^i i çaa* dtvOpctiroiy Us hommes disent qu'il est mortel, C*est ainsi qu'on devait s'exprimer dans un temps où tous les faits se transmettaient par la tradition orale. Au vingt-quatrième chant de Viliade , Achille s'adressant à Priam :
• On dit que tu brillais à la fois par tes trésors et par tes « fils (9). »
Le poète emploie aussi l'expression ê* dbtouofuv , on nous meonlê, nous avons oui dire. Ainsi dans le discours d'Achille à Priam :
• Toi-même, ô vieillard, nous avons appris qu'autrefois tu étais un
• roi fortuné (3). » Lorsque Télémaque, dans I'O^mm, se rend auprès de Nestor, ^ est pour entendre parier de son père (4) : mais il est inutile d'accumuler les citations. Observons que ces formules, qu'on ne trouve jamais dans Virgile, ni dans les auteurs plus modernes, tiennent essentiellement à une époque où l'écriture n'était pas en usage. Observons encore que le mot iiroc, d'où nous avons fait épopée^ ne signifie autre chose que récit, ce qu'on raconte, ce qu'on dit; telle est aussi dans le Nord la signification du mot saga, ou tradition orale des premiers événements historiques de l'aocienne Scandinavie (5).
(1) JEn. X, 375.
(a) Iliad. tù\ 546.
(3) Iliad.«»', 543.
(4) OdyM. 6*, 36o.
(5) Voyez Fragmenu sur Tlsland par Bonsteteîn, p. 4^. Histoire des expéditioiu nuritimef des Nonnands, par Depping, p. vu, et la Globe da ao février i83o.
SUR LE CHAWT XXI. a37
[y. 586.] Nous sommes encore de nombreux et braves guemefs.
Knight finit à ces mots le discours d'Agénor, et retranche les trois derniers vers, qu'il regarde comme une addition de rhapsode : «ce que prouve clairement, dit-il, et la liaison de U phrase, et le « mot •{puofuoOa (i). » En effet, la seconde syllabe de ce mot, qui doit être longue , n*est comptée que comme brève dans le vers 588. Il parait que les anciens avaient déjà senti cette faute de quantité , puisque Eustathe, en citant ce vers, dit •{puo(uo6a ou tîpuoofuoda (a). Quant à la raison tirée de U liaison de la phrase, elle me parait peu décisive.
[t. 6io— 1 1.] Mais ils se précipitent en foule dans la Tille, tous ceux que leurs pieds agiles ont sauvés du trépas.
Knight supprime le dernier vers de ce chant, qui, selon lui , n*est d& qu'à la manie des rhapsodes de commenter Tidée du poète (3). En admettant cette opinion il faudrait s'arrêter à ces mots de la traduction : •* mais ils se précipitent en foule. > La raison donnée par Knight ne suffit pas pour supposer que le v. 6i i soit interpolé.
(i) Knifi^t, Not. in Iliad. <p', 587-9.
(ft) P. isSa, 19.
(3) Knight, Not. in lUad. 9', 61 1 .