SUR LE ONZIÈME CHANT
DE L'ILIADE
[t. I — 2.] L'Aurore sortani de la couche du beau Tithon , portait la lumière aux dieux ainsi qu'aux hommes.
On a vu (Uds les observations sur le vers i dn dixième chant, que les anciens regardaient ce même chant comme formant un petit jpoème à part que Pisistrate aurait intercalé dans la grande composition. J'ai observé à ce sujet que ce qui avait pu donner lieu à cette opinion , c'est que sans doute un premier trtfvail avait été terminé lorsqu'on jugea à propos d'y faire entrer la Dolome. Avant cette intercalation , voici donc quelle était la suite des idées en tîant la fin du neuvième chant au commencement du onzième :
• Chacun, après les libations, va retrouver sa telite et goûter les « doux bienfaits du sommeil. Le lendemain l'Aurore aux doigts de « roses sortait de la couche du beauTithon , pour porter la lumière
• aux dieux et aux hommes, lorsque, etc.» De cette manière, comme on voit, la narration est très-bien suivie ; et il est certain que ces deux premiers vers du onzième chant : U lendemain V Aurore, etc. se rattachent bien mieux à la fin du neuvième qu'à la fin du dixième chant , ou tout annonce qu'il faisait déjà jour lorsque Diomède et Ulysse rentrèrent dans le camp des Grecs (i). Mais il existe même contre ces deux premiers vers du onzième chant une
(1) Au V. a5i da dixième chant, UlysM engage Diomède è ae bâter, . parce que Tauron est dqa proche (17^1 ^ iqcâç); et au vers 55o, Nestor loue les chevaux de Rbèsaa, dit qu^il ne les reconnaît pas, qu'il nVn a jamais vu de si beaox, ce qni suppose qn'il était grand jour.
43o OBSERVATIONS
très-forte objection. Kni^t a très-bien établi que la fable de Tlthon et de F Aurore n'appartient pas aux siècles homériques, qu'elle a été inventée plus tard , et que jamais dans VlUade le poète n'admet tout ce qui a rapport à l'apothéose des héros (i). Il les retranche dans son édition , et de mon cèté je regarde comme trèsprobable que ces deux premiers vers sont des vers de transition composés par ceux qui firent le premier travail avant Tinsertion de la Dolonie ; car la fin du neuvième chant : àhaeun «a savourer ies bienfaits du sommeil^ ne se liait pas avec la suite : mais Jupiter aivoiê la Discorde parmi Us vaisseaux des Grecs, Us lyoutèrent donc ces deux vers sur le retour de l'Aurore pour lier la narration , et ces deux vers sont restés après l'insertion de la Dolonie, sans qu'on ait fait attention qu'ils ne concordaient plus avec la fin du dixième chant ; ou peut-être aussi sont-ils restés parce qu'on sentait bien que ces mots : Jupiter envoie la Discorde^ ne se liaient pas mieux à la fin du dixième qu'à la fin du neuvième ; et qu'entre la peinture d'Ulysse faisant des libations et Jupiter envoyant la Discorde , il était besoin d'une phrase intermédiaire qui avertit que l'on entrait dans un ordre d'idées to^t-à-fait différentes. En efTét , Heyne remarque avec beaucoup de goût qu'il semble, à la manière dont le commencement de ce chant est disposé , que le poète ait voulu commencer un nouveau poème tout-à-fait indépendant de ce qui précède (a). Wolf applique cette observation à tous les chants où il est question des exploits des héros (tv Âptçttaiç) , car ils entrent en scène comme s'ils n'avaient jamais paru (3).
[v. i3 — 4-] Maintenant il leur semble plus doux de combattre que de retourner sur leurs légers navires aux rivages chéris de la patrie.
Dans l'édition de Venise, ces deux vers sont marqués d'un astérisque et d'un obel : l'obel , parce qu'Aristophane les retranchait , et qu'ils ne se trouvaient point dans l'édition de Zénodote ; l'asté»
(x) Toyes les notes de Knight sar les ver» i et a de ce cbsiit; voyes auMÎ ses prolégomènefl sur Homère, § 26 et 4 A. (a) Heyu. observ. in II. XI, x.
(3) Prolegom. inHom., $ 99«p. ia6, note 94.
SUR LE CHANT XI. 43i
rîsqne , parce qu*ils sont déjà an second chant (i) , où , selon la scholie de Venise, ils sont plus convenablement placés; car alors les soldats viennent de concevoir Fespérance du retour. Wolf , qui renferme ces vers entre deux parenthèses, adopte ce sentiment. M. Knight non seulement supprime ces deux vers , mais aussi les deux précédents , qui lui paraissent aussi tirés du second chant (a).
[y. 27 — 8.] Semblables à l'arc d*Iris que le fils de Saturne traça dans les nuages, pour être un signe mémorable aux hommes.
Zacfaarie Bogan , dans son livre intitulé Momenu é6paS^fi»v ( Aebraisons ) (3) , après avoir comparé ce passage d'Homère à celui-ci de la Genèse : areum meum ponam in nuée, entque in signum fcede^ ris (4) , s'exprime de cette manière : « On doit avouer pourtant que « les nations païennes n'ont jamais regardé l'arc d'Ins comme un « signe d'alliance , mais bien plutôt comme le signe de la guerre « ou de quelque malheur (5). » Et il cite à l'appui le passage suivant du dix-septième chant de V Iliade : « comme Jupiter, du haut de» « cieux 9 trace aux yeux des hommes l'iris couleur de pourpre , « pour être le signe de la guerre ou de la tempête (6). » Je suis tout-à-fait de l'opinion de Bogan , et je ne crois pas que jamais Homère ait connu les idées des Juifs sur le signe d'alliance.
Virgile, qui a aussi tiré une comparaison de l'arc-en-ciel , en parle, noà point comme d'un signe tracé par la main de Jupiter, * mais comme d'un phénomène naturel, et même il en donne la cause physique :
ceu nubibtis arcus
Mille jacit varios adverse sole colores (7).
(i) Y. 453, 454. La scfaolie de l'édition de Venise qni se rapporte aux vers i3 et 14, porte xarà tiqv tï pa(|><^^av, au vingt-quatrième ekantf ce qni est Tisiblement une erreur. Il est k regretter que cette édition soit aussi faativc, et qoe nous ne possédions pins le manoscrit original.
(4) Gen., cap. IX, j^ i3.
(5) Bogan., 1. c.
43a OBSERVATIONS
Aiosi ce n*est point on acte immédiat de la divinité , pur eflet de lomîeret mànno mU^ qoi produit cette conlean, Toigoun dant Virgile on retrouve le poète cTim éclaii^
[y. 36 — 7.] Là aussi parait Teffiroyable Goi^one lançant de terribles regards ; autour d'elle sont la Fuite et b Terreur.
Denys d'Halicanuuse cite les deux vers 36 — 7 , pour prouver combien Pnnion de certaines lettres dures ou retenfiasantes peut convenaUement peindre les objets d'un aspect iûdenx et terrible (i).
Quoique j'aie rendu le mot Fop^ par Gorfom/e^\b ne crois pas qu'on doive entendre ici cet être fabuleux, dont, sous le nom de Méduse, les poètes des Ages suivants nous ont raconté tant de merveilles (s) ; et je me range tont-à-fiùt à l'opinion d'Hésychius , qui pense qu'Homère ne connaissait point tes Gorgones (3). Ici Topp» est \ Effroi figuré sur le bouclier d'Agamemnon, comme plus loin la CrtùnH et Is Fmt» (Aitfioc rt 9060c ?■).
Aristote , cité par le scfaoliaste de Venise, prétend que le poète n'a voulu peindre ici que la crainte de' ceux qui regardaient ce bouclier (4)> Je ne crois pas que ce soit la pensée d'Homère. Euslathe exprime le doute : « Par là , dit^il, on doit entendre ou des « images qui ont été gravées sur l'égide, ou bien des facultés, des « dispositions de l'ame qui ne peuvent s'exprimer et qui sont en ■ quelque sorte divines (5). » Ces observations se raf^rtent à la description de l'égide de Minerve , qui a une grande analogie avec le bouclier d'Agamemnon; mais, malgré l'autorité d'Aristote, je persiste à croire qu'il faut, dans les deux passages, mtendre des figures bosselées sur le bouclier, et représentant les divers senti-
(x) De Comp. verb., cap. XVI, p. ao6, éd. Schaerf.
(a) Cf. Tlieog., 276, aeqq.; Ovid. Metamoq>h., IV, 781 seqq.
(3) Ad rop-yw.
(4) Sch. ven. II. t', 741.
(5) P. 600. On peat consulter auMÎ les schoKes sar TOdyssée recueillies par M. Battmann, in Od. V, 634.
meDts don^perle le poète; car on ne saurait admettre qu*il ait mêlé des idées morales à la peinture matérielle de l'armure. Par exemple , après avoir dit que ce bouclier était bordé de i&r cercles d'airain, de vingt bossettes d'^ain, quand il ajoute immédiatement qu*on y yoyait aussi la Terreur^ etc., c'est toujours la description qui continue , et certainement il n'entend point parler de la crainte qu'inspire la vue^de cette armure; d'autant mieux qu'il reprend ensuite la description de la courroie où s'allonge un noir dragon , etc.
U ne &ut pas confondre ces figures du bouclier d'Agamemnon , avec ks attributs de la ceinture de Vénus (i).
[v. 5o— 3.] Et même ayant l'aurore le cri de guerre a retenti le fils de Saturne excite un affreux tumulte.
Au lieu des quatre vers que porte le texte de nos éditions, voici comment M. Knigfat écrit ce passage , d'après la conjecture ingénieuse et probable de Heyne : ^
Sport xflucèv Xpovt^nc.
Alors le sens littéral serait : ■ un bruit immense s'élève ; le fils de Saturne exdte un funeste tumulte dans Varmée, » Ainsi , d'après cette nouvelle leçon , il faut adapter le milieu du vers 5o à la fin du vers Sa , et retrancher tout ce qui est intermédiaire. Le premier motif de supposer ici l'interpolation est la répétition inutile de la même idée, puisque le poète vient de dire: «Aussitôt chaque
■ prince commande à son écuyer de conduire les chevaux , et de
■ les retenir en avant du fossé ; les fantassins s'avancent , revêtus • de leur armure. » Le second motif est la difficulté que présente le commencement du vers Si , que les uns écrivent : tfièn 9k p.e'Y* iimittv , leçon que j'ai suivie ; et les autres : ^dàv ^i p-tO* tirmi^v. Pour cette dernière explication, je renvoie à ce qu'en ont dit Glarke (a) et Heyne (3).
(i) Voyeslesobas. iur le v. ai4 du quatornèmejchant de ITliade.
(a) Not-adlliad. XI, v. 5t.
(3) Heyn. obtenr. in Uiad. XI, 5i ; t. Vlfp. ia8 seqq.
[v. 68.] dans les terres d'un homme riche.
Les étymologisles foot dériver l*adjectif (Mac«p de (i^ xnpl , « qoi - n'est point sujet k la destinée - , c*est«à-dire à U mort^ destinée de tous les hommes (i). Voilà pourquoi les dieux ont si souvent dans Homère Fépithète de {&«xapi« (a). Dans la suite il a eu la signification générale ^heureux; ici il a celle affiche ^ comme ao chant vingt-quatrième : « tu es né de parents opulents *, jtjaxà^m^ i* K coot T0X1QMV (3). On trouve aussi dans Hésiode (lotxopttv cin fp- •pic , ■ sur les champs des riches. > Mais Thomas Gaisford soupçonne , non sans quelque fondement , que ce vers est interpolé ; car (AcxKpMv i^ja. doit signifier les ouvrages «Us dieux , comme oo trouve dans Homère (laxa^ttv opxcv , U *ermemt des dieux (4).
Les Latins se sont aussi ser\ is de l'adjectif èemtus dans le sens de riche, ^opuleni. Tel est ce passage d*Horacc :
Neicias an te generam beati Pbyllidis iave décorent pirentes (5).
[v. 78 — 9.] Tous pourtant blâment le fik de Saturne d'accorder tant de gloire aux Troyens.
Aristophane et Zénodote supprimaient les six vers 78-84. Voici les raisons qu'en donne la scholie de l'édition de Venise, qui se rapporte au vers 78 : i^ parce que tous les dieux ne devaient pas s'irriter contre Jupiter» mais seulenoent ceux qui favorisaient les Grecs; 3^ le poète, en disant que Jupiter est loin de toutes les autres divinités, laisse supposer que celles-ci sont rassemblées, ce qui contredit la phrase ci-dessus : ■ tranquilles , ils sont assis dans « leurs demeuries •, o^otai ivi iicYspoiai (5) ; 3^ Jupiter est ordinairement sur le sommet de l'Ida , et non dans l'Olympe , quand il contemple les deux armées.
(i) Etym. mag. ad veri>. {loxapio^. (9) Iliad. a', 33g, 406 et millies.
(4) Od. x', agg. Cf. Schol. in Odyss. edit. a Bottinanno, vid. Poet. min. GrKC. éd. Th. Gaiaford., 1. 1, p. 43, net. ad Op. et dl., v. 54^-55 1.
(5) IJh. n, Od. IV, V. i3.
A toates ces raisons Heyne aurait préféré qu*on nous apprit si quelques anciens manuscrits autorisaient ce retranchement; du reste il trouve tout- à -fait à ces vers le caractère de Tinterpolation (i), c'est-à-dire qu*ils ont l'air d'avoir été ajoutés pour expliquer la pensée première, et amplifier ce qui a déjà été dit. M. Knight non -seulement supprime les 6 vers ci -dessus, mais encore les trois précédents; de sorte que, selon cet éditeur, il faudrait terminer l'alinéa après ces mots: « la Discorde, insatiable « de larmes , se réjouit à cette vue ; seule de toutes les divinités « elle se trouve au milieu des combattants. >
[y. loa — 3.] Tous deux étaient montés sur le même char ; Isus conduisait les coursiers , et près de lui combattait l'illustre Antiphus.
J'ai déjà remarqué que toujours les chars étaient montés par deux combattants; et, à cette occasion, j'ai cité un passage de l'Enéide dans lequel cet usage n'était pas observé (a). D'autres fois , au contraire , Virgile peignait fidèlement les mœurs homériques, comme au livre dixième où il imite les vers ci -dessus, mais toujours avec les traits qui lui sont propres :
Interea bijugis ÎDfert se Lucagus albis
In medios, fralerque Liger; sed fraler babenis
Flectit equos ; strict um rolat acer Lucagus ensem (3).
Il est inutile de répéter encore ce qui a été dit si souvent , c'est que Virgile composait des tableaux de pure invention ; il ne s'attachait point à être le peintre fidèle de l'époque à laquelle vécurent ses héros. Tantôt il parle comme un Romain , et tantôt comme un exact imitateur d'Homère , mais toujours avec on goût exquis et délicat. La muse de Virgile, c'était une riche et brillante imagination ; celle d'Homère , c'était la renommée des temps passés.
(i) Hcyn. obserr. in Uiâd. XI, 78.
(3) Voy. les obss. sar le vers 226 da cinquièrac chant de lllitde.
[y. II 5.] Et leur enlève une fiuble vie.
Suidas dit que dans ce passage le mot in^ , cœuTf est synoQyme de ^^it ame (i); il ajoute qu'en mettant Tadjectif cnraXèv, muorn, dê&catf le poète s'est conformé à la doctrine des stoïciens , <|ai pensaient que Tame croissait et décroissait avec le corps. Le sclioliaste de Venise s'exprime à peu près de la même manière ; acnlement il attribue à Aristote et au médecin Antipater ce que Suidas dit des stoïciens (s). Je ne crois point que ce fût là la d'Homère ; ici le mot ^op signifie U vie^ comme le mot ôuptèç une foule d'autres passages (3). De sorte que ma traduction me parait rendre fort exactement le sens. Quant aux opinions des stoïciens , Homère ne s'en doutait pas plus que de celles d' Aristote ou d' Antipater.
[y. i55.] Ainsi lorsque le feu déyorant rayage une forêt que la hache n'a point touchée.
J'ai traduit le mot iffkkf par cette périphrase : que Im AocAtf « « point touchée^ en suivant l'interprétation de PoqÂyre dans ses questions hon)ériques : « H me semble, dit-il, que l'a privatif d*^ « ÇuXtt ne porte point sur le bois de la forêt , mais sur l'action de « couper ce bois (4)- > Les petites scholies disent qu'ici l'a n*est point privatif mais augmentatif (5) ; alors le sens serait : dtuu urne forêt très ' touffue, La plupart des interprètes latins ont adopté Topinion de Porphyre.
Emesti a comparé ce passage avec celui-ci de Virgile :
Ac velut , optato ventia ssUte coortis , Dispersa iminitlit silvis inceDdia pastor ; Gorreptis subito mediis, exteodilur uns ^ Horrids per latos acies vulcaoia campos (6).
(i) Soid, ad v. iKrop.
(a) Sch. ven. X', ii5.
(3) Ilî*d.C, 17 5 »'f 495.
(4) Porph. qoest. Honn. % a6, p. ex, éd. Barnesîi.
(6) iEn. X, 4o5.
Heyne a fort bi«D observé qn'ici le mot s^k^ ne devait pas s'en* tendre d*fuie forêt, mais da chaume qu'on brûle après la moisson. Cest ainsi qn*on lit dans les GéorgiqtKS :
Sustuleris fragiles calamos, silvamque lonaDiem (i).
«Comment imaginer, ajoute-t-il avec raison, qu'on s'amuse au milieu de Tété à mettre le feu à une forêt (3) ? >
Si on veut comparer les deux poètes, il vaut -mieux, je pense, citer ces deux vers du douzième livre de l'Enéide :
Ac velut immisn divenii partibus igoes Arentem in silvani , et virgulta fonaiilia lauro (3),
Homère est plus abondant, plus riche d'expressions que son imitateur, comme il arrive toujours dans la description des objets physiques. Virgile ici se rapproche plus d'Apollonius de Rhodes que du chantre d'Achille. Voici comment exprime la même pensée Fauteur des Argonautiques :
ÂufliXioun mooûaa xopOoorrai (4).
• Semblables a l'impétueuse ardeur de la flamme qui éclate au sein « d'une forêt desséchée. »
[y. 173.] Au milieu des ténèbres.
Ces mots <v wmxhç à^Xfû , que j'ai rendus par l'expression générale : ou miUeu des ténèbres , ont fort exercé la sagacité des commentateurs: quelques-uns expliquent àf^oX^û par le soir, le temps où l'on trait les brebis , du vert)e iu^k^k^îA , traire. D'autres pensent que par i{&oX'Y& il faut entendre le milieu de la nuit, le temps où l'on ne court pas, du verbe {aoX^c», aUer, avec l'a privatif, en retranchant le f (5). Cette dernière explication se rapporterait assez, du moins pour le sens, avec celle d'Athénée, qui, à l'occasion
(i) Georg. I, 76.
(a) Cf. H«7n.not. ad .Sneid., Ub. X, v. 4o5.
(3) An.Xn, 5a X.
(4) ApoUon. Aifon. I, ioa7.
(5) Bcev. Scb. II. X', 173. J'ometo beaoeoap d^aatret étymologim da même genre.
d*un vers d'Hésiode (i), rend FadjecUf dLp.oX*fôc par d(xfMuo'T«TOv , ce fui est dont touiêsa videur, c*est -,à - dire le moment où la nuit est la plus sombre (i). Suidas (3) , Apollonius (4) , Hesyehius (S), interprêtent tous ce mot par |At90YtMTtM, le milieu de la mai. Pour ce qui est d'Homère , cette expression est prise tantôt pour le milieu de la nuit f comme au chant quinzième où Tépithète de {uXaivr«c, moire ^ donnée à la nuit, indique suffisamment que c^est le moment de sa plus grande obscurité (6) ; tantôt pour le soir , comme au chant vingt-deuxième, où il est dit que c*est le moment oùbrillevesper(7). Et si on lit attentivement toute la fin du quatrième chant de Vodjstée^ on verra aussi que cette expression wxto« ôfioX'f» est prise pour les premières heures de la nuit (8). De sorte que sur le sens de ces mots j'adopte entièrement Topinion de Heyne , qui pense que par là on doit entendre simplement pendant la nuit » sans précisément désigner quel moment (9).
[y. 179—80.] Sous le bras d*Atride, les uns tombaient la tête renversée; les autres le front dans la poussière.
La scholie de Venise qui se rapporte au v. 179 dit que ce vers et le suivant doivent être retranchés parce qu*ils se trouvent dans le chant intitulé : la valeur de Patrocle (xarà ttv HaTpoxXou àpurrcîov), où ils sont beaucoup mieux placés (10) ; et aussi parce que , quel-
(i) Op. et D., 588, éd. Gaisf.
(a) Athen. Deipn., lib. III, p. ti5. A.
(3) Ad V. àjAGX'yof.
(4) Ad V. à{MÀ'Y(!».
(5) Ad e. V.
(8) Od., ^, 841 et seqq. M. Knight retranche ce v. 841. Voyez les ohss. en cet endroit, v. 839.
(9) ■ Verom asa loqnendi Ipso , probabQe fit omnino yuxtoc àfioX'p* *■ pro i\k vuxTOç positnm eiae, de qasTis noetis parte. •» ( Heyn. obw. in lUad., XI, 73. )
(ro) Cest le aeiuème ch. de nos éditions, il n'y « qae le v. 1 80 qaî s*y trouve, le V. 179 n^y est pas, non plus que dans aocnn autre endroit de rii.
ques vers plus haut, le poète a déjà représenté les Troyens lombaot sous les coups d'Agamemnon : « ainsi sous les coups d'Atride • tombent les têtes des Troyens qui s*enfuient(i). » Zénodote n'écrivait ni Fun ni l'autre de ces vers , Aristophane ne supprimait que le vers 80 (a). M. Knight retranche toute la fin de Talinéa et de plus l'épisode entier de Jupiter et d'Iris, ce qui comprend 38 vep^. Il trouve dans ce passage beaucoup de mots suspects ; il observe aussi que Jupiter ne parait pas avoir quitté le mont Ida (3). En adoptant le retranchement de M. Knight, voici quelle serait la liaison du discours : « ainsi le grand Agamemnon , poursuivant les « Troyens , immole toujours les moins prompts à la fuite.
« Muses qui habitez les demeures de l'Olympe , dites-moi lequel « des Troyens ou de leurs vaillants alliés s'oflrit le premier aux « coups d' Agamemnon (4). »
Il est sûr que dans cette supposition k narration parait mieux liée et plus rapide ; il faut aussi observer que le soupçon d'interpolation tombe sur une conversation entre deux divinités qui se trouve jetée au milieu des combats, et qui a quelque rapport avec un épisode du septième chant retranché par les anciens critiques(5). Au dix -huitième chant il se trouve encore un passage analogue à celui-ci (6).
[y. 241 •] Iphidamas tombe, pour dormir d*un sommeil d'airain.
Cette expressiou dormir d'un sommeil d^airain , pour rendre l'idée
(a) Sch. ven. , X', 179.
(3) « Neque Japiter ex Ida, abi jam ante oonaederat, rediisse videtar.* (Not. in I1.,X', 179-217.) Knight se trompe ici, Jupiter est reveoo de rida an YIII" ch. , v. 438, et il n'est pas dit, jasqa*! ce moment, qn*il y soit retonrné.
(4) V. 178-218, 1. 1, p. 337 et 339 de ma trad.
(5) Yoyes les obss. sur le v. 443 da septième chant de FIL
(6) Voyez les obss. sar le v. 356 du dix-hnidème chant de Tll.
44o OBSERVATIONS
de la moHf est pleine de force et d'énergie; c'est vue très-bellr image que Virgile a eaifinintée à Honère :
ferreiis ufget
8o«nM(c).
riorace est moins poétique qiiand il dit :
Ergo QuiottUam perpeluus aopor Urget (a>
La Fontaine a dit avec assez de bonheur :
Sm yeux d*aa loaiiae dàr sont prenés et coaverls (3).
[▼. 269.] Ainsi les cruelles Ilithyes.
Ce passage prouve , ainsi que je l'ai remarqué » que du lemp» d'Homère Diane n'était point la déesse qui présidait aux accouchements (4). La vers 370 est marqué d'un signe critique dansl'édition de Venise, {larce que le poète nomine ici plusieurs Ili* thyes, et qu'ailleurs il ne parle jamais que d'une déesse de ce nom (5). Cette particularité semblerait indiquer qu'il existe deux mythoiogies différentes dans YllUuie (6). Cependant peut-être vautil mieux, comme le conjecture Heyne, ne voir ici qu'une simple forme de langage à laquelle on ne doit pas attacher une trop grande importance (7).
[v. 3o5 — 6.] Ainsi, quand le Zéphyr de son souffle impétueux dissipé les nuages amoncelés par le rapide Notus.
J'ai déjà parié du Zéphyr qui, dans YlUaJe, est toujours considéré comme un vent impétueux (8).
(») Lib. I, od. 14 , V. 5.
(3) Poème (V Adonis.
(4) Voyes les obss. sur le v. 5k dq cinquième chant de Tll.
(5) Conf., n. V, 187 ; t', io4, 109; t', 188.
(6) Voyes les obss. sur le v. 571 du premier chant de VU.
(7) Heyn. obss. in H., XI, 270.
(8) Voyez les obss. sur le v. 147 du second ch.
SUR LE CHANT XI. 44i
J*ai rendu à^iaraù Ifôroio par ie rapide Notut, en me confomiaut aux versions latines qui traduisent veloeis Nod^ et surtout au génie de notre langue. Cependant je crois que Texpression propre •erait ici U blanc Notus; comme Texf^quent les petites seholies (i) et Strabon (a). Horace a dit aussi :
jil^iu oi oiMcuro deterget nabila coslo
8mpêlVbius{3).
Quelques interprètes pensent qu'on pourrait prendre ici le mot àpiîorao non comme une épitbète, mais comme le nom d'un vent particulier que les Grecs dans la suite nommèrent Argestes (xp^tomc) (4)> Mais cette explication n*est pas admissible , parce qu'Homère ne connaissait que quatre sortes de vents : Borce , ou le vent du nord ; le Notus, ou le vent du midi ; l'Eurus , ou le vent d'est ; et le Z^fhjrr, ou le vent d'ouest. Il les nomme tous les quatre dans ces deux vers de VOtfyisêe z
Zùv ^ EÎpoç Ti IVoTO< T* lirtot , Zt^po'c Tt htaoTéç , K.flù Bopinc aîBpir)ftv<Tnc , (iil^a xûpA «uXtv^ftiv (5).
« Soudain l'Eurus , le Notus , le violent Zépbyr et Borée s'élancent « à la fois en bouleversant les ondes. »
A l'occasion de ce mot à^i^oA, je dirai encore que le scboliaste de Venise observe avec raison que si on en fait nn nom propre de vent 9 il faut l'écrire comme ci-dessus avec l'accent aigu sur l'antépénultième ; mais que si on en fait une épithète , Il faut l'écrire avec l'accent circonflexe , à^arÔQ (6). Je suis étonné que ni Heyne ni Wolf n'aient adopté cette leçon , quoique tous deux regardent ce mot comine mie épithète. Êustathe fait la même observation que le scboliaste de Venise , et son texte porte l'accent circonflexe (7). Peut-être aurais-je dû m'éloigner en cela de mes pr^ décesseurs, et écrire dp^torào avec l'accent circonflexe. M. Boissonade conserve aussi l'orthographe à^iaroLo,
(2) Ub. I9 p. ag.
(3) Lib. I, od. Vn, V. x5.
(4) Cf. Stnib.» 1. C.
(5) Od.,c', 995.
(6) Sch. Ven.,V, 3o6.
44a OBSERVATIONS
[v. 385.] Archer méprisable , homme vain de ta chevelure, vil séducteur.
Ces moU du texte »<pa dî'fXai, sigoifient littéralemoit hean par U corne. Les uns entendent par là une chevelure frisée et tordue comme une corne (i); d'autres. Tare de Paris (s). J*ai adopté le sens des premiers. Toujours dans Homère le mot x^pa est employé dans le sens propre de corne, et jamais ne signifie un arc (3). Aristote don* nait un sens obscène aux mots «Ipa èr^kjÀ qu*il rendait par at^ot» otukvuvopitvGv (4). Peut-être cela doit-il s'entendre de la forme du bonnet phrygien, dont le sommet a la forme d'une corne. Quant à l'adjectif irapStv&inTrA , qui se trouve à la fin du même vers 385, les interprètes ont aussi beaucoup varié sur sa véritable signification. Les uns le font^ dériver des mots irap6ffvcu; ^ti7eû«i>f, regardeur de vierges (5) ; les autres veulent qu'on lise frapOtvoinx , efféminé y semblable à une vierge (6). Mais l'explication qui me semble préférable est celle de M. Boissonade qui, d'après Hesychius, rend le mot 6iRiraic par dirartMv, celtd qui trompe ^ qui séduit (7), de sorte que irapOtvoinin)c est celui qui trompe les jeunes filles , 6 ràç icapOlvouç airarctv. • Pour exprimer, dit-il, le cri de nos oiseleurs « quand ils imitent la voix des oiseaux qu^ls veulent prendre, nous « avons fait le verbe piper, qu'on a ensuite appliqué aux ruses des
• hommes entre eux. De même n'est-il pas permis de présumer que
• pour exprimer le cri des oiseleurs grecs on avait un verbe ana- ■ logue, dont il reste des traces dans le mot oirîirac conservé par He- «sychius, et dans les composés '^uvaixoininQc , mit^oininic, irap6vM- « irîmoc (8) ?» Le sens que j'ai adopté se rapporte à celui qu^indique M. Boissonade.
(i) Scb. ven. et brev. ach. in b. vers, (a) Apollon, lex. in voc. Mp* èrikAi,
(3) Cf. n. *', X09; V, 7o5. Od. T*, an, 563 ; ç', 395, etc.
(4) Eiut.,p. 85i, 1. 5i.
(5) Apollon, lex. in toc. irapdiYomtrs , et Etym. mag. ia voe. -mj^-
(6) Scb. ven. in b. v.
(7) In voc. irKxwj^'
(8) Notai. înIliad.,X', 385.
[v. 4i4 — ^0 Ainsi lorsque déjeunes chiens pleins d*ardeur pressent un sanglier qui sort de la forêt profonde.
Voici une companûson de Virgile qui a quelque rapport avec celle d'Homère :
Ac Teint ille caDum mono de montibi» altis Actus aper, multos Vesulus qoem pinifer anuos Defeudit, multosve palus Laurentia, sylva Pastus arundiaea , postquam iuter retia ventum est, Substilit, infremuitque ferox , et inhoiruit armos; Nec cuiquam irasci propiusve accedere virtiis ; Sed jaculis tutisque procul damoribus in<kUot: Ille autem impavidus partes cuuctatur io omnes DcDtibus iufrendeus, et tergo decutit bastas (i).
Heyne observe que le poète latin décrit avec beaucoup de pompe la retraite du sanglier, il représente le mont Vésule couvert de pins, les marais de Laurente et ses forêts de roseaux, tandis qu*Homère dit tout simplement que le sanglier sortit de la forêt profonde, — Virgile parle aussi des rets des chasseurs, ce qui n'est pas dans les usages des mœurs héroïques ; il faut remarquer aussi que Virgile revient plusieurs fois autour de la même idée , înfremuit ferox ^ inhorruit armos ^ dentihus infrendens; ces tournures lui sont familières, mais, quoique très-poétiques, elles sont peu dans le goût d'Homère. Celui-ci exprime toujours sa pensée avec beaucoup de simplicité , il ne s'en écarte point , ne s'occupe pas des ornements de détails, et l'on sent qu'il n'a d'autre but que de la faire connaître clairement et tout entière; c'est surtout dans la rapide expression de la pensée , bien plus que dans l'ensemble du poème , qu'il faut appliquer à notre poète le mot d'Horace semper ad evetUum festinat (i).
[v. 4740 Comme sur le sommet d'une montagne des loups cerriers altérés de sang.
J'ai traduit le mot Oûiç par loups cerviersy avec madame Dacier et Bitaubé; cependant il parait que les animaux désignés ici sous
(2) An Poet. , V. 148.
le Dom de 6mk sont les ehaeaU^ ou bien le emii aurtm de Lînnée. M. Lechevalier dit qu'en allant visiter les sources du Simoîs, il traversa des forêts remplies de chacals (i). Ces animaux vivent par troupes nombreuses dans les pays chauds, voilà pourquoi Homère a dit 9wi< au pluriel ; et non pour faire un misérable rapprochement de mots entre tiuç et Tpâ»K, comme disent les petites scfaolies (a). Je ne pouvais pas mettre chacal dans ma traduction, parce que cette dénomination n'est pas assez usitée, et tout mot scientifique serait un vrai contre-sens dans une traduction d'Homère. Bochart pense que lorsqu'il est question de remords dans la Bible , il faut entendre les chacals^ 9ûk (3). M. Millin de Grand-Maison a fait une dissertation sur Fanimal nommé thot par les anciens; il conclut aussi que c'est le chacal (iQ. Cette dissertation qui est assez courte n'est pas sans erreur, du moins pour ce qui regarde Homère.
t^^^^^tM^^^
[y. 5i4 — 5.] Car ce héros vaut lui seul plusieurs autres guerriers, lui qui sait arracher les flèches et répandre des baumes salutaires.
La scbolie de l'édition de Venise qui se rapporte au vers 5i5 dit qu'il doit être retranché, parce qu'en bornant l'art du médecin à arracher une flèche et à verser du baume, c'était diminuer son mérite; comme si, dans les siècles héroïques, l'art de guérir était et pouvait être autre chose. N'était-ce pas d'ailleurs l'essentiel à la guerre ? M. Knight rejette ce motif et admet le vers dans son édition; je crois qu'il a raison (5). Je sub étonné que Wolf , qui ne suppose pas facilement l'interpolation. Fait indiquée dans ce cas-ci. En finissant le sens de la phrase au vers 5i4, il fiut
(i) Toyage de la Troade, t. Il, p. zS3. C'est, je crois, par effeor que M. Ledbayalier éetlt /aàaii.
(3) Bib. Yaubli ad Jadic, X'Y, 4.
(4) Observ. sur le llios, par Millin de Gnmd-Bfaiaon , extrait do )Oiimal de physique , décembre 1787.
(5) Voici comment il s'exprime i roccanon de ce ven : à grammadcis , etftcToûfuvoc , cautU , ai miki visum êst , kaud sads vtUidis, ( Not. in ll.,X',5i5. )
tnduire simplement : « un médecin vaut à loi seul bemcoup ■ d'autres homm^. »
[t. $43.] Jupiter ne pennit point qu'il combattît un si vaillant guerrier.
Wolf est le seul qui ait admis ce vers» et quoiqu'il soit renfermé entre deux parenthèses, comme il compte dans l'ordre des numéros , il faudra y jusqu'à la fin de ce chant, retrancher le nombre i du numéro qui est en tète de la note, pour être d'accord avec les citations des autres éditeurs.
Ce vers ne se trouve je crois dans aucun manuscrit, mais il a pour lui l'autorité d'Aristote, de Plutarque et de Denys dllalicamasse, si toutefois il est l'auteur du traité sur la podtU d'Homère, Ainsi Aristote dans sa Rhétorique (i), après avoir donné en exemple le vers 543, ajoute le ven admis par AYolf, de même que Denys d'Halicamasse (a). Plutarque , dans son traité mut la mamirê de £ra Us poètes (3) , rapporte tout le passage , en igoutant aussi le dernier ven 543, mais eu supprimant le vers S^i, H faut dire de plus que le commencement de ce vers est écrit avec quelques légères différencef par les trois auteurs. Ainsi voilà un vers qui n'existe plus dans nos manuscrits et qui probablement se trouvait dans les exemplaires d'Aristote, de Plutarque et de Denys d'Halicamasse, mais non pas exactement de même, et en outre dans l'exemplaire de Plutarque , vraisemblablement on ne trouvait pas un vers qui est resté dans tons nos manuscrits; il est donc à présumer que tout ce passage a été fort altéré par les anciens critiques ; c'est ici le cas de rappeler la réponse de Timon à Aratus qui lui demandait comment on pouvait se procurer une copie des poésies d'Homère qui fût sans faute : « En recourant, dit-il, aux anciens manuscrits, « et non à ceux qui ont été corrigés (4). " H est sûr que les grammairiens ont souvent gâte Homère en voulant le façonner aux opinions de leur temps, soit pour le style et pour le fond des pen-
(i) Rhctoric, Ub. U, c. 9, t. IT, p. a 18 bip. (3) Yid. Homcr. Bametîi, t. I, p. lviii.
(3) D« aod. poeL, t. TI, p. 85, éd. Keitk.
(4) Diog. Laert,, 1. IX, $ i x3.
sées; noua en avons défs vu oh «xenple remarquable (i). M. Boissonade admet le vers , et j'ai suivi aussi cette leçon.
[v. 548-*-9.] Tel un lion dévorant que repoussent loin de I etable les bei^ers et leurs chiens.
Toute cette comparaison d'Ajax avec un lion , qui comprend le vers 543 et les neuf vers suivants, était supprimée parZénodote, parce que le poète , immédiatement après , compare Ajax à un âne que des enfants veulent chasser d'un champ de blé (1) , et que ces deux comparaisons se contredisent, car le lion exprime la force, le courage , et l'âne la patience (3). Cette critique n'est qu'une vaine subtilité que Porphyre combat par d'autres subtilités (4).
Il faut observer que cette comparaison du lion , avec quelques légères dilTérences, est appliquée à Ménélas au dix -septième chant (5) ; voilà peut-être pourquoi Zénodote la retranchait ici ; ma» cette raison ne vaudrait guère mieux que l'autre. Knight ne fait ici aucun retranchement.
[v. 604.] Et ce fut la première cause de son malheur. Virgile a dît aussi en parlant de Didon :
lUe dies, primus lethi, primusque malonim Causa fuit ((>).
Combien Homère, toutes les fois qu'il s'agit d'une réflexion, s'exprime plus brièvement que Virgile! Cependant il faut avouer que cette pensée est rendue par Virgile d'une manière aussi concise que par Homère au second livre de l'Enéide :
HiDC mihi prima msli labes (7).
i) Voyes les obM. sur le v. 458 do nenvième chant, a) V. 558.
3) Sch. ven. , X', 547.
4) Sch. Yen., 1. c.
5) II., p', 657 et seqq.
6) iEn. IV, 168.
7) ;Ed. Il, 97.
[▼• 634*] Hécamède à la belle chevelure leur prépare un doux breuvage.
Le breuvage préparé par Hécamède se nommait eycéont mais je n*ai pas pu employer cette expression qui n'aurait pas été comprise; quelques vers plus loin le poète nous apprend comment était composée cette singulière mixtion (i).
Les étymologistes ont cherché, en décomposant le nom d'Héoamède , un sens qui eût quelque analogie avec Nestor (a). De tels rapprochements n'appartiennent point à Homère , et ces jeux de mots sont les graves bagatelles d'un âge fort postérieur aux siècles héroïques.
[v. 629.] Puis elle sert , dans un bassin d'airain , Fognon qui excite la soif.
J'ai déjà fait observer que les héros ne mangeaient que de la viande rôtie (3). Cependant Athénée s'appuie de ce passage pour soutenir que l'usage des légumes ne leur était pas inconnu (4). Il faut dire à cela que cet exemple est unique dans les poèmes d'Homère, et qu'ensuite, il semblerait par ce passage même, qu'ici l'ognon était moins servi comme nourriture que comme nii excitant pour boire davantage (5).
[v. 638 — 4o-] Hécamède, semblable aux déesses, met dans cette coupe du vin de Pramnée ; elle y mêle du fromage de chèvre, qu'elle a réduit en poudre avec une râpe d airain , et répand au-dessus de la blanche fleur de farine.
Tel est le singulier mélange appelé cycéon, et dont je viens de parler ci - dessus ; ceux qui veulent avoir des détails sur cette mixtion, qui dans la suite fut un remède, peuvent con-
(r) Voyez le ▼. 638 de ce chant.
(a) Cf. MagD. Etymol. ad v. Èxa{xii(^v).
(3) Yoyes les obss. sur le v. 438 do qaatrième chant de Tlliade.
(4) Ath. Deipn. epit., Ub. I, p. a4 * £• 1*^
(5) Cf. Plutar. Sîmpos., 1. Vf, qnes. 4,1. VIII, p. 658, éd. Rcisk.
sulter les notes sur Théophraste du savant docteur Coray (i) ; j'observerai seulement que peut-être je devais dire ici la bUmcke fartMe dorgt (flEX^iTA Xiuxà), parce que cette espèce de farine a formé la base de tous les cycéoms dont les autres ingrédients ont beaucoup varié.
Quant au vin de Pnumtée, les interprètes dillerent beaucoup entre eux et sur les qualités de ce vin , et sur ses propriétés, et sur l'étymologie de son nom, et sur le pays oà on le recueillait. Les uns veulent que le nom de irpdfiviio^ vienne de ce qu'il adoucit la force, de ce qu'il tempère le courage (irpodviiv fi^voc); d'autres le font dériver de frapdt{Uviiv, parce qu'il avait la propriété de se cojucrpcr long-temps (s). Éparcbides le fait croître (kus File d'Icare (3) ; Pline dans les champs de Smyme (4). Il était doux selon les uns t très-âpre et très«dur selon les autres (5). Aristophane, dans une comédie qui n'est pas venue jusqu'à nous, s'exprimait ainsi : « Les « Athéniens n'aiment point les poètes âpres et durs, ni les vins « rudes de Pramnée qui font froncer les sourcils et qui resserrent « les entrailles (6). » Mais il serait inutile d'insnter davantage; car, après avoir lu tout ce qu'on a dit sur la nature de ce vin et sur sa Qualité, on n'en est pas plus avancé; tant les avis sont différents et même contradictoires.
[y. 656.] Pourquoi Achille prend-il compassion des enfants des Grecs ?
Voici un des plus longs discours de toute Tlliade , il comprend 347 vers, et si Ton considère l'importance de la situation, jamais histoire étrangère au sujet ne fut plus mal amenée. J'ai déjà tâché de justifier ces sortes de digressions, en faisant observer qu'elles avaient toujours pour but de raconter des faits, ce qui était d'un
(i) Voyes la note i sur le cbap. lY, p. 177.
(s) Brev. sch. II., V, 638 ; Odyt., x', a 35. Athen. Deipn. epit,, Ub. I, p. 3o. D. E.
(3) In Athen. Deip., i. c. B.
(4) Plinu Hi«t. nat., lib. XIV, cap. IV vel VI, éd. tlflleri, t. U, p. a a, t ool.
(5; Brev. sch. Odya., x', a35.
(6) Cf. Athen. Deîp, 1. c. C.
très-haut intérêt pour les hommes des siècles héroïques (i). Je crois que c'est là Tunique moyen d'expliquer ces longs discobrs qui ont blessé, avec quelque raison, un si grand nombre de critiques. Je ne pense pas qu'on doive justifia ces digressions en les attribuant au goût des vieillards pour les longues histoires, car dans Homère ce ne sont pas seulement des vieillards, mais des hommes faits, et même des jeunes gens qui se livrent à ces sortes de récits. Ainsi au dix-neuvième chant de l'Iliade, Agamemnon s'écarte entièrement de son sujet, pour raconter fort en détail la naissance d'Eurysthée (s). Achille, au vingt-quatrième chant de l'Iliade, pour faire toute l'histoire de Niobé et de ses enfants (3) ; souvent le poète lui-même jette au milieu de sa narration des faits étrangers à l'action , comme l'épisode de Glaucus au sixième chant de rUiade (4) ; celui de la blessure au dix-neuvième chant de l'Odyssée (5); et la longue histoire de l'arc d'Ulysse au vingt-unième chant de l'Odyssée (6).
Au reste , pour ce qui est de ce passage , Knight tranche une partie de la difficulté en supprimant du discours de Nestor tout ce qui a rapport au combat des Éléens; il trouve plusieurs expressions qui ne sont pas homériques; il remarque aussi qu'il y est question d'un attelage à quatre chevaux, et que les courses olympiques des quadriges , clairement désignées au v. 699 , n'étaient pas connues du temps d'Homère (7). Mais en supposant que ces raisons soient fondées dans ce cas-ci , mon observation subsiste relativement à d'autres endroits qui ont de l'analogie avec celui qui nous occupe; tel est l'épisode de Glaucus et Diomède conservé par Knight, et la digression de trente vers relative à l'arc d'Ulysse. Knight parle un peu plus loin des rhapsodes et des rédacteurs (fi). Mais ni les rhapsodes ni les rédacteurs n'auraient songé a faire
(x) Voyez cotre antres les chu. sur le v. 447 da neuvième chant de l'Iliade.
(a) n., T*, V. 87 seqq.
(3) n., «', 60a ffcqq.
(4) IL, r, 119 "«q*!-
(5) Od., T*, 39a seqq.
(6) Od.,^', II seqq.
(7) Cf. II., V, 699.
(8) Knight net. in Iliad. , X, 791-ftoa. San» doute que Knight
45o OBSERVATIONS
de semblables additions si elles n'eussent pas été dan» le goàt du temps. Et si ces difpressions blessent àuM la composîticNi ongînale, elles ne s'explicfuent gaère mieux par Tinterpolatlon. Je le répète» on ne peut en trouTer une raison satiafaismte qne dans les habitudes et les idées d*nne époqae entièrement privée de tout antre monument historique, et qui, pour garder la méoMire des faits, n*anût que 4es récits des poètes.
[y. 636.] Quand elle est remplie, aucun autre ne la soulèverait de la table qu'avec peine.
J'a^-ais suivi dans ma première édition rinteq>rélati<Mi de ^asibins rapportée par Athénée (i), qui snj^fMMe que le mot 'Xifwv, vùiUanit est sous-entendu au v. 636 : «a autre weSlard ia soêê- Uverali mte pemê, Bamès, Emesti, Heyne ont adopté cette expUcation , puisque tous ont souligné le mot senex dans la tradodioD latine. M. Boissonade au contraire soutient contre Sosibtus et Larcher (a) , que madame Dacier a bien traduit en disant : • il n'y avait point d*homme qui pût la soulever (3). > Rien» ajoute-l-il^ de plus fréquent que ces sortes d'exagérations dans Homèi« et les autres épiques (4). Je me suis nmgé à cet avis.
[v. 66a.] Eurypyle a reçu daiis la cuisse un trait cruel.
Ce vers ne se trouve point dans Fédition de Venise , non plus que dans le manuscrit de Leipsik (5); il parait qu*il n*était point admis par Eustathe, qui ne le rapporte pas lorsqu'il cite y dans le
M ici r$Ja€iortt oe que les anciens cntiqucs noniiiMÛait «fiosyscw postas, (Yoyes les obst. sur le ▼. SgS do troisième chant de IH.) Dans toos les cas y ces nombreaiès interpolations , et cette facilité sÈngnlière d*aioattr ainsi quarante, einqnante, <:eat vers d« snite^ ne aoni-eUes pu une preave sensible qne les poésies d'Homère n*ont pas fonnë m toot complet dans Torigine ? FOomit-on admettre de sendJabltt intenoiations dans les antres poèmes, sans déranger tonte TécoDomie dn plan ?
(i) Athen. Deipnos., Ub. XI, c la , p. 493. E.
(ti) Mem. de TAoad. des Inacript., t. XUII, p. s 10.
(3) T. n de sa trad. de TH., p. ao5.
(4) Nondc in D., V, 636.
(5) Cf. Ucyn. obss. in niad., XI, 661 .
SUR LE CHANT XI. 45i
cours de ses réflexioas^ 1«8 i» premien Tcn d« dîseoun de Nestor (i).
Eniesti a fort bien prouvé que ce vers ne pouvait pas être dit par Nestor y qui ne connaissait pas la blessure d'Eurypyle; car Nestor s'est éloigné des combats avec Machac» (s) avant qu*£ary* pyle ait été blessé (3). Ce n*est même qu'après avoir quitté Nestor que Pfttrocle rencontre Enrypyle , au moment oà sa blessure le force à quitter le champ de bataille par Tezoès de la douleur (4).
Heyne pense que ce vers, qui se trouve très -bien placé au seizième chant dans le discours de Pfttrocle à AchiUa (5) , aura été tiré de cet endroit-là pour être maladroitement interpdié ici , ee qui est très-probable. M. Boissonade ne l'admet paa dans son édition; c'est le seul vers qu'il ait retranché. Knigbt ne l'admet pas non plus, et Wolf l'a 'renfermé entre deux parenthèses.
[y. 704 — 5.] Il distribua le reste à ses peuples, aucun ne s'éloigna sans obtenir une réparation égale à l'injure.
Le vers 70$ est marqué d'un obel et d'un astérisque dans l'édition de Venise, et la scholie qui s'y rapporte dit qu'il doit être retranché , parce qu'il est tiré du neuvième chant de VOdjrtsée où il se trouve deux fois (6) , et les deux fois beaucoup mieux qu'ici. Heyne et Knight adoptent cette critique ; Wolf pense aussi qu'on doit supprimer ce vers, puisqu'il le place entre deux parenthèses. Zénodote ne l'avait pas adopté (7).
[t. 709.] Dans les rangs ennemis s'armèrent les deux Molions.
Phérécyde , cité par les petites scholies (8) , dît que les Molions
(3) II., V, 58a, éd. Wol£i.
(4) n. , V, 809 , éd. Wolfii.
(5) n.,iB',a7..
(6) Od., i', 4a et 549.
(7) Znvo^OTOc oû^i f'Ypaçtvi Sch. ven., X', 704.
(8) Brev. sch. II., X', 708.
45a OBSERVATIONS
on Moliomides M nommaient deathês et EuryhUy qu*ib étaient fib de Neptune et de Moiione, fille de Moûts ^ mais que la renommée ^màr donnait Actor pour père; en effet, dans ce même cbant Nestor les nomme ÂxropiMvi (fib d* Actor) (i). Phérécyde ajoute qu*ib étaient d'nne nature double , c'est-à-dire qu'un même corps portait leurs deux têtes et leurs quatre mains. Cette fable n'appartient point aux idées homériques ; Nestor parle des deux fib d'Actor, au Tingt-trobième chant, comme de deux personnes trèsdistinctes (3). Quoi qu'il en soit, Plutarque, dans son Traité de l'amitié fraternelle, a fait allusion à cette opinion sur les Molionides : « Aujourd'hui, dit -il, on n'est pas moins étonné lorsque « deux frères paraissent unis , que si l'on voyait les Molionides • dont les deux corps étaient réunb par une même nature (3). ■
[ y. 734.] Mais voilà que parait à leurs yeux ce formidable appareil de guerre.
Virgile a emprunté à Homère cette expression (it^a fppv lp«o< , mot à mot : • le grand travail de Mars. » U a dit aussi grape Martù opus (4), mais dans une autre acception. Dans Homère, fp^ov Âfvoc est l'armée formidable qui apparaît aux Éléens ; dans Virgile, Jfaitû opus sont les actions d'éclat.
[y. 735.] A peine le soleil a-t-il répandu ses rayons sur la terre.'
L'épithète de ^c^ôtiv, hrUlant, qu'Homère donne ici au Soleil, est devenue par la suite un nom propre. Ovide nomme Pkmiton le fils du Soleil (5) , et Virgile le Soleil même :
nonamque serena
Auroram Phaètont'u equi jam luce vehebant (6).
(i) ll.,X', 750.
(a) 11., ^\ 638 seqq.
(3) De frat. amor., t. VII, p. 869, éd. RcUkiL
(4) iEn. Vm, 5i6.
(5) yid. Metamorph., lib. I, v. 75i.
(fi) JEn. V, 104.
Pkation n*est jamais un nom propre dans Homère , mais on troave au douzième chant de VO«fyssée que Phaétust est la fille du SoUil (i).
[v. 767 — 81] Le sage Ulysse et moi nous étions présents , et nous entendîmes les avis qu*il te donnait.
Wolf y en suivant la leçon donnée par Tédition de Venise , écrit au vers 767 : vût ^t JV^ov , tandis que toutes les autres éditions , pour éviter l'hiatus , écrivent : vûi ii x*Moh. Boissonade a suivi la leçon de Wolf , et je m'y suis conformé.
Aristophane retranchait ces deux vers et les dix-sept suivants , c'est-à-dire tout ce qui est relatif à l'arrivée de Nestor et d'Ulysse dans la demeure Je Pelée. Voici les raisons de ce retranchement : Ulysse , au neuvième chant , rapporte que Pelée disait à son fib : • comprime dans ton sein ton ardeur impétueuse (3) », tandis qu'ici Nestor suppose que Pelée donne à son fils des conseils tout opposés , et lui recommande « de toujours se distinguer, et de se « montrer plus vaillant que les autres (3). » On remarque aussi que ce ne devait point être à Achille, mais à Pelée lui - même de recevoir ses hôtes (4).
M. Knight approuve ces raisons, et dit que, dans la circonstance , il n'est pas convenable de rappeler ce que disait Pelée à son fils pour exciter un courage déjà trop prompt et trop irascible. II trouve aussi dans ce passage un mot qui ne lui semble pas être homérique (5). Heyne hésite , il combat les raisons du scholiaste ; cependant il avoue d'un autre côté que ces vers nuisent à l'ensemble du discours , et il croit y découvrir le travail de quelque rhapsode qui aura voulu imiter la manière de Nestor (6). Pour moi j'avoue , malgré ces graves autorités , que les détails que peint ici Nestor ne me paraissent pas manquer de naïveté ni de grâce ;
(i) Ody.,(^S i3« Mqq. ' (a) n., \, a 55.
(3) n., X', 783 , éd. Wolfii. Knîght observe que ce vert da onsième chant se trouve an* sixième chant, v. ao8, d'oà il peut avoir été tiré.
(4) Cf. seh. ven., V, 766. A. B.
(5) Voyes les obss. snr le v. 77a.
(6) Cf. Heyn. , obs. in Iliad., XI, 766.
«t M l'on «Mt qm et soit «ne intarpohtkM » eHe dok renoster à tUM hABtt atttiqaitéL P i t é Ut mène eai ven apputcDuent-îb à (fuelqne ancienne rhapsodie , et a-t-oo trouvé le moyen de les intercaler ici.
[y. 77a — 4«] I^ vieux guerrier Pelée dans Fenceiiite de là cour, brAlaît k graîsM des taureaux.
Cétait ordinairement dans la partie de l'habitation nommée aiikhf la caur^ que se trouvait Fautel de Jupiter Hercéen (protecteur des foyers) (i). On trouve ici iv x^V? 0^^» JtMs Ceneàntt de U cour; le mot x^P^^ ^^ celui qui dans ce passage a paru suspect à H. Knight (1). Dans la suite, x^P'^^^ * signifié la cour eUe^mane, pub tout ce que contenait la cour. Cest de ce mot que les Latins ont fait cors ou cAori, d'où nous avons tiré notre mot cour,
n faut remarquer que le mot cour, en français, et aùXiq, en grec, ont l'un et Fautre la double acception , et d'une enceinte placée en avant de l'habitation , et du séjour des rois (j). Athénée dit que cette signification provient sans doute de ce que devant le palais des rois î1 y a toujours de vastes espaces en plein aîr, ou bien parce que les satellites des rois demeurent et reposent autour de ces palais (4). Je croirais plutôt que ce sens a été donné au mot cour (aùXx) , parce que très • anciennement les rois tenaient leurs conseils dans l'enceinte extérieure de leurs palais ; c'est de là aussi qu'est venu le mot Porte , nom donné à la cour ottomane, car c'était fusage dans l'Orient de tenir les assemblées publiques aux portes de la ville. On voit quelque trace de cet usage au troisième chant de YOtfystêe (5) , mais surtout dans la Genèse (6) ; et le chêne sous lequel saint Louis rendait la justice indique encore l'origine de cette coutume.
(c) Cf. Aihen. Deîpn., 1. Y, p. 189. E, F.
(a) Voyes les obs». précédentes. Knight ne donne aacone rsison, ânon qne ce mot qni te trouve encore an vîngt-qoatrièoie chant de miade, T. 6409 ne lai semblé pas faonériqae.
(3) Athen. deip.,i. c. E.
(5) Odys., y, 406 seqq.
(6) Gen. XXXnr, i^. ao.
[▼. 794*-*5.] Si Achille redoute un oracle, si son auguste mère lui donna quelque ordre de Jupiter.
Zéaodote supprimait ces deux vers ; pourtant, dit la schoUe (i), Ua sont nécessaires pour fiiquer Achille. Il est vrai que ce n'est pas à lui qu'on s'adresse » comme Tobsenre Ueyna (s) , mais Fatrocle, qui partage les sentiments de Nestor, ne peut pas manquer de répéter ces mêmes paroles à son ami. Heyne est porté à croire que toute la fin du discours de Noator, à partir du vers 794, a été tirée du discours de Patrocle au seiaieme chant, où il répète exactement tout ce que dit ici Nestor (3). M. Knight est du même avis (4)* Il me semble au contraire très-naturel que Nestor con* seille à Patrocle de revêtir l'armure d'Achille si ce héros s'obstine à ne pas combattre, et qu'ensuite Patrocle fasse la même proposition à Achille. D'ailleurs je ne regarderai jamais une répétition comme un motif de retranchement
[v. 80a.] Vous, guerriers qui n'êtes point fatigués, etc.
Le scholiaste de Venise dit que les vers 803 et 8o3 doivent être retranchés , parce qu'ils sont plus convenables dans la bouche de Patrocle au seizième chant (5) ; car alors les Troyens sont réellement fatigués par le combat qui a eu lieu près des navires. D'ailleurs les ennemis ne s'étant point encore engagés entre la flotte et les fortifications , on ne peut pas dire : tu repousseras loin de nos tentes et de nos vaisseaux (6). Nous avons vu que Heyne et Knight retranchaient non-seulement ces deux vers , mais les dix derniers du discours de Nestor (7).
WM
(1) Sch. ven., X', 793.
(9) Hcyn. ohs. in Hiad. XI , y. 793.
(4) Cf. HejQ. , obss. in Uiad. XI, 797 ; et Xoigbt, not. în Iliad., X', 791-802.
(5) IL, tt', 44-45.
(6) Sch. ven.,X\ 80X.
(7) Voyez les obM. précédentes.
[ V. 806. ] Il arrive devant les vaisseaux du prudent Ulysse.
Il ne faut pas oublier que les vaisseaux étaient rangés à sec sur le rivage (1). Ceux d*UIysse , comme nous Tavons déjà vu , se trouvaient placés au centre de Tarmée (1) , et formaient en quelque sorte la place publique où Ton rendait la justiee, où l'on faisait les sacriGces, et où peut-être aussi les soldats se procuraient les choses dont ils avaient besoin ; du moins c'est ce que disent les petites scholies (3). Mais comme alors tout achat se faisait par échange , il n*est pas à présumer qu'il y eût des approvisionnements comme dans nos marchés. D'ailleurs Jes soldats des temps héroïques n'avaient pas besoin de beaucoup; ils ignoraient une foule de besoins que nous regardons comme indispensables; leurs vêtements et leur armure étaient très*simples , eux-mêmes en prenaient soin; et quant à la nourriture, qui se bornait au pain et à la viande, on leur en faisait sans doute des distributions publiques qu'ils mangeaient en commun.
Eustathe dit que la place publique où l'on rendait la justice était un lieu respecté, et en quelque sorte sacré, -h ^uXiurwii vfo^k -n^Lw^ tx MLt Atîov v^fiiM. (4) ; il cite à l'appui un passage d'Hérodote , qui dit qu'en Sicile (5) il y avait un autel consacré à- Jupiter agoréen , c'est-a-dire le Jupiter de la place puhUque (6).
[y. 832.] Héros instruit par Chiron le plus juste des centaures.
Le scholiaste de Venise observe que, d'après Homère, Chiron ne s'occupa de l'éducation d'Achille que relativement à la médecine, et que ce fut Phénix qui d'ailleurs soigna l'enfance de ce héros (7},
(i) Voyex les oboa. sur le v. 485 da pranier chant de TUiade. (9) Toyex les t>bst. sur le v. aaa dn hmtiènie diant de l'Uiade.
(3) Br«v.sch.,X', 806.
(4) Eost., p. 45,1. XI.
(5) A Séiinnntc.
(6) Cf. Herod., lib. T, J. 46.
(7) Sch. veu., V, 83 1.
comme il est dit au neuvième chant (i). Heyne parait adopter cette opinion (i). Knight la rejette entièrement, et dit que tout ce qui tient à l'éducation d'Achille par le centaure Chiron est une invention des siècles modernes (3). Je suis tout-à-fait de cet avis , et je crois même que la fable des centaures était entièrement inconnue à Homère; il n'en parle qu'une seule fois dans V Odyssée ^ et je pense encore avec Knight que cet endroit est interpolé (4). D'ailleurs le passage ci-dessus porte évidemment les caractères de l'interpolation, qui consistent à expliquer, amplifier, et ajouter des accessoires à une pensée déjà complète. Ainsi , dans l'origine , le sens se terminait au v. 83o : « verse sur ma plaie des baumes • adoucissants » ; puis on ajouta une autre épithète , et , pour finir le vers, on dit : > qu'Achille , dit-on , t'enseigna autrefois » ; et enfin on allongea encore la phrase en ajoutant que ce même Achille fut instruit par le centaure , parce qu'au moment de la dernière interpolation , c'était une tradition généralement reçue.
(1) y oyez les obas. sur le v. 485 du neuvième chant de TUiade.
(a) Heyn. obas. in Hiad. , IX, 481.
(3) Knight, net. inU., X', 83o-i.
(4) Cf. Knight, not. in Od., f', 395-310.
458 OBSEBVATIOHS