‹ Observations sur l'Iliade d'Homère (volume 2)Chapitre 9 sur 31 · I02 OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

I02 OBSERVATIONS

[y. 4o — 1«] Mais allons, que le combat ne soh pas

plus long-temps différé ; il ne sera exempt ni de force

ni de terreur.

Knight retranche cts deuk demien vers àa dkeours d'Euphorbe; il les attribue à une main moderne , et blÂme aussi Tadjectif àJ^croc (i). Il est vrai que ce mot ne se trouve que cette seule fois dans Homère. Cependant cette raison ne me semble pas suffisante pour autoriser la suppression.

«MVPA'WVM»»

[v. 47-] ^ frappe à la gorge Euphorbe qui reculait.

Mot à mot : « Il frappe le bas de la gorf^e de celui qui recule.» 11 faut remarquer ici que le mot oto|u%oç ne si^fie pas Vettomac,, mais la gorge, le gosier; et toujours dans Homère il a le même sens (9). Le grand étymologiste dit aussi qu'iV signifie le gosier, mt- {latnt f dtpvf-fa : il fait dériver ce mot de <n6^xL, bouche, et de x^^^t couler, parce que c'est le gosier par où passent les boissons et les aKments (3). Homère prenait ce mot dans son acception primitive. Virgile a employé le mot siomachus dans le même sens :

. . . . stomacboque infixa (îtala oomus) sub altum Peclus abit (4).

Servius, à l'occasion de ce mot stomacho, dit qu'il est pris dans Tacreption grecque.

[y. g8 — g,] Lorsqu'un guerrier veut , malgré les dieux , combattre celui qui en est honoré, bientôt un grand malheur vient fondre sur lui.

Après ces vers Bamès a cru devoir ajouter celui-ci :

• Car Jupiter s'indignait contre celui qui combattait un plus vaillant guerrier. » C'est ce même vers que, sur le témoignage d'Ans-

(i) Knight, Not. in lUad. p', 4o-i.

(a) Cf. U. Y, iQïjT', a66.

(3) Ad V. crroftaxoç.

(4) Mb. IX, 699.

SUR LE CHANT XVII. io3

tote I de Platarqiie et de Denys d'Halicamagiie, Wolf place après le ▼. 54* du onzième chant (i). Je ne sais trop par quel motif Bamès le transporte ici ; il ne cite aucune autorité. Eustathe ni les petites adiolies n*en font aucune mention.

[¥• i39 — ^40 Aj^ s'arrête près du fib de Mépétius et le oouvre de son large bouclier. Tel un lion autour de ses petits, quand surviennent des chasseurs, etc.

Selon le scholiaste de Venise, les vers i33 , i34 et i35 étaient retraDchés par Zénodote, et aussi dans l'édition deCfaio (i). Cette suppression n*eat pas axpUcable; car, en Fadmettant , la phrase ne serait pas terminée, puisqu'elle finirait à un participe, im(X^«c, qui exige nécessairement un verhe après lui pour compléter le sens. Ce qui suivrait ne serait pas mieux , puisque le t. i36 est le milieu d'une phrase qui ne se rapporte à rien. Enfin le vers 137, oè se trouTe le terme de la comparaison, tei Jjax, serait sans objet, puisqu'on aurait retranché ce qui fait le sujet de la comparaison. Le motif de ce retranchement est le mot Xim^ an masculin pour Xtftcva, Sonne i mais la même schoUe de Venise observe fort bien que k distinction de Xim et de Xiaiv» n'était point connue du temps d'Homère , et qu'il se sert de Xi«iv pour le mâle et la femelle. Cest ainsi que 6 U^ai n'a point de féminin en grec, non plus qu'en français, et que 4 «flcp^aXtc, la panthère, n'a point de masculin dans fe9 deux langues ; de sorte que le retranchement proposé par Zé- Bodote et adhaik dans l'édition de Chio , noBpseulement n'est pas motivé, mais je ne le crois pas même possible. Aucun éditeur moderne n'adopte cette critique de Zénodote.

Disons toutefois que si, par quelque motif que j'ignore, ce passage a paru suspect aux anciens critiques, H serait plus vraisem« blable de dire que le retranchement doit porter sur les ▼ers i34*S et 6. Alors le sens serait : « Ajax s'arrête près du fils de Ménétius

• et le couvre de son large bouclier. Tel qu'un lion autour de ses

• petits, tel marche Ajax autour du guerrier Patrocle. »

(i) Voyex IcA Oba*. «urle v. 543 du Xi* chaut de l'Iliadt:. (9) Sch. Ven.f', i33.

io4 OBSERVATIONS

[v. 143.] Songe maintenant comment du défendras la ville et la citadelle.

Ce vers et les cinq sfiiwts sont supprimés par KnighL II croit qu'ils sont tirés d'autres endroits, en partie de l'invention des rhapsodes. Ces raisons sont trop vagues. Celle tirée d'5itirttc par deux ir n'est pas fondée , puisque souvent Knight a supprimé un des deux ir quand il était ay^uté pour la mesure (ij. Les autres raisons philologiques ne me paraissent pas mieux fondées (a) , et les vers doivent rester.

[v. 164 — 5.] Car il a péri le compagnon de cet homme qu'on dit le plus vaillant des Argiens^ et avec lui sont tombés ses soldats les pkis braves.

Knight supprime ces deux vers : il n'en apporte d'autre raison, si ce n'est qu'ib sont passés de la marge dans le texte. Une asseï^ tion sans preuve ne suffit pas pour autoriser un retranchement. Il faut dire la même chose sur les v. 17a et 190, qui ne sont pas non plus admis par Euaight (3).

[v. 196 — 7.] Celui-ci les donna dans sa vieillesse à son fils ; mais son fils n*a point vieilli sous les armes de son père.

Knight supprime le vers 197. U blâme avec raison le participe pipàc; et, sous le rapport du goût, je n'approuve pas l'opposition que présentent les mots «pipàç et ovx cfiipa; c'est un peu de l'esprit de scholiaste. Ce vers me semble donc être une glose qui s'est glissée dans le texte. Mais Knight va plus loin 3 il supprime les la vers suivants, qui ont rapport à Jupiter et au discours que prononce cette divinité. U observe qu'au vers 207 le mot irctviî n'a point le sens de rançon, quoique Homère lui donne toujours cette acception (4). Cette réflexion est fondée ; cependant il faut ob-

(1) Cf. II. a', 344 ; i'> 681, Knight cdit. (a) Knight, Mot. iniliad. p', 143-9.

(3) Vid. Knight, Not. in lUad. p', i64-5, 17a et 190.

(4) Knight, Not. in Iliad. p', 197-209.

SUR LE CHANT XVII. io5

server c|iie, si on supprime ce qui est relatif à Jupiter, le verbe ^fkon du vers aïo est sans nominatif. Je ne serais pas éloigné de croire que ce discours de Jupiter jeté incidemment au milieu du récit ne soit l'ouvrage des diasquepastes (i); et il est possible que ce soit la nécessité de donner un nominatif au verbe ^pf&oot, qui ait été la cause de l'interpolation.

[v. 194*] n revêt (Hector) les armes divines d'Achille.

Ueyne, Wolf et Boissonade ont adopté la leçon de l'édition de Venise Ttux>A ^^*v — auparavant tous les autres éditeurs ont écrit Tiuyy f JUve. — Cest à ce passage que Virgile fait allusion dans ces vers si connus et si touchants du second livre de l'Enéide :

quantum mutatas ab illo

Uectore, qui redit çxuvias ludutus Achillis (a).

[▼. 243.] Un nuage de guerre nous enveloppe de toutes parts; c'est Hector.

Plus littéralement encore : « Puisque le nuage de la guerre en-

• veloppe tout; Hector. » Homère a dit vt^oç iri^uv, une nuée de femtauins, et cette image est très-naturelle (3) ; mais dire d'un seul homme qu'il est le nuage de la guerre a paru hardi. Voici ce que dit à ce sujet le scholîaste de Venise : « Il faut entendre qu'Hectoi^

• comme le nuage de la guerre , enveloppe toutes choses ; ou « qu'Hector , en poussant le nuage de la guerre, c'est-à-dire , la « foule , nous enveloppe de toutes parts (4)> > Les petites scholies disent aussi : « Il faut entendre qu'Hector nous couvre de toutes « parts, comme le nuage de la guerre (5). > Virgile est moins hardi

(i) Voyes les Observations lur le vers 395 dn troisième chant de l'Iliade.

{%) JEn. II, 274.

(3) Voyei les obss. sur le v. 274 du IV' chant de miade. ,

(4) Sch. Ven. p', a43.

(5) Brev. Sch. Iliad. p', a43.

qu*Hoflière 9 en appUqoaot eetle«xpnMÎoii an gnuid iMMibre de tnûts qui couvrent Énée :

aie obnitns undHive talit

JEùmÊ, nubtm èM, diim dâtaatif oauMB

6Qstiiiet(T).

Heyne cite aussi Pindare qui a dit : f^vMi vsfû^ (%% le mmagt de la mon ; mais dans ce dernier exemple ne doit-on pas entendre que les yeux sont obscurcis par les ombres de la mort? Cest ainsi qu*Homère a dit :

6avècroo ^ï i&Aov v^çoc d|AifMaXii4itv (3).

« n népand autour de hii le sombre nuage de la mort. •

Au reste, Knigbt supprime le vers a 44» et, je crois, ayec raison. Alors rîmage n'a rien de forcé : « le nuage de la guerre nous en- « veloppe de toutes parts. » Heyne avait déjà soupçonné ce vers d'interpolation (4).

[y. a6o— 1«] Mais quel homme pourrait rappeler tous les noms de ces héros qui rallumèrent l'ardeur des batailles,

Zénodote supprimait ces deux vers : « Cependant» dit le acho- « liaste de Venise , la forme înterrogative n*est pas ici simplement « dans le but de faire une question, mais cette figure est employée « pour donner une plus grande idée de la gloire de Patrocle dans « les combats (5). » Heyne qui soupçonnait ces vers d'interpolation, même avant d'avoir vu les scbolies de Venise, regrette qu'elles ne nous aient pas appris si ce retranchement appartenait au jugement seul des critiques , ou s'il avait pour lui l'autorité de quelque ancien manuscrit. Les motifs qui avaient engagé Heyne à adopter ces vers comme interpolés, c'est d'abord le mot fitTcfstoftt qu'il trouve fort mal placé au vers s6i ; ensuite parce que le vers a6o pèche contre le digamma oùv^puiT' Ftîicoi (6) ; et enfin parce que ce même

(i) JBn. X.,So8.

(a) Nem. IX, 90.

(3) niâd. Tfy 35o.

(4) Cf. Heyn. Ofatt. tn Iliad. XVII, a 43.

(5) Schol. Ven. p', 260.

(6) Voyez les ObMrv. lar le ▼. 172 du XVr chant de TlUade.

ven 1160 est écrit <le plnuevra manières diffiérentes» aeloa les maniucrîts (i). Kiiight retranche aussi ces deux vers.

[t. a63.] Lorsqu'à l'embouchure d'un fleuve né de Jupiter.

Eustathe a développé fort au long rharmonie imitative de ces trois vers ; il a hii remarqfoer Tononatopée des mots icpoxofn — 0i6f«Xjiv , PeoiMiv,» 4pt«70(iiyiK » qui tous imitent très-bien le fracas des vagues (a). Denys d'Halicamasse cite aussi le vers s6S, comme exprimant avec beaucoup de vérité le mugissement du rivage battu par les Bots (3). Aristote a remarqué que l'eiTet serait entièrement détruit, si au lieu de Htd^tç Poomom, le poète avait mis iSïoYt< xf éECoMtv (4). Ceùt été substituer l'imitation du craquement à celle dn ntgUteiiÊeni,

On raconte que Platon , ou» selon d'autres, Solon , ayant voulu essayer de lutter avec Homère pour rendre cette même image , trouva son imitation si inférieure, qu'il bréla le malheureux essai (S), en invoquant Vulcain (6).

[▼• 370.] Ce dieu UTait toujoturs chéri Patrode.

Remarquez dans le texte la force de la négation : cù^i Mivotrioîhtn fci^i^if « il ne haïssait point le fils de Ménédus (7). » Knight supprime les trois vers suivants, et, je crois, avec raison ; les mots mîpoc 'ft suffisent au sens, et les mots ^moc iw du v. 171 me semblent une superfétation inutile ; Knight observe en outre que le verbe ^taità , qui se trouve au vers 273, est étranger à la manière homérique (8).

(i) HeyiL. Obas. in H., XVII, s6o.

(9) Enst., p. iio5 et 1x06.

(3) D« Comp. verb., $ XY, p. 186, éd. Sduefer.

(4) De Afte poet., c. zzux, t. V, p. a6o et s6i, Bip.

(5) Eost^ p. 1106, L 36.

(6) Voy. 1m obierv. rar le v. 39a do XY lU* chant de rUiadc.

(7) Yoyex les obss. lur le ▼. 33o da 1*' chant de Tlliade.

(8) Knight, not. in Iliad. p', 371 -3.

io8 OBSERVATIONS

[▼• 2196.] Car il est frappé par une énorme piqne et par un bras vigoureux.

Ce vers est retranché par Knight U le regarde comme une explication inutile de ce. qui précède. Le motif de la suppression n'est pas peut<-étre suffisant.

[v. 3a3 — 5.] Ce dieu prend les traits du hëmut Périphas, fils d'Épyte, héraut qui avait vieilli auprès de son vieux père.

Il faut remarquer cette expression : irapà irarpt fi^vm fn^oMu^ « il avait vieiili près de son vieux père. » Homère ne veut point faire ici un simple jeu de mots, comme au v. 197, mais témoiipier que le fils était déjà vieux, quoique le père vécût encore. U ajoute qu'il avait toujours exercé la profession de héraut» »«puaot»v ; j'ai été obligé de répéter le root hêraia dans ma traduction , pour exprimer le participe xupuovttv, parce que nous n'avons pas de verbe qui corresponde à ce substantif. Si l'on en voulait forger un par analogie , il faudrait dire héralditer. « U avait veilli en kéraUUant. » Tel est le sens littéral des expressions d'Homère. Les fonctions de héraut consistaient à servir de messager dans toutes les occasions publiques, et à faire l'office d'échanson dans les sacrifices, ainsi que l'observe Athénée (i), qui cite en preuve deux passages du trobième chant de l'Iliade (a).

[v. 348.] U frappe le fils d'Hippase, Apisaon, pasteur des peuples.

Il existe entre ce vers et deux autres vers de l'Iliade des analogies singulières qui méritent d'être remarquées. On lit au onzième chant de l'Iliade.

jmX PflÉXc ^ouatflt^ Àmaaova, iroifitva Xouav (3).

> et il frappe le fils de Phausias Apisaon, pasteur des peuples. » Il

(x) Ath. Ddp.y lib. X, c. 7, p. 4a 5, D. (a) Cf. n., y, a45— 8 et a68— 9.

(3) nisd. X\ 578.

n'y a , comme on voit» que le nom d*iinsam^ changé en celui de ^mtméhf*» Il faut donc de toute nécessité, pour sauver la contradiction f admettre deux guerriers nommés Apîsaon ; l'un, fils de Pkatuias^ dont il est parlé au onzième chant, et qui combattait pour les Troyens; Tautre, fils d'Hippasê^ dont il est question ici, et qui combattait dans l'armée des Grecs. Il est vrai que quelques manuscrits portent, au vers de ce chant-ci, AmjHuion au lieu ÔlA' fisaon (i) ; mais ce changement ne résout pas toutes les difficultés. Poursuivons : on lit an treizième chant de l'Iliade :

• mais il frappe le fils d'Hippase Hypsénor, pasteur des peuples. » Ce n'est point le nom patronymique , mais le nom propre qui est changé ; c'est Hy^Unor^ au lieu d^Jpisaon , tous deux sont fils ^Hippate, ~et tous deux combattent pour les Grecs contre les Troyens. J'avoue que ces rapports* de nom, et l'identité parfaite qui règne entre ces trois vers dans des passages et des circonstances tout différents, me semblent présenter des difficultés à éclaircir, si réellement VlUade est un poème dont toutes les parties sont parfaitement liées entre elles. Ce n'est pas tout; comme il y a deux ApiMaon^ il y a aussi deux Hippates^ ayant chacun deux fib qui combattaient les uns pour les Grecs, et les autres pour les Troyens. Les deux Hippasules grecs seraient , comme on vient de le voir, HfpténorelApUaon, ou, si l'on veut, Amphaon, Le premier a été tué par Déiphobe au treizième chant (3) ; le second par Lycomède , au passage même qui nous occupe (4). Les Hippoiïdes troyens sont Charops eiSoeus^ tous les deux tués par Ulysse au onzième chant (5). De plus, il existe deux Hypsénor; celui dont je viens de parler, Grec, fils d'Hippase, et tué par Déiphobe; puis un autre, Hypsénor, fib de Dolopion, prêtre de Scamandre, tué par Eurypyle au cinquième chant de Ylliade (6).

Tai déjà fait remarquer que cette confusion de noms présente

(i) Cf. Barnesii Net. ad lUad. p', 348. (9) Iliad. V, 41X.

(3) Iliad. v', 409 seqq.

(4) niad. p', 348 seqq.

(5) lUad. X', 4a6 et 447 ^qq*

(6) Iliad. s*, 76 leqq.

iio OBSERVATIONS

des objections insolubles à ceux qui parlent suu ome cki beau plan de ViSade (i). Je crains bien que oeC enibouaiaane poor Tcasemble des poèmes d'Homère ne soit un peu factice. Oli se repose a^ec confiance sur rassentiment des siècles passés, on admire an* parole , et pour bien des gens Téloge d'Homère n'eat qu'une chose convenue.

[t. 349O Lycomède le blesse dans le flanc, près du foie.

Ce vers, qui se trouve aux chants onzième (S78) et treizième (41 9) de V Iliade , est mal à propos répété ici « selon Heyne et Knigfat. Heyne observe qu'il gène le mouvement de la syntaxe , et que le relatif de du vers 35o, qui se rapporte à Apisaon 9 suffit pour àb* montrer l'interpolation (1). Cette observation est juste.

^f^^m^^ttmf^^

[v. 366 — 7.] Ainsi ces gaerriers combattaient, semblables à la flamme ; vous auriez dit qu*il n*existait plus de soleil, plus de lune.

Heyne pense que ces vers et les seize suivants doivent être supprimés, qu'au moyen de ce retranchement la narration eat plus facile (3). On trouve dans la suite des observations quelques critiques de détails qui sont ingénieuses (4); cependant je ne les crois pas assez fortes pour supposer l'interpolation. Ces vers renferment de belles peintures qu'on regretterait de voir disparaître. Les anciens critiques n'ont témoigné aucun do a te sur ce passage. Knight, sur les dix-huit vers indiqués par Heyne, se contente de retrancher les sept derniers.

[▼. 376 — 7.] Tout ce qu'il y avait d'hommes vaillants était déchiré par l'airain cruel.

Selon Heyne et Knîght il faut traduire : « ils étaient déchirés

(i) Yoy. les Observ. ior le ven 65S do XIII* et sur le vers 5i5 dn qninsième chant de TlUsde.

(a) Cf. Heyn. Obss. in Iliad. XVII, 349, et Knight, Not. in h. 1.

(3) Voy. ma trad. t. H, p. 173 et 174 tontralin^.

(4) Heyn. Obss. m Hiad. XVH, v. 366-368-375, 377-3Sf .

SUR LE CHANT XVII. tu

« par rainiîa cruel, • et finir \k ralinèa. Ainsi tout ce qui a rapport à Trasymède et à Antiloque est regardé par eux coainie nne in« terpolatlon (i). Aucun ne donne do suffisants motils de ce juge» ment.

[v. 392.] Tous rangés en cercle.

Koight supprime les vers Spa-S, qui terminent ia comparaison. Il blâme Thiatus du vers 399, rt tx|iàc, et pense que le mot tx|tàc luinnéme n'appartient point au langage homérique (s). Ces observations ne sont pas sans foadement: observons toutefois que lorsqu'il est question de décrire des usages, il faut être réservé, et ne pas suf^ioser l'interpolation sans de puissants motifs. Si celle-ci exîsle^ elle doit remonter à une hante antiquité.

[v« 4<4 — S.] Car on combattait loin des vaisseaux et presque sous les mur^ des Troyens.

Selon Zénodote, il faut finir la phrase à ces mots : ioin des vaisseaux^ et retrancher les si vers suivants; c'est-à-dire arriver immédiatement à ces mots de la traduction : les coursiers tT Achille pleurent loin des batailles, Aristarque faisait aussi quelque suppression dans ce passage ; mais la phrase du scholiaste qui se rapporte au jugement d' Aristarque n'est pas claire. Il eût été à désirer qu'on nous eût fait connaître les raisons sur lesquelles se fondaient ces deux critiques (3).

[v. 4^6,] Les coursiers d'Achille pleurent loin des batailles.

Homère revient un peu plus bas sur cette même idée , et fait une très-helle peinture de la douleur qu'éprouvent les chevaux d'Achille. Voici les réflexions de Rollin à ce siiy'et : « Il n'est pas m étonnant que ce poète (Homère), qui anime les choses vaène

(i) Conf. Heyn. Obas., et Knight, Net. in h. loc. (a) Knight, Net. in Oisd. p', 39a-S.

(3) Sch. Ven. in Iliad. p', 404-

lia OBSERVATIONS

m ÙMeiiBibleBy nous représeote les chevaux d'Achille si affligés de « la mort dePatrocle.,11 les peiot, après ce funeste accident, triate- « ment immobiles, la tète penchée vers la terre, laissant traîner

• leurs crins sur la poussière^ et versant des larmes en abondance :

OC^ti lvioxc(â4avTt xap««Tft * ^axpu« 9i açtv Otp(j.à xxrà pXcçapMv xvjtA^ii pu (Avpof&^voiaiv ,

l[tu-fXDç iÇiptiroGoa irapà W^ d{i^oWptt6tv (i).

« La diescriptîon que fait Virgile de la douleur d*un cheval est plus

• <M>urte et n'en est pas moins vive :

Post beUator equus, positis ioaigaibus, fthon

It Iacr}'OMDs, gultisque humectât grandibuf on (a). >•

Si dans cette circonstance Virgile est moins abondant qu*Homère, c'est qu'il est question , non pas de décrire le sentiment même de la douleur, mais d'en peindre les effets. Je ne crois pas que ce soit , comme dit RoUin , parce qu'Homère a quelquefois ûnimé Us choses insensibles qu'il donne ici des larmes aux chevaux d'Achille, mais c'est parce qu'alors on pensait que le cheval, ce noble serviteur de l'homme, éprouvait un chagrin réel de la mort de son maître. Cette opinion existait même encore du temps de Pline, qui dît en parlant des chevaux : amissos lugent dominas ^ lactynuuqne interdum desiderio fundunt (3). Ces mots de Pline, lactjmas desiderio fundimu se rapportent presque littéralement à ceux-ci d'Homère : ^oÉxpua 9i o^iv \i% i^tG'xoto itoAm *

Racine a rendu la même pensée, mais avec moins de hardiesse, quand il dit en parlant des chevaux d'Hippolyte :

L'œil morne maintenant et la tète baissée Semblaient se conformer à sa triste pensée (4).

Cette tournure, semblaient se conformer, ex|Mime un doute ; ce qui rentre davantage dans nos idées modernes.

(i) Iliad. p', 437. J'ai %my\ rédition de Wolf qui présente qaelqaes différences, mais peu importantes, avec celle citée par Rollin.

(a) Cf. Ma. XI, 89; Traité des Étndes, 1. 1, p. 435^6, édidon de Letronne.

(3) lib. Vin, c. 64, éd. BliUero.

(4) Phèd., act. Y, se. 6.

SUR LE CHANT XVII. ii3

[v. 446] Hélas ! de tous les êtres qui respirent et rampent sur la terre , Thomme est sans doute le plus infortuné.

Voilà de ces traits particuliers à Homère : nul mieux que lui n'a rendu l'expression des misères humaines dans toute leur énergie (i). Maintenant c'est Jupiter lui-même qui s'attendrit sur le sort des coursiers d'Achille, et qui les plaint d'être attachés au triste sort de l'humanité; « en parlant ainsi, dit Plutarque, le poète « semble n'accorder à l'homme sur tous les êtres vivants que le « triste privilège du malheur (a). » On trouve souvent dans Homère cette conscience intime de la pénible condition de l'homme sur la terre; et c'est à ce sentiment profond que l'on doit les détails attendrissants de cette scène si pathétique de Priam aux pieds d'Achille. Aussi ce héros, en voyant le puissant monarque de l'Asie réduit à un tel état d'abaissement, s'écrie-t-il avec amertume :

litttiv sxvu(&<vot( (3).

« Les dieux, en filant la destinée îles pauvres mortels, ont voulu « qu'ils vécussent dans la peine. »

La Bible seule peut être comparée à Homère pour l'expression de ces sentiments : ainsi Job dans sa douleur s'écrie :

« L'homme né de la fenune vit très-peu de temps , et il est ras- « sasié de douleur. H ressemble à une fleur qui n'est pas plus tôt ■ éclose qu'on la coupe; il fuit comme l'ombre, et n'a point de sta- « bilité (4). » Que l'on compare ces passages aux vers suivants traduits du poète Théognis : « ce qu'il y a de plus avantageux aux « hommes, c'est de ne point naître et de ne point voir la clarté du « soleil; quand il est né, de descendre aussitôt dans les demeures « de Pluton , et de reposer sous un monceau de terre (5). » C'est substituer les réflexions de l'esprit à la voix du cœur.

(i) yoy. les Obif. sur le vers 146 HnsÎTième dianl de rOiade. (a) AitmiiMt nï coipor. afièctiones sint pej., ad init., t. Vii, p. 94 S» éd. Reiske.

(3) niad. e»\ 5s 5.

(4) JoKXlY, V. I et a.

(5) Tlieog. GnoD., v. 4^5, éd. Gaiif.

ii4 OBSERVATIONS

[y. S]4«] Maû Fayenir repose sur les genoux des dieux.

Cest-à-dire : « ces choses sont en la puissance des dieux, • comme Pexpliquent les petites scholies (i). Le scholiaste de Venise fait dériver cette manière de parler de ce que les suppliants avaient coutume d'embrasser les genoux de ceux qu'ils imploraient (a). Il faut aussi se ressouvenir de ce qui déjà a été dit, que les genoux étaient le signe de la force (3).

Quintus Calaber a presque littéralement copié ce vers d'Homère :

TaSra |Uv diOavsrcftv Jvl pâvootv lonipuTai (4).

« Ces choses sont fixées dans les genoux des immortels. »

[y. 829.] C*est là qu'ensuite le terrible Mars en ralentit la fureur.

Knight trouve que ce vers est répété jusqu'à satiété (5). Ce n'est pas une raison pour le retrancher; on ne réfléchit pas assex que la poésie homérique était chantée, et qu'en musique ces répétitions n'ont pas le même effet qu'à la lecture. Se plaint-on d'un refrain qui revient à certains intervalles réglés (6) ?

[y. 545 — 6.] Minerye, élancée de TOlympe, excite le désir de se distinguer.

Knight supprime avec raison les vers 545 et 546, qui ne font qu'embarrasser la marche de la narration. Ce critique observe avec raison que le vers 546 , parce que ce dieu avait ekange depeiuée, est en contradiction manifeste avec ce qui est dit quelques vers après que Jupiter donne la victoire aux Ttoyent et épowmtoe tes Grèce (v. $97). Knight observe aussi que, selon l'ordre do récit,

(i) Brev. Soh. Ilîad. p', 5i4.

(9) Sch. Yen. C, 273.

(3) Toy. les Obis, sur le vert 176 dn cinquième chant de l'Iliade.

(4) Paralip.,1. YI, 3io.

(5) Knight, Net. in Ilîad. p', 5a 9 (non Sa 5, cmro typograph.)

(6) Yoy. les Obee. rar le ven 195 dn qoatrième chant de TUiede.

SUR LE CHANT XVII. ii5

Jupiter doit être sur Flda et non dans l'Olympe, d'où s'éUmoe Minerve (i). En adoptant cette juste critique^ il faut supprimer dans la traduction les mots : élaiteée de tOfympê^ et terminer la phrase ainsi : et Mmerve exdtmii le détir de se

[t. 575—7.] Parmi les Troyens était un homme riche et Taillant , Podès , fils d'Éétion ; Hector l'honorait entre tous ses concitoyens, parce qu'il était son compagnon et son commensal.

Athénée cite le vers SyS un peu différemment qu'il n'est écrit dans nos éditions (a). Dans le même passage , il prétend que quelques personnes s'appuyaient de ce vers pour prouver qu'Homère est le premier qui ait introduit un parasite , en nommant Podh, le convive ^ le parasite (ttXairtvoarqç) d'Hector. Athénée lyoute qu'il est blessé dans le ventre par Ménélas (3), comme Pandarus fut blessé à la langue pour avoir trahi les serments (4)* Ces arguties n'appartiennent point à Athénée y il ne fait que rapporter les opinions de quelques grammairiens qui mettaient leur esprit à la torture pour trouver dans Homère de bisarres rapprochements (5). Quoique le même auteur dise que dans l'antiquité la fonction de para' sUet fût honorée , et qu'elle n'avait point dans le principe le caractère odieux et bas qu'elle eut ensuite , puisqu'il cite plusieurs autorités pour prouver que c'était une charge publique attachée même aux cérémonies religieuses (6) ; j'observerai pourtant que jamais il n'est question de parasites (ivapoiatToi) dans Homère, ni de leurs fonctions, soit en bonne, soit en mauvaise part Ici liXa- «tvaorik signifie eommensal, ainsi que je l'ai rendu.

[y. 585.] Le dieu, aux traits redoutables, s'avance sous la figure de ce guerrier, et s'écrie.

Ce vers, enfermé entre deux parenthèses par Wolf, ne se trouve

(1) Knightt not. in lUad. p', 545*6.

(9) AtlMO. Deip., Ub. ▼!, c. 8, p. 936, C.

(3) niad. p', 578.

(4) Iliad. 1', 1199.

(5) Voycs les ObsB. rar le ▼. aoa du huitième cbant de l'Iliad.

(6) A th. Deip., 1. c,

ii6 OBSERVATIONS

point dans l'édition de Venise ; ii n'est pas absolmnent nécessaire, parce que trois vers plus haut le poète a déjà dit &to^.. Mtpwrv liroXXttv (i)y ApoUUm excite Hector, Cependant il faut dire q[ue la coutume constante d'Homère est toujours de faire précéder immédiatement les discours de ses héros par un iFers analogue au vers 585 ; c'est une espèce de formule. Knigfat l'a supprimé.

[t. 609 — 10.] et le man({ue de bien peu; il

perce lecuyer de Mërion.

Puisqu'il y a dans le grec : « le manque de peu, • Toû («iv ^* dnro tut6^ ^of TCVy dès-lors il est étonnant que le trait ne se détournant qu'un peu didoménée, aille frapper Técuyer de Mérion; Bentley» pour faire disparaître cette contradiction, écrivait ainsi le vers 610, «bràp tr( t^opitvvioc éicaovflt 6* iqvtoxov Tt, « frappe l'écuyer d'Idomé- «née (a);» cette correction vaut mieux que de retrancher le vers 610 comme le fait Knight.

[y. 645 — 7.] Grand Jupiter, dissipe les ombres qui couvrent les enfants de Danaûs ; rends-nous le jour; donne à nos yeux de revoir la lumière, et même fiiis-nous périr à la clarté des deux , puisque tel est ton désir.

Tout le monde connaît la brillante et vive imitation de Boileau '

Gfand Dieu , chatse la nuit qui dous couvre les yeux, Et oomhats contre nous à la clarté des deux (3).

Cette traduction est plus ingénieuse que juste. Jamais dans les siècles héroïques un guerrier n'aurait demandé a Jupiter de comhattre contre lui. Le traducteur prête à Homère ses propres idées sur la mythologie, tandis que ce que nous appelons des fables était pour Homère et ses héros une véritable croyance. Au reste , Boileau est d'accord en ceci avec les opinions qu'il a émises dans y Art poétique^ puisqu'il ne regarde toutes les divinités de l'antiquité que

Gomme des dieux édos du cerveau des poètes (4).

(i) niad. p', 58a.

(s) Heyn. Obai. in Olad. XYHy 610.

(3) Traité da Snblim., trad. da gxec, c. vn.

(4) Art poétiq., chant ICI, v. 196.

Le paganisme n'aurait pas régné tant de siècles sur la partie du monde la plus instruite et la plus civilisée, si ce n'eût été qu'un jeu de rimagination. Le paganisme était une reh'gion fausse sans doute , mais c'était une religion que la vérité seule pouvait détruire.

[▼• 696.] Sa voix sonore expire.

L'épithète de ttoXtpi^, que j'ai rendue par sonore^ caractérise tout ce qui vient de soi-même avec une certaine abondance et une certaine force. Homère l'applique aux larmes', pour exprimer qu'elles coulent abondamment et sans efforts :

OaXf pàv xarà ^oÉxpu yjiwioa, (i).

• En répandant beaucoup de larmes. > U s'en sert pour exprimer la vigueur de la jeunesse :

ob 9i (Ml ÔoXtp^ irapaxotivic (s).

• Tu es mon époux brillant de jeunesse. • Et au quatrième cbant :

• le jeune et florissant Simoîsius. »

i^cov OoXipôv Xifiotiaiov (3).

Knight supprime à tort les v. 695-6 , uniquement parce qu'ils se trouvent au quatrième cbant de VOdyssée (704-$) (4).

[y. 7^3 — 5.] Il dit: aussitôt Ménélas et Mérion, le saisissant avec force, enlèvent dans leurs bras le corps de Patrocle : derrière eux , les Troyens poussent de grands cris quand ils voient les Grecs emporter ce cadavre.

Rien ne prouve mieux l'importance qu'on attachait , dans les siècles béroîques , à rendre les demiera devoirs aux morts , que ces longs combats livrés pour obtenir le corps de Patrocle. Tout ce cbant est consacré à peindre cette lutte sanglante des deux peuples autour d'un cadavre. H ne s'agit pas ici de prendre un

(i) niad. C'y 49^.

(a) Uiad. V, 43o.

(3) Ilîad. ^, 475.

(4) Knii^t, noi. in Iliad. ^\ 695-6.

îi8 OBSERVATIONS

avantage de position, de défendre la flotte on d*attaqaer les murs de la ville, mais de soustraire un héros mort à Tinfamie d*étre dévoré par les chiens et les vautours. Cette action , si simple en apparence , fournit une matière abondante à plus de 800 vers ; et jamais la féconde imagination du poète n*a déployé plus de richesse , sans que jamais on sente l'effort ou la recherche; tant il est inspiré par cette pensée profonde et religieuse des honneurs dus a la dépouille mortelle d*un héros.

Plusieurs siècles après, les Lacédémoniens firent d'aussi glorieux efforts pour sauver le corps de Léonidas , après la fameuse bataille des Thermopyles: «Les Perses et les Lacédémoniens, dit « Hérodote , livrèrent un grand combat pour le cadavre de Léo- « nidas; mais enfin, à force de courage , les Grecs parvinrent à « l'enlever après avoir repoussé quatre fois les ennemis (i). »

Le même historien dit que les Perses n'attachèrent pas moins de prix à ravoir le corps d'un de leurs généraux, et que, n'ayant pu le ressaisir, ils se livrèrent à un grand deuil, si bien que tous les échos de la Béotie en retentirent : « c*est ainsi 9 ajoute Hé- « rodote, que les Barbares rendirent à leur manière les derniers « honneurs à Masistius (a). •

(i) Herod., l. YII, % aa5.

(s) Herod., lib. IX, $ a4.

SUR LE CH/kNT XVIII. 119

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