P. IÎ191, I
d'oreiUe qui De sente ici la jutle prafriété des sons employés psr le poète (i).
««W»«M*«tM^%
[y. i3a.] Les chefs montent sur leurs chars, avec les
écuyers.
Quoique Homère parle souvent de guerriers qui montent sur des chars , voici la seule fois qu'il leur donne le nom de iropai&i- TSL Dans l'édition de Venise ce vers est marqué d'un signe critique. Les petites schoUes expliquent irapatCocrai par xi6ptoi rûv «tf- (MÉTwv (3). Porphyre dit que, selon notre poète, ceux qui combattaient sur des chars se nommaient ^tt^aèérau (3).
[▼. i4i — a.] Ddxmt^ loin du bûcher, il «oupe sa blonde chevelure , qu'il laissait croître en abondance pour la consacrer au fleuve Sperchius.
Voici un exemple de ce que j'ai dit au second dàuit (4)« que dans les grandes ^douleurs on avait coutume anciennement de couper ses cheveux. On retrouve les mêmes traditions chez les tragiques. Au commencement des Chœphores d'Eschyle, Oreste, sur le tombeau de son père , coupe sa chevelure , qui déjà avait été consacrée au fleuve Inachus (5) , comme ici celle d'Achille au fleuve Sperchius. Dans l'Ajax furieux de Sophocle, Teucer adresse ces paroles au fils d'Ajax: «Venez, jeune enfant, et, comme un « suppliant, approchez de votre père, de celui qui vous donna le «jour; restez à ses genoux en tenant dans vos mains ma cheve- « lure , celle de sa mère et la vôtre ; c'est le trésor des suppliants (6). • Dans rOreste d'Euripide, Hélène prie Electre de porter sa chevelure au tombeau de Clytemnestre, sa sœur, comme une offirande(7)9 et lorsqu'ensuite elle en charge Hermione, sa fille, elle lui dit :
(i) Homet^s Uiad., bock XXID, not. of v. x4i. (a) Brev. Sch. Oiad. ^, ad h. v.
(3) Qnest. Homer., p. lxxzxu ia ed« Ssm.
(4) Voy. les Observ. sur le v. 1 1.
(5) y. A et 7. Staal. éd.
(6) V. 1171. Brank. ed;
SUR LE CHANT XXIII. agi
• PrentM éuÈê vos aiains ces libatioiis et ma chevelure (i). » Dans rÉIectre dn mène Euripide, oette princesse dit aussi : « Je me « suis rendue cette nuit au tombeau de mon père, pour lui donner « des larmes et lui consacrer ma chevelure (i). » Ovide a suivi la même tradition, et il dit, en parlant des nymphes qui déplorent la mort de leur frère Narcisse :
planxere sorores
Naiftdes , et sectos fratri imposuere capillos (3).
Et dans Properce :
nia meo ouus dooaiaet fiinere orines (4).
A ces exemples et à ceux que nous avons donnés dans la note citée il faut joindre ceux-ci : Hérodote dit que toutes les nations, excepté les Égyptiens , ont coutume de se raser en signe de deuil (5). H dit encore que les filles de Délos se coupaient les cheveux en fhonneur des filles hyperboréennes qui moururent à Délos (6). U raconte enfin que les Milésiens se rasèrent la tète et témoignèrent leur tristesse par tous les signes extérieurs, quand ils apprirent que la ville de Sybaris avait été prise par les Crotoniates (7). D'après toutes ees autorités, il est étonnant que Plutarque ait dit dans ses Questions Romaines que les Grecs , lorsqu'il leur arrivait quelque malheur , laissaient croître leurs cheveux , et que les femmes seulement avaient coutume de les couper (8). Sans doute il en était ainsi de son temps , mais , pour ce qui est de l'antiquité , il n*est pas douteux que l'usage pour tous ne fût de se raser dans les grandes calamités. Plutarque lui-même rapporte dans la vie d'Alexandre que ce prince, à la mort d'Héphestion , fit raser les chevaux et les mules en signe de deuil (9). Ce qui prouverait, au reste, que cette coutume n'existait plus du temps de
(i) V. xxa.
(3) Metam. III, 5o5.
(4) lib. I, Eleg. 17, V. ai.
(5) lib. n, S 36.
(6) lib. IV, S 34.
(7) lib. VI, S ax.
(8) Ton. VII, p. 8a, cd. Reiike.
(9} T. IV, p. x57, éd. Reiske.
aga OBSERVATIONS
Plutarqfue, c'est que Lacioiy qui » dans ton TmUé du Demi (irtpc irtvôouc) , rapporte pliuîeun des cérémonies usitées de son temps aux funérailles, ne dit point qu'on se coupât les cheveux.
[y. 147-] Il ju^ de sacrifier cinquante béliers.
BeUer est le mot propre pour rendre la périphrase grecque (uiXov Ivopxov, ireèU nulle. Les petites scholies expliquent Tépithète f»epx« par t^x^K iffifx% (i); c'est ainsi que Toiseau nommé en français buse y et en latin buieo (a), était appelé rptcpxQC par les Grecs , a jimwuro tettium, comme dit Pline (3). Les scholiastes remarquent ici qu'on immolait aux fleuves des animaux qui n'étaient point privés des organes de la génération, parce que l'eau était considérée comme le principe générateur (4) , et Eustathe fait observer que Pelée devait sacrifier ces brebis mâles à la source même du Sperchius , parce qu'elle était en quelque sorte comme la semence de tout le fleuve : iç wn^èt/i 9ï Upfûovrxi ^i^Mf ^là to aMdi '^vn^uonç icvat Toû 5Xou iroTc^ikoQ (5).
[y. i5i.] Je veux consacrer ma chevelure au noble Patrocle.
Platon trouve que ce trait d'Achille est d'une telle irrévérence envers le fleuve Sperchius qu'il le regarde comme hors de toute croyance (6). Ce qui pourtant devait excuser Achille aux yeux du philosophe , c'est que cette chevelure n'avait été promise au fleuve Sperchius que dans le cas où le héros reviendrait dans sa patrie (7); et comme ici Achille présume bien qu'il ne retournera plus en Thessalie (8) , il peut se croire affranchi du vœu qu'avait fait son père.
(i) Brsv. Sdi. iJiad. ^^ 147. Le icholiatte de Théocrite eiqpliqiM aiian cette épitbète par Jpx*(C {AfYoXouc Ix^^v (Idyll. m, v. 4.) (a) Toy. Bnfibn, Hiit. des Oiieaiix, 1. 1, p. ago.
(3) Lib. X, e. 9, éd. BfiUer.
(4) Sch. Yen. iniliad. x'» 14?.
(6) Rdp. in, t. VI, p. a^o Bip.
(7) a.,niad.4r',i44.
(S) niad.4»', i5o.
SUR LE CHANT XXIII. agS
On dirait que Phtooy toutes les fois qu'il a parlé d'Homère^ a pris à tâche de combattre Fidée d'Anaxagoras, qui soutenait que les ouvTBf^ de notre poète n'étaient qu'un traité sur la justice et la vertu (i).
^^««^MMi^MM
[▼• i64*] Ils dressent un bûcher qui de tous côtés a cent pieds d'étendue.
Voici comment Virgile exprime la même idée :
iDgentcm struzere pyram : cui frondibns alris lotexuDt latera, et ferales ante cupressos GoDstituuDt , deconntqae super fulgentibus armis (a).
Ici le poète latin donne une très-belle description du bûcher , comme plus haut il détaille avec beaucoup de soin tous les arbres de la forêt où l'on va couper le bois (3); tandis qu'Homère dit simplement : Us dretsaU un bAchar qui, dt tous câtés, a etnt pieds, U faut remarquer dans Virgile cette expression feraies eupressos. Le cyprès y dans les idées homériques , n'était point un arbre funéraire; Heyne dit que Virgile, en plaçant ainsi des cyprès devant le bûcher , fait allusion à un usage des Romains , qui mettaient des branches de cet aibre devant la maison où quelqu'un était mort (4). Homère, au vers i65, ajoute, avec la même simplicité : • Us déposèrent le cadavre au sommet du bûcher > tandis que Virgile y joint de nouveaux détails :
Parpnresfque super vestes, velamios oots, GoDJidunt (5).
Dans Homère on ne brûle ni les armes ni les vêtements de Patrocle, et il est permis de croire que ce n'était point l'usage des temps héroïques; si toutefois, ainsi que l'ont supposé les meilleurs critiques, la fin du discours d'Andromaque au vingt -deuxième
(i) Diog. Laert., 1. U, Jn. Toy. Im Observ. sur le v. 5o do premier ch. de rilisde.
(a) Sia, VI, 91 5.
(3) Cf. JEn. VI, i8o. Voy. aussi les Observ. sur le v. 417 du septième chant de Flliade.
(4) Heyn., Not. in lUad. VI, v. 116 et Serv. ad e. v. 5) iEo. VI, aai.
a94 OBSERVATIONS
chant eat vm pasM^ înlerpolé (i). Dans la «aitc, onite cottttiflie de jeter des meubles , des vêtements et d'antres objets prédeux dans les bûchers» avait donné lien à des dépenses sî oonsîdérables , que Solon fut c^ligé de faire des lois contre le luxe des fîmérailles (i).
[y. 169.] Et tout autour il amoncelle leurs membres sanglants.
Mot à mot : il amoncelait leurs corps déchirés. Ce vers est marqué d'un signe critique dans l'édition de Venise, parce que le poète emploie ici le mot ^parà pour ^aproC (3). Cest ainsi que les Grecs disent }K.^aj^\n pour Mtp^n, f^poxov pour f^apxov (4), et que les Latins ont dît forma pour |Aopfii (eolic. ^i^^) Cest h figure que les grammairiens nonmient métathèse. Selon les scholiastes de P. Victor, quelques manuscrits portaient i^é (S).
[y. 173-^4*} Neuf chiens fidèles étaient nourris des restes de sa table ^ il en immole deux, et les jette aussi dans le bûcher.
Pline le jeune raconte qu'un certain Régulus, dont au reste, en toute occasion» il fait une peinture affreuse, fit immoler sur le bdcher de son fils tous les animaux qui avaient appartenu à ce jeune homme : chevaux, chiens, oiseaux; mais, ajoute Fauteur : « nec dolor erat ille , sed ostentatio doloris (6). »
Sophocle fait allusion à ces divers sacrifices, lorsque, dans Antigone , il fait dire à Créon : « Qu'Étéocle mort en combattint pour « notre patrie, lui qui remporta sur tous par la force de sa lance, « soit enseveli dans la tombe ; immolons en son honneur toutes « les victimes destinées aux mânes des hommes courageux (7}. >
(1) Cf. llîad. x*> ^i^ s^q*9 et les Obaerv. sar le v. 476 de ce vingtdeazième chant.
(a) Plot. inSolone, 1. 1, SSg éd. ReUk.
(3) Sch. Ven. in niad. ^^ 169.
(4) Eut., p. XS94 L a 5.
(5) Schol. in Hom. Iliad. ex Rrceos. Bekkeri ad h. v. 169.
(6) Lib. IV, epé a.
(7) Àntig.,v. 194.
SUR LE CHANT XXllI. agS
[t. 175 — 6.] n immole avec le fer douze fis Taîlhnts des guerriers troyens ; car il avait résolu dans sa pensée ces funestes desseins.
û déjà fait obserter qu'on ne doit point îd considérer cette action d'AdiiUe comme un sacrifice, qooiqw'ii imiÉole ces jevnes I^Miriers aux mânes de Patrocle ; car ee n'était point une coutume commandée par les dieux et consscrée par le culte. Achille ne sacrifie réellement qu'à sa irengcance et à sa ftrocité. Ainsi cet acte de cruauté froide, qui sans doute paraissait te«t simple dans un lempa où le droit de la guerre était l'esclavage ou la mort, ne doit^il paa être mi» en parallèle avec ces sacrifices humains usités dans la Perse, et dont parle Hérodote en ces termes : « Pai ouf « dire qu'Amestris, femme de Xerxès, étant dans un âge avancé, > fit ensevelir dix-sept enfants des citoyens les plus illustres, pour « se rendre propice la divinité qu'on dit exister sous terre (i). » On ne voit pas non plus que dans les siècles héroïques on fût en usage d'immoler sur les tombeaux ou les bûchers des hommes puissants leurs esclaves et leurs serviteurs, coutume atroce que César trouva établie dans les Gaules (9), et qui subsiste encore dan» les Indes, où les femmes elles-mânes sont obligées de se jeter sur le bûcher qui consume le cadavre de leur époux (3). Homère n'offre rien d'analogue à ces horribles coutumes; jamais il n'est question dans ses chants que la religion ait ordonné des sacrifices humains. Le sacrifice d'Iphigénie est même en opposition avec le récit d'Homère, puisqu'Agamemnon, ainsi que je l'ai déjà remarqué, parle au neuvième chant de cette jeune fille comme existant encore (4).
Certainement par la suite la Grèce s'est déshonorée par cette superstition : les tragédies d'Hécube , d'Iphigénie en Aulide et d'Iphigénie en Tauride en sont une preuve ; les sacrifices humains ont même subsisté long-temps après , puisque Théophraste , cité par Porphyre (5) , dit que de son temps les Arcadiens sacrifiaient
fi) Herod.,lih. VH, § X14.
(a) De BeU. Gallic. VI,c. 19.
(3) Cf. Kircbmann de Fonerib. Roman., 1. III , c. iv.
(4) Toy. les Observ. sar le v. 144 de neavième chant de Tlliade.
(5) De Abetinentiâ ab csa Animal., lib. II, § >7» P* '^o, 1767, tn-4°.
âge OBSERVATIONS
encore un homme aux fêtes de Jupiter Lycéen. Mais je dis seulement que cette superstition cruelle n'existait pas à l'époque des siècles héroïques ; et quoique le silence d'Homère ne soit à ce! égard qu'une preuve négative , elle me semble d'une grande force. J'ai rendu ces mots xaxa ^i ^tol {iii^cto Ip^s du vers 176 par : « car il avait résolu dans sa pensée ces funestes desseins. » Tai suivi en cela l'opinion d'Eu8tathe(i) et celle duscholiaste de Venise; toutefois je pencherais beaucoup pour l'avis de Heyne, qui croit qu'un tel sens est plutôt l'expression de nos propres sentiments que celle de la phrase grecque, laquelle ne signifie autre chose, sinon qu'Achille avait conçu dans son esprit le dessein d'exécuter une résolution funeste aux Troyens (s). Ce critique cite quelques exemples à l'appui de son Opinion. Ainsi, au vingt -deuxième chant de YiUaJe^ lOrsqu'Achille est résolu d'outrager le cadavre d'Hector, le poète emploie la même tournure :
.... « fixTopa ^iov àtvUx {i^n^rro Ip^ (3).
Au chant septième , lorsque Jupiter menace les Grecs de grands maux :
é wKxk {in^tro purrUra Zcuc (4)-
Et dans mille antres passages qu'il est inutile de rapporter (5). Toutefois , rien ne contredit manifestement le sens que j'ai suivi.
[▼. 177.] Enfin il porte sur le bûcher la flamme étincelante.
Ces mots : la Jlamme AinceUuUe ne rendent point l'énergique expression du grec : itupo^ |mvoc vt^pi ov , la force de fer du few. Ainsi , dit Eustathe , le poète qui compare si souvent les guerriers armés de fer à l'ardeur de la flamme, par réciprocité donne ici au feu lui-même l'indomptable force du fer (6). Souvent Homère a pris
(i) Eoac., p. X994, 1. si-9.
(2) Heyn. ObM. in Iliad. XXIII, 176.
(3) Iliad. x', 395.
(4) Uiad. V, 478.
(5) Cf. Lezic. Grec. Dunii» p. 1474.
(6) Enst., p. 1294, 1. 99-30.
au figuré cet adjectif ot^coc ou vM^tvK pour exprimer Tioflezibîlîté de l'ame ou du caractère. De là ov^toc ôuptjbc, le cœur inexorable d*AchiUe (i) , oM^twt irm^ , un cœur inaccessible à la crainte (1), et m^in xfs^n, une patience à toute épreuire (3).
[y. 179.] Réjouis-toi, Patrocle, même au sein des enfers.
Dans l'Enéide , le héros s'adresse aussi à l'ombre de son père quand il retrouve le tombeau d'Anchise :
Salve, asocte psreos; itenim salvete, recepti Nequicquam dneres, anlnMBque, umbreque patenic (4).
Cette pensée : Je voeu taiue, 6 cendres en vain retrouvées est fine et délicate , mais elle n'est nullement dans le goût d'Homère. Je donne à x^* 1® MO* des divers interprètes qui expliquent ce mot par Ttfpmu, ^ou, parce que le héros accomplit en ce moment tout ce qui pouvait être doux aux mânes de son ami.
[y, 200— I.] Ceux-ci, rassemblés dans les palais du yiolent Zéphyr, se liyraient à la joie des festins.
Heyne remarque avec raison que toutes les fois qu'un personnage est introduit dans une assemblée des dieux, il les trouve à table. Ainsi y au chant quinzième de V Iliade ^ lorsque Junon arrive dans le palais de Jupiter , > les dieux , à son aspect, se lèvent > et lui présentent des coupes (5). > Au chant dixième de Vodfssée^ lorsqu'Ulysse est forcé de retourner auprès d'Éole, il trouve celui-ci : « se livrant aux douceurs du repas avec sa femme et ses « enfants (6). > Au premier chant de Ylliade, Thétis dit à son fils que > Jupiter et tous les dieux se sont rendus chez les Éthiopiens
(i) niad. x', 357.
(a) Oiad. m', 521.
(3) Od. è\ 198.
(4) Xn. y , 80.
(5) Uiad. 0', 86.
(6) Odyw. x', 60-1.
ag» OBSERVATIONS
« pour pÉitidper aux Meiifices (taièt ^«rm) (i) », et ici mène Iris répond aux vents , qui rinvitent à t'asteoir, qu'elle ne peut se re> poser, parce qu'elle se hâte de se rendre chez les Éthiopiens, qui immolent des hécatomhes aux immortels (9). Ches les hommes des siècles héroïques , les plaisirs de la table étaient au ran§f des pins douces jouissances. Le chantre de ces temps anciens ne pouvait pas concevoir que les hommes pussent se réunir entre eux si ce n'était pour faire bonne chère , à moins toutefois que l'assemblée n'eût un but déterminé; et, même alors, si la résolution n'avait pas de résultat immédiat, elle était précédée ou suivie d'un festin copieux.
[y. 208 — 9.] Achille te supplie d'accourir, Borée, et toi bruyant Zéphyr.
Homère dans ce passage joint ensemble Borée et Zéphyr, comme au chant neuvième, parce que ces deux vents soufflaient également des régions de la Thrace (3). J'ai déjà fait observer que toujours dans X Iliade le Zéphyr était un vent impétueux et violent (4). Voilà pourquoi le poète lui donne Tépithète de xtXa^itvi^, ^rnjoji/, et plus haut celle de è\àwà^ , au souffle impétueux (v. soo). Toutefois la scholie de l'édition de Venise, qui se rapporte à ce v. aoo, dit que le Zéphyr n'était considéré comme vent violent que durant l'hiver, et que pendant l'été c'était un vent doux , di pouç 9% irpooinvDc (5). Quoique Homère ne fasse jamais une telle distinction, cette raison peut, jusqu'à un certain point, concilier l'opinion de Fauteur de V Iliade avec l'opinion reçue (6), et les divers passages de VOdyssée oà le Zéphyr est représenté comme un vent doux et agréable (7). M. Coray, dans sa traduction du traité des Airs, des Eaux et des Lieux d'Hippocrate, pense que cette, double opinion sur la nature du Zéphyr tient à ce que , dans les idées homéri-
(i) Iliad. a', 4i3.
(2) Uiad. 4^, 205-7.
(3) Uiad. i', 5.
(4) Yoy. les Obas. tar le vers 147 du second chant de Tlliade.
(5) Cf. Enst., p. 1296, 1. 29-3o.
(6) Aristote dit positivement h Z«^poç cù^isivoç xat îi^ioroç ^oxeî elvai Tûv àvSfAuv. Probiem., J xxvi, 34, t. Il, p. 804 éd. Duv.
(7) Odyw. €', 421 ; ^, 567 ; V, 119.
qaes, ce vent ccmipreiiaît une grande partie de la circonférence , et s^étendalt depuis Ut moitié de rottest'Sttd-ouest jusqu'à la moitié de rouest'-nord'cuestf parce qu'alors la rose des vents n'était composée que de quatre vents seulement (i) , ainsi que je le fais observer ailleurs (s).
[y. a 19 — 20.] Et . . . tenant une large coupe, il puise le vin dans une lu'ne d'or, et fait des libations qu'il répand sur la terre.
J'ai rendu les mots x^^^ x'* P^ /â<re des libations, pour ne pas répéter deux fois la même idée, car ^lût ^i ^cday a la même signification que ^^ocfiou^iç x^'t, il répand le vin à terre et en arrose la terre, Eustathe dit que ces mots ^eûe ^t ^àxxm ne sont pas nécessaires, et que le poète ne les ajoute que pour finir son vers. Kal Sri Tû, ^cSi iï *[éjia.H, oùx àvaipcaîe*; iini)r(bi, àXX* auTu»; cîc àvxirXiipuaiv 0T^ou (3). Du reste le même critique justifie ma traduction, puisqu'il dit au même endroit que c'est du verbe xt<v, employé ici, qu'est venue l'expression de x^^î pour signifier les libations qu'on faisait en l'honneur des morts : Ôpa ^i to xt*v , àff oS x^oX Xs'i^cvTai at TÛv vixpiÂv (Firov^ai (4)>
[y. 222 — 3.] Comme un père se lamente quand il brûle les tristes restes de son fils nouyellement marié , et dont la mort a nayré de douleur ses parents malheureux.
Plutarque qui , dans son traité de la Consolation à Apollonius, cite ces deux vers, ajoute en troisième le v. 87 du dix-septième chant de V Iliade : > et qui a attiré sur ses parents le deuil et les
(i) Voy. les diacoara prélim. t.xxviii et Lzxn. Voy. amst le tableau comparatif des roaes de vents des aocient et des modernes, i la p. lxxii de ee même discoun.
(a) Voy. les Observ. snr le v. 3o5 dn oDxième chaat de THiade.
(4) Même pag. 1. 40.
3oo OBSERVATIONS
m lannes (i). • H est à présumer que ce vers existait dans quelques éditions du temps de Plutarque , et qu'il aura été retranché comme n'offrant qu*uoe inutile répétition d'idées.
Les anciens critiques remarquent avec quelle énergie Homère peint ici la douleur d'Achille, en la comparant au chagrin d'un père qui pleure non-seulement son fils , mais son fib nouvellement mariéy dont il ne verra pas les enfants, et qui emporte avec lui les plus douces espérances (a).
[▼. aa6.] Lorsque Fétolle matinale, annonçant la
lumière au monde.
Il y a dans le grec ÈMo^opoc, oe que les Latins traduisent par Lucifer. Selon les scholiastes, c'est la même étoile qui dans la suite fut appelée Vetper^ et ensuite \eio\U de Vàuu (3). Elle fut nommée Vesper, parce qu'elle se levait sans doute assez tard dans la soirée, et que c'est au moment où elle allait disparaître que la première aube du jour commençait à poindre. La scholie de Venise qui se rapporte à oe vers 116 fait remarquer l'expression hardie de 90«K ipf ttv , disant la Manière , au lieu de annonçant la lumière, Heyne fait observer qu'une expression analogue est employée au second chant :
ZdvI çottc i^iwaa, « L'aurore disant la lumière à Jupiter (4). » Eustathe dans cette phrase ne voit que l'explication étymologique du mot Ètto^'poç (5)* Ce qu'il faut dire, c'est que l'Aurore est toujours personnifiée dans Homère , comme ici l'astre nommé Rosphore; dès lors il n'est pas étonnant que des êtres réek s'expriment par la parole. Ici, dire la lumière^ c'est dire qu'elle va paraître y a^etl Fannoneer, comme ailleurs c'est elle-même qui la porte :
Âmç (Uv
Afvud', fv* dtOaYttTOtat (^fùç çipoi (6).
(i) GonsoL ad Apollin., t. VI, p. 446 éd. Reiske.
(a) Cf. Sch. Ten. in Uiad. <)i', aaa, et Eost., p. 1296, L 5a et soiv.
(3) Brev. Sch. et Schol. Ten. in Uiad. ^\ 9a6.
(4) Uiad. 6', 48. Cf. Eost., p. 1997, 1. 4.
(6) Uiad. t', I et a.
SUR LE CHANT XXIII. 3oi
[t. aSo — I.] D'abord ces guerriers éteignent avec un vin noir les parties du bûcher que la flamme avait par^ courues.
QuiDtiu Calaber a presque copié littéralement notre poète lorsqu'il parle des funérailles d'Achille :
« Alors ik éteignirent le bûcher avec du vin. » Il n'a fait que retrancher l'épithète aXBom qu'Homère donne très-souvent au vin , et qui signifie une couleur noire comme celle produite par l'action du feu; c'est de là qu'est venu le nom donné aux Éthiopiens. Virgile a dit aussi aux funérailles de Mycènes ':
Relliquîas vino et bibulam lavere favillam (a).
Pline le naturaliste rapporte une loi de Numa qui défendait d'éteindre les bûchers funèbres avec du vin. > Numae régis lex est : « vino rogum ne respergito. > Pline ajoute : « Quod sanxisse illum « propter inopiam rei , nemo dubitet (3). >
[y. a5a — 3.] Alors, eu pleurant, ik recueillent dans une urne d'or les ossements de leur compagnon si plein de douceur.
On ne conçoit pas trop comment les os de Patrocle ne furent pas entièrement réduits en cendres et comment on put les retrouver dans les débris d'un bûcher qui avait cent pieds carrés (4), quoiqu'on eût pris le soin de le placer au milieu de ce bûcher, tandis que les nombreux cadavres d'hommes et d'animaux étaient sur les bords (5). Du temps de Pline on avait un meilleur moyen pour que les dépouilles mortelles des rois ne fussent pas confondues avec les cendres du bûcher, on les enveloppait dans des tuniques tTamianta qui résiste à l'action du feu (6). Pline dit que cette
(i) Hom. PSiilip. in, 7ao.
(s) JEn. YI, 997.
<3) Pline, Hist. natar., l. XIV, e. la vel 14 éd. Milleri.
(4) Cf. V. 164.
(5) Cf. V. 14 z seqq.
(6) Pline, HItt. Nat., L XIX, c. iv, éd. Miller. Amiante ou asbesie sont
3oa OBSERVATIONS
pierre se nommait Wmi», et que lorsqu'oD jetait au feu les serviettes des convives, faites avec les linéaments de ce minéral, elles en sortaient aussi blanches que si elles avaient été lavées : « Vivum • id vocanty ardentesque in focis conviviorum ex eo vidimus « mappaa , sofdibns eustis, aplfwdwfwrtesqoe iffù mai^is, quam > possent aquis (i). •
[y. 25g — 6i.] Des navires on apporte les prix destinés aux jeux : les bassins, les trépieds, les chevaux, les mules , les bœufs au firont robuste, les captives ornées d élégantes ceintures, et le fer étincelant ....
Ces trois vers sont marqués d'un obel dans Tédition de Venise, mais il n'y a point de icholies qui s'y rapportent Heyne y supplée par une scholie du manuscrit de P. Victor qui nous apprend qu'Aristophane supprimait les vers 159-60-1 (a). Knight approuve ce retranchement; il fait observer avec raison que cette tournure vDwv jx^tpitv, transporter dês vaisseaux, ne peut pas s'appliquer a Jet chemuXf à Jet nudes, à Jet etelavetf que l'on conduk mais que l'on ne porte pas (3). Dans œ cas l'alinéa doit finir ainsi : « Cepen- « dant Achille retient l'armée et la fait asseoir dans une vaste a enceinte. » Ce qui donne un sens très-satisfaisant
[v. S169.] Le quatrième aura deux talents d'or.
Eustathe remarque ici que le talent était d'une bien mince valeur, puisque deux ne valaient pas un bassin qui était le troisième prix (4). Selon Aristote, cité par le scholiaste de Venise, le talent ne devait pas avoir, dans cette première antiquité, de valeur bien
deux adjectifii qui signifient irteorruptibie , et qui sont devenus le non même de ce roinénl. jimiante est le plat mité parmi nous. V07. ce mot dans le Dict d*Hist. Natw. publié par Detterville, 1816-19.
(i) Plin., Hist. Nat., 1. c.
(a) Heyo., Observ. in Uiad. XXni, 259.
(3) Knii^t, Not. in Hiad. x', 959^1.
SUR L£ CHAIÏT XXllI. 3o3
délermiiiée (i) ; ainsi dans ce passage il vaiil noios qu'un cheval , et au neuvième chant (v. iai-3), il paraît valoir davantage (a). Certainement dans on temps où la monnaie n'était pas frappée à un coin qui garantit sa valeur, cette valeur devait être fort arbitraire. On appelait alors ialemi une certaine quantité d'or pesée dans une balanoe avec ua poids quelconque (3), el qui devait varier presqu*autant de fois que l'opération se renouvelait Cest même de là qu'est venu son nom, parce que rdktrcw signifie ^ iamce; la mouMÎe nomasée stmtèrc avait aussi la même m^gine (4), de même que notre mot Uvre de £hra. Ce qui prouve que le poids a été le pi«mier signe de la monnaie; comme les mots <|^c et eùicuius prouvent que les premières opérations de l'arithmétique ont été faites avec de petites pierres.
[▼. 370.] Et le cinquième une urne superbe non
destinée au feu.
L'épithète d'àici>pMTOc a le même sens que celle d'ôbrupoc, employée quatre vers pins haut et dont j'ai donné ailleurs l'explication (5). J'ai rendu par urne le mot tfMkn, d'où sans doute est dérivé notre moi phioUf quoique la forme et la matière en soient différentes. Voici la description que, d'après Didyme, Athénée donne du vase nommé çiôXn : • Cest un vase d'airain , fort large , qui a la forme « d'un bassin (Xi^utû^i;) et très-commode pour contenir l'eau > froide (6). » Les grammairiens ne sont pas d'accord sur la véritable signification du mot à(Açt6fTûv (7). J'ai traduit simplement par urne superbe en suivant l'explication d'Eustathe : « Cette épithète signifie •Jfaît apec soin, car la préposition àft^l a souvent la même force « que mpl, et celle-ci désigne ce qui est bien (8). >
(i) Seh. Ten. in Ilisd. f , 269, B.
(9) Yoy. à oe rajet les Observ. sur le v. 935 do aîzième ch. de nUade.
(3) Cf. Iliad. t', 947.
(4) Eus!., p. 1 18s, 1. 5o-a. Je crois qa'oMe a encore la mime origine do mot ^6iX^ y qui «ma été pris pour le fléaa de la belanoe.
(5) Toy. les Observ. nir le v. iia do asaviàiie eh. de l'Aîad.
(6) Athen. Deip., lib. XI, p. i&B, E.
(7) Vid. E^ch. fimd. ecyn. mag. ÀpoUonii lexio. in h. V4 et Schol. Yen. in Iliad. (^, 170.
(8) Eost, p. 1999, 1. 59.
3o4 OBSERVATIONS
[t. a^a— ^S.] Atride, et vous, vaillants capitaines des Grecs, voici dans cette enceinte les prix réservés aux écuyers vainqueurs.
Heyne pense qu'on doit finir à ces mots le disconn d*Achille; le reste lui ptratt une addition faite après coup et hors de propos par quelque rhapsode qui se sera souvenu des chevaux d'Achille (i). Knight est du même avis ; il supprime les treize vers suivants (i). Les anciens grammairiens se taisent sur ce retranchement qui n'est fondé que sur des raisons de goût; et l'on sait combien sonvent il est arbitraire. A la vérité Heyne remarque beaucoup d'hiatus dans la fin de ce discours, mais cette observation n'a de poids que poor les partisans du di^^amma (3).
[v. 290—1.] Après lui vient le fort Diomède, fils de Tydée ; il met sous le joug les coursiers de Tros.
On se demande comment il est possible que Diomède , représenté au commencement du dix -neuvième chant comme boitant et s'appuyant sur sa lance, parce qu'il souffrait encore d'une vive blessure (4), peut maintenant, c'est-à-dire tout au plus vingt-quatre heures après , entrer en lice dans le combat des chars. Le scholiaste de Pierre Victor, qui s'adresse cette objection, répond que c'est parce que les corps et les médecins de ce temps-là étaient fort différents de ce qu'ils sont maintenant (5). Il n'y a rien de mieux à dire, et certainement ceux qui soutiennent la parfaite connexion entre toutes les parties de YliUtde doivent s'en contentor.
[v. 296.] Échépolus, fils d'Anchise , donna Éthée à Agamemnon.
Je n'ai pas besoin d'avertir qu'il ne peut être ici question d'Anchise le père d'Énée. L'Anchise rappelé ici habitait à Sicyone ,
(1) Heyn., Observ. in ffiad. XXIII, 274. (a) Kni^t, Net. in Iliad. ^\ 174-86.
(3) Voyra les obn. sur le v. 17a dn seizième chant de l'Iliade.
(4) Iliade, t', 47-9.
(5) Scholia in Iliad. Homerf^p. 619, 1*^*00]. ed.Bekkeri.
SUR LE CHANT XXIII. 3o5
comme il est dit trois vers plus bas. Homère donne à la ville de Sicyone l'épithète de tb^xrxo^oç, ce que j'ai traduit : « située au > milieu d'une vaste pbdne. • Cette ville était à peu de distance de Corînthe et dans un pays si fertile que , pour exprimer une situation parfaite, le proverbe disait : Cest être entre Siejrone et Co^ rùuhe (i). On conçoit dès -lors pourquoi Échépolns consentit à donner un superbe coursier à Âgamemnon pour ne pas aller à la guerre. Selon Strabon, elle eut d'abord le nom ^Ég'uUe (s); mais je suppose que ce n'était qu'une épithète, parce que Sicyone se trouvait sur les bords de la mer, au sud du golfe de Corinthe. Elle eut ensuite le nom de Me'cone (3) , et enfin celui de Simone lui aurait été donné parce que son terroir était fertile en concombres : Tôtroç ^Xo^'À mpt^ttv otxuci»; 41 otxuoc .... ix ^ï oucuttv Ztxu«»v (4)*
[▼. 323 — 5.] .... Et n oublie pas comment il doit attirer à lui les fortes rênes, mais il les tient d une main sûre, et observe celui qui le devance.
Ce discours de Nestor à Antiloque est un modèle de sagesse et de prudence; il est parfaitement dans le caractère du vieillard, qui, comme tous ceux de son âge, tâche de suppléer à la force par l'expérience et les ressources de l'esprit.
Au vers 3a5 , le mot irpoGxovra pour Trpotxovra est synonyme de irpofXaiuvovTa , comme le dit Eustathe (5); car, ajoute cet auteur, en terme d'hippiatrique (iSvtoxtxûç) le verbe l}r.itv, a»oir^ est pris souvent pour Ùjodruiy, pousser en aidant. Ainsi, au chant cinquième de V Iliade, Minerve dit à Diomède :
cir* ApDt irpuTw iy% pui»vuxoiç (inrouç. • Dirige d'abord tes rapides coursiers contre Mars (6). »
(i) Scholîe d*on mannac. de Leyile. cf. Schol. in Homer. Iliad., p. 85, in n. €', 57 a, éd. Bekkeii.
(a) Lib. VUI, p. 38a.
(3) Strab.,1. c.
(4) Eust., p. i3oa, 1. i^ao.
(5) P. 1 3o3, 1. 34. C'est par erreur qne Véà. de Roi^f écrit ippoiXa^vra.
(6) nîad. 1', 8a9.
a. ao
3o6 OBSERVATIONS
An chant vingtMleaxième (i), répithèie de icpo6xovny domée à une tour, est prise par le même ciltique pour une tour qui fonne une saillie, un avancement Ainsi, il rend «6p^«» M it^^&fjaivti {%) par iin tm ^xom fupti rcO it6p^ou, mr ia pmHie de la îomt qmifÊit Ml m^wÊceméiu (3). C'est dans le même sens qu'il ûiut entendre ce vers d'Euripide :
« Ne ego prominentem ventris solverem pedem (4) " t ce qui ne peut se rendre en français (5). Je pense donc aussi que, dans ce passage d'Hérodote, h Mooiçiou irpoix<*^ "^^ dUXwv ?7nro« (6), de Paw, Larcher et Wesseling ont bien traduit en disant : > le cheval de « Masistius devançant tons les autres • , et non dominant sur tous les autres (7).
[v. 3a7 — ^8,] C'est là où tu vois s'élever de terre, à la hauteur de trois coudées , le tronc aride d*un chêne ou d'un pin.
Voici comment Jolius Pollnx désigne la mesure nommée Sp^uis , et que j'ai rendue par trois coudées : « Si vous étendez les bras de «manière à ce que la poitrine soit comprise, cette mesure se « nomme 5p^ta (8). > Hésychius dit que cette mesure comprend l'étendue de deux bras , et qu'elle a trois coudées (9). Cependant Pahnérins observe avec raison que cette extension de deux bras doit faire quatre coudées (10) , et il dte comme autorité ce passage
(i) Et non an Tingt-onièiiM (ht r$ tfi pARJ^o^ia), comme ditEiutstfae. (a) Iliad, x', 97.
(3) Enst., p. ia6o, 1. i4-
(4) Med., V. 679.
(5) Pes prominens ventrb est to {Ao'piov , rh at^oîov. Cf. Schol. Eorip. «d h. V.
(6) Herod., L IX, $ a a.
(7) Cf. Not. Schwei^ ad Herod. h. 1.
(8) Onamiit., lib. H, c. 4, g x58, Polloz écrit ^pptâ; mais je op^to, ioniqaement, oomme portent les éditions d^omère.
(9) Ad V. ^p*{utd.
(10) Hesydi., Not. ad h. I.
iTBérpéotet, qm eti trcg 4éciiif : « torgyle éqttîvant à k ineMira île « aU pieds o« 4» qnatr» ommUm (z). »
Ce «lot e»t dérivé éCo^ijmf/étmdt. et de 7UM1, le» irwu, en gé- Qéral Ici nemlvres (9)*
[y. 33i — 3.] C'est sans doute la tombe d'un héros mort anciennement y ou peut-être une limite posée par les bomraea des premiers âges f aujourd'hiui c'est la borne qu'a désignée l'impétueux Achille.
Ueyne observe qu'il est fort extraordinaire qu'un tronc d'arbre entre deux pierres blanches (3) ait jamais passé pour être un tombeau; il ne se ressouvient pas dans toute l'antiquité d'avoir m ur tel monument (4). U fait remarquer aussi l'biatus du ver» 33a , TtTuxTO lirl , que Bentley faisait disparaître en corri£;eant ainsi : riruxTO irapoc (5). Enfin il rapporte la correction que faisait Aristarque de tout ce passage , qui , au lieu des vers 33a et 333 , substituait celui-ci :
Et dans ce cas le sens de toute la phrase serait : > C'est ou la • tombe d'un homme mort anciennement , ou bien peut-être un « éclat de pierre que maintenant Achille a placé comme une li- > mite (6). » Ces diverses observations rendent ce passage fort suspect, et ont engagé Knight à supprimer les trois vers dans son édition (7).
[t. 335.] Dans ce char élégant penche-toi vers la gauche.
Platon» dans son dialogue d'Ion, cite ce vers et les cinq sui-
(x) Herod., lib. II, J 149.
(a) Cf. Etymol. magn. ad v. ^p^ta,
(3) ce V. 3a8 et 3%g.
(4) Heyn., Observ. in Iliad. XXni, 33 1.
(5) Heyne, id. 33 a.
(6) Heyn. id. id. et Eiist.y p. x 3o4, 1. a4-
(7) Knight, Net. in Iliad. 4^, 33x-3.
3o8 OBSERVATIONS
Tint!» mais tT60 quelques différences au v. 335 et au t. 339 (')• Xénophon» qui cite aussi les trois premiers yen (335-7), ^^ "'P' porte pas le vers 335 comme il est dans nos éditions , et ne donne pas la leçon de Platon (i). Quand on compare avec nos éditions les textes que les anciens nous ont laissés incidemment de quelques vers d'Homère , si l'on peut supposer qu'ils citaient de mémoire (3) ^ il est aussi permis de croire que déjà il se trouvait de nooibreuses variantes dans les diverses éditions qu'ils consultaient; car il n'est aucun ouvrage qui n'ait été si tôt et si souvent que les poèmes d'Homère livré aux corrections de la critique.
[t. 346 — 8.] Non, lors même que, derrière toi, un héros exciterait l'ardeur du noble Aréion, rapide coursier d' Admète, et d une origine céleste , ou les chevaux impétueux de Laomédon , qui , vaillants, furent nourris sur ce rivage.
Les mythologues racontent beaucoup de fables sur ce cheval JréUm ou jârion. Les Cycliques disent qu'il était fils de Neptune et d^Énw^s (4) , selon Pausanias Cérès-Érmnp, Ce même auteur cite des Vers d'Antimaque où il est dit que^^rioii était fils de la Terre (5). Neptune le donna en présent à Coprée; celui-ci à Hercule , qui le céda à Adraste (6). L'auteur du Bouclier d'Hercule suppose que ce coursier appartenait à Hercule (7). ApoUodore raconte que ce fut à la rapidité de ce cheval qu' Adraste dut son salut dans la déroute des Argiens (8). Hygin rapporte la même chose » mais ne nomme pas le cheval : « is enim (Adrastus) equi beneficio ereptus est (9). »
(i) In lone, p. 537, t. rv, 193 Bip.
(a) ConvÎT.rV, 6.
(3) Yoy. les Observ. mr les v. 14 da second, 8 da troisième, et 43 1 du qaatrième chant de llliade, etc.
(4) Cf. Sch. Yen. in H. ^^ 346.
(5) Pans. TIII, 95.
(6) Sch. Yen. 1. c.
(7) Y. ISO.
(8) Bibl. m, 6,8.
(9) Pab. 70.
SUR L£ CHANT XXIIl. 3o9
Knight supprime les trois vers , comme appurtenant a des mythes poflEt4iomériqttes (i).
[y. 35a.] Alors les guerriers montent sur leurs chars, et jettent les sorts dans un casque.
Ce vers et les cinq suivants, c'est-à-dire tous les vers relatifs au tirage au sort, ne se trouvent pas dans un manuscrit de Bres« law (s). Ils ne sont pas rigoureusement indispensables; cependant , par la raison que j'indique ci-après (3), il est naturel de supposer qu'on tirait au sort pour déterminer l'ordre dans lequel devaient se placer les concurrents. Aucun critique moderne n'a supposé que ces vers fussent interpolés. Toutefois, dans le manuscrit qui les supprime, voici quelle est la suite de la narration : « Mérion est le « cinquième qui conduit ses chevaux à la flottante crinière. Tous - se placent de front. •
[y. 358.] Tous se placent de front.
Les places de tous les concurrents se tiraient au sort , comme il est dit quelques vers plus haut (4), parce que, le but étant au milieu du cirque, ceux qui étaient à gauche avaient un cercle beaucoup moins grand à parcourir. C'est pour cette raison que Nestor recommande à son fils de retenir le cheval de gauche qui se trouvait en dedans du cercle, et d'exciter celui de droite en lui lâchant les rênes (5).
[y. 359 — 60.] Puis il enyoie comme observateur le yénérable Phénix, l'écuyer de son père.
Heyne pense que le vers 36o : « le vénérable Phénix , l'écuyer de • son père », a été ajouté par quelque rhapsode, comme semble le prouver l'hiatus qui s'y rencontre : ^potvixa éiraova, que Bentley cor- Ce) Knîght, Not. inUiad.f , 346-8.
(9) Heyn., Obscrr. in Hiad. XXIII , 35a-357 .
(3) yoy. letObierv. Boivanlct, v, 358.
(4) Cf. V. 35s teqq.
(5) Cf. V. 335 aaqq.
3io OBSERVATIONS
r%snC en éorivant foiMx* Veic«o*« (t). On trcmve, il eM vrû, celle expression otjAoïraova au huitième chant de V Iliade (y. ^76) , wns il est bien probable qu'en cet endroit ce mot est un nom propre et non] pas une! épithète. Eustathe dit avec raison , que ceux qui écrivent dE(i' ^aova se trompent sur la véritable acception de ce mot (1). ELnight n'admet ni la suppression proposée par Heyne, ni la correction de Bentley (3). Toutefois le sens leraît trè»-bon en supprimant ce vers; alors il faudrait dm : « puis AdiiUe envoie « un obaervateur pour être témoki de la ooune , et M rendre an « compte fidèle. »
[v. 370—1.] Et, le cœur palpitant, ils brûlent de remporter la victoire.
Virgile a dit avec plus d'emphase :
exultanliaque hturit
Corda pavor polsans , laudumque arrecta cupido (4).
Apollonius de Rhodes me semble être plus près d'Homère, lors- 4|H*il peint Amycus impatient de se mesurer avec PoUux an combat du pugilat :
xai ol dptx6tt
dufftbc ^^opivf* cvittie»v 1^ atpM Kt^aotmi (5).
« Son cœur était impatient dans le désir qu'A avait de faire jaillir « le sang du sein de son rivaL » L'expression ^pix^ei 6upièç qu'emploie Apollonius n'a point autant de force que celle d'Homère , Kéxaan dupto'c f le cœur palpUaii, Le verbe épex^itt ici exprime non l'action physique d'un cœur qui palpite comme dans Homère, mais seulement le sentiment d'un vif désir ; aussi le scholiaate traduit-il ce verbe par celui d' ifriâupiîtt , désirer apec ardeur. Dans son acception physique, 6pty0itt signifie gémir ou même mugir ^ ainsi que nous l'avons vu déjà employé par Homère (6).
(x) Cf. Heyn., Obss. in Iliad. XTIII, 3 60.
(a) P. 712, 1. 53. Cf. Scfa. Yen. in niad.6', 276.
(3) Xnight, Net. in Uiad. x', 36o.
(4) -fin. V, 137.
(5) Arg. n, 49-
(6) Yoy. lea Observ. sur le t. 3o du vingt-troisièinc cubant.
SUR LE CHANT XXIII. 3ii
[y. 38o — I.] De leur haleine ils échauffent le dos et les larges épaules d'Eumèle.
Dans le grec le verbe est au passif: « le dos et les larges épaules • d'Eumèle soDt échaaifés » , ou plutôt littéralemeot ut échauffé; car le verbe est au singulier, quoique régi par deux nominatifs» ainsi que je Fai déjà reouutpié (i). Eustathe fsit observer qu'ici le verbe au singulier , se rapportant au mot furo^pivov et aussi au duel flft(Mi , est une tournure dorique : rh ^i 6<p{UTo irp^ç to {araf pivov cfpDTXt , tauç ^à xat irpôc ta âpk», À^puMftTtpov (i).
[y. 385.] Des pleurs de rage coulent des yeux du héros irrité.
Rien ne prouve mieux , dît Eustathe , l'importance qu'on mettait à ces jeux et le désir qu'on avait de remporter la victoire que de voir ici Diomède verser des pleurs pour la perte de son fouet, lui qui, dans les plus grands dangers, montrait toujours un front si calme, lin courage si intrépide. Plus loin aussi Eumèle pleure (3), mais là c'est tout simplement parce qu'il ressent une vive douleur de sa chute (4). On ne saurait assez faire observer combien ces anciens héros s'abandonnent sans réserve aux impressions qu'ils éprouvent , et comme ils cherchent peu à les dissimuler (5).
[y. 4^S — 6.] Je ne yous ordonne point de disputer de yitesse avec les cheyaux du fils de Tydée, puisque Minenre les a remplis de force , et comble de gloire ce guerrier.
Les scholies de l'édition de Venise disent qu'il faut retrancher les vers 4o5 et 4o6, parce qu' Antiloque ne doit pas connaître la
(i) Toyex les Obn. rar le v. 933 du XXir chant de l'UIad*. (a) P. i3o6, 1. 48-9.
(4) Eost., p. i3o6, adcalo. et 1807 init.
(5) Voy. les Obierv. tar le v. 917 du diz«Deavième elumt de TlUade.
3ia OBSERVATIONS
protection que Minerve accorde à Dîomède (i). Cette critiqae ne me semble pas juste : il est tout naturel que le fils de Nestor, voyant la rapidité des chevaux de Dîomède , suppose le secours de Minerve; c'est tout-à^fait dans les idées des siècles héroïques. Ainsi , comme le remarque la scholie B de la même édition , Ajax, au vers 781 du même chant, attribue sa chute à Minerve, protectrice d'Ulysse :
^ {&* ISXa4'( Oià ico^oc • • •
Mot à mot : Mouif sans doute ^ la déesse (Minerve) m'a frappé les pieds (a).» Voici ce que dit Heyne à ce sujet : « Si quelque chose peut « faire soupçonner l'interpolation, c'est que ces deux vers ne sem- « blent mis que pour donner l'explication du précédent (404) : cepen- « dont je ne vous ordonne pas de disputer avec ceux-ci. Ces mots ceux-<i « n'avaient pas besoin d'être interprétés ; toutefois il faut dire que « ces deux vers ajoutés ne sont point entièrement hors de pro- « pos (3). > J'ajouterai à l'observation de Heyne qu'on pourrait encore supposer l'interpolation d'après la fin du vers 4ofi » qui est absolument de même que la fin du vers 400. Knight dit simplement que ces vers notés par les anciens critiques doivent être supprimés sans la moindre hésitation (4).
[v. 4^6.] Ântiloque, comme tu te précipites avec témérité !
Heyne fait observer que c'est le seul vers où Homère se soit servi du verbe îinco{C«oOat, qui signifie ici diriger un char, et qui, dans la suite, a signifié aller à cheval^ tç' ivôc hmw dx»<i6at (5).
[v. 43o.] Et les presse de Faiguilloii.
Quoique dans le grec on lise le mot xtvxptt , peut-être aurais-je dû traduire : et Us presse du fouet. L'aiguillon proprement dit, c'està-dire cette pointe de fer qui est au bout d'un long bâton , n'était
(0 Sch. Yen. ^\ 4o5 et 406.
(s) Sch. Yen. 4o5, B.
(3) Heyn. Obn. m Ilîad. XXIII, 4o5 et 406.
(4) Knight, Not. in Uiad. f , 4o5-6.
(5) Cf. Snid. ad v. t1^raCto^^ et Aristoph. Sch. in Nub. i5.
SUR LE CHANT XXIII. 3i3
pas connn du temps d'Homère. Daos notre poète, xivrpov, ee qui excite, doit s'entendre dii fouet seulement. Cest ainsi que plus haut , après avoir dit que Diomède avait perdu son fouet, (utçt^a (v. 384)» il ajoute que ses chevaux étaient privés de l'aiguillon, Aveu K^vrpoio (v. 387). Plus tard , lorsque l'art de l'équitation fut en usage, xire^w se prit pour l'éperon ; de là l'expression, -rû xivrpw iÇatjiàffoiiv (i), ensanglanter avec f éperon.
[v. 44i*] Toutefob, tu ne remporteras pas le prix sans attester ton innocence par un serment.
Le grec porte simplement : mais non, tu tu remportera pas le prix sans serment, dErcp 2pKcu. Ernesti suppose que cette phrase était une espèce de proverbe appliqué à ceux qui n'obtenaient ce qu'ils désiraient qu'avec beaucoup de peines et de difficultés (3). Heyne , au contraire, croit que cette phrase a rapport au serment que Ménélas exige d' Antiloque aux v. 58 1 et suivants (3). C'est le sens que j'ai adopté , et qui me paraît incontestable.
[v. 446 — 7.] Les chevaux , saisis de crainte aux paroles de leur maître , redoublent de vitesse , et bientôt ils sont près des coursiers d* Antiloque.
« Ces vers, dit Heyne, ne sont qu'une inutile répétition des vers • 41^7» et ont été transportés ici sans nécessité (4)> » Critique peu fondée ; on ne fait jamais assez d'attention combien ces répétitions étaient naturelles dans une poésie chantée (5).
[v. 44s — 9*] Les Grecs, assis dans l'enceinte, considéraient les chars volant dans la plaine à travers un nuage de poussière.
Selon Knight, le vers 449 n'est que l'addition superflue d'un
(i) Onomast. PoUnc. I, a 14 ; cf. Xenophont. Cyrop., lib. VU, I, i5. (9) Noi. io h. ▼.
(3) Heyo. Obn. in Iliad. XXUI, 43i, lUad.
(4) ObM. in Hiad. XXUI, 446, 44?.
(5) Yoyes les Observ. lor le t. 195 do quatrième chant de Tlliade.
3i4 OBSERVATIONS
commeDtateur (i). Dans ce cm le Terbe timp^TO tcndl prit dans une acception neutre, et l'on devrait traduire : « Les Grecs, assis ■ dans Fenceinte, regardaient. • Je n'admets point cette critique; elle n*est fondée sur rien , et je crois qu'il laul lire id iioefMivre tinrouc, ft. T. X.9 comme aux vers 49S-6.
iinrouc» *' T. X.
passage non contesté. Eustathe cite toute la phrase des ▼. 448 et 449; ce qui prouve qu'il regardait ce dernier vers comme authentique; il n'est marqué d'aucun signe critique dans l'édition de Venise , et aucune scholie ne s'y rapporte.
[v. 460.] Un autre guerrier m apparaît confusément.
J'ai traduit îv^ocXXcTai par m'apparatt confiuément, H est assez difficile de rendre le sens de ce verbe tv^flÉXXtodai, qui emporte l'idée déformes semblables en apparence^ comme ce qu'on aperçoit dans les songes. fv^oXfui tire son origine d'ei^ttXov, image ; iHèaXka/^9.\ ^ synonyme de ^oxiîvy sembler f est opposé à tù ^ta'ftvttoxtcv, découvrir cUûrememt (a). Ulysse, dans V Odyssée^ parlant d'un fait ancien qui s'est effacé de son souvenir, dit : Je le raconterai comme mon esprit me le représente, &ç pLOi tv^flÉXXirai jrop (3).
[y. 474-] Idoménée, dit-il, pourquoi parler inconsi* dérëment.
Le discours d'Ajax à Idoménée est plein de hauteur et d'insulte; les mœurs de cette époque sont d'une franchise qui va jusqu'à la grossièreté. Alors tous les mouvements de l'âme s'exprimaient sans ménagement , même sans mesure. Les anciens critiques n'ont pas manqué de dire que ce fut pour punir Ajax que Hinerve, dans le combat de la course à pied , le fit tomber sur de la fiente de bœuf qui lui remplit la bouche, parce qu'il avait insulté un guerrier plus âgé que lui (4). Je doute bien fort qu'Homère
(i) Knight, Not. in Ilisd. <|>', 449- (i) Eusu, p. x3ii, 1. s aeqq.
(3) Cf. Odys8.T', aa4.
(4) Cf. EnR., p. i3s9, 1. S; et Sch. Yen. ad ^\ 777.
SUR LE CHANT XXIII. 3i5
ak «a celte itelle peyiée morale. Madane Dtcier dit plus naïve- ■wnty « qfa'Homère veut mcMitrer par là que ces naturals emportét « font toujoors dû sottises (i). *
Au lien de prêter notre esprit et nos idées an poète des siècles liéroi^aes, disons toot sîmpleBent qu'il racontait des faits tels que les lui transmettait la renommée, sans chercher d'autre but que d'attacher ses auditeurs, qui «ans doute prenaient un grand plaisir à les entendre. C'est de tous les autres poètes de son temps et de lui-même qu'Homère a dit :
« NoDS entendons senlenieBC la renommée, mais nous ne savons • rien » ; c'est-à^re, nous n'inventons aucun fait, n(Mis ne faisons cpK répéter ce qu'on raconte des événements passés.
[t. 478 — 9*] Maïs tu es toujours inconsidéré dans tes discours ; il te sied mal de parler avec cette témérité. Il est ici d'autres |[uerriers qui l'emportent sur toi.
Le scholiaste de Venise dit que le vers 479 doit être retranché, parce qu'il n'est pas nécessaire, ne faisant que répéter ce qui a déjà été dit au vers précédent , et parce que la fin du vers exprime une pensée déplacée, puisqu'on ne peut pas dire que parler beaucoup soit ce qui convienne le plus aux personnes illustres (3). Le scholiaste se trompe évidemment dans cette dernière critique. Par ces mots : il est ici d* antres guerriers qui l'emportent sur toi^ Ajax n'entend pas dire que ceux-là ont le droit de parler inconsidérément, mais au contraire qu'Idoménée doit modérer ses discours devant des héros qui l'emportent sur lui par le rang ou par la vaillance- Heyne croit que ce vers doit être supprimé, parce qu'il n'est là que pour donner plus de développement à la pensée du vers précédent, que l'interpoiateur aura cru n'être pas terminée, quoiqu'elle n'ait pas besoin, pour être complète, de cette addition du
(x) L*lliad€ d*Hoin. trad. par madame Dacior, t. III , p. 5So, édit« de Rif^ad.
(1) iliad. e, 486.
(3) Sch,Ven.4»', 479.
3i6 OBSERVATIONS
V. 479 (i). Knight retranche auui ce vers par la mèoiie raison (a), bien plus admissible que celle du scholiaste de Venise. Si Foo adopte le retranchement , il faut traduire : « mais tu es toujours « inconsidéré dans tes diaooure ; cela ne te conTient pas » ; sens bien préférable à celui que donne la phrase avec l'addition dn vers 479.
[t. 480—1.] Oui, comme auparavant , les cavales d'Eumèle sont encore les premières.
Toutes les anciennes éditions portent tinrot ^ aSrt laot, leçon où se trouve un hiatus, et qui est bien moins bonne que celle donnée par le manuscrit de Venise, imroi i* aùml foMi, où l'hiatus disparaît; cette dernière leçon, adoptée par Heyne, VV^olf et Boissonade , est confirmée par un manuscrit de Vienne (3).
[v. 486.] Prenons Âgamemnon pour notre arbitre.
Il y a dans le grec loropa ^* kx^ti^ Oitopuv. Le scholiaste de Venise dit que le mot toropa est là pour (lapTupa, témoin, c'est-àdire ouv^mxoçuXduca , gardien du traité (4). La signification de ToTMp au temps d'Homère peut servir à donner l'étymologie véritable du mot histoire : c'est le témoignage sincère de ce qui existe, tvropui tire, je crois, son origine de tomfjii, dérivé lui-même de ora» ou OTÛ, d'où les latins ont fait stare, sto, ce qui estf ce qui suhsiste; et non de ttau, futur de tlètà ^ je sais , comme le donne le grand Étymologique (5). On peut conclure de là combien notre mot historier, dont le sens est orner, embeUir , est éloigné de son acception primitive , puisqu'il signifié ce qui sert à déguiser ce qui est
[v. 494*] Vous-même blâmeriez tout autre qui agirait ainsi.
« Ôtic au lieu de forte suffit pour démontrer qu'il y a interpola-
(i) Heyn. Obsi. in Iliad. XXIII, 479.
(a) Knight, Not. in Uiad. ^', 479.
(3) Toy. redit. d*Alter, t. H, p. 549, var. lect.
(4) Scfa. Ven. in IlUd. 4»', 4S6.
(5) Ad voc. îoTwp.
« tîon. » Telle est la DOte que Knigfat joint à ce vers» qu'il supprime dans son édition. Pour apprécier une pareille critique, il faut savoir que Knight n'admet jamais fnc, quoique cet article se trouve assez souvent dans Homère; mais, quand il se rencontre, Knight ou supprime le vers comme dans ce passage-ci , ou il change la leçon ; ainsi , au vers 160 du dix-neuvième chani :
ai6* iynh ^aXav )
il substitue rxwA* Jonc , et dit en note que le poète n'emploie jamais Snç (i). Il est sur que l'ancien langage conserve bien plutôt les lettres qu'il ne tend à les supprimer ; ce n'est qu'en vieillissant que les mots se contractent (1).
[y. 507 — 8.] La sueur de ses coursiers s échappe de leur tête, de leur poitrine, et coule jusquà terre.
Le mot Xofo^ , que j'ai rendu par leur têt*, est précisément la partie du cou sur laquelle on plaçait le joug des bœufs, des chevaux et des mules (3). Apollonius, dans son lexique (4) , et les petites scholies (5), expliquent ce mot parrpdtxiiXoc. C'est aussi la crinière d'un cheval posée sur le sommet d'un casque (6). Enfin , Homère emploie cette expression pour le cou de l'homme, comme dans ce passage du dixième chant de Vl&ade :
ioCotvTK xynpkoç Tt î^à Xof ov à|A/f i n {iDpouc (7).
Mot à mot : ■ plongeant dans la mer leurs jambes, leur cou et leurs
• cuisses. »
(i) Cf. Od. €*, 35o;vi', 17;^ 39 in Knight éd.
(9) Tojes les Ohterv. vu les v. 70 du doatième, et 99 da qninsième chtnt de rHiade.
(3) Ao^ 9ï iin Tt poâv xaî tinrttv xoi t^i^ucav toitoc toO rpotxinXou , ^ ImTiêtTai 6 Cv^oc* Eut., p. i3i3y 1. 3f .
(4) Ad voe. Xo'^poc.
(5) Ad h. vers.
(6) Cr. Iliad. V*, 61 5.
(7) nîad.x', 573.
3i8 OBSERVATIONS
[y. 5ii — 9.] Puis il ordonne à ses compagnons de conduire la captive rers les Taisseanx, d'emporter le trépied orné de ses anses , et lui-même délie les cour* siers.
Eiutathe dit que le trépied dont il est id question fut déposé par Diomède dans le temple d'Apollon, à Delphes, et il en donne pour preuve cette inscription , gravée sur un trépied qui se trouvait dans le temple d'Apollon Pythîen :
X«Xxtoc (îpLt rpurouc, nu6oT ^ àvoxiifiai âr^cû^y xcu (A* iirl narpoxXi» Oiixiv (i) inècLÇ ûxU Ax^*^ *
vucnooiC Iinroim irapà irXttTiiv ÈXX'qoivovtcv (a).
• Je suis un trépied d'airain, placé comme ornement dans la ville
• de Pythie ; ce fut le léger Achille qui m]accorda en prix quand « il célébra les funérailles de Patrocle. Le fils de Tydée , le vaillant « Diomède, m'a placé dans ce temple après avoir vaincu à la course « des diars , près du large Hellespont. •
n est bien possible qu'un trépied avec cette inacriptioD ait «n effet existé dans le temple de Delphes; ce qui, à coup sûr, ne prouve pas que le trépied fût celui de Diomède, ni que ce fut lui qui le déposa. Athénée nous apprend que cette histoire du trépied est rapportée par Phanias dans son livre des Mois de Sicile (3). Ce même Phanias parle aussi d'un poignard trouvé dans le même temple, avec une inscription qui indiquerait que cette arme avait appartenu à Hélicaon , le fils d'Anténor et l'époux de Laodice (4).
[v. 5 19 — a I .] Les crins flottants de sa queue effleurent le cercle de la roue qui vole sur ses traces ^ et un court espace les sépare au milieu de la vaste plaine.
Knight ne voit dans ces trois vers qu'une surabondance inutile
(i) Et non Sfixt irtf^oc* conme écrivant Bottatibe, Bniatti H Bronek ; ce qui ferait trois brevet de soite. Cf. Athao. Deip., 1. VI, c 4, p. 93a C. (a) Eut., p. i3i3, 1. 41 seqq.
(3) Athen. Deipn., 1. c.
(4) cf. lliad.y, iaa-4,et Athen. Deip.,1. c.
ajoutée par des rhapsodes et des commentateurs (i). Ce qa'il y a de certain, c'est que, dégagé de cette phrase, le sens est beaucoup meilleur. Dans ce cas il faudrait traduire : « Autant un coursier ■ est près de la roue, lorsqu'à travers la campagne il emporte son « maître monté sur un char , autant Ménélas s'est rapproché du «magnanime Antiloque.» Voilà qui est très -bien, sans doute, ouiis une raison de cette nature ne suffit pas pour admettre l'interpolation; autrement chacun, selon son goût, serait en droit de supprimer des vers, uniquement parce qu'ils ne lui paraissent pas convenablement placés.
[y. 533.] Traînant son char magnifique, et faisant devant lui marcher ses coursiers.
Heyne et Knight ont remarqué l'hiatus qui se trouve dans ce vers : noXà tkaAnès (3). Les anciens scholiastes font observer aussi en cet endroit l'adverbe icpo«9oOtv pour IpiirpooOtv ; quelques-uns voulaient qu'on écrivit npooouStv avec l'oméga en élidant la dernière syllabe, ce qui donne un vers spondaîque, irpooott0'rfnrouc(3), forme que, selon Knight, repousse la prosodie homérique (4). Aussi n'admet-il point ce vers dans son édition, et Bentley le tenait pour suspect (5).
[t. 537 — 8.] Eh bien! qu'il reçoive le second prix: cette préférence est juste ; mais que le premier reste toujours au fils de Tydée.
Le scholiaste de Venise dit que dans quelques éditions on ajoutait ces deux vers-ci au discours d'Achille :
ta Tptra ^ IvriXox^» TtTpara &ivO^( MivtXooc,
(f) Kmght, Hot. in IBad. f , 519-ai.
(a) Heyne, Ofaserv. m lUad. XXin, 533, et Knight, Net. fai Hiad. jf\
(3) Sch. Yen. in liiad. ^, 533.
(4) Cf. Knight, Frolegomena in HoBoteram $ ci.iif.
(5) Heyn. 1. c.
3ao OBSERVATIONS
« Qu'Antiloque emporte le troisième , le blond MéoéUs le qua- « trième, et Mérioo, Yaillaot écuyer d'Idoménée, le cinquième. » Mais, ajoute avec raison la même scholie, ces vers n'ont point U caractère homérique, {iD^i t^ xtL^axttl^ti Ixtiv Ô|iDpixov (i). Aucune de nos éditions actuelles ne donne oette froide et ridicule addition.
[y. 546 — 7.] Mais il devait implorer les dieux; il ne serait point, en courant, arrivé le dernier.
La poésie d*Homère est une poésie essentiellement religieuse. Ses héros, non - seulement dans les grandes occasions, mais dans les plus petits déUils de la vie privée, implorent la divinité, et demandent sa protection. Ils rapportaient tout aux dieux , et reconnaissaient qu'ils avaient sur les actions humaines une influence toujours constante. C'est sans doute de cette idée, saisie avec exagération par des imaginations vives, qu'est née cette mythologie matérielle où toutes les divinités revêtent un corps, et se manifestent dans tous les objets de la nature.
Virgile, qui a si souvent imité Homère, n'ofire pas comme son modèle des traces profondes de l'esprit religieux, et quoique sans cesse il nomme son héros plus Mneas, on ne sent point dans l'Énéîdè cette foi vraie et simple qu'on trouve si bien dans XlRade et VOdjssée, Tous les détails du poème de Virgile sont pris dans une nature de convention; ce sont simplement de belles inventions poétiques. Si Énée est un observateur exact des cérémonies extérieures, on voit qu'il obéit à un devoir, qu'il se conforme à un usage , mais non qu'il agit en vertu d'une croyance. Tout au contraire, les héros d'Homère prient, implorent, dans la vue d'être exaucés; le hasard, la fortune sont inconnus à notre poète, et jamais il n'abandonne les choses à venir aux chances d'un sort aveugle. Le mot tv^vi » qui répond au mot fortuna des Latins , si souvent employé par Virgile, ne se trouve pas une seule fois dans Homère (a). Lorsque Patrocle marche au combat où il doit perdre la vie , ce sont lu dUux qm V appellent à la mort (3). Lorsque Ménélas
(i) Sch. Ven. <|^, 538.
(9) Cf. iEn. U, 385, 387 ; XI, t8o, etc. Macrolie lait ■otii cette remarque. Satam., lib. V, c. 16, (3) Uiad. ir', 693.
SUR LE CHANT XXIII. 3ai
veut se meBurer avec Hector, il s'écrie : « Oui, je m'armerai cootre « lui; mais quant aux chances de la victoire, elles appartiennent « aux dieux (i). > Lorsque, dans les jeux, Teucer manque la colombe attachée au sommet du mât, c'est parce qu'il n'a pas promis une hécatombe à Phcebus (a). Je pourrais multiplier à l'infini les citations de ce genre.
[v. 565.] .... Qui la remet dan« les mains d*Eumèle, et ce héros la reçoit avec joie.
Ce vers 565 ne se trouve pas dans l'édition de Venise, (et Wolf le renferme entre deux parenthèses. Dans ce cas l'alinéa doit finir ainsi : « l'écuyer obéit , et l'apporte au fils de Pelée. > Ce vers , que ne porte pas non plus le manuscrit de Vienne (3) , est cité en entier par Eustathe (4).
[▼. 567 — 8.] Un héraut place le sceptre entre ses mains.
Dans l'édition de Venise on trouve un signe critique devant le vers 568; le scholiaste avertit que c'est pour faire remarquer l'usage où l'on était alors de donner un sceptre à celui qui parlait au milieu d'une assemblée (5). On en trouve plusieurs exemples dans Homère : au dixième chant de VlUade, lorsqu'Hector va prononcer un serment au milieu des Troyens assemblés, le poète dit qu'c/ prit le sceptre dan* ses mains, 0 ^ ht yjt^ol oxîiirrpov Xfl^t (6). C'était ordinairement un héraut placé auprès de l'orateur qui lui remettait le sceptre, comme dans le passage ci-dessus. Au second chant de V Iliade, lorsqu'Ulysse harangue les Grecs : il tenait son sceptre, et Minerve était près de Itii sous la figure d'ttn héraut (7). Au dix-huitième , les Juges tiennent entre leurs mains les sceptres des hérauts , lorsque
(i) Ilîad. m', loi-i.
(9) niad. 4»', 863-5.
(3) Voy. réd. d*Alter., l. II, p. 55o var. lect.
(5) Sch. VcD. in IlUd. |', 568.
(6) nud. x', 398.
(7) Iliad. ۥ, 179-80.