‹ Observations sur l'Iliade d'Homère (volume 2)Chapitre 18 sur 31 · L. III · texte numérisé non relu

L. III

(5) Pro Mercede condnctis, 1. 1, p. 7 19, éd. Uemat.

(6) Knight, not. in Iliad. ^', 69-76 (maie 67-76).

(7) Heyn. ObiK. in Iliad. TULU, 69.

ftupa«»potK au lieu de miXacApoùç au v. 69 (i); car ftupai dans Homère signifie toujours les portes d'une maison ou d'une chambre (a) , comme TcuXst, les portes d'une ville, d'un camp, de l'Olympe , des enfers, etc. (3). Quoi qu'il en soit, que l'on mette iruXawpoùç ou •up&ttpoiK, cette épithète de gardiennes des portes y appliquée à des tables , ne peut pas se rendre en français. Enfin la remarque sur «ù^M n*est pas moins fondée : ai^ùc désigne constamment dans V Iliade et dans V Odyssée le sentiment de la honte et de la pudeur (4), mais jamais, comme ici, le signe de la virilité. Un seul passage de Y Iliade pourrait autoriser cette interprétation : au second chant Ulysse dit à Thersyte :

énb |Atv çtXa iifiars Xuott ,

XXflûvav T* i^k x(T&va, rà t' aî^» etpL^ucaXuirri( (5).

Mais en cet endroit Knight écrit avec beaucoup de vraisemblance ta T* (tt^oV àfif txoXufrrci. C'est ainsi qu'au chant treizième on trouve ce substantif neutre pluriel avec le même sens :

^oXt ^oupt

at^otttv Ti (iiovryù xai ^p^oXgO (6).

« Percussit hasta pudendaque inter umbilicum. » Dans VOdj-ssée, pour exprimer ce que les Latins rendent par pudenda , le poète emploie toujours le mot fii^ca (7).

Enfin ajoutons que Plutarque dans la citation de ce discours supprime les vers 69, 70, i, a et 3. Mais alors les trois derniers ne se lient aucunement avec ce qui précède» et peut-être l'interpolation a-t-elle eu lieu pour amener une espèce de transition.

(0 Schol. Yen. in IU«d. x'« 69-

(2) Cf. niad. 6', 788 ; i', 471 ; ('• 166-9 «^ millies ia Odyas.

(3) De-là les expressions iruXai Aap^oévisi (H. (', 789) et Ixaial icuXai Cv. 6 de ce chant); de-Ià aussi iruXai Oûpavoû (II. 1', 749) Ài^ao icuXai (II. i',3ia;Od. Ç, 1 56), etc.

(4) Cf. niad. (', 78756', aaS; v', 95; 0', «9, 5oa, 657; V, 42s; Od. Y, a4 ; p', 347 , 35a, etc.

(5) niad. €', !i6i-9.

(6) Iliad. v', 567-8.

(7) Od. V, "9; ^j 66, 86; x', 476.

[y. 83.] Si jadis je te présentai ce sein pour apaiser tes douleurs.

Tai été forcé de rendre par une périphrase cette charmante expression Xa6(XY)^ta{Ag£Cov. J*ai plutôt traduit les gloses qui expliquent le mot XaOuHi^ta par tov X-rfire» i{&irotcuvra tûv xoucûv dbcâvTMv (i)fquipro' cure rouèU de tous les maux, Heyne fait observer que le poète Alcée, cité par Athénée (a), a appliqué cette épithète au vin. Le scholiaste de Venise , à l'occasion de ce passage , cite celui du sixième chant» où cette même Hécube, rencontrant Hector, est nommée ^c'^npoç l&irnipy sa mère aux doux présents, pour faire entendre qu'elle Tavait nourri de son lait, ainsi que l'expliquent les petites scholies (3).

[v. 86 — 7.] Ni moi, cher enfant, qui tai donné la vîe.

Il y a dans le grec çCXgv OoXoc , cher rejeton ; le texte de l'édition de Venise donne ^îXov rucoç , mais la scholie qui se rapporte au vers 87 dit qu'il faut lire OsXoç. Heyne préférerait tucoç , et dit que l'expression détournée ne convient pas à la douleur d'Hécube (4). Cette critique n'est pas fondée, l'image employée ici répond à celle que le poète met dans la bouche de Thétis au dix-huitième chant et qui n'a rien de trop orné.

Tôv i&iv i^ù 6pi<j«ooL, çurbt «*( fouvâ ôXtt^ (5).

« Je relevai comme le rejeton qui pousse dans un sol fertile. » D'ailleurs en adoptant l'opinion de Heyne, t^xoc, dv rtxov produirait un mauvab effet.

[v. 100.] Polydamas le premier me couvrirait d'op* probres.

Clarke rapporte trois passages d'Aristote pu ce vers est cité pour prouver ce que peut la crainte de la honte sur un noble

(1) ScboLVeo. in lUad. x'» 83.

(s) Lib. IL, p. 43o, D.

(3) Cf. Brev. Sch. in Oijid. X!y ^^i-

(4) Heyn. ObM. in Oiad. XXII, 87.

(5) Iliad. 0', 438.

SUR LE CHANT XXII. !i45

cœur (i). Ernesti rapporte aussi deux endroits de Cicéron où il s'applique à lui-même le vers d'Hector (i). Dans le premier, Cicéroo désire aller en Egypte , mais il craint le blâme s'il abandonne les affaires de la république, et, après avoir cité le vers d'Homère :« Polydamas le premier me couvrirait d'opprobres, il ajoute : ce Polydamas c'est notre Coton , qui seul à mes yeux en vaut plus de centmilie. »

[y. io5.] Je redoute et les Troyens et les vénérables Troyennes.

Hector dit ce même vers à Andromaque au sixième chaut, lorsque celle-ci lui recommande de ne pas s'éloigner des murs de la ville (3). Il faut remarquer ici l'expression de T^^aç xal Tptta^oç, Us Troyens et les Troyennes : on trouve plus haut Tpâoç xal Tp»àc (4)> En admettant cette orthographe , la diiTérence du masculin et du féminin ne se fait sentir que par la prosodie. Homère pour exprimer les Troyennes emploie plus souvent Tpctai que Tpuà^ic; cependant je crois que Tp^a^ic est la forme la plus ancienne; Tp^où serait plutôt une épithète; iiriTOi Tpoai (5), Us cavales troyennes, Knight écrit toujours TpoFi^cç, dont le nominatif est TpoFtc» féminin dérivé de TpcFcç , génitif de Tpûs (6).

[v. 1 16.] Hélène , première cause de cette guerre.

C'est avec raison qu*Hélène est désignée ici comme la première cause de la guerre y de la querelU, vtixtoç àpxx* Cette pensée est plus naturelle que celle du cinquième chant où le poète dit, en parlant des vaisseaux construits par Phéréclus et sur lesquels s'embarqua Paris, qu'ib furent Vorigine des maux, ipxtxotxcuç (7). L'enlèvement

(i) Arist. Ethic. Nicom. , 1. lU, c. ii. — Ethic. Magn., 1. I, cap. a i ; Ethic. Eudem., 1. III, c. i .

(3) Epp.ad Attic. U, 5, etYII, i.

(3) Uiad. V, 44».

(4) Iliad. x\ 57.

(5) liiad. ir*, SgS.

(6) Vid. Proleg. in Hoinenuii, $ cm, p. 94*

(7) Iliad. 1', 63.

a46 OBSERVATIONS

d'Hélène , telle est la véritable origine , la première cau«c de la guerre, et non des vaisseaux, qui ne peuvent être qu'une cause accidentelle (i).

[v. I20 — I.] De ne rien celer, mais de diviser exac^ tement tout ce que renferme cette ville superbe.

Le vers m, renfermé entre deux parenthèses par M. Wolf, ne se trouve point dans l'édition de Venise; Knight, qui le stq>prime, ajoute qu'il ne se trouve pas non plus dans les meilleurs manuscrits (9). En effet, il est entièrement superflu, et le sens est complet a ces mots : mais de tout diviser exaetement, Heyne croit que ce vers est tiré d'un passage analogue du dix-huitième chant (3). Soit que l'on retranche ou que l'on conserve ce vers, tous les éditeurs arrêtent le sens à cette phrase ; M. Boissonade est le seul qui ait indiqué qu'ici le discours d*Hector est suspendu ; ce qui présente une image bien plus dans le caractère du héros : « Si je déposais

• mes armes, dit-il, si je me présentais devant Achille, si je lui

• offrais de lui rendre Hélène et ses trésors » Pour achever

ridée il faudrait ajouter : « peut-être obtiendrais-je qu'il me laissât « la vie ; » mais Hector, indigné contre lui-même, s'interrompt aussitôt et s'écrie : « Grands dieux, pourquoi mon cœur s'occupe-t-il « de telles pensées? > La syntaxe elle-même réclame cet ordre dans la narration , comme les scholiastes l'avaient déjà fait observer (4). Appuyé sur leur autorité et sur celle de M. Boissonade , j'adopte cette leçon qui me parait bien préférable.

[v. 123 — 5.] Il n aurait point pitié de moi, me traiterait sans honneur; et, si j'abandonnais mon armure, ainsi dépouillé , il me tuerait impunément comme une femme.

Heyne et Wolf ont remarqué l'hiatus qui existe au v. laS,

(i) Voy. les Observ. sur le v. 59 du cinquième chant de l'Iliade, (s) Knight, net. in Iliad. 7/, lai.

(3) Heyo. Obss. io Iliad. XXII, ia5.

(4) Cf. Sch. Yen. in Iliad. yj, lai.

ytrxhuK. tirst. Bentley corrigeait ainsi pvatx* jirttm (i). Heyne suppose ici une interpolation, Knight l'admet positivement et retranche le vers (a). Le fait est que le sens est meilleur en supprimant le vers ia5. Voici le mot à mot de toute la phrase : > Il > n'aura point pitié de mot , me traitera sans honneur ; il me tuera « quand je serai désarmé, impunément, comme une femme, quand • j'aurai déponlUé mes armes, » Il est clair que les mots soulignés ne sont qu'une redondance qui se lie assez mal avec ce qui précède.

[v. ia6 — 8.] Ce nest plus le temps de s entretenir

ici du chêne ou du rocher, comme les yierges et les

jeunes hommes qui discourent ensemble.

Les anciens interprètes expliquent cette tournure proverbiale' s'entretenir du chêne et du rocher, en disant que, dans la première antiquité, lorsque les hommes vivaient en nomades , privés de toute habitation, souvent les femmes accouchaient dans les montagnes, et déposaient leurs fruits dans le creux d'un arbre ou d'un rocher, et que, si alors quelqu'un venait à trouver ces enfants , il supposait qu'ib étaient nés de cet arbre ou de ce rocher (3). Cette expUcation n'est pas admissible, parce qu'il ne peut pas avoir existé d'époque où ce fût la coutume des femmes d'abandonner leurs enfants; si cela eût été, l'espèce aurait péri. Il vaut mieux supposer, avec M. Clavier, qu'après le déluge de Deucalion les hommes sortant des montagnes couvertes de forêts où ils s'étaient retirés pendant l'inondation, donnèrent lieu à cette opinion qu'ils étaient nés des arbres et des rochers (4}> Par la suite on appliqua cette manière de parler à toutes les naissances obscures, ignorées, et illégitimes. C'est en ce sens que dans V Odyssée Pénélope dit à Ulysse : « dites-moi quelle est votre naissance, d'où vous sortez, • car vous n'êtes point né de l'ancien chêne ou du rocher (5). »

(i) Knight, Not. in Uiad*. o'. 5xi-ia.

(3) Heyn., 1. c, et Knight, Not. in Iliad. xS i^^*

(3) Brev. Scb. et Schol. Yen. Iliad. x', 126 ; et Od. V, x63.

(4) Voy. les notes sor ApoUodore, t. II, p. 8a. Jnvéoal a dit :

Vivehant bomines , qui ropto robore nati. (Sat. YI» ▼. ta.)

el Virgile :

Genaque virum truncU et diirn robore Data. (AEu. YIII, 3i5.)

'.'») Od. f, 162.

a48 OBSERVATIONS

Platon dans l'apologie de Socrate fait alliuion à cette coutume : « Mon ami y j*ai aussi des parents, et, comme dit Homère , je ne « suis point né du chêne ou du rocher, mais des hommes (i). > Heyne pense que cette tournure signifie parler avec sécurité 9 comme si Ton était assis sous un chêne ou dans une grotte; mais je préfère l'autre explication.

Dans les vers 127 et ia8 il existe une répétition que je n'ai pas admise en traduisant. Voici la version littérale des trois vers ia6-8: « Il n*est plus permis de discourir maintenant avec lui du chêne « ou du rocher comme une vierge et un jeune homme, une « vierge et un jeune homme qui discourent ensemble. • Macrobe compare cette répétition à celle-ci de Virgile (a) :

Eui^dicen, vox ipsa et frigida lingua.

Ah miseram Eurydicen! anima fîigiente, vocabat : Eurydicen toto referebaiit flumine ripe (3).

Je suis bien loin de faire la moindre comparaison entre ces deux images. Je sens parfaitement les beautés de la répétition employée par Virgile, mais certainement, dans la situation donnée, je ne puis admettre qu'Homère ait eu l'intention de produire un tel effet. J'adopterais même volontiers la conjecture de Heyne qui suppose qu'après le vers 127, comme une vierge et un jeune homme, quelque critique aura ajouté en marge oapiCsrov à>XiiîX6iîv , ^«i ont coutttme de discourir ensemble, et quelqu'un s'étant imaginé que c'était la fin d'un vers l'aura rempli en répétant les mots du vers précédent (4)* Knight ne suppose point ici d'interpolation.

Si l'on veut trouver dans V Iliade une répétition qui puisse être comparée à celle de Virgile, et qui exprime une passion, un mouvement de l'ame, je renverrai à cet autre discours d'Hector, qui s'écrie : • Je combattrai le terrible Achille, ses mains fussent-elles " semblables à la flamme, oui ses mains fussent-elles semblables à « la flamme et sa force au fer étincelant (5). »

(i) Apulog. Soor., 1. 1, p. 80, Bip.

(a) Macr. IV, «.

(3) Georg. IV, 5a 5.

(4) a. Heyn. Observ. in lliad. XXII, ia8.

(5) lliad. u', 371.

SUR LE CHANT XXIL îi49

[y. i3a.] Tel que le farouche Mars au casque étincelant.

Knight supprime ce vers ; il blâme i'épithète »opu6duxt, qu'on ne trouve pas ailleurs. Il observe que le verbe àWc*, dans le style antique , s'emploie quand il s'agit d'amief et non de casques (i). Il est vrai que l'idée d'élan impétueux qu'emporte le verbe diooc* ne convient pas à un casque. Pour exprimer les ondulations d'un panache, Homère se sert ordinairement du verbe vi6« (a).

[v. 147 — 5o.] Et bientôt ils arrivent yersles sources limpides d*où jaillissent les deux fontaines du Scamandre au cours sinueux ; Tune roule une onde chaude, et de son sein s élève tout à Tentour une fumée pareille à celle d'un grand feu.

Selon Strabon, qui suivait en cela l'autorité de Démétrius de Scepsis, la source d'eau chaude n'existait plus de son temps (3). Le géographe devait d'autant mieux s'en rapporter au témoignage de Démétrius que ce dernier était de Scepsis, ville de la Troade. Cependant le comte Choiseul Gouffier, qui dans ces derniers temps a visité avec soin la plaine de Troie , a tenté de rétablir les choses telles qu'elles se trouvent décrites par Homère (4); ainsi il croit que l'erreur de Démétrius vient de ce qu'il a confondu le Simoîs avec le Scamandre. Je vais tâcher d'expliquer les vues du voyageur français. Le Simoîs prenait sa source dans une des collines du mont Ida nommée cotylus, environ à neuf lieues et demie, au-delà de Troie; tandis que le Scamandre, comme le dit Homère, avait sa source tout près de cette ville , puisque c'est là qu'arrivèrent Hector et Achille (5) , et que les Troyennes y venaient laver leurs

(i) Knight, Not. in Iliad. x'» i3a. nbi perperain fvxiA lcg« Jvrtou (a) Cf. n. f, 337; Ç', 470; X', 4a ; it*, i38, etc.

(3) Lib. Xm. p. 609.

(4) Voyage pittoreiqne de la Grèce , t. Il, p. a65 et aoiv. Je n'entre point dans la question de savoir si la dëconverte est due à M. le Chevalier on à M. de Choiseul.

(5) V. 147 de ce chant.

a5o OBSERVATIONS

vétemenU au temps de la paix (i). Après un cours de sept cents toises, à partir de sa source, le Scamandre se jetait dans le Simoîs; les deux fleuves se trouvaient réunis en un seul qui jusqu'à son embouchure garda le nom de Scamandre (s) et perdit celui de SimoFs ; sans doute parce que ce dernier restait à sec une partie de l'année , tandis que le Scamandre coulait constamment entre deux rives fleuries , d'un cours paisible et doux ; ou peutêtre aussi parce que, dans la saison des pluies et des fontes de neige, le Si mois, en se débordant, causait d'aflreux ravages dans la plaine; il est même probable que c'est une de ces inondations qu'Homère a voulu peindre dans le chant précédent (3). Quoi qu'il en soit du motif de ce changement de nom, ce qu'il importe de remarquer, c'est qu'avant de se joindre au Scamandre, le Simofs, fleuve ou plutôt torrent impétueux, entraînait dans ses débordements des monceaux de terre, des arbres, des quartiers de rocher arrachés aux flancs des montagnes qui bordaient ses rivages, et que, par le laps de temps, ses débris, en s'amoncelant, formèrent à la jonction des deux fleuves des attérissements tellement considérables que le véritable Scamandre , repoussé dans la plaine, n'a plus été qu'un vaste marais qui s'étend jusqu'à la mer. Dès lors on a perdu la trace du Scamandre, et, comme le Simoîs à son embouchure s'était toujours appelé Scamandre, les géographes, au lieu de s'arrêter à la jonction pour découvrir la source de ce fleuve, sont remontés le long du Simoîs jusqu'à la colline de l'Ida nommée cotylus^ toujours en lui donnant le nom de Scamandre. De-là la confusion dans laquelle se jette Démétrius qui ne retrouve plus le Scamandre d'Homère, et qui ne découvre point , dans les gorges de l'Ida , les deux sources dont le poète a parlé.

Après avoir formé ces conjectures sur la déviation du Scamandre, le comte de Choiseul remonta le cours de ce fleuve jusqu'aux sources dont il est question aux v. 147 et suiv. Elles se trouvent maintenant près d'un petit village d'une trentaine de maisons nommé Bounar-bachi (en turc, le sommet de la source), et

(a) Le nom de Menderée, que porte aajoard^hui le SiiBOu,est visiblement ane corruption du mot Scamander.

(1) Iliad. <fi', 3a5 seqq.

SUR LE CHANT XXII. a5i

Faga de ce village lui confirma le pbéoomène de la fontaine d'eau tiède (i) décrit par Homère; ce qui acheva de confirmer le comte de Choiaeul dans ses conjectures sur le véritable Scamandre. Une fois les sources du Scamandre bien déterminées , cette découverte, jointe à d'autres circonstances rapportées dans FUiade, le conduisit à fixer le lieu où s'élevait jadis l'ancien Ilion sur les hauteurs qui dominent ce village de Botmar^chty dont je viens de parler; point qui diffère beaucoup de celui indiqué par Strabon. Je me garderai bien de décider entre eux : malgré les savantes recherches des voyageurs modernes , la géographie de la plaine de Troie présente encore des difficultés qui, je crois, resteront long-temps insolubles (s).

[▼. i53 — 6.] Là furent construits de beaux et vastes bassins de pierre , où les femmes des Troyens et leurs filles charmantes yenaient laver leurs vêtements magnifiques, aux jours de la paix, avant larrivée des Grecs.

Le vers i56 renferme une faute de quantité dans les mots irptv tXftûv : Ueyne suppose que la particule ^s a été oubliée, et Knight n'hésite pas à la placer dans son édition ; il écrit aussi t>j6cfttv , forme souvent usitée dans Homère, au lieu d'cX6eIv que portent toutes les autres éditions. Knight en agit ainsi toutes les fois que ^tpuv se trouve devant une voyelle et que le dactyle peut remplacer le spondée.

Mais abandonnons un peu la philologie pour admirer ces douces images que le poète mêle aux sombres peintures qui précèdent le trépas du malheureux Hector. Il règne ici une mélancolie profonde, toute pleine de regrets sur le sort du héros. Ce retour vers les temps heureux de la paix, où les épouses des Troyens et leurs filles charmantes venaient laver leurs riches vêtements dans

(i) Le comte de Choiseal traduit S^art Xiapû du v. x49 ^r de l'eau tiède» Athcnée, lib. H, p. 41. C, et Strabon, Ub. XIII, p. 60a, disent positiveiDent qn*il faut traduire par de F eau chaude. Je n^examine pas ce point de critique asses pen important dans la question générale.

(a) Voy. les Obss. sur le v. i du vingt-unième chant de l*IJiade.

a5a OBSERVATIONS

les sources du Scamandre, car les filles des rois elles-mèmes ne dédaignaient pas ces emplois qui nous paraissent obscurs; œ souvenir d'occupations si douces, de félicité passée, au milieu des alarmes de la guerre , an moment où va fondre sur Ilion le plus grand des malheurs, ajoute encore à Timpression si vive produite par ce chant de tristesse, qui retentit tout entier comme le glas de la mort Cest a de semblables traits qu'il est permis de sentir combien la voix du poète antique était propre à redire les accents plaintifs de la douleur et des gémissements (i).

[v. iSp — 6i.] Ils disputent de vitesse , non pour une victime, pour un bouclier, qui sont aux combats les prix de la course, mais pour la vie du brave Hector.

Virgile imite ainsi ce passage :

neque enim levia sut ludicra petantur

Pnemia ; sed Turni de vita et sanguine certant (a).

Homère, au lieu d'employer les expressions générales levia et ludicra prœmia, désigne queb sont ces prix , une victime et un hoU" clier. Même il ajoute que ce sont là les prix destinés aux combats à la course, ai te iroootv àtdXtx. Dans toute cette poésie, on retrouve sans cesse le caractère d'un historien fidèle qui ne néglige aucun détail. Virgile termine en disant : de vita et sanguine certant; ce qui est une redondance , tandis qu'Homère dit plus simplement, Trtpi ^u^nc Otcv ËxTopoç , ils couraient pour l'ame d'Hector. Eustathe nous apprend que cette expression , courir pour Vame , était devenue une sorte de tournure proverbiale quand on parlait de quelqu'un qui tentait une entreprise périlleuse (3); il ajoute qu'Euripide a eu en vue ce passage d'Homère quand il a dit :

à^iartf xtivcv eux ^p^C trtXa^

ortî^ovr*, à^âva Oavaaipkov ^paptoû^ivov (4) ;

(i) Voyex les Observ. sur les ▼. i4fi et aoo da sixième chant de riliade.

(a) JEn. XU, 764.

(3) Eiut., p. 1264, 1. i5.

(4) Oreal., 876.

SUR LE CHANT XXII. a53

• Ne voyez-YOUs pas cet Oreste qui s'approche en courant un combat m morteL • Hérodote a dit aussi en parlant de Xerxès, irtpi itturoù rpe- XMv, en courant pour lui-même, c'est-à-dire en risquant les plus grands dangers (i). Il s'est même rapproché davantage de la phrase d'Homère dans un autre passage où il dit : Tpsxttv irepl rîic 4^^% , en courant pour son ame, c'est-à-dire en risquant sa vie (a).

J*ai rendu le mot poeivr» du v. iSg par èoucUer,' quoiqu'il signifie proprement une peau de bauf; j'ai déjà parlé de cette explication (3). Eustathe (4) et Heyne (5) donnent les deux sens. Cependant il est possible y il est même probable que dans cette occasion, il ne soit question que d'une peau de bœuf, et non d'un bouclier. Les petites scholies (6) et les scholies de Venise (7) ne donnent que le sens de peau de bauf. Telle est aussi l'interprétation d'un ancien scholiaste d'Homère édité par Walkenaêr et cité par Wesseiing (8). Hérodote rapporte que les Chemnites, peuple d'Egypte, qui célébraient des jeux en l'honneur de Persée , à la manière des Grecs, donnaient en prix des troupeaux, des manteaux, et des peaux (^tfppLxta) (9). Ces peaux étaient fort estimées, et l'on peut voir à la fin du septième chant que les Grecs en donnaient en échange, pour avoir du vin de Lemnos (10). Enfin je ferai observer que ce mot Poitvi , toutes les fois qu'il est pris substantivement dans Homère, signifie une peau de bœuf (11). Si donc j'ai employé Texpreasion de bouclier dans ma traduction, c'est qu'elle peut se soutenir à la rigueur et qu'elle donne un sens qui se rapproche plus de nos idées.

(i) Herod., lib. YII, § S;.

(9) Herod., 1. TU, § 37.

(3) Yoy. les Observ. sar le ▼. 257 do dixième chant de Tlliadr.

(4) Eust., p. xa64, 1. la.

(5) Observ. in Iliad. XXH, iSg.

(7) nud.x', 159.

(8) Cf. Herod. Not., t. Y, p. 3 19, éd. Schweigh.

(9) Herod., lib. II, $ 91.

(10) Cf. Iliad. V, 474.

(i i) Cf. niad. p', 389; 0*, 58a ; Od. u', 96 ; x', 364.

u54 OBSERVATIONS

[t. i65.] De même devant la ville de Priam ces deux guerriers tournent trois fois avec rapidité.

J*ai traduit iroXw mpi^ivuNrnv par tourner devant la vUle^ quoique le sens grammatical soit tourner euUour de la ville; mais il est si fort impossible que deux guerriers aient fait, ayant que de combattre, trois fois le tour de la ville, n*eùt-elle même que huit cents toises, comme le pense M. Gosselin (i), que j'ai cru devoir rejeter un pareil sens. Pour détruire cette difficulté, MM. le Chevalier (a) et Choiseul-Gouffier (3) ont en vain cherché à torturer Tacception de ces mots mpi iroV.iv ; ils signifieront toujours autour de la ville ^ et non devant la ville (4). Il faut donc s'en tenir à l'opinion de Heyne (5) et de Knight (6) qui pensent que la comparaison et les vers qui en sont la suite (i6a-i66) doivent être retranchés; Knight fait observer avec raison que le poète, au vingttroisième chant, dit, en parlant de cette course : « Les membres • d'Achille étaient brisés de fatigue d'avoir poursuivi Hector denmt Ilion, irpoTt tXiov, et non pas irtpi fXiov, autour d*lUon (7). » Le même critique supprime encore dans son édition les vingt-trois vers suivants, qui renferment une conversation entre deux divinités, semblable à celles que j'ai déjà eu l'occasion de remarquer (8); le retranchement que fait ici Knight est en tout de vingt-sept vers.

[v. 173.] Devant la ville de Priam.

Voilà encore la particule trepl qui ne laisse d'autre ressource aux critiques pour éviter cette course extraordinaire que d'adopter le retranchement de Knight (9).

(i) Géogr. de Stnb.. t. lY, p. 181, 9' partie.

(2) Voyage de la Troade, t. II, p. a35 et soiv.

(3) Voyage pitlor. de la Grèce, t. Il, p. a 53.

(4) Voy. M. Gosselin, pass. cité.

(5) Heyn. Obss. inUiad. XXn, i6a.

(6) Knight, Not. Inlliad. x* i6a.

(7) Cf. niad. f , 63 et 64.

(8) Voy. les Observ. anr le v. 443 dit septième, 179 dn onsième et 43 1 du seizième chant de miade.

(9) Voy. les Observ. précédentes.

[▼• i83.] Je n'ai point parlé du fond du cœur.

Les deux vers i83-4 se troavent déjà au huitième chant, v. 89 et 40, où ils sont mieux placés qu'ici. En effet ces paroles : où ôuftû «^6f pcvi fAu6^o(Aai f mot à mot : • je ne parle pas avec un esprit bienveiUant, » ne peuvent pas s'appliquer à la situation présente. Aussi, selon Porphyre, quelques critiques retranchaient ces vers à cause de l'obscurité qui résulte de l'adjectif ippoçpovt (i). Mais, si l'on supprime cette réponse de Jupiter, il faut retrancher aussi tout le dialogue dont elle fait partie; ce qui rentre dans l'opinion de Knight (a). Pour donner un sens raisonnable à ce passage, je l'ai plutôt interprété que traduit. Quant à la supposition de Heyne, qui dit que cet adjectif est là pour uirîpçpovi, et qui traduit la phrase par : non superèe ac iprmnice se hœc dicere (3), je ne la crois pas admissible, car jamais dans Homère Oupuâ irpo^p^v n'a eu le sens de binp^ppttv.

[y. 199 — SOI.] Ainsi, dans un rêve, on ne peut poursuivre Thomme qui s*enfuit ; celui-ci ne peut s*échapper, ni lautre le poursuivre : de même Achille ne peut atteindre le fils de Priam, et lui ne peut l'éviter.

Eustathe (4) et le scholiaste de Venise (5) disent que quelqaes critiques retranchaient cette comparaison comme faible de pensée et d'expression, et comme offrant un contre-sens, parce qu'on ne peut comparer deux hommes qui courent à un homme endormi, c'est-à-dire dans le plus parfait repos. Cette dernière raison est tout-à-fait dans le goût des anciens grammairiens, Heyne pense que ces vers ont été interpolés parce que le verbe ^icmuiv ne signifie jamais saisir, dans Homère. Il trouve aussi que ces vers gênent la suite du récit (6). Knight adopte cette opinion et supprime les trois vers. Voici dans ce cas quelle serait la liaison du discours :

(x) Sch. Ven. in Uiad. x'» iS3, 184.

(a) Voy. les Observ. sur le v. i65 de ce chant.

(3) Obss. in lUad. XXII, i83-4.

(4) P. ia66, I. i3.

(5) niad. x', 199*

(6) Heyn. ObM. in Iliad. XXII, 199.

a56 OBSERVATIONS

• Chaque fois Achille le devance et le repouue dans la plaine , « tandis qu'Hector tâche toujours de s'approcher de la ville. Mais

• comment ce héros eùt-il évité le trépas, etc. ? >

[y. 209 — 13. ] Jupiter déploie ses balances d'or; il place dans les bassins les destinées de la mort, sommeil éternel : d'un côté sont les destins d*Achille, et de l'autre ceux du brave Hector. Le dieu saisit le milieu des balances ; le dernier jour d'Hector s'abaisse , touche aux enfers , et le brillant Apollon l'abandonne.

Ce passage est d'une admirable beauté , rien de plus majestueux et de plus pathétique à la fois que cette image de la destinée d'Hector, qui, dans les balances du maître des dieux, s'abaisse et touche aux enfers ; le dernier vers surtout me parait sublime , et le brillant ApoUon l'abandonne. Maintenant tout est fini pour le guerrier malheureux; le dieu qui lui fut propice jusqu'à cette heure ne peut plus rien ; il cesse de lutter contre l'ordre irrévocable de la destinée. Il y a là surtout une idée morale qu'on ne saurait assez remarquer, on sent que tout est perdu pour Hector sitôt que la divinité l'abandonne; sa mort est irrévocable.

Voici comment Rochefort a traduit cet endroit de VlUmde :

le père des dieux , dans un sombre silence ,

En ses augustes mains fait briller sa balance : Sa sagesse y dépoM en deux bassins égaux Les immuables sorts de ces deux fiers rivaux. Il l'élève, et le poids du Troyen, qui succombe, Dans Tabime infernal se précipite et tombe. ApoUon l'abandonne et la fière Pallas, etc. (i).

A peine reconnait-on Homère à travers le double voile d'une langue et d'une poésie différentes : dans un sombre silence n'est point dans l'original , non plus qu'en ses augustes mains. Pourquoi n'avoir pas mis ses balances d'or, qui est caractéristi<{ue? Sa sagesse jr dépose. Jamais Homère ne personnifie ainsi les substantifs abstraits; je

(i) L'Iliade d*Hom. trad. par M. de Rochefort, ch. xxii*, ▼. aa3 et

AUIV.

SUR LE CHANT XXII. tS'j

Faî déjà renuirqiié (i). De ces deux rivaux, il est bien question de rivalité entre deux ennemis acharnés.

Dans Tabime infernal se précipite et tombe.

On voit ici Tintention de faire une image et de produire un effet qui n'est ni dans Homère ni dans la vérité. Un bassin de balance ne se précipite pas , ne tombe peu; il s'abaisse et descend jusque, etc.

Apollon TalMuidooDe, et la Gère Pallas.

An lieu de terminer par ce mot si sublime : ApoUon l'abandonne , le traducteur en le rejetant au commencement d'une phrase nouvelle en détruit tout TefTet

Au reste je ne parle des traductions en vers que pour montrer combien elles sont peu propres à rendre le style d'Homère dont le caractère principal est une parfaite simplicité. Sa poésie, comme je Tai dit si souvent, est une poésie née d'une civilisation trèspeu avancée, par conséquent elle ne saurait être rendue par une poésie qui a pris toutes ses formes au sein de la délicatesse la plus exquise et la plus raffinée. Une traduction en vers des poèmes d'Homère peut être une œuvre très-belle en soi , mais elle offrira un contre-sens presque continuel entre le style et les mœurs de l'ouvrage. La prose, dont la marche est moins déterminée, qui peut prendre aisément tous les tons, me semble donc plus propre à rendre le caractère de naïveté et de grandeur tout à la fois qui distingue essentiellement la poésie homérique. Je ne sais si je me trompe, mais j'ai souvent pensé que c'était aux traductions de la Bible que notre prose était redevable de pouvoir réunir à une grande simplicité d'expression la noblesse majestueuse d'une pensée poétique. Peut-être notre langue ne se serait-elle jamais enrichie du style harmonieux et naïf de Fénélon, de Bernardin de Saint- Pierre, de Chateaubriand, si déjà nous n'avions été familiarisés avec cette admirable diction par la lecture de la Genèse , des Psaumes et des Prophètes. Ce qu'il y a de sûr, c'est que la prose latine ne nous offre aucun exemple de cette nature; et je crois que ce genre de beauté est spécial à la prose française.

A ces difficultés de traduire en vers, difficultés que le génie même ne peut surmonter, puis qu'elles tiennent à l'essence des deux poésies, il s'en joint encore de très-grandes par la gêne que

(i) Toy. les Observ. sur le v. 3 5 4 du premier chant de flliade. a. 17

a58 OBSERVATIONS

produisent la rime et la mesure. Aussi dans les traductions en vers, il est rare que l'ordre des idées y soit parfaitement observé; on y trouve des développements sur lesquels Toriginal n'a pas insisté , ou bien on y supprime des détails d'une grande importance. C'est ce que j'ai fait remarquer dans le passage cité de Rocbefort, c'est ce qu'on pourrait indiquer à chaque vers de tous les traducteurs en vers.

Virgile qui ne traduit pas, mais qui imite Homère en homme de génie, et qui s'approprie les idées anciennes pour les traiter d'une manière conforme au goût de son siècle , a dit :

Jupiter ipse duas equsto eumine lances

SnAinet, et fata imponit diversa duonini ,

Qoem damnet labor, et quo vergat pondère letom (i).

Les critiques observent avec raison que Jupiter dans Virgile n'avait rien à décider sur le sort de Turnus et d'Énée , puisque Junon dit positivement que la mort de Turnus était résolue (a). Macrobe , qui fait cette réflexion , ajoute que l'on doit pardonner à Virgile qui ne pèche que par un trop grand amour pour Homère (3); Heyne qui rapporte le passage de Macrobe justifie Virgile en disant qu'une mort prématurée ne permit pas qu'il mit la dernière main à son ouvrage (4). Cette raison , sans contredit, est préférable à celle donnée par Macrobe.

Plutarque , dans son traité sur la manière de lire les poètes , nous apprend que ce passage de V Iliade avait fourni à Eschyle le sujet d'une tragédie intitulée Tuxoffraoïa, la balance des ornes (5). Le sujet était le combat de Memnon fils de l'Aurore , et d'Achille fils de Thétis , que dans la suite Quintus Calaber a décrit dans son poème (6). Cette tragédie d'Eschyle n'est point parvenue jusqu'à nous.

[v. 220— ^i.] Non, lors même qu'Apollon ferait pour

(i) iEn. XII, 7a5.

(a) Cf. iEn. Xn, x5o.

(3) Satum.,i.y, c. x3.

(4) Heyn., Not. ad JEn. XII, 7a5, 6, 7.

(5) T. TI, p. 58 et aeqq. éd. Reiake.

(6) Paralip., t f , 396., aeqq.

SUR LE CHANT XXII. aSg

lui de nouveaux efToits en se prosternant aux pieds du formidable Jupiter.

Denys d*Halicamasse, dans son traité de Tarrangement des mots, cite en exemple le verbe irpoirpoxuXtv^^{uvoc, comme exprimant avec beaucoup de force rabaissement de celui qui implore quelqu'un avec instance (i). Le schoUaste d'Apollonius de Rhodes dit que cette proposition ippoirp^ sert à peindre plus énergiquement a l'esprit l'image qu'on lui présente (a). Heyne pense que dans le principe cette proposition ne tenait point au verbe (3). C'est pour cela que Knight, fidèle aux lois de l'archaïsme, a détaché dans son édition la préposition vçtm^h du participe xuXtv^o{A.evoc.

[v. aap — 3o.] Mon généreux frère, comme Achille te presse, ente poursuivant de ses pieds rapides autour de la ville de Priam.

Les anciens critiques ont remarqué que cette expression É6tït, du V. s»9, était l'expression qu'employait un frère cadet envers son aine (4) ; Paris l'adresse au même Hector au sixième chant de V Iliade (5) , et l'on remarque à ce sujet qu'Hector devait être l'alné des fib de Priam (6). Eumée dit dans VOtfyuêe que c'était le titre qu'il donnait à Ulysse (7); ce qui prouve <{ue c'était aussi une dénomination générale de respect et d'alTection, Knight supprime avec raison le v. a3o, où se trouve de nouveau l'expression mpc àaru (8). En retranchant ce vers, voici quel est le discours que Minerve, sous la figure de Déîphobe, adresse à Hector : « Mon frère aine, m comme Achille te poursuit avec violence ! Mais arrêtons-nous, et • repoussons-le en restant inébranlables. • Le sens est très-bon de cette manière.

(9) Arg., 1. III, 453.

(3) Heyn., Ohm. in Iliad. XXII, aai.

(4) fichol. Yen. in Iliad. x, »9;Brev. Scbol. in Od. Ç', 147.

(5) Iliad. C, 5i8.

(6) Hifyn. Obss. in h. 1.

(7) Od. Ç', 147.

(8) Voy. letObserv. sor le v. i65 dr et* chanr.

26o OBSERVATIONS

[y. a33 — 4*] O Déiphobe .... de tous mes frères, enfants d'Hécube et de Priam y c est toi qui me fus toujours le plus cher.

Knight remarque au vers 984 une espèce d*enallage qui consiste à mettre le verbe au singulier quoique régi par deux nominatifs 6xflc6T) i^t IIpifl^Aoc Wxi ; figure , dit-il , qui n'appartient point à notre poète et qui suffit pour démontrer Tinterpolation (i). Knight se trompe, et Ton trouve au vingt-troisième chant de V Iliade une figure semblable : ftirot^pivov tûpii t' ttj&di Ocppkiro (a) , au lieu de Oépp.crro, que réclament les deux nominatifs («.tTaçpevov et &^uù. Knight ne retranche point ce vers au vingt-troisième chant et ne lui consacre aucune observation. On trouve dans les auteurs grecs une foule d*endroits où le verbe est au singulier après deux nominatifs (3).

Chez les Latins Ovide a dit :

Non aptae profiigo vestis opisve fuit (4)

pour fuenmi. Un poète de nos jours, dont les vers ne manquent pas d*une certaine énergie, a dit aussi :

Mais la Mort, mais Junon sourit à mon supplice (5).

Au reste observons que cette figure ne consiste que dans la suppression du même verbe qu'il est inutile de répéter parce que Tesprit y supplée aisément. Que ce verbe soit placé après le premier nominatif ou après le second, il importe peu , et, dans les deui cas, la répétition est plus que superflue. Ainsi personne, et Knight lui-même, ne contestera l'authenticité de ce passage du sixième chant de VOdyssée :

(x) Knight, Not. in Iliad. x\ ^34.

(3) Pour lea exemples consalt. les idiotitmes de Fr. Vigrr, p. 193 » et la note 74 deCh. Zevnins, éd. de 180a. Cent, auiiii la note de Donrille sur le 3* livre de Chariton, p. 271 de Tédit. in-4°, 1750, et p. 364 de redit, de Reiske in.8% 1783.

(4) Triât., lib. I, el. 8, v. 10.

(5) Voy. l'onvrage intitulé : Plan du poème de Charlemagne et d'un choix de poésies diverses par Théveneau. Paria , an XII. 1804 * p* 294 « initîo.

SUR LE CHANT XXII. a6i

T<xw (i).

Ici la constructioD est évidemment : ^ fi^atoroc xet\ IlaXXàc Â6iâvii iiioM» rix^m : • Celui que Vulcaio et Minerve hutntisU dans son •* art ; > c*est-à-dire celui que Vulcain instruisit et que Minerve instruisit. En voici un exemple plus explicite encore pris d'un vers qu'admet Knight Patrocle dit au seizième chant :

À>Xa pu Mot^* ôXei) xoc Avroû< Ixroivav ùtoc (a).

« Mais la funeste destinée et le fils de Latone m'a tué. »

[▼. 33^.] O mon frère , reprend aussitôt la déesse.

La conduite que tient ici Minerve à Tégard d'Hector est tout-àfait analogue à celle qu'elle tient au quatrième chant à l'égard de Psandarus (3); dans les deux occasions elle revêt la figure d'un mortel pour tromper le héros qu'elle veut perdre. Les Grecs ^ à force de vouloir faire intervenir la divinité dans toutes leurs actions , la rendaient souvent complice des plus grands attentats. C'était une conséquence de leur anthropomorphisme (4).

[y. 35 1.] Trois fois je t'ai fui devant la grande cité de Priam.

Il y a encore ici dans le texte trtpl ootu, comme au vers a3o; ce qui est encore une occasion pour Knight de supprimer ici trois vers a5i-3. II blâme aussi le verbe ^lov du v. s5i, pris dans le sens d*i^iAfjhii\ il le regarde comme n'étant point homérique (5) : Heyne est d'avis aussi que ces vers ont été interpolés (6).

(i) Od. C, a33-4.

(a) Iliad. ir*, 849.

(3) Iliad. ^', 93, seqq.

(4) Y07. les Obaerv. sar le v. 93 de ce quatrième chunt.

(5) Knight, Not. in Iliad. y/, a5i.

(6) Heyn. Observ. in lUad. KUI, aii.

!i62 OBSERVATIONS

[y. a63-— 6.] Comme il n est point de serments assurés entre les lions et les hommes; comme les loups et les agneaux n'ont pas le même désir, mais se vouent mutuellement une implacable haine, de même il ne sera pour nous ni amitié ni serment.

Lucien, dans son dialogue des Ressuscites (i), met levers a63 dans la bouche de Socrate que Lucien implore ironiquement, et Maxime de Tyr s' appuie de ce même passage pour exprimer que Tamour des richesses est incompatible avec Tamitié (a). Chaque philosophe de l'antiquité a cité Homère selon la tournure de son esprit; Lucien pour le railler, Ifaxime de Tyr pour Fadmirer, Platon pour le combattre.

II n'est personne qui ne soit frappé du ton opposé de ces deux discours. Dans celui d'Hector on retrouve tout le langage d'un homme qui prévoit une mort inévitable. Le malheureux stipule déjà pour son cadavre. La réponse altière et féroce d'Achille ne laisse aucun doute sur l'issue du combat. L'implacable ennemi parle en vainqueur , et cette certitude est dans tous les esprits. Ce qu'on ne peut se lasser d'admirer dans Homère, c'est l'expression toujours si franche, si naïve et si juste de tous les mouvements de l'ame. Il y a là quelque chose de plus qu'une simple fiction , partout la force de la vérité vous saisit, partout on sent la conviction intérieure du poète. Virgile, malgré son art prodigieux , laisse apercevoir le travail de l'esprit; toujours Homère chante d'inspiration.

[v. a65— 6.] De même, il ne sera pour nous ni amitié ni serment.

Bentley et Heyne ont remarqué l'hiatus du v. a66 , 5pxta Ibmvrai, et proposent d'écrire au singulier 2pxtov iootTrai (3). Heyne fait observer que quoique le mot serments ^ 5pxia, soit presque toujours au pluriel dans Homère, pourtant on en trouve un exemple au singulier (4). De même le verbe ioatlrat est deux fois dans VlUade (5).

(i) Kevivisc., 1. 1, p. 57a. éd. Hemster. (a) DisMrLVI.

(3) Ueyn. Obss. in Iliad. XXII, s66.

(4) Iliad. ^\ i58. Ou (uv iruc flEXi&v iréXti ôpxiov, aipia rt «pv^v.

(5) Iliad. 6', 393 etV, 317.

Koight » qu'aucune hardletise n*épouvaDte, a adopté les conjectures de Heyne et de Boitley qui du reste ne sont autorisées par aucun manuscrit , ni aucune édition.

[▼. a68.] Rappelle tout ton courage.

L'expression grecque 'iravToîiK àpcriic (ACfAviioxco ne signifie pas seulement iout ton courage^ mais toutes les ressottrces de ton art dans Us combats. Heyne pense que cela peut se rapporter à un passage du septième chant où Hector dit en parlant de lui-même : « Je « connais les périls et le carnage , je sais porter à droite, je sais por- « ter à gauche mon bouclier solide ; je sais lancer mes coursiers « rapides sans me fatiguer dans les batailles , et je sais avec joie me « signaler dans un combat de pied ferme (i). •

[v. a8i.] Mais tu n'es qu'un perfide discoureur , un ▼il artisan de paroles.

J'ai rendu àpTinrnc ^x perfide discoureur. Ce mot, qui ne se trouve que cette seule fois dans Homère et qui est évidemment composé de ôtpTta (iirtiv, dire des choses convenables (a), ne peut être considéré ic^ qu'ironiquement. Arislarque avait déjà remarqué qu'àpritirnc n'était point pris en bonne part (3). Je n'ai pas cru pouvoir, dans ma traduction , faire sentir l'ironie que présente le mot grec. L'auteur de la Théogonie en fait une épithète avec son acception propre i puisqu'il s'en est servi pour caractériser les Muses , qu'il nomme xcvpai àpruirciai (4). Pindare dit aussi : àprinrric 5ooa , une voix véri" dique (5), et âpruir^ 'yXôto^a, une langue qui ne profère que des paroles convenables (6).

L'expression tirîxXo?roc (auOuv a bien aussi ses difficultés. On trouve dans V Odyssée iirtxXoiroç t^uv; ce qui doit être probablement un

(i) Iliad. V)', a37-4i.

(a) Ainsi, Uiad. (', 9a ; Od. 0*, a4o et r*, 348, on troove fEpria €flÉCciv, dire des choses convenables,

(3) Sch.Ven.inIliad.x', aSi.

(4) V. ag.

(5) Olymp. VI, zo5-6.

(6) Isthm. V, 58-9.

a64 OBSERVATIONS

volatr itare* (i), ou peuUétre eeiui qui trompé en vtttdaiU des ares / car le mot {«uiXoiroc emporte toujours Tidée d« tromper (a). £n suivant cette interprétation , iinxXoiroi (AÙdctv eat cebU qui trompe par s^s discours , et, dans ce cas, ma traduction rend assez bien la phrase du texte.

[v. 297.] Hélas I cen est £iit! les dieux m'appellent à la mort.

Rien n*est plus touchant que ce discours d*Hector, lui-même ne doute plus de sa mort. Tout le ciel est conjuré contre lui , Apollon ni Jupiter ne lui prêtent plus aucun secours ; sa vie est sans ressource, il n*a désormais qu*à défendre sa gloire; et telle est aussi sa dernière pensée.

■ Toutefois , s'écrie-t-il , je ne mourrai point comme un lâche, et m je me signalerai par un exploit qu'apprendront les siècles à « venir (3). > Combien ce noble élan d*une ame généreuse est préférable à la réflexion qui termine les discours d'Énée au second livre de TÉnéide !

nunquam omaes hodie moriemur inulti (4).

Énée n'est poussé que par un sentiment de vengeance, quoique sans doute bien naturel, mais combien il est moins touchant que la pensée d'Hector qui ne voit à sa dernière heure qu'une occasion de faire éclater son courage et de vivre dans la mémoire des hommes. Cette pensée d'un lointain avenir est un sentiment particulier à Hector, comme je l'ai déjà fait observer (5).

Redisons-le, tout ce vingt-deuxième chant est du plus sublime pathétique. Les prières du vieux Priam, les larmes d'Hécube , la généreuse résolution d'Hector, sa bravoure, ses malheurs, son délaissement; les regrets de tout un peuple, et surtout les nobles gémissements d'Andromaque forment une suite de tableaux empreints de la plus profonde douleur.

(1) Od.^', 397.

(a) Cf. Scfaol. Ven. io niad. x'^ ^^i.

(5) Yoy. lesObserv. sur le t. 90 da cbaat septième de riiiade..

SUR LE CHANT XXII. a65

[▼. ^99'] Mais il est dans nos murs, et Minerve ma trompé.

A l'occasion de ce vers Heyne dit : « D*où Hector peut-il savoir m que Minerve est l'auteur de la fraude? Le poète le sait, mais non « Hector. Je soupçonne donc que ce vers a été ajouté par quelque « rhapsode (i). > C'est un peu de la critique de scholiaste; ordi- Dairement les conjectures de Heyne ont un appui plus solide. Je les admettrais plus volontiers pour l'interpolation des vers 3oi-a-3. Le sens finit très-bien au vers 3oo : « Maintenant l'affreuse mort « est près de moi, pas du tout éloignée. > La forme négative suit le positif parce qu'en grec elle ajoute de la force à la pensée; mais où^ àXiit qui commence le vers 3oi est une addition surabondante. Aussi les anciens grammairiens voulaient-ils qu'on mit un point après où^c t' etvcuOtv, et qu'on commençât la phrase à 6Ù^' iXhi en sous-entendant ivri; mais o6^i indique une suite de phrase, une énumération. Le second défaut de liaison est de savoir précisément à quoi se rapporte to f t. Enfin Heyne observe qu'ici çiXTtpov n'est pas l'expression convenable, car ni Jupiter ni Apollon ne désirent le trépas d'Hector, ils s'y résignent (a). Knight a retranché les trois vers 3oi-3. Dans ce cas voici comment il faut traduire : > Je pensais que Déiphobe était là pour me secourir, mais « il est dans nos murs et Minerve m'a trompé. La mort funeste «est seule près de moi, pas du tout éloignée. Toutefois je ne « mourrai point sans gloire comme vm lâche, etc. > Dégagé de ces trois vers, le discours d'Hector me parait bien préférable.

[v. 3i5 — 6.] Orné de quatre aigrettes, et Ton voit flotter la chevelure d*or que Yulcain y plaça touiïiie autour du sommet.

Le vers 3x6 ne se trouve pas dans le manuscrit de Vienne (3), et Knight ne l'admet point dans son édition. En supposant l'interpolation , voici quel serait le sens : « Il agite le casque étincelant m orné de quatre aigrettes; tout autour flotte une superbe crinière. »

(i) Heyn. Obss. in Iliad. XXII, 3oi.

(a) Heyn. Obferv., 1. c.

(3) Cons. ïéd. d*Altcr, t. II, p. 544» varelect.

a66 OBSERVATIONS

[y. 3a8 — 9.] Mais l'arme de frêne, garnie d'airain, n'a point tranché le gosier, en sorte qu'Hector peut répondre quelques paroles à son ennemi.

La scholîe de l'édition de Venise qui se rapporte au vers Sag avertit qu'il doit être supprimé, parce qu'il est ridicule de dire qu'Achille ne tranche pas entièrement le gosier de son ennemi ofn dit laisser à celui-ci la faculté de lui répondre. Cette critique serait juste si l'on expliquait ô^ pa par afin que; mais il est clair qu'il doit s'entendre ici par en sorte que ; ainsi le sens de ces deux vers est qu'Achille a bien porté un coup mortel à Hector, mais que le gosier n'ayant point été touché, celui-ci peut encore lui répondre quelques mots (i). Je crois cette explication fort plausible; cependant Knight pense que ce vers était supprimé à juste titre par les anciens critiques (a), et il ne l'admet pas dans son édition.

[▼. 335 — 6.] I^es chiens et les vautours dévoreront honteusement ton cadavre.

Au lieu de : iXxwua' wmç du v. 336, Antimaque lisait : ikxnmàot xoxêK (3). Knight est le seul qui, au lieu de : âtx&<» ait adopté xor xc*c, leçon préférable, car l'usage constant du poète est d'écrire âiuvic, forme ancienne; la contraction éotAç appartient à une époque plus moderne.

[v. 33S — 9.] Je t'en conjure, par ta vie, par tes genoux et par tes parents, ne permets pas que je devienne la proie des chiens devant les vaisseaux des Grecs.

Nous avons vu, dans deux autres passages de ViUadê^ la prière qu'avaient coutume d'adresser au vainqueur ceux qui tombaient vivants entre les mains de leurs ennemis (4). Mais Adraste, au

(1) Heyn. Observ. in Oiad. XXII, 3Qg.

(a) Knight, Not. in Iliad. X, 3^9.

(3) Sch. Yen. in Ilîad. x'> 336.

(4) Voy. les Observ. sur le v. 46 du sixième, et 378 du dixiènie chiint de TUiade.

SUR LE CHANT XXII. aôy

sixième chant, n'avait point été blessé par Ménélas, ni Dolon , au dixième , par Diomède i et ils implorent ces héros pour qu*on leur laisse la vie. Ici le malheureux Hector ne demande qu'une chose, c'est qu'on épargne à son corps d'indignes outrages ; il sait bien que c'est la seule chose qu'il puisse implorer d'Achille, encore est-il trompé dans cette dernière espérance, et le malheur le poursuit jusqu'au-delà du trépas.

Il faut encore obser>'er ici la haute importance qu'on attachait alors aux sépultures; mais, ainsi que je l'ai déjà remarqué, on ne tenait autant à la sépulture dans les temps anciens que parce que la férocité des mœurs faisait poursuivre la vengeance jusque sur le cadavre des ennemis (i). .

Dans Virgile on retrouve deux fois la prière d'un vaincu tombé en la puissance de son ennemi ; mais, en imitant Homère, le poète latin resre toujours dans un ordre d'idées tirées du siècle où il écrivait, et non point des usages appartenant aux mœurs héroïques. Au dixième chant de l'Enéide Mézence dit à Énée :

Hostis amare, quid increpitas, mortemque minaris? Nullum in cœde uefas ; nec sic ad pnelia veni , Nec leciini meus haec pepigit mihi fœdera Lausn^. Ununi hoc, per, si qua est viclis venia bostibus, oro: Corpus hiiDio patiare tegi. Scio acerba meorum Circumstare odia : bunc, oro, défende furorem (a).

Tous ces traits appartiennent au temps de Virgile. NuUum in eœde ntfas^ est un axiome vrai dans les combats; mais Homère ne l'aurait pas exprimé, non plus que cette parenthèse, *i qua est waU venta hostièiu^ parce qu'Homère peint les mouvements de l'ame et non les réflexions qu'ils font naître. Si Mézence demande â être inhumé, c'est moins comme attachant du prix. à la sépulture que pour dérober sa dépouille mortelle à la fureur des siens qui détestaient ce farouche tyran. Il demande qu'on cache son cadavre et non qu'on lui rende les derniers honneurs. On retrouve le même caractère dans la prière de Tumus à Énée au douzième chant de l'Enéide (3).

(i) Voy. les Obaerv. sur le ▼. 410 du septième chant de Tlliade. (q) /Kn. X, goo.

(3) V. 930 seqq.

[▼• 36a — ^3.] Son ame, loin du corpn, s'envole ....

Les vers 36a-3 se trouveDt plus haut à Foccasion de la mort de Patrocle , et nous avons vu combien Platon les censurait amèrement ; nous avons vu aussi pourquoi j'écrivais à^pornra avec Wolf et Boissonade au lieu d'àv^pornra des autres éditions (i). Knight, qui admet ces deux vers au chant seizième , les retranche ici (a). Je crois qu'ils peuvent très-bien rester aux deux endroits.

[▼. 364 — S*] Il n*est déjà plus, et pourtant Achille s'adresse encore à lui : Meurs, dit-il, ....

Dans rÉnéide Mézence dit aussi à Orode qu'il vient de frapper :

Nunc morere : att de me divum pater atque homiaum rex Yiderit (3).

Scaliger, cité par Clarke» dit, à l'occasion de ce passage : « puisque « Orode n'est pas encore mort, il est très-convenable que Méaence « emploie cette forme proverbiale , meurs maintenant. Mais , Hector « étant expiré, il n'est pas naturel qu'Achille lui dise meurs (4). * Clarke trouve au contraire que ce mot rtOvocdi donne à la pensée une force particulière (5); mais les exemples qu'il cite ne prouvent rien. Heyne justifie ce mot en disant qu'Achille ne croit pas qu'Hector soit encore expiré, mais qu'il est près de rendre le dernier soupir (6). Je ne sais si je me trompe, mais je crois que tov xal Tf9yô«*Ta est là pour xaiirtp , ou seulement pour mp Ti0vii«rra. Achille parle encore à Hector, quoique celui-ci soit déjà mort. D'ailleurs qu'importe qu'Hector soit mort ou non, Achille ne s'en inquiète pas; mais répondant à la prédiction qu'il vient d'entendre il exprime avec énergie cette pensée : « l'essentiel est que tu meures» m et, quant à moi , nous verrons ce qui m'est réservé. >

[▼. 369 — 71.] Alors tous les enfants des Grecs accou-

(i) V07. les Obaerv. sur le ▼. 856 du seizième chant de l'Iliade, (a) Knighc, Net. in Iliad. x'* 36a-3.

(3) JBn. X, 743.

(4) Poetic, I. y, c. 19.

(5) CUrk.,Not.iah. V. 365.

(6) Ucya. Obss. in Iliad. X, 3()3.

rent en foule et contemplent avec étonnement la grandeur et la beauté d'Hector.

Cet empressement des Grecs à contempler le cadavre d'Hector est un mouvement très-naturel. Hérodote raconte que lorsque Macistius» chef de la cavalerie persane , fut tué , on promena son cadavre par toute Tannée grecque , et que les soldats quittaient leurs rangs pour le considérer (i). Virgile dit la même chose de Cacus.

nequeunt ezpleri corda tuendo

Terribiles oculos, vultum, villosaque setis Pectora semiferi , atqiie eitinetos faucibus ignés (a).

Quintus Galaber au contraire suppose qu'après la mort d'Achille les Troyens, encore effrayés, n'osaient s'approcher de ce héros. Voici la comparaison dont il se sert pour mieux rendre sa pensée : m Ainsi que des brebis , tremblantes de crainte à l'aspect d'un « monstre sauvage, tué par une vaillante jeunesse, le considèrent « devant l'étable, mais n'osent en approcher; quoique mort il les • glace d'horreur comme s'il respirait encore; de même les Troyens « étaient épouvantés d'Achille, quoiqu'il n'existât plus (3). » Les vers de Quintus ne manquent ni de force ni d'harmonie , mais la comparaison me semble peu juste. Il n'est pas naturel que les Troyens soient effrayés d'Achille sitôt qu'ils le voient étendu sur le champ de bataille. En voulant donner une idée trop forte de la valeur d'Achille , l'auteur est sorti des bornes de la vérité. Il affaiblit la pensée en l'exagérant.

[y. 371.] n n*en est aucun qui ne lui fasse quelque blessure.

Knight supprinie ce vers; il pense que quelque commentateur aura cru devoir ajouter le mot fixTopo; comme explication, et qu'ensuite un autre, qui l'aura pris pour le commencement d'un vers, l'aura terminé d'après l'idée exprimée au v. 875 : > Ils parlent m ainsi , et chacun veut le frapper. > Cette observation est ingé-

(i) Herod.,1. IX, S,a5.

(3) iEo. YUI,a65.

(3) Panlip. III, 180.

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