IL
(4) Je dis entre deux brèves , iitr dans la prosodie grecque an mot pent finir par one longue ou une dipiitbongne , et le mot suivant com. mencer par une voyelle sans qu*îl y ait hiatns ; parce que la diphthongue on la longoe est composée de deux voyelles brèves, dont la dernière B*élide y et dans ce cas la voyelle qui reste devient brève. Exemple : "nn è* i^à» u cû X6au. (Iliad. a', ag. ) Vom^a est bref, parce qn*étant composé réellement de deox omicrom , on sapprime le second, et Ton prononce TViv ^ i'^fî'sj cù XuoM. De même pour la diphthongue : ii xai ovsipsiroXov. (Iliad. a', 63.) Kù est bref, parce qu'on élide la seconde voyelle , comme au second vers de Tlliade , on Télision est exprimée par Tapostrophe \m^'C Àx>iouc , (Aupia Axaiouç. Cette suppression de la
ni même le nj paragogique, c'est-à-dire sans une lettre euphQnique uniquement ajoutée pour sauver l'hiatus; tel est notre f dans cette phrase, a-t^U dit; et l'on remarquait que ces sortes d'hiatus avaient toujours lieu devant les mêmes mots, comme par exemple devant le mot d^va(, que Denys d'Halicamasse dit avoir été prononcé anciennement avec le digamma (i) ; de sorte que les partisans de cette lettre se sont encore crus autorisés à l'admettre dans ce cas pour sauver cette faute contre l'harmonie. Ainsi , au lieu de Àt^u^yk Tt dlva^ (9), ils ont écrit Àrpii^r^ ri Fscva^, et de même toutes les fois que se rencontrait la même irrégularité. Maintenant , si l'on applique ce que nous venons de dire au vers qui fait le sujet de cette note, puisque ànvi^^roly donne FovoiS, scvctootiv, régner, donnera Favâoociv, à l'aoriste tFflévaootv, et l'on devra lire :
a&roc ^i H^T* xpaTtwv iFocvaovtv.
Ce qui substitue le vers hexamètre au vers spondafque, en rétablissant le dactyle à la pénultième mesure.
Mais , dira-t-on , comment supposer qu'Homère , poète ionien , ait employé constamment la prononciation d'une lettre particulière au dialecte éolique? Heyne répond à cela que la prononciation du digamma appartenait dans l'origine au langage commun des Grecs , et que si dans la suite la lettre qui représentait ce son a cté nommée le digamma éolique , c'est parce que les Éoliens sont ceux qui l'ont conservé le plus long-temps dans leur prononciation (3). Le même critique fait encore obseiver à ce sujet que
dernière voyelle détroit l'hiatiui. C'est par anc loi analogue qne, dans notre langue , lorsqu'on mot se termine par oo e moet , qooîqoe cet e mnet 8*élide, la voyelle qoi le précède ne forme point on hiatos avec la voyelle initiale do root soivant, comme dans ce vers de Boileao :
Ten sais uae chérie et da monde et de Dieu. (Sat. X, v. 5 16.)
Daos le latin on troove des exemples analogues k ceox qoe présente ooe voyelle longue considérée comme deux brèves. Virgile a dit : 09 Corydon OsjAlexi (Ecd. a, 65), qooiqoe Yo soit loog. Voie valeu inquit (Eccl. III, 79), qooiqoe la dernière de vale soît longoe. De même Pelioxj Qtsa (Georg. I, 98 z), et lUo\j alto (£0. Y, a6i), qooiqoe To de Pelio et d*77fo soient longs.
(.'{) Heyn. Excors. II. in Iliad. t', t. VU, p. 7i3 scq.
Denys d'HaliGamasse, en parlant du Mgamma^ ne dit pas qu'il appartint aux Éoliens seulement, mais à tous les anciens Grecs (i); principe qu'on peut appliquer non-seulement au digamma , mais à ce prétendu mélange de dialectes qu'on trouve dans Homère: c'était le langage commun de son temps, et ce ne fut que plus tard qu'eut lieu la distinction des dialectes.
Tels sont à peu près et sommairement les motifs qui ont déterminé plusieurs critiques à supposer que le digamma existait originairement dans les poésies d'Homère. Cette doctrine a pris naissance en Angleterre, et c'est aussi le pays où elle compte le plus de partisans. A leur tête il faut placer Richard Bentley, nom d'un g;rand poids , critique d'une admirable sagacité , et véritable auteur de la découverte (a). Après lui vient Dawès, qui, dans ses Miscellanées, a traité ce sujet avec détails (3); ensuite Upton et Salter, qui tous deux ont donné des spécimen d'une édition d'Homère avec le digamma (4). Il faut compter aussi Taylor et Forster, cités par Burgess dans sa préface des Miscellanées de Dawès (5), et enfin Paine Knighty qui a mis en pratique ce que ses prédécesseurs n'avaient encore qu'établi en théorie, et qui, en i8ao, a publié V Iliade et VOdyssée^ non-seulement avec le digamma , mais avec une orthographe particulière, qu'il suppose avoir été dans le principe celle d'Homère. Jusqu'à lui on s'était contenté de donner des spécimen de ces sortes d'archaïsmes ; Rnight est le premier qui en ait fait une application générale aux deux poèmes d'Homère (6). Parmi
(i) Ant. Rom., 1. c.
(a) Cf. Heyn. éd., t. III, p. xcixi seqq. et t. YII, p. 731, not.
(3) Qaoiqae Dawès prétende qne cette lettre doive s'appeler vau^ et avoir la foime do w anglais, il doit compter aux premiers rangs des partisans dn digamma, car la question n'est pas de savoir quel son on quelle forme avait cette lettre , mais de savoir si elle a existé on non dans les vers d'Homère ; or tonte la section lY des Miscellanées est consacrée à le prouver. (P. 175, ej. éd.)
(4) Dawerii Miscdl., p. 34a et 357 ej. éd.
(5) p. 336, ej. éd.
(6) Voici le texte de cette édition qui expliqoe suffisamment les intentions de Tantenr : Carmina Homerica^ ilias et Odjruea, a Rkapsodo" rwH interpolationitus repurgata, et in pristinamformtun, qttatenus reçuperanda etset , tam e veterum monamentontm fide et aucton'tate, ^Mtam ex antifui termonis indole ae rattone, redacta.
les Allemands y Heyne s*est déclaré en faveur du digamma; cette autorité est respectable, parce que Heyne joignait à un grand savoir des idées fines et un esprit trè^-juste ; au bas de son texte , où il suit l'orthographe ordinaire , il a ajouté les mots avec le <£* gamma (i). Dans le courant de ses observations , il en consacre plusieurs à expliquer ses idées sur le digamma; toutefois il ne traite la question à fond que dans les dissertations II, III et IV, qui sont à la suite des observations sur le XIX* chant de V Iliade (i). Wolf , qui a porté dans l'étude d'Homère des pensées si ingénieuses et si profondes , qui a envisagé ses poésies sous un point de vue si piquant, n'a rien dit du digamma; ce qui ferait supposer qu'il n'adopte point les idées nouvelles à cet égard. Mais une preuve plus forte , <!'est que dans son édition il ne donne pas les leçons reçues par les partisans du digamma; ainsi il a laissé subsister Eupuodvioç dlvoxTo; (3), qui pèche contre le digamma, au lieu d'admettre EùputfO^oç àcX6c«v , comme Heyne et Knight. Si au premier chant il écrit, conformément aux partisans du digamma, ikauto^tAa. â^axxtL [Foivoucra], au lieu de l'ancienne leçon, tXaoopkiO' avxxra (4) , et au neuvième chant : Â^o ^t ttini [ Ftiin) ] , au lieu de oEXXo ^i paCii (5) des anciennes éditions, c'est sans doute parce qu'il s'y est cru autorisé par l'édition de Venise, dont il adopte le texte assez volontiers. Quant à nos érudits français, quoiqu'ils n'aient pas eu Toocasion de s'expliquer, il est permis de croire qu'ils ne partegent pas à ce sujet les opinions des critiques de l'Angleterre (6). Au milieu de ces autorités , je ne me hasarderai point à donner une décision, quoique je sois frappé, j'en conviens, des raisons qu'apportent les partisans du digamma et des nombreux exemples sur lesquels ils s'appuient^ toutefois je ferai observer aussi que l'emploi du digamma devait être fort arbitraire , puisque Priscien dit, à l'endroit déjà cité, que le digamma est pris tantôt comme consonne simple, ce qui est le cas le plus ordinaire, tantôt comme consonne double, et tantôt comme non avenu : F digamma apttd
(i) Hom. Carm. Gur. Heyn. 1802.
(a) T. VII, p. 708 seqq., ej. cd.
(3) Uiad. 0', 639.
(4) lliad. a', 444-
(5) lliad. t', 3x3.
(6) Depais la rédaction de cette note, M. BoiuoDade, dans sa préface de \ Iliade, s'est montré fort opposé k la doctrine da digamma.
^oUs est, quando in metris pro nihilo aecipiebant (i). Il faut avouer que ce devait être un son bien miraculeux que celui qui tour à tour était consonne simple , consonne double ou voyelle à volonté; et que celte lettre Protée ofTrè un merveilleux secours pour prévoir tous les cas. Le fait est que, malgré Tadoption du digamma , on ne résout pas toutes les difficultés , et que Knight luimême a laissé quelques passages qui blessent son système (a); tant il est difficile de rétablir la véritable orthographe d'Homère sur de simples conjectures , et dans la privation absolue de tout monument écrit. Certainement il n*y aura point de système qui ne présente des objections , parce que dans ces premiers âges de la poésie , où la langue était à peine formée, où les lois de son orthographe n'étaient point encore assujetties a Técriture qui les rend plus invariables , il devait y avoir une foule d'anomalies qui ne s'expliquaient que par l'usage, plus fort que le raisonnement et même que l'analogie; parce qu'enfin lorsque, sous Pisistrate, on transcrivit pour la première fois les poésies d'Homère, la prononciation avait déjà subi des altérations notables qu'il est impossible de déterminer précisément aujourd'hui.
Ces dernières observations démontrent aussi combien il serait téméraire de vouloir rien affirmer sur la prononciation du digamma, et de chercher à se faire une idée juste d'un son qui n'existe plus. Cependant, s'il est permis de hasarder quelques conjectures, je dirai que le digamma devait tenir de la prononciation du v consonne, et de Vu voyelle des Latins, qui se prononçait ou, Quintilien dit qu'on avait conservé la prononciation de la lettre éolique dans les mots cerviis et seivus (3). D'un autre côté Denys d'Halicaroasse, à l'endroit déjà cité, dit que la ville de Vélie, qui tirait son nom de iXoç (marais), était appelée OuélU (OùtXia), parce que, dit-il, les anciens Grecs avaient coutume de mettre cette syllabe ou devant la plupart des moto qui commencent par une voyelle (4) ; de
(i) Prise.,], c.
(a) Ainsi il a laÎMe sahsister : xpijpovu Fitiriç (Iliad. «', 106) jtpc- Womçu Fàv*^ (Iliad. 0', 453); cependant la dernière syllabe de xpiipov et la dernière de xpOTiorriç devraient être loogaes en adoptant le digamma. Cf. Ilî«d. e', 8i3 ; V,ai4, etc.
(3) Qniuct., lib. XII, c. 10.
(4) Antiq. Roni.,l. c.
8o OBSERVATIONS
sorte qu'après avoir réuni ce que diseot ces deux auteurs, si Ton fait attention que dans nos provinces méridionales , il n*est pas rare qu'on prononce le monosyllabe oui en faisant légèrement sentir le v (voui), peut-être aura-t-on un son approchant du digamma. Dawès, dont j*ai déjà parlé souvent dans cette note, veut qu'il s'écrive et se prononce comme le w anglais (i). Je ne crois pas que cette forme du double w ait jamais été connue de l'antiquité ; cette lettre est toute du nord , et la découverte me semble plus bizarre que juste. Quant à la prononciation , elle rentre à peu près dans celle que j'ai indiquée. D'ailleurs , en fait de prononciation des langues anciennes, chacun peut se donner carrière ; sur ce point les critiques ont le même privilège que les peintres et les poètes :
Quid libet audendi aempek- fuit asqua potestas (a).
[v. 219.] Animés d une ardeur égale.
On a coutume de comparer ces mots : Iva 6i>(a^ Ixovn; , ayant une seule ardeur , à ceux-ci de Virgile :
His amor unus erat (3).
Ce parallèle ne peut porter que sur la tournure de la phrase et non sur le sens. Virgile parle d'un sentiment réciproque^ Homère d'un mène courage^ d'une ardeur égale, Oupibc, comme je l'ai déjà dit (4) , s'entend d'un mouvement impétueux de l'âme, la coUre, la wJeur, etc., mais jamais il n'est pris dans Homère pour exprimer l'affection.
[v. 225 — 7.] C'est là qi^'est déposée une large coupe, dans laquelle nul autre qu'Achille, parmi les hommes, ne puisa le vin, et qui, pour les libations des dieux , ne servit qu'à celle du grand Jupiter.
Voici ce que rapporte Athénée à l'occasion de ce passage : « Âs-
(1) Mîfoellan. crit.,$ 4, p. ii3, éd. 1781. (a) Horat. Art. Poet., v. 10.
(3) JEn. IX, xSs.
(4) Voyez les Obscir. au le v. 395 da troisième, et 447 du sixième chant de lUiade.
« clépiade de Hyriée s'exprime ainsi : il me semble que cette coupe « (^tmc) devait avoir la foime d'un large èatsm (çtoXw^tç) (i), parcse « qu'on s'en servut dans les libations, comme le dit Homère en « parlant de la coupe dans laquelle Achille faisait des libations au « seul Jupiter. On l'appelait ^tfiroç , parce qu'on la donnait à tous « (^î^orai irôot) , c'est4-dire à tous ceux qui faisaient des libatioqs
• et à tous ceux qui buvaient; eu bien parce qu'elle avait doue
• faces (^«1 &irflt^)y ce qui doit s'entendre des deux anses {èina
• Ara (a). •
A la fin du v. 227, Aristarque écrivait tx\ \k^ Ait iroirpt, au lieu de ÔTt \i.^ A. ff.; voyez les Observations de Heyne sur cette leçon d'Aristarque (3).
[ y. aa8. ] Le héros ... la purifie d*abord avec le
soufre.
Le soufre était souvent employé par les anciens comme moyen de purification. Au XXII* chant de V Odyssée^ Ulysse, après le meurtre des prétendants, dit à la vieille Euryclée d'apporter le soufre pour purifier la maison (4)- Il en était même résulté le verbe <MtM» (5), purifier a»ec le soufre. On trouve un exemple de ce genre dans ie livre de Job : « Les compagnons de celui qui n'est plus ha- « biteront dans sa maison, et on y répandra le soufre (6). » Pline l'ancien dit que , dans plusieurs religions , l'usage était de purifier les maisons avec des fumigations de soufre (7). Je crois que
(l) Je tTsdnis ce mot par ayant la forme d'un large Bassin , car le même Athénée dit qne le vase nommé çtoXv) n'était pas mie coape , mais VDe espèce de grand vase d^airain qui avait la forme d*nn bassin : e6 To «etiQf tov Xl^i, éùiXk xahtMW rt ixir^ToXov Xtënrû^K (Deipn. XI , 5oi, A). Le scholtaste de Venise, U. 4*'% >70, explique anaai le mot 9101X11, en disant où irap* i^tv irorinpiov, àXXàitvoç ti XtSirro^ txiriToXov (Cf. Eus!., 1398, 36). H. Estienne aurait dû donner cette explication an mot çioXy).
(«) Athen. Ddpn., 1. XI, p. 783, éd. Gasanb., tom. Y, pag. 3x9 , éd. Sdiweigh.
(3) Cf. Heyn. Obaa. in Diad. XYl, 227.
(4) Od.x'»4Bx et 493.
(5) nnd. 482.
(6) Job., HK XVin-i5.
(7} Lib. XXXY, c. 5o, éd. Miller. iS^ed. vnlg.
8a OBSERVATIONS
cette propriété attribuée au aoufre eU venue fde Todeur que laisse après elle la foudre lorsqu'elle est tombée. Homère faî< souveftt mention de cette odeur sulfureuse que répand la foudre (i). Ccst aussi de là peut^tre que le soufre a tiré son nom de Ittev , ioniquement 6tiiov, divin^ Théocrite, imitant Homère» a dit :
xoftapM ^ï irupcMATt ^ttfiA luu» (a).
« Parfumez la maison avec le soufre purificateur. •
[▼. a33^40 Puissant Jupiter, dit-il , Jupiter Dodonien, Pélasgique, toi qui habites au loin et qui régis la froide Dodone; toi, autour duquel demeurent les Selles...
Dodone était située au nord de la Thessalie , et Jupiter est appelé ici Pélasgique^ parce qu'anciennement la Thessalie se nommait PéUugie (3). Les StUes dont il est parlé au vers a34 n'étaient point des prêtres qui desservissent un temple , mais de véritables pro^ pkètes ou mterprètes y {rKw^%\ (4) , qui prédisaient l'aTenir ou eipliquaient la volonté du dieu, soit par l'agitation des branches, soit par le bruit que faisait le vent dans le chêne consacré à Jupiter , comme le prouve le passage de Vodystée, où Ulysse, inconnu à £umée , dit en parlant de lui-même : « Il m'a dit qu'Ulysse était « allé à Dodone pour apprendre du chêne à la haute chevelure les « volontés de Jupiter (5). • Déjà du temps d'Homère il existait des hommes qui se consacraient à expliquer l'avenir; tel était Calchas , qu'on attacha spécialement à la grande expédition de la guerre de Troie (6). Gavier pense que le nom de Selles ^ donné à ces prophètes, est venu de iXXa, siège, d'où les Latins ont fait teUa (car souvent l'esprit rude a été remplacé par le sigma) (7) , parce que sans doute au pied du chêne on mettait un siège sur lequel s'asseyait le prophète; et c'est peut-être de là que sont venus les tré-
(i) Cf. niad. 6', i35 ; (S 4x5 ; Od. \k\ 417 ; (', 307.
(a) Id. a4, v. 94.
(3) Br«T. Sch. Iliad. V, 333.
(4) Cf. Etym* nuig' et Esych. ad v. Oiro^Toii.
(5) Od. Ç', 317.
(6) Voyex les obit. sar le t. 68 do premier chant de Tlliade.
(7) Hist. dea Oracles, p. 16.
piecb des oncles. Celui de Dodone a été fort célèbre dans Tantîquité ; mais tout ce qu'on en a raconté par la snite doit être postérieur aux temps homériques.
[▼. aSy.] Si tu m'as honoré en accablant de maux le peuple des Grecs.
Ce vers, qui se trouve bien mieux placé dans la bouche du grandprêtre Chrysèsy au premier chant de \ Iliade, était supprimé ici par Zénodote et par Aristophanes. Les anciens critiques observent en outre que jamais le poète n'a présenté Achille comme faisant des prières pour le malheur des Grecs; c'est aux prières de Thétis, et non à celles d'Achille, que Jupiter accorde la vengeance du héros (i). Knight croit aussi qu'il a été à tort transporté du premier chant dans cet endroit-ci. La cause de cette interpolation vient du rapport qui existe entre les deux passages ; ou peut-être aussi parce que quelque critique aura voulu rep rter la pensée sor la colère d'Achille.
[v. a49 — 5o.] Jupiter lentendit , mais il n'exauça qu'une partie de ses yœux; l'autre, il refusa de l'accomplir.
Virgile rend ainsi la même pensée :
Audiity et voti Phœbus auccedere partem
Mente dédit ; partem volucres dispenit in auras (a).
Dans le poète latin toujours les périphrases remplacent l'expression simple.
[v. aSg — 6i.J Semblables à des abeilles qui placèrent* leur demeure sur les bords d'une route , et que sans cesse des enfants ont coutume d'irriter.
Voici le mot à mot de ces trois vers : « Ils se répandirent aussi- « tôt , semblables à des abeilles , sur les bords d'un chemin , les- « quelles des enfants ont coutume d'irriter, en agaçant toujours « celles qui ont leur demeure sur la route. » Cette répétition a fait
(i) Sch.Ve&.inlliad.ir', a36 eta37.
r«) £o.XI, 794.
penser à quelques critiques anciens que 1« vers 961 était interpolé (i). Emesti, après avoir dît combien cette tautologie l'avait toujours blessé, et avoir rapporté une scbolie manuscrite, qui s'exprime à peu près dans les mêmes termes que la scholie de Venise, ajoute qu'Eustathe, au contraire, y trouvait une sorte d'élégance et de grâce (1) ; tant, dit-il, Usgoûu sont divers! ita varii sensus hominum (3). Cette maxime est surtout applicable, quand il s'agit d'Homère et de tous les jugements qui ont été portés sur ses ouvrages. On regarde aussi comme un motif d'interpolation le mot xtpTO(xîovTtc de ce vers a6i , parce que xtprofi^M signifie irriter par des paroles , et non par des actions (4) ; il répond à notre mot picoter^ pris au figuré. Je crois, malgré l'autorité d*Eustatbe, que ce vers doit être supprimé. Knight ne l'a point admis dans son édition.
[v. 171— a.] Oui, pour honorer le fils de Pelée, le plus illustre parmi les Grecs , montrons-nous ses vaillants compagnons.
Le vers 97a était retranché par Séleucus, selon une scholie inédite que cite Bamès (5). Heyne s'étonne que les scholies de Venise n'en disent rien. Ce même critique observe que ces roots : épçtJi\uLXfi\ ôtpsnpovTK» ^ serviteurs qui combattent de près, ne se rapportent à rien (6). Emesti et Knight approuvent ce retranchement ; il doit avoir lieu de même au XVII* chant , où ce vers se trouve encore répété (7). La cause de l'interpolation tient peut-être à ce que quelque rhapsode aura cru nécessaire d'ajouter un substantif au superlatif âpivroc, qui cependant est souvent pris dans Homère d'une manière absolue (8). Alors la phrase doit se traduire de cette manière : «Ainsi nous honorerons le fils de Pelée, héros illustre. - Ce qui est préférable.
(i) Scfa. Yen. ic', a6i.
(s) Enst., p. io5g, 1. 10 seqq.
(3) Cf. Ernest, éd. ad h. a6i, Ozon. 181 4.
(4) Cf. Iliad. ^, 6; t', 419; u', aoa; Od. 6', i53; V, 3s6; V, 87; 9', 349. Voy. aussi le Dict. deFAcad. au mot picoter, •
(5) Ed. Barn. ad v. 972.
(6) He7n.Obss.inn.XVI,a7a.
(7) Cf. Iliad. p', i65.
(8) Cf. niad. a', 91 ; €*, 8a, 58o, 761 ; Ct 7, etc.
[v. 1187 — 8.] Le fer atteint Pyrechme, qui conduisit les belliqueux Péoniens de la ville d'Amydone , située près du large fleuve Axius.
Déjà il a été fait mention de ces peuples et de leur chef Pyrechme dans le catalogue (i). Les Péoniens habitaient le nord de la Macédoine , et y par conséquent» ils étaient fort éloignés d'Ilion ; voilà pourquoi il est dit à l'endroit cité, que Pyrechme les amena de loin, %«7i mXoOtv. Selon Hérodote, les Péoniens étaient une colonie de Troie (a). L' Axius traverse tonte la Macédoine du nord au midi; il prend sa source au pied du mont Sardua sur les contins de la Dalmatie , et se jette dans la mer au golfe Therméen , aujourd'hui le golfe de Thessalonique. Au XXI* chant c'est Astéropée qui est chef des Péoniens (3).
[v. 328.] Ils étaient fils d'Amisodare, qui nourrissait l'invincible Chimère.
Homère a déjà donné la description de la Chimère (4). Selon Hésiode, elle fut enfantée par Echidne et Typhon (5); et ici elle est élevée par Amisodare. Les petites scholies disent que ce héros était un roi de Carie qui donna sa fille à Bellérophon (6). Eustathe dit la même chose (7). Cette tradition est opposée à celle d'Homère, puisqu'il est dit au VI* chant, que Bellérophon épousa la fille du roi de Lycie (8). Plutarque, dans sou Trmté de la vertu des femmes^ dit qu' Amisodare était de la ville de Zélée, colonie des Lyciens, et que ces peuples le nommaient Isara (9). Knight supprime ici quatre vers (3 26-9); dans ce cas, après ces mots: Ses yeiix sont couverts des ombres de la mort; il faut passer immédiatement à ceux-ci : Ajax^ fils d*Oilée.
(i) IL, 6', 848-
(9) Herod., 1. V, $ i3.
(3) Voy. les Obaerv. sur le v. 140 du vingt-nDÎènie de niiade.
(4) 'Voyes les Obas. sur le ▼. 179 du sixième chant de rillade.
(5) Theog., v. 301-319.
(6) Brev. Sch. ic', 398.
(7) Enst., p. 1069,1. 57.
(8) Cr.Iliad.C, 199.
(9) T. VII, p. 18, ed.Reisk.
[t. 35a.] Teb des loups cruels tombent sur de £aiibles agneaux ou de jeunes chèvres.
Les petites scholies rendent le verbe Mxp^^^ P^^ F'-'^* f^ giv^ov, iù se précipitèrent apec violemce(i), XpoEc», joint à une préposition, entraine toujours l'idée d'un acte violent. Cest en ce sens qu'Hérodote a dit, de Cléomène, quand il rencontrait un Spartiate ; Mx^om iç xh irpdoMirov xh oxitirrpov, U lui donnait m coup de sceptre par la figure (a).
Homère donne ailleurs au lion l'épithète donnée ici aux loups; il dit, Xîv «ivtnv (3), comme dans ce passage Xuxot mvTfti: l'adjectif cni«£r est trop vague; cette expression emporte l'idée de ravage, de déHUtaAon^ de rapine. Virgile l'a bien rendu , en disant:
iode , lupi ceu
Haptores atra in nebula (4).
[t. 36i.] ... observe le sifflement des flèches et le bruit des traits.
Denys d'Halicarnasse cite ce vers, comme un exemple remarquable d'harmonie imitative; puis il ajoute:- Dans tout ce qui «concerne l'emploi et même l'invention des mots imitatifs, la na- •* ture est notre premier maître. C'est elle qui, en excitant les fa- « cultes imitatives de notre esprit y nous apprend à composer les « mots qui doivent peindre les objets mêmes dont nous parlons (5).- Aristote, dans sa Poétique, exprime à peu près les mêmes idées: «L'imitation, dit-il, est naturelle à l'homme et se manifeste dès -son enfance; c'est en cela qu'il difTère des autres animaux; il est « même tellement imitateur, que c'est par l'imitation qu'il reçoit « ses premiers enseignements : par elle toutes choses lui plaisent , «et les arts nous en fournissent une preuve; car des objets, que « nous ne verrions qu'avec honneur, comme des bêtes hideuses , ou
(i) Brev. Sch. Uûd. ir', 35a.
(a) Uerod., l. VI, § 75.
(3) Iliad.V, 480-1.
(4) JEu. II, 355.
(5) De Comp. verb., 5 i^i P- ^94» c^- Schsfer.
cadavres, nods aimons à les considérer dans un tableau (i).* On trouve dans ce fiassage d'Aristote la source des beaux vers dp Boilcau :
Il n*est point de serpent ni de monstre odieux Qni par l'art imité ne puisse plaire aux yeux. D*on pinceau délicat Tartifioe agréable Do plus affreux objet fail un objet aimable (a).
[y. 38o — I.] Cependant, désireux d'aller en ayant, ib ont franchi le fossé , les immortels coursiers de Patrocle , présent superbe que les dieux firent à Pelée.
Le vers 38 1 ne se trouve point dans l'édition de Venise; Wolf Ta renfermé entre deux parenthèses : ce vers porte tous les caractères de l'interpolation. En le supprimant , voici quel est le sens de la phrase: «Cependant les coursiers rapides franchissent le • fossé. » Knight ne l'admet pas non plus dans son édition.
[y. 419-] Sarpëdon , yoyant ses soldats, dont les tu* niques n'ont point de ceintures.
J'ai traduit l'adjectif «iait^oxituv par dont les tuniques n'ont point de ceintures, en suivant l'interprétation d'Athénée (3). Ce composé est un dérivé de l'a privatif, de prpa, ceinture, et de xt'f^^» tunique. Cependant, Ëustathe en donne une autre explication ; selon lui, a n'est point privatif, mais est là pour apA ; et il ajoute que x^tùv est ici synonyme de 6ûpa(, cuirasse; de sorte qu'il faudrait entendre que les soldats de Sarpédon étaient revétiu d'une cuirasse attachée par une ceinture (4). Je préfère l'interprétation d'Athénée. On peut supposer, en effet, que les Lydiens , commandés par Sarpédon , marchaient à la guerre , vêtus de longues tuniques à la manière des Orientaux. Hérodote remarque combien l'habillement des Perses était incommode à la guerre , et même pour exprimer qu'ils
(f) De Arte Poeu, o. 4 vcl 5, t. Y, p. aoo, ed Bip.
(2) Art poétique, eh. QI, t. i et sniv.
(3) Yoîci ses propres paroles : ôptupoc roùç dtÇûoTOuc àfAiTpoxiTàvaç xaXiî. Lîb. XU, p. 5a3, D.
(4) Pag. 1168,1. Il et aeqq.
ne portaient point d'armes défensives, il emploie le mot yt^vntîç , nttSf et l'oppose à éirXtrai, pesammati aimer (i). Observons en outre que dans Homère xitmv signifie toujours une tunique^ et jamais une cuirasse , à moins que ce mot ne soit pris dans une acception métaphorique.
^ii^tv ^i ce xtTwva
XoXxsov (a).
« 11 lui perce sa tunique d'airain, au lieu de dire sa cuirasse • J'ai déjà fait cette observation sur le sens de xiTitv (3).
[y. 43 1 — a.] A cette vue , le fils de Saturne, ému de pitié, dit à Junon , sa sœur et son épouse.
Zénodote supprimait tout cet entretien de Jupiter et de Junon (4); il observait que Junon devait être dans l'Olympe, où elle est allée au commencement du chant précédent (5), que Jupiter était resté sur llda (6) , et que par conséquent ces deux divinités ne pouvaient pas discourir epsemble. Le scholiaste de Venise répond à cela , que le poète passait beaucoup de choses sous silence, laissant au lecteur le soin d'y suppléer (7).
Les critiques modernes admettent l'interpolation par des raisons plus graves (8) ; ils disent que cet entretien est tout-à-fait hors de saison , qu'il coupe le fil de la narration , et qu'il existe d'autres entretiens de ce genre , où l'interpolation est manifeste comme celui du XVni" chant, quand Achille reparait dans les combats (9) , et celui du XXIF, lorsqu'Hector va périr sous les coups d'Achille (10).