‹ Observations sur l'Iliade d'HomèreChapitre 15 sur 21 · SUR LE NEUVIEME CHANT · texte numérisé non relu

SUR LE NEUVIEME CHANT

DE L'ILIADE

[y. i3.] Alors Âgamemnon se lève en versant des

larmes abondantes : telle une source profonde, etc.

Il est à présumer que Zénodote supprimait toute la comparaison, et qu'il écrivait ainsi ce passage :

« Alors Agamemnon se lève en versant des larmes, et dit au milieu m des Grecs. » Telle est du moins la conjecture très-vraisemblable de Heyne, car la scholie de Venise, où l'on trouve le jugement de Zénodote, est évidemment altérée (i). Heyne approuve le retranchement de cette comparaison, comme peu convenable à la situation et à la dignité de celui qui va parler (a). Je ne partage pas cette opinion. Il me semble au contraire que ces larmes amères du roi des hommes comparées à une source profonde qui répand ses noires eaux sur la terre , présentent une image vraie et tout-à-fait dans le goût homérique. Virgile a dit avec plus de hardiesse :

Multa gemeus, largoque \inmtc\M\flumine vultom (3).

La même comparaison se retrouve au commencement du seizième chant de YlUade pour exprimer la douleur de Patrocle. M. Knight l'admet avec raison aux deux endroits.

(i) Cf. Sch. Venet. t', 14.

(a) Heynii Obis, in Uiad. VIO, 14.

(3) JEn. I, 469, vel. 465 HcTnii.

dialo^e intitulé le second AkUnetâe (i). Ueyne ne les a point admis , parce qu'il pense qu'en cette occasion il ne doit pas être question de sacrifices parmi les Troyens, qui se contentent d*aniener des provisions ponr passer la nuit hors des remparts. En second lieu » il conteste le sens donné au verbe ^ar^evro (▼. 5So cidessus). AdiTiioftflii, dit*il, ne signifie point goûter les viandes, mais les distribuer. Enfin il observe que la plupart de ces vers sont tirés d'autres endroits de Tlliade (a). Ces raisons ne sont pas sans quelque poids. Wolf n'admet ces vers qu'en les renfermant entre deux parenthèses, parce qu'il supposait qu'ils étaient rejetés par les grammairiens d'Alexandrie (3). En effet ils ne se trouvent point dans l'édition de Venise, à l'exception du v. 549 ou 546» comme je l'ai déjà dit. C'est même ce vers-là seulement qui a ûiit supposer que Platon avait voulu parler de cet endroit-ci de VlUade, Ce vers étant le second du passage cité par Platon , et ne se trouvant nulle autre part ni dans V Iliade ni dans VOdjrssée, il sert à désigner quelle place doivent occuper les quatre autres vers. Malgré cela, je ne crois pas que ces quatre vers appartiennent à Y Iliade, et ja fonde mon opinion sur le passage même de Platon, dont voici la traduction littérale : «Vous trouverez dans Homère des choses conformes « à ce qui vient d'être rapporté. Car il dit que lorsque les Troyens • firent un retranchement , ils offrirent aux immortels de solemneUes ké- « catomhes, et que tes vents portaient , du sein de la plaine ^ la douce fumée m jusqu'au ciel, etc. (4). " D'abord j'observerai qu'il n'est point dit dans V Iliade que les Troyens firent un retranchement i c'est c;ependant ce que signifient ces mots firauXiv iroicu{&tv6u; de Platon, il est impossible de les traduire autrement. Les Troyens ne bâtirent point de fort (5), ne tracèrent aucune li^ne de circonvaUaûon^ do moins il n'en est pas fait mention dans V Iliade: aussi Platon ne dit-il pas que ce passage soit de V Iliade; il ne parle que d'Homère, et l'on sait combien d'ouvrages divers ont été attribués à ce

(i) Plat. Alcib. n, t. y, p. 98-9, édît. bip. (s) Cf. Heyn.obss. in Iliad. TIH, 547.

(3) Proleg. ad Homer., $ zi, p. xxxvic , n^ 7.

(4) Plat. 1. c.

(5) Dacier traduit : un fort, la vers, latine suburhanum œdtficium. Mai» il vaat mieux s*en rapporter à Hesychins, qui explique limuXi; par <rrpaTOirc^ia, mi camp retranché.

« O mes amis, princes et chefs des Argiens, Jupiter m*accable « d'un pesant malheur. Le cruel, il me promit , il jura même que m je ne retournerais pas avant d*avoir renversé les hautes murailles « d*Ilion; mais aujourd'hui, méditant un dessein funeste, il m*or* « donne de regagner honteusement Argos , après avoir perdu des • peuples nombreux.

« Alors le brave Diomède s'écrie, etc.»

Knight adopte une partie de cette critique; il supprime tes vers 93-4-5, mais il laisse subsister la fin du discours d'Agamemnon , et ne partage pas l'opinion de Zénodote sur le retranchement des vers 39-3o-3x. Selon lui, après les mots du v. ai: iUt peuples nombreux, il faut passer immédiatement à la fin du discours d'Agamemnon. « Ainsi donc cédez tous à ce que je propose , « fuyons avec nos vaisseaux , etc. » De cette manière la narration me parait très-bien liée.

[y. 4^0 Sî ^on ame te conseille le retour, fuis.

Le grec porte âorc v^toOai, afin de retourner. Il faut observer que cette conjonction âori , qui répond en latin à ces mots ut , adeo ut, et en français à ceux-ci : afin de, afin que, se construit tantôt avec l'infinitif et tantôt avec l'indicatif. Homère ne l'emploie que deux fois, et toujours avec l'infinitif (i). Observons encore qu'Homère fait un fréquent usage de l'infinitif, parce que cette forme appartient à une langue encore jeune. Les hommes ne s'expriment d'abord que d'une manière générale; et ce n'est que par la suite qu'ils viennent à analyser, à particulariser chaque idée. Voilà pourquoi les enfants afTectionnent ces tournures moi aUer, moi faire , moi vouloir, tournures particulières aux créoles, peuples jeunes et ignorants (a). A mesure que les langues atteignent à leur maturité , les formes infinitives disparaissent, mais avec une juste mesure; elles servent encore à donner de la variété au style, quoique déjà l'on s'aperçoive qu'elles deviennent moins fréquentes (3). Mais quand les langues vieiUissent et dégénèrent,

(i) Ad h. 1. et Od. p', ai.

(a) «Toate leur étnde était de te complaire et de s'entr'aider. Aa m reste ils étaient ignorants comme des créoles , et ne savaient ni lire ni •• écrire. » (Paul et Tirg., t. IT desÉmd. de la nat, p. ao, éd. de 1788.)

(3) Tid» Hen. Steph. Thesanr. ling. gr. ad v. wort, et Vigeri idiotiimoê, p. 55R, éd. Hermannî i8ao.

allumés les Troyens qui bientôt Tont répsndre le trouble dans i*ame d'Agamemnon pasteur des peuples , est une de ces beautés sublimes qu'on sent même à travers les voiles épais de nos traductions : cette pensée touchante fait naître la plus douce mélancolie par l'opposition naturelle de la paix des champs et du tumulte de la guerre.

[y. 48.] Nous seuls, Sthénélus et moi, combattrons jusqu au jour où nous trouverons le terme fatal dllion.

Cette pensée, et le mouvement même de la phrase» a été heureusement imité par noti« Racine :

Et cpiand moi leul enfin il faudrait fassiéger, Pilrode et moi, teigneur, nous irons tous venger (x).

^^0wv*^vm^**^

[v. 1 19.] Mais puisque je fus coupable en cédant à mon aveugle fureur.

Athénée après avoir rapporté ce ven 119» 7 joint celui-ci qui ne se trouve dans aucune de nos éditions.

È oTm» (ai66«»v f îi (1* l6Xa4»v Ho\ aôroi.

« Soit que je fusse pris de vin , soit que les dieux m'eussent eux- « mêmes frappé. » Athénée ajoute : « Cest ainsi du moins que Dios- « coride, disciple d'Isocrate, écrivait ces vers (a). » Ce qui prouve que du temps d'Athénée cette leçon n'était pas généralement adoptée dans les éditions d'Homère.

Bamès est le seul qui ait admis ce vers , en le marquant toutefois d'un astérique ; mais au lieu de le placer à cet endroit-ci de VlUade, comme l'indique le vers qui précède, cité par Athénée, il le transporte après le ven 187 du dix-neuvième chant, qui n'est pas le même que celui-ci, et par conséquent que celui rapporté par Athénée (3).

[v. laa.] Sept trépieds, qui ne sont point destinés au feu.

Athénée donne une explication très-précise de ces mots dbcupouc rpîiro^flic. « Anciennement, dit-il, il y avait deux espèces de tré* « pieds que Ton avait coutume d'appeler l'une et l'autre des bat»

• tins (XÊènTûLç). Les uns, destinés à aller au feu, étaient les vases

• où l'on faisait chauffer l'eau du hain ; c'est de cette espèce de « trépieds que parle Eschyle dans ce vers : Le trépied domestiqué « toujours placé sur le feu le reçut. Les autres étaient appelés coupes

(i) Iphig., act. I, so. s. '

(9) Athen. D«pn. epit., iib. I, c. 9, p. x t. A.

(3) Voy. les obaerv. sor le v. 1S7 du 19* diant de l'Iliade.

[v. 23 — 5.] C'est là ce qui plaît au puissant Jupiter, lui qui détruisit et doit détruire encore le Êiite de tant de villes, car sa puissance est sans bornes.

La schoUe de Tédition de Venise qui se rapporte aux trois vers i3-4-5, dit que Zénodote ne les admettait pas, et qu*AristophaDe les supprinuiit (i). La même scholie dit que ces trois vers doivent être retranchés parce qu'ils sont plus convenablement placés au second chant lorsque Agamemnon veut éprouver ses troupes (a). Dans ce cas il faut supprimer tout le discours d* Agamemnon, qui ne fait que répéter ici ce qu'il a déjà dit. Seulement au second chant il ajoute beaucoup de circonstances qu'on ne retrouve pas au neuvième. En effet , il est étonnant que le chef de l'armée emploie tour à tour les mêmes expressions quand il ne veut qu'éprouver les Grecs , et quand il leur conseille réellement de s'embarquer. Car il n'y a pas de doute , comme l'observe la scholie de Venise déjà citée, que dans ce passage*ci Agamemnon ne parle très-sincèrement.

[y. 29 — 3.] Il dit, et les Grecs consternés restent sans voix en entendant ces paroles : tous gardent long-temps un profond silence ; enfin le brave Diomède s'écrie.

Zénodote retranche les trois vers i9-3o-3 1 , parce qu'ils sont inutiles et qu'ils ^e trouvent ailleurs (3). Toutefois observons qu'il faut conserver le vers 3i qui précède le discours de Dîomède, parce que jamais Homère ne fait parler ses héros sans en avertir par un vers analogue au v. 3i. Au reste , la scholie de Venise déjà citée, quoique un peu obscure, semble indiquer que certains critiques terminaient le discours d' Agamemnon au vers as. En suivant cette indication , voici quelle serait la suite de la narration :

«[Soupirant avec amertume, Agamemnon parle aux Grecs en ces " mots :

(f) Hapà ZytvCi^oTtt oùx Joapovro* xxl ÀpiorcçsvriC ^i iqôtrtt. Sch. Ven. i', a3, a4, a 5.

(a) Cf. n. P', 116 seqq.

(3) Sch. Yen. in Iliad. i\ ag, 3o, 3e.

fio du V. Il 4 ot àêSkiA troovlv ipovro, n'est que la répétition, et en quelque sorte rexplication du mot àOXo^'pouc; manière tout-à-fait étrangère à notre poète , dont la pensée est toujours simple , nette, et sans commentaire. L'opinion de M. Knight me parait prdMble, quoiqu'elle n'ait en sa faveur aucune autorité ancienne.

[v. ia5 — 7.] II ne craindrait plus l'indigence , il aurait de l'or abondamment, celui qui posséderait ces trésors et tous les prix que m'ont valus ces nobles coursiers.

Heyne suppose que le vers 136 a été interpolé; il trouve qu'en le retranchant, la forme grammaticale et le sens sont meilleurs (i). Dans ce cas on doit traduire : « Il ne craindrait plus l'indigence » « celui qui posséderait tous les prix que m'ont valus ces agiles « coursiers. » M. Knight adopte cette critique de Heyne. Elle me semble juste; la phrase est plus nette, et n'offre pas une répétition de pensée, semblable à celle qui est remarquée dans les observations précédentes.

L'épithète de p.uvuxic donnée aux chevaux signifie proprement qui n'a qu'un ongle. Elle est employée pour exprimer la force et la solidité du pied d'un cheval (a). C'est dans le même sens que le poète a dit : xpartpttvuxK iinrot, des chevaux à tongie fort (3) ; et Virgile :

Tellurem, et soUdo graviter sonat ungula cornu (4).

[v. i4i-] Si nous retournons dans le riche pays d'Argos.

J'ai déjà remarqué que par Argos il fallait souvent entendre tout le Péloponnèse (5). Ici il lui donne l'épithète d^^dchoique, pour

(x) Heyn., Observ. in Ilisd. IX, za6.

(3) Cf. Etym. Mag. in puAvuxoç iinrou;.

(3) Cf. n. t' 339. Tç, 734, etc.

(4) Georg. m, 88.

(5) Yoyes mes notes sur les Ters 1x4 do denxième et x5a du sixième chant de VU. Yoy. aussi Strabon , 1. YIU, p. 369, qui observe que dans Homère, Argos est pris anssi comme nom dt ville ; conf. H. & S5g et ê* 5i.

les infinitifs disparaissent entièrement , comme il est arrivé dans le langage vulgaire des Grecs» qui décomposent leurs infinitifs au moyen d'une préposition. Ainsi au lieu de dire : tùutà {u «tpara- Ttiv , je veux me promener, ils disent : OîXa» va mporoTM , je veux ftteje me promène. Leur particule va, qui revient sans cesse, n*est qu'une corruption de Iva , nfin que. Dans notre langue française » il y a une remarque à faire : c'est que notre préposition pour a quelque analogie «vec âoTt, puisqu'elle se construit aussi avec l'infinitif et avec le subjonctif; nous disons également : pour venir, et pour qu'il vienne. Biais il faut observer que lorsque cette préposition se trouve dans une pbrase complète, elle se construit avec l'infinitif si les deux verbes ont leur nominatif à la même personne, et au subjonctif s'il y a changement de personnes. Exemple : Je sms venu pour le voir, et non pour que je le voie. Mais on dit fort bien : Il est venu pour que je le voie, ou bien : Je suis l'emi pour qu'il me voie. Cest par la même règle que nous disons : Je veux venir, je veux que tu viennes, il veut que tu viennes, etc. Ces formes tiennent au génie des langues, il est impossible d'en rendre raison.

[ V. 4^—4* ] Puî^ 9 1^ chemins te sont ouTeits , et les nombreux vaisseaux qui te suivirent de Myoènes, t'attendent sur le bord de la mer.

Le vers 44 , selon le scholiaste de Venise (i) , doit être retrancké, parce qu'il est inutile , et que le sens se trouve complet à la fin du vers précédent; dans ce cas voici le sens : « fuis, les chemins te « sont ouverts , et tes navires scmt sur le bord de la mer. » Sans doute que l'interpolateur aura pensé que ces mots : vîiac ^i toi ^t OoXôooDÇ , les vaisseaux à toi sur le bord de la mer, avaient besoin d'un verbe pour compléter la phrase, et il aura ajouté imm, sont placés : ce qui a nécessité la fin du vers , où il est parlé des vaisseaux qui partirent de Mycènes , comme si Mycènes , dit M. Knight , était un port de mer (a).

(i) Sch. Ven. i', 44.

(a) Cf. Knight, Not. in Ili«d. i', 44*

qnoî Euripide parlant des trois filles d'Agamemnon , au lieu de les nommer comme Homère, dit : Chrysothémis ^ Iptùgéide et Èlee» irm (i). Élien, dans ses Histoires diverses, dit que le nom ^ÈUetre lîit donné à Laodiee parce qu'elle resta vierge quand Égisthe eut épousé Glytemnestre (s). Eustathe, qui rapporte à-peu-près la même chose (3) , cite en preuve ces vers d'Euripide :

« Electre, vierge depuis longues années. »

Les faiseurs d'allégories n'ont pas manqué de remarquer ici que les noms donnés aux filles d'Agamemnon sont très-convenables pour les filles d'un roi. Ainsi Chiysothémù signifie ThêmUd'or, c'està-dire la bonne loi (W{ao« i^^)^jModiee signifie Ik justice du peuple^ (^6tD Xaoû), et Jphianasse signifie gouverner avec forée (Içt dtvotootiv) (5). Tous ces jeux de mots sont extrêmement ingénieux sans doute , mais on ne me persuadera jamais qu'ils fussent dans Tintention d'Homère. D'ailleurs il me semble que les partisans de rallégorie doivent tout expliquer par l'allégorie; car ce serait un système trop commode que celui qui permettrait de décomposer les mots , de torturer le sens des phrases , et ensuite de regarder comme nul tout ce qu'on ne peut interpréter.

[y. i46 — 7.] Sans fidre aucun présent de mariage, il conduira celle qu il préférera dans lies demeures de Pelée.

Les présents qu'un homme faisait en épousant une fille se nommaient en grec rà UVa; ainsi dveUJ^ov, selon l'interprétation des petites scholies, signifie mwu les présents du mariage^ dEvtul^vctv (6). Ces présents se faisaient ordinairement aux parents de la jeune

(i) Orest. aS.

(a) Electre , oompoté d'à privatif et de XiKTfov £f, signifie non et. JBl. var. hittor., lib. lY, c a6.

(3) Eoet., p. 74a, L 53.

(4) Oreet. 7a.

(5) Cf.Sch. Yen. i', i45; Enit., p. 749, 1. 44; Bmv. ech. II. t', 145, •d. Bamesii.

(6) Brav. Sch. in Iliad. «', 146.

■ (xf ar^ ) , ce sont ceux dont parlé Homère : sept trépieds qm me m sont point destinés au feu (àicûpouc). Cest dans ces derniers qu'on « faisait le mélange du vin (i). > Comme Athénée cite le vers même de ce fMUsage, il n*y a pas de doute sur le sens qu'il donne à cet adjectif. Ainsi rpiirou^ dEicupoc ne doit pas se traduire par un répied nmf^ qui n'a pas encore été au feu , mais par un trtpied qui lê'estpas destiné au feu f ainsi que je Tai traduit

Ovide, dans THéroîde de Briséis à Achille, rappelle tous les présents qu*Agamemnon promet ici à Achille; mais le poète latin y ajoute des pensées qui ne sont point dans le goût d'Homère ; c'est ainsi qu'en parlant des jeunes Lesbiennes oITertes par Agamemnon (i), la sensible et délicate Briséis dit à son amant que ce doit être ponr lui un présent superflu; et quand elle en vient à ToUire d'Iphigénie pour être l'épouse d'Achille (3), elle s'écrie :5et/ non opus estHbi cot^uge (4). Tous ces senliments, un peu alambiqués, n'appartiennent point aux mœurs des siècles héroïques.

Virgile a imité cet endroit d'Homère. Ascagne promet aussi à Nisus de belles récompenses (5) ; mais ces offres du fils d'Énée ne doivent être regardées que comme une magnificence royale » œ sont les promesses d'un cœur généreux; tamiis que les offres d'Agamemnon doivent être moins considérées comme de simplet dons que comme les conditions d'un véritable traité de paix conclu entre deux souverains, et garanti par les principaux cheâ de l'amiée.

[y. ia3 — 4*] douze chevaux vigoureux, vainqueurs à la course, et qui de leurs pieds agiles ont remporté de grands prix.

M. Knight supprime le vers 194. Il regarde, et, je crois, avec raison, que le mot dMXof opouc n'est point d'Homère, qui dit toujours âiAXov et non pas dtfiXov (6). Il faut observer en outre que la

(i) Athen. Deipn. epit., Ub. II, c. a, p. 37, F. 38, A. (a) .Cf. n. t', laS, 129.

(3) Cf. II. t', 145, seqq.

(4) Heroid. III, v. 35 Mqq-

(5) Mn, IX, 263-274.

(6) Knight, net. in lUad. t', xs4. Cf. les obserr. sur les v. 99 d« 1 5* chant de l'Iliade, et iSg du S* de l'Odyssée.

[y. 159.] Aussi de tous les immortels est-il le plus en horreur aux hommes.

Aristarque dît qu'après ce vers quelques éditions portaieot celui-ci qui o'a point été conservé :

« Car tout ce que le monstre ^saisit, 3 le retient et ne le lâche « plus. » Aristarque ajoute que ce vers n'est pas nécessaire (i). Non seulement il n'est pas nécessaire , mais il est absurde, comme Heyne l'observe avec raison (2). «

[v. 189.] Cest sur cette lyre quil calmait sa colère en chantant les faits éclatants des héros.

Quelle belle image des temps héroïques ! et combien l'on aime à voir l'impétueux Achille adoucir ses c)iagrins en chantant les nobles actions des anciens hérosl Dans les Argonautiques, poème attribué à Orphée (3) , Achille est aussi représenté jouant de la lyre pour charmer le cœur de Chiron (4).

Athénée observe qu'Achille est le seul des guerriers qui faisait usage de la musique, et qui , par ce moyen , tempérait sa bouillante ardeur (5). En effet ce même Athénée attribue à la musique le pouvoir de calmer une humeur trop altière, de dissiper la tristesse, d'inspirer de la douceur, et de faire naître la joie au sein d'une honnête liberté (6). Cest pour cela , dit-il , qu'Homère , après les différents élevés dans l'Olympe à l'occasion d'Achille, suppose que les dieux se livrent aux doux charmes de la musique, et qu'ils goûtent le plaisir d'entendre la lyre irillaate que fait retentir Apollon , et les Muses chantant tour à tour à^une Wfix mélodieuse (7).

Il faut remarquer, k l'occasion du v. 189, que toujours dans

(i) Schol. Yen. t', iSg,

(3} Observ. in nûd. IX, i5g.

(3) Yoyes les observ. sur les vers 890 da dnqnième ch. de TU. not. 3.

(4) Argon. 395-6.

(5) Adi. Deipnos., Ub. XIY, p. 6^4. A.

(6) Atb. Deipn., id., p. 637, K. F.

(7) Cf. Iliad. < 6o3.

le distio^er d'Argos Pétasglque qui comprenait la Hiessaiie^ c'est-à-dire le pays bîk régnait Achille (i).

Cette expression oSôs^ àpoûp'sc» signifie proprement la WÊOWÊeiie Je la 'terre pour la fécomlUé, Virgile a dit avec non moins d'énergie :

Terra sntiiiiia, potent armis et ubertgUbœ (s).

m»*»»^^^^^^fc

[▼. i44 — S-] '*^ ^i^is fiU^ ^^'^'■i^ "^^^ palais, Glirjsothémis, Laodice, Iphianasse.

Dans ma première édition, j'avais substitoé le nom d^Iphigâûe à celai dUphUuuute, parce que dans l'antiquité on avait souvent donné l'un et l'autre nom à la même personne (3). J'avais aussi adopté le nom d*Iphigtnie comme plus harmonieux, et en quelque sorte consacré, par Racine, qui , en cela, avait suivi l'exemple d'Euripide (4). Sophocle, au contraire, a conservé à cette princesse le nom que lui donne Homère (5). ht scholiaste de Sophocle dit, à ce sujet, que l'auteur des vers cypriaques donnait quatre filles à Agamemnon (6). On pourrait supposer en ce cas que notre poète ne nomme point ici Iphigénie, parce qu'elle a été immolée en Aulide ; mais je rejette absolument cette supposition , et je pense comme le scholiaste de Venise, qui dit qu'Homère ne connaissait pas le sacrifice d'Iphigénie dont ont parlé les moder* nés (7). D'ailleurs rien ne témoigne que les sacrifices humains fussent en usage du temps d'Homère. Quand Achille immole donae Troyens sur le hùcher de Patrocle (8), quand Télémaque, dans l'Odyssée , pend les servantes infidèles (9) , ils agissent l'un et l'autre plutôt par esprit de vengeance que par un sentiment de superstition.

Iphuautsse n'est point la seule fille d' Agamemnon dont le nom ait été changé; LaoMce dans la suite se nomma Electre, Voilà ponr-

(i) Gf.n. P', 681 seqq.

(9) JEd. I, 53x. éd. Heyn.

(3) Cf. Brev. Scliol. lliad. 1', 14$; Hesydi.sd v. tçtscMMoav, etc.

(4) Cet aatenr loi donne aosai le nom d^Iphigone» (Elect* ioa3.)

(5) ElflcL i58, éd. Bnuk.

(6) Soph. Schol. Eleot. i55.

(7) CtSch. Yen. t', 14$.

(8) n. (|^, Z75 aeqq.

(9) Odys. x'f465seqq.

Ul trop grande chaleur du vin (i). Plutarque, après de longs et obscurs raisonnements, conclut qu'Achille ordonne de préparer pour ses amis une mixtion plus forte que celle qu'on avait coutume de faire pour lui (i).

Apres de telles autorités , s'il m'est permis de donner mon sentiment sur cette phrase, je dirai qu'on s'est trompé dans l'expli* cation , précisément parce qu'on a voulu y chercher un sens trop fin et trop détourné ; et je pense que cette expression qu'on re* trouve souvent dans notre poète , mélangtr /e oma (3) , signifie tout sfhplement préparer le vin, parce qu'il est fort à présumer qu'à cette époque le vin n'était potable que m^ngé avec quelque peu d'eau. Je suis même surpris que personne n'ait remarqué un vers de VOdjrtsée, qui me semble ne laisser aucun doute à cet égard. Homère, décrivant les divers emplois de ceux qui préparent un festin, commence par dire : les uns mêlent le "vin et Veau dans les eratares (4) ; et ce n'était point par tempérance, puiscw'il s'agit en cet endroit du repas des prétendants, qui ne se piquaient pas de sobriété.

Il faut aussi remarquer dans la phrase ci -dessus que le root olvov , vîn , est sous-entendu , et que l'adjectif qui s'y rapporte est au comparatif CttpoTtpov, ce qui répondexactement à cette tournure de notre langage vulgaire : tirer du meilleur^ boire du meiSeur (S).

[y. ai 4*] Et répand le sel diTÛi.

Quelques interprètes disent que l'épithète de divin est donnée au sel parce qu'il a la propriété de conserver les viandes (6); d'autres , parce qu'on s'en servait quand on contractait des alliances (7). Eustathe ajoute que le sel était placé sur la table comme un symbole de bienveillance pour les étrangers (8). Plutarque, dans ses Symposiaques , consacre un chapitre à examiner pour-

(i) Athen. Deipo., lib. I, p. xo, C, et lib. X, p. 4^3, E. (9) Plat. Sympos. Y, 4 1 t. VIII, p. 696 seqq. éd. ReidûL

(3) Cf. niad. y, A69; ft', 189; Odyt. a', ixo; «f, 33s ; n\ 164» etc. •

(4) Odys. a', zio.

(5) Dict. de rAcadém. an mot meilleur.

(6) Brev.Scb. et Scfaol. Yen. ad Iliad. i', a 14; Eoat., p. 748, 1. ^x.

(7) IX. ce.

(8) Eust., id., l. 59.

fiU€y comme le prouvent quelques passages de VOdystm (i). Blaifr ils devaient être offerts aussi à la femme , puisque Eustathe expli* que le mot l^va par celUi de ftpyji, et il ^oule que ce que Foo nomme f^t^ est la proprié^ de la femme (9). Cest de là qu'est venu en jurisprudence le mot de panphernoL Bellanger s'indigne beaucoup de ce qu'alors on payait une jeûne fille à ses parents (3). Mais aujourd'hui celui qui ne veut pas l'épouser, si on ne lui donne pas une certaine dot , n'est-il pas aussi avide que celui qui la refusait à moina d'en recevoir un prix quelconque?

[y. i49- ] Enfin je lui céderai sept villes florissantes.

M. Rnîght supprime ici les neuf vers rektifà aux villes qu'Agimemnon promet à Achille (149 — 57). « Ces vers, dit-il, sont une « interpolation de quelque rhapsode moderne qui ne connaissait « ni le droit , ni les coutumes , ni les institutions du temps d'Ho-

■ mère; les rois des siècles héroïques donnaient ordinairement des

■ coupes, des armes, des troupeaux, des chars, des hommes

■ même faits captifs à la guerre, mais ib ne donnaient ni les villes

■ ni les peuples dont ib étaient les chefs ou les généraux, et non les « maîtres ; ib n'avaient point une telle puissance sur les citoyens,

■ qu'ib pussent se les transmettre à leur gré comme des trou- « peaux. D'ailleurs ib eussent entièrement ignoré les moyens de « conserver et d'administrer des provinces lointaines , tel qu'était « le Péloponnèse pour Achille, chargé de régir les états de son • père dans la Thessalie (4). •

Ces observations me paraissent pleines de goût et de justesse. Heyne avait déjà aperçu confusément l'interpolation de tout ce passage (5). Je crois qu'elle n'est pas douteuse.

(i ) Toyez les obsenr. sur les v. 3 1 7 do huitième, et 366 do quinuème ehant de l'Odyssée.

(3) Voyez la trad. d*Hérodote par Larchfr, 1. 1, p. 53o de U seconde édxtioii.

(4) Knight, Not. in Iliad. t', 149*1 56.

(5) Heyn., Observ. in Ilîad. IX, i53.

SUR LE CHANT IX. 38i

[▼. 219-^20.] Et commande à son compagnon de sacrifier aux dieux. Patrocle jette dans les flammes les prémices du repas.

Il y a dans le grec , Otowi OQmii dv«*<)ftt norpexXov : ■ celnî-ci com- « mande à Patrocle de ànller aux dieux. » Quoique dans la suite Auitv ait voulu dire ioerijur, du temps d'Homère , comme le remarque Athénée, ce verbe signifiait hrùUr^ jeter dans le feu quelque chose qui répand de Fadeur (i) ; et l'idée de sacrifier, ai immoler, se rendait par le verbe ^i^ttv (a). Si plus tard Oui» a eu la même acception, c'est que dans les sacrifices l'usage était de brûler les cuisses de la victime. Homère conserve au verbe (h»ttv son acception primitive; il le prend pour tout ce qui répand une fumée odorante : de là, P«»|Aàc Ounottc, un autel odorant (3); itiMiTft Ouct^ta, des yéiements parfu' mes (4) ; OfléXofioc ftuM^mc , une chambre ou F on a ■ brûlé des aro" mates (5) ; de la , enfin , le mot Oucc , nom donné à l'arbre qui porte l'encens (6). Le mot OudXôç, qui termine le yers 390, en dérive aussi; ce sont les choses destinées à être jetées dans le feu. Au quatorzième chant de YOdfssée , Homère exprime la même pensée un peu différemment : d^y^ra ftuoi âicîc, il consacra {il bnUa) les prémices aux dieux (7). Ce mot e^p^fiaTa signifie \Kè prémices, parce qu'il dérive d'àpx*iv» commencer.

[y. 2^5.] Salut ^ Achille, toi qui ne nous prives pas de portions également partagées.

Le mot x^^P* > *^^ heureux, sois en joie , était la seule formule

(x) Ath. DeipD.» lib. XIY, p. 660, A. To ^i Oûtiv M toD ^unk {AtTflt^cpnia 6ufxiàv. CerUdnement il n'était pas question de ^unà au temps d*Homêre , mais Athénée emploie ce mot pour exprimer sa pensée par on usage reçu. <|;«iaTà étaient de petits'gâteaoz de fiirine , anroiés d'huile et de vin (Suidas v. ^i9va) , et qu'on jetait au feu après le repas, eomme Tindique Tadjectif {jbiTo^opirui.

(a) a. IKad. «', 443; i', 35?, etc.

(3) Diad^ie», 48; +', i4S;0d. V, 363.

(4) Od. t', a04.

(5) Od.^, la I.

(6) Cf. Od..i', 60.

(7) Od..f, 446.

nix et d'Ajax , pour engager Achille à secourir les Grecs. Au lieu de m'attacher à relever toutes les beautés de ces harangues si célèbres , je renvoie à ce qu'en dit notre judicieux RoUin , qui a développé avec beaucoup d*art les différents caractères que présentent ces discours. Cest surtout dans cette critique qu*on retrouve le goût pur et le sens droit de celui qui mérite plus qu'aucun autre le nom de QuintUien franctûs (i).

[v. a47 — 8.] Mais viens, lève-toi ; si tu le veux, quoique le secours soit tardif , tu peux encore sauver les fik des Grecs accablés sous les coups impétueux des Troyens.

Heyne trouvait que ces deux vers interrompaient le fil de U narration , et Bentley voulait aussi qu'on les supprimât (a). M. Knight adopte cette x:ritique (3) ; je la trouve au moins hasardée, puisqu'elle n'est fondée sur aucune règle. Les décisions du goût sont toujours bien arbitraires. Dans le cas du retranchement, voici quelle serait la suite du discours : « Notre destin est donc de périr « sur ces bords , loin de la terre fertile d'Argos. Un jour tu seras

■ dans la douleur, mais il n'est aucun remède au mal quand il est « consommé. »

[v. 3ia — 3.] Je hais autant que les portes de l'enfer l'homme qui cache sa pensée au fond du cœur, et dit le contraire de ce qu'il sent.

Sophocle fait évidemment allusion à cet endroit d'Homère, dans U belle réponse que le jeune Néoptolème , fils d'Achille , adresse à Ulysse. Qu'on me permette d'en donner ici la traduction.

■ Fik de Laêrte, je souffre d'entendre de tels conseik, et j'au*

■ rais horreur de les suivre. Je ne fus point nourri dans la pra- « tique de ces lâches artifices , ni moi , ni sans doute celui qui me « donna le jour. Je suis tout prêt d'emmener Philoctète en em- « ployant la force , et non d'infâmes ruses ; certes le malheureux ,

(i) Tr. desémd., t. I, p. 448ff éd. de Letroime. (a) Heyn., observ. in Oiad. IX, 248. ^ (3) Not. inlUad. i', a47-a48»

naturelle , si simple » et la briUante înitation qu'en a faite notre

Seul d*ua iKinteiix aflront votre frère làeaté A-t-ii droit de fenner son lioniiear a0eaBé(f )?

Virgile a aussi imité ce passage d'Homère :

oec solos tangit Atridas

ble doler , aoliique licei capera anaa 11 ycenis (%y

Dans Virgile il n'est point question d'être blessé par un honteux affront f non plus que J^konmmr offensé ^ ni 4m àro'U de U isenger. Ces idées , puisées dans les siècles de la chevalerie , ces idées, qui i|ppartiennent aux lois du point d'honneur, étaient ignorées des Romains , mais elles conservaient encore toute leur force, tout leur empire panni les nobles qui oomposaieni la eour de Louis XIV. Tant il est vrai que la civilisation entière doit se trouver dans les vers d'un bon poète. Celui qui dans un ouvrage d^imagination ferait aujourd'hui parler ses personnages compie eeux d'Homère parlaient autrefois ne ferait qu'un pastiche sans naturel et sans grâce.

Au reste , quoique Virgile soit ici plus simple que Racine , je trouve qi|e le poète français est plus près du modèle, parce qu'il a pris, comme Homère, la forme interrogative qui rend mieux le scsatiment d'indSignation dont Achille ait péiiétpé.

[y. 363»] J'arriverai le troisième joui* dans Topulente Phliiie.

Dans le dialogue de Platon intitulé Oilmi, Socrata raconte qu'étant en prison quelque temps avant de mourir, une belle femme lui apparut en songe et lui répéta ce vers d'Homère , d'où il conclut qu'il devait mourir le troisième jour (S). Voici comment Cicéron rappelle ce passage de Platon : « Est apud Platonem So- « crates, cum esset in custodia pqbhca, dicana Criteni suo fami-

(i) Voyes 1m observ. sur le v. 3S do second eh. de Tlliad.

(a) JEn. VLy x38.

(3) In Crit., 1. 1, p. loa, Bip. Dans la texte de Pkton on lit ixoto, tn iras, an lien d'uiotf«iiiv»y*ffrtti.

38a OBSERVATIONS

de^salut chei les anciens Grecs; et c*esl aussi la seule employée par Homère (f ). On trouve une seule fois dans Vodjrstée le mot oSXs, dont les Latins ont fait voie; mais le passage est si su^iect, qu'on peut bien croire que cette expression ne remonte pas aux temps homériques (s). Il paraîtrait , par un passage de Lucien , que ce mot x*^^» tombé en désuétude, fut remis en honneur par Philipide (ou plutôt Phidipide), qui remploya quand il vint, tout courant, annoncer la victoire de Ifarathon. X peine fut-il devant les archontes, qu'il s'écria : x^^p*^ vi]u*{Atv, réjornuez^voMu^ mamt sommes vainqtseurs. Et il expira sur-le-champ (3). Enfin , du temps d'Aristophane, le verbe x^^*^'* ^^i^ tout-à-fait du vieux langage, et l'expression à la mode était à9ica!^o^%i (4). Les expressions &YUUV* » oS^u , é^^^Mow, qui répondent à cette phrase , portet'-wnu him^ sont toutes beaucoup plus modernes.

Le mot ^olç, employé dans la suite de la phrase, et qui signifie proprement urne portiom , a souvent dans Homère l'acception de festim, de repas; souvent aussi il est joint à l'adjectif ifoiQ, ^oL Or Zénodote , à ce que rapporte Athénée , regardait les mots èeûxa iiaWf un repas égal, comme synonymes de ceux-ci : ^atra drfoM, iM ^011 repas (5). Dans le même passage , Athénée observe encore que le mot ^atç ne doit s'entendre que du repas des hommes, et que Zénodote a eu tort de dire : tiSx* oiOvoî«i ^aîra, il en fit um repas aux oiseaux (6).

Cest ici que commencent les trois discours d'Ulysse» de Phœ-

(i) Cf. U. a, 334; »'» 46s ; 4^f 19 ; Od. a', is3,ete.

(a) Cf. Od. m', 401. Lei phu hsbilM critiques de Tantiquité ont regardé U fin dn vingt-troisième et toot le vingt-qiutriènie diant de 1*0dysaée comme postérieurs sn reste de Toavnge.

(3) ProUpsa in salatsndiun $ 3, t. I, p. 737, éd. WeUteniL Toyes aossi une note de Belin de Bain , t. H , p. ao8 de sa trad. de Lucien

(4) XAipttv fiàv 6fuÊc '«Ttv, & *v^pi< ^NqjMTat

ÀairaCo|MU ^, i/rvh trpoftuf^MC iKairs.

( Aristoph. in Plnt.» Y, 3a3, cd. Bnak.)

(5) Athen. Deip. epit., Ub. I, p. la, C. D. E. F.

(6) Voyes les obs. sur le v. 4 dn premier chant de niiade, et celle rar le vers 43 dn vingt-qoatrième.

▼etoppéea fort au loDg (i). Comme Heyne a donné les diverses explications rapportées par Borphyre , je renvoie à sa note (s).

Julien pense que cette épithète ixaWpiicuXoi , aux cents poNts, signifie généralement un nombre considérable (3) ; c'est bien possible. Cependant ce nombre de cent ne doit pas nous paraître hors de la vraisemblance historique , puiaqu'Hérodote dit , en parlant de Babylone: «autour de cette muraiHe (celle qui entourait la « ville), il y avait cent portes (4). » Eustathe cite ce passage d'Hérodote (5).

[v. 385.] Me donnât-il autant d'or qu il y a de sable et de poussière

Aristote cite ce passage comme un modèle d'hyperbole, figure très-familière aux jeunes gens parce qu'elle résulte de la force de leur imagination, et il ajoute que cette figure leur est surtout naturelle dans des mouvements de colère (6). Aristote , après avoir rapporté le vers 385, arrive immédiatement au v. 388, en supprimant les V. 386 et 887 ; de sorte que la citation d' Aristote présente le sens suivant :

■ Me donnât-il autant de choses qu'il y a de sable et de poussière , je n'épouserai point la fille d'Agamemnon , fils d'Atrée , dût- «elle, par sa beauté, le disputer a la blonde Vénus. »

Cette omission de deux vers n'infirme en rien leur authenticité, parce qu'il est tout simple qu' Aristote ne cite que ce qui convient à son sujet, et néglige les intermédiaires.

[▼. 398.] Maintenant tout mon désir est de posséder une femme légitime.

M. Knight compare cette partie du discours d'Achille formant

(i) Scb. Yen. i', 383, B.

(«} Heyn. Obserr., 1. o.

(3) Vid.Bani«Bi iiot.adv. 383.

(4) Herod., lib. I, $ 179.

(5) Eust., p. 758, 1. 18.

(6) Rbctor., lib. III, cap. 11, t. Y, p. 36 1, éd. Bip.

• ftfec un pied blessé, ne pourra nous ▼aincre tout. D'âilkurSy « envoyé pour être ton compagnon , je m*indigne du nom de tral-

• tre. Grand roi , je préfère succomber en faisant le bien , que de ■ vaincre en faisant le mal (i). »

Voici comment La Harpe a rendu ce morceau tublmie :

* A sQÎTre vos eooseik comment pub-je descendre^ Loin de les approa?er, je soa0re i les entendre. Cessez, 6b de Laërte, un semblable discoun; Achille ne m*a point instruit à ers détours : A son fils comme à lui la rase est étrangère. Et ce n'étaient point U les armes de mon père. S'il BOUS faut entraîner Philoctète aux combats , Contre lui je prétends n*einpIoyer que mon bras. Faible et seul contre tous, où serait sa défense? J'ai promb avec vous d'agir d'intelligenoe; Mab, dût-on m'aocuser de faiblesse ou d'erreur , Je crains le nom de traître, il me fiât trop d'horreur. Taioie mieux , s'il le ha\ , succomber avec gloira Que d'avoir *k rougir d'une indigne victoire (a).

Ceux qui peuvent lire Sophocle dans sa langue trouveront cette imitation bien froide, bien lâche, bien traînante. Mais e$t4l possible, avec les entraves de notre versification, de rendre la rapide énergie de l'original ?

A la fin du vers 3 1 3, j'ai écrit s7icf au lieu de p«Cit que portent les anciennes éditions, en suivant la leçon adoptée par Heyne, Wolf et Boissonade , qui eux-mêmes se sont conformés à l'édition de Venise. Suidas (3) et Platon (4), en citant ce vers , écrivent aussi sfini. Il est probable que le mot paCii aura été substitué au mot sYirii, par ignorance du digamma (5).

[y. 340.] Seul de tous les mortels j les Atrides aimentils leurs femmes ?

J'ai déjà indiqué la différence qui existe entre cette phrase si

(i) Phlloct., y. 86 «eqq., éd. Brnnk.

(a) Philoct., act. I, se. x.

(3) Ad V. «XXoc

(4) Hipp., t. III, p. aïs, éd. Bip.

(5) Yoy. les obs. sur le v. 179 du quinctème chant de rilîade.

pour reodre ces vers suspects (i). Pour moi » je me range entièrement à Topinion de Clavier; et, malgré le silence des anciens critiques, je regvde ces vers comme interpolés; sans doute ils sont Touvrage d'un rhapsode delphien i comme ceux du temple d'Érechthée appartiennent à quelque rhapsode d'Athènes (a).

[v. 419 — ao.] Le bras puissant de Jupiter le protège (Uion).

Dails ce passagiÉ, le ikiot xtlf i main ou irat (3), est sybonyme de force, puissance, autorité. Cette métaphore , qnr s'est conservée dai|i nos langues modernes, remonte à la plus haute antiquité. L'Écriture en fournit un grand nombre d'exemples : « Notre salut est dans ta • main (4) » disaient les Égyptiens à Joseph. Ces expressions la main de Dieu, le hras de Dieu, se rencontrent sans cesse dans la Bible. Ainsi Racine a pu dire dans notre langue, en conservant les images de Fantiquîté hébraïque :

On ne voit plus poiir nous «e« raëoutables mains De prodiges sans nombre eflrayer les hunaîos (5),

Ou bien :

Dieti dont le èras vengeur pour uu temps suspendu Sur cette race impie est toujours éteudu (6).

Dans Hérodote , quand Amyntas veut peindre aux Athéniens la> puissance du roi de Perse » il dit que sa main est d'âne longmmr dé* mesurée (7) (^lif {mt^-witç), Ovide a dit de même : « Ne sais-tu paa. « que les rois ont les mains longues, »

An nescb longas regibus esw manus (8)?

«■ ■ ■ ■ I II ■ i» .»■■■«.,,. ,, I , Il , n i II I I ■

(1) Même oQv., end. elté.

(s) Toy. les observ. sur le v. 546 dn deuxième chant de l*lUade.

(3) Xtlp dans Homère signifie également main et bras. Voy. les obs. sur le V. «Sa dn onsième ehant de Tlliade.

(4) Gènes., c. xlviu, jt a5.

(5) Athalie, act. I, se. i.

(6) Id., îd., io. a.

(7) Herod., lib. YIU, $ 140, (a).

(8) Ovid. Heroid. XVII, v. 166.

386 OBSERVAflONS

« liari , aibi post tertiam diem eiw moriendum : vklîtse eDÎm se in • somnis pulchritudine eximia foeminain, que se noiiiÎDe appeUan» " diceret Homericum qaemdam ejus modi venum

« Tertîa t« Phihûe tempeslM Inra lorabît (t). »

[v. 38 1 — 4*] Autant qu'il en arrive dans Orchomènes et dans Thèbes d*£gypte, ces villes populeuses et remplies de trésors , cette ville aux cent portes dont chacune s'ouvre à deux cents guerriers avec leurs chevaux et leurs chars.

Dans Honère il est question de trois villes diflRérentes qui portent le nom de JlMts ; celle d'Egypte dont il est fait mention ici ; celle de Béotie » dcmt le poète parle au «{uanrième chant « et à laquelle il donne Tépithète de iirrfltmiXeç, «jcc septpariet (s); et enibi Thèbes (ott ThM^ comme disent les trad. de Strabon(3)), qui était située dans la Cilicie où régnait Éétion , le père d*Aiidromaque (4). •

Heyne suppose qu*ici les deux vers 383-4 nul été interpolés; il ne convient pas, dit-il , qu'un homme en colère embellisse ainsi son discours (5). Il remarque aussi le mot htàçftê au singulier , quoiqu'il se rapporte au mot Portes, qui dans Homère est toujours mis au pluriel (icOXat) (6)» comme les Latins disent forts; aussi l'édition de Venise porte-t*elle éjuiçaç» leçon que j'ai adoptée cTaprès Heyne, Knight^Wolf et Boissonade. Il faut enfin remarquer que ces deux vers présentent beaucoup d'ambiguité, et sont susceptibles de plusieurs interprétations difTérentes. Porphyre les a dé-

(r) Divin., 1. 1, aS.

()) Iliad. è*y 406.

(3) T. IV, s* psrtie p. «10 de U tradact.

(4) Uiad. V, 397.

(5) Obterv. in lUad. IX, 383.

(5) U est vnî qa'an painge cité da quatrième ch. d« l'Iliade, t. 406, on trouve iirroMrîXcio sa genit. singol. Voyes anssi Od. X', 363 ; mais ce coraposè est on véritable aiyeotif, de %Hvnif ce qaî n'infirme pas la qn«. Voy. lea observ. aor le v. SgS dn cinqaièBe cbani«

■ Verum «i omoes venus oUosoft ejicere volumus , magna liet « strages in cannioibus homericis (i). > Mais aussi ce que Bayle ii*a pas senti , c*est que dans un temps où Thistoire n'était qu'une suite de traditions orales transmises d'âge en âge, ces réeiu des 'vieilles aventures étaient de la plus haute importance. Alors on ne connaissait que le chaut, le rythme et la mesure pour graver les faits dans la mémoire des hommes. Cest dans ce que Bayle appelle des contes de nourrices que se trouvait l'état des plus illustres familles de la Grèce. Ce furent là les premiers dép6ts de leurs titres , et les seules archives qui conservèrent les souvenirs des anciennes actions. Aujourd'hui , au milieu de tous nos livres , avec les moyens sans nombre que nous avons de fixer la pensée et de transmettre les moindres faits à nos successeurs , nous traitons de longueurs et d'inutilités ce qui , dans les siècles héroïques , était d'une nécessité indispensable. J'ai déjà souvent eu occasion de traiter ce sujet (a) , mais si je reviens sans cesse sur cette idée , c'est que je la regarde comme très-essentielle pour juger convenablement des poésies homériques.

[v. 449*] U s^irrita contre moi pour une jeune fille à la belle chevelure.

Le récit de cette aventure de Phénix est d'une grande naïveté , mais gardons-nous de le juger avec nos idées modernes , et n'oublions jamais qu'Homère est l'historien fidèle des temps héroïques.

Apollodore dit qu'Amyntor, père de Phénix, le priva de la vue sur une fausse accusation de Clythie sa concubine (3). Cette tradition était probablement celle qu'avait suivie Euripide dans une tragédie intitulée Phénix, et dont il ne nous reste que quelques fragments (4). Selon le scholiaste de Venise , Euripide supposait que Phénix ne s'était point uni à la concubine (5) , et Suidas pré-

(i) Ob«. in IUad.,lib. YIU, v. 396.

(9) Y07. les obtcrv. sur les vers 446 et 5o3 do premier chant; 1 19 et 4 1 4 du sixième de m. , etc.

(3) Apollod. Rib., lib. III, c. i3, J 8.

(4) Vid. Walckenaëri Diatrib. inEnripid. reliqnias, c. xxrv, p. 174.

(5) Schol. Yen. i\ v. 453.

Coraaille, dans le mène sens :

El pour te fiûre cbeoir je n*aiitui aiijounl'bui Qu*t retirer U mam qui sente est too appui ( i ).

Je trouve dans un auteur ecclésiastique du deuxième siècle le

mot yjù^ pris pour ordre, commandement, ibû ; irftpaSatv«*v (liv rcv XÛpa ToO •toû , « en transgressant la main de Dieu (%). • Je crois que

cette dernière acception est rare.

[ V. 447* ] Comme lorsque j*abandomfiais Hellas , féconde en belles femmes.

Voici une de ces longues digressions historiques tant reprochées à Homère ; et j'ajoute reprochées avec raison , si Ton juge Y Iliade comme on jugerait un ouvrage de nos jours, si l'on sépare ces chanta anciens du temp qui les a vus naître. Bayle, entre autres , a très-amèrement censuré ce discours de Phénix. « Ho-

« race , dit-il , avait sans doute oublié cette harangue char-

« gée de mille inutilités, lorsqu'il donna à l'auteur de r/lùule cet « éloge , qu'il court toujours à son but , qu'il va vite à la conclu- « sion , temper ad eventum fesdnat (3). Si cela était, amuserait-il un dé- « puté de l'armée grecque chargé d'une mission très-importante et

• très-pressante; l'amuserait-îl , dîs-je, à de petits contes de nour-

• rices, et au récit de ses vieilles aventures (4)? •

Quand Horace disait d'Homère semper ad ei^entnm festuutt, il ne faisait qu'exprimer un de ces* lieux communs de rhétorique toujours répétés et jamais examinés avec attention. Cest ainsi que notre Boileau a dît :

Chaque ?en , chaque mot court à révénemeor(5).

Dès qu'une opinion est reçue généralement, chacun l'adopte de confiance, et souvent même on ne souffre pas la dîscussfon. Heyne, qui a étudié Homère en critique judicieux plutôt qu'en rhéteur ou en poète qui se paie de mots, a dit peut-être avec plus de raison r

(1) Cinna, act. V, m. 1. '^

(a) Athenagorae légat, pro Chriuianjs, J 33.

(3) De arte poet., ▼. 148.

(4) Art. Achille, note C à U fiiw

(5) Art. poet., III, 3 06.

fers et sur les mers. Cest ainsi qu'il expliqué comment certAines statues ée Jupiter ataient trois yetu (i). ^

M. Knighl supprime ce vers. Voie! ce qti*ii dit en note : « A se- • riorîs sévi rtttpsodo , qni m^tieatn relîgionem haud nesdebat , « insertos (a). > Cette assertion est avancée sans preuve. .

[v. 458—61.] Hélas! je pensai rimmoler de mon fer aigu ; niais un dieu suspendit ma colère, offrant à mon esprit quelle serait ma renommée parmi le peuple , quel serait mon opprobre aux yeux des hommes, si parmi tous les Grecs j étais appelé parricide.

Les anciennes éditions d*Homère n'admettaient point ces quatre vers ; ni Ëustathe dans ses Commentaires , ni les scholies de Tédidition de Venise n'en font aucune mention. Wetstenîus et Barnès les ont insérés dans leur texte , mais en les marquant d'un signe particulier, et de manière à ne pas interrompre l'ordre ancien des numéros. Wolf et Boissonade les ont adoptés sans les marquer d'aucun signe , de sorte que Tordre des numéros n'est plus le même que dans les autres éditi(ms (3). Or, comme j'adopte le texte de Wolf, il faudra , jusqu'à la fin de ce chant, soustraire le nombre 4 du numéro qui est en tête de la note, pour être d'accord avec les citations des autres éditeurs.

Le motif qui a décidé ces éditeurs à replacer ces quatre vers dans leurs éditions, c'est qu'un paésage de PItftarque nous apprend qu'avant Aristarque , ils faisaient efTectivement partie du texte de X Iliade. Voici ce que dit Plutarque , après avoir rapporté les quatre vers ci -dessus : 6 (acv oSv Àpiorap^oc i&TXe raûra rà lin) çoêviâftK (4); ce qu'Amyot traduit ainsi : « Aristarchus , ayant en horreur telle « abomination , osta ces vers en Homère (5).» La phrase grecque est beaucoup moins emphatique : Plutarque dit simplement « qu'Ari-

(i) Pmmm. Gerynth^ Uh. U, o. M* (i) Not. in Uîad. t', 457.

(3) IL Kiiigbt a suivi I0 même ordre que M. Wolf.

(4) Plut, de aud. poet., t. VI, p. 95, éd. Reisk.

(5) OEqv. mor. de Plnt. trad. par Amyot, t. I, 104» éd. de Cussac^

• sUrqiie retrancha ocs vers par un sentimeiit de crainte (fofialKCy « metuenfl ). • U faut convenir que la penaée de Plntarqne n'eat pas asses développée, et l'on ne voit pas trop de quelle crainte pouvait être saisi Aristarque quand il retrancha ces vers qui » comme Tobserve le même Plutarque, sont très -convenables ici» puisqu'ils montrent à Achille quelles sont les terribles extrémités où peut nous porter la colère (i). La suppression de ces quatre ven est un exemple de Tarbitraîre que mettaient les anciens critiques dans les corrections qu'ils se permettaient sur les poèmes d'Homère Plutarque cite en partie les mêmes vers dans d'autres encfatuts de ses ouvrages (a) , mais ce n'est qu'ici où il indique la cause du retranchement.

[v. 471 — 3.] Deux foyers étaient sans cesse allumés, Fun sous les portiques de la cour, ceinte de hau^ murailles, et lautre dans le vestibule, devant les portes de la chambre où je reposais.

Eostathe, à l'occasion de ce passage, nous a fait connaître fort succinctement comment étaient disposées les maisons des anciens :

■ d'abord l'enceinte où se trouvaient les portes ; après l'enceinte • était la cour, ensuite le portique, puis enfin le vestibule, ta

■ maison et la chambre (3). >

[v. 485.] C'est moi , divin Achille, qui t*ai roidu tel que te voilà.

Il est clair par ce passage que, du temps d'Homère, c*était Phénix et non point Chiron qui avait pris soin de l'enfance d'Achille , comme l'opinion s'en est accréditée depuis. Presque tous les poètes et les mythologues des âges suivants ont adopté cette dernière tradition. Elle est reçue dans le poème des Argonautes attribué à Orphée (4) ; ce qui prouve suffisamment , sans les autres

(i) Plat., 1. c.

(1) Coriol. Wt., t. II, p. i46,qasd. «d. et de Adulai, et anici di miDc, t. YI, p. s66.

(3) Eott., p. 764,!. 48.

(4) Argon., v. 383-5.

SUR LE CHANT IX. SgS

raisons , que ce poème n'est pas d*une origine fort ancienne. Apollonius de Rhode suppose aussi que ce fut à Chiron que fut confiée Tenfance d'Achille (i), et le scholiaste d'Apollonius fait c;ette observation à ce sujet : « Apollonius , en disant qu'Achille « fut élevé par Chiron , s'accorde avec les poètes qui sont venus « après Homère , car ce dernier ne dit rien de cela (a). > Apollodore, dont le livre n'est qu'un recueil de différentes traditions, dit aussi que Pelée donna son fils à Chiron (3). De même Platon , au troisième livre de la république (4). Cependant il est juste de dire que l'on trouve dans Homère quelques traces de l'éducation qu'Achille reçut de Chiron; il en est parlé au onzième de V Iliade, si toutefois ce passage n'est pas interpolé comme le pense M. Knight (5).

%^^fc%<%<%i^i^^

[v. 486 — 7.] Jamais avec un autre que moi tu ne voulais aller dans les festins , ou prendre la nourriture dans ton palais , etc.

Ces détails naïfs de l'enfance d'Achille portent le caractère de la plus haute antiquité ; et , malgré nos mœurs délicates , notre goût dédaigneux, nous trouvons encore beaucoup de charme à ces peintures si simples des actions les plus puériles. D'ailleurs combien ces souvenirs ne devaient -ik pas faire impression sur Achille? était -il pour ce héros une éloquence plus douce et plus persuasive , et la situation n'amène-U-elle pas ici tout naturellement ces tableaux de la première ^nfance?

Quintus Calaber , le copiste bien plus que l'imitateur d'Homère, a exprimé les mêmes idées, et presque dans les mêmes termes. Pour que la similitude soit plus parfaite , il met son discours dans la bouche du même Phénix. L'auteur suppose qu'après la mort d'Achille, Phénix tient embrassé le cadavre de ce guerrier, et qu'après avoir fait éclater ses regrets , il s'écrie : « Pelée , te por- « tant dans ses bras à travers son palais , te plaça sur mon sein , « et me recommanda vivement de soigner cet enfant comme mon

(1) Apollon. Argon., Ub. I, v. 554-8.

(2) Apollon. Sch. ad lib. I, v. 55S.

(3) ApoUod. bib., Ub. III, c. i3, $ 6.

(4) T. VI, p. 271, Bip.

(5) Voyez les ubserv. sur le v. 83o du onsiéiiic eh. de TUiade.

3(j6 OBSERVATIONS

• propre filf. Je loi obéis. Toi , joyeax dans mes bras » sosvent ta « m'appelais ton père en a§iUnt faiblement tes lèvres, et ta soaiUnîa « ma poitrine» ma tunique» en cédant à l'instinct de toa âge (i). » Il est impossible de reoonnaltre dans cette froide et servile imita* tion les beautés vraies de l'original , et je préfère beaucoup à cette pâle copie quelques vers d'Escbyle où Toli reteouve la pensée première de notre poète « appliquée beureusement à l'aoïoar de la patrie.

«Cett maintenant qu'il vous faut.... défendre. cette terre,

« totre mère » votre nourrice cbérie ; elle qui supporta les pénibles « soins donnés à votre enfance » lorsque , faibles encore , vous ram- ■ piez sur ce sol protecteur ; elle qui vou$ nourrit pour qu'un jour» « citoyens fidèles» vous soyez ses plus sûrs défenseurs (s). >

«A l'occasion du verbe irgÉ9gio6«i» qui termine le vers 4^7, Athénée observe qu'Homère le prend toujours dans le sens de goûter^ toucher du hout des lèpres, et qu'il emploie d'autres mots pour exprimer la satiété , tandis que les poètes modernes se sont toujours servis de irotoaoOat pour rendre l'idée de manger oèondammeni (3).

[v. 497-] I^ dieux mêmes se Isiisseiit fléchir, eux qui remportent sur nous en vertu , en gloire , en puissance.

Platon » qui cite ce passage 1 ne rapporte pas le vers 498 » eiix qui remportent sur nous en vertu , en gioire , en puiuameef il est possible que ce vers ait été igouté , car il n'est pas rigoureusement nécessaire au sens. Voici les réflexions que Platon fait au sujet du passage de V Iliade : « Ces mêmes poètes nous disent que les dieux « peuvent être apaisés par des sacrifices, des vœux pacifiques» des « offrandes. Or il faut croire les poètes en tout point » ou ne les « pas croire du tout; mais si nous les croyons, soyons d'abord in- > justes , puis sacrifions aux dieux avec le fruit de nos injustices (4).* Ces paroles de Platon démontrent assez clairement quelles étaient de son temps les idées superstitieuses des païens. Quand on croit

(i) Homer. Paralip., I. ni, 469-75.

(9) S«pt. cont. Theb., V. 10 aeq^.

(3) Alb«n. Deipn. «pit., lib. I, p. a3. F. et s^ A.

(4) Rdpab., Ub. Il, I. VI, p. 233, Bip.

vacheter sm crimM à prix d'argent ^ 00 bien au moyea «le ({«elques formules , tout sentiment moral est éteint. Les opinions de Platon battaient en mines l'échafaudage du paganisme; ces idées germaient déjà dans toutes les tètes ^ chi|cnn commençait à sentir, sans se Tavouer, Tinconséquence d*ane religion qui n'était rien pour la conduite de l'homme , et qui ne se rattachait à la divinité que par le culte extérieur. De là on peut sentir, humainement parlant, combien saint Paul dut trouver les âmes disposées à écouter ses paroles quand il prêchait, au milieu de l'Aréopage, le mystère du Dieu inconnu^ qu'il parlait de la religion du cœur et de la nécessité d'un vrai repentir (i).

[v. Soi.] Les prières sont £Qles du grand Jupiter.

Les beautés de cette sublime peinture sont trop généralement senties pour qu'il soit nécessaire d'y revenir encore. Voltaire , qui trop souvent a jugé notre poète avec les idées du i8* siècle, rend toute justice à ce passage admirable; et, en parlant de Lamothe qui avait indignement tronqué ces belles images dans sa traduction , il s'écrie : « Quel malheureux don de la nature que l'esprit , « s'il a empêché M. de Lamothe de sentir ces grandes beautés d'i- « magination , et si cet académicien si ingénieux a cru que quel- « ques antithèses , quelques tours délicats , pourraient suppléer à « ces grands traits d'éloquence (i) ! >

Voltaire ne s'est pas contenté de louer cet endroit de V Iliade, il Ta traduit. Voici les premiers vers de cette traduction :

Les prières, mon fil^, devant vous éplorécs Du souverain deg dieux sont les filles sacrées. Humbles , le front baissé , les yeux baignés de pleurs, l«ur voix triste et plaintive exhale leurs douleurs. Ou les voit, d*une marche incertaine et tremblante, Suivre de loin l'injure impie et menaçante, L'injure au front superbe, au regard sans pitié. Qui parcourt à grand pas l'univers effrayé (3).

(i) Act. «pott., c. XVII, j^ 33 seqq.

(a) Essai sur la poét. epiq., t. lo, p. 35a, edit. deKrhI.

(3) Dict. phîlosoph., r. XL, p. 43, mrme éd.

Ces vers sont fort beaux , uns doute , mais tout cela n'est poiat de la poésie d'Homère. Au lieu de ces mots : depaiu vous éfphrées^ JUie$ sacrées, Homère dit simplement : tes Prières soni/iUes dm grossi Jupiter, Voltaire peint les prières htamUes, le Jromtiuissé, ies yessx baignés de fleurs , Homère les peint ioiteases et ridées. Toujours nous sommes forcés de substituer l'idée morale à la peinture de l'image physique, surtout dans une traduction en vers.

Leur voix triste et plaiatire exhale leurs doulems

n'est point dans Homère et n'est point d'Homère , non plus que tinjure impie, menacanie, au front superbe, au regard uuu pitié. L'original dit avec énergie :

È ^ km OTtvxpiQ Tt xat opinroc» (v. 5o5.)

• l'injure est vigoureuse et prompte. • Si on voulait traduire ceb en vers , ce ne serait plus de la poésie française. Je reviendrai sur ce sujet, je ne fais que l'indiquer ici (i).

[v. 5i5.] Si le puissant Atride ne te comblait pas de présents je ne t*engagerais point , etc.

Voici ce que dit Platon à l'occasion de ce passage : « Qu'4>n se « garde bien de louer comme sage et modéré le discours de Pbé- « nix , gouverneur d'Achille , dans lequel il lui conseille de secou- « rir les Grecs si on lui offre des présents , mais de ne point dé- « pouiller sa colère si on ne lui fait aucun don (a). > Je ne sais si dans ce passage l'Homère de Platon différait du nôtre; mais, s'ils étaient conformes, la censure du philosophe manque de bonne foi , car il faut conclure de ses paroles que Phénix est allé trouver Achille en particulier , et lui a dit : je sais qu'on se propose de venir implorer votre secours ; si Agamemnon vous fiait de nombreux présents, rendez -vous à ses vœux, mais s'il ne vous offre rien , persistez dans votre ressentiment J'avoue que si les choses se fussent passées ainsi , c'eût été une grande infamie de la part de Phénix ; mais quelle différence dans le poème tel que nous l'avons : les présents sont offerts par Agamemnon , il cède

(x) yoj. les observ. sar le ▼. a 3 du treisième et 4^6 du vingt •quatrième de niisde.

(a) Plat, reipnhl., lib. Ilf, t. YI, p. «69-270, éd. Bip.

«I fait les avances ; alors u'est-il pas tout naturel qne Phénix profite de ces bonnes dispositions du chef de Tannée, et qu'il s'empare d'une circonstance si favorable à la cause des Grecs? Cette tournure de phrase : • si lé fib d'Atrée ne te comblait pas « de i^résents , je ne t'engagerais pas , etc. > , n'est qu'une forme oratoire très-naturelle qu'emploie Phénix pour prouver à Achille tout l'intérêt qu'il lui porte, et ïui faire sentir tous les avantages qu'il refuse. D'ailleurs Phénix est -il donc si coupable de combattre une passion par une autre, et ne doit-il pas, au contraire, opposer l'ambition du héros à sa rancune funeste? Homère ne fait pas précisément un livre de morale , il trace le tableau naff des passions humaines. Platon , dans son rigorisme philosophique, ne tient pas assez compte de l'empire de ces passions. Cest la le grand défaut de tous les faiseurs d'utopie : ils résolvent le problème comme si les hommes étaient un terme abstrait ; ils travaillent sur l'humanité , sans songer qu'elle est faite avec des individus.

[y. 5a6.] Ils se laissaient apaiser par des présents et fléchir par des prières.

Aristote cite ce vers comme un exemple de la figure nommée irof ofMittviç , similittuie : elle consiste en ce qu'il y ait deux mots qui se ressemblent dans la même phrase , ou du moins que leurs terminaisons soient semblables : tels sont les mots ^upurol et irapà^pn- Tot dans le vers $36 (i).

Je doute fort que notre poète ait jamais songé à cet arrangement systématique, lui qui n'a d'autre but que d'exprimer sa* pensée tout naturellement ; et l'on est un peu surpris que les plus habiles rhéteurs , s'attachant ainsi à la critique verbale , remarquent gravement de puériles jeux de mots.

[v. 543 — 5.] Méléagre, fils d'Œnéus, ayant rassemblé de plusieurs Tilles des chasseurs et des chiens vigoureux, extermine le monstre.

Cette chasse du sanglier Calydon est très-célèbre dans Tanti-

(i) Arut. Rhetor., lib. III, c. 9, tom. IV, p. 344 et 345, Bip.

4oo OBSERVATIONS

qûîté. Ovideen a fait une deacrîption < de» Métamorphoses (i). ApoUodore donne les noms de tout ceux qui assistèrent à cette chasse (a). Pausanias dit que dans un temple magnifique de Tegea eu Arcadie, il y avait un trftiran représentant la chasse du sanglier de Calydon » et il fait la description de ce tableau (3).

Ces mythologues donnent beaucoup de détails q«i 09 sont pM dans Homère » et ils parlent de la mort df Iféléagre sans aiouter ce que dit notre poète touchant la colère de ce héros , et son refus de défendre la ville. Voici ce qu*iW rtcontoat sur Aitbée» mère de Méléagre : sept jours après qu'elle {kl aooQHdiée » les parques lui prédirent que son filt mgurrsit quand le tison qui se trouvait alors dans )e foyer serait consumé; AUhée» ayant entaodu cette prédiction, retira le tison et l'enferma dans une armoire. Lorsque dans la suite Méléagre eut tué le sanglier, il donna la hure à Atalante ; les oncles de Méléagre (les fils de Thestius, frères d'Althée), blessés de cette préférence en faveur d'une femme, loi enlevèrent cette récompense , et dans sa colère Méléagre les tua. Alors Althée , pour venger la mort de ses frères , jeta le tison au feu, et sitôt qu'il fut consumé, Méléagre mourut (4). Ce mythe n'sf^rtient pas aux temps homériques ; Pausanias dit que Phrynichus est le premier qui en ait parlé dans sa tragédie de Pleuron (5).

n ne parait pas, d'après le récit d'Homère, que Phénix ait assisté à la chasse du sanglier de Calydon; cependant Ovide le met au nombre des chasseurs (6).

Quant à Œnéus, père de Méléagre, voici ce q^'en racontait Hécatée de Milet : « Oresthée , fils de Deucalion , étant venu en « Étolie pour prendre possession de cet empire , sa chienne mit « bas un tronçon de bois. Oresthée commanda qu'on piantàl ce « tronçon , et dans la suite il produisit une vigne chargée de raâ- ■ sins. Cest pourquoi il nomma son fik Phytius (principe de vé-

(i) ÛTid. MeUni., lib. VIII, ▼. 33 1 aeqq.

(a) ApoUod. bih., Ub. I, c. tixi, J 9.

(3) Paas., Hb. VIII, c. 45, ad Cale.

(4) Conf. ApoUod. Bib., 1. c. et Brev. Scbol. II. t', S44, éd. Barneaii.

(5) Païuaa., lib. X, c. 3x.

(6) (Hid. Mel.,1. VIII, v. 3o;.

SUR LE CHANT IX. 4oi

« {(éution ) . et de ce Phy tius naquit (%)oéiis , qui tire son nom « des vignes, car les anciens Grecs appelaient les vignes eenas (g?- « vote) (f ). » Voilà encore une mythologie qui ne remonte point au temps d'Homère; et quoique les anciens Grecs nommassent les vignes œnat, je crois plutôt que cetl^ fable a été inventée après coup, à cause du rapport qui existe entre le nom d*QEnêus (Otvtùc ) et le mot grec €enos , vin (oivoc) (a).

[v. 563.] Car sa mère imitant le chant du plaintif alcyon.

En traduisant ainsi je me range à Topinion de Heyne , qui pense que dans ce passage-ci il n'est pas question d'Alcyone, l'épouse de Céyx , dont Apollodore (3) et Ovide (4) racontent l'histoire chacun d'une manière si différente , mais réellement de l'oiseau nommé alcyon (5). Cet habile critique résout fort bien la difficulté du mot oItov, qui signifie ordinairement destinée, événenunt, par l'autorité d'Hésychius et du Magnum £tymologicum« qui l'expliquent par Op^oç, lamentation ^ plainte (fi); et surtout par un exemple tiré de Callimaque, où les mots oitov «dc^ovî^mv ne peuvent s'entendre que du chant plaintif des rouignols (j). J'ajouterai que cette fable d'Alcyone n'est point dans le génie des temps homériques ; jamais notre poète n'a raconté une seule de ces métamorphoses qu'Ovide a embellies de toutes les grâces de son esprit (8). Elnfin » je remarquerai encore que si l'on prend oitov dans le sens de destinée , et qu'on traduise ayant la destinée d'Alcyone , on pèche contre la tradition mythologique , puisqu'il n'est pas vrai qu'Alcyone eût été enlevée par Apollon, comme il est dit ici de Marpesse. Madame Dacier, qui a senti cette difficulté, paraphrase selon sa

(i) Athen. Deipn. epit., lib. Il, p. 35, B.

(a) Yoyes entre antres les observ. sar les v. 5i et 370 da <;inquième di. de TOîade.

(3) Bib. Apollod., lib. I, c. vii, $ iri.

(4) Metam. Ov., lib. XI, ▼. 410 , et seqq.

(5) Heyn. Obs. in Iliad. IX, 55g.

(6) Hesych. et BAag. Etym. ad v. otrcv.

(7) Pallad. Lavacr., t. 94.

(8) Toyez les ohacrr, snrle v. 58 dn septième ch. de Tlliade.

4oa OBSERVATIONS

eotttume l'idée d*Homère, pour expliquer celle qu'elle lui pose. Voici donc comment elle rend le passage ci-dessua : « Idaa et

• Marpesse , pour conserver dans leur famille la mémoire de cHIe « triste aventure (l'enlèvement de Marpesse par Apollon), donnèrent

• à leur fille le surnom d'Alcyone, à cause des regrets et de» « larmes que cet enlèvement avait causés à sa mère , qui , eoame « un autre Alcyon , se voyait par la cruellement privée de son « mari (i). > Il n'y a pas un mot de tout cela dans Homère; interpréter ainsi ce n'est pas traduire , c'est substituer ses propres pensées à celles de l'auteur originaL

[y. 591 — 4,] Elle lui retrace tous le$ maux afifreux qui menacent les citoyens lorsqu'une yille est piîse, les guei^ riers immolés, les murs que le feu réduit en cendre , et les soldats entraînant les enfants et les femmes.

Aristote cite ce passage comme un modèle d'amplification , et observe que les épémemênta muui détatUès en parties jmmit§emt phu gmtuU (1). Ce n'est pas qu*Homère ait fait cette réflexion , mais le philosophe développe la cause d'un mouvement d'éloquence que la nature avait inspiré au poète.

Ariatote, en rapportant ce passage, ne le donne pas exactement tel qu'il se trouve dans nos éditions ; ainsi , au lieu de »Q^t*, Uf M^wK^xm isÙAK (vers Sga)» « tous les malheurs qui arrivent aux « hommes • » membre de phrase qui se rattache au vers précédent (Sgi), Aristote dit : tvea xox* Mpc&iroMt iHXtt , « combien de maux m arrivent aux hoBunes > ; et an v. suivant (Sg^) , au lieu de M^e^ (Aiv KTitvouot, « ils tuent les hommes », on lit daqs Aristote XaoI fùv ^ivûtQuoi , « les peuples périssent», hémistiche qui se trouve an sixième chant de V Iliade (3). Il est possible que l'Homère d' Aristotedifférât dans ce passage de celui que nous avons aujourd'hui; nous en avons déjà vu des exemples (4). Cependant , je erois qu'ici la

(1) L'Uisde d*Hom. trad. par madjime Dacier, t. H, p. xz3 «t 1x4. (9) Aristot. Rhet., Ub. I, c. 7, t. IV, p. 90, Bip.

(4) Vojes les obsorv. snr les v. 14 et ig6 do sscoad dumt ée m»

SUR LE CHANT IX. 4o3

dilTérenoe entre les deax textes tient à ce qn'Aristote citait de mémoire, comme nous l'avons dit de Platon (i).

[y. 607.] O Phénix toi qui pris soin de mon

en£since«

La version latine de Bamès ne traduit fias le mot ^rra , les autres le rendent par/iai»^. C'est proprement une expression de respect, employée par les jeunes gens envers un vieillard; cette formule était particulière aux Thessaliens (s). Peut-être aurais -je dû, comme les versions latines, traduire 6 Phénix^ ô mon père, parce que, dans notre langue, le nom dé père se donne aussi k un vieillard , surtout dans le style élevé. J'ai préféré une périphrase qui rentrât dans Fexplication des petites scholies , lesquelles rendent ce mot par t^o^^c» nourricier (3). Au reste, ce qu'il y a d'assez étonnant, c'est que, selon M. Peignot, ce même mot atta signifie ^/v en langages gotliique , et que les Biscayens disent encore aujourd'hui mita(i).

[v. 609—10.] Tant qu'un souf&e de vie résidera dans mon sein, tant que mes genoux aideront ma course rapide.

Virgile a dit :

dum spiritas hos régit artas (5).

n faut remarquer que le poète latin emploie le verbe regtre^ diriger, conduire^ qui désigne une faculté de l'ame; et le poète grec le verbe |&<v«tv, rester, demeurer^ qui exprime un fait, une action , une manière d'être : ttaU qm U souffle résidera dans ma poitrine. Il est vrai que spiritus s'entend de finteUigeneê de tome, ôOt^ai^ ne s'entend que de l'air qu'on respire.

Tai déjà remarqué que les anciens pkçaiMM k force dans les genoux (6).

(i) Voyes les obaerT. sur le vers 43 1 du qaatrième chant de Fil. (s) Brev. Schol. Iliad. 1', 6o3 ; Stiid. et Hesych. ad v. Ârra, etc.

(3) BreT. Schol., 1. c.

(4) Voy. amnsemenU philolog., 9*édit., p. ai4. D^on, i8a4, in-S*.

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