‹ Observations sur l'Iliade d'Homère (volume 2)Chapitre 20 sur 31 · SUR LE VINGT-TROISIEME CHANT · texte numérisé non relu

SUR LE VINGT-TROISIEME CHANT

DE L'ILIADE

[▼• I.] Cependant les Grecs parviennent bientôt jusqu'aux rivages de l'Hellespont.

AthéDée cite le second vers de ce vingt-troisième chant comme un vers acéphale^ c*est-À-dire auquel il manque une tête (i), parce que la première syllabe de irsixè^y qui commence le vers, est brève au lieu d*étre longue , ainsi que le réclament les lois du vers hexamètre. Dans ce même passage Athénée fait observer quHomère est peu fidèle à la mesure ; ainsi , outre les vers meé' phales (1), il en cite qui pèchent par le milieu, nommés lagturoi (X«Y«pot), qui n'ont point de ventre; et enfin d'autres qui pèchent par la fin, et qu*on nomme meiouroi (f/Ltîoupot) , qui n'ont point de quêue. Voici le motif que donne Athénée à cette infraction des règles. « Que les anciens, dit-il, aient montré toujours un goût très-vîf m pour la musique, on en peut juger par Homère qui, ayant destiné « toute sa poésie à être chantée, n'a pas craint de faire plusieurs « vers qui pèchent par le commencement , par le milieu ou par la • fin (^t^oXoiK » Xs^spoÎK xai fuioupout) (3). » Il faut conclure de ces paroles d'Athénée que sans doute ceux qui faisaient entendre les poésies d'Homère pouvaient à leur gré, en redoublant ou su|^primant des consonnes, allonger ou abréger les syllabes; ei que les

(i) Ath. Deip., 1. XIY, p. 639, E.

(a) Plnurqoe parle ansn des vert d'Homère qui sont aeéphales. De Coriosiute, t. VIU, p. 64, éd. Reisk.

a8o OBSERVATIONS

lois de la versification n*ont été fixées d*une manière irrévocable que lorsque la poésie a été écrite et a cessé d*étre chantée. Voilà pourquoi le même Athénée ajoute : « que Xénophane , Solon , « Théognb, Phocylide, et Périandre de Corinthe, poètes élégia- « ques, qui ne destinaient point leurs poèmes à être chantés, sui- « vent rigoureusement les lois du rhythme et de la mesure, et • observent avec soin qu'aucun de leurs vers ne soit ni acéphale, ni « lagare, ni miotire (i). »

Il faut observer que parmi les exemples que rapporte Athénée il y a un vers qui ne se trouve ni dans V Iliade ni dans VOdjrssée^ soit que l'auteur ait eu une édition difTérente des nôtres, soit que, citant de mémoire, il ait faussement attribué ce vers à Homère. Je suis étonné aussi qu'à l'occasion de la mesure des vers ni Athénée, ni aucun auteur ancien n'aient parlé des hiatus homériques auxquels on ne remédie que par le digamma (a).

[▼. 14.] Thétis elle-même les excite à répandre des larmes.

Les scholiastes donnent des raisons si ridicules pour justifier ce vers, qu'on pourrait croire qu'il était retranché dans quelques manuscrits. Ainsi le scholiaste de Pierre Victor dit que le poète introduit ici une déesse pour sauver l'inconvenance de faire pleurer des guerriers (3). Eustathe dit que l'intervention de la divinité est là pour expliquer l'abondance des larmes qui fut répandue (4)- On n'aurait pas été chercher de si pitoyables motifs pour justifier ce vers, s'il n'avait pas été attaqué. Aussi Heyne pense qu'il porte les caractères de l'interpolation. Ce même critique , à l'occasion des mots '^6o\» ou '^ooto îtxtpov, le désir de pleurer , de ce vers 14» fait observer avec raison qu'ils sont assez souvent répétés dans les deux derniers chants (5) , et qu'on ne les rencontre jamais dans les chants précédents.

(a) Voy. les Obss. sur le vers 172 dn seizième chant de T Iliade.

(3) Cf. Schol. in Homer. Iliad. ex recens. Bekkeri ad h. 1.

(4) P. 1284,1. 61 seqq.

(5) Iliiid. 'Yt iu8, l53; u', 507. Aussi dans TOdyssée S\ ii3, 18''».

SUR LE CHANT XXIII. a8i

[▼. ai.] Hector, traîné sur ce rivage, sera liyré aux chiens.

Heyne fait observer que ce vers pèche contre le digamma et doute qu'il appartienne à Homère (i). Knîght le retranche ainsi que les deux suivants, qui , selon lui , ont été composés d'après les vers i8o-a ci-après (2). Dans ce cas le discours d* Achille doit finir à ces mots : « J'accomplirai tout ce que je t'ai promis. » Je trouve que les motifs de supposer l'interpolation ne sont pas suffisants.

[v. 29.] Qui les convie au repas funèbre.

Il faut observer ici que le mot tk^cv , sépulture , est pris pour te repas funèbre y qui plus tard fut nommé Trcpi^ciicvov , repas consacré aux morts (3). D'après un passage inédit de Philémon cité par Villoison , le mot Tsé^oc doit s'entendre non-seulement du repas qui suit les funérailles, mais de celui qui se prend autour même du cadavre, comme dans ce passage-ci (4). Ce même Philémon fait observer que lorsque le poète donne à ce repas le nom généricfue èoAii 9 il le caractérise par l'épithète (rru'f epYi (5).

[v. 3o — I.] De nombreux taureaux égorgés tombent sous le fer en mugissant.

Je n'ai pas rendu l'adjectif âp^cl, épithète donnée aux lx£ufs , dans ce passage-ci. On s'est fort tourmenté pour trouver le sens qu*Homère a voulu y attacher. Appi signifie rapide et blanc. Or on ne peut pas dire qu'un boeuf soit rapide ^ et l'on n'immolait pas des bœufs blancs aux sacrifices funèbres. Il est vrai que dans la suite âp'jfoç a si^xïié paresseux ^ nonchalant; mais jamais Homère ni les plus anciens auteurs ne l'ont pris dans ce sens. Dam m pense

(i) Ueyn. Observ. ia Uiad. XXIII, ai.

(a) Knîght, Net. in UUd. ^, ai-3.

(3) Brev. Schol. Iliad. ^^ ag.

(4) Cf. Apollonii lex. in v. rà^oç 9 n. 3.

(5) v. 48 de ce chant.

aSa OBSERVATIONS

qu'ici à^9\ signifie gnu, à cause de la bUocheur de la graisse (i). Cette explication est admissible à la rigueur; d'ailleurs je crois que souvent on attache trop d'importance à préciser le sens des épithètes homériques.

Le mot épt'xdtov a aussi donné lieu à beaucoup de conjectures. Heyne en parle fort au long ; j'y renvoie et m'en tiens à l'explication d'Hésycbius qui rend ce mot par ipwMmo (i). Les petites scholies, qui donnent le même sens , ajoutent que cette expression a une force imitative pour rendre les cris du bœuf expirant (3).

Comme quelques-uns dérivent ce mot de épt^oSaiy être éeemiu (4)» Bamès traduit extendehantur super veruèiu. Je crois que oi^poc n'a jamais dans Homère signifié tme hrocke. Ce mot est toujours rendu par oStXoç (5).

[y. 34^] Le sang à pleine coupe est répandu autour du cadavre.

Notre périphrase , à pleine coupe, rend assez bien l'adjectif grec xoTuXiiipuTOv, dérivé de xotuXd, coupe, et de dpuoai, puiser; c'est-àdire, autant qu'une coupe en peut puiser, selon la remarque d'Aristarque (6) , et non autant qu'il en peut couler d'une coupe; car alors il faudrait écrire xoTuXrif ^utcv par deux rAo, leçon rejetée dans nos meilleures éditions.

Je parle ailleurs de l'espèce de vase nommé cotyle (7).

[▼. 38 — 9.] Dès qu'ils sont entrés dans la tente d*Agamemnon, ils ordonnent aux hérauts, etc.

J'écris xtXcuoav avec Heyne, Wolfet Boissonade, au lieu dexc- Xtutfiv, comme les anciens éditeurs, qui faisaient rapporter le verbe à Agamemnon et non aux chefs de l'armée. Ici la syntaxe de la

(i) Dammii Lexic. ad h. voc, p. 800.

(a) Ad voc. épsx^iov.

(3) Brev. Schol. ad h. ▼.

(4) Brev. Sch., 1. c.

(5) Cf. lUad. a', 465; &, 4a8 ; d', 317 etc.

(6) Schol. Yen. ad h. ▼. 34.

(7) y^J' lc> Obss. $ar le v. 3 1 1 du quinzième chant de TOdysfée.

SUR LE CHANT XXIII. a83

pensée comme celle des mots exigent le pluriel. L'édition de Venise écrit xîXtuaav; c'était aussi la leçon d'Arbtarque et d'Hérodianus (i).

[v. 5o — I.] Parce qu'il est juste que Patrocle mort obtienne cet honneur.

Le grec porte mc iiruixsc. Toujours cette expression dans Homère a un sens absolu et signifie comme il est Juste, comme il convient (a); ici Àc exprimant une conjonction qui lie le v.5o au v. 5i, Heyne et Knight en ont conclu l'interpolation; elle est très-probable (3). Le sens serait bien meilleur en disant : « Agamemnon ordonne qu'au • lever de l'Aurore on apporte le bois et qu'on dresse le bûcher « comme cela convient. »

[y. 68.] 11 S arrête près de la tète d'Achille , et lui dit ces mots.

J'ai déjà remarqué que , toutes les fois qu'un songe apparaissait , le poète suppose que l'apparition se penche sur la tête de celui qui est endormi (4). Eustathe, à l'occasion de ces sortes d'apparitions , cite un passage d'Hérodote qui a quelque analogie avec celui-ci (5) ; l'historien, en effet, nous représente le songe qui apparaît à Xerxès et à Artabane (6) agissant et parlant comme le songe d' Agamemnon an second chant, et comme ici Patrocle; ceci tenait aux idées d'anthropomorphisme des Grecs : mais au lieu d'employer l'expression homérique ^ 9* dEp* uiràp xtçaXfic, Hérodote dit simplement inrtporocv toO Âpraêccvou (7), te plaçant au-dessus d' Artabane, etc. Faisons observer qu'il existe un manuscrit de Vienne où ce vers 68 ne se trouve pas (8). C'est vraisemblablement une omission de copiste ;

(i) Sch. Yen. in Oiad. f , 39.

(a) Cf. Ilîad. 6', 43i; r*, 147; «K» 537 etc.

(3) Heyn. Ofass. in Iliad. XXHI, 5o; et Knight, Not. in IL f , 5o-i.

(4) Yoy. les Obaerv. snr le v. ao dn second chant de Tlliade.

(5) Elut., p. 167 , 1. t3.

(6) Non ArUibaze, comme Enatathe Técrit par erreor.

(7) Herod. VII, 17.

(8) Cf. IVdît. d^Alter , t. II, p. 546, var. lect.

a84 OBSERVATIONS

ce yen est indispensable pour amener le discours que va prononcer Patrocle.

[y. 71.] Célèbre promptement mes funérailles, afin que je franchisse les portes de 1* Enfer.

Ce passage prouve que, d'après les traditions homériques , les âmes des morts ne pouvaient pas pénétrer dans les demeures de Plu ton, avant que leurs corps eussent reçu les honneurs de la sépulture. Cependant nous voyons au vingt-quatrième chant de V Odyssée (i), que les âmes des prétendants immolés par Ulysse n'ont pas besoin de cette cérémonie pour arriver jusque dans les enfers. Porphyre résout cette difliculté en disant que àsm^V Odyssée c'est le poète lui-même qui parle et qu'ici c'est un personnage du poème; que par conséquent les traditions doivent être difîérentes. Il me semble dilBcile d'admettre ainsi deux espèces de mythes, l'une relative au poète, l'autre relative à ses personnages; il résulterait une énorme confusion, si un auteur pouvait adopter deux systèmes difTérant à la fois d'idées , de mœurs , de croyances et d'usages (a). Aussi cette contradiction, qui existe entre le passage cité du vingtquatrième chant de VOdyssée et les autres passages des poèmes d'Homère, a-t-elle été une des raisons qu'ont fait valoir Aristarque et Aristophane pour terminer le poème de VOdyssée au vers 296 du vingt-troisième chant (3).

Virgile a suivi les idées homériques; et au sixième chant de l'Enéide quand Énée demande à la sibylle quelles sont les amcs qui sont repoussées loin des rives du fleuve , elle lui répond :

Haïc oninis, quam cernis, inops inhumataque turba est (4).

Eschine, dans son discours contre Timarque, cite toute la fin de ce discours de Patrocle avec des différences assez notables (5). Il

(i) Odyss. tù\ 1-5.

{7) Yoy. A ce sajet les Observ. sar le v. 679 dn qninitème chant de llliade.

(3) Cf. Brev. Schol. Odyss. ^\ 296 et m', I. ch. East., p. 1948, 1. 4^ fteqq.

(4) X^, VI, 3a5, cf. 365, ejoMl. lib.

(5) P. a8a et a83 cd. Wolfii.

SUR LE CHANT XXIII. a85

se troave même 'dans la citation de l'oFateur quelques vers qui ne sont pas dans nos éditions (i).

[y. 75.] Tends-moi, je t'en conjure, une main secou-

rable.

Ce vers et les quatre suivants sont retranchés par Knight; il blâme l'article rm joint à x*^9^ (^- 7^)» ^^ ^^ssi l'expression de xtip àiAf^X^vt (v. 78-9). Il suppose que ces vers ont été interpolés par ceax qui croyaient à l'amour d'Achille pour Patrocle, opinion inconnue à notre poète (i), et qui depuis a été fort répandue. Knight ajoute que toute la fin de ce discours de Patrocle est fort suspecte ; cependant qu'il n'existe pas de motifs suffisants pour rien établir de positif (3). Observons qu'Eschine , qui , comme je viens de le dire dans les observations précédentes, cite la fin du discours, rapporte les vers 77-9, qui se trouvent compris dans le retranchement de Knight.

[v. 80 — I.] Toi-même, ô divin Achille, ton sort est

de périr sous les murs des valeureux Troyens.

Après le vers 81 , Eschine ajoute celui-ci que ne donne aucun manuscrit :

« en combattant des ennemis à cause de la blonde Hélène. » Observez que le datif ^mioi; n'est point dans Homère , qui donne toujours ^Yitctoi (4); mais le dernier hémistiche ÊXtvYic Jvuc* ^ûxôpioio se trouve au v. 339 ^^ neuvième chant de V Iliade,

Quant au vers suivant 83 , au lieu de celui que portent nos éditions, Eschine écrit :

ÂXXo èi TOI i^itù • 06 ^' i^ï çpcot ^oXXto ofotv ,

vers qui se trouve nombre de fois dans VlUade (5).

(i) Yoy. les Observ. sor le v. 80 de ce chant.

(3) Voyez les Obss. sar les v. 97 do seizième, et a3 do diz-jiaitiènie chant de l'Iliade.

(3) Knight, Net. in Hiad. 4/, 75-9.

(4) Cfr. Seberi homeric. îndic.

(5) Cf. Hiad. a', «97 ; ^', 39; t', a59 etc.

a86 OBSERVATIONS

Enfin , après le vers 83 ,

fLii «{Mt o«*v diravnittt Ttftiifuvoii ici* kxOàH ,

« que mes os ne soient point séparés des tiens, Achille »» Eschine ajoute ces deux-ci , qui ne sont pas dans nos éditions :

Â>X' tva irtfp 9% xoc oi6t^ à^oim '^uul miuu9)q Xpuo^tt ^^^ àfA^t^opû, to'v toi iro'pt ic^Tvia {iirrup.

Le second vers de ce distique est évidemment une corruption du vers 9a qui termine le discours de Patrocle , et qui n'est pas admis par Eschine. Quant au premier, j'avoue que la préposition tva, qui laisse le sens suspendu, les motsxxi aMrt (peut-être pour x' iji* oÙTOv) , et l'expression xcxtuO» , rendent pour moi ce vers absolument inintelligible.

[y. 87 — 8.] Au jour où, malheureux, en jouant aux osselets , je tuai, sans le vouloir, le fils d'Amphidamas, dans un accès de colère.

Selon Apollodore, ce fils d'Amphidamas se nommait Clysonyme (i); selon d'autres, Éanès, et, selon d'autres encore, Ly* sandre (3). Dans l'édition de Venise le vers 88 est marqué d'un signe critique , parce que c'est la seule fois où dans Homère il soit question du jeu des oueleu^ nommés en grec astragtdes (3). On trouve dans Eustathe quelques détails sur cette espèce de jeu. Les éuùragalêi ne se posaient que sur quatre faees, et non sur six comme DOS dés cubiques; sur chacune de ces faces était un cotain nombre de points ou d'étoiles , placés de telle sorte qu'en réunissant les points des faces opposées , il en résultât le nombre sept. Ainsi un était opposé à six , et trois à quatre. Quant à cinq et deux , ils ne se trouvaient que sur les cubes. Tels sont encore nos dés actuels : les points y sont disposés de la même manière. Chaque coup de dés, ou plutôt d*astngale4f portait le nom d'une divinité, d'un héros, d'une courtisane, d'un événement illustre ou ridicule , selon qu'il offrait une chance bonne ou mauvaise (4).

(i) Lib.m,c. x3, $8.

(a) Cf. Eost., p. IS90, 1. 3 et 4.

(3) Cf. Sch. Yen. in nUd. ^% 88.

(4) Enst., p. xaSg, I. 5 S aeqq.

Ces attragûieê se nommaient aussi en grec astries , sans doute à cause des étoiles qui se trouvaient sur chaque face (i). Telle est peut-être aussi l'étymologie d^ astragale ou astrabale^ car on disait tous les deux , de ofç'pa ^otXXtiv , jeter les dés étoiles; ce qui me semble préférable à celle d'Eustathe, àç^aloéç paivttv, marcher avec fermeté ^ parce que les astragales exprimaient aussi les chevilles du pied (a).

Dans VOdjssée il est question d'un autre jeu auquel se livraient les prétendants devant les portes du palais d*Ulysse; là ib ne se servent point d'astragales comme ici , mais d'une espèce de jetons nommés irtooot. Je donne ailleurs la description qu'a donnée de ce jeu Aplon d'Alexandrie (3).

[v. 9i-*a.] Ainsi, o Achille, qu'un même cercueil reçoive nos ossements , et qu'ils soient renfermés dans cette urne d'or que te donna ton auguste mère.

Le vers 99 , selon la scholie de Venise qui s'y rapporte , doit être retranché comme étant inutile; car, puisque Patrocle vient de dire qu*un même cerateil reçoive nos ossements , que sert d'ajouter urne d'art etc. ? Le scholiaste de Pierre Victor dit aussi que toutes les éditions retranchaient ce v. 9a, qui, selon Aristarque, était imité cPun passage du vingt-quatrième chant de Vodjrssée (4). Observons enfin que dans le passage rapporté par Eschine ce vers 9 a ne termine point le discours de Patrocle comme dans nos éditions, mais qu'il se trouve dans le corps de la citation avec des changements (5). Knight n'admet dans son édition ni le vers 91, ni le vers 9a , parce qu'il croit que tous les deux appartiennent à des fables post- homériques; le mot (ropôc pour cercueil lui parait être

(i) Eost., p. id.» 1. 54-5.

(s) Eust., p. id.y p. 5i.

(3) Voyes les Obaa. sur le v. xo6 dn premier chant de TOdyssée.

(4) Cf. Scholia îd Hom. Uîad. ex recens. Bekkeri, p. 607. Avant le mot dc6tTitTfti de la zo* ligne de la x'* col. mettes le chifSre ga. Le passage indiqaé par Aristarqae se trouve anx v. 73*4 du vingt-quatrième chant de l'Odyssée, qaî, comne je Tai dit, était retranché en entier par Aristsrqoe (voy. ci-dessus les Observ. sur le v. 71 de ce chant).

(5) Voyex les Obss. sur le v. 80 da XXIII* chant de l'Hiade.

a88 OBSERVATIONS

une expression moderne (i). En effet, la scholie de Venise déjà citée observe que ce que le poète appelle ici oop^c est nommé XetpvaÇ au vingt-quatrième chant de \ Iliade (v. 796). Dans ce cas 11 faut finir le discours de Patrocle à ces mots : « il m'éleva avec « soin y et me nomma ton écuyer, »

[y. 100 — I.] Et lame dans le sein de la terre, comme une légère vapeur, s'échappe en frémissant.

Platon veut retrancher ce vers d'Homère, non point parce qu'il compare Famé à une vapeur, mais parce que cette ame s*enfuit en frémissant. « Nous supplions Homère et les autres poètes, dit « Platon, de ne pas s'indigner contre nous si nous effaçons de « leurs écrits ces sortes de maximes et d'autres semblables ; non • qu'elles ne soient fort poétiques et très-agréables à entendre ; « mais plus elles sont poétiques, et moins elles doivent être écou- « técs par des hommes qui doivent être libres , et préférer la mort « à l'esclavage (a). » J'ai déjà parlé fort souvent de l'opinion de Platon relativement à Homère (3).

[v. io3 — 4*] Grands dieux! lame ou du moins son image existe donc dans les demeures de Pluton, quand le corps n'y réside plus.

Voilà des notions bien claires, bien positives de l'immortalité de l'ame; non point d'une immortalité passive, si je puis ainsi dire , mais d'une immortalité où notre amc conserve toute la conscience de ce qu'elle fut durant son union avec le corps.

Hérodote dit que les Égyptiens sont les premiers qui ont enseigné que l'ame était immortelle (4)- Selon Diodore de Sicile, les prêtres égyptiens prétendent qu'Orphée a puisé chez eux le

(1) Knight, Not. in Iliad. 4f',gi-a.

(a) Reip. Ilf, t. VI, p. a6a-3, éd. Bip.

(3) Voy. entre antres les Observ. sur le vers 856 dn XVH chant de riliade.

(4) Herod., lib. II, § ia3.

dogme des peines et des récompenses futures , et qu*Homère n'a fait que mettre en vers les doctrines d'Orphée (i).

Le mot 9p^ic au pluriel est pris quelquefois pour la membrane qui entoure le cœur, le péricarde (a). Ici ce mot est pris pour le corps tout entier. C'est la partie exprimant le tout, comme l'expliquent une scholie recueillie par Bamès, et Aristophane le grammairien (3).

[y. io8.] Ces paroles raniment dans tous les cœurs le désir de pleurer.

Voici ce que dit Aristote à l'occasion de ce vers : « Les plaintes « et les lamentations ne sont pas dépourvues d'un certain charme. « Sans doute nous éprouvons une vive peine de la perte d'un ami,

• mais nous aimons à nous rappeler son souvenir, à voir ce qu'il

• faisait, tel qu'il était enfin (4).» Voilà aussi pourquoi, aux v. 10 et 98 de ce chant» le poète emploie l'expression de TiT«firw|uo9a ^to dXooîo, ce qu'on pourrait traduire, si l'on ne craignait pas d'être trop hardi : quand nous aurons sa90uré Ut amère$ délices de nos pleur».

[v. iiÇ.] Us gravissent des sentiers ardus, nipides, tortueux et difficiles.

II ne faut pas songer à reproduire en français l'harmonie imitative de ce vers , qui peint d'une manière sf admirable les efforts d'une marche pénible à travers des sentiers raboteux et difficiles. Démétrius de Phalère l'a cité dans son Traité de PÉlocution, pour prouver comment, avec le secours de syllabes rudes et fortes, on peut rendre visibles les objets dont on parle (5). Eustathe avait aussi remarqué la suite des consonnances qui se trouvent dans ce vers : t&v o&r&v oujA^vttv iiraXXiiXta (6) , et Pope dit qu'il n'est pas

(i) Diod. Sioiil., lib. I, p. 107 et 108 » éd. Weiid. (a) Cf. Iliad. < 481 ; Odyas. i\ 3oi.

(3) Sch. Yen. in Iliad. f , X04.

(4) Rhetor., lib. I, chap« XI, t. TV, isS, bip.

(5) S aaô.

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