IL
(4) II. x', 101.
(5) Traité dm Étades, 1. 1, 433, éd. de M. Letronne.
(6) Traité des Et., 1. c. Mn, TIII, 5y6.
SUR LE CHANT V. aS;
est plus imitatif que celui d'Homère ; d'ailleurs les deux imitations n'ont pas le même but. Le vers latin peint admirablement le galop du cdbeval , on croit Tentendre ; le vers grec exprime plutôt la rapidité de la course.
Pour tacher de rendre ces imitations sensibles par des exemples pris dans notre langue , je dirais que le vers de Virgile cité par Rollin répond à celui-ci de Boiieau :
Le chagrin monte en groupe et galope avec loi (i).
Et le vers d*Homère à celui-ci de Lemierre, qui m*a toujours semblé plein de grâce et de légèreté :
Même quand Toiseau marche on sent qu*il a des ailes (a). On voit bien qu'il n'est ici question que de l'harmonie imitative et non point de la pensée.
[v. 226 — 7.] Prends le fouet et les rênes brillantes,
moi je monterai sur le char pour combattre.
Il est évident, par ce passage, que toujours les chars étaient montés par deux héros. En effet il eût été difficile à un guerrier , malgré son adresse et son courage, de combattre et de diriger les chevaux tout à-la-fois. Homère est toujours le peintre fidèle des mœurs héroïques ; Virgile est bien loin d'une telle exactitude : pour lui , les anciens usages n'étaient que de simples jeux de l'imagination ; il songeait bien moins à faire des portraits ressemblants qu'à composer des tableaux poétiques. Raconter n'était pas son but , il ne voulait que rassembler des images brillantes et justes pour charmer l'esprit de ses lecteurs (3). Ainsi , dans la peinture qu'il fait de Trolle , il le' représente comme étant seul sur son char :
Parte alia fugiens amissis Troïlus armis, Infelix puer, atque impar coogressus Achilli, Fertur equis, curruque haeret resupinus inani, Lora tenons tamen ; huic cervixque comaeque trahuntur Per terram, et veraa pulvis inscribitur hasta (4)>
(i) Épitre y, à Gnilloragaes , t. 44.
(2) Les Fastes, ch. z.
(3) V07. les obss. sur le vers 460 da premier, et sor le ▼. 997 da quatrième chant de Tlliade.
(4) ^n. I, 478 seqq.
Cette inadvertance de Virgile n'a point échappé à Heyne : • Obser- « vez , dit-il , que le poète ici n*est pas fidèle aux mœurs hârotqaesy
• parce que les héros qui combattaient sur un char avaient ton-
• jours un écuyer qui dirigeait les chevaux; tandis que, dans ce « passage , Troîie seul a dû se battre et conduire le char (i). »
Quintus Calaber a été plus fidèle aux usages des siècles héroïques , lorsqu'il peint Déiphobe immolant l'écuyer d'un héros qoi regrette sa- perte (a). Mais il faut remarquer aussi que Quintus Calaber imitait servilement , et qu'à chaque instant on trouve dans son poème plutôt une froide copie qu'une imitation d'Homère (3).
Au vers 227, j'écris iirt€iQ90|&at comme M. Wolf, au lieu d'dU TCo6ii90{Mii , que portent toutes les anciennes éditions. ÀicoSiioojâAt était la le^on d'Âristarque, Jirt6^{Mii celle de Zénodote.
Il faut observer cette tournure , qui se trouve quelquefois dans Homère : ïicirwv tiri6nvaty monter sur les chevaux^ c'est-à-dire , sur le char tramé par les chevaux (4). finrwv ita&m%i est synonyme de ^^pou Iiri6îivat , monter sur un char. Toutes les fois qu'une idée est familière à un peuple , et que les mots qui l'expriment reviennent souvent, il tend à abréger l'expression , qui prend alors en quelque sorte une forme proverbiale. Par la même raison que les Grecs disaient: couper les serments (5), ib ont dit monter sur les chevaux ^ au lieu de monter sur un char trainé par des chevaux,
[v. 247 — 8.] L'autre est Enée, il se glorifie d'être le fils d'Anchise, et sa mère est Vénus.
Heyne retranchait le vers 248 , en disant qu'il n'avait été ajouté que pour donner un développement à la phrase, dont elle n'avait pas besoin. Ainsi le verbe taxerai, qui commence ce vers a 48, est inutile, d'autant plus qu'on le trouve exprimé au vers 246, à l'occasion de Pandarus, et qu'il peut être aisément sous -entendu an vers suivant (247) , quand il est question d'Énée (6). M. Knight
(i) Yid. Heyn., net. in S»n. I, ▼. 474 — 478. (a) Paralip. Homer. IX, 149.
(3) Yoy. les obas. sur le v. laa da quatrième chant deriliade.
(4) Iliade t', a55, 3a8 ; V, 343.
(5) Yoyes les obaerv. sar le v. ia3 do second chant de riiiade.
(6) Heyne obss. in Iliad., v. 348.
SUR LE CHANT V. aSg
adopte ropînîon de Heyne; mais, au vers a47f il ^Ht (u^oX'nropoc A'^iaoLo au lieu de piv àfwfMvoc. H pense que l'^ithète a été changée par rinterpolateur pour faire entrer la particule piv, qui servait à lier le vers a 47 avec le vers ajouté (i). Dans ce cas le sens est simplement : « l'autre est Énée , fib du magnanime Anchise. »
[y. aSS. ] Je dédaigne même de monter sur mon char.
Selon le scholiaste de Sophocle , il faudrait traduire : je crains
de monter sur mon char (a) ; mais une telle traduction me semble
trop opposée à ce que vient de dire Diomède qu'il n'est pas en
lui de connaître la crainte (3), et qui bientôt va dire que Minerve
ne lui permet pas de trembler (4), pour admettre Topinion du
scholiaste. Les versions latines rendent ainsi cette phrase : piget
e^uos ascendere. Au reste M. Knight supprime ce vers, il pense
que le verbe 6xvtitt n'appartient point à la langue homérique ; il
supprime aussi les trois vers suivants, et fait sur l'adverbe «^ûv du
V. a58 la même observation que sur le verbe dxvcttt (5). Il remarque
enfin que le mot là du vers a 56 pèche contre la quantité, parce
qu'il ne peut compter ni pour deux brèves, ni pour une longue,
mesure indispensable dans la position où ce mot se trouve
placé (6).
[y. 3oa — 4«] Alors le fils de Tydée saisit une pierre. . . . ne la porteraient pas.
On a beau remonter jusqu'à l'antiquité la plus reculée , toujours les hommes ont déprécié le présent et vanté le temps passé (7).
(i) Knight not. in c. v.
(a) Cf. Soph. Schol. OEdip. tyrann. , v. 749, et Elect., v. 3ao, éd. Biunkiî.
(5) Cet adverbe ne se rencontre qae deux fois dans Homère , ici et au yen 3o da seizième chant de TlUade ; M. Kni^t sopprime- les deax passages.
(6) Knight, not. in II. 1', a55— S.
(7) Consolt. Lucrèce :
Jamqne adeo afTecta est aetas, effetaqne tellus
.1«ILt.iiSiO
'î^ ^^- XII, $^.
. CToy. b
et s
t et
SUR LE CHANT V. a4i
ceao» quel qu'en soit Fauteur, est d*un style admirable, et respire le goût de l'antiquité. Ceux qui veulent connaître Thistoire dl*Énée peuvent consulter Bachet de Méziriac (i). ApoUodore donne un frère à Énée , et le nomme tyrus (a). Je ne crois pas qu'aucun poète en ait parlé.
Pope, dans sa traduction de l'Iliade, appelle Vénus the qaem of io¥e (3) , la reine de l'amour. C'est un vrai contre-sens ; dans Homère, Vénus n'est point la reine, ni la déesse, ni la mère de l'Amour : ces idées tiennent à une autre mythologie.
[y. 3i5. ] Elle le cache en doublant devant lui les plis de son voile radieux.
Quoique j'aie traduit ir^irXoç par le mot générique de voile, il ne faut pas entendre un voile tel que les' femmes en portent aujourd'hui. Le pèple , du moins dans Homère , était tuie sorte de manteau dont les femmes s'enveloppaient, et qu'elles mettaient audessus de leurs autres vêtements. Apollonius, dans son lexique (4), et les petites scholies (5) , disent que le pèple s'attachait avec des agrafes ; Homère n'en fait mention nulle part Julius Pollux , dans son Onomasticon , dit que le pèple était une panu« ornée de broderies , et qu'on le distinguait de Ykeanos, (iavoç) , qui était un habillement tout simple et tout uni (6). On ne faisait point cette distinction du temps d*Homère, qui emploie quelquefois ce mot isvoc comme épithète (7); mais, ce qui prouve que le pèple devait être une enveloppe fort simple et même grossière, c'est que dans ce même chaut Pandarus dit qu'il possède onze chars, autour desquels sont étendus des pépies (8).
(x) Gomment, de lliéroïde de Didon à Énée , t. H, p. x4a. (9) ApoUod., Bîb. llb. m, c. ta , $ 9.
(3) Homer*e niad., transL by Pope, b. T., v. 443.
(4) Ad. V. irtirXoc.
(5) lUad. t' 734.
(6) Onomast., lîb. Vn,S Si,
(7) Ad banc rhapsod. v. 734 , et Iliad. 0' 385, et v* 61 a.
a^a OBSERVATIONS
C'est sans doute au passage ci-dessus que Virgile fait «Uosi*», lorsque Tumus dit , en parlant d*Énée :
Longe illi dea mater eric, que nabe ftagacem Femineà tegat (i).
Dans ce cas les mots yêmûua nu6e, un nuage feminiM ^ me semblent un peu précieux pour exprimer le voile de la déesse. Mais ai par là Virgile entend la manière dont Énée fut sauvé après son combat contre Diomède , il se trompe , car ce fut Apollon et non ^ Vénus qui l'enleva dans un nuage (a) ; et , au vingtième chant de 11liade, c'est Neptune et non point Vénus qui sauve Énée en répandant un nuage sur les yeux d'Achille (3). Au dixième chant de FÉnéide, Virgile tombe dans la même erreur , quand Junon dit à Véoua :
Tu potes £nean manibus Mibduœre Gralum , Proqae viro nebulam et ventos obtendere inancs (4).
[y. 339 — 4^0 Aussitôt s'échappe le sang incorruptible nous les appelons immortels.
M. Kôppen pense qu'on doit retrancher les trois vers 340,841 34a , à cause du mot ix^p qui se trouve au v. 140 (5). Dans et cas le sens finit à ces mots : « aussitôt s'échappe le sang incorruptible m de la déesse. • Heyne fait à ce sujet une réflexion fort juste , en observant que l'usage des interpolateurs n'est pas d'employer des mots scientifiques ou inusités , mais plutôt d'ajouter des vers pour donner l'explication de ce qui leur parait obscur ou difficile (6).
M. Wolf a mis le vers 34a entre deux parenthèses , voulant indiquer par là qu'il le croit interpolé. C'est sans doute parce que le vers présente une contradiction manifeste avec le vers 339. Ea effet» le v. 3 43 dit positivement que les dieux n'ont point de sang,
(x) Sn, Xn, V. 5a.
(a) Rat rbv (ùv \sAik X'^^v ipuovaTO ^q\Iqoç AiroXXwv Kuavt^ vi^pûip
(IlUd. c'344.)
(3) Ilîad.u'3ai.
(4) iEn. X. 81.
(5) ErUarende Amnerkangen som Homer. Ton J. H. J. Xdppen,
(6) Heyn. obu. in Hiad. T, v. S41 et 349-
SUR LE CHANT V. a43
ecyat{&ovtc » et le v. SSq dit que le sang incomipHhle de la déesse a coulé. J'ai tâché de sauver cette contradiction en traduisant : aussi noHt-^ls poiru un sang grossier comme les hommes. Ce n'est point là le sens littéral , mais plutôt une interprétation de la pensée. M. Knight adopte l'opinion de Kôppen et supprime les trois derniers vers. Les anciens critiques ne parlent point ici de retranchement.
[y. 370 — I.] La belle Vénus tombe alors aux genoux de Dionée sa mère.
Apollodore suit l'opinion d'Homère, et dit que Vénus est fille de Dionée et de Jupiter (i). On voit par là que la fable qui faisait naître Vénus de l'éoume des mers n'était pas connue du temps d'Homère; mais comme Vénus se dit en grec À^pG^tnq (Aphrodite), et que ce mot en le décomposant signifie qui est né de l'écume y on a supposé que Vénus n'avait été nommée ainsi que parce qu'elle était née de l'écume de la mer (s).
J'ai déjà fait observer que souvent les aventures attribuées aux dieux et aux héros n'avaient d'autre fondement que l'étymologie de leurs noms (3) , et je crois que l'histoire de Vénus en est une nouvelle preuve. On pense communément que le nom a été donné à cause de telle aventure, et tout au contraire, «c'est le nom qui a fait imaginer l'aventure. Il est sans doute impossible d'indiquer précisément l'origine des noms propres; les Grecs, qui dans le principe furent civilisés par des colonies étrangères, durent prendre d'elles non seulement leur religion et leur culte , mais encore beaucoup de noms propres , qui , par le laps de temps , s'adaj^ tèrent à leur langue, en prenant des inflexions helléniques. Alors, comme il arriva que quelques-uns de ces noms , dans leurs éléments, offrirent parfois une signification quelconque, on imagina qu'ils avaient été donnés en raison de cette signification. La
(i) Apollod., Bib. I, c. m, § x.
(a) Yoyez la Théogonie, v. 186^200, ce qui justifie encore l*optDion deM. Wolf que la Théogonie et le Bouclier sont postérieors de plos d'un siècle à rilisde et à l'Odyssée. Ce qu'il y a de sur, c*est que la mythologie de ces poèmes n'est pas du tout celle des poèmes d*Homère. ( Voyes les obss. sur les V. 460, du premier ch. de lH., et 783 du second.)
(3) Voyes les observ. sur le v. i du prender eh. , et 594 du second.
a44 OBSERVATIONS
poésie s'empara de cette idée, la féconda, et c'est sar cette base frivole que repose souvent une mythologie fort postérieure à celle d'Homère. Telle fut presque toujours l'origine de ces métamor^ phoses , à l'aide desquelles on supposa que les dieux se livraient à toutes sortes de vices , et dont on ne trouve aucune trace dans les chants homériques (i). L'imagination déréglée des poètes parcourut à cet égard une vaste carrière, et les noms de Thamyris, d'Erichthonius (a), de Ganymède (3) , ont fait supposer les aventures les plus scandaleuses. Mais pour donner une idée des modifications que pouvait éprouver un mot, et dans quel goût elles étaient faites, examinons, sans sortir du sujet de cette note, l'histoire de la naissance de Vénus dans la Théogonie. D'abord il faut se rappeler qu'Homère nomme Vénus Â^po^ÎTi}, et qu'il lui donne l'épithète de ^iXofAjut^jc (4) , amans rUum , on , comme nous le disons en français, la déesse des ris. Nous venons de voir ce que l'on avait fait du mot à^pc^tm; mais comme l'adjectif ^iXofi|Ati^T2c ne présentait aucune signification dont on pût tirer parti, on y fit un léger changement, et au lieu de ^iXopip^i^-n; , on dit 9(Xop.fiT}^TK , amans genitaUa. Ainsi l'on substitua une image obscène à cette épithète remplie de grâces qu'Homère donne à Vénus, et ce fut d'après cet heureux changement qu'on imagina l'histoire racontée par l'auteur de la Théogonie. La voici en substance : « Saturne ayant coupé les organes générateurs (fAiî^ia) à « Uranus , il les jeta dans la mer ; une écume blanchase rassembla « tout autour , et c'est de là que naquit Vénus (5). • Le poète ajoute • que les dieux et les hommes la nomment Aphrodite parce qu'elle « était née de l'écume, et PhUomédée quia ex genitalibus emersit,
É^t çiXofApiD^ia , ^Tt ikf^itùH cÇtçaavrn (6).
Tout cela, comme on voit, n'est point de la mythologie homérique; Aphrodite^ dans V Iliade, ne veut point dire née de Vécume, puisque Vénus est la fille de Jupiter et de Dionée ; elle n'y est
(i) Voyes les observ. mr le v. 594 da second ch. de Tlliade. (a) Voyez encore les mêmes observ. sur le v. 594 dn second ch.
(3) Voyes observ. snr le v. s3i dn vingtième di. de l'Iliad.
(4) Cf. Ilisd.,7', 434 ^', 10 t' 375, etc. etc.
(5) Theogon., v. 188 — 193.
{JS) Id. V. 200; voyes aussi les observ. sor le v. 5i de ce di. cinquième.
SUR LE CHANT V. a45
jamais nommée 9iXo(&(&d^Î)c, amans genitalia, mais souvent le poète caractérise cette aimable déesse par Tépithète de çiXofAjiJt^iQc, qui se plait au doux sourire.
Sot cet abus de noms propres , on peut consulter l'ouTrage de Gerbier intitulé Origine des Dieux du Paganisme (i).
[392-— 4«] Junon souffrit aussi beaucoup lorsque le fils d* Amphitryon lui frappa
Il est clair que le poète veut ici parler d'Hercule , cependant c'est la seule fois qu'il le désigne comme étant le fib d'Amphitryon. Partout ailleurs il est représenté comme le fils de Jupiter (a). Au onzième chant de VOdjrssée Ulysse dit positivement :
« Je vis Alcmène , l'épouse d'Amphitryon , qui enfanta Hercule « au cœur de lion , après s'être unie au grand Jupiter (3). »
Les petites Scholies qui se rapportent au vers 19a disent qu'Homère a suivi les deux mythologies , celle qui supposait qu'Hercule était fils de Jupiter, et celle qui le regardait comme étant fib d'Amphitryon : cela n'est pas probable. Heyne a trouvé cette objection assez grave pour supposer tout ce passage relatif à Hercule, interpolé par des rhapsodes qui l'auraient tiré de quelque poème sur Hercule (4). Je partage tout-à-fait cette opinion.
(1) a vol. în-za, Paris 1767; voyes siutont les pag. x86 et az7 du premier voL , première partie.
(a) Cf. niad. t', 396 l\ a65 t', io5 seqq.
^3) Qd. X' a65. Au mjet de ce passage Toyez les obsery. sur le v. a68 da onzième ch. de TOdysiée, oà je rapporte ropinion probable de M. Knight. L'auteur des Argouantiqnes, connu tons le nom d'Orphée, a sniTÎ b même tradition : « Je via d'abord le divin Hercule qu'enianta « Alcmène après s'être unie à Jupiter ( Cf. Argon. , y. x 16 ).
(4) He3rn., observ. in lUad. Vf v. 39a. M. Knight supprime depuis le V. 384 jusqu'au y. 4o5 , c*est-&*dire tout ce qui a rapport aux divers exemples tirés de Mars, de Janon« et de Platon, que Dionée raconte à Vénus pour b consoler.
[▼. 395 — 7.] Pluton , si redoutable entre les immortels, reçut un trait aigu de ce même héros, fils de Jupiter.
Après ces mots, de ce môme héros, j'ai ajouté avec le texte, fiU de Jupiter f malgré ce qui a été dit plus haut qu*Hercuie était fils d'Amphitryon (i).
Heyne est le seul de tous les éditeurs qui , au vers 897, ait écrit HuXm avec un grand O ; alors ce mot doit s'entendre de la ville de Fylot, Apollodore raconte en effet que Pluton étant venu au secours des Py liens fut blessé par Hercule (s), et c'est à cette circonstance que le passage ci-dessus ferait allusion. Ainsi , malgré l'autorité d'Aristarque (3), de Dldyme(4), parmi les anciens, et celle de Clavier parmi les modernes (5), Heyne pense que ces mots, iv vtxuiootv ne signifient pas deuu t empire de* mtortt; mais parmi tet cadavres de ceux qui périrent devant Pflos. Ceal dans le même sens qu'Homère fait dire au dieu Mars :
AÙToO insfiAT* liroLoxov ht atvnoty vixa^sootv (6).
• Là je souffrirais de vives douleurs parmi les hideux cadavres. > Enfin, ce critique observe que jamais Homère, pour signifier Us portes y n'emploie le singulier icvXd, mais toujours icuXau au pluriel (7). Tai suivi l'opinion commune , et j*ai traduit tv «uXm k» vixuMOtv poiXfltv : nie blessa parmi les ombres à ta porte des enfers.
[v. 398 — ^4o^-] ^ rinstant ce dieu , Famé abattue
car enfin il n était pas morteL
Heyne regrette qu'il y ait ici une lacune dans les scholies de
(i) V. iliâd. e 397.
(s) ApoUod. Bib. U, C. 7 , S 3.
(3) Brev., scfa. Oiad t* 397..
(4) PInd. tch. Olym. IX, ▼. 44» 5.
(5) Trad. d'ApoUod. , t. H, p. 3i3.
(6) G. Uiad. c' 886. An reste, ce méine vers 886 s para suspect k M. Knight, et il le sapprime prédsément & cause de ce mot vixi^iooiv. « Le sobiUDtif vtxocç , dlt-il, n'était pas connu d'Homère.» (Knight, ootc inlliad.t'885-^.)
(7) Heyn. , observ. in Iliad. Y , v. 897.
Veniae; « ctr peut-être, dit-il, j'y aurais trouvé une autorité « pour me confirmer dans l'opinion où je suis que tout ce pas- « sage, depuis le v. 398 jusqu'au v. 403» appartient à quelqu'autre « ouvrage, peut-être à quelque poème sur Hercule, d'où ces vers « auront été transportés ici. » Ce critique observe ensuite qu'ils nuisent à la suite de la natration, qu'il n'est pas naturel que Pluton monte dans l'Olympe au lieu d'aller dans les enfers; que les vers 401 et 40a sont répétés dans le même chant (901 et 902) à l'occasion de Mars blessé par Diomède. Enfin il ajoute qu'un juste soupçon peut s'élever sur tout ce passage relatif à Pluton, c'est-à-dire, depuis le vers 3g6 jusqu'au v. 4o3 (i). Nous avons déjà vu que le même critique regardait aussi l'aventure de Junon comme interpolée (a), ce qui comprendrait depuis le v. 891 jusqu'au v. 4o3 ; de sorte que Heyne ne s'éloigne pas beaucoup de l'opinion de M. Knight, qui supprime aussi l'aventure de Mars, c'est-à-dire, depuis le vers 384 jusqu'au vers 4o3. Il pense que tontes ces fables ont été ajoutées par divers rhapsodes qui voulaient faire preuve d'une érudition à contre - temps , et qu'elles appartiennent à des siècles plus modernes que ceux d'Homère (3). Cette conjecture me parait assez vraisemblable.
[▼. 408.] Et jamais sur ses genoux de jeunes enfants bégaieront le doux nom de père.
Le scholiaste de Venise blâme ce vers comme indigne d'un dieu, d'un héros ou d'un homme; il pense qu'il n'est convenable que pour une femme ou une déesse qui tient son enfant entre ses bras (4). Cette critique est fausse : le vers au contraire me semble plein de grâce et de naïveté. Heyne observe avec raison que cette tournure apoir un enfant sur ses genoux s'applique souvent aux pères dans Y Iliade (5). Ainsi , au neuvième chant , Phénix dit, en parlant des imprécations de son père : « il demanda aux furies que jamaiii
(x) Heyn. , obierv. in Uiad. Y, t. 398.
(a) Toyes les obscrv. sur le ▼. 39a de ce chant.
(3) Knigbt, note m Iliad. •', 385— 404.
(4) Sch. Yen. , t' 408.
(5) Heyn. obaerv. in Iliad. Y. 4084.
ne
a48 OBSERVATIONS
• un fils engendré de moi ne reposât sur ses genoux (i). » Et plus loin, dans le même chant, il dit qu'Achille ne voulait prendre aucune nourriture avant que lui , Phénix , ne Teût placé sur ses genoux (3). Ces expressions familières à notre poète paraîtraient indiquer que , dans les temps héroïques , les jeunes gens étaient confiés aux hommes dès leur plus bas âge.
[y. 4^6,] A ces mots , le père des dieux et des hommes laisse échapper un doux sourire.
Virgile a traduit presque littéralement ce vers d'Homère : Olli subridens hominum salor tique deorum (3).
Si Jupiter, le roi des dieux et des hommes, se permet dans VlKade un léger sourire , c*est que Minerve, voyant arriver Vénus blessée par Diomède, tient un discours très -ironique et trèsmordant : « Cypris , dit - elle , engageait une jeune femme grecque « à suivre les Troyens qu'elle chérit aujourd'hui si vivement ; « mais , en prodiguant ses caresses à cette jeune beauté couverte « d'une riche tunique , l'agrafe d'or a déchiré la main délicate de « la déesse (4). > On conçoit aisément que Jupiter doive sourire à cette raillerie piquante. La situation , dans Virgile , est très-di(Térente: Vénus vient implorer Jupiter en faveur d'Énée; son discours est rempli des idées les plus graves; elle rappelle tout ce que les destinées ont promis aux Romains; et , après avoir peint avec de vives couleurs les maux qu'éprouve son fils, elle termine par ces reproches amers et mal déguisés :
Hic pietatis honos? Sic nos in scepUv reponis (5) ? Certainement, dans une circonstance aussi solennelle, Jupiter ne devait pas accueillir seulement avec un sourire les justes réclamations de Vénus. Voyez quelle dilîérencip , quand au premier chant de V Iliade, Thétis réclame la protection de Jupiter pour son fik Achille; alors le maître des dieux se montre dans toute sa gloire, il abaisse ses noirs sourcils, il agite sa chevelure divine, et le
(i) IUad.,tU54.
{%) lUad. t', 486 acqq.
(3) ^n. I , V. a 53 , éd. Hey.
(4) niad., t'4s9.
(5) iEn. I , a53.
"vaste Olympe en est ébranlé (i). Tout cela est conforme à la si- Cmiation , et parfaitement dans les convenances. Virgile n*a vu ici c|ue Jupiter s'adressant à la déesse des grâces et des amours ; c'est là l'idée qui l'a surtout frappé , et dès-lors il a cru devoir donner au maître des dieux un visage riant. L'ensemble de la situation n'est pas ce qui l'occupe davantage , il est tout pour Homère. La perfection du style, le fini deé détails, la beauté des images sont pour Virgile les objets essentiels ; ils ne sont pour Homère que des accessoires qui naissent tout naturellement.
[y. 4^3*] L^ ^cus légers 9 et les boucliers arrondis.
Le Xaio^QÎQv (léséion) était différent du bouclier. Hérodote dit positivement y que les Ciliciens portaient cette armure à la place des boucliers (a). Comme ils étaient de peau , ils étaient plus légers que les boucliers ordinaires faits de métal ; c'est pour cette raison qu'on leur donne l'épithète de irrtpotvra , ailés. Au reste , il faut ajouter ici que M. Knight supprime ce vers précisément à cause de cette espèce d'armure, qui ne lui parait pas avoir été en usage du temps d'Homère. Il n'en est parlé qu'une autre fois dans riliade (3) , et M. Knight supprime encore le vers 9Ù l'on retrouve cette expression. Il observe avec raison que les boucliers homériques , d'une plus grande dimension que ceux nommés lésions , doivent couvrir le col et les jambes, qui n'étaient garantis par aucune autre armure (4).
[v. 474'] Seul avec tes frères, et les époux de tes sœurs.
Ce mot ^aif&6poÎ9t, que j'ai rendu par Us époux de tes scmrs, s'entend ordinairement des cendres (5); mais comme il est ici ques-
(i) a. niad. a' 5a8.
(a) KiXtxK Xaiffiiia ti lïxov àvr* àarn^tn (lib. VH, S 9')*
IiRicIier n'a pas bien rendu cette phrase ; voyes sa trad. t. V, p. 6a , s* édition.
(3) Iliad. yJ 4^6.
(4) Cf. Knight net. in Iliad. t' 4^3.
(5) Cf. Iliad. i',i4a, a84; X', 738; v' 4^8; Ody». f, 387; ^, 56g; V 3x3; etc., etc.
a5o OBSERVATIONS
tion d*Hector , qui ne peut pas avoir de gendre ^ i\ faut admettre i
qu'il signifie beau-frère. Il parait que les Grecs appelaient ainsi tous ceux avec qui Ton contractait des alliances par des mariages (i). Ici ce sont Ut époux des sœurs tC Hector, Dans Sophocle , Œdipe donne cette dénomination à Créon , frère de Jocaste , son épouse (a). Euripide , pour désigner qu'Agamemnon est U funeste heati'frère d*Hélène , emploie l'expression de xoxo'YAftSpoc (3). Euripide se sert encore du même mot pour exprimer l'idée de beau-père^ et le fait synonyme de irtvOtpo'c (4). Cependant l'acception la plus commune est celle de gendre (5).
[t. 4S7 — 8.] Ah ! crains, que tous enveloppés comme dans un vaste filet , vous ne deveniez la conquête et la proie de vos ennemis.
Eschyle, dans sa tragédie d'Agamemnon, présente la même image :
« O nuit chérie... qui sur les tours d'Uion as tendu un filet in- « destructible (6)! » L'épithète de irsya-fpoc, dans Homère, signifie qui entraîne^ qui saisit tout ^ ainsi que l'explique Plutarque (7). L'expression générale de vaste ne rend pas toute l'idée.
Athénée cite le passage ci-dessus pour prouver que les anciens
héros mangeaient du poisson, puisqu'ils employaient le mot de
filet dans leurs métaphores (8). Cependant il ajoute, quelques
lignes après, qu'Homère néglige de parler de la nourriture des
(i) L'Etymol. nug. dérive oe mot de '^^apLiipoç, tout ce quittent au mariage, dont par contraction on a fait i%\à&^6^ ; ( vid. h. v. ) ▼oyes aussi Hesychins à ce même mot ; selon lui , ce nom est donné à réponx de U fille, et i tons les parents de celle qn*on a épousée. Yoyes aussi le Sophocle de Bronk , 1. 1 , p. 365.
(s) Œdip. Tyr. , v. 70.
(3) Rhesi aSg et aaiv.
(4) Hippolyt., 634 uqq*
(5) Conf. , niad. et Odys. , in locis citât. ; Herod. , Ub. YH, $ 189 , et Quint. Calab. Paralip., lib. VH , v. ai 5, etc., etc.
(6) Agam., v. 363.
(7) De solert. animal. , t. X , p. 6g , edit. Reiskii.
(8) Epit. Deipnos. I, C. 19, p> a 5 B.
SUR LE CHANT V. a5i
légumes, des poissons et des oiseaux comme étant trop délicate. et. en quelque sorte indigne des hommes qui accomplissaient de &i grands exploits (i). Il n'est jamais question de ces sortes de mets dans les repas décrits par Homère : non pas que cette nourriture fût indigne des héros , car il n'en est pas question davantage quand il s'agit des festins des prétendants de Pénélope, qui menaient une vie molle et efféminée ; mais uniquement parce qu'à cette époque les mets les plus substantieb étaient les plus estimés, ainsi que je l'ai déjà remarqué (a). Ce qui le prouve encore, c'est ce que dit Ménélas de ses compagnons lorsqu'ils sont retenus dans l'ile de Phare: «errant sans cesse dans l'île, ils péchaient « avec des hameçons recourbés ; car la faim dévorait leurs en- « trailles (3). > Ulysse dit à peu près la même chose quand ses compagnons sont pressés par la faim dans l'ile du Soleil (4)- Le seul endroit de Y Iliade où Homère parle de poissons, ou du moins de coquillages destinés à un repas, se trouve au seizième chant de V Iliade f lorsque Patrocle, après avoir immolé un guerrier, s'écrie :
■ Grands dieux , comme ce guerrier est agile ! comme il plonge « facilement ! Si ce héros s'élançait d'une barque dans la mer pois- « sonneuse ^ même durant la tempête , H ramasserait assez de co- « quillages pour nourrir de nombreux convives (5). » Dans YOdjrs^ sée , on trouve une comparaison prise de la pêche aux filets (6).
M. Knight retranche toute la fin du discours de Sarpédon, depuis le vers 47$. En ce cas, le discours doit se terminer à ces mots de la traduction : « Et nous, qui ne sommes que vos alliés, nous ■ combattons avec courage. » M. Knight trouve dans les quinze ▼ers supprimés beaucoup de mots qui lui semblent ne pas appart^ir à la langue homérique (7).
(a) Yojes les obaenr. nir le ▼. 343 du FV' di. de Tlliad.
(5) Cf. Odys. ^,368.
(4) Cf. OdyM. \l\ S3o seqq.
(5) Cf. niad. ir*, 33o seqq. , voyes lei obtenr. sorle ▼. 7 45 du seizième chant de Flliad.
(6) Yoyeslea observ. sor le v. 384 du vingt-denxième diant de l'Odyssée.
(7) Knight , not in Iliad. 478 — 99.
a5a OBSERVATIONS
[y. 576.] CTest alors que succombe Pylémène, pareil au dieu Mars.
Le même |Pylémène , tué ici par Hénélas , reparaît au treizième chant accompagnant les funérailles de son fils (i). Quand j'exa* minerai cet endroit de V Iliade ^ je ferai connaître les raisons qu'on a données pour expliquer cette singulière inadvertance.
Cornélius Népos s*est trompé lorsqu'en parlant de Thyus , prinee de Paphiagonie , il ajoute qu'il descendait de ce Pfléméne qu'Homèro dit avoir été tué par Patrocle à la guerre de TVoce, « a Pylemene illo , « quem Homerus , Troîco bello , a Patroclo interfectum ait (a). • Il est clair que, dans ce passage, il faut substituer Ménélas à Patrocle (3).
[t. 64a.] Et rendit ses rues solitaires.
XiQptt9t S* à-piàç signifie littéralement: il rendit tes rues nteuvesy expression de mauvais goût en français, dont nos auteurs modernes ont étrangement abusé; car chaque langue a ses métaphores qui lui sont propres. Nous ne dirions pas comme Horace, il boit par roreiUe, bibit aure vulgus (4) ; et pourtant, dans le langage familier, TAcadémie admet cette phrase : manger quelqu'un des feux.
Je crois que Racine avait en vue ce passage , quand Iphigénie dit à Achille :
Allez, et dans ses mars vides de citoyens
Faites pleurer ma mort aux veuves des Troyens (5).
C'est ainsi que le génie s'approprie les richesses de l'antiquité.
[v. 689 — 90.] Ainsi parle ce guerrier; mais sans lui répondre Hector passe rapidement.
Pope , en cet endroit de Tlliade , observe que souvent Homère
(i) Cf. Iliad. v' , 658.
(2) Corn. Nep., p. 164, édit. Koterod., 1667.
(3) Yoyes la soife du passage cité en tète de la note : v. 578 et 579.
(4) Od. U, z3,v. 3a.
(5^ Act. y., se. a.
SUR LE CHANT V. a53
un très-bon usage du silence de ses personnages (i); il en cite
plusieurs exemples. Ainsi , il remarque au premier chant le si«
lence des deux hérauts qui vont chercher Briséis (i) ; au troisième
chant le silence d'Hélène quand Iris vient l'avertir que ses deux
^poux vont combattre pour elle (3). Dans le même chant , il dit
que Ménélas adresse une prière au ciel au moment du combat ,
mais que Paris se tait parce qu'il est engagé dans mie mauvaise
cause (4). Au quatrième chant , quand Jupiter déclare vouloir
protéger les Troyens, Junon éclate en reproches contre lui; mais
Minerve (5) persiste à garder le silence (6). Dans le même chant y
lorsque Agamemnon fait des reproches à Diomède, ce héros reste
en silence (7) , parce que le vrai caractère d'un brave guerrier est
de laisser parler les faits. Enfin il cite l'exemple ci -dessus, où
Hector, conservant aussi le caractère guerrier, vole au combat
pour toute réponse.
Cela est vrai , mais ces sortes de beautés ne sont point dans Homère l'effet d'un calcul ; elles naissent de la situation j qu'il rendait toujours avec vérité.
[y. 7o3 — 40 Quel fîit le premier et quel fut le dernier de ceux qu'immolèrent Hector, fils de Priam , et le terrible Mars ?
Virgile a dit de même :
Qnem telo primum, quem postremum, aspera virgo » Dejids ? Antqiiot humi morientia oorpora fiindis (8)?
(1) Homer's Iliad. Tnnakt. by Pope, bock lY, no. of v. 848. (9) niad. a'.33o et 33i.
(3) niad. f , 141,149*
(4) Iliad. Y,35xBeqq.
(5) Pope ne dit paa Mintrve, mais the Gcddess o/msdom, la déesse de la sagesse ; Mmerve n'a jamais cette dépomination dans Homère, pas plos que Yénoa celle de reime de ramour{ voyes bi note dn v. 3ii de ce chant. ) -v
(6) niad. ^,a9.
(7) niad* ^,401 seqq.
(8) iEn. XI, 664.
a54 OBSERVATIONS
Le poète latin, comme on voit, ajoute ane idée à celle d'Homère : « Combien de corps expirants étendis-tu sur la terre ? > Il est rare que Virgile soit aussi concis que son modèle. Presque toujours il amplifie, il renchérit sur lui. J*ai souvent Foccasîon de faire cette remarque , et je ne me lasse pas de la répéter, parce qu'elle caractérise la manière , ou pour mieux dire le siècle des deux poètes. Avec un exemple isolé, on peut appuyer toutes sortes de systèmes; mais quand une foule de preuves se réunissent en faveur d'une opinion y il est permis de la croire fondée.
[y. 73o— 3i.] La déesse lie un joug, où passent les courroies brillantes d*or.
Le mot de X£ira^va, selon tous les interprètes, signifie les cour* roies qui ser\'aient à attacher les coursiers au joug (i). Eschyle , dans Âgamemnon, emploie ce mot au figuré:
kydrfttLç i^ Xtiro^vov (a).
« n est chargé du lien de la nécessité » ; et de même Pindare nomme ces sortes de courroies les instruments de la nécessité (3) , dvflc-pcflic IvTto. Cette métaphore n*est pas passée dans notre langue, mais nous disons fort bien le joug de la nécessité; figure qu'on trouve aussi chez les Grecs. Euripide a dit dans Oreste :
Âva-jfXDc i* tt; Cv^ôv xfld^toraf&tv (4)*
« Nous sommes sous le joug de la nécessité » ; et dans Iphigénie en Aulide :
Êc oT Miysni Xjii\r^9.r* l{&irsirrcÂxafxtv (5)« ■ Ah ! combien nous sommes soumis au joug de la nécessité ! »
(i) Cf. Apollon, et Esych. lexic. ad. h. v. et JEschyL tchol. Pers. 19t. (s) Agamem. aafi , cdit. Stsnleii.
(3) Pînd. Pyth. , lY, 4x7 «t 4 < 8s ê
(4) Earip. Oreit. y x33o.
(5) Iphig. in Aulide, 434.
SUR LE CHANT V. a55
[v. 736.] Et revêtant la cuirasse du dieu qui rassemble les nuages , elle s'arme pour la guerre , source de tant de larmes*
Peut-être fallait-il ponctuer ainsi ces deux vers :
T^uxtotv iç icoXif&ov Ûtù^%aatTO ^flucpuotvra.
Alors le sens serait : « et couverte de sa tunique, elle revêt, pour « la guerre, source de tant de larmes, les armes du dieu, etc. » Ce qui justifie cette leçon , c'est que x^tùv n'a jamais voulu dire une cuirasse, Aristarque admettait les deux ponctuations (i).
Les V. 733 — 7 sont répétés au chant huitième (a); Zénodote les supprimait ici et les laissait subsister au huitième. Le scholiaste de Venise qui nous fait connaître cette opinion de Zénodote,. pense au contraire qu'ils doivent subsister ici et non au huitième, où la déesse n'accomplit aucun exploit. Je pense qu'on peut les admettre dans les deux passages; si au huitième chant Minerve ne combat pas, elle se dispose à combattre, c'est une raison pour qu'elle revête une armure. D'ailleurs ces sortes de répétitions ne blessent point dans Homère.
[v. y4i.] Là paraît la tête de là Gorgone, monstre terrible.
Il faut remarquer la syntaxe de cette phrase , dont voici le mot à mot : la tête gorgonéenne du monstre terribie. Le mot gorgonéenne est là pour de la Gorgone; mais ce qu'il y a de singulier , c'est que le reste de la phrase se construit comme si le substantif avait été employé et non l'adjectif; de sorte que ces mots, ^ttvoîo iriXttpou, du monstre terrible ^ étant au génitif, se rapportent à ^cppoc, de la Gorgone^ qui ne se trouve pas dans la phrase où il est remplacé par l'adjectif ^t.^'^h , gorgonéenne au nominatif. On trouve un
(x) Sch. ven. •', 734.
SUR LE CHANT V. aSy
est plus imltatif que celui d'Homère ; d'ailleurs les deux imitations n'ont pas le même but. Le vers latin peint admirablement le galop du cbeval , on croit l'entendre ; le vers grec exprime plut6t la rapidité de la course.
Pour tâcher de rendre ces imitations sensibles par des exemples pris dans notre langue , je dirais que le vers de Virgile cité par Rollin répond à celui-ci de Boileau :
Le chagrin monte en groupe et galope avec Ini (i).
Et le vers d'Homère à celui-ci de Lemierre, qui m'a toujours semblé plein de grâce et de légèreté :
Même quand Toiseau marche on aeut qu'il a des ailes (a). On voit bien qu'il n'est ici question que de l'harmonie imitative et non point de la pensée.
[v. H26 — 7.] Prends le fouet et les rênes brillantes,
moi je monterai sur le char pour combattre.
Il est évident y par ce passage, que toujours les chars étaient montés par deux héros. En effet il eût été difficile à un guerrier , malgré son adresse et son courage-, de combattre et de diriger les chevaux tout à-Ia-fois. Homère est toujours le peintre fidèle des mœurs héroïques ; Virgile est bien loin d'une telle exactitude : pour lui , les anciens usages n'étaient que de simples jeux de l'imagination ; il songeait bien moins à faire des portraits ressemblants qu'à composer des tableaux poétiques. Raconter n'était pas son but , il ne voulait que rassembler des images brillantes et justes pour charmer l'esprit de ses lecteurs (3). Ainsi , dans la peinture qu'il fait de Troîle , il le' représente comme étant seul sur son char :
Parte aUa fugiens amissis Troïlus armis, Infelix puer, atque impar congressus Achilli, Fertur equis, curruque haeret resupinus inani, Lora tenens tamen ; huic cervixque comsque trahuntur Per terram, et versa pulvb inscribitur hasta (4)-
(i) Épitre V, à Goilleragaes, ▼. 44* (a) Les Fast«8, cfa. z.
(3) V07. les obss. sur le vers 460 du premier, et sur le v. 297 da quatrième chant de Tlliade.
(4) ^n. I, 478 seqq.
SDR LE CHANT V. 267
[y. 749O Ces portes gardées par les Heures.
ClaTÎer traduit ftpat paf Saisons (i). « La double sîfpaificatîoo de « ce mot y tant en grec qu*en latin, dît-il, a trompé beaucoup de « traducteurs qui ont pris ces divinités pour celles des Heures. « Mais les attributs que leur donne Orphée dans son hymne 41, « le soin que leur donne Homère (//. , liv. V, vers 749) d'ouvrir et « de fermer les portes du ciel; enfin, Tépithète d'à^Xaoxflc^irouç , « que leur donne Pindare, ne laisse aucun doute sur leur attribua « tion (a). »
Malgré cette autorité, je pense qu'il faut traduire ici les Heures ^ et non pas les Saisons, parce que le mot saisons au pluriel a un sens trop fixe et trop déterminé : il ne s'entend jamais que des quatre parties de Tannée, ie printemps, tété, Vautomne et thtver ; tandis que le mot heure est souvent dans notre langue le synonyme de moment, comme le mot âpT) des Grecs et hora des Latins (3) : nous disons fort bien t heure du sommai, Vheure du travail^ pour ^instant du sommeil ou du travail.
De sorte que ces mots : al wpat, horœ^ les heures^ ne doivent s^entendre que de la succession des instants prise dans un sens indéfini; ce n'est là qu'une expression générale, mais qu'on ne peut modifier par des épithètes. Ainsi dans Homère, âpiq tîaptw signifie Fheure ou le moment du printemps (4) ; «*f D "tyi^M^Kti , Vheure ou le moment de l'hiver (5). Ce qui ne prouve point que ces mots aï £pat les heures, pris d'une manière indéterminée, doivent signifier les soi' sons. D'ailleurs, les raisons données par Gavier me semblent peu plausibles; de ce qu'Homère dit que les Heures ouvrent et ferment les portes du ciel , je ne vois pas comment on peut en conclure qu'il entendait les Saisons , car cette action pourrait s'expliquer par le matin et le soir, comme par le printemps et l'hiver. Quant à l'hymne d'Orphée, allégué par Clavier, ce n'est qu'une
(i) Bib. d'ApoUod., tiad. par Clavier, liv.I, c. 1x1, $ x. (a) Même onvnge, tom. U, p. a 4*
(3) Cf. Theocrit., Idyl. i5, v. 74. Said. ad v. ic wpaCt t. I, p. S6d. éd. Kiut. Yirgil. Ecl. X, v. 73. Georg. I, v. ao8,etc.
(5) Odyss. i\ 485.
SUR LE CHANT V. aSg
adopte ropinion de Heyne; mais, au vers 147, il écrit {At^oX-nropoç À77>oao au lieu de fxiv àf&u{Aovoc. II pense que l'épithète a été changée par rinterpolateur pour faire entrer la particule piv, qui servait à lier le vers 147 &^cc le vers ajouté (i). Dans ce cas le sens est simplement : ■ Tautre est Énée , fib du magnanime Anchise. »
[y. a 55. ] Je dédaigne même de monter sur mon char.
Selon le scholiaste de Sophocle , il faudrait traduire : je crains de monter sur mon char (1) ; mais une telle traduction me semble trop opposée à ce que vient de dire Diomède qu'il n'est pas en lui de oonnattre la crainte (3), et qui bientôt va dire que Minerve ne lui permet pas de trembler (4), pour admettre l'opinion du scholiaste. Les versions latines rendent ainsi cette phrase : pig^et equos ascendere. Au reste M. Knight supprime ce vers, il pense que le veii)e âxvit» n'appartient point à la langue homérique ; il supprime aussi les trois vers suivants , et fait sur l'adverbe ym du V. a 58 la même observation que sur le verbe 6xvtitt (5). Il remarque enfin que le mot Vk du vers i56 pèche contre la quantité, parce qu'il ne peut compter ni pour deux brèves, ni pour une longue, mesure indispensable dans la position où ce mot se trouve placé (6).
[v. 3o2 — 4-] Alors le fils de Tydée saisit une pierre. . . . ne la porteraient pas.
On a beau remonter jusqu'à l'antiquité la plus reculée , toujours les hommes ont déprécié le présent et vanté le temps passé (7).
(x) Knight not. in c. v.
(a) Cf. Soph. Schol. Œdip. tyrami. , ▼. 749* et Elect., v. 3ao, éd. Bninkii.
(5) Cet adverbe ne se rencontre qne deox fois dans Homère , ici et au vers 3o du seizième chant de l'Iliade ; M. Knight supprime les deux passages.
(6) Knight, not. in II. 1', 255—8.
(7) Consolt. Lucrèce :
Jamque adeo aflecU est aetas, effeUqne tellus
SUR LE CHANT. V. aSg
eun; et la troisième Irètie, la paix. On voit aisément, et sans pouvoir en clouter, que le sens de cette allégorie se rapporte aux premiers progrès de la société fondée sur les lois^ filles de la rt" Hg-ion et de Ia Justice, et qui en fixant le droit de chacun, établissent la paix parmi les hommes. Dans Homère, on ne voit pas que les Heures, les Muses, les Grâces , les Prières reçoivent jamais aucune dénomination particulière, ni même que le poète en détermine le nombre (i).
Hyginus rapporte beaucoiq» d'autres noms donnés aux heures; la plupart de ces noms sont relatifs à diverses actions journalières ; car à mestu*e que la civilisation s*est étendue, que de nouveaux rapports et d'autres usages se sont établis , ils ont dû servir naturellement de division à la journée. Ainsi, l'heure nommée spondè était le moment des libations ; gjmnasia était celui des exercices du corps; djrsis, l'heure du coucher, etc. (a).
Ce n'est que fort tard qu'on a imaginé la division du jour par le moyen des cadrans solaires : Aulu-Gelle cite des vers de Plante » qui semblent indiquer que cette invention n'était pas connue à Rome dans l'enfance de ce poète (3).
^^^t^^f%im/%^m
[v. 770 — 2.] Autant qu'un homme assis en
franchissent d'un saut.
Voici la traduction que Boileau a faite de ce passage :
Autant qu*un homme assis aux rivages des mers Voit d*un roc âevé d'espace dans les airs.
Autant des immortels les coursiers intrépides En franchissent d*un saut (4).
Ces vers sont très-beaux, et se rapprochent beaucoup du texte.
(r) Noos avons vn qn*aa vingt-quatrième ch. de TOdyssée, il était parié des neuf Moses , et que c^était nne des raisons allégoées par Aristarqne pour suspecter Vancienneté de ce chant. (Voir ma note sur le V. 484 da second eh.)
(a) Hygin., fiib. i83. Ce passage d*Hygîniis est fort altéré. M. Kodrika a lait insérer dans le Magasin Encyclopédique (novemh. i8xa) on mémoire où il rétablit les noms tronqués d*nne manière assec probable.
(3) Anlo-Gelle, lib. m, c. zii.
(4) Trad. de Longin, chap. VII.
SUR LE CHANT V. a4i
ceaa, quel qu'en soit l'auteur, est d'un style admirable, et respire le goût de l'antiquité. Ceux qui veulent connaître l'histoire d'Énée peuvent consulter Bachet de Méziriac (i). Apollodore donne un frère à Énée , et le nomme Lyrus (i). Je ne crois pas qu'aucun poète en ait parlé.
Pope, dans sa traduction de l'Iliade, appelle Vénus the queen of lave (3) , la reine de l'amour. Cest un vrai contre-sens ; dans Homère, Vénus n'est point la reine, ni la déesse, ni la mère de l'Amour : ces idées tiennent à une autre mythologie.
[y. 3i5. ] Elle le cache en doublant devant lui les plis de son voile radieux.
Quoique j'aie traduit irJivXoç par le mot générique de voile, il ne faut pas entendre un voile tel que les' femmes en portent aujourd'hui. Le pèple , du moins dans Homère , était une sorte de manteau dont les femmes s'enveloppaient, et qu'elles mettaient audessus de leurs autres vêtements. Apollonius, dans son lexique (4), et les petites scholies (5) , disent que le pèple s'attachait avec des agrafes ; Homère n'en fait mention nulle part Julius PoUux, dans son Onomasticon , dit que le pèple était une panure ornée de broderies , et qu'on le distinguait de Vheanos, (tavoç) , qui était un habillement tout simple et tout uni (6). On ne faisait point cette distinction du temps d'Homère, qui emploie quelquefois ce mot isvoc comme épithète (7); mais, ce qui prouve que le pèple devait être une enveloppe fort simple et même grossière, c'est que dans ce même chaut Pandarus dit qu'il possède onze chars, autour desqueb sont étendus des pépies (8).
(i) Comment, de lliéroïde de Didon k Énée, t. H, p. 149. (3) ApoUod., Bib. lib. OI, c. xa , J 3.
(3) Homer's Iliad. , tnnsl. by Pope , b. Y. , v. 443.
(4) Ad. V. TTtirXoc.
(5) niad. t' 734.
(6) Onomast., lib. yiI,S 5x.
(7) Ad banc rhapsod. v. 784 1 et Iliad. 0' 385, et a* 61 a.
SUR LE CHANT V. a6i
trouve faux : puisque les Grecs supposaient un corps à leurs dlvînîtés, il est tout simple qu'ils crussent aussi qu'elles étaient pesantes. Dans les temps héroïques , Fidée de la puissance se joignait toujours à ridée d'un corps grand et robuste. M. Knight n'a point supprimé ces deux vers dans son édition.
Virgile a imité ce passage lorsque parlant d'Énée dans la barque des mânes, il dit :
gemuit sub pondère cymba (c).
Le vers d'Homère est bien plus harmonieux.
[y. 890.] De tous les habitants de 1*01 jmpe tu m*es le plus odieux.
Virgile applique à la furie Alecton ce qu'Homère dit de Mars : Odit et ipse pater Pluton, odere sorores (a).
Heyue fait la réflexion suivante à l'occasion de ce vers : « Rem fe- « iiciter variavit (Maro). Quid enim furiae faciem horribilem et « abominandam gravius declarare possit, qnam, ipsi patri, ipsis- « que sororibus eam detestabile haberi (3) ? • Non sans doute , il n'est pas possible de mieux peindre l'horreur qu'inspirait là furie , que de la représenter comme un objet de haine à son père et à ses sœurs. Toujours Virgile cherche dans son imagination ce qui peut donner plus de force à sa pensée ; mais ce n'est point là le but d'Homère; il ne veut pas ici inspirer dé l'horreur pour le dieu Mars, il raconte ce que la tradition avait établi touchant Jupiter et le dieu des combats. Il n'a pas l'intention d'étonner, de frapper les esprits; mais c'est avec toutes les ressources du génie et de l'inspiration qu'il parvient à graver des faits extraordinaires dans la mémoire de ses auditeurs. Il chantait pour l'instruction des hommes , et non pas seulement pour leur procurer un délassement agréable. Lui-même nous l'apprend dans VOdystée, lorsque Alcinoûs dit à son hôte Ulysse : « Instruisez-nous pourquoi vous pleurez, • pourquoi vous gémissez au fond de l'âme, quand vous entendez « parler des Argiens, des enfants de Danaûs, et de la chute d'Ilion.
(z) JËa. Vf, 41 3.
(a) ^n. vu, 3*7.
(3) VirgiLUeyo. adh. 1.
SUR LE CHANT V. a43
acvacjiovic y et le v. SSg dît que le sang incorrupHlle de la déesse a coulé, Tkx tâché de sauver cette contradiction en traduisant : aussi n'omi-nls point un sang grossier comme les hommes. Ce n'est point là le sens littéral , mais plutôt une interprétation de la pensée. M. Knight adopte Topinion de Kôppen et suppriilie les trois derniers vers. Les anciens critiques ne parlent point ici de retranchement.
[y. 370 — I.] La belle Vénus tombe alors aux genoux de Dionée sa mère.
Apollodore suit Topinion d'Homère, et dit que Vénus est fille de Dionée et de Jupiter (i). On voit par là que la fable qui faisait naître Vénus de Téoume des mers n'était pas connue du temps d'Homère; mais comme Vénus se dit en grec Â^pc^iTTi (Aphrodite), et que ce mot en le décomposant signifie qui est rude técume, on a supposé que Vénus n'avait été nommée ainsi que parce qu'elle était née de l'écume de la mer (a).
J'ai déjà fait observer que souvent les aventures attribuées aux dieux et aux héros n'avaient d'autre fondement que l'étymologic de leurs noms (3) , et je crois que l'histoire de Vénus en est une nouvelle preuve. On pense communément que le nom a été donné à cause de telle aventure, et tout au contraire, «c'est le nom qui a fait imaginer l'aventure. Il est sans doute impossible d'indiquer précisément l'origine des noms propres; les Grecs, qui dans le principe furent civilisés par des colonies étrangères, durent prendre d'elles non seulement leur religion et leur culte, mais encore beaucoup de noms propres, qui , par le laps de temps , s'adaptèrent à leur langue, en prenant des inflexions helléniques. Alors, comme il arriva que quelques-uns de ces noms , dans leurs éléments, oflnrent parfois une signification quelconque, on imagina qu'ils avaient été donnés en raison de cette signification. La
(i) Apollod., Bib. I, c. UI, § i.
(3) Yoyex la Théogonie, v. i86^aoo, ce qui justifie encore l'opîoion deM. Wolf qae la Théogonie et le Bouclier sont postérienra de plus d'an siècle à l'Hiade et à TOdyssée. Ce qu'il y a de sur, c'est que la mythologie de cet poèmes n'est pas du tout celle des poèmes d'Homère. ( Voyes les obss. sur les v. 460, du premier ch. de TH., et 783 du aeoond.)
(3) Voyes les observ. snr le v. i du premier eh. , et 594 du second.
SUR LE CHANT V. a63
muciine raison. Heyne pense que ce signe critique doit appartenir au vers suivant 896 , qui porte tous les caractères du génie des rhapsodes, c^r il ne fait qu'amplifier inutilement ce qui a déjà été dit (i). En suivant l'opinion de Heyne, ^l® sens est simplement : «'Toutefois, je ne permettrai pas que tu supportes de plus longues « douleurs. > M. Knight n'admet aucune de ces opinions.
[v. 900.] Péon appliquant des remèdes car ce
dieu n avait rien de mortel.
Les deux vers 900-1 se trouvent déjà dans ce même chant, lorsque Dionée raconte à Vénus la blessure de Pluton (s). Le vers 901 n'existait pas dans quelques éditions (3); alors , au vers précédent, Heyne observe qu'on doit écrire iraooi à l'indicatif présent, au lieu de iraoouv au participe, qui laisserait la phrase incomplète. M. Knight, dans son édition, a adopté ce retranchement; il écrit :
[y. 906.] Plein de gloire i] s'assied à côté (}u fils de Saturne.
Ce vers est marqué de deux signes critiques dans l'édition de Venise, et la schojie A, qui s'y rapporte, nous apprend que c'est parce que ce vers est plus convenable au premier chant , où le poète l'applique ^ Briarée qui a délivré Jupiter de la tyrannie des autres divinités (4). La scholie B, de la même éditjlop de Venise, dit que Zénodote supprimait ce vers. Un manuscrit de Leipsik nomme Aristarque ; ce qui parait plus vraisemblable à Heyne , auquel nous devons l'opinion du scholiaste de Leipsik (5).
Pope ne voit dans tout le cinquième chant qu'une allégorie si claire et si bien liée d'un bout à l'autre , qu'il ne conçoit pas com«
(i) ObM. in Ilisd. Y, 895.
(a) Iliad. s', 4oi «t 4oa.
(3) Cf. sch. ven. s', 901, et Heyoii Obas. in Iliad. Y, 901. Ce critiqu» indique des manuscrits oà le vers 901 n'existe pas, et oh le vers pséeêdent est terminé par trdtoeev.
(4) IL a', 4o5.
(5) Heyn. Obss. in II., Y, 906.
SUR LE CHANT V. a45
jamais nommée çtXofApiri^Ti;, amans genitaUa, mais souvent le poète caractérise cette aimable déesse par l'épithète de fiXop^ixei^TK» qui se pîaii au doux sourire.
Sur cet abus de noms propres, on peut consulter l'ouyrage de Gerbier intitulé Origine des Dieux du Paganisme (x).
[392 — 40 Junon souffrit aussi beaucoup lorsque le fik d'Amphitryon lui frappa
n est clair que le poète veut ici parler d'Hercule , cependant c'est la seule fois qu'il le désigne comme étant le fib d'Amphitryon. Partout ailleurs il est représenté comme le fils de Jupiter (a). Au onzième chant de VOdjrssée Ulysse dit positivement :
« Je vis Alcmène, l'épouse d'Amphitryon, qui enfanta Hercule « au cœur de lion , après s'être unie au grand Jupiter (3). »
Les petites Scholies qui se rapportent au vers 19a disent qu'Homère a suivi les deux mythologies , celle qui supposait qu'Hercule était fils de Jupiter, et celle qui le regardait comme étant fils d'Amphitryon : cela n'est pas probable. Ueyne a trouvé cette objection assez grave pour supposer tout ce passage relatif à Hercule, interpolé par des rhapsodes qui l'auraient tiré de quelque poème sur Hercule (4). Je partage tout-à-fait cette opinion.
(1) a vol. in-ia, Paris 1767; voyes sutoat les pag. x86 et 217 du premier toL , première partie.
(a) a. Iliad. •', 396 $', !i65 t', io5 seqq.
(3) Qd. X' a65. Au cujet de ce passage voyez les observ. sur le v. a68 du onzième ch. de TOdyssée, où je rapporte l'opinion probable de M. Knigbt. L*autear deê Argouantiqaes, connu sous le nom d'Orphée , a suivi la même tradition : « Je vis d'abord le divin Hercule qu*enfanta « Alcmène après s'être unie k Jupiter ( Cf. Argon. , v. x 16 ).
(4) Heyn., observ. in Iliad. V9 v. 39a. M. Knlght supprime depuis le V. 384 jusqu'au v. 4o5 , c*est-&*diire tout ce qui a rapport aux divers exemples tirés de Mars, de Jonon, et de Plnton, que Diooée raconte à Yénns pour la consoler.
SUR LE CHANT VI. a65
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