‹ Observations sur l'Iliade d'HomèreChapitre 18 sur 21 · II · texte numérisé non relu

II

(4) Od- a, 377.

(5) II. x'y 1S9. Du moins est*oe là le ta» qtw quelques interprètes donnent an mot Potni en cet endroit. Voy. ma note eor le v. 159 dn ▼ingt-deuxième chant de l'Iliade.

SUR LE CHANT X. 4i5

ettlerée tout entière, et placée ainsi sur la tète des guerriers; du moins c'est ce que rapporte Hérodote en parlant des Éthiopiens (i). Il iaut chêerver les épithètes dfçoXov et dlXoçov , sans cimier et sans aigrette. Elles sont caractéristiques ici » parce que les casques qui ne portaient pas ces signes extérieurs et élevés étaient ceux qu'on prenait pour les expéditions nocturnes. C'est ce qu'exprime aussi le mot xATaiTU^ dérivé de xttr» x%r(rffkL\ , travaiUé dans sa partie infé' rUnre (s).

[y. a68.] Dans la Tille de Scandée, Autoljcus le céda à Amphidamas de Cjthère; Amphidamas , etc.

Voilà une digression sur le casque de Mérion qui rappelle toutà-lait eelte relative au sceptre d'Agamemnon , au second chant (3). Cet sortes de longueurs sont particulières à notre poète , ou , pour mîem dire » elles appartiennent à son époque ; on peut voir les Inflexions que j'ai déjà faites à ce sujet (4). Parmi ces digressions , une de$ plUs remarquables est celle qui est relative à l'arc d'Ulysse, IH vingt-unième chant de Voéfssée: elle comprend 3o vers (5).

[y. a85— 6.] Accompagne mes pas, comme jadis tu yins dansThèbes ayec mon père Tjdée, lorsqu'il était ambassadeur des Grecs.

M. Knîght supprime ici les v. 286-91 , qu'il suppose appartenir à quelques poèmes plus modernes sur la guerre de Thèbes. II blâme le rhapsode qui aurait fait l'interpolation d'avoir mal écrit le verbe oirtTo au commencement du vers a85 , et d'avoir confondu la voie active avec la voie moyenne , ce qui donne un mauvais sens. Ainsi Diomède dirait à Minerve : sids-moi, comme tu as suivis car tel est le sens du moyen oirtfofM», tandis que l'actif ivKtt ou lira» signifie assister, protéger. Il ajoute que la forme tronquée du verbe oir^oOai au lieu de f(ntio6ai n'appartient pas aux temps homériques, qu'elle

(1) Herod. VII, J 70.

(9) Brav. sch. in h. v. Enst., p. 8o3, 1. 56. Etym. nag. in v. mtoituÇ.

(3) U. 6', xoo.

(4) Toy. ïm ebierv. tor le v. 100 de second chant de miadc.

(5) Cf.^Od.<l>, ii-4f.

4i6 OBSERVATIONS

ne M trouve qu'une seule fois dans Vodfssêe , et encore dans un vers fort suspect (i). En conséquence, Knight écrit ainsi le cornmenrement du v. s8^ : ivm f&oi (a). Toutefois je dois observer que Heyne traduit ]e verbe mrtîo par eomtort^ ce qui donne un sens très-bon (3).

* [v. 297 — 8.] Ces guerriers, semblables à deux lions, s'avancent au sein de la nuit ténébreuse à travers le carnage, les cadavres, les armes, et le sang.

Eustathe fait remarquer la rapidité de cette comparaison, la beauté de cette phrase , qui semble 8*élancer et bondir comme la marche intrépide des deux guerriers (4). Il ajoute que les anciens, en louant une phrase de Xénophon où les mêmes idées sont décrites avec beaucoup plus de développements , disaient qu'Homère avait su rassembler toutes les circonstances , et les présenter en un seul vers. Voici la traduction de Xénophon , non d'après la f^rase donnée par Eustathe, qui sans doute citait de mémoire, et par conséquent d'une manière peu exacte, mais d'après le texte de nos éditions : « Quand le combat eut cessé , on voyait en ces lieux tous

• les cadavres confondus , la terre teinte de sang , amis et ennemis

• étendus à côté les uns des autres. On voyait les boucliers trans- « percés , les lances rompues , les épées hors du fourreau , les unes

• enfouies dans la terre , les autres dans le sein des soldats , les

• autres tenant encore aux mains des guerriers (5). » Cette belle peinture n'est en effet qu'une pompeuse amplification des deux vers ci-dessus. Ernesti (6) pense que c'est , entre plusieurs autres endroits , un de ceux que Quintilien avait principalement en vue quand il loue Homère sur son admirable brièveté (7). Le même cri-

(1) Voy. les obacrv. sur le ▼. 3a 4 du vingt-deuxième chant de YOà. (a) Cf. Knight, not. in lUad. x', a85.

(3) Yen. lat., t. III, p. aSs.

(4) Eost., p. 80 5 ad Cale, et 806.

(5) De AgeùL Reg., c. II, $ 14.

(6) Not. ad V. a 98.

(7) Cf. QuînctU., lib. X, c. I, p. 6a8, éd. Capper. Voy. les obsenr. sar le V. 5oa dn qniitrième chaot de Tlliade.

tique « à Toccaftion de ces deux vers, cite ce paiMfe de Viifile :

îade , lupi œtt

Raptoret, atra îa nebnla, quot improba ▼cniris Exegit C0COS rabies , catalique rdicti Faucibus ezspectaiit siocis; per tela, per hosies, Vadifflos hand dnbiam in mortem (i).

Je ne vois pas de rapport entre les deux poètes, si ee. n'est dans ces mots ptir tela, per hosUt vadùmu. Tous les autres accessoires de la comparaison n'appartiennent qu'à Virgile» et je ne crois pas que cela suffise pour établir un parallèle (s).

[y. 36o.] Tels deux limiers à la dent cruelle.

U est impossible de rendre cette épitbète de x«f xotpe^ovn ; les étymologistes dérivent ce mot du verbe x^>ovicv , grww^ et du mot 6^obc, dent^ parce que, disent- ils, tovt ee ^ui est dur a la pro* prUêé de graver (3). Les animaux qui ont les dents inégales , pointues et serrées» tels que les lions, les loups, les chiens, étalent appelés XjSèo. xapx^po'^ovTa; ceux qui ont les dents égales comme les chevaux , les ânes , ^ha. àfi^po^ovra ; et (ma x>uX(o<^ovTa , ceux qui avaient les dents saillantes comme le sanglier et l'éléphant Ces dénominations sont données par le Grand Étymologiste (4). Scaliger les rapporte à l'occasion d'un vers d*Hésiode où se trouve l'épithète de xapx'^o^ovra (5) , mais il n'indique point la source où il a puisé.

[y. 378.] Laissez-moi la yie, je yous donnerai une forte rançon.

Cette prière de Dolon à Ulysse et à Diomède est la même que celle d'Adraste à Ménélas au sixième chant (6) ; seulement il faut observer que la forme de la phrase présente quelque difTérencc

(1) JEn. n, 355.

(s) Cf. et Heyn. not. ad JEn. II, 356.

(3) Magn. Etymol. ad v. xapx^P*^ "Ûmv , p. 493.

(5) Op. et D. T. 604, éd. Loemero.

(6) V. 46. Voy. les obaerv. en cet endroit.

/ii8 OBSERVATIONS

«u commencement, parce qu*ici Dolon s'adresse à denx guerriers, tandis qu*Adraste n*implore que le seul Ménélas. La fin est absolument la même dans les deux discours.

[v. 387.] Est-ce pour enlever les dépouilles des morts ?

Quand Ulysse aperçoit Dolon, il dit le même Ters à Diomède (i); les anciens critiques, et en particulier Aristophane, ont jugé ce motif suffisant pour le rejeter a cet endroit-ci (s). Il est sûr qu'if est mieux placé dans le discours d'Ulysse ; toutefois on ne doit point regarder ces répétitions comme une marque d'interpolation, puisqu'elles sont au 'contraire caractéristiques des poésies d'Homère. M. Knight adopte le jugement des grammairiens , et supprime ce vers dans son édition.

[y. 396—99.] Afin d'apprendre , ou si , comme auparavant, les navires étaient gardés avec soin, ou si, domptés par nos coups , vous aviez (îii.

La scholie de l'édition de Venise qui se rapporte au vers 897, nous apprend qu'Ammonius, successeur d'Aristarque à l'école d'Alexandrie, supprimait les trois vers 897, 8 et 9. Aristophane les supprimait aussi (3); mais, par une contradiction singulière, la même scholie igoute que le vers 897 était écrit dans les éditions d'Aristarque (4).

Une autre scholie de l'édition de Venise , et qui se rapporte au vers 398 , nous apprend que Némésion ne trouvait pas dans les commentaires d'Aristarque le motif pour lequel ce critique avait marqué ces trois vers d'un obel; mais Ammonius, disciple d'Aristarque, dit que celui-ci les avait d'abord marqués du signe d'interpolation , et qu'ensuite il les avait retranchés tout-à-fait, parce qu'au troisième vers cité, 398, le mot 09191, euj;, est mis i la place de u^îv, vous, que réclament en cet endroit la syntaxe de la

(i) Iliad. x'. 343.

(1) Sch. ven. x\ 311 7.

(3) Sch. Ven. 1. c.

(4) Év ^k raî; k^ttnd^yov t'j^s'Yf airrc, «cb. v«n. I. c.

phrftse et les verbes ^ooXtuotTt et jOÛloiti , qui sont à la seconde personne du pluriel^ enfin parce que ces trois vers se retrouvent déjà dans ce même chant (i). Quant à la licence qui a fait mettre o^'tfi au lieu de uuTv, Aristonique y remédiait en répétant les deux derniers vers cités comme Hector les prononce plus haut quand il s'adresse à Dolon (s), c'est-à-dire en conservant pouXiûouoi et <OtX£ctMt à la troisième personne du pluriel , au lieu de la seconde. Quant à la répétition , elle ne me parait point être ici un motif de retranchement. Au reste , les critiques modernes (3) n'ont point adopté le jugement d'Aristarque , ni même les corrections d' Aristonique. Heyne a fort bien remarqué que si Ton retranchait le vers 397 , on ne pouvait pas conserver le vers précédent ; et que si on le conservait, on ne pouvait pas supprimer les deux derniers (4).

[v. 409-— II.] Qu'ont-ils résolu entre eux? veulent-ils rester dans cette plaine à la vue de nos vaisseaux , ou retourner dans leur ville satisfaits d'avoir vaincu les Grecs ?

Ces trois vers étaient retranchés , dit la scholie de Venise du V. 409 , parce qu'ils se trouvent déjà dans le discours de Nestor (5) ; ensuite parce qu'il est ridicule qu'Ulysse s'informe , au moment où la nuit est trèfr4ivancée , si les Troyens sont dans l'intention de retourner dans la ville ; et aussi parce que Dolon ne fait aucune réponse à cette dernière question d'Ulysse.

Ces raisons ont paru plausibles à Knight , qui a supprimé les trois vers, de même qu'à Wolf, qui les enferme, comme ci-dessus, entre deux parenthèses. Heyne convient seulement qu'ils sont assez inutilement répétés ici. Moi je crois qu'ils peuvent très-bien rester aux deux endroits. D'abord, quant à la seule objection solide , qu'Ulysse ne doit pas demander, quand la nuit est avancée, si les Troyens se retireront dans la ville, j'observe qu'on peut tout aussi bien l'adresser au discours de Nestor, qui parle dans

(i) V. 3io, 3ri, 3ii.

(a) 3ix et 3 ta.

(3) H«yii«, Wolf,4Cnight.

(4) Heyn.,obserT. in Iliad. X, 397, t. VT, p. Sa.

(5) II. x', ao9, a 10, an.

4ao OBSERVATIONS

un moment où tonles les troupes éuient déjà endormies; car il est bien certain que puisque les Troyens anûent commencé la nuit hors des remparts , ils la passeraient tout entière ; mats ces paroles : vetUmi-iU retter dam etttê pkùme^ etc. , soit ici , soit dans le discours de Nestor, ne doivent s'entendre que des projets ultérieurs des ennemis. Quant à la seconde «éjection, que Dolon ne répond pas à cette dernière questiim dTJlysse, je ne la trouve pas mieux fondée; car Ulysse interrompt Dolon au milieu de son discours (i) , lorsqu'il apprend que les alliés ne font pas une garde attentive. Cest sur ce point important qui fixe toute son attention qu'il exige de nouveaux détails, parce que c'est là qu'il entrevoit aussitôt la possibilité de faire un coup de main avantageux.

[v. 4^8 — 9.] Sur les bords de la mer sont les Cariens, les Péoniens à l'arc recourbé , les Lélèges , les Caucones , et les nobles Pëlasges.

Homère dans le dénombrement des alliés ne nomme ni les Lélèges» ni les Caucones, mais il fait mention des Cariens (3), des Péoniens (3), et des Pélasges (4). Enstathe dit que le poète leur donne Tépithète de ^01, parce qu'après une inondation , ils furent les seub qui conservèrent les lettres (5) ; ce qui ferait supposer que l'invention de l'écriture est fort antérieure aux siècles homériques. Je ne reviendrai point sur cette question dont j'ai déjà parlé (6) , et je me contenterai , à cette occasion , de citer l'opinion de Wood qui me parait fort raisonnable : « Je crois, dit-il, qu'on « avait imaginé l'art d'écrire au temps d'Homère , mais qu'on le « pratiquait peu; que les connaissances n'avaient alors d'autre « dépôt que la mémoire, et c'est pour cela qu'on les mit en

(i) Cf. IL X, 4a3.

(s) II. €», 867.

(5) East., p. 358, 1. la.

(6) Yoy. les observ. sar le v. 484 da second, 168 do sixième, et 175 du leptièine cbsnt de riUade. Yoyes aiiscî : Études de Vhist, ancienne et de ceUe de la Grèoe^ par Lévesque, t. II, p. ai G.

SUR LE CHANT X. 4at

« Yen (i). • Quoi qu'il en^ soit, je ne pense pas que l'épithète donnée ici aux Pélasges ait pour motif la raison que rapporte Eustathe, et je crois qu'ils n'étaient appelés ainsi qu'à cause de leur ancienneté. Voila pourquoi j'ai cru devoir rendre cette épithète par noUes Pélasges. Strabon dit que l'opinion générale regardait les Pélasges comme un peuple ancien répandu par toute la Grèce, et surtout dans les pays voisins de la Thessalie (a). Homère nomme la Thessalie VArgos péiasgique (3) , et le Jupiter adoré à Dodone , JupUer péiasgique (4). Cest sans doute de là qu'ib pénétrèrent dans l'Épire, dans la Thrace, et jusque sur les c6tes de l'Asie, où ils se trouvaient lors de la guerre, puisqu'ils sont les alliés des Troyens (5).

[v. 435.] Au milieu d eux est leur chef Rhésus , fils

d'Eionée.

Quoique Homère dise positivement que Rhésus soit fils d'Éionée, les auteurs des ftges suivants supposent qu'il était fils du fleuve ' Strymon et d'une Muse (6). Je fais cette remarque pour prouver ce que j'ai déjà dit , que souvent les aventures attribuées aux héros ont été inventées après Homère, et n'ont d'autre fondement que la signification d'un nom dont le sens présente quelque analogie avec l'aventure supposée (7). Ainsi, comme Rhésus vient du verbe ^itt, couler, on a supposé que le roi de Thrace était fils d'un fleuve. Il faut même observer que dans Homère (8) et dans Hésiode (9), ce mot Rhésus est un nom de fleuve. Màb comme le

(f) Esaû lar le génie d'Homère, trad. de Tangbis par M. Wood, p. 346.

(a) Strsb., lib. V, p. aao.

(4) II. ir'» a33.

($) Cf. brev. icb. ad II. x', 419. Voyes aoasi le» ohserv. sur le v. 840 da second chant de Tlliade.

(6) Cf. Brev. sch. ad h. v. Bîb. Apollod., lib. I, c. lu, $ 4. Eoripid. in Rbeso, v. 393, seq. etc.

* (7) V'oy. les ohaerv. sur les vers 5i, 370, da cinquième, et S43 dn neuvième chant de THiade.

(8) II. pi', ao.

(9) Theogon. 34».

4aa OBSERVATIONS

verbe piM ne signifie pas seulement couler, qu'il signifie aussi ^ tiUconrir, et que de ce verbe encore usité au futur [^iQo«] , ou a fail '^im^\ parole^ discours t mot qui a beaucoup de rapport avec Hhèsiu, on a conclu que la mère de Rhésus était une muse. De sorte que les deux acceptions du verbe ptM , racine du nom de ont servi à établir toute sa parenté.

[v. 460 — I.] Ulysse consacre ces armes à Minerve qui préside au butin , il les élève vers le ciel , et prie en ces mots.

Le scholiaste d*£schyle, au v. a83 de la tragédie des Sept chefs contra Thèbes , observe à Toccasion de ces mots : &r,9tiv rpcicata • éUver des trophées f qu*Eschyle n'a pas suivi les usages du temps, et que ce mot trophée n'était pas connu du temps d'Étéocle. Schûtz remarque à ce sujet, qu'en effet le nom de trophée n'était pas connu alors, mais que l'action d'élever des trophées était connue du temps d'Homère, et il cite en preuve les deux vers 460 — > (<)- 11 valait mieux citer ceux-ci du même chant : « Ulysse place au « sommet de la proue les dépouilles sanglantes de Dolonr, comme • une pieuse oflrande qu'il consacre à Minerve (s). » Mais l'observation du scholiaste d'Eschyle , relative au mot rpômitov, n'en est pas moins juste; et M. Goess, dans un petit ouvrage sur la Batrachomyomachie, a eu raison dcT dire que si ce poème était d'Homère , ce mot de rpMraiov ne s'y trouverait pas (3).

Au reste , il est tout simple que les auteurs tragiques emploient dans leurs ouvrages les mots et les usages de leur temps; c'est ainsi que le même Eschyle, dans ceUe tragédie des Sept chefs, rapporte les devises qui se trouvaient sur les boucliers (4). Certainement voilà qui est bien opposé aux mœurs homériques , mais cela doit être; Homère est dans une civilisation particulière; les

(i) Cf. SchiitKu in iEsch. tragœd. comment., vol. I, p. a4a> (a) Cf. II. x\ 570.

(3) Cf. Batrachom. i58; et G. F. D. Goess de Batrackomyoaachia , p. 20 et 31.

(4) Sept. cent. Theb., 440, 474 et seq. , 653, etv., ed.Stanleii.

iiuteura qui sont venus ensuite ont aussi la leur ; et quand je fais sentir la difTérence qui existe entre eux , ce n'est pas pour louer Tun ou blâmer les autres , mais au contraire pour prouver que chacun, au milieu des circonstances où il se trouvait, a dû s'exprimer comme il Fa fait.

[y. 466.] Puis comme un signe remai*quable

Le vers 466 offre un exemple unique de l'ancienne orthographe homérique dans le mot ^iiXw, qui est là pour ^^ov , d<i<V, êfideni, mamfestt, Platon en effet dit qu'anciennement les Grecs employaient les deux epsiions (£E) au lieu de l'èta (H) (i) ; ou même VépsUon simple pour Vèta (3). Voyez aussi les prolégomènes de Villoison en tête de son édition de V Iliade (3), et ses Anecdota grmea (4). Cette origine de l'èta me semble prouver indubitablement qu'il se prononça d'abord comme notre e ouvert dans pro^ cèSf et que la prononciation par I, que soutiennent les Grecs modernes , est une prononciation dégénérée (5).

[v. 474 — 5.] Rhésus dormait au milieu de ses soldats, et non loin de là ses coursiers impétueux étaient liés par une courroie à l'extrémité de son char.

Dans Eustathe (édition de Rome), le vers 474 n'existe pas; il est certain que ce vers n'est point absolument nécessaire au sens ; en le retranchant , voici quelle serait la suite de la phrase : « à c6té « de chaque guerrier, deux chevaux destinés au même joug «étaient liés par une courroie à l'extrémité du char. • Aucun éditeur moderne ne s'est arrêté à cette leçon , et je crois en effet que le vers doit subsister.

(1) In CratyL, t. III, p. «87, Bip.

(3) p. IV, not. I.

(4) T.U, p. ia6ccia7.

(5) Voy. pour plus de détails les observ. sur le v. a65 du dousièine chant de TOdyssée.

4a4 OBSERVATIONS

[v. 48^0 Tel un lion survenant au milieu d*un troupeau sans berger.

Cette épithète dtfDj&érroiai, signifie proprement fiii est smm mandement : o^a, comme je l'ai déjà dit, s*enteiid de toot signe quelconque (i), et mi/MK^tt* ^ porter le signe, veut dire commander: d'où est venu l'adjectif àoiq(MLvToç, avec l'a privatif, qui n'est pas commandé. Dans Homère, le sceptre, ou plutôt U béton» était le signe de la puissance, le véritable o^; mais il ne parait pas» que dans les combats^r les armées eussent aucun signe apparent, comme nos drapeaux, ou les aigles des légions romaines, parce qu'à cette époque la guerre ne se faisait point en bataille rangée ; les groupes se mêlant au basard, un signe extérieur eût été toutràrfait inutile. Si Homère onploie le mot o«{idBvr«*^, porteur de signe (s), pour exprimer les ckefs de l'armée, et le veriie ati^jaxm (3) dans le sens du commandement, il entend par là que les généraux étaioit montés sur des chars d*oii ils pouvaient être aisément aperçus ; qu'ils avaient un casque plus éclatant, une plus riche armure, un panache plus élevé, seub et uniques signes autour desquels se ralliaient les guerriers d'un rang inférieur (4)- Oppien , dans son Traité de la pêche, a dit aussi de la maison d'un orphelin, où chacun venait se réjouir :

Krilaiv dUt xtîpovrtc ioy)(ftotrroto ^opioio (5).

• Et dévorant les richesses d'une maison sans maître. >

[t. 496 — 7-] Cette nuit, un songe funeste s étmit penché ▼ers la tète de Rhésus , sous les traits du fils de Tydée , par les ordres de Minerve.

Voici le mot à mot de cette phrase: « Lefilsd'QEnéide (6), s<»ge • funeste, se pencha sur sa tête, pendant cette nuit, par le con-

(1) Voy. les observ. sur le v« xôft da sixieBM «haut de riliade. (a) n.^, 43z.

(3) Illad. e, 80&4 »'> 58.

(4) Voy. les observ. mr le vers 9197 dv qnatrièine chant.

(5) llalieatie., Ub. m, v. 54z«

(6) OEnéide, nom patronimiqve de l'ydée, fils d'OEnêua»

SUR LE CHANT X. 4a5

m aeil de Minerve. » Woif , qui a renfermé le second vers cité entre deux parenthèses, termine 1% phrase an vers précédent; alors le sens est simplement : « un songe funeste se posa sur sa tête. » Ce qui est bien préférable à la phrase pénible qui résulte de l'interpolation du v^rs 497- En effet, la scholie de l'édition de Venise qui s'y rapporte, dit qu'il doit être supprimé, i* parce qu'il nuit à la construction de la phrase ; a^ parce qu'il n'est pas nécessaire de dire que c'est Diomède qui est le songe funeste; 3" parce que ce n'est pas le conseil de Minerve, mais le funeste message de Dolon qui a causé le malheur de Rhésus. Il est certain que ce vers porte tous les caractères d'une addition faite par quelque rhapsode , ou quelque copiste qui aura voulu donner plus de développement à la pensée d'Homère. U est aussi retranché par Knight.

[t. 498.] Cependant l'intrépide Ulysse délie les superbes coursiers.

Ce vers est essentiel à la suite de la narration. Cependant la scholie de l'édition de Venise qui s'y rapporte, dit qu'il ne se trouvait ni dans Zénodote ni dans Aristophane. Heyne pense, avec raison , que cette scholie doit se rapporter au vers 497 quî porte tous les caractères de l'interpolation (i) , et qu'elle aura été mise par erreur au vers 498 ci-dessus , qui dans aucun cas ne peut être supprimé (3).

[v. 499*] ^^ 1^ conduit loin de la foule en les frappant de son arc.

Virgile fait allusion à ce passage dans le premier chant de l'Énéide , lorsque son héros contemple le tableau où sont peintes les diverses actions du siège de Troie :

Nec procal hinc Rhesi niveis tentoria velis Agnoscit lacrymaDS , primo quae prodita somno Tydides multa vaslabat caede cruentus; Ardentesqae avertit eqaos in castra , priusqaam Fabula gostassent Trojae, Xanthumque bibusent (3).

(i) Voy. les ohwrv. précédentes.

(9) Heyn. obaerv. in Uiad. X, 497.

(3) £n. I, 4i59 éd. Heyo., 4^3 al. éd.

4a6 OBSERVATIONS

Virale suppose que c*est Oiomède qui enlève les oounicn; dus V Iliade c*est Ulysse. Ces dernières paroles du poète Imûh^ m^wu qu'Us eussent goûtd des pâturages de Troie, et hu des easu dai XatUke, ont rapport à un oracle qui avait prédit à lUbèsas qu*il serait invulnérable à jamais , si lui-même goûtait de Teau du Scamandre» si ses coursiers s'y désaltéraient et paissaient sur le riva^ (i). Je pense que cette fable est postérieure aux temps homériques; pour ce qui est du tableau qui représentait les actions mémorables du siège de Troie, j'en ai déjà parlé (3).

[v. 5i5.] Cependant ils n*ëchappàrent point aux gards vigilants d'Apollon.

Suidas dit que cette phrase cù^' giXaogKoiw %tii, qui signifie littéralement : qui m'a pas le regard d'un apemgle, était une tournure proverbiale pour exprimer quelqu'un de clairvoyant; selon cet auteur, le veibe Xattv est synonyme de pXtmtv, voir, regarder, et àX«ôc , avec l'a privatif, synonyme de tu^; , aveugle (3). Voilà encore un exemple frappant de la force de la négation (4).

Je ne crois point qu'il faille entendre ici aUégoriqnement que le jour allait paraître (5) ; parce que, ainsi que je l'ai remarqué, Apollon n'est point dans Homère le dieu de la lumière (6).

[t. 5 19 — 22.] Ce guerrier s'arrache au soDuneil; et quand il voit désert le lieu qu^occupaient les chevaux , quand il aperçoit ces soldats palpitants au sein d*un horrible carnage , il gémit et nomme son ami fidèle.

Zénodote n'observait pas le même ordre que ci-dessus dans la transcription de ces vers ; selon lui, le vers 5i3 devait être à la place du V. 5so , de sorte que le sens était : « Ce guerrier, s'arrachant au

(x) Brev. acfa. II. x', 435.

(a) Voyes les obaerv. sur le v. S96 do Sâxième diuit.

(3) Soid. ad v. etXooc.

^4) Yoy. les obaerv. mr le v. 33o da pieoùcr chant.

(5) Cf. Enst., p. 811, 1. 59.

(6) Yoy. les observ. sur le v. 5o do pramier dumt.

« sommeil , pousse d'afTreux gémissements et appelle son iidèle « ami , quand il voit désert le lieu où reposaient , etc. » La scholie de Venise , qui nous fait connaître ce changement de Zénodote , observe, avec raison, que la leçon conservée est plus conforme à renchainement des idées: en effet le poète doit d'abord représenter Hippocoon considérant le théâtre du carnage, puisque ce n'est que la vue de ces maux qui le fait gémir et appeler son ami (i).

[v. 528.] Le fils de Tydée s*élance à terre.

Voici un passage qui prouve que l'équitation n*était pas entièrement inconnue aux Grecs des siècles héroïques. Puisque Diomède s'élance à terre, x>f^*C* Oopûv, il est clair qu'il était monté sur l'un des chevaux de Rhésus. Mais peut-être aussi voudra-t-on voir dans ce passage un motif de regarder la Doionie comme d'une époque plus récente que le reste (a). Cependant l'action de monter un cheval est si naturelle, qu'on s'étonnera toujours qu'elle ne soit pas venue la première dans l'esprit de ces guerriers (3).

[v. 53o— I.] Il frappe les chevaux, qui volent avec rapidité vers la flotte où les guerriers sont impatients d'arriver.

Le vers 53 1 , que Wolf a renfermé entre deux parenthèses, ne se trouve point dans l'édition de Venise. En ce cas voici le sens : • ils frappent les chevaux, qui volent avec rapidité. • La suite de la phrase est tout -à -fait inutile. Eustathe regardait ce vers 53 1 comme entièrement superflu (4). Heyne n'hésite pas à dire que ce vers est interpolé d'une manière absurde (5). M. Knight est du même avis (6). Je ne doute pas qu'ils n'aient raison.

(i) Seh. ven. x', 5ao.

(a) Yoy. les obacrv. sur le v. x de ce chant.

(3) Yoy. les observ. sur le ven 297 da quatrième chant de Tlliade.

(4) P. 8aa, 1. i3et 14.

(5) lleyn. observ. iniliad. X,v. 53x.

(6) ]Mot. inIliad.K', 53 1.

[v. 570.] Ulysae place au sommet de la proue les dépouilles sanglantes de Dolon, comme une pieuse offiande à Minerve.

Voici le seul passage de VlUads ei même de Vodj'stét où Ton voit des guerriers consacrer aux dieux une part du butin. Les héros offraient à leurs divinités de nombreux sacrifices; mab nulle part il n'est question de consacrer des armures ou d'autres <rf>jets pris sur l'ennemi , comme ce fut l'usage dans la suite. Ainsi Hérodote rapporte qu'après la bataille de Salamine, cm offiit aux dieux trois trirèmes phéniciennes (i).

(1) Herod., lib. VIII, 5 lai. Voyes les observ. sur le v. 460 dcc« chant.

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