‹ Observations sur l'Iliade d'Homère (volume 2)Chapitre 22 sur 31 · Ul · texte numérisé non relu

Ul

3aa OBSERVATIONS

ehacan exposé tour à iour ie$ motifs de som jugement {i). Au seoood cluiDt de VOdyu^^ le héraut Pisétor remet le sceptre à TéUmaque^ lortque eeluî-ci ira plaider sa cause devant les citoyens d'Ithaque (s). Il esl à présumer que» dans le cours d'une discussion, l'orateur prenait le sceptre chaque fois qu'il psrlait, et le quittait quand il cessait; c'est ainsi qu'Achille, au premier chant, dans sa querelle avec Agamemnon , tire à moitié son glaive du fourreau , et le remet ensuite (3); ce qui n'eût pas été possible s'il n'eût pas donné le sceptre au héraut après avoir cessé de psrler; mais il le reprit pour prononcer son dernier discours, puisque, immédiatement après, le poète ajoute : « A peine le fils de Pelée a-t-il cessé de parler, qu'il jette le sceptre à terre t

Ac 5pàT0 fluXit^DC * iroTt ^è ox^rpov poCXt ^^ex^ (4).

Ce sceptre, entre les mains de l'orateur, aidait l'expression du geste, et donnait de l'action au discours quand on l'agitait avec violence. Son immobilité annonçait de la timidité et de l'hésitation. Ainsi, au troisième chant de V Iliade^ Anténor, voulant caractériser l'éloquence d'Ulysse , qui en débutant montrait toiyours une contenance humble et embarrassée , dit que « lorsque ce héros « se levait pour parler, il n'agitait son sceptre ni en avant ni en « arrière, mais qu'il le tenait en repos, semblable à un homme « privé de sens. »

àXX* «OTtp^ic l^taxtv, àt^pti çcatI Iqvsm^ (5).

[v. 58i.] Approche, Antiloque, noble enfant de Jupiter.

Le scholiaste de Venise dit que ce vers doit être retranché, parce qu'il n'est pas naturel que Ménélas, irrité contre Antiloque, lui donne Tépithète de Aiorpt^^c, enfant de Jupiter (6). Cest ne connaître ni le goût antique, ni le style d'Homère. Aucun éditeur

(i) niad. o*, 5o5.6.

(s) Odyn. 6*, 37-8.

(3) Hiad. a', 194 et a 19-91.

(4) niad. a', S45.

(5) niad. y, SI 18^.

(6) Sch. Ven. f, 58i.

moderne n'adopte cette critique. Nous avons vu ailleurs que Tépithète Uoi^^ , tTune forme divine , était pour les mêmes scholiastes un motif de supposer Tinterpolation d'un autre passage (i). Heyne fait observer avec beaucoup de raison que ces sortes d'épi thètes étaient une addition toute naturelle aux noms propres des héros (3]; en général il ne faut pas attacher un sens trop rigoureux aux épithètes homériques (3).

[v. 593.] Je le les céderai , noble enfant de Jupiter, plutôt que d*étre à jamais banni de ton cœur, et de me rendre odienx aux immortels.

Homère dit ici : ootft ht dupMÛ ina^tcv, être chassé de ion cœur^ comme au premier chant de VlSade : œtn OujmC fftcDiXoY ifiol In ai , tu seras encore plus loin de mon cœur (4)« M. Coraî dit que l'expression opposée à oelle*ci est : ht ym^'ç ilvou, être dan* la pensée de quel" qu'un (5) , et il cite à ce sujet un exemple d'Hérodote (6) et un de Sophocle (7). L'observation de M. Coraî est fort juste; seulement je ferai observer que iv ivtAfAYi iivai n'est point une tournure homérique.

J'ai rendu dUirpbç par odieux; Eustathe l'explique par é toC ^éovro; diXiTMV , celui qui pèche contre ce qui conviait (8). Cet adjectif, employé une autre fois dans V Iliade (9) , est encore pris en mauvaise part Dans V Odyssée Calypso l'adresse à Mercure, mais dans ce cas^là il a plutôt le sens de rusé ; Calypso ne le prend que comme une plaisanterie, et avec l'acception d'une ironie délicate (10).

(t) Yoyex les Obaerv. sur le v. 3a6 da dîx-nenvième chant de riUade. (s) Heyn. Ohss. in H. XXIII, 58 1.

(3) Yoyez les Observ. sar le v. 1 16 da septième chant de TOdyssée.

(4) nîad. a\ 563-3.

(5) Yoy. Is trad. d'Hérodote par Larchtr^ t. lY; p. 396, a* éd.

(6) Herod., 1. YI, $ 37.

(7) In Ajace, v. xo39.

(8) £ast.,p. 717,1.20.

(9) njad. e', 36 X.

(10) Ody. 1', i8a. Yoy. les Obsefv. snrle v. i8s dn cxnqidéme chant de rodyssée.

3a4 OBSERVATIONS

[ V. $97 — 600. ] Ce héros éprouve alors une douce joie. Comme la rosée rafraîchit les épis d'une haute moisson, lorsqu'ils frissonnent sur les guérets ; ainsi, Ménélas, tu te réjouis dans ton cœur.

Selon Knîgbt, le vers 600 : ■ ainsi, Ménélas, tu te réjouis dans « ton cœur » n'est qu'une addition superflue qui trouble le seos de la phrase. Malgré ce retranchement , la syntaxe de ce passage ne laisse pas que d'avoir quelques difficultés , et il faut dans tous les cas admettre qu'ici le verbe et son régime sont sous -en tendus. Voici comment Heyne construit la phrase : toîo 9k Oupoc («v^» «ott Tt irtpt oraxûeootv é^pon, scil. Uivti t^ Xiiîov, àX^if/Mircoç tcO Xiricu, Sts 9pt09Gucty apoupoii (i); c'est-à-dire : « le cœur de ce héros [Ménélas] « se réjouit, comme la rosée sur les épis r^ouit un champ de bUkXBi « maturité de la moisson , lorsque frissonnent les guérets. • Les mots soulignés sont ceux que Heyne ajoute pour l'explication. En adoptant cette interprétation , et sans ajouter le vers supprimé par Knight , la phrase présente un sens très-complet.

[v. 612 — 3.] Aussitôt il permet à Noémon, l'écuyer d' Antiloque, d emmener Tagile cavale.

Le texte porte le verbe ^âxtv , mais nous ne pouvons pas dire en français il donna d^emmener. Virgile a emprunté cette tournure à

Homère : Lorieam donat haiere viro (i), il donne au héros i/'o-

voir la tuniqtte, pour il accorde au héros , etc. Homère emploie fréquemment le verbe donner avec l'infinitif, pour accorder, permettre, ordonner (3). Dans certains cas j'ai cru pouvoir adopter la même

forme en français ; ainsi , au premier chant : Oiol ^oîév ixinp-

9%i npiopioio 9ro\tv, j'ai traduit : « que les dieux vous donnent

« de renverser la ville de Priam (4)- •

[v. 618— ao.] Reçois aujourd'hui ce présent , qu'il

(i) Heyn., Ohss. in Qiad. XXIII, SgS.

(a) Mu. y, 960-a.

(3) Cf.Iliad. 1', 38; p', 193; 9', ai6, etc.

(4) Iliad. a', 18-9.

SUR LE CHANT XXIII. 3a5

t'appartienne^ AyieiUard, en mémoire des funérailles de Patrocle. Hélas! tu ne le reverras plus parmi les Argiens.

Ce respect d'Achille pour le vieux Nestor, ce présent qu'il lui fait en mémoire de Patrocle, peignent d'une manière très-touchante la simplicité des moeurs héroïques. La réflexion qu'ajoute le héros» hâas! tu ne le revemu phts au milieu des Argiens, quoique très-naturelle, et précisément parce qu'elle est naturelle, exprime avec beaucoup de force le sentiment de la douleur. Ces traits prompts et rapides, qui partent du fond de l'ame, n'appartiennent qu'à notre poète seulement.

Dans l'Enéide , aux funérailles d'Anchise , le héros , comme ici , donne au vieux Alceste un prix pour lequel il n'a pas combattu; mais l'effet de cette scène est moins profond que dans Y Iliade , parce qu'elle résulte d'un prodige et non d'un mouvement spontané du cœur. Alceste a lancé une flèche qui s'est enflammée dans les airs ; alors Énée lui dit que c'est le roi de l'Olympe qui veut l'honorer d'une récompense particulière :

Sume, pater, nam le volait rex magnus Olympi Talibus auspiciis exsortem ducere hoDorem. Ipsius Anchine longiBvi hoc munus habebs (i).

Le dernier vers , qu'on peut traduire ainsi : « Recevez ce présent « que le vieux Anchise vous offre par mes mains », est plut6t un compliment délicat et bien tourné que le souvenir douloureux d'une personne qui nous fut chère.

[v. 621 — 3.] Puisque tu ne peux ni combattre au pugilat , ni lutter, ni lancer le javelot, ni courir d'un pied vigoureux.

Le scholiaste de Venise fait observer que , dans cette nomenclature de jeux , c'est le pugilat qui est placé en première ligne ; de même, dans VOdfss^, Alcinoûs répond à Ulysse :

où Y«P 1CU7IMCX01 fî{ùv d((A6fiovic, où^t vaXauoTCLi (3).

(0 JEn. V, 533.

(9) Odyss. 9', 346; cf. vers. 906 cjnsd. Rbapt.

3a6 OBSERVATIONS

« Nous ne sommes poùil habiles au combat du pugilat ni à oeloi « de la lutte. » Le scholiaste en conclut que V Iliade et XOdjssée ^nt du même poète : 6 o&r^ ôEpsi irotnnk (i) » ce qui n'est pas une preuve d'un grand poids , comme le fait observer Heyne : uxtàs levi argwnento (3)/

Plutarque fait observer aussi qu'Homère garde toujours le méoie ordre quand il parle de ces sortes de jeux : le pugilat» la lutte et la course : irpurov ^àp dtl inj^|&i^ irap* aùrû [ô|ikiQf«»] ^lùrtpov itoXiq» taX TtXiuToîov d ^pofMç, TMv piiLvucMv ait TCTOXTai (3). Maîs si le poète avait attaché une telle importance à cette prééminence du pugilat, pourquoi , dans la description générale des jeux , commenQe*t*il par peindre la course des chars ? Il me semble que cette réflexion du scholiaste et de Plutarque est plus subtile que juste.

[v. 629.] Ah ! que ne suis-je encore à la fleur de mon âge!

Tai déjà fait observer cette tournure particulière à Nestor (4); et de-là il prend toujours occasion de se livrer à de longues digressions sur ses anciens exploits, non parce que les vieillards aiment à parler longuement, comme le dit Plutarque (5), ou parce qu'ils aiment à se louer eux-mêmes , comme le dit Clarke (6) , mais parce que cette poésie antique est essentiellement conservatrice des traditions ; et si Nestor raconte plus souvent que les autres les précédentes guerres, c'est qu'étant plus vieux, il fut témoin d'un plus grand nombre de faits. Je n'insiste pas sur un point que j'ai eu l'occasion de remarquer si souvent (7).

[y. 638 — 9.] Seulement , à la course des chars , les

(i) Sch. Yen. in IlUd. (p', 6a i.

(a) Heyn., Obss. iniliad. XXIII, 6a 1.

(3) Sympos., lib. II, Qoest. 5; t. TITI, p. 53 1, éd. Reluk.

(4) Voyez lea Obas. sar le v. i3a do septième chant de Tlliade.

(5) Conf. Synipos. II, Quest. 5, t. YUI, p. 539, éd. Reiak.

(6) Cf. Not. inliîsd. vi', iSa et iS?.

(7) Yoy. les Observ. snr le v. 100 dn second, 119^ 414 da sixième, 447 dn nenvième chant de rilisde, etc.

deux fils d'Actor obtinrent lavantage, et remportèrent par le nombre.

Les anciens grammairiens se sont fort intrigués pour expliquer cette phrase du texte : vkHki irpoofti PôXovrtc, remportant parle ttombre^ comme je l'ai traduit. Il est en effet a^sez extraordinaire, puisque les fibd'Actor ne sont que deux (ÀxTOf iwt)» que le poète leur applique l'expression de irXîiOocy qui partout ailleurs signifie la foule ^ la muU titude (i); de sorte qu'au lieu d'admettre les explications forcées des scholiastes (a) peut-être ici, comme le suppose Heyne, «Xigftit doit-il s'appliquer à la foule des concurrents (3) ; alors il faut entendre que l'un des fils d'Actor, en poussant ses cheyaux au-devant des autres concurrents, parvint à les embarrasser dans leur coune , et que l'autre profita de ce désordre pour gagner le prix. Ce fut par une ruse analogue qu' Antiloque déroba la victoire à Ménélas , comme il est dit plus haut (4). Toutefois cette opinion de Heyne est plutôt une interprétation probable qu'une traduction positive; et, malgré cette explication, le passage présente encore quelque obscurité; car, dans Homère, irpooftt se construit toujours avec le génitif ou d'une manière absolue, mais jamais avec le datif (5).

[v. 64 1 — S-] Ces guerriers étaient jumeaux; Tun guidait les coursiers; il les guidait avec aplomb , et Vautre les excitait avec le fouet.

Heyne dit que le vers 64a ne se trouve pas dans un manuscrit de Leipsik (6). Si le vers 64s est retranché, on doit aussi supprimer le précédent , qui forme le commencement de la phrase. Knight , en effet , n'admet aucun des deux dans son édition. Il les regarde comme une explication qui appartient à des fables postr homériques (7). Pour comprendre ce que dit ici Knight, il faut

(i) Cf. II. p', 33o;(j>', ai8.

(a) Cf. Sch. Yen. in H. 4>', 638-639.

(3) Obaerv. in Iliad. XXJII, 638.

(4) Cf. aiad.f, 4i7aeqq.

(5) Cf. Seberi iudic. ad b. voc.

(6) Obaerv. in Iliad. XXUI, 64a.

(7) Knight, Not. in lUad. f, 641-a.

3a8 OBSERVATIONS

savoir que Fadjectif ^î^^ipbot du vers 641 , selon quelques critiques , ne signifie pas ici desjumeaux^ mais des hommes ttune double nature; c'està-dire que les fils d'Actor avaient deux têtes , quatre bras et quatre jambes sur un même corps , comme le disent les petites scholies (i). Knight a raison de penser que ces fables n'appartiennent point à l'antiquité homérique. Or, il faut savoir encore que, parmi les explications de la phrase rapportée dans les observations précédentes, 7rXii6it ivpooOi poXovTic , quelques grammairiens rendaient raison du mot iskrfiu par celui de ^i^(tot , avec le sens de ^i^elç (d'une doMe nature). Dans ce cas , la foule devrait s'entendre des quatre bras et des quatre jambes que portait chacun des fils d'Actor. Comme cette explication du mot «^î^piGi était donnée par Aristarque, qui, lui-même, s'appuyait de l'autorité d'Hésiode (a), Knight pense que ces deux vers auront été ajoutés par ceux qui trouvaient une pareille explication satisfaisante. Cependant , il est juste de dire que rien n'indique, dans ce passage, que ^c^ufAoi signifie des héros d'une double nature, et la suite de la période 6 piv.... 6 H semble prouver, au contraire, qu'il est ici question de deux/nmeaux; le vers aa7 du dix-neuvième chant de V Odyssée^ où il est parlé de deux boucles jumelles^ aOXoïot ^t^6ftot«t, n'infirme point cette explication ; dans ce dernier exemple , <^î^p.&i est adjectif, comme nous l'avons de même en français, quand nous Aison^ poutres jumelles ^ et eu terme de blason l'adjectif substantiséyfime//ef, signifiant deux bandes ou barres parallèles de même grandeur, répond tout-à-fait à l'expression homérique aùXcl ^i^uoi, de sorte que, contre l'opinion de Knight , on peut supposer que les deux vers existaient dans le principe, mais que, par la suite, les grammairiens ont profité du sens donné au mot ^^ftot, pour en tirer une mauvaise interprétation de la phrase embarrassante citée dans les précédentes observations. Mais il reste , pour confirmer le retranchement de Knight, l'autorité du manuscrit de Leipsik cité par Heyne.

On remarque encore dans ce passage la répétition des mots Ipiiri^ov lîvio'xeutv. Cette figure, nommée en grec i7ravsXY]4't; , qui , selon

(x) Brev. Schol. in Iliad. X', 708. Eastathe, d'après Ariatarqae, dit poaitiveiuent qa't'/f avaient deux corps, Yoyes ci-après.

(a) O0< [ÀxToptttvflic] ôfiDpoç (liy i\j^\kw^ toTOpEÎ àicX&c, 01 9i xar' ApîoTOipx^^» ^^ ouTttc oicv xarà tcù; Atooxopcuc » âXXà xftT« rôv Èoio^ou fiOOov, xaî ^tcputtc* ^0 ptèv ixcvtoc aw(AaTo^ oupuri^xoraç ii ^i «XXiiXotf. (East.,p. i3af, 1. ai seqq.)

SUR LE CHANT XXIII. Sag

le scholiaste de Venise, De se trouve qu'une fois dans V Odyssée^ est fréquente dans VllUuU (i).

[v. 664 — 5.] A Tins tant se lève un héros d*une grande force et d*une taille élevée, le fils de Panops, Épéus, habile au pugilat.

Cet Épéus est celui qui construisit le cheval dje bois dans lequel montèrent les héros grecs, ainsi que le dit Homère au huitième chant de VOdyssée, Lorsqu*Ulysse demande à Démodocus de chanter cet événement : «• Chantez-nous, lui dit-il , Taventure du cheval « de bois que construisit Épéus avec le secours de Minerve (a). » Virgile a suivi cette tradition

et ipsc doli fiibricator Epeus (i) ,

avec la plupart des auteurs qui ont parlé du siège de Troie (4) , ainsi que je le remarque ailleurs (5).

[v. 679 — 80.] . . • . et qui jadis se rendit à Thèbes quand on célébrait les funérailles d'OEdipe; là , il vainquit tous les enfants de Cadmus.

Il paraît bien , par ce passage , comme l'observe Clavier (6), que, d'après Homère , GËdipe né fut point chassé de Thèbes, et qu'il mourut sur le trône, puisqu'on célébra ses funérailles après sa mort. Selon Phérécyde , cité par le scholiaste d'Euripide (7) , il régna à Thèbes après la mort de Jocaste, et même épousa deux autres femmes : Euryganie (8) et Asty méduse, fille de Sthénélus. Il

(1) Sch. Ven. in Hiad. ^', 64a, A; cf. Iliad. u', 3ia et x', ia8. (3} Odyas. 0', 49a.

(3) £n. Il, a64.

(4) Cf. Enripid. Troad., v. xo ; Tryphiod., v. 56; Uygin., iab. loft ; Quint Calab. Paralip., 1. la, v. 78 ; Joan Tsetzae, Poat. Homer^ v. 633 Mqq., etc.

(5) Voy. les Observ. sur le ▼. a3o da vingt-deuxième ch. de l'Odysaée.

(6) Trad. d*Apollodore, t. II, p. 391.

(7) Sch. Pbeenisa., v. 53.

(8) Pisandre la nomme Eutigane, Sch. Pbœniss. v. 1748.

33o OBSERVATIONS

parait aussi, par un passage de YOdysUef qu'OEdipe régna àThèbes après la mort de Jocaste (i). La plupart des aventures d'Œdipe ont été inventées par les tragiques; déjà la poésie n'était plus la muse de l'histoire; ib arrangeaient à leur gré toutes les fictions, et adoptaient toutes les traditions pour rendre leurs drames plus intéressants. Je ne doute pas que ce qu'on raconte des pieds percés n'ait été inventé après coup sur l'étymologie du nom d'Œdipe : Oî^iirouç signifie qui a les pieds enfiés (s).

[v. 683.] II lentoure d'une large ceinture.

Ce vers est marqué d'un signe critique pour indiquer que , du temps d'Homère, les athlètes étaient entourés d'une ceinture. Eustathe et les scholiastes racontent à ce sujet qu'un certain Orsippe de Mégare, ayant fait une chute dont il mourut, pour avoir été embarrassé par une espèce de ceinture qui lui descendait jusqu'aux pieds, il fut décidé, depuis lors, que l'on combattrait tout nu, et que de là est venu le nom de gpnnase^ donné au lieu du combat Les mêmes ^joutent qu'Hésiode, plus moderne qu'Homère, avait représenté Hippomène luttant nu contre Ataiante (3). Heyne remarque avec raison que ces exemples ne se rapportent pas au passage d'Homère où il n'est pas question de course , mais de pugilat (4). Disons simplement que les mots gymmase ^ gymnaste , dérivés de ^ufAvôç , nu, étaient ignorés d'Homère, et que ces dénominations ne sont pas venues précisément de l'aventure d'Orsippe, mais deoa que dans ces sortes de jeux les combattants n'avaient qu'une simple ceinture, ou si l'on veut, un caleçon court, comme celui des nageurs, et que le reste de leur corps était nu, ainsi que l'observe le même Eustathe, qui ajoute que le poète le passe sous silence comme trop évident : xai ip^Ovro ol oûtm CMvu;Afvoi,9t-f£ «iç ^vi-

pov (5).

(i) Yoy. les Observ. sur le v. 370 da onsîème cb. de l'Odyssée. (a) Toyes les Observ. sar les v. 594 du second et 370 da cinqniène chant de l'Iliade.

(3) Cf. Scb. in Hon. Hiad. ^\ 693 ex recens. Beikeri, etEost., p. i3 a4» ). 13 seqq.

(4) Obss. in niad. XXUl, 683.

(5) Enst., I. c*.

SUR LE CHANT XXIII. 33i

Cet usage «e cooierve encore dans quelques parties de la Grèce, particulièrement dans l'Asie mineure. « Le 8 avril 1817, dit M. Amb.-Firm. Didot (i) , j'aurais pu me croire transporté aux solennités des jeux Olympiques, et toute la journée je restai sur la place publique de Cydonie , couvert de poussière et presque aussi fatigué que les lutteurs qui, ayant remporté la victoire les jours précédents , disputaient entre eux la dernière palme du combat. Lies lutteurs étaient nus, et, avant d'entrer dans la lice, ils se frottaient le corps avec de l'huile ; un caleçon court, en peau , ne déguisait point leurs formes vigoureuses Si le vainqueur est Grec, on lui donne un cheval ou un bœuf; s'il est Mu* sulman, un chameau, car ils ont seuls le droit d'en posséder, sans doute par respect pour Mahomet , ce célèbre conducteur de caravanes. »

[t. 698.] Enfin il seyanouit entre les bras de ceux qui le conduisent.

J'ai pria dXXeçpovéovra dans le sens de s'évanouir; je crois que c'est là la pensée du poète. Les petites scholies l'expliquent par : Ceiui qui n'est pas en lui-même , mais dont l'esprit est hors de son état jMiure/ (a). Hérodote l'emploie dans le sens de folie furieuse ^ lorsqu'il peint la démence de ceux qui voulurent dérober les statues de la ville d'Égine (3). Mais im tel sens ne peut être appliqué à la situation d'Euryale, qu'on entraine, qui a la tête penchée sur les épaules, dont les [^eds pendent à terre, et qui vomit le sang à gros bouillons. Dans un semblable état, il n'y a de possible que l'évanouissement.

Ce mot, dans le sens étymologique, signifie qui pense à attire chose, qui a une antre pensée. C'est en ce sens qu'il est pris dans VOdjrssée , lorsque Circé engage Ulysse à manger. « Cette proposition ne me ■ plaisait pas, dit-il; j'étais assis en méditant d'autres pensées « (ri^Lw dUXoçpov^Mv) , et mon esprit prévoyait les malheurs (4)* >

(i) Notes d^on Yoyage an Levant fait en i8t6 et 18 17. Cet ouvrage, tiré à on petit nombre d'exemplaires, n*a pas été mis en vente.

Ta) Oux iv oiÙTÛ irm , «XX* é^Mràfitvov rvi ^tavoia. Brov. Scbol. ad Uiad.4»',698.

(3) Uerod., lib. Y, $ 85.

(4) Od. x', 374.

Apollonius, dans son Lexique, en rapportant ce passage de VOd^stéep explique très-bien ce verbe par àXXota ^vooùfiivoc, pauantà des choses ^rangères (i).

[y. 718.] Pour obtenir le superbe trépied.

Littéralement : le trépied bien faU ^ rptiro^oç ic^pi irotiirolo, et non irtptirciy}TGto ni iripi irocvrrcio, parce que la préposition se rapporte au trépied et non à l'adjectif avec Tacception de irtptffa&ç , quoique cette dernière interprétation soit donnée par une des scholies de l'édition de Venise (3). Ici , ironrrôc est pour tOffoCuTOc , comme au cbant cinquième de VlUade, v. 198, où l'on trouve ^Jftoiç Ivi jnvu- ToXatv pour in ^ojACtç tûironiTGiatv.

Remarquons à ce sujet qu'Homère , qui souvent se sert de l'adjectif irotUToç, n'emploie jamais icoturnc , non-seulement pour exprimer un poète, un versificateur, ainsi que je l'ai déjà dit (3), mais même dans le sens plus générique d* ouvrier, defabricateur, comme dans cette phrase de Xénophon, irotuniç irpôç tcùç iroXip.iouc i&uxavi}fisTuv (4). Homère, pour signifier un ouvrier, cebii qui trapaiUe à une chose, se sert ordinairement du mot zwdrfjm, ^p«»v oobcoç.... l oi TuX^^C xafAi Tiuxuv, portant le bouclier que lui fit Fouvrier jy-chius (5). C'est pour la même raison qu'Homère applique aussi à Vulcain ce mot de tiux^v (6). Il est donc à présumer qu'Homère ignorait entièrement le substantif Trotnrnc, qui , par la suite, est devenu son nom désignatif (7). Plus tard on a dit 6 iroton^ oûpavcG xeù jn;, ou bien 6 mtirrnc tûv aioivoiv , le créateur du ciel et delà terre; le créateur des siècles à venir, pour exprimer la divinité; mais je crois que ces tour-

(i) Ad V. oXXoçpovtttv.

(a) Cf. Schol. Yen. in Iliad. i\ 7 18, B.

(3) Yoy. les Obacrv. sur le v. 469 da premier chant de riliade.

(4) Cyrop. I, 6, 19, p. 79, éd. de lieipa. 1773. On trouve dans Héro. dote le mot mvnaxç , poor signifier la confection d'an aromate composé de plusieurs substances. Liv. HT, aa .

(5) Iltad. Y)', axg-ao.

(6) niad. e', 195.

(7) A chaque pas, dans les divers aatenrs, Homère est désigné simplement par à Trcmrviç, le poète; entre mille exemples, cf. Strab., 1. XYI, p. 757 ; Xenoph., AircfA. 1, 3, 58, etc.

nures appartiennent exclusivement aux auteurs ecclésiastiques (i). La Fontaine emploie une image analogue quand il cUt : Le/ahriea^ teur souverain (3).

[v. 784 — 5,] Mais Achille s'approche, et les retenant : Ne luttez pas davantage, leur dit-il, ne tous fatiguez point à ces combats si funestes.

Ces mots leur dU4l ne sont point dans le texte. Observons que jamais Homère ne supprime , comme dans cet endroit-ci . le verbe qui annonce qu'un personnage va parler; toujours, ainsi que je Fai déjà remarqué (3) , il fait précéder chaque discours par quelques-unes de ces formules, qui lui sont familières : pidov lenriv, — ^rpoonu^a — lirta impoiyra d^optuiv ; ou , s'il n'est question que d'adresser la parole à un seul : liroç r' l^ar* ix t' ovo{i.aCtv; ou, enfin, quand il s'agit d'un interlocuteur : àffci i6itc , — dpittë^fiivoç irpooiïu- ^a , etc. Je crois que ce passage est le seul exemple de cette nature.

[▼. 740.] Achille alors offre des prix pour la course.

On ne saurait assez répéter combien le style d'Homère est dé« pouillé de tout ornement quand il s'agit de raconter une action simple, comme dans cette occasion, où il nous dit qu'Achille apporta les prix de la course, ou plutôt, pour être plus littéral, de la rapidité^ "ztLjycrst^. Je serais sans cesse dans le cas de faire la même observation , mais je réserve ces sortes d'exemples pour les passages imités par Virgile, parce que ces comparaisons servent à faire connaître le génie des deux ouvrages. Ainsi , dans une circonstance analogue, Virgile, après avoir décrit d'une manière admirable le lieu de la scène , ajoute :

Hic qui forte velinl rspido conlendere cunu , Invitât pretiis animes, et pnamia ponit (4}.

n y a loin de la à la simplicité homérique. Observez que dans le second vers du poète latin, la même idée est répétée deux fois sous

(i) Cf. H. Steph. Thés., t. HI, ool. 433, F. (a) La Beaaoe, Uv. I, fab. 7.

(3) Voy. lea Obaerv. tor le ▼• 846 do quinsième chant de Tlliad^.

(4) iEn. V, agi.

des formes différentes. Cette manière est fréquente dans Virgile; souvent la fin du vers est une explication de la première partie. On ne découvre jamais, dans Homère » ces redondances de périodes ; son langage naïf est toujours la peinture vraie de la nature. Il ne dit que ce qu*il faut , parce qu'il n*exprime que ce qu'il éprouve. .

[v. 757.J Ils se placent de front , et Achille désigne le but.

Le vers 757 , qu'on trouve dans ce même chant à l'occasion de la course des chars (i) , doit être retranché ici selon la scholie de l'édition de Venise (a); Heyne, Wolf et Knîght approuvent cette suppression. Malgré cela, il me semble que le vers pourrait bien rester aux deux passages.

[v, 763.] Ses pieds couvrent les pas d'Ajax avant que la poussière s élève dans les airs.

Macrobe loue cet endroit d'Homère comme exprimant très-bien la course rapprochée de deux héros (3). Virgile a dit aussi avec beaucoup d'énergie :

Calcemque terit jam calce Diores,

lociimbeDS hamero (4).

C'est à l'occasion de cette imitation que le même Macroi>e ajoute : m Vide ttinhoc Homen culutm (5). • Il faut avouer qu'ici Virgile est plus concis que son modèle; mais peut-être n'a-t-il oblena cette brièveté qu'au défaut de la clarté (6).

Dans Homère toute la pensée est parfaitement dév^ppée ; Ulysse porte son pied dans la trace que laisse celui d'Ajax » avant même

(s) Sdiol. Yen. ^, 'jS'j.

(3) Sfttttni.yV. i3.

(4) lEn. V, 3s4-

(5) Sak., l. c.

(6) Voy. les expUcatioiis de Bniman.de Heyne et do P. la Une , éd. ad usnm. Delph.

que la potusière puisse s'en élever. Dans Virgile la pensée est moins claire.

[y. 77a.] Elle ranime les membres du héros , et rend ses pieds et ses mains plus agiles.

Mot à mot : EUe rend tet wumkrts agiles, les pieds, et Us mains qui sont an-dessus. Ce vers, qu'il est impossible de rendre littéralement, se trouve deux autres fois dans Hliade (i). La scbolie de l'édition de Venise qui se rapporte au vers ci^essns dit qu'il n'est point convenablement placé ici , parce qu'Ulysse n'a pas vaincu par sa rapidité, mais parce que le pied glisse à son concurrent; qu'en conséquence ce vers est tiré du cinquième cbant, où il est beaucoup mieux appliqué à Diomède. Knight est aussi de cet avis (a). Je trouve que les raisons du scboliaste sont un peu subtiles, et je crois que le même vers peut fort bien rester aux deux endroits.

[v. 774—6.] Ajax glisse en courant, car Minerve Ta frappé, et il tombe dans un terrain où se trouvait répandue la fiente des bœufs qu'Achille avait immolés pour les funérailles de Patrocle.

Dans la première édition j'avais traduit : « Ajax , frappé par « Minerve, glisse dans un terrain humecté par le sang des taureaux. » rai cru devoir me rap|HH)cber du texte , et dédaigner une délica* tesae de langage qui peut bien être admise dans un ouvrage original, mab non dans une traduction, ou la première loi est de rendre toute la pensée de son auteur. Virgile, exprimant une civilJaatîoD plus analogue à la nôtre , ne parle pas comme Homère de iafimte dês baufs, Pocav 5vOoc; et, comme je l'avais traduit d'abord, il suppose que Nisus glbse dans un terrain humecté par le

levi cum sanguine Nisus

Ltbitur iofelix ; cntis ut forte juvencis

Fusas humum virideique super madefeoerat herbss (3).

(x) Cf.IUad.t'iaa etv',6i.

(s) Koigfat, Net. in Ilisd. f , 77a.

Et lorsque, deux vers plus loin, le poète latin hasarde le mot fimus, x\ a soin de le relever par une épithète, et par Tidée du stm^ sacré qui termine sa phrase :

sed proDus îd ipso

Concidit immundoque fimo, tacroque cruore (i).

Les siècles héroïques ne connaissaient pas ces délicatesses , et leurs poètes négligeaient ce travail difficile des mots qu'exigent des mœurs plus polies, un goût plus exercé. Us peignaient la civilisation telle qu'elle était; ib la représentaient tout entière avec ses habitudes grossières, souvent féroces, et toujours dépouillées des ménagements qu'ont introduits nos perfections sociales.

Les anciens grammairiens ont cherché un but moral à cet événement d'Ajax (a) , sans doute pour justifier Homère de ce qu'ib regardaient comme une fiction indigne de la majesté d'un poème ^ique.

[v. 791.] On sait qu Ulysse est un vieillard vigoureux.

L'épi thète ùficftpoiv, donnée ici à Ulysse, signifie étymologiquement un 'vieillard encore vert, de e»(toc, cru, vert, âpre, et de fipttv, vieiUanL C'est ce que Virgile a rendu par cruda senectus; mais il l'applique à Caron, pour exprimer qu'il est encore dans toute sa force (3), tandis que cette expression parait peu convenable pour Uljrsae, qui ne touchait point encore à la vieillesse. Les petites scholies donnent une autre explication de ce mot, et disent qu'il signifie celui qui est vieux avant U temps (4). Il est clair qu'un tel sens ne peut convenir à Ulysse, que le poète représente toujours comme un guerrier plein de force. Cette dernière interprétation, fait observer Heyne (S), se rapporte à un passage de V Odyssée où Eumée, en parlant de la douleur qu'éprouva Laêrte de la mort de sa femme,

(i) <Œn. y, 33a , cf. v. 358.

(a) Voy. les Observ. rar le v. 474 de ce chant.

(3) ^a. VI, 3o4 Noai disous auui pour une vieillesse rigooreiue, une verte vieillesse, expretsion qae Gresset appUqne dans le sent propre k on vieux ormeiu. (Épitre aa P. Bougeant.)

(4) Brev. Sch. in Iliad. <|/, 791.

(5) Obss. in lUad. HXUI, 791.

emploie cette expression : Iv c*|Aà yn^al Orixtv , littéralement : eile le plaça dans une vieillesse prématurée (i). Hésiode se sert de la même phrase en parlant d'une courtisane qui brûle un homme sans flambeau, et le livre à une vieillesse prématurée, x«t ôifjiM yn^aX ^ttxtv (a).

Knight supprime ici douze vers, c'est-à-dire depuis ie v. ySS jusques et compris le vers 797. Il blâme cette expression : u{A(i' i^itè , Je vous le dis (3), et cette autre : iiptiaiTat alvoç, la louange sera dite (4); enfin il prétend que dans Homère ÀxOiXtl, au datif n'est jamais de trois syllabes seulement (5) ; en effet, partout ailleurs il est de quatre syllabes : Àx^>}^ ^^ ÀxtX$. A ces observations , qui me paraissent justes , je crois qu'il aurait pu ajouter celle sur ù^o^pttv ; disons encore qu'il n'est pas trop dans le goût des mœurs héroïques de voir Achille ajouter un nouveau don à la récompense d' Antiloque, parce que celui-ci lui a fait un compliment.

[y. 8o5 — 6.] Le premier qui déchirera la peau délicate , et qui à travers Tarmure fera couler le sang de son rival.

Mot à mot : « celui qui le premier atteindra la peau délicate , et • qui touchera les entrailles à travers l'armure et le sang noir. > Aristarque supprimait le vers 806, parce que dans ces jeux, où il ne pouvait être question que d'une ombre de combat (oxio|Aa- Xiei) , Achille ne devait pas ordonner aux rivaux de se percer les entrailles , lui qui surtout leur promet un repas splendide en terminant son discours :

xou of IV ^oît' «^oôtiv iraipaOiQoo(Atv Iv xXioi^tv (6).

On observe aussi que la fin du vers 806 : èid t* lyrta, xal p.^Xav aifAoi pourrait bien avoir été tirée du dixième chant de V Iliade ,

(i) Od. 0*, 356.

(9) Op. et Dier., v. 701, éd. Gsisf.

(5) Y. 793. Cf. Knight, Not. in Iliad. f, 785-97.

(6) Y. 810. Yers, aa reste, qai Im-méme était supprime par quelque.<( critiques. Yoy. les Obsenrations saivantes.

V. S98 , OÙ les mêmes mots sont très-bien employés pour eiprimer la marche nocturne d'Ulysse et de Diomède sur le champ de bataille y à travers Us armes et le sang noir (i). Enfin il parait qu'Arislophane,.pour sauver cette espèce de contre-sens, écrivait ainsi ces deux vers :

« Celui qui, d'abord, effleurant la peau délicate, se glorifiera le « premier, à travers les armes et le sang du héros. » Cette correction ne prouve autre chose sinon que le vers paraissait fort suspect aux anciens critiques. Knight ne l'a pas admis dans son édition.

[▼. 810.] Et je leur offaîrai dans ma tente un splendide repas.

Voici ce que dit la scholie de Venise qui se rapporte au vers 810 :

« n doit être retranché, parce qu'il faut donner un repas a tous

• les combattants , et non pas seulement à ceux-ci. Pourquoi faire

* plus pour eux que pour les autres. »

Cette critique a paru suffisante à Knight. • Ce vers, dit-il, jus- « tement noté par les anciens , doit être absolument retranché (3). »

[▼. 8a I.] La pointe étincelante efBeure le cou d'Ajax.

Les petites scholies racontent ici qu'Hercule étant abordé à Salamine au moment où Ajax, le fib de Télamon, venait de naître, il prit l'enfant et l'enveloppa dans sa peau de lion, en demandant aux dieux qu'il fût invulnérable. En effet, Ajax ayant grandi, son rx>rps resta impénétrable à l'airain, à l'exoqition pourtant de son cou, qui n'avait point été entouré par la peau du lion (4). Cette fable , qui a quelque rapport avec celle d'Achille

(i) Cf. Sch. Yen. in Iliad. ^, 804 et 806. (a) Enst., p. i33i, I. S leqq.

(3) Knight, Not. in Hiad. f , Sio.

(4) Bkv. Schol. innisd.f, 8a 1.

SUR LE CHANT XXIII. SSc)

trempé dans les eaiiz du Styx, et dont tout le corps fut invulnérable à l'exception du pied par lequel Thétis le tint pour le plonger (i)» n'appartient pas aux temps homériques.

[▼. 8a4 — 5.] Cependant Achille donne à Diomède le glaiye superbe avec le fourreau et le baudrier éclatant.

Les scholies de Venise disent que ces deux vers doivent être retranchés, parce que le combat n'étant point terminé, Diomède ne doit pas avoir seul les prix destinés au vainqueur. D'ailleurs les Grecs viennent de promettre des récompenses égales à tous les deux (a). Aristophane les supprimait (3). Une autre scholie de l'édition de Venise pense que ce jugement en faveur de Diomède vient de ce qu'étant très «courageux , il n'abandonnait point la partie et voulait toujours combattre (4). Knight n'hésite pas à regarder ces deux vers comme une interpolation (5); Aristarque était du même avis (6).

[v. 8a6 — aj.] Alors le fils de Pelée apporte un bloc de fer, tel qu'il sortit de la fournaise, et que lançait autrefois le vigoureux Éétion.

Le grec porte oôXov oùroxooivov -, ce que les interprètes expliquent par une masse ronde , nullement travaillée , et telle qu'elle est sortie du fourneau : otov pLii Ix^vra xaxtuokvirin ripirvi^ , tfr* oSv rtxvtxkff à>X' U {tovvK x<tà)ttia/ç évoXn^^vra (7). Les schoUastes distinguent le o^cc du disque; le disque était une pierre ronde et plate comme nos palets , et quelquefois ayant un trou où l'on passait une corde pour donner la facilité de le jeter plus loin (8).

(i) Cf. Servii Not. in JEu, TI, 57. Voy. aiuai l«t ObMfv. sur ]« v. 1 an premier chant de l'Iliade.

(9) Cf. ▼. 893.

(3) Sèh. Yen. ^^ 894.

(4) Scfa. Yen. id. B.

(5) Knight, Not. in Oiad. 4»^, 894-5.

(6) Cf. Heyn., ObM. in Oiad. XXHI, 894.

(7) Brev. SchoL in Oiad. ^^ 896. Eust., p. i3S«, 1. 7 seqq.

(8) Sch. Yen. in Uiad. ^, 896, éd. Pekkeri.

34o OBSERVATIONS

C'est sans doute à cette dernière espèce de jeu qu'Ulysse vainquit les Phéaciens, et les mots qu'emploie le poète, pofkfivtotv ^i Xîdoç(i), la pierre gronda, indiquent la force que lui imprimait la corde , qui était là comme une espèce de fronde. Ératosthène dît que le bloc appelé tfôXoc avait aussi une corde pour aider à le lancer (a). Le guerrier Éétion , dont il est parlé ici , était le père d' Andromaque; il en est question fort en détail au sixième chant de VlOade (3).

[▼. 843.] D*une main vigoureuse il dépasse les marques des deux premiers.

Mot à mot : « d'une main vigoureuse il dépasse les marques Je m tout. > Cette expression générale , pour signifier deux rivaux seulement, a paru être un motif suffisant de su]^rimer ce vers (4). Wolf le met entre deux parenthèses. L'interpolation est d'autant plus probable, que la même expression se trouve dans VOdjrstée, 011 elle est très-bien placée , parce qu'elle s'applique à Ulysse , qui jette son disque après un grand nombre de rivaux et les dépasse tous (5). Knight le supprime aussi dans son édition.

[v. 86a.] Teucer est le premier que désigne le sort ; soudain il lance sa flècbe avec vigueur.

Virgile a imité d'Homère toute cette description du jeu de l'arc (6); je ne suivrai point ces auteurs en détail, mais je renurquerai quelques traits propres à caractériser la poésie des deux époques.

Tout ce qui tient à l'action physique est exactement décrit par Homère. Lorsque Teucer frappe la corde qui retient l'oiseau, le poète peint la colombe s'envolant vers les cieux , et la corde pen-

(i) Odyss. a*, 190.

(a) Cf. Schol. in Hom. Odyss. «diu a Battmano. Od. 6*, 190.

(3) Cf. niad. C> 395-7 et 416-90.

(4) Sch. Yen. f, 843.

(5) Cf. Odyss, Ô', 19a.

(6) /En. y, 5oi seqq.

SUR LE CHANT XXIII. 34i

cUnt vers la terre; Virgile a négligé cette peinture, qiii est trèsnaturelle. Quand Mérion atteint la colombe, Homère décrit la manière dont elle volait et Tendroit où elle fut frappée ; il la représente arrêtée un instant sur le sommet du mât, le cou penché , les ailes étendues, et enfin tombant à terre. Virgile ne s'arrête point à ces divers détails , et dit simplement :

Decidit eianimis, vitamque reliquit in astris (i).

Lorsque le lien de la colombe est rompu , au lieu de nous la représenter, comme Homère, tournoyant dans les airs, Virgile dit qu'elle était joyeuse au haut des cieux, et qu'elle s'applaudissait de ses ailes. Ici le poète latin prête sa pensée aux objets dont il parle; Homère se borne à décrire les détails avec une admirable vérité.

Dans Vliiade, Mérion, avant que de lancer sa flèche, promet une hécatombe déjeunes agneaux à Apollon; dans V Enéide, Eurytion implore son frère Pandarus. Cette invocation n'est point prise dans les mœurs héroïques, où l'on n'implorait que les dieux , et ici d'autant moins qu'elle renferme une sorte d'impiété contre la foi jurée; car le poète vient de rappeler que Pandarus est celui qui a rompu les traités (a).

Il faut remarquer que ce dernier combat prouve que les anciens héros n'étaient point étrangers à la chasse aux oiseaux, quoique jamais il ne soit fait mention d'aucun gibier dans leurs repas (3).

[v. 864*] Une illustre hécatombe de jeunes agneaux.

Eustathe remarque ici cette expression : àpvûv ixarop,6riv , une hécatombe d'agneaux , quoique le mot ftécatombe^ dérivé de Cxarcv et de pottv, signifie, dans son acception étymologique, un sacrifice de eeni baufs. Il dit que cette manière de parler est analogue à celle du quatrième chant, où le poète joint le mot nectar au verbe ccMx>^itv , qui signifie iferser du vin (4) , et il apporte d'autres exemples qui ne sont pas pris d'Homère (5). Tout ce qu'il y a à dire ,

(i) Id. Id. 517.

(a) Cf. ^o. y , 49fit et II. ^', 104 et seqq.

(3) Voyez les Obss. sur le v. 343 dn quatrième chant de Hliade.

(4) Iliad. <r', 3.

(5) Enst., p. i334, 1. i5 seqq.

34a OBSERVATIONS

c'est qu'ici hécaiomie signifie un sacrifice en général » et d'nn grand nombre de TÎctimes.

[v. 870.] Mérion) se hâtant, enlève l'arc des mains de Teucer.

Pour la clarté y j'ai ajouté dans la traduction le nom de Teucer, qui ne se trouve pas dans le texte, où il est dit simplement : i(npuet x*^^ ToÇov, il enieim Vare de la maÙL, Cest sans doute pour remédier à cette ellipse un peu forte qu'Antimaque écrivait: fftiputft Ttuxpou ToÇov (i). Mais il reste une autre objection contre ce passage, c'est que Mérion et Teucer n'ont qu'un seul arc pour eux deux, tandis qu'il est tout naturel de penser que cbacun avait le sien. Aussi l'édition de Marseille changeait-elle ainsi les t. 870 et 871 :

ompxofMvoc ^' âpa Mu^t^oc tirtênKar* jtorèv

« Aussitôt Mérion place la flèche sur l'arc, car il la tenait déjà dans « ses mains, tout prêt à la lancer. » Ejaight est le seul des éditeurs modernes qui ait adopté la leçon de l'édition de Marseille ; elle me semble préférable à celle qui est généralement reçue. Virgile, qui imite ce passage, a suivi le sens de celte dernière édition :

jamdudum arcu contenu parato

Tels tenens, fratrem Eurylion in vota vocavit (3).

(i) Eiut.,p. i334, 1.8.

(2) Eutt., p. i334, I. 7, et Sch. in Hom. Iliad. <^, 860, ex Receni. Bckkeri.

(3) JEû. V, 5i5.

Page 1