I70 OBSERVATIONS
nîeuae : il est certain que par la constmction du v. 376 mû GÙnmaxs impaoTofc , on y parle des blessures faites à Hector, comme si c'était pour la première fois. Aussi ai-je été obligé, dans ma tra-. duction , d'ajouter le mot encore pour n*étre pas en contradiction arec le v. 371. D'un autre côté si on retranche ce vers le sens n'est pas fini : « Ils contemplaient avec étonnement la grandeur et « l'admirable beauté. > Le nom propre ou du moins le pronom relatif est absolument exigé.
Knight ajoute que le mot àvou-niTl n'appartient pas à la langue homérique. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il n'est que cette seule fois dans Homère (1). Une scholie inédite d'un manuscrit de Leipsik, citée par Heyne, porte dcuTDTt, adverbe de l'adjectif «ôutc^, qui se trouve au dix-huitième chant (t. 536), et que Knight admet quoiqu'il ne soit aussi que cette seule fois dans Homère (a). Je crois à l'interpolation , mais je crois qu'on n'y a eu recours que pour sauver le défaut d'une phrase incomplète.
[v. 391 — 4*] Maintenant, fils des Grecs, en chantant le péan, retournons vers nos vaisseaux, et entraînons ce cadavre ; nous avons acquis une gloire immortelle, nous avons immolé le divin Hector , que dans leur ville les Troyens honoraient comme un dieu.
Le scholiaste de Venise dit qu'il faut retrancher les vers SgS et 394, parce qu'il n'est pas digne d'Achille de se féliciter ainsi de la mort d'Hector, puisqu'au seizième chant il l'a mis fort audessous de Patrocle. > Qu'Hector apprenne, dit-il, si mon com- « pagnon sait combattre seul (3). » Eustathe, qui rapporte aussi cette opinion de quelques critiques , justifie Homère en disant qu'Achille ne parle pas ainsi pour se vanter de sa victoire, mais pour insulter aux Troyens qui re^rdaient Hector comme un dieu (4). Il faut avouer que la critique et la justification sont à peu près de la même force. Heyne trouve dans ce passage une
(i) Knight, Not. in Uiad. x't 37 r.
(a) Heyn., ObM. in «iad. XXII, 371.
(3) Cf. Iliad. it\ 343.
(4) Enst., X175, 31.
recherche opposée à la sfmpKcîté antique (i). Il est vrai qu'Achille emploie ici le pluriel comme pour faire participer tous les Grecs à sa gloire; et j*avoue que cette délicatesse, fort admirée par Eustathe (a), me semble être bien peu dans le goût des siècles héroïques, dont les mœurs se distinguent surtout par une sorte de franchise qui va jusqu'à la rudesse. Bentley voulait qu'on retranchât les quatre derniers vers de ce discours 391-4* Knîght les a supprimés aussi dans son édition ; il répète ce qu'il a dit ailleurs ; c'est que le péan ou péon est un chant qui n'appartient pas aux siècles héroïques (3). Je crois cette opinion fondée. Les arguties des schohastes ne prouvent autre chose sinon que ce passage était suspect. Dans le cas de la suppression , le discours d'Achille finit à ces mots : • Moi , je garderais encore la mémoire de mon com- • pagnon fidèle. •
[v. 395 — 4' I •] ^ ^^ mots, il accable Hector d*indignes outrages .... elle était telle en ce moment, que si tout Ilion , embrasé dans les flammes, se fût précipité de son faîte.
Denys d'Halicamasse compare cet admirable récit d'Homère avec une narration du sophiste Hégésias de Magnésie, qui raconte, en plaisantant , le supplice d'un roi de Gaza qu'Alexandre fit attacher vivant à un char et traîner ainsi par toute la ville, jusqu'à ce que cet infortuné eût perdu la vie dans d'affreux tourments. Le judicieux critique d'Halicamasse s'attache à faire sentir combien notre poète l'emporte sur un froid rhéteur : ■ Cest avec ce ton « plein de dignité, dit-il , après avoir cité Homère, qu'il convient à « un homme de sens et de jugement d'exprimer de grandes dou- « leurs ; et non comme le Magnésien qui dans son style tout à la m fois efféminé et cruel , sans attacher aucune importance au mal- « heur qu'il décrit , en fait un objet de raillerie et de risée (4). >
(0 Heyn. Obsi. in Uiad. XXII, SgS, 4.
(3) Knight, Not. in Iliad.x'* 391-4. Voy. les Obacrv. tarie ▼. 473 da premier chant de l*Iliade.
(4) D* Compoi. verb., $ xviii, éd. Scbcf.
On ne conçoit pu, en efiet, comment un homme dans un événement aussi cruel, aussi douloureux, ne voit autre chose que U gros 'vemtre du roi tnUàé sur le pavé ^ et n'entend que ia soUcUtues qu'il faisait en implorant son impitoyable vainqueur au milieu des plus horribles tortures. On peut supposer un instant que des soldats féroces, avides de vengeance, rient brutalement à la vue de ce hideux spectacle ; mais qu*un écrivain à froid vienne railler sur de telles barbaries, c'est ce qui passe toute cro]ftoce. Jamais aucun auteur moderne n'aurait laissé échapper un trait semblable. II aurait senti, comme par instinct, l'impression de dégoût qu'un tel récit devait produire sur ses lecteurs. Mais , il faut l'avouer, ce sens intime existait à peine chea les anciens, et la stupide indifférence qu'on avait alors pour les esclaves prouve jusqu'à quel point le sentiment de l'humanité était méconnu. Si quelques génies parmi les anciens ont su peindre avec tant de force les misères de l'homme, ce n'était en quelque sorte qu'une impression individuelle, une révélation particulière; ils ne trouvaient qu'en eux-mêmes ces nobles inspirations, ils ne les recevaient point du sentiment général , et leur propre cœur pouvait seul leur apprendre ces accents douloureux et compatissants que notre poète a si bien rendus (i). Pour revenir à ce passage cité, avec tant de raison, par Denys d'Halicamasse, disons qu'il se borne principalement à louer le rhythme, le choix des mots, et en général U contexture mécanique de la phrase. Il y a quelque chose de mieux, ce sont les pensées sublimes qui nous émeuvent jusqu'au fond de l'ame. Et , entr'autres passages , est-il rien de plus touchant que celui-ci : « Sa tête est ensevelie dans la poudre , cette tête autre- « fois si belle; maintenant Jupiter permet aux ennemis de l'ou- « trager honteusement , et sur le sol de la patrie (a). > Ces idées sont si admirables qu'elles se font sentir encore dans une langue étrangère et dépouillées de tout le charme de la versification. Le dernier trait de ce récit n'est pas moins beau; il est impossible de mieux rendre la désolation générale qu'inspire ce funeste trépas : « Son père pousse de lamentables cris , autour de lui tous les « Troyens gémissent, la ville entière retentit de tristes clameurs;
(i) Voy. les Observ. sar le ▼. 448 da tixième, et 446 du seizième chant de Plliade.
(a) Iliad. x't 409'
SUR LE CHANT XXll. 273
• elle était telle en ce moment que si tout Ilion embrasé dans let
• flammes se fût précipité de son faite (i). >
Virgile a exprimé cette dernière pensée lorsque Didon se donne la mort :
resoDSt magnis plangoribus asther:
Non aliter qnam si immissu mat hostibus omnis Cartbago, sut antiqua Tyros, flammcque furentes Calmioa perque bominum volvantur perque deonim (a).
Je n'ai pas besoin d'avertir que le morceau de Virgile n'est qu'une brillante paraphrase de l'énergique et rapide pensée d'Homère.
Il faut observer que la tradition qui supposait qu'Acbille traîna trois fois le corps d'Hector autour des murailles d'Ilion est une tradition opposée à ce que dit Homère , puisque , d'après ce jioète, Achille entraine directement le cadavre vers les navires des Grecs. Ainsi Virgile s'éloigne des idées homériques lorsqu'il dît :
Ter circnin Iliacos raptaverat Hectora muroê (3).
Euripide a dit aussi :
Tov [ËxTopa] irtpt Ttîx^
«Ducuoi ^i9p(6(ùv iraTç àXio^ Biri^o; (4).
« Le fils de Thétis marine , monté sur son char , traîna Hector « autour des murailles. * Il était encore de tradition qu'Hector eût été lié au char par le baudrier que lui avait donné Ajax (S). Sophocle, qui rappelle cette circonstance, suppose à tort qu'Hector fut attaché au char d'Achille avant d'être entièrement mort (6).
[v. 4i40 ^^ s^ roulant dans la poussière.
Platon, qui veut absolument qu'on ne ressente ou du moins qu'on n'exprime jamais aucune douleur, blâme celle de ce malheu-
(i) Uiad. x', 480.
(\) JEd. IV, 668.
(3) JEn.lf 483, éd. Heynii.
(4) Androm., 107.
(5) Iliad. Vil, 3o5.
(6) InAjac, V. loag-Bi, éd. Bmnk.
a74 OBSERVATIONS
reui père qui Tient de perdre le plus chéri et le plus vailUnt de ses fils y celui qu*ii regardait comme le rempart de son empire (i). Avec cette insensibilité stoîque on peut faire une très-belle morale sans doute, mais il ne faut pas songer à de la poésie, qui n'est que l'expression de nos sentiments les plus natureb.
[▼. Jli6.] Laissez-moii mes amis : soufFrez, malgré vos craintes ....
Dans Homère cette expression xn^i^oi ictp signifie ordinairement malgré vos douleurs^ vos peines (3), et c'est sans doute cette acception qu'avait en vue le copiste du manuscrit de Harlem quand il a écrit xa^ojttvov mp (3) : « Souffrez , maigre' ma douleur^ que je « sorte ^ etc. • Mais, en ce cas, l'idée manque de justesse ; car c'est précisément parce que Priam est tourmenté par une affreuse douleur, qu'il veut se rendre dans le camp ennemi. J\ faut donc «sonserver xf)^o(i.tvoi avec tous les éditeurs et l'interpréter, comme je l'ai fait, par malgré vos craintes^ c'est4-dire : Malgré votre sotàdlude pour moif souffrez que je sorte ^ etc. Observez qu'Homère donne toujours au verbe xn^toôit le sens de prendre soin , s'intéresser, être plan de sollicitude pour une personne ou pour une chose (4).
Maxime de Tyr, qui cite ce vers , écrit xa^o(uvov irtp , comme le manuscrit de Harlem , parce que cette leçon convient mieux à ses idées (5). Je n*ai pas besoin de faire remarquer combien sont touchantes ces nobles plaintes du vieux roi Priam.
[▼• 44i*] Ample yétement de pourpre, sur lequel sa main brodait mille fleurs variées.
J*ai rendu les mots 6po)f« mixiXa par fleurs variées , en suivant
(x) ILeîp. m, t. YI, p. a65, Bip. Dans oeue édition et dans celle de Frédéric Astios on Ut xarà xopirou, aa lien de «drà »(Jpirov ; c'est visiblement nne firate , je sois étonné qn'aDcan des deux éditeurs n*en ait fait la remarque, aa moins dans les ver. lect.
(a) Cf. Iliad. a', 586 ; s', SSa ; e*, 373.
(3) Cf. éd. Ernest., Not. ad h. v.
(4) Cf. Iliad. V, 665; «»', 4^2, et 7S0; Od. t', 33.
(5) Dissert. VI, $ Ç', éd. Èeîsk.
SUR LE CHANT XXII. ayS
rînteqiréuUon des petites scholies, qui expliquent ftp^ par irot- «Xfftcra, omemenit tUwêy et par Miï^ fleurs (i). Le schoUaste de Théocrileest très-précis sur le sens de oe mot. « Par Opôys, dit-il, les « Thessaliens entendent divers animaux brodés; les Cypriens des « vêtements avec une broderie de fleurs; les Étoliens divers sucs « de plantes, comme le dit Clitarque ; et Homère des roses (i). » Cette expression n'est que cette seule fois dans notre poète.
Voilà encore un passade qui prouve que Tart de la broderie était connu du temps d'Homère (3).
Observez qu'ici, comme au v. 136 du troisième cbant, j'aî substitué, avec Heyne, Wolf et Boîssonade, l'épithète de iropf»p<iiv è celle de (&ap(i.aptiiv des autres éditions.
[▼. 45o.] Venez j et que deux d*entre tous me suivent, afin que je sache ce que ce peut être.
Heyne fait observer que ce vers péchait en deux endroits contre le digamma (4). U le soupçonne d'avoir été fait après coup sur celai du troisième chant où il est dit qu'Hélène n'était point seule, mais fué deux femmes la sui¥aient (5). Ainsi , selon ce- critique, ce vers devrait être retranché (6). Tel est aussi l'avis de Knigfat qui le supprime dans son édition : il ajoute aux raisons données par Heyne que d'après le vers 461 de ce chant , « ses femmes « accompagnent ses pas (7), * on peut conclure qu'elles étaient en grand nombre, et non pas deux seulement.
[▼. 4^3.] Le malheur s'approche des enfants de Priam.
Heyne finit à ce vers le discours d'Andromaque : « On peut à « peine douter, dit-il, que les vers 4^4-9 n'aient été faits d'après « les événements qui viennent de se passer, pour être ajoutés aux
(i) Brev. Scfa. ad h. v.
(9) Schol. Id. n , V. 5g.
(3) Yoy. les Obaerv. mr le v. ia5 do troisième chant de Tniade.
(4) Reladvemeot sa dig€umna ^ voy. les Observ. sur le v. 17a da chant de Tlliade.
(5) niad.y, 143. Yoy. les Observ. en cet endroit.
(6) Heyn. OhM. in lUad. XXH, 45o.
(7) l(Mi ^' dtfA^pdroXot xiov ci&r$ ; Iliad. x'> 46i-
ayô OBSERVATIONS
• paroles rapides qu'Andromaque doit se hâter de prononcer (i). * Cette observation me parait juste; cependant en matière grave d*interpolation le goût particulier d'un critique n'est pas suffisant pour faire autorité.
[v. 468 — 70.] De sa tête échappent les riches liens .... et le voile que lui donna la belle Vénus.
Il est assez difficile de se faire une idée bien juste des divers ornements qui paraient la tête d'Andromaque :
XpiQ^tf&VOV V. X. T. X.
Voici ce que j'ai pu recueillir : par afinuC il faut entendre une espèce d'anneau qui rassemblait les cheveux au-dessus de la tête (a) ; Apollonius dérive ce mot de âva» miroxvMoSxt, ce qui rassemble enhaut{})\ il fait observer aussi l'épi thète de xp^fl^f^inixtc donnée aux chevaux (4) » ce qui suppose un lien d'or destiné à réunir la crinière du cheval au-dessus de sa tête. Je rends xixpu^poXov par réseau y en suivant l'interprétation de Suidas; il dit que c'était un tissu (o9u^apiov) qui retenait, qui enveloppait la chevelure. Dans un des exemples cités par cet auteur le xixpû^oXcv est désigné comme le gardien de la chevelure.
XaiTDç pÛTcpa xcxpû^oXGv (5).
JTai traduit irXiXTinv àvo^éofAiiv par les nœuds qui rassemblent la chevelure; àva^copivi, selon Eustathe, était une chaîne dont les femmes s'entouraient la tête à la hauteur des tempes (6). Pour ce qui est de l'expression xpio^ipivov , que j'ai traduite par voile, je justifie ailleurs cette interprétation (7).
(i) Knight, Not. in UUd. x'> 454-9* (9) Apollonii Lez. voc. d[p.9nj(.
(3) Apoll. Lez. loc. ch.
(4) Cr.niad. t', 358;e', 38a.
(5) Suid. in voc. xtxpu^poXov.
(6) Eost.^p. laSo, 1. 59.
(7) ^^7' ^^ ObM. sur le ▼. 346 du clnqaième chant de TOdyssée.
[v. 4y6,] Elle répand des pleurs accompagnés de sanglots , et s'écrie au milieu des Troyennes.
Deoy» d'Halicamasse cite encore ce vers comme un modèle d'harmonie imîtative. • Ces paroles , dit-il , nous font entendre et
« les soupirs entrecoupés et l'altération de la voix ce qui est
• produit par la brièveté des lettres et des syllabes (i). > Je doute beaucoup que nos oreilles , peu façonnées aux sons de la langue grecM]ue , puissent bien apprécier ces délicatesses qui tiennent à la coupe de la phrase et à la mesure des syllabes; notre prosodie, composée de temps presque égaux auxquek nous sommes habitués , ne nous permet plus de sentir ces formes variées du langage produites par le mélange des longues et des brèves ; mais ce que l'on peut sentir dans tous les temps et dans tous les pays , c'est la peinture de cette scène pathétique où le poète nous a représenté la douleur d'Andromaque. Qu'il me soit permis d'en faire remarquer ici les principaux traits.
Andromaque, retirée dans son palais, occupée à broder une robe magnifique , est la seule qui n'a point appris l'aflreux malheur des Troyens ; seulement elle sait qu'Hector est resté hors des portes, et elle ordonne à ses femmes de préparer le bain pour que son époux le trouve à son retour des combats. Tous ces détails sont vrais et touchants ; et combien Homère n'ajoute-t-il pas à la pitié que nous inspire cette épouse malheureuse par cette réflexion si naturelle : « L'infortunée ne savait pas que, loin de ce bain « qu'elle prépare, Minerve a dompté son époux par le bras d'A- « chille(a).> Cependant alarmée par les cris qui frappent son oreille, elle veut savoir quelle nouvelle infortune la menace, de tristes près, sentiments s'élèvent dans son ame. Bientôt elle arrive sur le sommet de la tour et ne peut plus douter de son malheur : « Elle le voit «traîné devant les murailles, et des coursiers fougueux emportent ■ outrageusement son cadavre vers les vaisseaux des Grecs (3). » Je ne sais si je me trompe, mais il y a ici une grande délicatesse, une profonde connaissance de la douleur, de n'avoir pas nommé
(i) DeComp. Verb. , J xv, éd. Schaef. Le texte de Denys d*Halicarn. porte à tort ^^cofotv au lien de Tpwiiatv.
(a) lliad.x\445.
a78 OBSERVATIONS
Hector dans cette occMÎon ; elU ie voU^ t&v 9* hitffn ; des chevaux V emportent y imroi {iiv IXxov. Aucun des traducteurs n*a saisi cette nuance : cependant je ne crois pas qu'on accuse cette remarque de subtilité. La fin de ce ré^it est d'une égale beauté , et le souvenir de ce "voile qu'elle avait reçu de Vénus le jour de son mariage est un de ces sentiments qu'Homère ne pouvait pas laisser échapper- Quant au discours d'Andromaque» il a paru beaucoup trop long à quelques critiques anciens, qui le terminaient au v. 4B6, c'est-àdire a ces mots de la traduction : « Hector, puisque tu n'es plus, « tu ne seras point son appui et lui ne sera jamais le tim. » Le motif de cette suppression est que tout le passage est oiseux et qu'il se lie mal avec l'ensemble de la narration (i). Kni^t va plus loin, il regarde tout le discours comme interpolé, et finit au V. 474* ^ chant, dit-il, se termine beaucoup mieux à l'évanonissement d'Andromaque. Il remarque aussi l'expression (MBtfivih fAuxt (1) qui, selon lui, n'appartient point au langage homérique. Enfin il fait observer que le dernier vers du vingt - deuxième chant commence par : «k I^to , et le premier du vingt-troisième par : «K et |ùv <irtvaxovTO. Une pareille homophonie, dit-il, peut bien avoir échappé à ceux qui lisaient le poème divisé par rhapsodie, mais elle ne pouvait venir dans la pensée de celui qui composait une narration suivie (3). Alors il faut admettre que l'interpolation a été faite depuis les Alexandrins , car ce sont eux qui probablement ont divisé les poèmes d'Homère en vingt-quatre chants. Au reste, quoi qu'il en soit de l'époque où ces vers ont été ajoutés, j'avoue que le sens finit très-bien à ces mots : « Autour d'elle sont « rassemblées les sœurs et les belles-sœurs de son ^poux qui toutes « la retiennent, cav son désir est de mourir (4). »
(i) Sch. Yen. x'« 4^7 , A et B. Y07. aussi Enstathe, p. ii8x ,1. 45; il ne retranche que les neuf derniers vers an lien de treiie qœ suppriment les schol. de Tédit. de Venise.
(3) Knight, Not. in II. x\ 47 5-5 1 5.