SUR LE VINGT-QUATRIÈME CHANT
DE L'ILIADE
[v. 5 — 9.] Il 8*agite de tous cotés sur sa couche , en regrettant et la force et le noble courage de Patrocle ; il songe à tout ce qu autrefois il accomplit avec lui, aux tniYaux quils supportèrent ensemble, soit dans les combats, soit en traversant les mers orageuses : à ce souvenir il répand des larmes brûlantes.
Rien ne prouve plus rincertitude des jagements en nuitière de goût que ceux portés sur Homère. Ainsi quelques critiques , et entre autres Aristophane le grammairien, supprimaient les fer» 6,7, 8 et 9 comme médiocres, comme surabondants et emphatiques (i). Quelques-uns soutenaient que ces vers étaient indignes non-seulement d*un héros, mais d'une femmelette, et pensaient qu'ils n'étaient propres qu'à faire supposer de honteuses liaisons entre Achille et Patrocle (a). Knight est de cet avis (3). D'autres, au contraire, trouvent ces quatre vers admirables; ils font observer qu'Achille ne regrette pas ici Patrocle comme son complaisant, son flatteur ou son convive, ainsi qu'il est dit d'Hector à l'égard de Podès (4), mais comme le compagnon de ses travaux et celui avec lequel il accomplit de glorieux ex-
(i) Sch. V«n. m\ 6.
(a) Sch. Vice. Cf. Heyn. Ob«. in Iliad. XXIV, 6, 7, 8 et 9.
(3) Knight, Not. in Ilitd. »', 6-9.
(4) Voy. les Obaerv. sar le ▼. SjS du dix-Mptième ch. de Tlliade.
ploits. Selon ces derniers, on ne conçoit pas comment ceux qui veulent retrancher ces vers peuvent critiquer de telles beautés (i).
Quoi qu'il en soit, je ne trouve point que ces vers présentent uo sens déshôdnéte, et Teipression «oô^mv à^pornra, regrettmi le mâle courage, n'emporte point l'idée que Knight veut y attacher. Ce verbe icoôitt ne s'entend jamais du désir des sens, mais du regret d'avoir perdu un objet qui nous est cher. Ainsi, quand Achille s'est retiré, ses soldats regrettent un chef vaillant, etc., «px^v àpDt^iXcv ico- OtovTtç, X. T. X. (a); de même les soldats de Protésilas et ceux de Philoctète . icoOtov ft ^ht à^x°^ (3)- Mais ce qui ferait croire à l'interpolation, c'est qu'en supprimant ces quatre vers le récit me parait avoir plus de suite; dans ce cas il faudrait traduire ainsi : « il se tourne de tous les côtés, tantôt étant couché sur le flanc, • tantôt sur le dos ou sur le sein. • Je trouve aussi que cette tournure : regrettant la force et le courage de Patrocle , n'est pas dans le goût d'Homère, qui aurait dit plutôt : Regrettant le fort et courageux Patrocle (4).
Au reste, disons que tout ce vingt -quatrième chant a été regardé comme apocryphe par quelques critiques modernes, entre autres par lensius (5) et par Dawès (6); mais les raisons qu'ils donnent sont de peu de valeur. Les anciens grammairiens se taisent sui* ce point (7) ; ce qu'il y a de sûr, c'est que ce chant renferme des beautés d'un ordre non moins élevé que celles des chants précédents , et qu'on y trouve la scène la plus noble et la plus touchante de toute V Iliade, cette admirable entrevue de Priam et d'Achille pour la rançon du cadavre d'Hector , morceau qui sans contredit appartient à la plus belle antiquité.
[y. i4 — 6.] Cependant Achille place sous le joug ses coursiers impétueux , et attache à son char le cadavre
(i) Sch. Yen. in Uiad. w', 6, B.
(a) Iliad.e', 778.
(3) Iliad. &, 703 et 726.
(4) Voy. les Observ. sar le ▼. a 54 an premier ch. de Tlliade.
(5) De Stylo Uomeri ad calcem.
(6) MisccUiin. crit., p. 957, éd. de 1S18.
(7) Cf. Heyn. exctirs. i, ad Ub. XXIV, Iliad.
d'Hector; trois fois il le traîne autour du tombeau de Patrocle.
Tai déjà fait observer qu*£uripide supposait que le cadavre d*Hector était traloé trois fois par Achille autour des murs d*llion (f). Voici, à ce sujet, Tobservation du scholiaste: « Ce que « dit Euripide est contre l'histoire (irap* tvropîav); Hector fut pour- •* suivi par Achille autour des murs , mais le cadavre fut traîné « trois fois autour du tombeau de Patrocle (a). » Notons ici cette expression du scholiaste d'Euripide : irap* loropiav ; chez les anciens, les faits rapportés par Homère sont toujours regardés comme des traditions historiques, et non point comme de simples fictions. A l'occasion de cette scholie , Barnès fait des observations qui renferment quelques inexactitudes (3).
Virgile est tombé dans la même erreur qu'Euripide quand il a dit:
Ter circum iliacos raptaverat Hectora muros (4).
[v. 18 — 21.] Mais Apollon préserve sa chair de toute souillure, touché de compassion pour ce héros, quoiqu'il n* existe plus ; il le couvre tout entier de son égide d'or, afin qu'Achille en le traînant ne puisse le déchirer.
Selon le scholiaste de Venise, les vers ao et ai doivent être retranchés , et la phrase doit s'arrêter à ces mots : « Apollon , touché ■ de compassion , le préserve de toute souillure » , parce que le poète ne s^amuse pas à paraphraser ce qu'il a déjà clairement expliqué (5). S'il y a ici interpolation , c'est là le véritable motif; il a paru déterminant à Heyne (6) et à Knight (7), qui retranche les deux vers de son édition. Les autres raisons données par le scholiaste sont peu concluantes.
(1) Yoy. les Ob». sar le v. 3^5 do vingt-deuxième chant de l'Iliade, (a) Schol. in Androm., v. 108.
(3) Bamesii Annotât, ad eomd. vers.
(4) ^£0. 1, 487» et 483 éd. Heyn.
(5) Sch. Yen. 01', ao.
(6) Heyn., Observ. in Uiad. XXIY, ao et a t.
(7) Knight, Not. in Uiad. »', ao-i.
[y. a3 — 4*] A cette vue, tous les immortelsi émus de pitié, engagent ]e vigilant Mercure à dérober le cadavre du héros.
Quoique j'aie traduit nXi^tLi par dérober^ ce verbe n'emporte pas préciaémeot l'idée d'un vol , comme le fait observer Heyne (i). Ce n'est qu'après Homère que Mercure a été considéré comme un dieu voleur; ce qui prouve que l'hymne adressé à cette divinité, et qui se trouve à la suite des poèmes d'Homère, n'est pas de ce poète, puisqu'il y est question des bœufs d'Apollon, que Blercare déroba quand il était encore au berceau (a).
Les petites scholies racontent aussi , d'après Érastothène, que Mercure déroba les vêtements de sa mère Mala pendant qu'elle se baignait avec ses sœurs, et qu'après avoir ri pendant quelque temps de leur embarras , il leur rendit leurs habillements (3). On trouve la même histoire dans Eustathe (4) et dans le scholiaste de Venise (5).
[v. 27 — 3o.] Ces divinités gardaient leur haine première contre Ilion , Priam et son peuple, pour venger l'injure de Paris , lui qui jugea les déesses quand elles vinrent dans sa cabane , et donna le prix à celle qui lenivra d une volupté funeste.
Voici la première et la seule fois qu'il est parlé du jugement de Paris dans YllUule, On s'étonnera sans doute qu'un événement de cette importance, qu'un événement qui doit être regardé comme la véritable cause de la guerre , soit rejeté ainsi à la fin du poème , et qu'il n'en soit fait mention que d'une manière accidentelle. Cette raison , qui n'est pas sans quelcpie poids , avait engagé plusieurs critiques à regarder ce passage comme interpolé (6). Cependant Eustathe combat cette opinion , et m^me il admire ici l'artifice du poète, qui jusque-là a suspendu l'attention de son auditeur,
(x) Heyn., Obss. inllisd. XXIV, a 4.
(9) Hymn. in Merc., x8.
(3) Bkv. Sch. ad II. u', a4'
(4) Enst., p. i337y 1. i5.
(5) Sch. Ven. 0»', a4*
(6) Ecut., p. 1337, 1. 3o.
en rétervant pour la fin de VlUaiU de faire connaître la véritable cause de la guerre (i). Madame Dacier fortifie par d'autres réflexions l'observation d'Ëustathe (a). Je me garderai bien de les combattre : en matière de goût on peut subtiliser à l'infini sans se convaincre; seulement je ferai observer que notre poète a manqué à cette belle règle en donnant aux vaisseaux construits par Phéréclus l'épithète de àpx>3MÉxovc , U prindpe, la came du maXhturt (3) , et en disant d'Hélène^ qt^eUe est la cause de la guerre^ ^ t* ficXrro vtCxtoc à^ii (4). Mais ce qui me parait encore offrir quelques difficultés sur ce passage , et ce qui ferait supposer que ce mythe du juge* ment de Paris est postérieur à Homère , c'est qu'il n'est question en aucun autre endroit des faits qui s'y rapportent Ainsi , quoique notre poète fasse mention des noces de Thétis et de Pelée (5) , il ne parle point de cette fameuse pomme jetée par la Discorde dans l'assemblée des dieux , et qui devint la véritable source de la querelle. C'était un événement trop considérable pour qu'Homère n'en ait pas dit un mot, si cette fable avait été connue de lui; le passage même qui nous occupe renferme une difficulté grave, car on conçoit biep que le jugement de Paris en faveur de Vénus ait blessé Minerve et Junon, mais pourquoi ajouter Mercure? quel intérêt y avait-il? Cependant ici, quand il s'agit de dérober le cadavre d'Hector, il est dit que cet avis déplut à Junon, à Neptune et à Minerve (6). Examinez aussi que c'est la seule fois que Minerve est nommée ^XocuxcMrtc xo6pD, la fille aux yeux iléus; souvent elle a l'épithète de ^Xauxwmc, mais alors toujours à cet adjectif est joint le nom Â(hnvi}, Mîaerve (y); et quand elle est désignée sous le nom de xod^n^ fille, le poète ajoute At^ç «t'^ftoxoto, de Jupiter^ qui porte répde (8).
Selon les scholies de Venise, l'interpolation serait manifeste.
(i) Id. Id.,]. ag.
(a) L*Ilisde d*Hoiii. trad. par madame Dacier, t. 111, p. Sgi, êdxl. de Riganlt.
(3) Uiad. i', 63.
(4) Ilisd.x', Ii6.
(5) Cf. Uiad. m', 6o-i.
(6) Cf. llUd. ft)', a5-6.
(7) Cf. Iliad. a', ao6 ; 6*, i6tf$ ; »', 4o5, 4ao, etc.
(8) Cf. lUad. I', 733 ; V, 384; »', 553, etc.
Elle porterait d*abord sur les vers ao et ai, comme je l'ai déjà remarqué (i) ; plus sur les vers a3-3o, de manière à ne laisser subsister ici que le v. aa. Voici maintenant, d'après les mêmes schoKes de Venise, les raisons qui déterminèrent plusieurs critiques à rejeter ces vers. Il était naturel , pour exciter la pitié de tous les dieux, de commencer par déplorer le malheur d'Hector, et tel est aussi le commencement du discours d'Apollon ; de sorte qu'Anstarque retranchait tous les vers intermédiaires (i). L'action de voler, qu'on attribue à Mercure, est indice d'un dieu (3). Le verbe vitxioot , qu'emploie le poète pour exprimer que Paris jugea les trois déesses , n'a jamais ce sens dans Homère , mais celui de disputer y de reprocher, comme au dix-huitième chant de ^iUade: ■ deux hommes se disputaient pour une amande. »
J^o ^ dcv^pi; jvtuciov tivuca iroiviiç (4).
De même , au vingt - quatrième chant , quand Priam adresse des reproches à Hélénus, à Paris et an divin yigathon, il est dit :
vttxiittv ËXtvov Tt, na^tv t*, À')fGÛ)oivà rt ^ov (5).
Ce n'est que plus tard qu'on a donné à ce vers le sens de terminer un différent^ de juger. Dans ce même vers 29 on dit que les déesses se rendirent à la cabane de Paris; or, d'après Homère, Paris ne fut point élevé à la campagne y puisqu'au troisième chant de \' Iliade il est parlé de son habileté à jouer de la cithare (6) , ce qui ne suppose pas une éducation rustique. Le mot (*axXoauvD, déhanche, est un mot moderne; il n'est jamais employé par Homère, et s'applique plutôt aux hommes qu'aux femmes (7). Le poète
(1) Yoy. les Observ. sur le v. 18 de ce chant.
(a) C*estHi-dire , depuis le v. a a jasqa*Aa v. 3o; ce qui ne comprend pas le conunenoement du discoara d' Apollon.
(3) Voy. les Observ. précédentes sur le verbe xXîtJ^ai.
(4) lUad. a», 49<*
(5) niad. «»', 249.
(6) Iliade, f, 54.
(7) Hésiode s'est servi de ce mot pour exprimer le libertinage des iîlles de Prœtns (Snid. ad v. ^ÈaL-f^AWfti), Cest à cause de ce mot que les éditions d'Aristophane et de diverses villes changeaient ainsi la fin du vers 3o.
îi &t MX9iptO|Atya ^ttip' ovopLTivi.
« Celle qni lui accorda les plus précieux dons. » (Scb. Ven. ad tù\ 3o.)
ne connaissait point le jugement de Paris sur la beauté, il n*en parle jamais , et Priam attribue la cause de la guerre aux dieux (i) et non au jugement de Paris. Enfin pourquoi désigne-t-il ailleurs Us Doisseaitx et non pas c^ jugement comme Za caitse, U principe de tous les maux (a).
Heyne fait observer que la fin du vers a8 se trouve aussi au sixième chant de V Iliade (3); il faut dire en outre que cette phrase dans les deux endroits a deux acceptions différentes : ÀXt^Acv^pou huC éxi^ doit s'entendre au sixième chant de F enlèvement d'Hélène, et ici Avi jugement de Pâtis. Knight rejette les deux passages, parce qu'il pense que é,vtï de deux syllabes n'appartient pas aux temps homériques (4). Au reste , il retranche dans son édition tous les vers que condamne ici le scholiaste de Venise.
Aux autorités que nous avons données pour prouver que ces vers ne sont point d'Homère , ajoutons celle de Macrobe , qui dit très-positivement : nuUam commemorationem tU Jitdicio Paridis Home' rus admittit (5). Il faut citer enfin l'auteur de la vie d'Homère attribuée à Plutarque, qui rejette positivement ce passage, et qui fait même à ce sujet des réflexions fort judicieuses dont voici la traduction :
« Ce qu'il y a de mieux à dire (sur la cause et l'origine de cette « guerre), c'est que Paris, fils de Priam, désirant connaître les m mœurs des Grecs , se rendit à Sparte , où il fut reçu par Hé- « lène ; et , comme Ménélas était absent , il persuada à cette prin- « cesse de le suivre. Ils vinrent d'abord dans une lie appelée m Cranaë, et c'est là que Paris s'unit à Hélène pour la première « fois; ensuite, après avoir passé par Sidon et par la Phénicie, ils ■ arrivèrent à Troie. Dès qu'Agamemnon et Ménélas furent in- « struits de cet enlèvement, ils se hâtèrent de rassembler une ar- * mée dans l'Aulide, ville de la Béotie (6). »
D'après tout ce qui vient d'être dit, l'interpolation est incon-
(i) Ilîad.f, 164.
(a) Hiad. %\ 63. Toat«a ces misons sont tradaîtei de la Schol. de TenÎBe, qui se rapporte an v. a 3 de ce chant
(3) Iliad. C, 356. Cf. Heyn., Obss. in Iliid. XXIY, a8.
(4) Knight, Not. in lliad. «a', a3-3o.
(5) Satum., lib. Y, c. 16.
(6) Cf. Humer. în éd. Barnes., p. xviii, cale.
35o OBSERVATIONS
testable, malgré les raisons d'Eustathe et de madame Dacier. Dam ce cas Toici quelle est la suite du récit : • Cest ainsi que ce héros « furieux outrageait le divin Hector. Mais , lorsque parut la dou- « cième aurore, le brillant Apollon parla ainsi aux immortels. •
[y, 3i — 3a.] Mais déjà brillait la douzième aurore lorsque Apollon tint ce discours dans l'assemblée de rOlympe.
^enUey a remarqué que ces mots : t-n ^^M^mdvn 7<vtT* ^mç, lorsque parut la douzième aurore ^ contredisent le vers 107, où Jupiter dit a Thétis que « depuis neuf jours la discorde règne parmi les • Imroorteb, à cause du cadavre d'Hector, et d* Achille» destruc- « teur des cités. »
ËxTopoc è^x vtxut xttl Âxt^X'iri irreXnccpOa* (i).
Bentley ne voit d*autre remède à cette contradiction que de supprimer ce vers (s) ; de sorte que dans ce cas il devrait être ajouté à ceux qui ont déjà été désignés dans les observations précédentes (3).
[▼. 43.] Fond sur un troupeau de brebis pour en fiedre sa pâture.
Comme il est ici question d'un lion, et que le poète emploie le mot^otra, ce passage semble infirmer l'opinion d'Athénée, qui prétend que ce mot ne doit s'entendre que du repas des hommes (4). Le vers 43 ne porte aucun caractère d'interpolation ; il est même indispensable dans le passage, et est regardé comme authentique par tous les critiques. Toutefois faisons observer qu'ici le mot iaxta. est éloigné du mot Uttv, et que sans doute l'observation d'Athénée portait principalement sur cette tournure donnée par Zénodole : o{mvoT9C Tt ^eÛTa. Homère a pu dire en parlant d'un Uon : Ua. ^axva
(a) Heyn. Obw. in lUad. XXTY, 3i.
(3) Toy. Iw Obw. rar le vers 107 dn vingt-quatrième ch. d« TUiade.
(4) Athen. Deîp. epit., 1. I , p. la, E, F. Cf. les Obterv. for Im v. 4 du premier et aaS du neuvième ch. de T Iliade.
SUR LE CHANT XXIV. 35i
XéSrçisvtf afin qu'il en fit son reptu, mais il n'aurait pas joint les deua mots, et n'aurait pas dît, par exemple : Ttûx* Xtforrt «^atra, il m fit un repas au Uon. Quintus s'y est trompé , et l'on trouve dans son poème ^arra xuoî (i).
[▼. 44 — S'] ^^ même Achille dépouille toute pitié, toute honte , source des biens et des maux parmi les hommes.
L'une des scholies qui dans l'édition de Venise se rapportent au vers 4$ avertit que quelques auteurs substituaient l'article 4 ^i à la conjonction ifi^i, ce qui change entièrement le sens de la phrase. Dans ce cas ï\ faudrait traduire : « Achille n'a point de « pudeur; il en est une funeste aux hommes, et l'autre leur est « avantageuse. > Ceux qui adoptaient cette opinion se fondaient sans doute sur ce passage d'Euripide : « il est deux sortes de pu- « deturs; l'une n'est point un mal , mais l'autre est un pesant far- « deau (a). » On retrouve la même pensée dans l'ecclésiaste de Jésus , fils de Sirach : « Il y a une confusion qui fait tomber dans « le péché , et il y en a une autre qui attire la gloire et la grâce (3). • Toutefois, aucun des éditeurs modernes n'adopte la leçon propoaée par le scholiaste , et en effet je la crois plus ingénieuse que fondée.
Une autre scholie de la même édition de Venise qui se rapporte au vers 4^ dit qu'il doit être supprimé comme appartenant à Hésiode (4)- Knight adopte ce retranchement dans son édition, n est sûr que cette sentence est plus convenablement placée dans Touvrage d'Hésiode qu'au milieu d'un discoiuY d'Apollon.
[▼. Sa — 54.] Ce n*est pas pour lui ce qu'il y a de plus beau ni de meilleur; qu il craigne cependant, malgré sa
(i) Paralip. Hom., 1. Y, v. 909.
(a) In Hippolyt., ▼. 3S5.
(3) Csp. rv, ▼. a5.
(4) Op. et Di., V. 3 18.
valeur, d aHumer notre courroux, lui qui, dans sa fureur, ne craint pas d outrager une poussière insensible.
Le scholiaste de Venise dit que le vers 53 doit être retranché, parce qu'Apollon donne à Achille Tépithète d'àftnAoç , ion, après lui avoir donné celle d'àXooç y funeste (i)^ et aussi parce qu'àfocOb^ ne peut être pris dans le sens d'àv^pttoç , courageux (a). Heyne trouve d'autres motifs de supposer l'interpolation (3). Ce vers lui semble nuire à la liaison du discours, et il pèche contre le digamma (4). Knight le supprime dans son édition. £n admettant ce retranchement , on doit traduire : « ce n'est pas pour lui ce qu*il y a de « plus beau ni de meilleur que d'outrager ainsi , dans sa fureur , « une poussière insensible. » Il semble en effet que de cette manière le diaconra a plus de liaison.
Tous les reproches d'Apollon sont justes, et les outrages dont Achille accable le cadavre d'Hector portent ce caractère de férocité propre aux siècles héroïques, c'est-à-dire à cet âge où la société sort à peine de la barbarie. C'est précisément à cause des insultes faites à la dépouille d'un ennemi , insultes dont cette époque offrait de fréquents exemples, que les hommes attachaient une si haute importance à la sépulture.
Aristote , dans sa Rhétorique , fait observer qu'on n'a pas coutume de maltraiter ceux qui sont incapables de sentir les mauvais traitements; qu'ainsi l'on ne doit point s'irriter contre les morts (5). Cela est vrai raisonnablement, mais il faut dire aussi que dans les premiers mouvements de la passion , elle est assez aveugle pour s'en prendre même à des objets inanimés. Aristote ajoute qu'Homère a donc eu raison de fixer notre pensée sur l'idée d'une poussière insensible quand il a voulu mettre un terme à la colère d'Achille (6). Cest en effet le dernier trait du discours d'Apollon.
(a) Sch. Vcn. «', 53.
(3) Heyn., Obss. in Hiad. XXIV, 53.
(4) Nc(i490Vi6»p.cv Foi. Voyes les Obss. sar le v. 173 dn seizième ch. de rniade.
(5) L. II, c. 3, ad fin., t. IV, p. 180, Bip.
(6) Arist., I. c.
Virgile , en parlant des derniers honneurs rendus à Misène , dit:
et cineri iograto supreroa ferebaot (i).
Heyne,en suivant une explication de Servi us, compare cineri ingrato à 3M»çTiv fatocv du v. 54 (a); cependant il me semble que l'adjectif ingratus renferme une idée morale que n'a pas xu^o'c. Dans le poète latin la cendre est insensible , parce qu'elle ne peut reconnaître les honneurs suprêmes qui lui sont rendus ; c'est au fond le sens de l'adjecuTiii^Tw/iii. Virgile, comme je l'ai dit souvent, prête nos sentiments aux objets inanimés, parce qu'il ne considère que l'impression qu'ils font sur nous , et c'est là surtout ce qu'il a l'intention d'exprimer. Homère peint l'objet sans analyser l'effet qu'il a produit; il ne voit que la nature physique, il la représente telle qu'elle est, et s'arrête là. Virgile peint aussi la nature, mais à cette peinture il joint l'expression des idées qu'elle fait naître. Le grand nombre d'exemples qui m'ont donné l'occasion de faire cette observation prouvent qu'elle est fondée.
[t. 58.] Mais Hector est un faible mortel qui a sucé le lait d une femme.
Les anciens critiques ont remarqué ce vers, parce qu'il renferme une anomalie de syntaxe; aa|[^ 'pvaTxa est là pour f«.a^ov 'yuvaïxo; au génitif, un sein de femme. Voici les diverses explications qu'en donnent les scholies de l'édition de Venise qui se rapportent au vers 58 : d'abord on trouve d'autres exemples de cette forme particulière à notre poète, ainsi, au vingt -unième chant de V Iliade ^ on Ht :
i ^ i^wihn 6W X^^^
TOffcvt nioitç i^vwac (3).
• Il coupe avec l'airain tranchant les nouvelles branches d'un « figuier. » Êpiveov est à l'accusatif au lieu du [génitif ipivoO; ensuite yrtaxML peut être ici pour pvatxiTov, tout ce qui tient h la femme, MaCov yxtaxML signifierait dans ce cas un sein féminin ,
(i) Mn. TI, aia.
(a) Cf. Heyn., Not. «d h. v.
(3) Ilîad. (p', 37-38.
comme s'il y avait |MiCbv pvauutov. Le scholiaste fait observer que cette tournure appartient aux Attiques et aux Doriens, qui disent fiXXirva orparov pour faXnvocov orparov, Varmée grecque. Selon d'autres, il faut sous -entendre la préposition katal Enfin quelques-uns changeaient le mot de pvogcdi en celui de tvvTov, mortel, et dans ce cas voici quel était le vers :
ËxTttp |iiv 6virrôc, dvnrov t< ftiimiTe |A«Cdv. « Hector mortel a sucé un sein mortel. » Heyne fait obserrer que ,
pour la mesure du vers, on aurait dû mettre : ....... •vDTOv 9i Tt •vivare (lotCov.
Le même critique s'étonne avec quelque raison que les Grecs soient si peu d'accord sur une question relative à leur propre langue (i). Athénée cite oe vers pour prouver que le verbe AMai signifie nueer le lait: bMtu ^i jort, t^ ^XoS^tw xh f^Ka, (a). Dans V Odyssée, Ménélas dit, en parlant des troupeaux de Libye :
«tXX* mU\ irap^Gumv iimrra^ fôXoL OJioOxi (3). « Mais, durant toute l'année, ils donnent du lait à traire. • Callimaque emploie ce mot dans la même acception :
0^ ^ iUrnsaù irtQ^a f^oiCov
«{•yoc ÀpAX6ltD< (4).
« Tu as sucé la féconde mamelle de la chèvre Amalthée. » Athénée fait dériver ce mot de TtAnpi, /y/ocer, mettre, parce qu'on met le sein dans la bouche des enfants (5).
Damm, dans son Lexique, le dérive de tàm ou rai», qui signifie thtmer, engager à prendre, comme dans ce passage de VOd^^seée:
riï iï TO^t 3(pi^^l(AQV (6) ,
« prends cette ceinture »; et quand oe verbe a l'acception de«iMer, de titer, Damm l'explique par prtebere a&quid /ruendum ore (7). Ce ne sont là que des hypothèses sur lesquelles chacun peut former i son gré des conjectures.
(i) Hcyn., Obierv. in IlUd. XXIY, 5S.
(a) AdiflB. DeipB., I. IX, c. 1%, p. 396 E.
(3) Od. ^^ 89.
(4) Hymn. in Jov. 48.
(5) Athen. Deipn., 1. c. F.
(6) Od. 1% 346.
(7) Dammii Lexic, col. lot i.
[y. 6a — 3.] Et toi-même, avec ta lyre, tu parus à ces festins , protecteur des méchants , divinité perfide.
Platon , à la fin da deuxième livre de la République» cite des vers d*£schyle dans lesquels Thétis se plaint aussi d'Apollon , et qui , je crois , font allusion à ce passage de V Iliade :
m Dans la joie des festins, Apollon (i), célébrant ma félicité, « disait que ma destinée était chère aux dieux ; il vantait mes heu- « reux enfants, annonçait qu'ils seraient exempts de maux, et « que leur vie serait de longue durée. Et moi j'espérais que Phé- « bus , auquel il fut donné de prédire l'avenir , ne proférait jamais « de paroles trompeuses; mais, hélas! celui qui dans le banquet « vantait ma gloire est le même qui maintenant immole mon fils (a).» On pense que ces vers d'Eschyle appartiennent à la tragédie intitulée la Balance des Ames {^xfifnama.) dont j'ai déjà parlé (3).
J'ai rendu ces mots xoucâv frapt ^r protecteur des méchants , quoiqu'ils signifient simplement compagnon des méchants; mais l'amitié d'un dieu emporte toujours l'idée de protection. C'est ainsi que Jupiter dit, en parlant à Mercure :
ool 'yàp Ti {AotXurrdc "yi ^toitov ivtvt
dv^pi iTatpiffoai , xaî t' IxXuiç (4).
« Toi qui te plais surtout a être le compagnon des hommes , et « qui les exauces. » Ces dernières expressions ne peuvent pas s'appliquer à la simple familiarité qui existe entre des compagnons, des amis.
[v. 71 — 3.] Cependant ne permettons pas qu on dérobe le cadavre de l'intrépide Hector; Achille en serait bientôt instruit 9 car sa mère Teille sur lui la nuit et le jour.
Selon le scholiaste de Venise, ces trois vers doivent être retran-
(i) Le texte porte P«eon. Yoy. les Obas. sor le v. 473 do premier cfa. de rUiade.
(a) Reip. II, t. TI, p. aSg, bip.
(3) Voy. les Observ. sor le v. 209 da vingt-densième chant de miadc.
(4) Iliad. m', 334.
chés , parce qu'il n'est pas vrai que Thétis veille nuit et jour sur son fiU (i). Cette critique me semble bien frivole. On trouve aussi , et avec raison , que dans ce passage le verbe iaaojuv ne présente pas un sens très-satisfaisant; voilà pourquoi quelques éditions écrivaient ainsi le commencement du vers 7 1 :
iXk* iJTGi xXt(|>at à{Aifixavov (a).
« Mais il est impossible de dérober. » Nous avons déjà remarqué que plusieurs critiques ne voulaient pas que le verbe xki^xi, dans le sens de dérober, fût appliqué aux divinités (3).
Knight supprime non-seulement ces 3 vers 71-3, mais aussi les trois précédents, où se trouve cette expression : ^«»pwv ^f^pTSvt, ce qui , dans le sens de la phrase , signifie il manqua d'offrir des présents, et ce qui signifie, dans la véritable acception du mot, il manqua de recevoir des présents. En faisant la suppression des six vers comme Knight, voici quelle serait la suite du discours : « De « tous les hommes nés dans Ilion Hector est le plus cher aux im- « mortels; que l'un d'entre vous donc appelle Thétis, afin que je « donne à cette déesse un conseil salutaire. • La liaison des idées me semble très-bonne en adoptant le retranchement proposé par Knight
[▼. 80 — 2.] La déesse se plonge au sein de Tabîme , comme le plomb qui , suspendu à la corne d'un bœuf sauvage, pénètre dans les eaux, et porte Tappàt mortel aux poissons dévorants.
Il parait que les anciens Grecs entouraient d'un petit tube de corne l'extrémité de la corde à laquelle étaient attachés l'appât et l'hameçon de leurs lignes ; cette précaution élait prise pour que le poisson ne rongeât pas la corde. A ce petit tube de corne on attachait aussi un morceau de plomb qui servait à tenir l'appât au fond de Teau, et cette corne, étant de la couleur de la mer, avait aussi l'avantage de mieux tromper le poisson (4).
(i) Sch. Yen. 0»', 71.
(a) Schol. Yen., 1. c.
(3) Yoy. lesObserv. sur le ▼. aS de ce chant.
(4) Cf. Br«T. Sch. et Schol. Yen. Illad. u', 81. Soid. et Hesydi. Lexic.
ad T. Poô; xtfpof.
Heyne adopte une autre ponctuation pour le vers 81, qui change le sens de la phrase ; la voici :
De cette manière le participe i^tZoaîiaL ne se rapporte pas à xotrà Poof x^pac, mais à i^X'^ra.i du vers suivant. Une telle leçon peut fort bien se justifier (i). Platon, qui cite ce passage dans son dialogue intitulé Ion , écrit i{A{Atf«.auîa au lieu d'ÈfiSiCauia (s). Je crois que c*est tout simplement une erreur de mémoire (3). Plutarque, qui rapporte la même citation , écrit le vers comme il est dans toutes nos éditions (4).
[v. 84 — 6.] Pleurant au milieu d* elles la destinée de son généreux tils, qui bientôt doit périr sur les rivages fertiles d'Uion , loin des champs de la patrie.
La scholie de l'édition de Venise qui se rapporte au vers 86 dit qu'il doit être retranché comme inutile. Dans ce cas il faut admettre que la fin du vers 85 , Sç gI IjpitXXiv, se rapporte a f«.opovy la destinée, et non à Trai^o'c; et alors le sens serait : « elle pleurait au « milieu d'elles la destinée que son fils doit éprouver (5). • Je ne crois pas que cette critique soit fondée.
La scholie B de la même édition, qui se rapporte aussi au vers 86 , loue le poète de ce qu'au moment de parler des funérailles d'Hector il porte notre pensée sur la mort d'Achille, et laisse ainsi le trait dans l'ame de ses auditeurs. J'admets encore moins ces subtilités de rhéteur, auxquelles Homère n'a jamais songé, que les raisons données en faveur de l'interpolation.
[v. 100—2.] Thétis s assied auprès de Jupiter, à la place que lui cède Minerve; Junon, lui oflrant une
(i) Heyn. Cf. Obss. in Hiad. XXIV, 81. (a) In lone, t. IV, p. igS-ô, Bip.
(3) Voyez les GbMrvations sur le vers 8 do troisième chant de Tlliade.
(4) De Solert. Animal., t. X, p. 65, éd. KeJsk.
(5) Cf. Heyn., Obss. m lUad. XXIV, 86.
coupe d'or, la console par ses discours ; et Thétis rend la coupe après Tavoir bue.
On ne saurait faire assez remarquer combien la narration dans Homère a toujours une marche simple et naturelle (i)» et combien la naïveté de la pensée répond toujours à celle de Fexpression ; l'antiquité tout entière respire dans ce style aimable.
Le vers loo est marqué d'un signe critique dans Fédition de Venise , pour faire observer que dans l'Olympe Minerve et Junon étaient toujours assises auprès de Jupiter, et que par conséquent, au V. 444 du huitième chant :
ai ^ gIo» Aibç dÊfi^iç ÀAnvflUD xat fipi)
les mots Aïoç dIfAçtc doivent s'expliquer par ixaTtp«»6tv , et non xt^fk ToQ Ato'c (i). Quoiqu'on puisse inférer du passage ci-dessus qu'en effet, en ce moment, Minerve et Junon partageaient le trône de Jupiter , je ne crob pas que cette interprétation doive influer sur le sens du vers 444 su huitième chant, où l'ensemble du récit démontre avec évidence que Junon et Minerve , irritées alors contre Jupiter, s'étaient assises à l'écart, loin de cette divinité. Déplus les mots a{ ^ oloii, eUes seules, l'indiquent suffisamment; aussi le scholiaste du vers loo ci-dessus écrit-il aî^oïai, parce que la véritable leçon contredirait trop son opinion. Apollonius , qui , dans son Lexique, cite le vers 444 du huitième chant, explique àpt^tç par X«»pk (3). Eustathe n'est pas moins précis : àpi^ic iioSiiv, dit-il , rrpw Xi^^k Kal î^Ca Toû Aïoç (4).
[v. 107.] Depuis neuf jours la discorde règne parmi les immortels.
Nous avons déjà vu que Bentley avait remarqué une contradiction entre ce vers et le vers 3i, où il est dit que iriltaU la dou-
(i) Voyes les Obst. sur le v. 17 da premier, et to6 du sixième diaot de rUUde.
(a) Schol. Yen. in lliad. «»', 100.
(3) Ad TOC. i\u^içf p. zii.
(4) P. 7^2, 1. 49-^0. Cf. Brev. Schol. in lliad. 6', 444.
SUR LE CHANT XXIV. SSg
ouroiv lorsqu*ApoUoii parla dans rassemblée des dieux (i). MeyDe pense qu'on peut sauver la contradiction et laisser subsister les deux vers , en supposant que les mots J^o^ixocth ih»ç n'expriment qu'un nombre indéterminé (i). Je crois que c'est ce qu'il y a de mieux à dire.
Knight retranche le vers 107 et les cinq suivants, sans faire valoir la raison de contradiction indiquée par Bentley; mais il pense que ces 6 vers ont la même origine que les vers a4-3o relatifs aux fables post-homériques du jugement de Paris (3). Je ne vois pas qu'il y ait aucun raf^rt entre les deux passages. En ce cas, voici toutefois comment il faudrait traduire : «mais je vais « te dire pourquoi je t'ai appelé en ces lieux : va promptement <* dans le camp des Grecs. » Je ne sais si je me trompe, mais il me semble qu'en admettant ce retranchement le discours parait manquer de liaison ; il me semble aussi que l'adverbe i^oÉXa du v. 1 1 a suppose quelques idées intermédiaires.
[y. i24«] Préparaient le repas du matin.
Dans l'édition de Venise ce vers est marqué d'un signe critique, parce que, dit la scholie, le mot àpiorov, pris dans le sens de repas , ne se trouve que cette seule fois dans Viliade, et une seule fois dans VOdjrssegf où il est clairement désigné comme le repas du matin , ivTuvoyro dEpiflrrov ifA* iqoI (4). Le scholiaste ajoute que les anciens héros prenaient trois sortes de repas (5) ; le poète les désigne sous le nom d'àpt(n-ov, de ^itiwov et de ^o'pirov. Voici l'explication qu'en donne Athénée : ipiorov («.iv iori, to Insh tw fo Xei(&6avop.cvov * ^tlirvov ^i, rb {ibeac{i.6ptvov, 6 TifAsIç dfpiorov * ^opirov ^c, ro ioirtpivtfv (6) ; c'est-à-dire : « Le repas nommé arîston était celui qu'on « prenait le matin; le detpnon, à midi : nous le nommons aujour- « d'hui arîston; le dorpon était le repas du soir. » Athénée ajoute
(i) Yoy. les Obsenr. sur le v. Sx de ce chant, (a) Observ. in aiad. XXIV, 3i.
(3) Xnigfat, Not. io niad. c»', 107-1 x.
(4) Od. «», a.
(5) Veo. Schol. in Uiad. u', xa4.
(6) Athen. Deig. epit., 1. x, p. ir,E.
36o OBSERVATIONS
que le deipnon se prend quelquefois dans Homère pour le repas du matin , comme dans ce vers du huitième chant :
« Ceux-ci, ayant pris le repas (du matin), s'armèrent aussitôt • Plutarque, dans ses Symposiaques, accumule force subtilités sur Tétymologie de ces trois mots (a). Observons ici qu'il n'y a rien de solide à dire sur les heures auxquelles les anciens héros prenaient leurs repas. On a sans cesse confondu les usages plus récents avec ceux de cette première antiquité ; et , comme le fait observer Heyne , on mangeait alors à toutes les heures du jour , quand la faim ou l'occasion y invitait.
[y. 129 — 3a.] O mon fils, jusques à quand , triste et chagrin , rongeras-tu ton cœur, oubliant à la fois la nourriture et le sommeil ? Il est bon cependant de s'unir d amour à une femme. Hélas ! tu n*as pas longtemps à vivre. Déjà s'avancent vers toi la Mort et la Parque inexorable.
Selon les scholies de Venise, les vers i3o-9 doivent être retranchés , et la première phrase s'arrêter à ces mots : jusques à quand.., rongeras'tu ton coeur, en ottbUant la nourriture? Les anciens trouvaient que la pensée suivante était peu convenable dans la bouche d'une mère , et surtout étant adressée à un guerrier qui avait besoin de toutes ses forces. Ils disaient que ces vers furent ajoutés parce que quelque critique avait sans doute supposé, mais à tort, que le sens restait suspendu après les mots : en oubliant la nourriture; de sorte que non-seulement ils supprimaient le vers i3o : U est ion de» unir d'amour à une femme ^ mais encore les deux suivants, i3i-i, parce qu'il n'est pas naturel qu'en cette occasion Thétis rappelle la mort prochaine de son fils (3). Eustathe dit aussi que les anciens suppri-
(i) niad. 0', 53. Athénée oe cite pas ce passage textuellement comme nous Tavons ; le voilà rétabli tel qa*il est dans nos éditions :
Ot <^ âpa ^iliryov (Xcvto xapnxof^ottvTtç ÀxaiQt
pipL^ xarà xXimoc , àirô ^* aùroû 6«»pti9O0vT0. (1) Syrop. VIII, 6 ; t. VIH, p. 895 seqq. éd. Keiske. (3) Sch. Yen. io Iliad. tù\ i3o-i-3.
SUR LE CHANT XXIV. 36i
maient ces vers par la raison que les ([uerriers comme les athlètes ne doivent pas user leurs forces dans les plaisirs de Tamour (i). De toutes ces raisons Heyne n'en trouve qu'une qui soit plausible, c'est celle qui suppose que ces vers ont été ajoutés pour donner plus de développement à la pensée, parce qu'en effet il en est résulté une fréquente cause d'interpolations. Comme le scholiaste emploie ici le verbe ^looxiuo^ttv , Heyne en conclut que ce mot doit s'appliquer non à ceux qui réunirent les diverses rhapsodies , mais à ceux qui par la suite firent les interpolations (a). Tai déjà parlé de cette opinion de Heyne (3) , que je ne crois pas fondée ; ce qu'il faut dire, c'est que vraisemblablement on a souvent confondu dans une même expression l'œuvre de l'arrangement et celle de l'interpolation , parce que, dans le principe, les ordonnateurs du premier travail furent sans cesse obligés d'intercaler des vers de leur composition pour lier ensemble deux rhapsodies , et donner de la suite au récit (4).
Pour en revenir aux motifs du retranchement indiqués par le scholiaste , ce ne sont que de vaines subtilités. Le conseil naïf de Thétis est tout-fi-fait dans le goût de l'antiquité : elle recommande à son fils de jouir des plaisirs de la vie, parce que la vie est courte ; rien de plus naturel : cette pensée est le fond de la philosophie d'Horace :
nec dulces amores
Sperne , puer , neque tu choreas ;
Donec virenti canities abest (6).
Partout dans ses ouvrages cette même idée est présentée sous un point de vue philosophique et général; car le spirituel et voluptueux ami de Mécène ne pouvait pas s'exprimer avec la candide simplicité du poète des siècles héroïques.
[y. i34.] Tous les dieux, dit-il, sont irrités contre toi. C'est à ce vers que commence un manuscrit sur papyrus que
(i) P. i342, 1. ag, aeqq.
(a) Obss. io Iliad.XXIV, i3o-i-4.
(3) Yoy. les Obss. sur le v. 356 du dix-huitième chant de llliade.
(4) Voyes les Obss. sur le t. 3 Sg da XIX" chant de l'Iliade.
(5) Od. I, 9, i5.
36a OBSERVATIONS
possède M. Banks , el qni contient tonte la fin dn vingt-quatrième chant de V Iliade, Ce papyrus, qui a huit pieds de long, est d'une très-belle conservation ; les caractères sont absolument semblables à ceux des manuscrits trouvés à Herculanum ; les accents et les esprits sont marqués , mab paraissent avoir été mis après coup , quoique cependant à une époque peu éloignée de la première transcription ; du moins c*est ce que pense M. Millingen , qui a examiné le manuscrit, et duquel je tiens ces détails. En marge des discours est le nom de l'interlocuteur. Dans la partie narrative on lit le mot nocimoc. M. Millingen ^xe l'antiquité de ce précieux monument à peu près vers les premiers siècles de l'ère chrétienne. On trouve deux vers écrits en marge, le 344 et le 558; deux autres vers sont omis, le 698 et le 790 (i).
[y. i5o — I.] Et ramènera dans Ilion le corps du guei^ lier qu'immola le terrible Achille.
Knight finit au vers i5i le discours de Jupiter à la messagère Iris. Il fait observer avec raison que Jupiter n'a pas dû parler ici de la protection accordée par Mercure, puisque dans la suite Priam ne parait pas du tout compter sur le secours de ce dieu, qui arrive inopinément, et qui ne se fait reconnaître au vieillard que lorsqu'il est près de le quitter (s). Knight croit que ces vers ont été faits d'après le discours que plus loin Jupiter adresse à Mercure, lorsqu'il l'engage à servir de guide à Priam (3). Les objections de Knight sur ce passage me paraissent très-fondées (4).
[y. 157 — 8.] Achille n*est pas un insensé, un téméraire , un impie ; mais ayec bienyeillance il épargnera un héros suppliant.
Je crois que ces deux vers qui terminent le discours de Jupiter
(i) V07. les Obierv. sur les v. 343, 554, 69a et 789 de ce chint. (a) Cf. Iliad. m', 35a-468.
(3) Iliad. (tt', 336 seqq.
(4) Knight, Not.inIlUd. m', i5a-8.
oonfiniieiit l'opinion de Knight : non antiqitita^m r^doleni. Les adjectifs âoxoico^ et d^irnjMtv (vers 157), qui ne se trouvent que cette seule fois dans Homère (i), me semblent fort suspects > de même que le mot UiWm (vers i58), qui pèche contre la mesure, ce que personne n'a remarqué; ailleurs on trouve ixireCo (a), véritable forme homérique. Le scholiaste de Venise , à l'occasion des trois adjectifs âçfttv, oEoxoirQc et ôXtTiofAMv, dit que Jupiter a voulu représenter sous un seul point de vue les trois causes de nos fautes. Ainsi, nous péchons par imprudence, ce qui est exprimé par dEçpttv; malgré nous, ce qui est exprimé par dfoxo^oc; et volons tiers, ce qui est exprimé par «XtnnpM»v (3). Je ne sais si telle a été la pensée du casuiste interpolateur , mais à coup sûr ce n'aurait jamais été celle du chantre des premiers âges.
[y. 162 — 5.] Au milieu d'eux, le vieillard est enveloppé d'un manteau qui le couvre tout entier , autour de sa tête et de ses épaules est une abondante poussière qu en se roulant il ramassa de ses propres mains.
Il est inutile d'insister sur la majesté de cette scène pathétique, où sont représentés tous les fib du vieux Priam versant d'abondantes larmes autour de leur malheureux père enveloppé dans son manteau , et la tête couverte de poussière. Qui ne serait pas touché de ces tableaux sublimes? Virgile a imité ce dernier trait pour peindre la douleui* du vieux Latinus :
Canitiem immundo perfusam pulvere turpans (4}.
Hais remarquez combien Virgile est moins abondant qu'Homère quand il s'agit de la peinture des objets physiques. Deux vers plus haut Virgile avait dit :
it sciflsa veste Latxnas (5).
Je ne vois nulle part dans Homère que des héros , tourmentés par
(i) Je ne compte pas le disooon d*Iris ci'sprès, qui n*est qae U répétition de celiii*ei« v. 176-87.
(a) Cf. (j/, 75.
(3) Schol. Yen. in Iliad. u', 157.
(4) £n. lUI, 611.
(5) Id., 609.
une violente douleur, déchire&l leurs vêtements (i), comme c'était l'usage chez les Hébreux. Ainsi, lorsqu'on apprend à Jacob b mort de Joseph , « il déchira ses vêtements, mit un sac sur ses « reins, et pleura son fils fort long -temps (s). • De même David» lorsqu'il apprit la mort de Saûl (3) , et dans vingt autres passages de l'Écriture.
[v. 174*] Qui, quoique éloigné, s^occupe et prend pitié de toi.
Ce vers est marqué d'une croix astérisée pour indiquer qu'il se trouve ailleurs, mais qu'il est plus convenable en cet endroit-ci (4). J'ai déjà signalé cette répétition du même vers (5) ; je pense cependant qu'il peut très-bien être admis dans les deux passages.
[v. 175 — 6.] Le roi de l'Olympe t'ordonne dallera l'instant racheter le cadavre d'Hector, en portant des présents qui puissent fléchir le cœur d'Achille.
La délicatesse de Platon s'effarouche beaucoup de ce qu'Homère nous peint son héros comme un homme assez cupide pour ne rendre le corps de son ennemi qu'après en avoir obtenu la rançon (6). Sans doute il eût été bien plus noble qu'Achille en cette occasion se fût piqué de générosité, et peut-être, si V Iliade n'eût été qu'une fiction, le poète aurait-il ainsi disposé ses inventions pour le charme de ses lecteurs ; mais on ne doit pas oublier que V Iliade est l'histoire d'un âge presque barbare , où les choses positives avaient seules quelque valeur. Les hommes de cette époque se montraient tek qu'ils étaient. Alors les lois de la guerre voulaient qu'on reçût une rançon pour rendre le corps d'un ennemi tué dans le combat; ib se conformaient à ces lois sans seulement supposer qu'on pût faire autrement Cest dans ce même endroit
(i) Cf. Felthîi, AntiqoiUt. Homeric, 1. III, c. i5. (a) Gen., $7, 34>
(3) a Reg. I, z i .
(4) Yen. Sch. in Ilîad. m', 174.
(5) Voy. les Observ. sar le v. 37 da sec^oad chaot de l'IUade.
(6) Reîp. III, t. VI, p. 470, bip.
que Platon s'indigne de ce que Phœnix conseille à Achille de recevoir les présents d'Agamemnon. J*en ai déjà parlé aillenn (i). Au reste, la doctrine de Platon snr les présents va beaucoup plus loin, puisqu'elle tendrait à rejeter même les sacrifices offerts à la divinité (i), puisqu'il blâme ce vers, que quelques auteurs, selon Suidas (3), attribuent à Hésiode :
« Les présents fléchissent les dieux et les rois vénérables. •
Knight retranche les sept derniers vers de ce discours , qui ne sont que la répétition de ceux que Jupiter adresse à la messagère Iris (4).
[v. 190.] Et d'y attacher une large corbeille.
Cette corbeille était carrée et faite d'osier; Homère la nomme mipnOa, accusatif de irtîpivç, mtpcv6oc, comme le dit Heyne(5). Eustathe et les schoUastes font dériver ce mot de ^i^, ^tirôc, branche Je sauie, et l'on a dit mtpt^a pour ^mvAa, par métathèse et l'addition de l'epsilon (6). Homère nomme ailleurs cette cori)eille diripTtpnr, parce qu'elle se plaçait au-dessus du char (7). Enfin Eustathe et le scholiaste de Venise, au même endroit, donnent comme synonyme l'expression xavoftpov ou xotwaOpov employée par Xénophon (8). Je crois que dans Xénophon xfltvottpov ne doit pas s'entendre de la corbeille que l'on mettait sur le char, mais du char lui - même fait avec des roseaux , comme l'indique le nom dérivé de xoewa, canne. Ainsi Xénophon dit que la fille du roi Agésilas (9) se rendait à Amyclé, montée sur un char aussi simple que
(x) Toy. les Obif. sur le v. 5i5 du nearième chant de HUade. (a) Eeip. III, t. VI, p. aÔg.
(3) T. I, p. 6a3, ed.Kaster.
(4) Voy. les Obss. snr le v. i5o de ce chant.
(5) Obâs. in Uiad. XXIV, 190.
(6) Brev. Sch. et Ven. Schol. in Iliad. m', 190. Enst. , p. i344, 1. 40 seqq.
(7) Od. C, 70.
(8) De Agesilao, 8, 7.
(9) Gonmie le propose Caaanbon , et d'après le pasasge de Plntarque cité pltta bas, j*ajonte les mots 1^ ^ttriv^ aùroû an texte de Xénophon.
celui de tous les autrei citoyens, M iraXtrueG Jiavoftpou » et non dans la voiture pubUque, comme traduit Gail (i), ce qui ferait croire que de Sparte à Amyclé il y avait un service de messageries organisé comme nous l'avons aujourd*hui de Paris à Lyon. Plutarque ne laisse aucun doute sur le sens de Tépitliète ireXtniùv donnée ici à xflcvoOpov. Voici comment il l'explique : rh xflcvoOpov , f«ocv 6 Bivo*
dEUttv (a).
[y. 194*] O femme infortunée !
Le grec porte ^ai(MvtiQ, exclamation fréquente dans Homère; Camérarius , cité par Clarke , dit que cette expression emporte l'idée d'un léger reproche, mab sans amertume (3). Cela est vrai ici, de même qu'au sixième chant de VlGadey quand Hector l'adresse à la malheureuse Andromaque (4) $ et Ulysse à Pénélope , au vingt- troisième chant de X Odyssée {S), Mais au premier et au quatrième chant de VlUade^ quand Jupiter querelle Junon (6); au dix-neuvième de V Odyssée^ quand Ulysse répond à Mélantho qui l'outrage (7), ^at|i.oviiQ ne peut être pris qu'en mauvaise part. On trouve encore au troisième chant de VlUade un autre exemple de ce mot pris dans la même acception, lorsque Hélène s'indigne contre Vénus (8) , mais ce passage est contesté. Observons en outre que c'est le seul endroit de V Iliade et de VOdyuée où une femme emploie cette expression à l'égard d'une autre femme. Peut-être faut-il ajouter cette raison à celles que donne Kuight pour supprimer au trobième chant cette scène entre Hélène et Vénus (9).
(1) Tradoction de l'Éloge d'Agétilas, a* part, du t. r*", p. 359, in-4*. (a) In Ageail., c. 19, t. III, p. 658, éd. Reiak.
(3) Not. in h. V. éd. Emeat.
(4) niad. C» 486.
(5) Od. (|>', i66eta64.
(6) Iliad. «', 56x ;<^, 3i.
(7) Od. T», 71.
(8) Iliad. Y, 399.
(9) Voy. les Obaerr. snr le v. 395 du troiaième chant de Tlliade.
[▼. ao5.] Ah ! sans doute, tu portes un cœur d'airain.
Ce vers est marqué d'an signe critique dans l'édition de Venise , parce que, immédiatement après, quelques anciens manuscrits portaient celui-ci :
&OavxToi irciiQffav ÔX6{iirta ^uuar' Ixovrt;.
Dans ce cas il faudrait traduire : « Ah ! sans doute les immortels « habitants de l'Olympe te firent un cœur d'airain. • Le scholiaste de Venise, qui rapporte cette leçon, dit que le vers est inutile, et qu'on ne doit point l'ajouter (i). Heyne dit que ce vers est tellement médiocre , qu'il ne conçoit pas comment il a pu être intercalé en cet endroit-ci (s). Aucun éditeur moderne ne l'admet, et avec grande raison. Le texte que nous avons donne un sens très-complet, mais je crois que la cause de l'interpolation tient à ce que quelque commentateur aura pensé que le verbe ne pouvait pas être sous-entendu, et il aura forgé son vers sur ce passage du vingttroisième chant de V Odyssée, qui a beaucoup de rapport avec celui-ci : mpt 001. . . xlip àT<pa(«.vov Ihnxav ÔXu(Aina ^MfiaT* iffir^ (3).
%/»^%^jv%>»<^
[▼. 209 — 12.] Lorsque j'enfantai Hector, la Parque inflexible fila sa destinée , pour qu'il fût un jour , loin de ses parents, livré aux chiens dévorants par un puissant ennemi.
Voici le mot à mot de ce passage : « la terrible Destinée lui a « ourdi par un fil naissant, lorsque moi-même je l'enfantai, qu'il « rassasierait les chiens rapides, loin de ses parenû, vaincu par un « homme forL » Homère dit Molpa, la Destinée; le mot Parque, ainsi que je l'ai déjà fait observer, appartient plus à la mythologie des Latins qu'à celle de notre poète (4). Cependant, au septième chant de VOtfyssée, on trouve une expression qui mérite d'élre remarquée ; il est dit : • ensuite il souffrira tout ce que la Destinée et
(i) Sehol. Teu. in liisd. a»', ao5. — La scholiaste de Pierre Tielor qai donne aniai le vers ajoaté, ne fait aoeone observation, cf. p. 635, éd. Bekkeri.
(2) Heyn., Obss. in Hiad. XXIT, ao5.
(3) Od. f , 166.
(4) Voy. IcsObserv. sur les v. ia5 du vingtième chant de l'Iliade.
ks pesantes fiUiues, x«TaxXû6cç papctai, ont ourdi |Mir un fil nais- « sant (i). - Cette expression les pesantes JUeuses peut faire supposer que l'auteur de VOdyssée admettait des divinités particulières qui filaient le destin des hommes. Partout ailleurs l'action défier le bonheur ou le malheur des hommes est attribuée au Sort^ à la Destinée ^ Moîpa, Aiaot, ou bien à tous les autres dieux. En voici quelques exemples :
wc 7Àp ^irtxXûaavTO Oiot ^tiXolai pporoîaiv
« Car c'est ainsi que les dieux ont filé aux malheureux mortels de « vivre dans la tristesse. »
âXX* oC (A.ot TOioÛTOv iiréxXuaov Otoi ^ov (3).
« Les dieux ne m'ont pas filé un tel bonheur. > Le poète emploie aussi cette expression quand il est question de Jupiter seulement.
U Tt KpOVtflftV
fXSov éirixXwoqp (4)-
■ Auquel Jupiter a filé la prospérité. » Ou bien quand il est question d'une divinité quelconque :
Àç li^ ot MxktùWi Ta-fs ^ai|Attv (5).
■ Ainsi un dieu a filé pour lui ces choses. •
Comparer la vie à un fil qui commence à notre naissance et qui se rompt à la mort, voilà l'image naturelle, l'image primitive de laquelle est par la suite dérivée la fable des trois parques : dotho^ Laehésis et Atropos , lesquelles présidaient au moment présent , à Tavenir et au passé , comme l'indique l'étymologie de leurs noms. doHio, qui signifie //!er, représente le présent; Laehésis, qui vient de Xa-yxoÉvw , tirer au sort, représente l'avenir; et Atropos, dérivé du privatif et de vp^ir», tourner, représente le passé, parce qu'il est irrévocable.
Knight termine le discours d'Hécuhe au vers an, c'est-à-dire à ces mots de la traduction : livrés aux chiens dévorants. Il pense que
(i) Od.V, X96-8.
(a) niad. u»', 5a5.
(3) Od. y, ao8.
(4) Od.^, ao7.
(5) Od. w', 64.
le Terbe xaxiÇu , ySiire le ma/(i), n*est point homérique , non plus que l'expreMion àXcup-n, l'action d'éviter {i)\ enfin, il pense que les dernières paroles d'Hécube expriment des sentiments trop cruels (3). Ces observations relativement aux deux mots grecs me paraissent fondées; je ne trouve pas que la dernière soit aussi juste.
[v. 222.] Nous les accuserions d'imposture, nous ne les croirions pas.
Ce vers , qui se trouve déjà au second chant de r//Mu&(4)y est marqué d'une croix astérisée (d Âortpioxcc) dans l'édition de Venise, parce que, dit le schotiaste, il doit rester ici, et être retranché au second chant où il est moins convenablement placé (5). En effet , au second chant il se trouve compris dans un retranchement de 8 vers indiqué par les anciens grammairiens et admis par Knight (5).
[y. 229 — 3i.] Il en retire douze voiles brillants, douze couvertures simples, autant de tapis, autant de robes superbes, et enfin autant de tuniques.
D'abord Priau^retire de ses coffres les pépies {Tsirikwç) ^ c'est-àdire des voiles destinés à couvrir toutes sortes d'objets (7) ; puis , ce qi\i servait au coucher des anciens , Us eouvertwrts et Us tapis. Quoique xï^xha. signifie ailleurs habillement , ici il s'entend d'une couverture de lit, to iPtpi6Xn(Ax tHç xXmvk» comme l'expliquent £ustathe et le scholiaste de Venise (8). Parmi ces couvertures, les unes étaient simples , les autres doubles, àicXot^tç xxt ^tirXal (9) ; probablement les simples étaient les plus estimées, d'un tissu plus
(3) Knight, Not. in Iliad. u', aia>6.
U) Uiad.6', 81.
(5) »«lu>L Yen. in lUsd. «*', aaa.
(6) Cf. Seh«>l. Yen. in Iliad. 6', 76, et Knight, Not. in Iliad. €', 76-83.
(7) Voy. les Ohterv. su» !• ▼. 3i5 du cinquième chaut de riliade.
(8) Sch. Ven. in Iliad. «', 9 a 9, et Enit. 1347, 3«. (9} Pollue, onomait. VII, 47.
ÛBf poisque le poète fait observer que Priam prend doux* tmtet simpUt^ ^ûèutA AàkMcbç x^tvetc. Quant aa mot rcnniTKf H me laisse aucun doute ; c'étaient des espèces de matelas : il en est soa- ▼enC fait mention daiis Homère , comme le dit Enstathe : o( êi zétatnç fnïXKjfjtn ^cvovrat (»«o)uio6flit mets Tt tS^oc ot^ufkY^ç (t)« Le même nous apprend que dans la suite ces tapis se nommèrent jinuxui(>)» parce que, dit Ducange, c'était sur ces tapù que se prosternaient ceux qui adoraient Dieu (3). Enfin Priam retire les habillements. J*ai rendu 90^ ta xoXè par robes superbes $ le f ^oc était un vêtement commun aux hommes et aux femmes (4} » et la tunique» é xvziàH^ était spécialement destinée aux hommes ; c'était le costume propre à la guerre. Voilà pourquoi , au cinquième chant» Minerve, s'armant pour le combat» se revêt d'une tunique» ii il XiTÔv* jv^aoc (5).
[v. 243 — 4'] £t maintenant qu Hector n'est plus, TOUS serez bien plus aisément immolés par les Grecs.
Voici comment Horace a rendu cette pensée :
et ademplufl Hector
Trsdidit fessis lewiora toIU Pergama Gratis (6).
n Trmdidit fêssis Imiora tolli, dit Dacier» est one phrase grecqve.
• Horace a traduit ces deux vers d'Homère» du dernier livre de « V Iliade :
xtivou raftvDÛTOc, Ivaip^pisv (7).
• Et il les a traduits de manière qu'en prose même on ne saluait «> les traduire plus fidèlement. Le grec dit mot à mot : Ulo enim
(i) Eost.» i347» 3^'
(a) P. io56» 65, et i347f 3S.
(3) Dneangii Glotsar. ined. Gr»cit. ad v. imûfxin.
(4) 8ch. Yen., 1. c. Eost.» p. x347, 44 » Pollue, onomast. THy 4B.
(5) niad.t'» 736. Peur la véritable ponotualim da cm pMia^» veyei lea Obaarv. sur la v. 79é dn einquIA— diant de riKade.
(6) od. n, rv, 10.
(7) Cett le texte da pavage qni est en tétc de ras OlMerv.
m adempto muUo emmjaciliores eriiis tolU. Après h mort d* Hector, ht « Grecs trouveront bien phu defadUté à vous détruire (i). »
Dacier aurait dû remarquer que la phrase grecque renferme un idiotisme qui n*est pas dans la phrase latine ; en efFet, Horace rend rinfînitif actif tvatpipitv par l'infinitif passif /o//i; il traduit comme si Homère avait dit ^n^tn fatdOt ivatpto6ai. Selon Suidas , quand on adjectif est joint à un infinitif actif, comme dans ce cas-ci , on doit tourner la phrase par âon , en conservant le verbe à Tinfinitif et en exprimant son régime; ainsi , dans cet exemple , pour que le sens soit entièrement développé , Il faudrait lire : putripoi ^àp {AÔXXov Âx>ioTatv 9ii fotoOs. . . âort robç ÂxAwbç iyOLi^iyns &|Aiç, « car « TOUS serez plus faciles aux Grecs pour que les Grecs voua « tuent. (3). » Suidas regarde comme une tournure très-élégante de supprimer la préposition et de joindre immédiatement Tadjectif à l'infinitif actif. Il pense que c'est Homère qui l'a employée pour la première fois ; et , après avoir rapporté l'exemple ci-dessoi , il ajoute celui-ci du douzième chant de V Iliade : ift ^è [to^oç] }nàk^ dp- ■^aXh irtpdcov (3), phrase qu'en français nous pouvons traduire littéralement : rt ce fossé est très-difficile à franchir. > Ainsi , nous avons une manière de parler tout- à -fait analogue à l'hellénisme signalé par Suidas ; c'est un nouvel exemple de conformité entre les deux langues.
[y. 2 5 1.] Et le glorieux Dios.
Il y a dans le grec xii Aîov à^auov. Quelques critiques voulaient que ^oç fût une épithète et kr^oM^ç un nom propre; alors il faudrait traduire : le divin ^ l'illustre Agavus; mais comme , selon Phérécide, il y avait un fils naturel de Priam qui se nommait Dios (4)> tous les éditeurs ont adopté la leçon que j'ai suivie.
[v. a55 — 6.] Malheureux que je suis! j*étais pèi^ie de
(i) OKur. <l*Hor. tnd. par Daoier, t. II, p. xoa, cd. de i709t Sn-ia. (a) Sttid. in â[^io< x«6ilv o (luiôoc, 1. 1, p. a38, cd. Kost.
(3) lUad. \l\ 63.
(4) Sch. Victor, iniliad. «i', iSt.Enst., p. i348, i8. Ce»t par nrrear qae la traduction porte Dion^ lisex Dios,
37a OBSERVATIONS
fils Taillants dans Fimmense ville de Troie, je crois qu îl ne m*en reste aucun.
Kni^t supprime le vers 956, parce que le mot Tpoiu est composé de deux brèves et une longue , et non de deux longues comme ici. Cette raison n'a de poids que pour les partisans du digamma, qui écrivent Tp oFid (x). Indépendamment de ce motif, je pense que le vers est interpolé. II n*est pas naturel que Priam dise qu'il ne |ui reste plus de fils au moment où il adresse les plus vifs reproches à plusieurs d'entre eux. Je sais bien qu*on peut dire que ces mots : Twv ofirtva fn^ XtXû^i, « je crois qu'il ne m*en reste plus aucun » , se rapportent à Tadjectif âpiorouç, mais alors le sens ne me parait pas suffisamment indiqué ; car dans Homère Tépithète, destinée à peindre en général plutôt qu'à spécifier, est rarement prise pour le sujet d'une phrase incidente , et je doute fort qu'il en existe des exemples. D'ailleurs il y a contre ce vers une objection plus importante, c'est qu'après les motSTwv 9ùxv*d ^pv^l XiXtîfôai la construction grammaticale exige nécessairement une négation , comme j'ai été forcé de la mettre dans la traduction : « Je crois qu'il ne ■ m'en reste plus aucun, ni... Mestor, ni... Troîle, ni Hector. • C'est ainsi qu'au quatorzième chant, lorsque Jupiter dit qu'aucune femme ne lui inspira jamais autant d'amour que Junon, il ajoute :
où^* 67C0V iipa90tp.v)v UicviDc à>.6xpio.
Et dans le reste de la phrase la négation précède tous les noms propres dont le dieu fait l'énumération (a). Si on retranche le vers a56 , la suite des idées est fort naturelle : « Malheureux que je « suis! j'avais engendré des fils vaillants: le divin Mestor, le va- • leureux Troîle , Hector. . . ce sont ceux-là que Mars a fait périr. » Dans l'édition de Venise ce vers a 56 est marqué d'un signe critique, mais la scholie manque pour nous en donner l'explication. Il est probable que, si elle eût existé , elle aurait confirmé l'opinion de Knight.
[y. 261 — 2.] Ces vils trompeurs, ces efiFéminésy habiles
(i) Knight, Net. in Iliad. «»', a 56.
(a) II. l*, 3 1 5-97, quoique je tire mon exemple d*nn passage contesté* cela est fort indifférent k la question de grammaire que j^examine.
seulement dans les chœurs des danses , qui ne ravissent des agneaux et des boucs que parmi les troupeaux de mes peuples.
Il est difficile de reodre Ténergique concision de Toriginal ; nous n'avons pas de mots correspondants à iieM^ioi «piroucnipi^ ; ce qui sî§;nifie proprement voUurt puhUcs^ puilici raptores, comme le rendent les versions latines; mais le véritable sens est celui que j'ai adopté : c'est ainsi que l'expliquent tous les interprètes : « ceux « qui volent ce qui appartient aux citoyens et non aux ennemis (i). » Athénée, ou plutôt son abréviateur» avant que de citer le v. 969 , dit que « Priam adresse de vifs reproches à ses fils, parce qu'ils pren. « nent ce que défendent les lois >, âvoi>.îo»ouai ta fi^ vivofitajAlva (a). Ccst la paraphrase de l'expression originale. L'ancien proverbe pour caractériser cette espèce de gens était : ctxoi (itv Xtovrsç , iv {Mtx,? ^i dtXcmxtç , lions au logis, renards au combat (3).
[y. 268 — 9.] Ils enlèvent de la cheville le joug des mules, fait d'un buis éclat«mt, surmonté d'un bouton et garni de ses anneaux.
Le vers 269 ne se trouvait point dans l'édition de Zénodote ; le scholiaste de Venise, qui nous l'apprend, n'en donne aucune raison (4). Dans ce cas, le sens serait simplement : « ils enlèvent de la • cheville le joug des mules. »
J'ai rendu dfif oXosiç par surmonté JPun bouton; selon quelques critiques, il faut entendre par ce mot un trou pratiqué dans le joug, et dans lequel on passait les courroies; mais, selon Eustathe, ceux qui se piquaient d'une plus grande exactitude («cpiStfffrspot) adoptaient l'autre sens (5).
Les anciennes éditions portent ^fi^fliXdtyr', accusatif masculin,
(i) Cf. Biw. Scb. ad Iliad. w', 962; et Etymol. Mag. ad tiri^inpLioi
(a) Atben.Deip.epit., lib. I, p. 9, D.
(3) Scb. Ven. u', 969.
(4) Sch. Ven. »', 969.
(5) Cf. Euat., p. i35o, 1. 4 »eqq.
etdlfv^, accusatif neutre y quoique Tun et Tautre adjedîfs se rapportent à CU7ÔV. Heyne» Wolf et Boissonade écrivent ép^paXocY au neutre y non -seulement pour rétablir l'accord entre les deux adjectifs, mais aussi parce qu*il est probable que du temps d*Homère on disait t« (u^oy, et non 0 Wfôç, Ëustathe (i) et l'édition de Venise autorisent cette leçon. Voilà aussi pourquoi les mêmes éditeurs, au vers 187 du neuvième cbant de VliUuUf toujours d'après le texte de Venise, substituent «pTÛptov Cu^ov à d^TUfto^ Ivf^ des anciennes éditions. Clarke , et non Ëmesti > comme dit Heyne , avait déjà supposé qu'il fallait ici oft^oiv (»)« Il écrit ainsi que Biuroès^fii^otv T* avec l'enclitique, mais cette addition est siqperilne.
[v, 271.] Us placent c^ joug à rextrémité du timon.
Il y a dans le grec :
xal TO fitv tu xarcOvixftv iu^éoTù» jirt ^u{&à.
Je fais rapporter l'article to au j'oug^; cependant le scholiaste de Venise dit que le poète parle ici du Uen destiné à attacher le joug, et désigné dans le vei-s précédent llu^o^sopcv (3). Je crois que cette observation était faite par ceux qui n'avaient pas observé que Cu^ôv était neutre dans Homère (4)> Comme le mot Cupv est aussi rappelé dans le vers précédent, et même après, CuTo^topAv... lîfcpov W(ôi%9^9it cl|Mi Cu^û, il est donc très-naturel de faire rapporter l'article à ce dernier mot. Heyne cependant approuve l'observation du scholiaste (5).
[v. apo — I.] Implore le fils de Saturne , ce dieu de rida, qui considère toute la ville dlliou.
Knight supprime le vers agi , qu'il regarde comme ayant été fabriqué d'après le vers 3o8 : Z«0 iranp , f^tv pn^^uv (6). Cette
(i) Eoât., p. i35o, 1. t.
(a) Clark., Net. in h. v. 369.
(3) Sch. Yen. in Iliad. u', ^71.
(4) Voy. les Observ. précédentes.
(5) Obaerv. in lUad. XXf?, 971.
(6) Knight, Not.in Iliad. u', 991.
SUR LE CHANT XXIV. ijS
raison n*Mt pas safibante, mais on ponvaii ajouter que âart TpoCw péchait oontre la aMsiire , soit qu'on fasse l^oaif de denx on <le trois syllabes (i). D'aiUenrs le sens est très->bon en terminant la phrase an vers précédent : implora ie/tls de Sattunê. Le mot l^«ni» peut-être ajouté en marge par un commentateur , aura donné Ueu à l'interpolation. '
[y. 3o3— -4-] Aussitôt elle s'approche en tenant un bassin et une aiguière.
Dans le banquet des savants d'Athénée, lorsqu'on apporte l'eau pour se laver les mains, Oulpieo demande si le mot xi^Hf&o^^ qui est précisément ce que nous nommons une cuvette^ était usité autrefois comme de son temps , et l'un des convives répond en citant les vers 3oa-4 <lc ce chant (a). Jamais citation ne vint plus à propos y car c'est la seule fois que le mot x^pvi6ov se trouve dans Homère; c'est même pour cette raison que quelques critiques anciens retranchaient le vers 3o4 (3). Heyne pense aussi qu'il doit être supprimé, parce que le sens est fini au vers précédent, et parce qu'il appartient à cette sorte de vers que les rhapsodes avaient coutume d'ajouter lorsque le permettait le sens ou l'arrangement des mots (4). Villoison , dans ses notes sur le Lexique d'Apollonius, cite un passage inédit de Philémon duquel il résulte que Xtp^ilSov est trop moderne pour signifier cuvette, et que le poète, quand il veut exprimer l'idée d'un bassin destiné à se laver les mains , emploie le mot X^c (5). Les petites scholies font la même observation (^) ; je serais donc bien tenté d'admettre l'interpola*tion , et je la trouve préférable à la correction de Knight , qui écrit x^pv<^ "^^y parce que xh"*^^^ i <I^' n'est point ici le pluriel du neutre x^^^*^* roxM l'accusatif singulier de x*?^4> x'p^*^^» '*' gnifie toujours dans Homère non pas un batêin ou une ewette^ mais
(1) V07. les Obtenr. «ir le v. i^S de ce chant. (a) Atben. Deîp., L IX, c. 18 , p. 408, K, C.
(3) Schol. Yen. «', 3o4.
(4) Heyn., ObM. in Iliad. XXIY, 3o4.
(5) Ad V. xi^f&a,^ n* 5.
(6) Cf. Od. a', 137 ; f , 440 ; i\ 53, etc.
Teau même qu'on venait sur les maios, comme le prouvent plusieurs passages de VOdjrssée{i) , et ccmmie le remarque Athénée (a), ainsi que ce Philémon cité par Villorson. Euripide emploie aussi le mot xtpvi4> dans le sens de Feau des lustratîons (3). Si on retranche le vers 3o4i voici comment il faut traduire : • A ces mots, Priam • ordonne à l'intendante du palais de verser sur ses mains une eau •• limpide ; celle-ci se présente. > Sans doute quelque commentateur aura cru que la phrase avait besoin d'être achevée, et qu'elle n'offrait pas un sens suffisant.
[y. 3 16.] Et que les hommes appellent Taigle tacheté.
Mot à mot : « et que les hommes appellent percnos (tacheté). * C'est sans doute l'aigle nommé ic&pxvoirrtpoc par Aristote (4) ; ce qui signifie tùle tachetée. Cet aigle , selon Aristote , était d'une haute taille (pj^iftti ^t {At'Ytoroc) ; il avait la tête blanche , les ailes courtes et la queue très -longue. Aristote ajoute que cet oiseau est semblable au vautour (5) ; aussi Buffon place-t-il le percnoptère parmi les vautours (6). Dans ce même vers 3 16, Homère caractérise cet aigle par l'épilhète de i^op^oç, de couleur sombre; ce qui se rapporte à sa dénomination de irtpxvoç. Cependant, il est vrai de dire qu'Aristote fait de l'adjectif fiop^vô; (leg. ^lOp^voc) le nom propre d'une autre espèce d'aigle ,^et même il prévient que c'est cet aigle qui est rappelé par Homère au moment du voyage de Priam (7). Il faut choisir entre l'oiseau nommé (^'p^voc et celui nommé irtpxvô;, car ce sont deux oiseaux différents. Morphrtos, selon Buffon, est notre petit aigle (8); or, comme Homère dit positivement qu'il est ici question de l'oiseau que l'on nomme irtpxvôc (év xal ittpxvov xaXtcu«tv) , je crois qu'il ne peut y avoir de doute, et que px^'p^oç n'est ici qu'une épithète.
(i) Cf. Od. a', x36 ; ^, 5a ; v)', 173, etc.
(a) A th., 1. c, p. 409, A.
(3) Herc. far., v. 939. Voyez les Observ. sur le v. x36 da premier chant de l'Odyssée.
(4) H. Anim., lib.IX, c. 3a, t. i, p. 937, éd. Duv.
(6) Hist. des Ois., 1. 1, p. 209, éd. in-ia, de Timp. ruyale.
(8) T. cité, p. 127.
C'est ainsi qu'au vers aSa du chaïkt viogl-unièrae de 17/iadSe, Ho» mère donne à cette même espèce d'aigle l'épithète de noir, atiroû o2{mit' Ix^v fttXavoc (i).
[y. 33 1 — 2.] Alors Jupiter découvre les deux héros qui apparaissent dans la plaine.
J'écris le vers 33 1 comme Wolf, qui suit la leçon d'Aristarque, donnée par l'édition de Venise (a) :
TÙ ^* cù XoAqv tùpuo^ra Z^
v% iç irt^iov irpcfavtvrt.
Cette manière d'écrire a sans doute été adoptée pour ne pas finir un vers par une apostrophe , et pour ramener l'élision immédiat tement avant la voyelle qui l'exige. Il est probable que la prononciation autorisait une telle orthographe. Wolf est le seul de tous les éditeurs modernes qui l'ait adoptée.
[ V. 334 — 6.] Mercure , toi qui te plais à secourir les hommes, et qui à ton gré exauces leurs prières , pars à Tinstant.
Emesti fait observer que Virgile a plus d'une fois imité cette tournure, comme, par exemple, dans ce passage du premier livre de VÉnéUe (3) .•
^ole, uamque tibi diTuin pater atque homioum rex Et mulcere dédit fluctus , et toUere vento (4)-
J*ai déjà remarqué que les bons poètes prenaient volontiers le mouvement de la phrase homérique, parce que le langage de l'ame ne change jamais (5). Ce passage prouve ce que j'ai dit ailleurs, que Mercure était une divinité propice, un dieu favorable
(i) Yoy. les OlMerv. sur le ▼. aSa dn Tingt-imîèine chant de llliade. (a) Cf. Yen. Scbol. in Iliad. «', 33i.
(3) Not. în Diad. u', 33/».
(4) Mxk^ I, 65, éd. Heyn. 69. al. cdd.
(5) Voy. lei Observ. sar le v. 38 du second, et 3o5 dn aizième ch. de niiade.
aux mortels (i). Gomme c'est ici Mercure et non Iris que Jupiter charge d'un message , le scholiaste dit que le poète préfîent toute recherche à ce sujet » en nous instruisant de la cause qui fait préférer Mercure; c'est qu'il ne s'agissait pas ici d'une ambassade sans importance» puisque Jupiter recommande à Mercure, par amour pour Priam , de le dérober à tous les regards jusqu'à ce que celui-ci soit arrivé près d'Achille (a). Le scholiaste de Pierre Victor fait observer aussi que Mercure est armé de la baguette destinée à endormir les gardes et à réveiller Priam (3). Quoique les scholies n'en disent rien, il est probable que ces observations étaient adressées à ceux qui s'autorisaient de ce passage pour soutenir que V Iliade n'était pas du même auteur que VO<fys*ée (4); en effet, dans Xodfuée Jupiter lui-même dit que Mercure est son messager (S).
[v. 343 — 4*] Ensuite il prend la baguette avec laquelle il peut à son gré assoupir les yeux des hommes, ou les arracher au sommeil.
Le manuscrit sur papyrus de M. Banks porte en marge le vers 344* Est-ce une omission de copiste? ou bien de plus anciens manuscrits ne donnaient-ils pas ce vers? La question n'est pas facile à résoudre. Cependant , comme il parait que le vers 558 , rejeté aussi en marge dans le manuscrit, n'existait pas dans d'anciennes éditions (6), ne peut-on pas conclure la même chose de celui-ci? en observant surtout que le sens se termine bien au V. 343. Quoi qu'il en soit, il est juste de dire qu'aucun autre monument, aucun scholiaste, aucun éditeur, ne retranchent ce vers.
(1) Yoy. Us Ohaerv. sur le v. 100 du second chant de l'Iliade et 1)7 da septième de TOdyss.
(a) Schol. Ten. in Iliad. «', 334.
(3) Cf. Iliad. tt', 44S-6, et ▼. 68a-8.
(4) Toachant les ChorÎMoneetf voyes les Obeerv. ear te v. 356 da second ch. de rniade.
(5) Od. 1', 99. Cf. Od. x', 277, CCI Mercore se rend auprès d*Ulysse pour le préserver des mslcfioes de Cîrcé.
(6) Voy. les Observ. nor le v. 554 de ce chant.
■oit ici , soit au cinqQièine chant de VOdjrsséff oà se troiive te même passage (iX En retraiichaiit le vers , il faudrait traduire : « Ensuite « il prend la baguette avec laquelle il assoupit les yeux des « hommes. »
[y. 359.] Tout son poil se hérisse sur ses membres défaillants.
J*ai hasardé le mot poil dans le style noble sur l'autorité de nos plus grands -poètes. Racine a dit :
Calchas s*est avancé,
L*oeil farouche , Vair sombre , et le poil hérissé (a).
Boileau :
TeuX'tu Toir tous les grands à ta porte courir ? Dit nn père à son fils dont le poii va fleurir (3).
D'ailleurs le mot poil est la véritable traduction de rpixiç » que toutes les versions latines rendent à tort par corme; car Tpîx<c s'entend de toute espèce de poils, rpîxt; àpvûv exprime la laine Jet agneaux (4) ; xairpou Tptxsç > les soies du semgUer (5) ; ouûv Tpix&c y celles des cochons (6) ; rpix^; iirrruv sont Us crins des chevaux, (j). Voilà pourquoi le poète leur donne si souvent l'épithète de xaXXtTpixtç » à la belle crinière (8). Quand il emplcâe cette expression géuérique pour la chevelure, il la jointau niotxeça>.f.C, Us poils de latéie(g). Le mot destiné à exprimer spécialement les cheveux dans Homère est xoftvi (lo) , ou au pluriel xQp,ai (i i), ce qui est absolument la même
(i) Od. t', 48 seqq.
(a) Iphigén.y act. V, se. dernière.
(3) Sal. VIII, v. 181.
(4) IHad. f , a73.
(5) Iliad. r', 254.
(6) Od. x', a 39-40.
(7) Iliad. 6', 83.
(8) niad. t', 3a3 ; 6', 348 ; x', 491* etc.
(9) nijid. x'f 77 » Oà. v', 399. On troave aillenrs cette même tonmare. St. Luc a dit aussi Tptxt; rtç xtfoX^, ponr les cheveux^ cap. 7, j^ 38.
(vo) Cf. Iliad. «', 197; y* 55; o\ 27, etc. (11) Cf. Od. C, 93i ; \\ z58, etc.
38o OBSERVATIONS
chose que comœ chez les Latins : xo'pAi Xop trioviv 6ffcoûiif Jet ekevttts semSlailes à ceux des Grâces, OU y plus littéralement , setMahles oms Grâces (i).
[y. 368 — 9.] Tu n*es plus jeune , et c'est un vieillard qui t'accompagne : tu ne pourrais repousser l'ennemi qui l'attaquerait.
En suivant rinteq>rétation d'Eustathe , il faudrait traduire : « Tu n'es plus jeune, et c*est un vieillard qui t'accompagne pour - repousser l'ennemi qui t'attaquerait (a) > ; ce qui , selon quelques critiques , ne s'accorde pas très-bien avec la syntaxe (3).
àv^p* àirx{A^ao6at , In ti; irporipoç jjùxttntri^.
Si l'on adopte le sens d'Eustathe , il faut supprimer la virgule à la fin du premier vers, et joindre tout ce membre de phrase au commencemeut du vers suivant; mais, dans ce cas, on trouve que •^tpÀiv ^i TOI ouToç ^KTi^v. sc Uc mal à £v^p' àita{&6vao6xi , et que cet infinitif n'est gouverné par rien. Henry Etienne renfermait la fin du premier vers entre deux parenthèses , et joignait le commencement de ce premier vers au commencement du second ; dans cette hypothèse , il faut construire ainsi : o5t' aùroç vtcc iaot Sn^f àirojiûvaoOat , « tu n'es pas jeune à repousser l'ennemi. • Cette leçon ne remédie pas à la difficulté. Ce qu'il y a de mieux à dire , c'est que ce vers aura mal à propos été tiré d'un passage de Y Odyssée qui a de l'analogie avec celui-ci ; en voici le texte :
aOrôc {liv vtoç itfil , xxl oGirw x*P^'^ irtiroiSa ôh^p' airoip^aodRt , Sri, x. t. X. (4)>
Ce sont les mots aùrôç fitv vtoç siftl de V Odyssée ^ et ceux-ci : cOt' aw- TÔc vioç <oot, qui ont fait supposer que la phrase était la même dans les deux endroits, et qu'elle devait être complétée dans V Iliade par le vers qui se trouvait dans V Odyssée; mais l'interpola teur n'a pas remarqué que dans V Odyssée l'infinitif àira{4.uvao6ai était régi par le
(i) niad. p', 5z.
(a) Eost., p. i354, 1. 6a, aeqq.
(3) Heya. Obss. in Iliiid. XXIV, 369, et Ernest, ad eanid. loc
(4) Od. «', 7i.a;€f. Od. ç', i3a-3.
SUR LE CHANT XXIV. 38i
verbe irtirotSa du vers précédent , et qiie ce verbe ou tout autre manquait dans ce passage-ci de V Iliade. Knight supprime le v. 869, en disant simplement qu'il est mal à propos transporté ici du seizième chant de VOd)rssée(i),
[y. 384 — S*] ^31* 1^ plus illustre héros a péri, ton fils, qui dans les combats ne le cédait à aucun des Grecs.
Knight termine le discours de Mercure au v. 384 : ■ car le plus « illustre héros a péri. • Il pense que les mots èhç iratç ont été ajoutés en marge comme explication , et que de là est venu le v. 385 , qui de la marge est passé dans le texte (a). Cela est possible, mais rien n'autorise cette supposition ; et ce qu'ajoute Priam trois vers plus bas,
5( fMi xoiXà T^v oiTOv àiroT{jbou irai^bc Ivioircc (3),
• Toi qui me parles si dignement du trépas de mon malheureux fib », semblerait au contraire se rapporter au vers que veut supprimer Knight.
[y. 4^0-^1.] Et même toutes les blessures quil a reçues sont fermées.
Le grec porte oùv ^' fXxtairavTA |At{Au»tv; il ne faut pas confondre ce parfait {&<{Au»tv, formé de luavt, fermer, avec le même mot dérivé de (mmmUa , Je mugis, comme au chant dix -huitième de V Iliade, où le poète dit» en parlant d'un taureau, é ^ï (Mucpà fupujxwc JXxtroy ei, mugissant, il est entrainé (4). Le scholiaste de Pierre Victor dit que ce vers a fait naître le paradoxe que les blessures faites à un corps vivant se ferment, et que celles faites à un cadavre se pourrissent ; puis il ajoute : « Il n'est pas possible que les blessures des « morts se ferment , quoique , selon Aristote , Homère ait dit : la m blessure sanglante se ferma ((aûmv ^ï irtpiSpQTdtoea wtiiXiq); mais cet
(1) Knight, Not. in Iliad. f', 369.
(a) Knight, Not. in Iliad. «»', 385.
(3) Iliad. m', 388.
(4) Ilîad. 9', 58o. a. niad. ç', 937.
38a OBSERVATIONS
m hémistiche ne se trouve point dans Homère (i). • J'ai cité cette scholie seulement pour prouver que » même au temps où elle était écrite, les éditions d'Homère difTéraient déjà de celles que possé» dait Artstote.
Knight termine au v. 4^0 le discours de Mercure ; il pense que les 3 vers suivants ont été forgés en partie sur le v. 3yS du vingtdeuxième chant de Vliiade, et en partie sur les vers 435-8 ci-après. Mais ce dernier passage n'a aucun rapport avec les vers supprimés; il a voulu dire sans doute 4^5-8. Dans tous les cas, le retranchement n'est pas fondé sur des raisons suffisantes.
[y. 449*] Que les Thessaliens construisirent pour oe prince.
Dawès, à l'occasion de ce vers, qui pèche contre le digamma, dont il est un des plus zélés partisans, dit que parmi les anciens quelques-uns pensaient que ce dernier chant n'appartenait pas à Homère : • En effet , ajoute-t-il» ce chant contient plusieurs choses « qui ne se trouvent pas ailleurs (a). • Je crois que Dawès confond ici le vingt-quatrième chant de VlUade avec le vingt-quatrième de VOdyssée, bien réellement contesté par plusieurs critiques anciens (3); mais ils n'ont jamais élevé aucun doute sur le vingtquatrième chant de VlUade, lensius est le premier qui l'ait regardé comme apocryphe (4) , et ses raisons ne sont pas fort puissantes (5). Quoi qu'il en soit, Dawès, au Heu du texte que nous avons :
îTiv Mupfiki^cyviç iroinaav avoxTi,
proposait de lire t. M. irevtorro Ffltvoxrt , ou bien iCQtDeav Adouci (6). Bentley corrigeait iroirtaav par ^ctfiovro , ce qu'approuvait Heyne (7). Pourtant celui-ci croyait que tout ce passage relatif à la constrttC<*
(i) P. Tictor. Schol. i&lliad. «*', 4ao. Cf. éd. Emnan. Bekk., p. 64s. (a) Dawesii MiscelL ont. vet. ed.,p. i5i, et nov. cd* Cantabrigiae » 1817, p. 957.
(3) Toy. les Obcerv. sar le v. 296 da vîngt-troîaiènie ch. deVOdyis.
(4) De Stylo Homeri ad calcem.
(5) Cf. Heynii Excnrt. I ad Iliad., Ub. XXIY. «
(6) Dawesii Miscell., 1. c.
(7) Heyti. Obii. în Iliad. XX lY, 449.
tîon de la tente d'Achille devait être supprimé» et qu'il fallait joindre le vers 448 au vers 4^7» ^Q écrivant ainsi :
dXX* ^ .^ xXurinv IlyiXiita^iA àçtxovro (44^) » ^iQ ^a To9* Èp(Miac i^io6vioc f (i •)[^povn (457).
• Mais, lorsqu'ils furent arrivés à la tente d'Achille, alors le bien- « veillant Mercure ouvrit au vieillard *; ce qui donne un récit trèsbien lié , et même je trouve que le rapprochement de 5ti et de t9ts semble autoriser cette leçon. Mais, chose étonnante ! Knight, toujours si disposé à supprimer des vers à Homère , surtout quand ils blessent les lois du digamma, veut que ceux-ci soient conservés; et d'abord il rejette la correction de Bentley, ^cîjmivto Favoucrt, parce que ce verbe ne s'entend que des constructions de murailles en pierres, et ne peut pas être ici employé au moyen (i); puis il ajoute : « une tente construite de manière à loger un si grand « prince pendant dix ans , et décrite par le poète avec une magni- « ficence d'expressions dignes de ce mémorable ouvrage , tout cela « me semble appartenir à cette antique simplicité qu'aucun rhapsode « n'aurait su imiter. Quant à la question métrique , consultez les «prolégomènes, secL 167(2).» Observons d'abord qu'il n'est point dit dans le texte que cette tente eût été bâtie pour due ans ni depuis dix ans; il est très-probable que les Grecs ne s'établirent sur le rivage où ils venaient d'élever des fortifications qu'à peu près dans la dernière année de la guerre; toutes les années précédentes, ils avaient été occupés à ravager les pays alliés ou soumis aux Troyens. Voilà pourquoi Achille , au neuvième chant de 1'/iiade, dit qn'iV a pris douze villes avec sa flotte, et onze à pied dans le territoire de Troie (3). Pendant tout ce temps-là il n'aurait pas laissé sa tente à la discrétion des ennemis. Il ne faut pas prendre dans un sens trop littéral l'adverbe aSêi , qui se trouve à ce vers du second chant :
&C i^Uiç TOoaaST' [iw^a] frsa irroXi(A.i(o(Mv aS6i (4).
« Ainsi , pendant neuf années nous combattrons ici. • Par ici on doit
(i) An MptièBM chant de niiade on troove, en effet, ce Terbe k Taetif :
itotI ^ flt&ràv ^iifiopir» &xa icup^ouç &t|nqXo6c. (H. n', 337*8.) (a) JLnight, net. in lUad. «»', 449.
(3) niad. i', 328.9.
(4) Iliad. 6*, 3a8.
entendre tout ce qui n'était pas la Grèce , c'est-à-dire toutes les lies de la mer Egée et les côtes de l'Asie. On peut très-bien supposer qu' A(;amemnon se trouvait à l'expédition de Chrysa , puisque la fille du grand-prétre lui échut en partage. Ce fut après ces diverses excursions , qui assurèrent aux Grecs tout le pays , qu'ils songèrent sérieusement à attaquer la métropole de l'Asie , et qu'ib réunirent toutes leurs forces sur le point du rivage le plus rapproché d'Uion, et situé à peu près en face de l'Ile de Ténédos. Quant à la question métrique, pour laquelle Knight renvoie à ses prolégomènes, j'y vois qu'il se fonde sur un passage de Priscien où il est dit que les Éoliens regardaient quelquefois le digamma comme non avenu dans la mesure des vers : « F, digamma apud iEoles « est, quando in metris, pro nihilo accipiebant (i). > Mais alors que devient tout son système? quelle valeur ont toutes les raisons fondées sur la doctrine du digamma , et alléguées par Knight pour autoriser ses nombreux retranchements? à quoi bon faire une édition entière où le digamma est restitué, puisque souvent le digamma ne sert à rien ? ne peut-on pas lui opposer en toute occasion l'assertion de Priscien , sur laquelle il s'appuie : Moles , quando in metris, pro nihilo accipiebant? Bentley, Dawès, Heyne, se montrent plus d'accord avec eux - mêmes. Je pense donc , malgré l'opinion de Knight, que celle de Heyne est préférable.
[v. 465 — 7.] Pour toi, en entrant, embrasse les genoux du fils de Pelée ; implore ce héros , et par son père , et par sa divine mère, et par son fils; afin de fléchir son cœur.
Knight fait observer avec quelque raison que lorsque Priam implore Achille , il ne dit pas un mot ni de la mère , ni du fils de ce héros, et que certainement il n'y aurait pas manqué si réellement Mercure lui en avait fait la recommandation. Il fait observer, en outre, que si Priam avait cm qu'Achille avait un fib, il en eût parlé sans doute, comme un des meilleurs moyens de fléchir
(i) Yoy. les Observ. sor le v. 179 du aeisième chant de l'Iliade, où je cite ce passage de Priscien, pag. 78-9 de ce Tolaroe.
Tame ardente et passionnée du vainqueur d'Hector. H en conclut que ces trois vers ont dû être faits par le même rhapsode auquel on doit l'interpolation du dix-neuvième chant , où il est question du fib d'Achille (i). J'ajouterai , pour justifier l'opinion de Knight, <|ue la fin du vers 4^7, iva ot oùv 6ufMv i^if^t ^^ parait un peu suspecte; car jamais dans Homère OÛ(mv ^ptviiv ne signifie émouvoir on fléchir le cœur, mais plutôt exciter la colère, la douleur, rituUgna» tien (9). Toutefois, disons que Denys d'Halicamasse cite ces vers dans son Traité de la Rhétorique, et qu'il justifie Priam de n'avoir pas parlé du fils d'Achille , pour éviter une trop grande prolixité (3). Cette raison ne me parait pas très-bonne.
[y. ^%o — 3.] Lorsqu'une grande infortune s*enipare d'un homme qui, dans sa patrie, a commis un meurtre, il se retire chez un peuple étranger , dans la maison d'un homme opulent, et tous ceux qui le considèrent sont frappés de surprise.
Quand un homme avait commis un meurtre , il fuyait de sa patrie, se réfugiait dans la demeure d'un homme riche, et se mettait ainsi sous sa protection. Au vingt-troisième ch. de Vlliadr^ nous ▼oyons que Patrocle se réfugia auprès de Pelée, parce qu'en jouant il avait tué le fils d'Amphidamas (4). Au quinzième de VOtfyjsée, le devin Théoclymène se retire dans le navire de Télémaque, et fuyait Argos, où il avait tué un homme (5); mais il n'est jamais question dans Homère que le meurtrier s'asseye, le corps voilé, près du foyer, et demande à être purifié, comme le disent les petites scholies (6). Cette religion des expiations ne parait pas avoir été connue de notre poète , qui n'en parle nulle part ; et même
(z) Kjiîght, Not. in Iliad. «»', 465-7. Cf. les Observ. sur le vers 3a6 du dix-neavièmc cb. de riliade.
(a) Cf. Hiad. V, 418 • ?t 4^9 , 487 ; p', ia3, etc. Yoy. las Obeerv. sur le V. azg du laiaîème chant de THiade.
(3) C. 9, S <^» ?• ^08» «d. Scbott.
(4) Cf. Oiad. (|>', 84 «eqq.
(5) Od.o', aa4.
(6) Brav. Schol. in Iliad. «m', 480.
plusieurs exemples prouvent qu'on pouvait racheter, moyeniuiiit une rançon , la vengeance qu'exerçaient sur le meurtrier les parents ou les amis de l'homme assassiné. Au neuvième chant de VliUuie f Ajax dît : « un autre accepte la rançon pour le meurtre « d'un père ou d'un fils, et le meurtrier, en donnant beaucoup, • reste dans sa patrie (i)« » Ceci prouve que l'exil volontaire auquel on se condamnait n'était que pour échapper à Tamoide. On voit au dix -huitième chant de Vliiadtt que deux hommes plaident pour la rançon d'un meurtre (2). Ce ne fut que plus tard qu'on connut en Grèce Tusage des expiations; il existait du temps d'Hérodote , puisqu'il dit que les purifications pour un meurtre étaient les mêmes chez les Lydiens que chez les Grecs (3). Dans Euripide, on purifie même les lieux souillés par la présence d'un criminel : il est dit dans la tragédie d'Hélène : « Si quelqu'un « a souillé le chemin en le foulant d'un pied sacrilège , qu'il soit « purifié par la flamme expiatoire (4) •; et dans l'Hercule furieux : ce héros, après le meurtre de Lycus, voulant purifier son palais, tient un flambeau à la main droite , et se dispose à l'éteindre dans reau lustrale (5) , tîç x*P^^^ (^)-
Apollonius de Rhodes a donné fort au long les détails des cérémonies expiatoires que Ciroé pratique envers Médée et Jason; elles n'ont point de rapport avec celles qui sont décrites par Euripide : c'est encore une autre antiquité. 1\ est vrai que les purifications du poète tragique ont plutôt rapport aux lieux souillés par un meurtre, ou même par la présence d'un criminel^ tandis que les cérémonies décrites par Apollonius ont rapport à la personne elle-même qui s'est rendue coupable (7).
^^^ti^^^k^^^
[t. 486.] Souviens-toi de ton père, Achille, semblable aux dieux.
Cet admirable discours de Priam a été regardé dans tous les
(x) Uiad. t', 63a,ed.Wolf.
(s) Iliad.eV49i.
(3) Herod., lib. I, c. 35.
(5) y. 922 Mqq.
(6) Sur x'pv^» voy. les Observ. siir le v. 3o3 de ce ehant.
(7) Apollon. Argon. TV, v. 698 aeqq.
teiii|»s comme le chef-d'œuvre de Féloquence pathétique. « Quelles « paroles , s'écrie Quintilien , pourront jamais égaler les prières du « TÎeux Priam suppliant Achille?» Rollin, dans son Traité des Études y cite ce discours comme un parfait modèle; et parmi nous une foule de poètes se sont exercés à rendre en beaux vers ces expressions de la douleur (i). Il me serait facile, par la comparaison de ces divers morceaux avec le discours original, de faire sentir combien le génie de notre poésie est peu propre à rendre le génie de la poésie homérique. Voltaire Tavait entrevu; aussi ne 8*amuse-t-il pas à traduire littéralement le poète grec, mais il prend la situation qui lui parait éminemment dramatique, et il Texprime en beaux vers, comme il Taurait fait dans une de ses tragédies. « Je suis très-persuadé, dit -il à cette occasion, que nous avons « deux ou trois poètes en France qui traduiraient bien Homère; « mais en même temps je suis très-convaincu qu'on ne les lira pas «s'ils ne changent, s'ils n'adoucissent, s'ils n'élaguent presque « tout. La raison en est. . . qu'il faut écrire pour son temps, et « non pour les temps passés (a). * Ainsi voilà tous les traducteurs en vers, Voltaire n'en copnait pas d'autres, à qui il n'est permis de traduire Homère, s'ils veulent être lus, qu'à la condition d'élagtier presque tout. Il faut bien le dire, le mot presque n'est là que par euphémisme^ et jamais Homère ne pourra être traduit en vers, précisément par la raison qu'en donne Voltaire, c'est qvL*U faut écrire pour son temps et non pour les temps passés. Or, notre poésie, ou, si l'on veut, notre versification, est de notre temps et non des temps passés. La poésie est essentiellement un langage de convention qui se fait d'après les mœurs, les habitudes, les usages, les idées d'une époque ; or , la poésie d'un siècle d'étiquette et d'élégance , celle que forma la cour pompeuse de Louis XTV, n'aura jamais le moindre rapport avec cette poésie simple, naïve, et née tout entière de l'inspiration, au sein des premiers âges du monde. Je ne conteste pas aux traducteurs le mérite de faire des vers admirables, mais plus ils seront beaux , moins ils seront fidèles à l'antique simplicité
(1) LodIs Racine, Voltaire, Lemereier, Cabanis, Doigny, Bignan, auxqoela il fiiat acljoindre les tradactean da poème entier, RocheforK et Aignan.
(a) Yoy. le DicL philoaoph. an mot Seoliaste, t. 43, p* 167-8, ed.de Kehl.
d'Homère; et, s'ib s'en rapprochent, ce sera tonjonrs aux dépens du véritable génie de la poésie française : on ne saurait échapper à ce double écueil.
[v. 493—40 J a^&is aussi des fils yaiUants dans Fimmense yille de Troie ; je crois qu'il ne m'en reste plus aucun.
Le vers 494 ^t 1® même que le vers s 56 de ce chant; et, quoique les raisons de ce retranchement ne puissent pas être reproduites en cet endroit-ci (i) , je crois avec Knîght que ce vers doit être aussi supprimé. Sinight retranche de plus les 3 vers suivants (agS-j) : « ils étaient cinquante lorsqu'arrivèrent les fils des Grecs ; dix-neuf
• étaient sortis du même sein , et dans mes palais les autres na-
• quirent de femmes étrangères. > La seule raison qu'il en donne est l'acception du mot vn^uc , qui , selon lui , « in homericis est
• venier in quo cibus digeritur, non utérus in quo fœtus alitur (s). » Quoique cette raison un peu subtile ne me semble pas suffisante , il faut convenir que le retranchement est favorable à la liaison des idées ; dans ce cas, voici quelle est la suite du discours : « Pa- « vais aussi des fils vaillants , mais le cruel Mars en a moissonné
• le plus grand nombre. > Cependant Athénée cite les v. 496-7, pour prouver que l'usage parmi les Asiatiques était d'avoir des concubines, et que par conséquent Hécube ne s'en offensait pas (3). ApoUodore nomme tous les fils de Priam (4) , mais , parmi ceux qu'il désigne, il ne rappelle pas tous ceux dont les noms se trouvent dans ce chant (5). ApoUodore dit aussi que Priam , nommé d'abord Podareàt avant d'avoir épousé Hécube, avait eu une première femme nommée Arisbéy de laquelle naquit un fils nommé Etaeus{(S). Toutes ces traditions sont postérieures aux temps homériques.
(i) Toy. les Observ. sur le y,%5Sàt ce chant, (a) Kaight, Not. in Iliad. m', 493*7.
(3) Athen. Deipn., 1. XIII, p. 556, B, C.
(4) Bihl.,l.m, c. zs,S 5.
(5) a. Ih'ad. tt', 9 49-5 1.
(6) Apollôd. bib., 1. c.
[▼. 5t3 — 4«] Mais lorsque ce divin héros se fut rassassié de larmes, et qu'il eut apaisé les regrets dans son cœur.
Voici le mot à mot du vers 5i4 •* « Lorsque le désir [de pleurer] « se fut en allé de son cœur et de ses membres. • Comme le sens est complet au vers précédait , quelques critiques supprimaient le vers 514» qu'ib regardaient conune inutile et redondant (i). On fait observer aussi que le mot ptMv , qui n'exprime que les pieds et les mains , est impropre dans cette occasion ; car on ne peut pas dire que ie désir abandonne les piedt ei les mains (a). C'est pour ces raisons que Wolf a renfermé ce vers entre deux parenthèses. Knight le supprime aussi et par les mêmes motifs (3).
[y. 5ay — 8.] Deux tonneaux sont placés sur le seuil du palais de Jupiter , et remplis de tous les dons ,^ tels qu'ils nous sont accordés : dans l'un sont les maux , dans l'autre les biens.
Voici encore un passage dans lequel Homère semble supposer que les dieux sont la cause du mal (4) t et que blâme vivement Platon (5). Toute la fin du second livre de la République , où se trouve la censure du philosophe» a été citée par Eusèbe dans son ouvrage intitulé : la Préparation ÉçangéUque (6). An reste , Platon , comme il lui arrive très-souvent , ne cite pas Homère tel que nous l'avons y et y au lieu du vers 5^8 de nos éditions,
il dit :
XDpûv IpbTrXiioi* 6 (A.sv« IoOXmv, aùrk^ 8, ^itXâv (7).
(1) Schol. Yen. m', Si 4.
(aj ÀxupMc riUmi xè yÀw où ^àf oot«ç Xi'^n néna. toi |aAu, dkXXè |A^>ov ràç x*^?^ *^ "^^ iro^xç. (Sch. Yen., 1. c.)
(3) Knigfat, Not. in U. m', 5l4.
(4) T07. les Obaerv. lor le v. gS dn quatrième chant de Tlliade.
(5) Reip.,l.n,t. YI, p. a 5 1, bip.
(6) Lib. XIU, c. 3.
(7) Reipabl., 1. c.
« Pleins de destinées , l'un de bonnes , Tautre de mauTaises. • £usèbe y en citant Platon , a écrit comme lui (i). Plutarque, dans son Trailé sur la manière de lire Ut poètes, donne ce passage comme Platon (3); mais y dans sa Consolation à Apollonius, il rapporte le vers comme il se trouve dans nos éditions (3). Peutrétre que ce qui a donné lieu à cette variante, c'est que les vers 5s7 et SsS , tels que nous les avons , présentent un double sens en changeant la ponctuation , ainsi que le fait observer une des scholies de Pédîtion de Venise (4). Cette ponctuation a été suivie par Bamès ; la voici :
« Deux tonneaux sont placés sur le seuil de Jupiter » desquels il « répand des dons funestes ; d*un autre il répand les biens. > Au moyen de cette ponctuation , Homère aurait parlé de trois tonneaux » et non de deux seulement , comme cela parait probable. Quoi qu'il en soit de cette amphibologie» qu'une meilleure ponctuation fait disparaître, la leçon de Platon ne peut être la bonne, parce que jamais Homère n'emploie le mot x^p pour la destinée y Us chances de la vie, mais bien toujours pour l'instant de la mort ou la mort elle-même (5).
Wolf écrit iéwi par un esprit doux , et non iscMv par un esprit rude^ comme Bamès. Heyne a fort bien prouvé que la racine de ce mot, signifiant Us biens, était iS, bien, et non ibç, pronom possessif, io/t. En effet, ià, marqué d'un esprit rude, emporte l'idée de la propriété; ik sont les biens qu'on possède, ce qui est à soi; et ik sont les biens en général, tout ce cpii peut être utile ou favorable aux hommes (6). fioissonade a suivi la leçon de Wolf. Selon Hésiode, ce fut aussi d'un tonneau ouvert par Pandore que sortirent tous les maux qui se répandirent sur le genre humain (7).
(i) Eaaeb., 1. c.
(a) T. YI, p. 85, éd. Reiske.
(3) T. yi, p. 399 éd. cjasd.
(4) Scb. Yen. «»', 5a8.
(5) Cf. Ilîad.y, 32, et millîes ad Leziç. Dsnunii, p. x 168.
(6) Cf. Thés. ling. Gr. Henr. Steph., p. 1S97, F.
(7) Oper. et Dier. 94, seqq.
SUR LE CHANT XXIV. Sgi
[y. 544*] '^^ puissance s'étendait depuis Lesbos.
Je me suis décidé à adopter ici le sens donné par les savants tradncteurs de Strabon (i). Dans ma pronière édition , j'avais , comme madame Dacier, suivi l'interprétation d'Eustathe, qui s'exprime ainsi en parlant du passage c^-dessus : ivsptoptopbôc xtvran ivTQ^txoç TJic npM^u ipX'^C * ^ iripu*pi2[iv jx pLioDpiSpCaç {liv, Aïoâoc * <^ptrpa iï, Hi àfOLtokHn * U ^ï ipxTttv, ÈXXiioirovTOc (s); c'est-à-dire : ■ telles sont les limites du royaume de Priam , borné au midi par « l'Ile de Lesbos, à l'orient par la Phrygie, au nord par l'Helles* « pont. » Mais ceci est platàt un commentaire qu'une véritable traduction de la pensée d'Homère, et le sens des prépositions éfu et Miluiptpât , pour signifier ie midi et Vorient, n'en reste pas moins une conjecture. Peut->étre vaut41 mieux laisser la question indécise que de lui donner une explication hasardée.
[▼. 55o — I.] G*est en vain que tu pleures ton fils; tu ne le rappelleras point à la vie, crains plutôt qu'il ne t'arrive un autre malheur.
Le vers 55 1 est marqué d'un signe critique dans l'édition de Venise ; voici comment s'exprime la scholie qui s'y rapporte :
• Achille ne dit point : tu ne rappeilertu pas ton fils à la vie, à mouu
• que tu ne souffres le malheur, mais tu souffrirais le malheur pluiét que m de le rendre à la vie. » Malgré cette explication , le sens n'est pas très-clair. On avait aussi remarqué que la préposition irtpt était sous-entendue au vers précédent (3). Knight les retranche tous les deux dans son édition ; il pense que les deux vers qui terminent ce discours ne renferment qu'une froide réflexion de commentateur, plus injurieuse que consolante (4).
[▼. 554 — S.j Ne tarde pas à me le rendre, et que mes
(i) T. IV, p. i48, »• partie, (a) P. i364, 1. 36.
(3) Schol. Ven. in Iliad. m', 55o.
(4) Knight, Not. in Oiad. m'» SSo-i.
39a OBSERVATIONS
yeux puissent enfin le revoir. Toi, cependant, reçois les dons que je t'apporte. Puisses-tu en jouir, et retourner dans ta patrie, ô toi qui mas permis de vivre et de voir encore la lumière du soleil.
Selon le acholiaste de Venise, il faut finir le discours de Priam au vers 555 : ou 9k ^i|git dhvotva, toi^ eepaalant, reçois les présents, parce que les vers suivants conviennent mal à Priam , et que la réponse d'Achille ne s'y rapporte pas. Aristarque était du même avis (i). Quoique le scholiaste ne parle que des deux vers 556*7, il est clair que le vers 558, qui n'est que la fin de la phrase, doit être aussi retranché; et c'est visiblement à ce vers que se rapporte une schoiie laissée par erreur au vers précédent, où il est dit que ce vers n'existait pas anciennement (2). Voilà sans doute aussi pourquoi ce vers n'était point compris dans le retranchement; s'il eût existé dans tous les anciens manuscrits , on l'aurait cité. Plusieurs critiques même pensaient que c'était ce seul v. 558 qui devait être supprimé; mais alors, au lieud'laoaç avec l'esprit doux, ils écrivaient laiooc avec l'esprit rude, et le sens était : « toi qui m'as favorisé. • Didyme et Hermappias étaient de cette opinion. Sidonius écrivait : sirtt lu ir^ûr* {kénaaç , « toi qui le premier as pris pitié de moi. • Enfin un autre critique , nommé Tryphon , laissait subsister louoc avec l'esprit doux, en supposant qu'Achille irrité interrompait Priam , et ne lui laissait pas terminer sa phrase ; dans ce cas , il
faudrait traduire : « toi qui le premier m'as permb Ne m'ir*
« rite pas, ô vieillard! interrompt Achille, en le regardant avec « fureur (3). » Wolf semble avoir préféré cette leçon, puisqu'il écrit faoac avec l'esprit doux , et renferme le vers 558 entre deux parenthèses; mais alors il devait indiquer que le sens était suspendu. Le manuscrit de Banks porte les vers 556-7, mab le vers 558 est en marge (4). Knight retranche aussi le vers 558 , mais il remanie tout ce passage d'une manière entièrement arbitraire; et, dans son ardeur de correction, il ne s'est pas aperçu qu'il avait
(i) Sch. Ten. in lUsd. «»', 556-7 et SB'],
(a) Toici le texte de cette schoiie : oLxqç 6 «nx^ 0^ iCipéftn h rû ir«- XatM.
(3) Sch. Ven. iniliad. tt',557.
(4) Voy. les Observ. sw le v. i34 de ce chant.
SUR LE CHANT XXIV. SgS
échapper un vers de sept pieds (i). Pour moi, je crois que les vers 556-7 doivent rester, et qu'il ne faut supprimer que le vers 558; dans ce cas, l'opinion deTryphon est celle qui me parait la plus vraisemblable.
[v. 584 — 6.] De peur que ce vieillard ne puisse contenir sa colère dans son cœur attristé, en voyant son fils, et qu'Achille ^ transporté de fureur, ne Fimmole, au mépris des ordres de Jupiter.
Le texte porte x^^ov eux ipuoacro. Ici le verbe 2puso6at , qui signifie trainer, n'est pas le mot propre. La scholie A de l'édition de Venise dit que dans quelques éditions on lisait xotov cù xartpuxoi, puis elle ajoute : dEfutvov ^t ypJ^i d'où Heyne conclut que la véritable leçon pourrait bien être ifÙMn où xaTcpuxot (a). Hérodien proposait ^ocv au lieu de x^*^^^» parce que Ke sentiment du regret convient mieux ici que celui de la colère (3). Toutes ces critiques prouvent que ce vers avait été singulièrement remanié. Knight le retranche , ainsi que les deux suivants , qu'il regarde comme le travail de quelque rhapsode, qui a voulu à toute force expliquer ce que le poète a judicieusement passé sous silence.
[v. 59a — 5.] O Patrocle, ne t'indigne point contre moi, si tu apprends , quoique dans le séjour de Pluton , que j*ai rendu le divin Hector à son père ; car il m*a donné des présents qui ne sont pas sans prix; je t'en consacrerai une partie, ainsi qu'il convient de le faire.
Les deux derqiers vers de ce discours d'Achille à Patrocle
(i) Toici le ôngolier texte de Knight, que je tradois avec Torthogniphe ordinaire :
diXXà Tocxtorft
Xi6aoy, Tv* 6fOaXf4ol9i Xiiù * oi» ^i tmv^* dhrovato, xdci IXOoic
onv <c ir«Tpi^a ')fatav, itni (U irp&rov laaflic ! La ven commençanK par Xu«ov est heptamètre. (9) ObM. in Iliad. XXIV, 584.
(3) 8ch. Ven. B in Iliad. m', 584.
394 OBSERVATIOMS
doivent être retranchés , parce que ce n*est point à cause des présents qu'il reçoit, mais à cause des ordres de Jupiter qu'Achille délivre le cadavre d'Hector ; et ensuite comment peut-on faire des présents à un mort (i)? Heyne dit que ces deux vers sont encore plus indignes du poète que du héros (s). Knight les supprime aussi. Dans ce cas, voici quel est le sens: « O Patrocle! ne t'in- « digne pas si tu apprends, quoique dans les enfers, que j'ai dé- « livré le divin Hector. »
[y. 6i4-] Maintenant, parmi les rochers et les monts déserts deSipyle, où sont placées, dit-on, les grottes des nymphes qui conduisent les danses sur les rivages de l'Achéloûs, la malheureuse Niobé, quoique changée en pierre, ressent encore les maux qui lui vinrent des dieux.
Selon le scholiaste de Venise , Aristophane retranchait ces quatre vers , parce qu'il est ridicule qu'Achille engage Priam à manger en lui disant que Niobé fut changée en pierre , et qu'elle éprouve encore les douleurs que lui envoyèrent les dieux (3). Le même scholiaste remarque au v. 6i6 l'expression ippMoavro, conduUùieni les chœurs; car le verbe ^«wuf&i n'a jamais un tel sens dans Homère. Il remarque encore la triple répétition de la préposition iv en deux vers : i^ i7STpv)«tv . . . ^v cdpsotv... iv XiiruXu; ce qui est au moins une négligence ; enfin , il fait observer que ces vers ont un caractère hésiodéen; jugement que Heyne trouve infiniment juste (4). Je le trouve aussi ; mais peut'^tre eût-il été plus exact de dire qu'ils portaient le caractère des vers de la Théogonie (5). J'ajoute avec Knight que les métamorphoses des héros après leur mort n'appartiennent point à la mythologie homérique (6). Voici
(i) Sch. Teo. m', 594-95* (a) H«yn. Obts. in eotd. ven.
(3) Sch. Ven. ««',6x4-5,6, 7.
(4) Heyn., Observ. in eoid. ven.
(5) V07. les Observ. sur le vers 370 dn cinqwème chant de TUiade.
(6) Cf. Knight, Net. in Uiad. ca', 608*17. Toyex anssi les Observ. sor
SUR LE CHANT XXIV. SgS
comment s*ex|Krime une autre icholie de réditioo de Veniae : « ces « quatre vers doivent être suj^imés ; car comment une pierre il peut-elle prendre de la nourriture , et comment éprouve-t-elle « de la douleur (z)? •
Knight supprime en outre dans son édition les six vers préoé» dents y qu'il prétend être d'une interpolation plus ancienne; il n'en apporte aucune raison. Dans ce cas , il faut s'arrêter à ces mots de la traduction : « car leur mère avait osé s'égaler à la belle La- « tone. »
Aulu-Gelle fait obserrer que les poètes qui ont parié de Niobé diffèrent beaucoup entre eus sur le nombre de ses enfants; ainsi, Homère lui donne six filles et six garçons, Euripide sept, Sapho neuf, Bachylide et Pindare dix , et ei^n d'autres ne lui donnent que trois enfants (2).
Ovide a supposé qu'après la métamorphose de Niobé le marbre même répandait encore des pleurs :
et lacrymas etiamoum marmora maosot (3).
Quintus Calaber a dit aussi : « C'est là que les dieux changèrent m Niobé en pierre, du haut de laquelle coulent des larmes abondantes (4). » Dacier, dans ses notes sur Horace, dit que cetu métamorphose de Niobé parait prise de la femme de Loài^ qui fut changée en statue de sel (5). C'est très-possible , toute conjecture est permise.
[y. 629 — 3a.] Priam admire Achille, ce guerrier si grand et si fort ; il semblait être un dieu. Achille admire aussi le descendant de Dardanus, il contemple les traits augustes de Priam, et prête l'oreille à ses discours.
La scène, décrite ici par Homère, est sul)]ime ; quoi de plus tou-
lei T. 611 du premier, 58 du septième, 397 du doouème chant de 1*1liade, etc.
(i) Sch. Yen. id. id. B.
(a) Noct. Attic., 1. XX, c. 7 .
(3) Meum. YI, Sis.
(4) Homeri Panlip. I, a 9a seqq.
(5) T.IY, p. i8t. Parii, 1709.
chsnt et toat à la fois de plus Trai que cette admiration mutuelle d'Achille et de Prîam, et cet étomiement mêlé de respect qu'ik éprouvent à la vue l'un de l'autre? Quel profond sujet de réflexions ! d'un côté, Achille, ce jeune héros qui déjà remplissait le monde du bruit de sa valeur et de ses terribles exploits ; de l'autre, Priam , ce vieux monarque de l'Asie, naguère si puissant encore, et maintenant au comble de la misère , qui vient en suppliant porter la rançon du cadavre de son fils ; tout cela est admirable sans doute. Il semble que Tite-Live se soit rappelé ce passage quand il parie de l'entrevue de Sdpion et d'Annibal : « paulisper alter alterius con- « spectu, admiratione mutuâ prope attoniti, contlcuere (i). • Biais qu'il y a loin de cette simple réflexion à la belle peinture d'Homère ! croirait-on que madame Dacier n'y découvre que l'artifice du poète pour relever la bonne mine d^AchiUe (a)? Et c'est là ce qu'on appelle sentir les beautés d'Homère ? Tavoue que je ne l'ai pas compris de même.
[y. 640.] En me roulant sur la poussière dans l'enceinte de mes cours.
Knight supprime ce ven 3 40, uniquement par la raison que le mot x^'p'^^C I<i> parait suspect (3). Il fait la même observation sur le ven 744 du onzième chant, où l'on retrouve la même expression (4). On désirerait quelques explications à ce sujet. Toutefois, il faut convenir que le sens est très-bon en supprimant ce ven; dans ce cas, voici la suite des idées : « Je n'ai point encore fermé « les paupières depuis le jour où , sous tes coups , mon fik a perdu « la vie ; mais je soupirais sans cesse , et nourrissais mille dou- « leurs. Aujourd'hui seulement j'ai pris quelque nourriture , et le « vin a mouillé mon gosier. » Voyez en passant comment Racine exprime les idées rendues si naturellement par Homère :
Les ombres par trois fois oDt obscurci les cieux Depuis que le sommeil n'est entré dins vos yeux ;
(i) Tit.Uv.,XXX, S3o.
(a) Trad. de Tlliad., t. HI, p. 608, éd. de Rigand, 171 1.
(3) KnighK,Not.inniad.M', 640.
(4) Knight, NoK. inniad.V, 766-84.
Et le jour • trois foit dMiaé la nuit obscure Depun que votre corps languit sans nourriture (i).
Quelle magnificence de paroles, même dans la bouche d'une suivante ! Comparez ces vers k ceux d'Homère :
oi -^i^ TPtt {Ai6oav Joos {nrb ^Xsf âpoiacv i(MÎ9tv.
wv ^iQ xal otTov iraoofiviv, xai atftoira olvov
XauxavtiK xotAtox (a).
Cest un tout autre système de poésie. De tels exemples justifient 'pleinement ce que j'ai dit plus haut sur l'impossibilité de traduire Homère en vers (3).
[▼. 664'] Nous pleurerons donc neuf jours dans mon palais.
Pendant ces neuf jours consacrés à la douleur, on allait couper le bois, on préparait le bûcher, comme il est dit un peu plus loin (4), et l'on disposait tout pour la cérémonie funèbre. Le même usage se pratiqua dans la suite chez les Romains ; c'est pour cela qu'ils appelaient les jeux consacrés aux sépultures nosfemdiales UuUÇS), Horace a dit dans le même sens noi^emdiales pttiveret (6), pour exprimer des cendres qui venaient de recevoir la sépulture.
[v. 69a — 3.] Lorsqu*ils atteignent le rivage du Xanthe sinueux, fleuve engendré par Jupiter.
Wolf renferme le vers 698 entre deux parenthèses, parce qu'il ne se trouve point dans l'édition de Venise. Ce vers n'est point essentiel au sens, mais il ne lui nuit pas; il ne se trouve pas non
(1) Phèdre, set. i, se. 3.
(a) Iliad. m', 63? et 641-9.
(3) V07. les Observ. sur le v. 4S6 de ce chant. Voy. aussi les Observ. sor le V. 340 dn neavième chant de rniade.
(4) irn^iAf fUv Tot '^% i-ftviov Joirtrov uXviv (Y. 784); « pendant neuf joon ilsrsssemblèrent le bois dn hÀcher. »
(5) a. Servi! Not. in JEn. Y, 64.
(6) Horst., l.T, Od« 17, v. 48.
|»liu dans le manuscrit sur papyrus de M. Banks (i). Knight le laisse subsister dans son édition. En le supprimant, il faut traduire : « Lorsqu'ils atteignent le rivage du fleuve au large cours. >
[v. 695.] C'était le moment où l'Aurore étendait son voile de pourpre sur la terre.
KpoxoimrXoç signifie proprement im voile de safran , image inusitée dans notre langue. J'ai rendu cet adjectif par voUe de pourpre^ parce que je crois qu'Homère entendait ici la plante du cartkamef ou safran bâtard, originaire d'Egypte , et dont la fleur est d'un beau rouge (a). Cest pourquoi Virgile lui donne l'épithète de rubens. En parlant des abeilles , il dît :
pasGuntur el arbota paasim,
Et glaucas salices, casiamque, crocumque ruAentem (3).
Le même poète» imitant Homère, donne à Titbon un lit de safran :
TitboDÎ croceum linqucDS Aurora oublie (4).
J'ai déjà eu l'occasion de faire observer que la fable de Titbon et de l'Aurore devait être postérieure aux temps homériques (5).
[v. 720 — I.] On l'entoure de chanteurs, qui répètent les hymnes funèbres, et soupirent des accents lamen» tables.
Le vers 721 est écrit différemment dans l'édition de Venise : au lieu de Opiivttv i(apxouç, on lit Opiivcuc i(fltpxou<r'» c'est-à-dire que le verbe est substitué au substantif. Ce vers est marqué d'un signe critique dans l'édition, mais la scholie qui s'y rapporte ne parle pas de cette variante, et même elle écrit encore ce vers d'une autre manière : Opmcuc i^px^^t ce que Heyne regarde comme une monstruosité (6). Au reste, les grammairiens et les critiques se sont
(i) Yoy. la Obaerv. sur le v. i34 de oe chant.
(a) Voy. le Dîct. d^Hist. nat publié ptr Déterville, au mot Carthame,
(3) Georg.rV, 18a.
(4) iEn. IV, 585.
(5) Voyez les Obas. snr le vers i du onzième diant de l'Iliade.
(6) Heyn. Obss. in Iliad. XXIV, 721.
fort exercés sur ce passage, et je rentoie à HeyDe pour les détails. Je me contenterai de dire qne ce célèbre critique pense que le vers 721 a été interpolé par quelque rhapsode, ou plutôt qu'il est «é de quelque glose écrite en marge; après àoi^cùc du v. 720 , un scholiaste aura ajouté Opiivttv i^apx^uc , ceux qui sont à la tête des chœurs fuMrtSt et dans la suite on aura pensé que c'était le commence^ ment d'un vers, qu'un autre interprète aura terminédeson mieux (i). Cette conjecture, adoptée par Knight, est d'autant plus probable que, si l'on retranche le v. 731, toutes les difficultés disparaissent , et le sens est beaucoup meilleur.
[t. 753.] Et de la sauvage Lemnos.
On peut consulter Heyne sur les diverses explications données à l'épithète àf&ixOoXoiovav (a). Je me borne à dire que ce mot est dérivé de l'a privatif et du verbe p.î«]fw<i6A^ '^ mêlert avoir des relations. Quelques-uns pensent que cette épithète est donnée à Lemnos parce qu'elle était d'un abord difficile , d'autres parce que ses habitants étaient encore dans la barbarie (3). C'est en suivant cette dernière interprétation que j'ai rendu Aiip.vcv àynx'^akigçaa^ par la sauvage Lemnos, Au huitième chant de V Odyssée , les habitants de cette lie reçoivent l'épitKete d'à'fpioçttvcu;, à la voix de sauvages (4)-
[v. 765.] Voici la vingtième année que je vins en ces lieux, que j'ai quitté ma patrie.
Heyne fait les observations suivantes sur le vers 766 : « Ce vers ■ est marqué d'un signe critique dans l'édition de Venise , mais la « scholie manque , ce que je regrette ; car, entre tous les autres , ce • passage-ci est certainement l'ouvrage d'un rhapsode qui a accom- « mode les temps sur les fables des tragiques et des poètes cy-
(z) Heyn., Obss. I. c.
(a) Obu. iniliad. XXIV, 753.
(3) Cf. Brev. Sch. in niad. u', 753.
(4) Cf. Od. 9', 394. Knight sapprime le passage où le tronve ce ven de l'Odyssée, de même qne font ce pasmge-ei, comme nous le verrons dans les Obeerv. suivantes.
4oo OBSERVATIONS
m cliques (i). » H est certain qu'en admettant ces vers, il faut supposer que les Grecs ont consacré dix ans aux préparatifs de la guerre; il est bien peu probable qu'ils aient mis un si grand nombre d'années à rassembler leurs armées. Que d'événements peuvent survenir durant l'espace de dix ans ! que de chances qui dérangent les projets les mieux concertés , surtout quand on songe à ce qu'était alors la Grèce, soumise à une foule de petits souverains indépendants! Est-il croyable qu'ik aient tous, pendant si long-temps , persisté dans leurs résolutions ? D'ailleurs , on doit réfléchir que le véritable motif de cette guerre était de venger l'affront de Ménélas, et que plus on s'éloignait du moment où Hélène fut enlevée , plus le désir de la vengeance devait s'éteindre; de sorte qu'au bout de dix ans à peine si l'on devait s'en ressouvenir.
Au reste, Heyne non -seulement regarde ces deux vers comme une interpolation, mais aussi les trois discours d'Andromaqne, d'Hécube et d'Hélène, qui lui semblent imités du vingt-deuxième chant (a). Il trouve aussi que ces vers ont un caractère qui tient plus à la nature de la tragédie qu'à celle de l'épopée ; telles sont en efTet les plaintes d'Antigone dans les Phéniciennes d'Euripide (3). Enfin, il fait observer que dans les vers 73$, 729, 78 r, 734» 736, on rencontre des taches et des expressions inusitées. Toutefois , il ne nie point que tout ce passage n'appartienne à une haute antiquité (4). Knight partage l'opinion de Heyne , non par les mêmes raisons, mais parce que au v. 734 le mot stflXi6«iv n'est que de trois syllabes , et aussi parce que ces vers sont froids , languissants , sans liaison , et qu'enfin ils nuisent à l'ensemble de la narration (5). En supprimant ces 55 vers, voici quelle serait la suite du récit : « Ils font entendre ces chants lugubres, et les femmes y « répondent par de tristes gémissements. Cependant le vieux Priam, ■ élevant la voix , prononce ces mots. »
(i) Heyn. Obst. in Uiad. XXIY, 765.
(a) V. 439, «eqq.
(3) V. 1493, seqq.
(4) Heyn. Obu. in Hiad. XXIV, 715.
(5) Knight, Net. in Uiad. «*', 793-76.
SUR LE CHANT XXIV. 4oi
[t. 789 — 92.] L« peuple entoure le bûcher de Tillustre Hector; et là, nusemblét en foule^ tous les Troyens éteignent d*abord dans les flots d'un vin noir tout ce que la flamme du b&cher avait atteint.
Voici le texte du vers 790 :
Hot à mot : ■ après qaMIs furent réunis et qu'ils eurent formé reasanfalée. > Ce vers est omis dans l'édition de Venise, et Wolf le ranferme avec raison entre deux parenthèses. Il a été évidem- OMBt tiré du premier chant, où il est à sa place (i) , pour être tranaparlé ici, oà ooB*seulement il est inutile, mais où il nuit au sens. En le supprimant, voici quelle serait la suite de la phrase : • Le peuple entoure le bûoher de l'ilhistre Hector; et là, rassem- « blés en feule , tous les Troyens éteignent d*abord dans les flots « d'un vin noir tout ce que la flamme du bûcher avait atteint. » Ce vers ne ae trouve point dans l'édition de Florence; ce sont les Aides qid Pont introduit dans le texte sur la foi de quelques maunaorits. Observons enfin que ce vers n'existe pas dans le manuscrit sur pepjnms de M. Banks (s).
[v. 804.] Ainsi les Troyens célébrèrent les funérailles
du beniqueux Hector.
IUoif;ht termine ses notes sur ViUade par les observations suivantes : « Il doit paraître étonnant à ceux qui nous apportent et « nous raoQBunandent si positivement des inscriptions qui auraient « précédé les temps homériques et ceux de la guerre de Troie (3) , « que dans les funérailles de Pàtrocle et d'Hector, traitées avec « tant de soins , tant de détails et de magnificence , que parmi les « nombreuses cérémonies consacrées à apaiser leurs âmes , et tous
■ les monuments destinés à conserver leur mémoire à la postérité ,
■ il n'y ait pas un seul passage qui nous dise que les noms et les « actions de ceux qui sont morts, ou les vœux de leurs parents, ont « été inscrits sur des pierres sépulcrales , ni même qui fasse al-
(i) Iliid. a',57.
(a) Voy^les Observ. sar le v. i34 de ce chant.
(3) Ceci a rapport aax inscriptions de Fourmont.
4oa OBSERV. SUR LE CH. XXIV.
« liuion k cet usage. Cétaît pourtant en pareille circonstance qu'on « aurait naturellement employé ces sortes d'inscriptions , si elles « n'eussent pas été totalement ignorées (i). » Cette objection contre l'écriture à l'époque des premiers chants homériques me parait être d'un grand poids. En effet, l'écriture lapidaire n'est-elle pas le meilleur moyen de protéger la mémoire de ceux qui nous furent chers, au lieu de placer sur leur tombe un instrument pour désigner quelle fut leur occupation ou leur emploi, comme fait Ulysse dans Yodjrsseef qui place une rame sur le tombeau d'Elpénor (a). D'un autre côté, si l'on veut qu'un tel usage ait existé du temps d'Homère, comment admettre que le poète, historien si fidèle dans les moindres détails, n'en ait pas dit un mot? Cette observation n'est point échappée à Wolf , qui dit dans ses Prolégomènes : • Il « n'existe dans Homère aucun vestige de l'art d'écrire , aucun în-
« dice des plus légers commencements de la véritable écriture
" aucun mot , ni de iipresy ni Récriture , ni de lecture ^ ni de lettres. « Dans tant de milliers de vers, il n'y a rien qui ait rapport à la « lecture; tout se rapporte à l'audition. Aucun pacte, aucun traité, « si ce n'est devant témoins; aucune tradition des choses anciennes, « si ce n'est par la mémoire, la renommée ou d'autres monuments « non écrits .... aucun titre sur les cippes ni sur les tombeaux « dont il est parlé de temps en temps; aucune sorte d'inscription,
• aucune médaille , aucune monnaie , aucun usage de l'écriture , « soit dans les affaires domestiques , soit dans les relations so-
• ciales (3). » Voilà, ce me semble, une réponse assez satisfaisante à l'observation de Clavier , qui pense que le silence d'Hom.ère ne prouve rien contre l'écriture à cette époque , si l'on n'établit pas qu'il ait eu l'occasion d'en parler (4).
(1) Knight, Not. ulK. in Iliad. «*'.
(a) Od. (&', i5.
(3) Proleg. în Hom., p. lxxzvxu-ix.
(4) Hist. des prem. temps de la Grèce, t. III, p. 5, a* édit. Consoliez les Observ. sur le vers 175 da septième cb. de TUiade, dans leqoel il est question d^ane circonstance où Tusage de récritnre était indispensable, si elle avait été connue. ,
DBS