SUR LE SEPTIÈME CHANT
DE L'ILIADE
[v. 26.] Est-ce pour faire pencher en faveur des Grecs la victoire inconstante ?
Larcher observe (i) qu*Hérodote a rendu la même idée lorsqu'il a dît : JyrtG6iv ^% trtpoioÛTO ro viûcoç, alors le combat fut changé (iy. Je trouve la pensée d'Homère plus juste et plus naturelle , parce que c'est bien réellement la victoire qui change de parti , et non pas le comèat.
Au reste, M. Knîght supprime les v. 26 et 17. Ce qui le prouve » dit-il, c'est qu'Homère aurait écrit ^6-^ au subjonctif, et non point ^ttç par contraction (3). H supprime aussi les vers 3o-3i et Sa , et pense que c'est le mot oii(&tpcv écrit en marge qui aura donné lieu à cette addition (4). Ces conjectures ne sont pas sans probabilité, mais elles n'ont pour elles aucune autorité ancienne.
[v. Sa — 3.] CSar il n*est pas encore dans ta destinée de mourir, et d atteindre le terme fatal : j'en suis instruit par la voix des immortels.
Dans l'édition de Venise le vers 53 est marqué d'un obel, signe
(i) Hîst. d'Hérod. trad. par Larcher. , t. Y , p. 439 j deuxième aditioii (a) Hérod. VII, § a«5.
(3) Koight net. in Iliad. in\ 26-7.
(4) Knight net. in Iliad. W • 3o. Cf. tezt. ad h. v.
SUR LE CHANT VII. 3i3
d'interpolation , et la scholîe qui 8*y rapporte s'exprime ainsi : oMrcti ' ^ik rnç (ucvrix^ a&rûv ouvwtv , àc i fpvrrau Heyne trouve cette acholie obscure : elle ne le sera plus , ainsi que me l'a fait observer M. Boissonade, si on fait rapporter àOttrai au vers 5a : « car il « n'est point dans ta destinée de mourir. » Alors la suite de la phrase serait : « Va provoquer le plus vaillant des Grecs à com- « battre seul contre toi , car c'est là ce que j*ai appris par la voix « même des dieux immortels. » De cette manière le sens est en effet bien meilleur; et la fin de la phrase ^tàrôc {tavrui);, x. t.» se rapporte seule au v. 53 comme explicative. Un autre motif de rapporter le verbe ÂftilToiiau v. 5s, c'est, comme l'observe Heyne , parce que, i^ les dieux n'ont point dit qu'Hector ne dût pas mourir dans ce combat ; it^ parce que ces paroles d'Hélénus sont en opposition avec ce que dit Hector plus loin (v. 77), lorsqu'il règle les conditions du combat dans le cas où il viendrait à mourir. Enfin il observe que le vers 53 est cité par Plutarque (i). Le retranchement, s'il y en a un, doit donc tomber sur le vers Sa , et dans tous les cas le v. 53 doit rester. M. Knight les conserve tous les deux, malgré le mot ^àp répété au v. 5a et au v. 53» ce qui me semble encore être un motif de supprimer le vers 5a.
[▼. 58.] Cependant Apollon et Minerve placés sur le hêtre semblables à deux vautours.
Heyne a fort bien observé qu'il ne faut pas entendre ici qu'Apollon et Minerve se changent en vautours , mais qu'ils se placent sur le hêtre comme le feraient deux vautours (a). C'est ainsi qu'on doit expliquer le passage de VOdjrssée où il est dit que Minerve se place sur une poutre comme une hirondelle (3). Ce sont des comparaisons qu'emploie le poète pour rendre l'image plus sensible. J'ai déjà fait observer que ces sortes de métamorphoses n'étaient point dans la mythologie homérique (4)<
(i) De Socr. Geoi., t. VIII, p. 344, édit. Rdsk., Cf. Heyn. chas, iniliad. Tn,53.
(a) Heyn. ohas. in Iliad. YU, v. 58.
(3) Ody. x',a4o.
(4) Voyez les obM. sur les ▼. 14 et 611 dn premier chant de llliade.
3i4 OBSERVATIONS
[v. 86.] Sur les rivages du vaste Hellespont.
J*ai induit, avec tons les interprètes, «Xartî ÈXXd^itovtm par Se vaste Hetlespomt, Cependant d*après Athénée, ou du moins abréviateur , il faudrait traduire VHeUupont saie. Je vais citor propres expressions , qui sont très - précises : ^taçtXXii ^i [6{A3Bpoc] xat iXuxii ii^ttp àn^ irXartoc * rov (Atv ÈXXqoirovrov tlvai Xc^mv «Xoitûv (t^ « Il distingue [Homère] Teau douce de l'eau salée [ivh ^Xxrioç ] , « en disant que THellespont est sale [irXaruv]. > Hésychius donne la même interprétation (s) , et Casaubon (3) cite plusieurs passages d'Aristote où Tadjectif icXatùc est pris dans le même sens (4). Malgré ces autorités , je persiste à croire qu'il faut dire ici le «aiAr Hellespont et non VHeUespont sale'. Peut-être dans la suite aunt-t-oa pris le mot irXa-riiÇf l^g^t pour synonyme de mer, comme nou» disons en français d'un vaisseau qyC il court au large ^ pour exprimer qu'iï ^0^110 la hatUe mer; alors u^ttp irXaTii, Veau large ^ aura signifié Veau de la mer, et par conséquent Veau salée. Quoi qu'il en soit d'une telle conjecture, je regarde cette dernière acception du mot irXfliTÙc , comme très-postérieure à Homère.
A l'occasion de ce vers 86 , les petites scholies racontent une aventure que Ton trouve aussi dans Apollodore, mais avec des circonstances différentes , pour donner l'origine du mot Hellespont. La voici en ^substance : Phrixus et Hellé , ^fants d'Athamas , furent préservés par les dieux de la fureur de leur père , qui voulait les faire périr sur le faux rapport d'un oracle. Alors un bélier à la toison d'or s'offrit à eux, et, portés sur son dos, ils s'enfuirent à travers les airs ; mais Hellé , ne pouvant se soutenir , tomba dans la mer qui de son nom fut appelée Hellespont. Phrixus aborda dans la Colchide (5).
Ces sortes de fables n'appartiennent point aux temps homériques. Il est, au reste, très-difficile de déterminer quelle est l'origine des noms propres ; elle remonte à une antiquité dont il ne
(i ) Adien. Deipn. epit. lib. Il , cap. 4 > p* 4* 9 B. (a)« Ad V. icXaTu et «Xarù û^up.
(i) Animadv. in Athen. ad l. c.
(4) Metereol. , lib. II, cap. xix , p. 55&et 55? , éd. Daval.
(5) Brev. sch. in Iliad. vi' , 86 ; ApoUod. Bibl. 1,9,9.
SUR LE CHANT VII. 3i5
reste aucun monument, et ils tiennent pour la plupart à des cir» constances qu*il serait, je crois, téméraire de vouloir expliquer.
[y. 90.] C'est là ce qu'on dira y et ma gloire ne périra jamais.
Tonte la fin du discours d'Hector est d'une admirable beauté ; cette pensée , que dans l'avenir on parlera de sa gloire , que rie voyageur , en voyant un tombeau , s'informera de celui qui y repose et quel fut son vainqueur, suffit seule pour l'engager à rendre aux Grecs la dépouille de son ennemi s'il peut en triompher. Le sentiment de l'avenir est un des traits particuliers au caractère d'Hector ; c'est ainsi qu'au sixième chant de V Iliade , en prévoyant les malheurs d'Andromaque , il s'écrie comme en cet endroit : uc «crt TK i^iu « voilà ce qu'on dira peutr«tre (i). » L'expression des souvenirs que nous laissons après nous a toujours beaucoup de charmes, parce qu'elle tient au sentiment même de notre immortalité.
Cicéron , dans un Traité sur la Gloire , avait traduit ainsi ces trois vers :
Hic aitus est , vif se jampridem Inmina linquens Qui quondam Hectoreo percuisus concidit ense , Fabitur haec aliqiiis. Mea semper gloria vivet.
Cette version est bien inférieure à la touchante poésie d'Homère. Aulu-Gelle , qui nous a conservé ce passage ,' observe que Cicéron s'est trompé en attribuant à Ajax ce que notre poète fait dire à Hector (a).
Sophocle, dans Electre , emprunte la dernière pensée à Homère. Electre , pour engager sa sœur Chrysotémis à seconder ses projets contre Égisthe , lui dit aussi qu'on célébrera cette action , qu'en voyant ces deux sœurs chacun exaltera leur courage , et s'écriera qu'elles méritent l'amour et le respect, qu'on doit les honorer dans les fêtes, etc. «Voilà ce que tout homme dira de nous, ajoute
(1) niad. C' 46a.
(a) Aul. Gel. Noct. Att., Itb. XY, cap. 6.
3i6 OBSERVATIONS
• Electre ; el pendant notre vie , ou après notre mort , la gloire ne « nous manquera pas. •
Toiaûrà roi vm n&i rtç iÇtpit ^otmv Z«*oaiv 6xvou«o»v 6* &çt (Avi *xXiiriIv Moç (i). Je n'ai pas besoin de faire remarquer combien Texpression homérique est plus simple , plus rapide.
[y. 99.] Ah ! puissiez-vous tous j anéantis , être réduits
en poussière.
Mot à mot : ■ soyez tous de la terre et de Teau. » Les commentateurs disent que Ménélas entend par là que ces guerriers devraient retourner à leur nature première, aux éléments dont ib sont composés , et ils citent à ce sujet ce vers du philosophe Xénophane , qui a beaucoup de rapport avec celui d*Homère :
Uwrtç ^àp laCuc Tt xal û^aroc 2x']^yo[ii5a (9).
« Car nous sommes tous nés de la terre et de l'eau. • H est probable que le vers d'Homère , né peut-être de l'idée exprimée par Xénophane , était devenu en quelque sorte une tournure proverbiale dans les imprécations, pour exprimer l'anéantissement de l'individu.
[y. 1 17.] Et ce guerrier, quelque intrépide qu'il soit.
Mot à mot : « quoique insatiable de guerre. » Homère a quelquefois ailleurs employé la même expression (3). Virgile l'a paraphrasée ainsi :
Quos nulla fatigant
Pnriia , nec victi possuDt absistere ferro (4).
Horace la rend avec plus de hardiesse , lorsque , s'adressant à Mars, il dit :
Heu nimis longo satiate ludo (5).
Par ludo il entend Us jeux sanglants dt la guerre»
(x) Elect. 984 , éd. Bnmk.
(a) Brev. Schol. et Schol. venet. in Iliad. iq' 99 ; Enstath. , p. 668 , 1.6s.
(3) niad. c', 388, V 639.
(4) JEn. XI, 3o6.
(5) Lib. I, Od. 3, V. 37.
M. Knight supprime ce vers et les deux suivants qui comprennent la fin du^idiscours d'Agamemnon. Le motif sur lequel il s'appuie , c'est que la première syllabe d'ài%vhç ne peut pas être brève ; car selon lui , dans le langage homérique , on doit écrire ce mot avec deux ^ (i). Cette raison n*est point sans force.
[y. I a 5.] Oh , combien gémira le vieux guerrier Pelée !
Hérodote non-seulement a imité , il a copié mot pour mot Homère, lorsque Syagrus, indigné qu'on donne le commandement à Gélon, roi de Syracuse , s'écrie : ^ xs ^ki'f oifMÂ^iitv 6 IliXoiri- JVk À^AfA^vMVy « oh, combien gémirait Agamemnon le Pélopide(9) ! » J'ai déjà eu l'occasion d'observer combien Hérodote était près d'Homère » et combien sa prose rendait plus littéralement notre poète que les vers de Virgile (3). Racine semble aussi avoir voulu imiter le mouvement de cette phrase :
Oh , combien frémira son ombre épouvantée (4)!
[v. i3a.] Que ne suis-je encore dans ma jeunesse.
Toutes les fois que Nestor exprime ses regrets sur les jours de sa jeunesse , il emploie la même tournure (5). Virgile a rendu aussi cette idée ; mais , ce qui ne lui est pas ordinaire , il n'a point pris le mouvement de la phrase homérique. Ainsi le vieux Entelle, comme Nestor , déplore son ancienne vigueur :
Si milii,qu» quondam fuerat, qaaque improbus îste Euultat fidens, si nunc foret illa juventas(S).
Au huitième livre , Évandre dit à son fils :
O mihi pneteritos referat si Jupiter annos! '
Qnalis eram, quum, etc. (7).
(x) Knight not. in Ilîad Wf 1x7* (1) Herod. Itb. VII , J xSg.
(3) Voyez ma note rar le v. 164 do troisième chant de l'Iliade.
(4) Phed. act. IV. se. 6.
(5) niad. V, 669 ; f Sag, etc.
(6) JEn, V, 397.
(7) ^n. VIII, 56o.
L'exclamation de Nestor peint plus vivement ce qu'il éprouve que les formes employées par Virgile. Homère est surtout le peintre de Famé.
[▼. 1 33.] Comme aux jours où sur les rivages du rapide Céladon.
On a reqiiarqué dans cette phrase que les Py liens et les Arcadiens combattaient à-la-fois sur les bords du Céladon, qui était loin de la ville, et du Jardanus , qui en baignait les murs. Pour résoudre cette difficulté , quelques critiques veulent qu'on prenne le mot xtXà^cvn (fetentissant) non point comme un nom propre, mais comme une épithète (i) : mais alors vous auriez deux épithètes de suite sans substantif qui s'y rapporte ; ce n'est pas probable. Heyne dit que rien n'empêche de supposer qu'Homère, par une licence poétique, ait pris l'épithète xeXd^cvri, retentissant^ pour le mot même àefleupe. Ainsi <ir* MxupoM xiXqî^ovti voudrait dire i près JTum fleuve rapide (a). Je crois bien que ce nom de xiXâ^ttv a été donné à un fleuve à cause du bruit retentissant de ses eaux , mais je ne crob pas que le mot retentissant ait jamais signifié tout fleuve en général. Il est beaucoup plus naturel de dire avec le même critique, que les rivages du Céladon étaient l'endroit où l'on se battait, et que la ville arrosée par le Jardanus se trouvait à quelque distance (3).
Strabon dit qu'au lieu de Céladon il faut lire Alcidon; au lieu de Pftée ou Phea^ il faut lire Ckaa (4). Didyme et Phérécide lisaient Phèra (5) , et Dardantis au lieu de Jardanus (6).
(i) Brev. Sch. Iliad. v>' , i33 et Sch. Ten. td. 1. c. (a) Heyn. obss. ad Iliad. VU, i33.
(3) Heyn. obss. 1. c.
(4) Stiab., lib. TIII , p. 348.
(5) Les antean de la tradnctîon française de Strabon cmt , â ce sajet , Ait one correction très-heureuse an texte de la SchoUe de Venise , qui donne l'opinion de Didyme et de Phérécide. ( Voyez la Géogr. de Strab. tnid. du grec en français, t. III ^ p. 171 , n. 4. )
(6) Sch. Ven. ti', i33.
[v. 143-] Lycurgue le tua par ruse et non point par la force.
M. Knight pense avec quelque raison que toute cette histoire de Lycurgue qui se lie péniblement avec le reste , aura été interpolée; et que sans doute elle aura été tirée de quelqu'autre poème (i). On conçoit que des rhapsodes qui récitaient les poésies d*Homère aient pu ajouter les vers qu'ils savaient sur un autre héros, quand par hasard il en était question dans le morceau qu'ils chantaient. Ces sortes d'interpolations qui remontent trèshaut sont encore une preuve que les poèmes d'Homère n'étaient pas écrits dans le principe. Car les idées qu'un auteur a fixées lui-même par l'écriture, prennent un caractère trop positif, trop immuable , pour qu'on puisse ainsi y adjoindre un épisode postiche qui cadre mal avec l'ensemble de la narration. Voici, en faisant le retranchement des huit vers que rejette M. Rnight, quelle serait la suite du discours : « A la tête des guerriers d'Arcadie
• était Éreuthalion , héros pareil aux dieux ; il portait sur ses épaules « l'arme du roi Areîthoûs , du terrible Areîthoûs que les hommes « et les femmes nommaient le guerrier à la forte massue ; car ja- « mais il ne combattit avec l'arc ou le javelot, mais armé d'une « massue de fer, il renversait des phalanges entières. Éreuthalion « possédant les armes de ce héros, provoquait les plus illustres
• guerriers (a). •
[v. 1 5o.] Qui I possesseur de ces armes , provocjuait les
plus illustres guerriers.
Sur la foi d'un manuscrit, Bamès après le vers i5o en ly'oute un que tous les autres éditeurs ont rejeté , le voici :
En l'admettant, le sens serait : « il provoquait les plus illustres « guerriers à lutter contre lui dont un combat terrible, » Ce vers qu'on retrouve deux fois dans ce chant (3) , et une fois au troisième (4),
(i) Knight, net. in Iliad. n'* 142.
(a) T. I, p. ai3-i4 de ma tnductioD.
(3) V. 40 et 5i.
(4) V. ao.
iM il se trouve un exemple où l'adverbe icot« est pris pour une action qui s'est passée la veille. C'est lorsque Philétius frappe Ctésippe l'un des prétendants et qu'il lui dit: « reçois ce don d'hos- « pitalité pour le pied de bœuf que tu donnas hier ( h iror* I^mxoc)
• au divin Ulysse (i). » Heyne en cite un autre exemple pris dans le quatorzième chant de V Iliade (2). Ce même critique désapprouve entièrement la critique du-scholiaste de Venise qui prétend qu'on doit retrancher ce vers. « Voilà, dit-il 9 un exemple évident de ces
• sortes de suppressions qui ne proviennent que du faux jugement
• des grammairiens , et qui ne s'appuient sur l'autorité d'aucun « manuscrit (3). • M. Enight n'a point admis non plus le retranchement proposé.
[v. 164 — 6.] Cours à ta perte, fille timide : ne crois pas que je te laisse franchir tes tours ni entraîner nos épouses dans nos navires; auparavant je te donnerai la mort.
Selon la scholie de l'édition de Venise qui se rapporte au v. 164» les trois vers 1 64-5-6 doivent être retranchés, parce qu'ib sont d'une versification faible, et aussi parce que cette expression du V. 166, Tot ^aîfiova ^ciao , pour je te donnerai la mort, n'est point homérique. Zénodote écrivait : toi iroTjiAv i^aw (4) , Je te lancerai la mort, leçon que Heyne trouve préférable (5). Les petites scholies disent que dans la phrase critiquée , l'adjectif xoixbv est sous-entendu , et qu'il faut lire : roi ^ai^ova xaxov ^Mau , Je te donnerai un sort funeste (6). Heyne observe qu'Homère s'est servi de l'expression ^^{Acv 6avaTov , donner la mort (y), Aristophane supprimait aussi ces trois vers (8). Heyne approuve ce retranchement M. Knight ne les
(1) Od. x' , «90. (a) mad. Ç, 45.
(3) pbss. in Iliad. YIH, xo8.
(4) Sch. Yen. 6*, 166.
(5) Heyn. obas. in fliad. THI , 166.
(6) Brer. Sdi. Uiad. 0*, t66.
(7) nud. t', 571 , et 567 , Vet. cd,
(8) Scb.Ven. 0', 164.
du .qpuslques ven plus bas (i). Il est bien sûr que sî à cette époque l'écriture eût été inventée, on n'eût pas eu recours à un tel expédient Je répéterai ici ce que j'ai dit à Foocasion de la monnaie (3) : quand Homère ne parle pas d'un art pratiqué par la suite, c'est déjà une forte présomption de croire que cet art n'était pas encore connu de son temps. Mi^s s'il décrit une circonstance où l'usage de cet art doit trouver naturellement son application, et qu'alors îi emploie un moyen beaucoup plus compliqué et beaucoup moins satisfaisant, la présomption se change en certitude; il ne pe;ut plus y avoir de doute. Au reste, tous les anciens critiques sont d'accord sur ce point ; les petites scholies, au mot ioiip.^vTO, disent positivement : « il est clair d'après cela que les « anciens héros ne connaissaient pas les lettres (3). » EustaUie (4), et le scholiaste de Venise (5) , font la même réflexton. £Ue doit se présenter incontestablement à tous ceux qui liront Homère sans prévention pour y chercher ce qui s'y trouve réellement et non ce qu'on veut y voir.
Cest cette manie de tout expliquer dans un système donné , qui a fait dire à un ancien grammairien que ai le héraut n'avait pas reconnu le nom d'Ajax , c'est que les lettres chek les Grecs de ce temps-là avaient des formes et des noms diUérents (6). « Ainsi, m dit fort hksk M. Wolf 1 tandis que nous chetehons un alphabet
• avec un si grand soin, ce critique en trouve autant que de peu-
• plades dans la Grèce (7). • Certes , dans un embarras pareil , Agamemnoo aurait bien dû songer à avoir un truchement , comme il avait un devin attaché à son armée.
[y. 1940 Implorez silencieusement en vous-même Jupitar, puissant fils de Saturne.
Aristophane et Zénodote retranchaient les cinq derniers vers de
(i) y, i83 seqq.
(a) Toyes ma note sur le v. a35 da sixième chant de l'IUad.
(3) Brev. Sch. u', 175.
(4) £iiat.,p. 674, 1. 35.
(5) Sch. Ten. n', 17$ et 187.
(6) Sch. Yen. V, x85.
(7) Prol^gom. ad Homer. , $ XIX , n. 44 , p. 8a.
ai
3aa OBSERVATIONS
ce discoon (igS — 199), parce que, disaient-îb, Ajax s'y contredh d*iiiie manière ridicule (i). Cette critique me parait non seulement trop rigoureuse , mais injuste. Sans doute l'usage était de prier bas en certaines occasions ; alors ce derait être la |Mremière pensée du héros ; mais sitôt qu'il peut croire qu'on attribuera ce silence à la crainte, il s'écrie : nom priez à haute voix^ nous me erui' gnont personne. Ce n'est point là se contredire. M. Knight n'a point adopté ces vers dans son édition , il les trouve peu convenables an caractère d'Ajax (a) ; je suis étonné de cette opinion. Car le v. 198 semble confirmer la doctrine du digamma (3) , et c'était une raison pour M. Knight de regarder ce vers comme authentique.
Dans la transcription de ce vers 198 , j'ai suivi la leçon d'Aristophane (4), adoptée par Wolf : c&^è (ùv {^ptni et non tnèi T* àï^piivk 9 comme toutes les autres éditions. La leçon de Wolf me parait être la meilleure, sans aucun doute; en voici le sens que je rattache à ce qui précède : « nul à son gré ne pourra me dompter ni « par force ni par ruse, » ( Par adresse ^ par habileté , car c'est là ce que signifie {^piin.) Voici maintenant le sens de la leçon suivie par les autres éditeurs : « nul à son gré ne pourra me vaincre, ni par force, • ni par Impériiie. » C'est-à-dire à cause de mon impérîtie, de ma maio' dresse \ etc. Je trouve que ce dernier sens n'est pas soutenable.
}ieyne , à l'occasion des changements qu'a éprouvés ce membre de phrase , suppôt que dans le principe on a écrit , ou plutôt prononcé oO^i Ti Fi^piî^p (5) , qu'ensuite par ignorance du digamma on aura mis o6^< Tt t^ptiip ; et comme le vers péchait contre la mesure , on aura corrigé ov^i t' it^pti^. Mais Aristophane le grammairien I mécontent avec raison du sens que donnait cette correction, a substitué o^i {&iv i^peivi, leçon qu'a suivie Wolf; contre Uf|urlle , cependant , il reste à dire que la particule piv est ici hiHiucoup moins selon les règles de la syntaxe, que la conjonc-
(1) Rch. Ten. a'» 195.
(s) Not. tn nUd. a' 195-9.
(!)) Voycs ma note sur le digamma, v. 17a du qmnaème diant de rilUda.
(4) Sch. Yen. a', 198.
(5) Hayn. obaa. in Iliad. VIT , 198. La première copjecmre de cette Iroon avec le diganma appartient â Bentley , comme ledit Heyne a rca* droit oIl4.
SUR LE CHANT VII. 3a3
tion Ti qui serait conservée en adoptant Torthographe avec le digamma. M. Boissonade a suivi la leçon de Wolf.
[v. 21219.] ^^ ^^ héros reste auprès de ses navires, irrité contre A|[amemnon, pasteur des hommes.
Heyne serait d'avis de 'retrancher les quatre derniers vers de ce discours d'Ajax (v. 229 — 3i) (i). Heyne n'en donne pas d*autre raison , si ce n'est qu'ils lui paraissent avoir été ajoutés par quelques rhapsodes; et j'avoue que je suis tout-à-fait de son avis. Le goût seul est juge en cette matière. M. Knight les retranche aussi de son édition sans apporter d'autre motif. — Il faut remarquer que les V. 939 et i3o ci-dessus se trouvent déjà au second chant 771 et 771. Il faut remarquer aussi que ce passage a beaucoup d'analogie avec un autre endroit du second chant ou se trouvent neuf vers supprimés par Zénodote , et qui de même ont rapport à la retraite d'Achille (s.
[t. a54-J Hector s'incline ^et se dérobe à la mort cruelle.
La scholie de l'édition de Venise qui se rapporte aux vers aSS et i56 dit que quelques grammairiens, entre autres Zénodote» les supprimaient ; cette scholie ajoute que dans ce cas la Eaison du dis" eoun se faisait ainsi. Mais elle ne donne point cette liaison , et malheureusement le texte de la scholie est altéré en cet endroit Ce qui est certain, c'est que, si l'on bupprime les vers 355 et 356, il faut aussi supprimer le vers 367, qui n'est qu'une suite de la phrase. Alors il faudrait lire : Hector s'incline et évite la mort cruelle. Le/ils de Priam, etc.; ce qui fait une suite de discours mal liée. M. Knight n*a point admis le retranchement de ces deux vers, qui se retrouvent au chant cinquième de VlGade (3). Il faut remarquer
(i) Heyn. obM. in Iliad. YII, 338.
(3) Yoya ma note rar le v« 685 du second diant.
sion convenable pour des animau». Heyne dit que les Arabes , les É^ptiens et les Africains sont dans l'usage de donner du vin aux chevaux (i) ; il n'en regarde pas moins le vers comme interpolé. Mais j'ai déjà parlé de son opinion sur tout ce passage (^).
[v. 193.] Ce bouclier d'or dont les poignées mêmes sont d or massif.
J'ai traduit ^t poignées le mot xavGvaç, n'ayant pas d'expreaaion qui rendit mieux la pensée. Ces xavoviç étaient des espèces d'anses adaptées dans la partie creuse du bouclier» dans l'une on passait le bras et l'on empoignait l'autre avec la main. Cest ce que l'on a nommé dans la suite rà Sj/vêa (3). Le nom a changé, mais cette manière de tenir le bouclier était trop naturelle , pour qu'elle ne soit pas aussi ancienne que le bouclier lui-même. U n'eût pas été possible de s'en servir autrement
^^^tm*m^ i m^0^
[v. 202.] Ton cœur sera-t-il sans pitié pour les Grecs expirants ?
Athénée raconte qu'anciennement dans les festins les convives avaient coutume de se proposer des questions singulières sur les vers d'Homère (4). Ainsi, par exemple, il fallait trouver un vers dont la première et la dernière syllabes réunies donnassent le nom d'un ustensile quelconque , comme dans le vers aoa ci-dessus , où la première syllabe d'ÔAXupL^Mv jointe à la dernière de 6uMÔS forme ^oç, qui signifie un mortier ou fin wue à boire, ainsi que l'expUque Athénée lui-même (5). Quelquefois ces deux syllabes devaient donner un nom propre; ou bien le vers devait commencer et finir par la même lettre , etc., etc. (6). Athénée noua apprend qu'une grande habileté, en ces sortes de jeux, était une preuve de
(i) Ob«. in niad. TIII, 189.
(a) La note précédente.
(3) Herod.,Ub. I, $ 171.
(4) Athen. Deipn., lib. X, c. aa, p. 458.
(5) Athen. Delpn., lib. XÎ, c. i3 , p. 494, B.
(6) Athen., lib. X , c. ai , p. 458, A.
SUR LE CHANT VIL 3a5
[▼. 321.] Mais le héros fils d'Atrée, Agamemnon , honore Ajax du large dos de la victime.
Le dos de la vielime éUuft k portMUi d'h«mD0iir, parce qu'elle était la plus copieuse. Voilà pourquoi Bomkre enploie le verbe ')^<patptv, que les petites scholies expliquent par èt^Mf honorabai. Athénée, en parlant des konneurs de la table déocmés aux pb» vaillants (i), rappcHie cet exemple d'Ajax qui fut honoré par le doi Jtnn bœuf; il cite aussi le passage de VOdysséû où Ménélaa donne à Télémaque et à Pisistrate k dos ^tm hcaïf (s), parée que même avant de les connaître il supposait qu'ib étaient d\ine race royale fivoc potfi- Xw»v (3).
Platon approuve beaucoup cette sorte de récompense accordée aux jeunes guerriers, et après avoir cité l'exemple d'Ajax ci-dessus, il ajoute : « une telle récompense est parfaitement convenable « pour un jeune guerrier , puisqu'elle sert à-la-fois à l'honorer et « à augmenter ses forces (4)« •
J'ai rendu les mots v»Toun ^lYivix^ttfai par U large dos; il faut remarquer d'abord qu'ils sont au pluriel ; les Grecs disaient Us dos comme nous disons Us nuu, U faut remarquer encore que le mot ka^e ne rend pas toute l'idée de l'adjectif ^taiivtxnÇf qui signi' fie proprement : condnuel, sans interruption. Virgile a pu faire passer en latin toute l'-expression d'Homère, lorsqu'il a dit:
Yescitiir Maeês , ûmul et trojana ju ventus Perpetui tergo bovis (5).
Seulement observons pour la vingtième fois que Virgile ne s'attache point aux mœurs héroïques, et qif il donne à toute la jeunesse troyenne une part d'honneur qui, dans Homère, n'aurait été cédée qu'à l'un des premiers héros de l'armée:
[y. 333.] Nous livrerons les corps aux flammes.
J'ai déjà remarqué que c'était une honte chez les Grecs de livrer
(i) Athen. Deipn. lib. I, C. n, p. i3 , E. F. (a) Od. ^, 65.
(3) Ody. è\ 63. ••
(4) Reipab. lib. V, t. VII , p. 4^ bip.
(5) JEn, VIII, i8a.
3a6 OBSERVATIONS
les cadavres aux bétes, et qu'au contraire c'était un usage reçu chez les Perses (i) ; pour continuer l'opposition entre les idées de ces peuples relativement aux sépultures , il (aut observer que les Perses avaient horreur de br&ler les cadavres, ce qui, pour les Grecs y était un devoir indispensable. Hérodote rapportant les mauvais traitements que Cambyse fit subir au cadavre d'Amasis , termine par ces mots : « enfin Cambyse ordonna de le brûler, « donnant ainsi un oVdre impie, car les Perses pensent que le feu « est une divinité (a). • Voici la traduction d'une épigramme de Dioscoride qui se rattache au même sujet : « Ne brûles point le «corps d'EuphratèSy ô Phylonyme, ne souillez point le fea à
• cause de moi. Car je suis Perse par mes ancêtres, et même je suis « Perse de naissance, ô mon maître. Souiller le feu est pour nous « plus aflreux qu'une mort funeste. Hais après m'avoir enveloppé, « livrezHDoi à la terre; ne lavez point mon cadavre, car, ô mon « maître, j'honore aussi les fleuves (3). » Clitarque disait aussi que les Mages regardaient comme une impiété de brûler les cadavres (4).
[v. 334*] Afin que chacun rapporte les os des guerriers à leurs enfants
Rien ne prouve mieux l'importance qu'on attachait aux dépouilles mortelles des parents , que cette loi des Égyptiens citée par Hérodote , laquelle défendait d'emprunter, à moins qu'on ne donnât pour gage le corps de son père. « A cette loi , poursuit Thisto-
• rien , on ajouta que celui qui prêtait était maître de la sépulture « de l'emprunteur, et que si celui-ci , malgré le gage , refusait de
• solder la dette, il était exclu du tombeau paternel ou de toute m autre sépulture , et lorsqu'un des siens venait à mourir, il lui « était défendu de l'ensevelir (S). »
Cet usage de rapporter les os des morts remonte à la plus haute antiquité ; dans l'Exode il est dit que Moise emporta les os de
(i) Yoyez ma not« sur le v. 4 du premier eh. de l'Iliade, (a) Herod. lib. m , $ 16.
(3) Analcct. Poet., 1. 1, p. 5o3, éd. Bnmk.
(4) Diog. Laër. Proem. , p. 5, $ 7»
(5) Herod. Ub. Il, $136.
SUR LE CHANT VIL 3a7
Joseph. • Et Mone emporta aussi avec lui les os de Joseph, selon « que Joseph l'avait fait promettre avec serment aux enfants « d*Isniêl , en leur disant : Dieu vous visitera , emportez d'ici mes « os avec vous (i). » Et au second livre des Rois : « David transporta m donc de là les os de Saûl et de Jonathas son fils » et ayant fait • recueillir les os de ceux qui avaient été crucifiés à Gabaom , il les « fit ensevelir avec ceux de Saûl et de Jonathas son fils , dans le « sépulcre de Gb père de Saûl , à Séla, au pays de Benjamin (i). »
[y. 33&] Élevons, donc hors du camp une tombe commune autour du bûcher.
J'avais traduit d'abord : élevons dans laplaine^en suivant le sens de iv iri^itt que portent toutes les anciennes éditions ; mais je crois qu'il est mieux de s'en tenir à la leçon de l'édition de Venise que j'ai adoptée avec Heyne , Wolf et Boîssonade ; Ix iri^tou , non loin du camp , comme semble l'avoir lu Eustathe qui donne cette explication dans ses commentaires (3), quoique dans le texte on ait conservé îv irt^ttt. Il est naturel de faire coïncider l'ordre que donne ici Nestor avec ce que dit le poète quand on exécute cet ordre , où il rapporte que les Grecs élevèrent la tombe commune hors du camp , ix. irt^ou (4).
M. Lechevalier prétend avoir vu les ruines de cette tombe commune élevée par les Grecs. Il la place avec Heyne sur la rive gauche du Si mois. « C'est, dit-il, un monceau de terre entrecoupé de fa- « briques intérieures , et couvert de blocs de marbre destinés sans • doute à l'orner autrefois (5). » Je serais bien tenté de croire que ces conjectures sont un peu hasardées; la raison admet difficilement l'existence d'un monument qui remonte à une si haute antiquité. D'ailleurs |es Grecs ne durent pas donner beaucoup de soli«
(x) Ezod. C. XIII, j^ 19.
(a) ]leg.,lib. II, C XXI ^jt x3 et 14.
(3) Eost. p. 684 V 1. i4«
(4) Ilîsd. u', 436.
(5) Yoyage de la Trotde , t. II, p. 275 - x8oa. Toyes aosti la carte de la plaine de Troie , dans le voyage pittoresque de k Grèoe par le comte de Choiseul-Gouifier, t. II , plan 19.
SUR LE CHAHT VIII. 35i
[v. 2166.] Et Teucerest le neuvième qui s'avance aimé ^ son arc fleadble.
J*ai rendu l'adjectif mtXtyrovcç ^rjlexièle, Cest là son véritable ns, et non celai que lui donne Henri Etienne : qui résiste; comme trc qui, lorsqiCon 'veut le tendre , fuit effort pour retourner en arrière (i). ' crois que Henri Etienne a mal interprété les petites scholies ai expliquent irocXtvrova par ttc To^taw rttvopieva (s), les ares qui r tendent en arrière. Ces mots ne doivent pas signifier que les arcs , par la force du ressort, avaient une tendance a retourner en arrière , mais qu'ib étaient assez flexibles pour être bandés des deux côtés, en arrière comme en avant. Eustathe ne laissç aucun doute à cet égard ; puisqu'on parlant de cet adjectif employé par Uéro- <lote à l'occasion des arcs que portaient les Arabes (3) , il dit que c*était un arc qui, de plus que les autres, pouvait se courber ou s'arrondir en arrière à cause de sa flexibilité, rp Mon (4). Ailleurs il explique l'arc /afin/on^, « un arc qui se couii)e des deux côtés « (<in ftoTfpa (upi) xXtvofAfvov), comme disent les anciens (5). Hesychius donne la même signification (6). Tous les traducteurs latins ont suivi le sens de Henri Etienne , et traduisent arcus remitentes, Heyne a traduit arciis resilientes. Je crois que le mot/lexiAle rend mieux la véritable pensée de l'original.
»^^^m^^ttmt^^
[y. 277.] Tous abattus sont entassés sur la terre féconde.
Ce vers, renfermé entre deux parenthèses par M. Wolf, ne se trouve point dans l'édition de Venise. Heyne dit qu'il peut avoir été transporté ici de quelques autres passages de VlUade où il est répété (7). Knight ne l'admet pas non plus.
(i) Thesaor. ling. grfec., t. HI, coL ia83.
(s) Brev. Sch. Hiad. 6', 266.
(3) Herod.,lib. yn,S 69.
(4) EiuUth., p. 375, 1. lo.
(5) Id., p. 71a, I. a3.
(6) Ad V. iraXtvTova.
(7) Hiad. pb', 194; «*, 418; Cf. Heyn. obn. in Iliad. TIII, 977.
SUR LE CHA^NT VIL 6ng
priées d»«ettx qui ¥Oiilaia|t Corriger les fautes qu'Us croyaient y trouver ; et ce pasaage-ci montre évidemment que souvent ces fautes n'existaient que dans la tâte du corrigmr, Knight n'admet point le vers 3S3.
[y. 38o.] Et les soldats prennent dans leurs rangs le repas du soir. *
Mot à mot : • Ib prennent le repas du soir dans Farmée rangée « par groupes. » L'édition de Venise ne donne point ce vers, et M. Wolf l'enferme entre deux parenthèses. Il se trouve dans d'autres passages de YlliéuU où il est plus con^nablement placé (i). Knight le supprime ici.
[v. 38 1.] Dès l'aurore Idéos se rend vers les navires.
Virgile suppose de même qu'une députation de la ville de Laurente vient auprès d'Énée pour demander qu'on rende les derniers devoirs aux morts , et les ambassadeurs se présentent au héros troycn:
Velati ramis oie» (a).
Tai déjà fait observer qu'il n'était point d'usage dans les siècles héroïques de se présenter en suppliant avec des rameaux (3) ; sans doute que du temps de Virgile l'olivier était déjà un symbole de paix, ou du moins de trêve.
[v. 4o6.] Idéus, tu Tiens d'entendre ce que te répondent les Grecs.
Mot à mot: «Idéns, toi-même viens d'entendre la parole des « Grecs comme ils te répondent » Les critiques observent (4) qu'Homère emploie toiiyours le mot &ipox^ivioftai pour rendre le sens du verbe répondre , tandis que dhroapt^iolat| qui est l'expression
(i) niad.V,7ii9; a*, ag».
(i) fin. XI, loi.
(3^ Voyez ma note snr le v. i4 dn premier cb. de TUiade.
(4) Brev. Sch. Uiad. n' , 407 , etc.
même grammairien Apollonius, mais ajoutent que c'est dans le catalogue des vaisseaux (i).
^im^^/m^^m^
[v. 3o6.] Comme dans un jardin, le pavot penche sa tête chargée de fruits et des rosées du printemps.
Rollin, à Toccasion «le ce passage, qu'il dit avoir été imité par Virgile, ajoute : • que le poète latin n'a pris du grec que l'idée, et - qu'il Ta extrêmement enrichie (a). » Voici les vers de Virgile : Purpureus veluti cum flos succisus aratro Languescit moriens; lassove papavera collo Demisere caput, pluvia cum forte gravantur (3).
Il faut observer que dans Virgile il y a deux comparaisons fort distinctes: celle d'une fleur coupée par la charrue, et celle des pavots chargés de pluie ; ce n'est que la seconde qui est imitée d'Homère. Celui-ci a pu dire que le pavot penche sa tête, mais il n'aurait point ajouté lasso collo, parce que son cou est fatigué, Virgile à son tour néglige cette circonstance minutieuse du jardin dans lequel se trouve le pavot. Catulle , sous ce rapport seulement , a imité notre poète:
Talis in varîo solet
Divitis domini hortulo
Stare flos hyacinthinns (4).
Et dans le chant nuptial :
Ut flos in septis secretns nascitur hortis (5). Il convenait au sujet de Catulle de peindre une fleur cachée dans un asile secret.
[v. 3 1 1 .] Mais elle s'égare ( la flèche ).
Virgile , pour exprimer la même pensée , au lieu de ces mots si simples» la flèche s'égare , a dit :
* Excepere aura vulnus (6).
(x) Cf. Sch. Tenet. A. B. 6', 284 et brev. Sch. Iliari. 0', 384. (a) Traité des études, t. I , p. 447 , édir. Tie M. Letronne.
(3) lEïi. IX., 435.
(4) In Dupt. Joliae, v. 91.
(6) ^n. , IX , 745.
derniers devoirs (i). Il est vrai que ce désir ardent de ravoir les restes d'une personne chérie tenait à la barbarie même de ces premiers âges, où les hommes, dans la fureur de leur vengeance, outrageaient jusqu'au cadavre d'un ennemi (3).
Virgile n'a pas toujours senti de quel prix était pour les anciens héros les honneurs de la sépulture. Entraîné par son imagination, considérant bien plus la situation qu'il décrit que l'ensemble des moeurs héroïques, il fait dire à Anchise que la perte d'un tombeau est une chose facile à supporter :
fiicilis jactora sepulchri (3).
Ces idées , qui dans les temps héroïques eussent été une horrible impiété, étaient reçues du temps de Virgile. Sénèque a conservé ce vers de Mécénas :
Nil tamulum euro : sepelit nalura relictos (4).
Horace, s'adressant à ce même Mécénas, lui dit :
se sepulchri
BCitte supervacaos honores (5).
Avant enx,Ennîus avait recommandé qu'on ne l'honorât point par des larmes , et qu'on n'allât pas à ses funérailles :
Nemo me lacnineis decoret, nec fuDera fletu Facsit (6).
Cependant ce même Virgile , lorsque Didon prononce ses violentes imprécations contre Énée, a réservé pour la dernière et la plus forte qu'il mour&t sans sépulture.
Sed cmlal ante diem, mediaqne ùAumaUu arena (7).
L'auteur dé l'Énéîde n'avait point comme Homère une croyance réelle; toute sa mythologie est dans les fictions qu'il inventait.
(i) Toyes. tout le Tingt-qoatrième cfasnt.
{%) Voy. les obtcrv. nir le v. 338 do vingt-dcoxième chant de l'Iliade.
(3) JEn. n , 646.
(4) Senec. epbt. 9a , in cdc.
(5) Lib. II , ao , V. 24.
(6) Ennii. frigm. ed* HesseKo. Amst. 1707 ,p. 161.
(7) Mxk, rv, 6so.
m cule emmena le chien des enfers ) , ne donne aucun nom à ce m chien (i). » Il parait résulter de ces observations, mais surtout de celles faites par le schoUaste de Venise , que le nom de Cerbère n'était pas encore connu du temps d'Homère. Or, comme il se trouve nommé dans la Théogonie (a) , voilà encore une preuve que cet ouvrage est moins ancien que les poèmes d'Homère (3). Virgile fait aussi mention dans l'Enéide du nom de Cerbère :
Cerberus hase ingens latratu régna trifauci PerMoat (4).
Virgile lui donne trois gosiers , trifauci^ et Fauteur de la Théogonie suppose qu'il a cinquante têtes , irtyripcovroxapnivov (5).
pictoribus atque poetis
Qoidlibet aiidendi semper fuit cqua potestas (6).
[y. 'iyi — 2.] Car cette déesse embrassant ses genoux, et le flattant d'une main caressante, Fa supplié d'honorer Achille, fléau destructeur.
Ces deux vers sont marqués d'un obel dans l'édition de Venise, parce qu'il est inutile de raconter deux fois la même chose , surtout à Junon qui la sait déjà (7). Cette raison n'est pas d'un grand poids : toutefois Zénodote voulait qu'on les supprimât (8).
Aristarque blâmait l'épithète de irroXtiropSoç , destructeur des cités , donnée à Achille , parce qu'elle est plus particulière à Ulysse (9). Pourtant on la trouve quelquefois, dans Ylliade, appliquée à Achille (10).
(x) Lib. UI, c. a5.
(a) Theog., 3ii.
(3) Voyez les observ. aar le y. 4^0 du premier chant de VIliade, net. a.
(4) ^n., VI, 417.
(5) Theog., 3ia.
(6) An poet. , v. 9.
(7) Sch. Venet. 6', 371 et 37a.
(8) Sch. Veo. 1. c.
(9) Sch. Ven. 0', 56.
(10) Cf. nîtd. 0', 77 , mais ce passage a aassî para suspect ans anciens grammairiens, Hiad. 9', 55o; 8»',^o8.
• brouMailles. LeB ooldato enzHinéBies bodI chargé» ée Iminb fîur«
• deaus ; ainsi l'ordonoa Méripo (i). •
ToQt est décrit awec «ne rigoaretiae fidélité, et pas un détail ne parait iniUile. Les idées ne sont pas recherchées pour amener rhannooie, mais rharmooie prête heureusement son .secours pour mieux rendre les pensées du poète. U est un vers surlput ^pie je ne puis me défendre de citer, tant il «aiprîme avec justesse le pas des moles par des nantîci b roides et pénibles :
U suffit seulement d*épeler le grec pour sentir cette beauté d*imitation. •
[v. 443-] Les dieux, assis près de Jupiter maître de la foudre.
Ce vers et les vingt -un suivants, qui comprennent le récit de ce qui se passe dans TOlynipe , ont été regardés comme une interpolation }^ les principaux critiques de Técole d'Alexandrie. Ainsi Zénodote , Aristophane et Aristigrque (3) supprimaient cette assemblée des dieux. Voici les raisons qu'on trouve dans les scholies de Venise: i* parce qu'au commencement du douzième chant» lorsque le poète raconte la future destruction des remparts élevés par les Grecs, il en parle comme s'il n'en avait pas été question ici (4); 3* parce que dans le discours de Neptune en cet endroit, oe dieu dit que lui et Phébus ont bâti la ville de Laomédon (5), tandis qu'au vingt-unième chant de TZ/uK^e, ce même dieu dit qu'il fut seul employé à bâtir une ville auxTroyens , tandis qu'Apollon faisait paître les troupeaux (6). Ces raisons ne sont pas très-fortes. M. Knlght a remarqué dans ces vingt^eux vers quelques expressions qui n'ap-
(i) niad. 4^', V. iio, et seqq.
(3) Sdi. ven. V, 45i. Qaoiqne le texte de U sdiolie porte xat 06x0; Znvo'^oTOc, tt Zéiodote lui-même^ Heyne dit aveo mison qu'il faat lire AnstoTfWB , poiiqoe Zéoodote vient d'étra nommé.
(4) Sch.ven.D',443.
(6) niad. 9' , 446 , Cf. Sch. veo. ad h. 1.
SUR LE CHANT VlII. 357
quième chant (i). Quoique, dans le texte de rédition de Venise , ces vers 890 et 391 soient marqués d'un obel, Wolf ne les renferme pas entre deux parenthèses.
[v. 4^0*] Ainsi donc, que Minerve apprenne à ne point combattre votre père.
Le vers 430 et les quatre suivants sont marqués d'un obel dans l'édition de Venise : i^ parce que les trois premiers sont répétés textuellement par Iris , à laquelle Jupiter vient de les dire (a) ; 1** parce que , dans les deux derniers vers , Iris parle trop rudement à Minerve, qu'elle nomme xuov à^^tt;, chienne déhontée(3). J'ai déjà parlé de ces sortes de répétitions (4). Quant au mot chienne , j'ai eu aussi l'occasion de montrer que ce mot , dans Homère , n'avait pas l'acception odieuse qu'on lui a donnée dans la suite (5). On reproche enfin aux deux derniers vers, 433-4» de ne pas présenter un sens complet En effet , voilà le mot à mot de cette phrase : « Mais toi , audacieuse , chienne effrontée , si vrai- « ment tu oses porter ta longue lance contre Jupiter... > Gomme on voit, la phrase n'est pas terminée. Heyne donne les différentes corrections qui ont été proposées; j'y renvoie (6). Au reste, tout cet épisode où il est question de la résolution de Junon et de Minerve (v. 4^0-84 ) est entièrement retranché, comme je l'ai déjà dit, par Knight; il le regarde comme composé de lambeaux pris de divers autres endroits , ou peut-être de quelques anciens poèmes sur Hercule. Il observe en outre qu'une multitude de passages ont été marqués d'un obel par les anciens grammairiens (7). Wolf marque aussi d'un signe la fin du vers 349 ®^ ^^ vers 484 f pour indiquer qu'il tient tout cet épisode pour suspect. Dans ce cas , après ces mots de la traduction : > il a les yeux de la « Gorgone ou de Mars, fléau des mortels • , v. 349, il faut immé-
(a) y. 406, 407 et 408.
(3) Cf. Sch. Yen.6', 4ao et 4a 3.
(4) Voyez les observ. sur le v. 195 da quatrième chant de l'Iliade.
(5) Voyez les observ. sur le v. x8o du troisième chant de rUiade.
(6) Heyn., obss. inUiad., VIII. 4a3.
(7) Knight, not. in Hiad. 0', 45o — 84.
. totta •'éUil prirïpitée <kni POcéui , dc^ • t. 4t5.
[v. 44o.] Neprane dételle les counien.
Ici M duii ploiican antra pêtatgr», HoBcre noa Èneoi^atK • f ■■ ^"Mif U tim (i) , cpioiqiie uQmn cetl Dc loit ffii'iiiie épiihcte (i). Haï* il arriTC mnitoM ■ bmtc portr de transformer en noaii propns lesépitbètenfeqiielqnesdïfiiuUs. Aimi , noD •eulemeat radjecUf tvMoÎTatat , nan cens de f*Mix*« • (plia le même sens, de^misc, ^mitant U um. aoMUBrà Loor épithètes et noms propres (3). Le mi nom de NcpttMe ai frec est namiiiitt, du moin* ce mot-là n'esl-il jantaù prô adi^ctneinenL Juvénal, imitant Homère, a de mtme désïf^ JwfOMe par le nom de Emmâgaut. Il dit en parlant de Xctt» :
III— irr cbange aotai en dobi propra k* tfilhè^ de Mercure ei d'Apollon. Le piemwr, nomBé tfmSi «■ piMât iffiiac le^t IB no—» d"ifi»«TO»™e, qn'on ped >nihi> ^^ -««mr W>r- ^^ de Éfuû«u(, nà-Uile, frn-^r^pwr. Hsb ^m ae troUTenl MM esq^oréi comme ^tbèla [V- kfmi^cm c^ est déBgné par |M*pilbèl»<'«**''vr«''*'^**^- ^ ■" ~ ii^,deÀpT»p<i. ■nia;, j<B fw*» «" "" ^«rp— .■'-*» i ■"«■ «at pmdemiaie
Cf. Il.f'.=
. «-.. ï»3.odj. y, 1*9:
.1.1 «w <L ac iiumL),
pour les héros, qui conservent toujours leurs noms propres ou leurs noms patronimiques.
[v. 466*] Oui? nous éviterons les combats, puisque tu le désires.
Le V. 466 et les deux suivants ne sont point dans l'édition de Venise; voilà pourquoi M. Wolf les renferme entre deux parenthèses. Ces trois vers , dans les autres éditions , terminent un discours de Junon, lequel se trouve déjà au commencement de ce chant huitième, mais prononcé par Minerve (i). Quelques critiques supprimaient ce discours entièrement dans le premier passage (a). En général, ce chant huitième est un de ceux où l'on a remarqué un plus grand nombre d'interpolations. M. Knight, dans son édition, a retranché de ce chant deux cent vingt et un vers; c'est presque la moitié.
[v. 475 — 6.] Au jour où les deux armées, resserrées dans un étroit espace près de la flotte , combattront pour le corps de Patrocle.
La scholie de l'édition de Venise qui se rapporte aux deux vers 47^ — 6 prévient qu'ils doivent être retranchés, parce que, dans les vers précédents , Jupiter a suffisamment déterminé l'époque où Hector cesserait de triompher, en disant que ce ne serait que lorsque Achille s'élancerait de ses nuM/vf (3). La scholie dit en outre que tout ce qu'on ajoute non seulement est inutile à détailler » mais même n'est pas vrai, car Patrocle n'est point mort dans le combat où les Grecs furent resserrés près de leur flotte dans un étroit espace, et ce combat, dont il est parlé ci-dessus, n'eut lieu qu'avant l'arrivée de Patrocle (4). Voilà sans doute pourquoi Wolf a mis entre deux parenthèses les deux vers 47^ et 476.
(x) Gf.lliad. 6',3a-37.
(a) Voyez les obscrv. sur le v. a8 de ce chant.
(3) Cf., V. 473 et 474.
(4) Cf. niad. 0', 4a6.
M. Knîght , dans son édition , supprime cet entretien de Jonon et de Minerve , et en général tout Tépisode où il est question de ce qui se passe parmi les dieux. Ce retranchement comprend i35 vers, depuis le v. 349 jusqu'au v. 485. Il pense que par ce moyen la narration est plus rapide et mieux liée (i).
[v. 385.] Minerve dans les palais de son père laisse couler à ses pieds le riche voile aux couleurs variées.
Les vers 385, 386 et 387 sont marqués d'un obel dans Tédition de Venise , pour montrer qu'ib doivent être retranchés ici et ccmsrrvés au cinquième chant, où ib se trouvent répétés comme je Tai remarqué (a). On a vu aussi dans cette note que Zénodote, an contraire, les supprimait au cinquième, et les laissait subsister ici. Cependant la scholie qui se rapporte au v. 385 dit non seulement qu'Aristophane supprimait les trois vers, mais aussi que Zénodote ne les écrivait pas (3) ; ce qui ferait supposer qu'il ne les admettait ni au cinquième ni au huitième chant.
Je suis étonné que le vers 388 > et qu'elle-même a tissu de ses mains, > ne soit pas marqué d'un obel dans le texte, et que les scholies n'en disent rien. Comme il fait la suite de la phrase, je crois qu'il doit être retranché si l'on retranche les trois précédents. Voici , dans ce cas , quelle serait la liaison du discours : « Cependant Minerve, la fille du puissant Jupiter, monte sur le • char étincelant, etc. •
[v. 390.] Cette lance forte, énorme, terrible, avec laquelle Minerve renverse les phalanges des guerriers.
La scholie de Pédition de Venise, qui se rapporte aux vers 390 et 391, dit qu'ils doivent être retranchés, parce qu'ils ont été à tort transportés ici du chant cinquième (4). On pourrait le dire aussi du vers précédent (389), qui se trouve de même au cin-
(i) Not..în liiad. 35o-484.
(a) Voyez les obs. sur le t. 7 36 du cinquième chant de l'Iliade.
(3) Zuvo^OTCc ^à ouJà i-ypa^pey, Sch. Ven. d', 38/;.
(4) Iliad. 1', 746 et 747.
SUR LE CHANT VIII. 36i
tous les autres dieux , je chasserai ces dogues cruels qu'une funeste destinée condubit en ces lieux.
Voici le mot à mot des vers $37 et 5a8: «... Chasser d*ici les « chiens portés par les destinées , que les destinées portèrent sur « de noirs vaisseaux. » Le second de ces deux vers est inutile, puisqu'il ne fait que répéter littéralement l'expression qui termine le vers précédent [xYiptdot^opiiîrouç]. Voilà pourquoi il doit être retranché , dit le scholiaste de Venise (i); voUà pourquoi aussi Zénodote ne l'écrivait pas dans son édition (a) , et pourquoi enfin Wolf le renferme entre deux parenthèses.
Ruhnkenius, au contraire, dans la première épitre critique qui se trouve en tête de la seconde édition de l'hymne à Cérès (3) , justifie cette redondance comme étant particulière au génie d'Homère. Voici les exemples qu'il cite à l'appui. Au chant neuvième , Agamemnon promet douae chevaux vainqueurs dans les jeux (iAXwfôpouç), qui ont remporte' des prix à la course, 01 d^OXia iroootv âpovro (4). Au treizième, Idbménée dit : Je crains Énee venant d'un pied rapide^ èmorça. in^aç ^axiiv, et le poète ajoute immédiatement, 6t fAoi Imiatv , lui qui me poursuit (5). Ruhnkenius cite encore deux autres exemples pris dans Vodfssée (6). On pourrait discuter sur la parité des exemples que cite Ruhnkenius , mab il vaut mieux dire avec Heyne qu'il est impossible de déterminer d'une manière précise si ce qui nous parait redondant et superflu doit appartenir à quelque main moderne, ou bien au style, encore informe, et à la simplicité des hommes et des temps. H est sûr que le goût seul , un goût très -délié, et par conséquent un peu subtil, est la seule autorité en cette matière délicate.
[v. 534 — 4ïO J*enlèveraî les dépouilles sanglantes : demain il fera preuve de valeur, s'il résiste aux coups de ma
(x) Sch. Yen. 0', 5a 8.
(a) Scb. Ten. I. c.
(4) niad. i', xa4. M. Knight a sapprimé le vers 124, mais par me antre raison; il pense qn'dUtXo^'pouç n'est pas un mot homériqoe » et qn'ii faut dtOXo^'pouç ou plutôt dFcOXoçopouç ( not. in Diad. I , xa4 ).
(5) niad. v', 481, 489.
(6) Cf. Od. €, 64 et 65 , V 390 et 391.
36a OBSERVATIONS
knce; mais, j'ose le croire, dès Faurore il tombera le premier couvert de blessures , et ses nombreux compagnons autour de lui. Plût aux dieux que je fusse assuré d*étre immortel, de conserver toujours une vive jeunesse, et d*étre honoré à Tégal de Minerve ou d'Apollon, connue il est sûr que ce jour sera funeste aux Argiens.
Ivapa PpoToevra <pépa>pLai.
636 Auptov Y)v âpernv ^loeifferai, ei x epiov ey^^oç Metvv) 2irep^o{t6vov , ôXX* ev irpi&Tounv, oiu, KeiffSTat oùrqOcK, irdXéeç ^* i\L<f^ aÙTOv éToipoi, HsXiou ovtovTOÇ eiç aupiov. Et yàp ifixt iàç ETyiv oêOc^aToç xal âyilpaoç ^piatoe xavra,
640 Tiot|i.7iv ^', ù>{ Tier* ÀOyivoÎy) xoi ÀiroXXaiv, Ùç vuv lAptipT) >[^6 xoxov 9 £p6i ÀpyeioKnv.
rai cru devoir transcrire ici toute la fin du discours d*Hector» en y joignant le texte , pour faire comprendre le jugement des anciens grammairiens. Les uns voulaient que les vers 535, 536 et 537 fussent retranchés, et alors voici quel était le sens: « J'en-
« lèverai les dépouilles sanglantes demain au lever de Taurore.
« Plût aux dieux que je fusse assuré d*être immortel , etc. » Aris^ ^ tarque , Zénodote , Didyme et Aristonique admettaient la suppression de ces trois premiers vers (i). D'autres, au contraire, retranchaient les trois vers suivants 538, 539 et 54o; et dans ce cas voici le sens : « ^enlèverai les dépouilles sanglantes; demain il fera « preuve de valeur , s*il résiste à ma lance ; mais je crois qu'il « tombera frappé aux premiers rangs, et ses nombreux compagnons « autour de lui. C'est ainsi que ce jour sera funeste aux Grecs. » La cause de l'une ou de l'autre de ces suppressions est que la même idée se trouve répétée (a). M. Knight termine le discours d'Hector à ces mots : « J'enlèverai les dépouilles sanglantes , > et
(i) Sch. Yen. 6', 535, 536 , 537.
(a) Sch. Yen. 1. c.
retranche les sept vers suivants. Je vais donner ses motifs : « Ces « vers proviennent de cette manie d'amplifier, qui en a fait ima- « giner tant d'autres , surtout dans les discours. Ce que le poète « a composé, avec une (prande force et une très-convenable briè- « vetéy se trouve ainsi délayé jusqu'à satiété par l'insipide ba- « vardage des rhapsodes. Il parait que nous devons ces sept vers « à une double interpolation (i). » Je crois que M.Knight a raison.
[v. 547 — Sa.] Ils apportent de leurs demeures le pur froment , rassemblent de grands monceaux de bois, puis offrent aux immortels de solennelles hécatombes. Les Tents portent jusqu au ciel le doux parfum des sacrifices; mais les dieux n*y participent point : ils refusent ces offrandes ; car la ville sacrée d'IIion leur est odieuse , et Priam , et le peuple de ce roi guerrier.
SiTov t' ix {Aeyapcdv, ém iè ÇuXa mKkà, >L^yovTO.
Ép^ov i' âOovaToiai r&kinicacLç éxaTO[&êaç.
KvidiDQV è* ix xe^iou ave[i.oi f^pov oùpav&v etao)
550 H^etav * ttîç j* outi Oeol [taxapeç JaT^ovTo ,
Oi^' IBeXov • i^oXa yap (jçiv âmixOeTO ÏXioç lp>i,
Kat lIpia(/.oç xal Xaoç i\j\nLÙiiù UpiapLoio.
J'ai admis ce passage , d'après les éditions de Wolf et de Boissonade. Cependant, à l'exception du v. 549> les quatre 548» 5 So, 55i, 55a ne se trouvent dans aucune édition. Eustathe n'en parle pas y ib ne se trouvent point dans l'édition de Venise , et les scholies de cette édition n'en font nulle mention.
En supprimant ces quatre vers , voici quelle serait la phrase : « Ils apportèrent du pain de leurs demeures, ils rassemblèrent > beaucoup de bois; et les vents, du sein de la plaine, portaient « la fumée jusqu'aux cieux. » Bamès est le premier qui ait transporté ces quatre vers dans son édition , en les marquant toutefois d'un astérisque, et ne les comprenant point dans la numération. Le motif de cette addition est que Platon cite ces vers dans son
(i) Not.inIUad.6',535.41.
36o OBSERVATIONS
[v. 493 — 5.] Ce héros tient en ses mains une
lance de onze coudées, dont la pointe d'airain, fixée par un cercle d or, jette un vif éclat.
La scholie de Venise qui se rapporte au v. 493 dit que Zéoodote supprimait ici quatre vers, parce qu'on les retrouve ailleurs (i). Aristarque dit au contraire qu'ib sont mieux placés ici, puisque Hector y est représenté au milieu de son armée. M. Kiiight les a laissé subsister dans les deux endroits. Je crois qu'il a eu raison.
[y. 52i4 — 5.] Les avis que je propose sont maintenant les plus salutaires ; demain je vous donnerai de nouTcaux ordres.
Ces deux vers doivent être retranchés » dit la scholie de l'éditioo de Venise qui s'y rapporte , parce qu'on ne voit pas que dans la suite Hector prononce le discours qu'il apnonce ici ; en outre , parce qu'au premier vers 5a4 on lit 2; (qui ) au lieu de l'article (le), seul admissible en ce cas , puisqu'il correspond à Farticle rôv du
second vers (5 a 5) 6 (liv riv ^t: voilà ce que demande la syntaxe.
Mais en mettant 6*, la mesure du vers ne se trouve plus.
Heynei regarde aussi ces vers comme interpolés, par d'autres raisons; c'est qu'ils sont maigres, inutiles, sans nerf, qu'ik sont au nombre de ceux qui affaiblissent la pensée en voulant l'expliquer; et enfin parce que le mot d^vh; n'est point homérique (a). Ces observations me paraissent très-justes. Cependant Wolf admet ces deux vers sans les enfermer entre deux parenthèses. Knight les supprime, ainsi que les quatre suivants.
[v. 526 — 8.] Et j'espère qu'alors, seconde par Jupiteret
(i) Cf. Ilîad. r, 3i8.
(a) Heyn, obss. in lUad. VUI , 5a4, 5a5 , t. V, p. SoS, ad cale.
poète (i). Mais» dira-t-on, le passage de Pbton donne un vers de ViUade, Cela est vrai , mais un vers aussi simple que celui-là : « les > vents portaient la fumée jusqu'au ciel » pouvait bien se trouver ailleurs que dans V Iliade. Ainsi je crois que Platon , en disant Ho^ mère d'une manière générale, n'a point entendu parler de V Iliade^ et voilà pourquoi les anciens critiques n'ont pas songé à placer ici ces vers. Cette raison n'a pas été alléguée par Heyne, quoiqu'il n'admette pas ces vers. M. Knight ne les admet pas non plus dans son édition.
[v. 557 — 8.] qu'on découvre au loin les collines,
les sommets des montagnes et les vallées.
Les vers 557 et 558, placés entre deux parenthèses par M. Wolf, sont marqués d'un obel et d'une croix astérisée dans l'édition de Venise; parce que, disent les scholies, ils doivent étr^ retranchés ici, et rester au chant seizième de V Iliade où ils sont mieux placés (a). Voici le passage du seizième chant : > Lorsque le puis- > sant Jupiter, au sommet d'une montagne , dissipe les sombres
■ nuages , on voit apparaître au loin les collines , leurs cimes aiguës m et leurs vallées profondes, etc. » On conçoit que l'on découvre tous ces objets, lorsque le brouillard se dissipe; tandis que durant la nuit, même par le plus beau clair de lune, il est assez difficile de bien distinguer les collines , leurs sommets et surtout les valléea profondes. D'ailleurs on ne nuit point au sens de la phrase en retranchant ces deux vers; au contraire, dégagée de cette superfluité, la comparaison n'en est que plus juste, et la narration mieux liée. Voici la suite des idées en retranchant les deux vers :
■ Ainsi , lorsque dans le ciel , autour de la lune argentée , brillent « les étoiles radieuses , lorsque les vents se taisent dans les airs , « alors apparaissent tous les astres , et le cœur du berger est rem- « pli d'allégresse. » Knight admet la suppression.
La comparaison d'une nuit calme et silencieuse , de ces astres radieux remplissant de joie le cœur du berger, avec les feux qu'ont
(i) y oyez U vie d^Uomère , attriboée à Hérodote, § i6 et 24. (1) Cf. Iliad ir', 299 , 3oo.