V. 649* ] Tous les soldats de la Crète, aux cent villes
Les Chorizonies ( x^pi^ovrif ) , c'est-à-dire ceux qui attribuaient VlUade et V Odyssée à deux auteurs différents (s) , se sont appuyés de ce vers pour soutenir leur opinion , parce qu'il est parlé dans V Odyssée de la Crète comme n'ayant que quatre-vingt-dix villes (3). Les scholiastes apportent plusieurs raisons de cette différence. Us disent que, par le mot cent, Homère entend un nombre indéterminé, qu'il est synonyme àe plusieurs. Ils disent encore que, dans V Iliade, c'est le poète qui parle, et que dans V Odyssée il fait parler le héros; que, par conséquent, Homère désigne la Crète telle qu'elle était de son temps, et Ulysse telle qu'elle était du temps du siège de Troie (4). Quoi qu'il en soit, la tradition des cent villes a prévalu. Virgile a dit, en parlant de la Crète:
Centum urbes habitant magnas .... (5).
et Horace, en parlant d'Europe :
Quae simul centum tetigit potentem Oppidis Creten (6).
[y. 65i.] Et par Mërion semblable au dieu de la guerre
Le vers 65 1 a donné lieu à beaucoup de conjectures, relativement à la quantité (7). M. Knigbt tranche la difficulté enlesuppri-
(i) Herod. Ub. YII, S 169.
(a) Voyez les obsenrations sar le vers 356 de ce cbaiit.
(3) Odyss. t', 174.
(4) Brev. sch. Iliad. P', 649, et ich. Yen. i56 Catal.
(5) ;Eu. ut, 106.
(6) Hor. Ub. III. od. xxvn, v. 33 et 34.
(7) Cf. Ernest. Sam. et Heyuii net. ad b. v. 65 1.
lao OBSERVATIONS
mant; il dit qpe Mérion» técu/er, le eow^tagmmt U tmùmmt d*Idomenée, ne devait pas être mis sur la même ligne que le chef des Cretois (i); au vers suivant, pour faire accorder Farticle avec ce qui précède, il écrit, t£i ^ â^ ^^mxovtol M. Knight place devant ^^^xorra le signe de l'aspiration qu'il suppose être Tan» cienne orthographe; il croit même que l'interpolation du vers 65 1 n'a eu lieu que pour remédier à l'hiatus qu'avait fait naître la disparition de l'esprit rude devant d^cMovro.
[y. 653. ] Le grand et fort Tlépolème, fils d*Hercule.
Tlépolème était fils d'Hercule et d'Astyochée , selon la tradition homérique (s). Cependant, Pindare nomme sa mère Astydamie (3), et le scholiaste dit qu'ici Pindare a suivi l'opinion de l'historien Achéus (4).
Hercule est un des héros de l'antiquité sur lequel les mytho* logues se sont le plus exercés : je crois qu'il est inutile de redire ici ce que tout le monde sait, et encore plus inutile de vouloir concilier toutes les fables dont ce personnage est le sujet.
Hérodote rapporte que les Égyptiens adoraient une divinité nommée Hercule, mais beaucoup plus ancienne que le filsd'Alcmène, auquel les Grecs ont donné le même nom : il en conclut que ce nom d'Hercule est venu d'Egypte en Grèce , et même il ajoute qu'Amphitr}*on et Aicmène sont d'origine égyptienne (5).
[ Y. 670. ] Qui versa sur eux d'abondantes richesses^.
Le scholiaste de Venise nous apprend que le vers 670 était retranché par quelques critiques (6). Dans ce cas, pour compléter la
(i) Knight not. in Iliad. f^\ 65i.
(s) Cf. V. 658. înfr.
(3) Olymp. Tll, V. 43.
(4) Sch. Pmd. ad c. 1.
(5) Herod. lib. 11,$ 43.
(6) Sch. Yen. v. 176 Catal.
SUR LE CHANT IL lai
liiiTase il faut dooner au verbe çîXTiOtv, qui termiiie le vers précédent, un sens absolu; et la traduction sera : «il divisa son peuple « en trois tribus qui s'aimèrent entre elles. » Cest-à-dire, qui furent aliiées, qui ne se traitèrent point en ennemies. Comme on ne donne de ce retranchement aucune raison critique, sans doute qu'on a cru devoir le retrancher sur l'autorité de quelque ancien manuscrit.
M.Wolf a renfermé le vers 670 entre deux parenthèses. Strabon (i) rapporte les trois vers ci-dessus comme étant d'Homère; et il ajoute à l'occasion de cette métaphore, il versa sur eux et abondantes H" ckesseSf que « elle a donné lieu à la fable qu'une pluie d'or tomba « sur l'ile de Rhodes le jour que Minerve naquit de la tête de Ju- « piter, comme le dit Pindare (s). > M. Knight retranche le vers 670, c0knme M. Wolf.
[v. 671 — 5.] Nirée conduisit de Synia. . . •
Zénodote supprimait les trois vers 673 — 5; de sorte que, selon lui, le sens était : « Nirée conduisit de Syma trois vaisseaux • d'égale grandeur, Nirée, fils d'Âglaia et du roi Charopus », Le scholiaste de Venise, qui nous fait connaître cette opinion de Zénodote, ne nous en donne pas le motif (3). H est probable que c'est d'après l'autorité de quelque manuscrit ancien. Quoi qu'il en soit, la tradition a consacré le passage tout entier, et la beauté de Nirée est passée en proverbe, comme la valeur d'Achille, la prudence d'Ulysse, et la sagesse de Nestor. Horace, en s'adressant à son rival, disait:
Formaque vincas Nirea (4).
Lucien dit, pour exprimer la puissance des richesses : « Un « esclave phrygien, malgré son menton rasé et son langage barbare.
(i) Strab. Uh. XIV, p. 655 , init.
(a) Pind. olymp. VU, 6a — 70. En cet endroit, le scholiaste de Piii< dare dit auasi que le vers 670 doit être retranché.
(3) Sch.Ven. 180, Gâtai.
(4) Uor. lîb. V, od. xv, v. aa.
laa OBSERVATIONS
« est plus noble que Godrus , plus beau que Nirée et plus prudent ■ qu'Ulysse, puisqu'il hérite de Polystrate (i).
Virgile imite Homère, et transporte à Lausus ce qui est dit ici de Nirée:
Filius huic juxta Lausiis , que pulchrior, alter Non fuit, excepte Laurentis oorpore Turai (a).
Aristote, dans sa Rhétorique, loue cette triple répétition du mot de Nirée (3) ; ce qui prouve qu'il n'admettait pas le retranchement de Zénodote; lequel, au reste , n'est suivi par aucun des éditeurs modernes.
[v. 684.] Ces peuples se nomment Myrmidons, Hellènes et Achéens.
Tai déjà dit que, du temps d'Homère, le nom d* Hellènes n'était point encore le nom générique de Grecs , comme par la suite (4) ; il n'appartenait alors qu'à ceux des soldats d'Achille qui habitaient la Phthiotide. Ce nom leur était venu d'Héllen, fils de Deucalion. Auparavant ces peuples se nommaient Grecs , Tpaixot , selon Apollodore (5) et les marbres de Paros (6). Quelques auteurs ont suivi cette tradition. Aristote dit , en parlant du pays de Dodone , qu'il était habité par ceux que l'on appelait Grecs, et que l'on nomme à présent Hellènes (7). Constantin Porphyrogénète adopte aussi le sentiment d'Apollodore et des Marbres (8). Enfin, Etienne de Byzance dit que ce nom de Grecs vient de Grœcus, fils de Thessale (9). Les poètes ont employé quelquefois cette dénomina* tion ; Strabon rapporte des vers de Callimaque où il est parlé d'un Grec (10); on la retrouve dans Alexandre iEtolus, poète cité par
(x) Dlal. Mort. IX ad fin.
(a) JEn, YII, 649.
(3) Khet. lib. III , cap. xn, f. iv, p. 364. Bip.
(4) "V^oyez les observatioiu sar le vers Si 8 de ce chant.
(5) Bib. Apollod. lib. I , c. vu, J 3.
(6) Marmor. Oxoo. X.XIII, lin. 9 et 10.
(7) Meteor. 1. II , c. xxv, t. x, p. 548 , éd. Da?al.
(8) De Tfaem. lib. II, Them. 5.
(9) Ad. V. rpAixo;.
(10) Strab. lib. I, p. 46.
SUR LE CHANT II. ia3
Macrobe (i). Lycophron nomme Protésîlas le plus brave des Grecs, rpatxûv âpiçoc (a). Malgré ces autorités , le nom de Grecs s*est entièrement perdu parmi les auteurs de cette nation , qui ne désignent jamais leurs concitoyens que par le nom ai Hellènes , ËXXvivtc. C*est ce qui me porte à douter du fait mythologique rapporté par Apollodore, par les Marbres et par Etienne de Byzance. Je ne crois pas qu'anciennement il y ait eu un peuple nommé les Grecs, qui ensuite se soit nommé les Hellènes, Ce mythe , très-probablement , aura été inventé après coup, et lorsque les Romains commencèrent à jeter quelque éclat dans le monde. Sans doute alors on voulut assigner une origine ancienne à ce nom de Grœci, qu'ils donnaient aux peuples du Péloponèse, et Ton imagina cette fable de Grœcus que quelques auteurs ont adoptée. En effet, on ne conçoit pas comment le nom de Grecs se serait perdu parmi les naturels du pays , pour devenir chez les étrangers le nom générique de toute la nation. Cependant le fait existe, et il reste toujours à expliquer pourquoi les Romains ont appelé Grœci ceux qui se nommaient entre eux Hellènes, ËXXtivsc Voici ma conjecture sur ce point assez singulier.
Thucydide parle d'un peuple situé au nord de la Macédoine, nommé rpaalci (3) , ce qui répond tout-à-fait au mot Graii des Latins, qu'ils emploient souvent pour Grœci, Or, il est possible que ces Graii, qui habitaient un pays froid et montagneux, se soient dirigés de bonne heure vers l'Italie, où ils trouvaient un climat plus doux , et qu'ib y aient formé les premières colonies grecques. Dès-lors , on conçoit que les Italiens qui les connurent avant tous les autres Grecs , se soient accoutumés à nommer ainsi tous ceux qui venaient des mêmes contrées.
Je dois observer que M. Knight regarde le vers 684 comme ajouté par un commentateur: Poeta, dit- il , Hellada noverat, non Hellènas ; il ajoute que le peuple de ce pays là eût été nommé dans la langue d'Homère Helladiens, et non pas Hellènes (4). Ce qu'il y a de sûr c'est que le mot ËXXnvtc ne se trouve que cette seule fois là dans Homère; et nous avons vu déjaque la dénomination de Xlav^nvA^ était
(i) Satum. lib. Y, c. aa.
(a) Alexandr. v. 53a.
(3) Ub. II, S 96.
(4) Knight net. in Iliad. g', 684.
ia4 OBSERVATIONS
regardée par les anciens comme un motif de retrancher un passage (i).
[ V, 685 — 7.] Leur chef est Achille.
Zénodote supprimait les vers 686, 687, et les sept suivants, c'està-dire tout le paragraphe relatif à l'absence d'Achille (s). Comme les scboUes de Venise ne donnent aucune raison pour justifier le retranchement de ces neuf vers, il est possible que cette opinion de Zénodote fût fondée sur l'autorité de quelques anciens manuscrits , dans lesquels ces vers ne se trouvaient pas. Cela est d'autant plus probable , que les premiers Ptolémée n'avaient négligé aucun moyen pour rassembler dans leur bibliothèque d'Alexandrie tous les manuscrits d'Homère , qui existaient alors (3). Il faut avouer que si cela était ainsi , ce serait une assez forte preuve contre ceux qui ont tant admiré l'artifice du poète , de toujours nous faire voir et sentir Achille , quoiqu'éloigné des combats ; car il est bien sûr que si ces vers eussent été de l'auteur primitif, ils sont trop beaux , et le sentiment qu'ils expriment est trop naturel, pour avoir été négligés par aucun des éditeurs d'Homère. Il n'est pas inutile, à cette occasion , de remarquer encore que Zénodote retranchait aussi le vers où il est dit que Nirée était le plus beau des Grecs après Achille (4). M. Knight ne supprime point les vers rejetés par Zénodote , à l'exception du dernier (694) comme on peut le voir dans la note suivante.
[ V. 694. ] C'est pour cette captive qu'il languit dans la tristesse, mais bientôt il se relèvera.
M. Knight supprime ce vers, et dit qu'il a été forgé d'après une scholie ; la seule raison qu'il donne , est que l'absence de Briséis doit inspirer plus de colère que de tristesse à Achille (5). Il est vrai
(z) Voyez les obaervatioiia sur le vers 5a 8 de ce chant, (a) Scb. Ven. 193. Caul.
(3) Cf. Prolegom. Wolfii, § XXXIX, p. clxxvu, et seq.
(4) Voyez ma note sur le vers 67 1 de ce chant.
(5) Iliad. g', 689.
SUR LE CHANT IL laS
que le poète vient de dire xoupuc x^^V*^®( B^vmi^oç (i) ^ furieux au sujet de la jeune Briséis, Cependant cette raison me semble un peu subtile, et en général M. Knight établit mieux ses motifs de re' trancbement.
[v. 701.] Il quitta sa maison sans laisser d'héritier.
Voici le mot à mot de toute cette phrase : « Son épouse (de Protésilas) • se meurtrissant le visage, fut laissée dans Phy lacé, et aussi sa maison « à moitié faite. » En rendant Texpression grecque ^opicç i^vnXr^ par ces mots : saris laisser d'héritier, j*ai substitué le sens métaphorique au sens propre. Heyne pense qu*ici ^op.oç t{aiteXv)( signifie bien réellement une maison qui n'est pas achevée (s), parce que dans les temps héroïques, lorsqu'un jeune homme se mariait, il se construisait une habitation, comme cela se pratique encore quelquefois en Allemagne et en Flandre. Cest ainsi qu'au sixième chant, Homère dit que cinquante appartements avaient été bâtis par les cinquante fib de Priam (3). Je suis très-porté à croire que Heyne a saisi le vrai sens d'Homère qui, en général, n'emploie pas les phrases dans une acception détournée, cependant l'usage auquel celle-ci se rapporte est trop éloigné de nos mœurs , pour que j'eusse pu être compris si j'avais traduit littéralement ; c'est ce qui m'a décidé à employer le sens métaphorique, lequel , au reste , a été adopté par un grand nombre d'auteurs ; c'est ainsi que Sophocle a dit «avreXTi; ^«{lap (4) , une épouse toute finie, pour exprimer une femme qui a eu des enfants , et la scholie qui se rapporte à cet endroit de Sophocle dit que le mot iravrcXiiç, toute finie, est mis là par opposition au mot i|&iTtXxç, à moitié faite, du passage ci-dessus. Strabon dit positivement que cette épithète est donnée ici à la maison de Protésilas ,
(i) Knight not. in Iliad. p', 694.
(3) Obss. în Iliad. H, v. 701.
(3) Iliade, C 343 seqq. Heyne se trompe, et il attribue aux enfants de Priam ce qu'Homère , dans le même chant sixième, dit de Paris seulement : ce fut lui-même qui construisit son palais avec les plus habiles ouvriers qui étaient à lYoie, ▼. 3i4 et 3i5.
(4) OEdlp. Tyr. v. qSo.
ia6 OBSERVATIONS
parce que sa femme restait veuve (i). Si l'on s'en rapporte à Hemsterhuis, c'est ainsi qu'il faut entendre un passage de Lucien dans lequel il fait allusion à ce vers (a). Mais malgré toutes ces autorités, et quoique je les aie suivies dans ma traduction, je n'en regarde pas moins l'opinion de Heyne comme très-probable.
[v. 701.] Un héros dardanien ravit le jour àProtésilas.
Comme Protésilas succomba le premier de tous les Grecs , on n'a pas manqué , pour honorer sa mémoire , de supposer que sa tombe enfantait des prodiges. > Encore aujourd'hui , dit Pline le « naturaliste, sur des bords de l'HelIespont, en face de la ville des « Troyens, lorsque les arbres qui sont autour du tombeau de Pro- « tésilas s'élèvent assez haut pour appercevoir Ilion , ils se dessè- « chent à l'instant (3). »
On voit que Pline prête aux arbres du tombeau le sentiment d'indignation et d'horreur que Protésilas conservait après sa mort contre la ville d'Ilion. Ainsi Virgile suppose que des gouttes de sang coulaient du myrte qui s'élevait sur le tombeau de Polydore (4). La pensée de Pline est plus développée dans une épigramme de Philippe de Thessalonique , dont voici la traduction :
« Héros Protésilas , c'est toi qui le premier appris aux Troyens « à connaître quelle était la force de la lance des Grecs ; et les ar- « bres élevés qui croissent autour de ta tombe , partagent toute ta • fureur contre Ilion. Sitôt que de leur sommet tu découvres cette « ville, ils se dessèchent, et perdent l'ornement de leur feuillage. m Quel est donc ce courroux que t'inspirait Ilion , puisque ce tronc « d'arbre conserve encore ta colère contre tes ennemis (5) ? »
Philostrate , dans ses héroïques , dit que c'était seulement la partie des branches regardant Ilion , qui perdait ses feuilles , et se desséchait avant le temps (6). Quintus Calaber parle aussi de
(i) Strab. lîb. YII , p. 296.
(a) Lnc. Dial. Mort. XIX, t. I, p. 4to , note 79. éd. Hemsterbasil.
(3) Plin. Ub. XYI, c. 44, éd. Yet. et 88, éd. Millerii.
(5) Anal. vet. Poetar. t. II. p. a33 , éd. Brankiî.
(6) Philostr. heroî. p. 38, éd. Boiaaonad.
ce phénomène , mais le passage où il en est fait mention est fort corrompu. Brodeau et Paw ont proposé d*heureuses corrections (i). M. Lechevalier a découvert à Textréroité de la Chersonnèse de Thrace un monticule couvert de gazon , qu'il croit être le tombeau de Protésilas (a). Le docteur Chandler partage cette opinion (3). Ces coiijectures sont bien vagues , bien hypothétiques.
[ V. 724 — 5. ] C'est là qu'il languit du roi Phi-
loctète.
Ces deux vers étaient retranchés par Zénodote , mais le scholiaste de Venise n*en donne aucune raison (4). Heyne pense qu'ils auront été ajoutés par quelque rhapsode , quand les tragiques pri* rent pour sujet de leurs pièces Téloignement de Philoctète (5). M. Knight est du même avis (6) et supprime les deux vers dans son édition.
[▼. 730-— 2.] Ceux qui possèdent OEchalIe.
U existait plusieurs villes qui portaient le nom d'OEchalie (7). Clavier pense que celle-ci était dans la Messenie ; mais comme elle se trouve ici placée parmi les villes de la Thessalie , il croit qu'il y a eu quelque transposition , et propose , en conséquence , de reporter tout le paragraphe relatif aux soldats de Podalire et de Machaon (v. 729 — 734)1 après le 6oa" vers de ce chant , c'està-dire immédiatement après les vers où il est parlé de Nestor (8).
Eustathe dit que dans un poème sur la ruine de Troie, on lisait que Podalire et Machaon étaient fils de Neptune (9), tandis
(i) Yid. Quint. Calab. lib. YU , v. 409, éd. Comello de Paw.
(2) Yoyage de la Troade, 1. 1, p. 271 , et t. n, p. 269, éd. de i8oa.
(3) Chandler's Travels in Asia minor, cfa. V, p. i5 et x6, cité par M. Lechevalier, 1. c.
(4) Cf. sch. Yen. Catalog. a3i et a3a.
(5) Heyn. Oba«. in flîad. U, 724—5.
(6) Knight, not. in UUd. P', 724— 5.
(7) Strab. Ub. X , p. 448.
(8) Noies sor Apollod. t. II, p. 29$ et soiv.
(9) Eut. p. 859, 1. 43*
ia8 OBSERVATIONS
que Homère suppose qu'Us étaient fils d'Esculape. Dans ce même poème , dont Eustathe rapporte quelques vers , il est dit que Neptune « leur donna des mains plus légères pour couper les flèches, « et les arracher de la chair, et qu'il leur accorda de guérir toutes « les blessures (i). »
Quelques critiques ont pensé que Machaon était chirurgien , et Podalire , médecin ; voilà pourquoi , disent-ils, on appelle Machaon et non pas Podaliçe, lorsque Ménélas est blessé au quatrième chant(s)fl Ces distinctions n'appartiennent pas au temps d'Homère; alors les expressions Inrn^ , ou bien hr^hç ârnp , s'entendaient de tous ceux qui se consacraient au soulagement des hommes.
Pausanias nous apprend que Leschès, dans son poème de la petite Iliade , faisait périr Machaon de la main d'Eurypyle , fib de Telephe (3). Quintus Calaber a suivi la même tradition (4).
[v.755.] Le Titarese s'échappe duStyx, fleuve terrible des serments.
Le serment par les eaux du Styx était le plus terrible et le plus grand que pussent faire les dieux , comme notre poète le dit au chant quinzième (5). Au quatorzième, le sommeil supplie Junon de jurer par tonde invincible du Styx (6). Notre Fénélon a suivi cette tradition , lorsqu'il fait dire à Calypso : « Je ne veux plus le voir, « je ne veux plus qu'aucune de mes nymphes lui parle , ni le re- « garde. J'en jure par les ondes du Styx , serment qui fait trembler « les dieux mêmes (7). »
Par ces mots : le Titarhe s'échappe du Styx, sans doute il faut entendre que le Styx était renfermé dans les entrailles de la terre,
(i) Eost. 1. c.
(a) EoAt. p. SSg, 1. 40.
(3) Panun. lib. lU, c. a6.
(4) Panlipom. Hom. lib. YI, v. 399 seqq.
(5) îçi p.eV'»^^
Ôpxoc ^eivoraTOç rcirtXei fioxapeavi Seotoi. (Iliad. 0', 37 — 8.)
(6) ..... ^[Aoooov àfléarov S-rv^b^ 5^{i>p. (Iliad. ^', 37<*)
(7) Télémaqae, liv. YII, t. v, p. 169, édit. de 1787. Yoycx les observations sur le vers i85 du cinquième chant de TOdyssée.
car il n*y eut jamais de fleuve de ce nom dans la Thessalie où coule le Titarcse. En effet, on peut supposer que dans les idées homériques le Styx coulait au sein des enfers. Au huitième chant, Minerve , en parlant de la délivrance d'Hercule , s'écrie : « Ah ! si « plus prudente j'eusse imaginé tant d'ingratitude (de la part de m Jupiter), jamais, lorsqu'Eurysthée envoya ce héros (Hercule) ■ dans les enfers pour enlever de l'Érèbe le chien du terrible Plu- « ton, jamais Hercule n'eût échappé des eaux profondes du Styx (i). » Donc le Styx coulait à l'entour des enfers. Ainsi Virgile suppose que les ombres sont retenues par les eaux du Styx , qui circule neuf fois autour de l'Érèbe (a). Les historiens au contraire disent que le Styx coulait dans l'Arcadie , près de la ville de Nonacris , située au sud de la mer de Corinthe (3). Les Grecs modernes le nomment Mavronero , l'eau noire , et les paysans lui attribuent des qualités malfaisantes (4)-
[v. 783.] Dans l«s rochers d*Arime, où sont placées ^ dit-on , les vastes demeures de Typhée.
L'auteur de la Théogonie a fait une brillante description du combat de Jupiter contre Typhée, qui périt sous les coups de la divinité (5). Il paraîtrait au contraire par ce passage que dans les idées d'Homère, Typhée existait, puisqu'il est mis au présent, oh Von dit que sont les demeures , etc, 061 ^aoi l{A[i.ivat tuvac. Ce n'est pas la première fois que nous avons remarqué des différences notables entre les traditions de la Théogonie et celles des poèmes homériques (6).
Virgile place la montagne d'Arime sur la côte occidentale de l'Italie, en face de l'ile Prochyta (maintenant Procida), non loin de Naples. Voici les vers de Virgile, qui sont évidemment une imitation de celui d'Homère :
(x) Iliad. 6', 366 seqq. Observez cependant que Knight sapprime an Vin* ch. toat le passage relatif à Hercule, (a) Georg. FV, 480.
(3) Herod. lib. VL § 74; Pans. Hb. VHI, c. 18; Strab. lib. VHI , p. 389 ; selon ces aateors , l'eau du Styx était une eau sacrée.
(4) Poaqaeville, Voyage, t. IV, p. 344*
(5) Theog., 837, seqq. Peut-être eut- il été mieux de dire Typhon.
(6) Voyez les observations snr les vers 458 et 571 du premier chant de riliadc.
i3o OBSERVATIONS
Xuin sonitu Procbjrta alla Iremit, durumque aibile loarime Jovis imperiit imposU Typhceo (i).
Comme on voit, Virgile a substitué le mot tnarime au mot Àptpiotc du grec. Heyne pense que cette faute provient de ce que quelques anciens traducteurs latins ont confondu la préposition icv dtuu avec le nom propre , qu'ainsi ib auront lu itvaptjiot; , d'où ils auront fait Inarima , ou Inarime (a). Clarke croit que cette confusion de son provient d'une mau\'aise prononciation dans l'usage vulgaire , parce qu'alors les vers d'Homère étaient dans la bouche de tout le monde, et que l'on aura fait Inanimé de ctv* ÀpC^otc , comme de xa( fripot, on a fait par contradiction K^repoi, et en latin ca?teri (3). Les petites scholies placent le mont Arime dans la Cilicie (4)-
[v. 790 — 5.] Près d*eux s'arrête la déesse.
Les cinq vers 791 — 5 sont désignés dans l'édition de Venise comme devant être supprimés. Voici les raisons qu'en donne la scholie qui s'y rapporte (5).
« Si Iris vient pour annoncer que les Grecs s'avancent , Polite « sufBt, puisqu'il est chargé de tout obser\'er. Si c'est pour encou- « rager les Troyens , parce qu'ils n'osent pas marcher au combat, « c'était à la sentinelle elle-même à se présenter. Lorsque les dieux > apparaissent sous des formes humaines , ils ont coutume de lais- « ser des traces de leur présence. Les discours que tient Iris et « qui ont le caractère du reproche, ne conviennent point à Polite m parlant à son père , non plus que ceux qu'il adresse à Hector, m mais ils sont plus convenables quand c'est la déesse Iris elle-même « qui parle. >
Heyne avoue que cette dernière raison n'est pas sans quelque fondement : en. retranchant ces cinq vers , le sens serait : > Près « d'eux , Iris aux pieds rapides s'arrête et leur dit. » Dans cette supposition , la phrase serait plus nette. Je trouve, en outre, qu'on
(i) ^n. IX, 7ï5.
(s) Excursas II , ad lib. IX, £neid.
(3) Iliad.6', 783, not. Clark, éd. Ernesti, t. I, p. i35, Gksg. 1814*
(4) Brev. sch. Uiad. P', 7^3.
(5) Schol. Yen. agS, Caul.
SUR LE CHANT IL i3i
n*a pas assez remarqué cette répétition ^des verbes n^wiit^ au vers 790 , et {i.iT£^ au 795. Ces deux verbes ont le même sens , et ces sortes de répétitions ne sont point dans le goût homérique. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'après le vers 790 Tordre naturel exige que le discours d*Iris suive immédiatement , parce que , dans Homère, tous les discours sont précédés d'un vers analogue au vers 790, si bien qu'il n'est pas possible de le traduire en entier, et qu'il faut supprimer le verbe n^oaifn du v. 790, elle dit, puisqu'en effet elle ne dit rien. Voilà pourquoi l'interpolateur a été obligé de répéter au vers 795 le verbe [iit^^d, elle dit, pour amener le discours d'Iris. M. Knight supprime aussi les cinq derniers vers.
Virgile a supposé que Polite fut tué par Pyrrhus , sous les yeux de Priam (i). Le même poète dit que le fils de Polite, qui, du nom de son grand-père , se nommait Priam , était parmi les compagnons d'Énée , et commandait un de ces petits escadrons de cavalerie que formèrent les jeunes gens quand ils célébrèrent des jeux dans la Sicile (a). Selon Servius, Gaton racontait, dans ses Origines, que le fils de Polite se sépara d'Énée et fonda une ville nommée PolitO' rium (3).
Les voyageurs modernes ont cru reconnaître le tombeau d'Aisyètes dans un monticule artificiel d'environ cent pieds de haut, que les Turcs nomment Udjec téjte' (4).
[v. 801 — 2.] Ils s'avancent impatients.
Heyne pense que le discours d'Iris doit finir au vers 801 (5), c'est-à-dire , à ces mots de la traduction : autour de nos remparts. M. Knight admet cette opinion et retranche les cinq derniers vers que prononce Iris. Ce retranchement n'est appuyé sur aucune autorité ancienne , il n'est fondé que sur le goût des critiques.
(i) .£n. U, 5a6. seqq.
(a) Ma, V. 564.
(3) Not. Servu ad Mn. Y, 564.
(4) Conf. Voyage de la Troade, par Lechevalier , t. II , p. agô et soi?. 3* éd. 1803. CoiMiiltez aussi la Carte de la plaine de Troie de^Ghoiaenl- Gouffier ( Voyage pittoresque en Grèce , t. II , p. ao8 , pi. xiz. )
(5) Heyn. obs. in Uiad. II, 807.
i3a OBSERVATIONS
M. Knight observe que le mot TroXairei; (v. 806), citoyens, n*est pas un mot qui doive appartenir à Homère (i).
[v. 816.] Le grand Hector, au casque étincelant.
Les grammairiens ont beaucoup discuté pour savoir si Tadjectif aioXcç joint au mot xopuç, casque, signifiait l'éclat de Tarmure, ou le balancement de l'aigrette (a) ; je n'entrerai point dans cette question qui , je crois, ne peut se soutenir de part et d'autre que par beaucoup de subtilités.
L'adjectif xopuOatoXoç que j'ai rendu par cette périphrase, au casque étincelant, est une épithète particulière à Hector. Dans un seul endroit Homère caractérise ainsi le dieu Mars (3). Il faut observer (fue chaque héros est presque toujours désigné par une épithète qui lui est propre. Ainsi le seul Achille est tro^of ùxviî, aux pieds rapides ; nul autre qu'Agamemnon n'est appelé âvai( àv^pûv, roi des hommes; Dlomède et Ménélas ont souvent l'épithète de 6ct:v àr^aAhz (4) , mais Diomède, plus particulièrement celle de xpftrepb;,ybr<, et Ménélas celle de (av6o;, blond. Ajax est souvent désigné par l'adjectif [ac^oc, grand, ou par celte épithète l'pxoç Ax^iûv, rempart des Grecs. Nestor est appelé 7Sp(»v, 'vieillard, ou plus souvent 'ftptivto;, vénérable (5). Aucune de ces dénominations n'est donnée au hasard , aussi Virgile me semble-t-il avoir méconnu la tradition homérique, quand il a dit cristatus Achilles (6) , parce que l'adjectif latin cristatus se rapporte à xcpDOxioXcç, épithète consacrée au seul Hector.
(x) Knight not. in Iliad. |)'. 803 — 6.
(a) Porphyriofl qasBstion. Homeric. T', p. lxxxv. éd. BarDcaiî.
(3) ic 81 Tpù>aç Âpvi; xopuOaioXoç (Iliad. u', 38.)
(4) Poar le sens de ces mots : ^giqv â'yaOoc , voyes les observations suie V. 408 de ce chant.
(5) Ponr le double sens du mot ^tp'nvioç , voyez les observations sur le V. 336 de ce chant.
(6) ^n. I. 468,ed. Hcyn.
SUR LE CHANT II. i33
[v. 84o — I.] Hippothoûs a conduit la natiun des vaillants Pélasges.
Heyne observe que dans l'origine les nations de race pélasgique habitaient difTérentes contrées de TEurope et de l'Asie (i). C'est sans doute pour cela qu'Homère , après avoir parlé des Pélasges en général , désigne particulièrement ceux qui fiabitaient Larisse,
Strabon (a) et Etienne de Byzance (3) citent un grand nombre de villes qui portaient le nom de tarisse. Il parait que celle dont il est question ici était située dans l' Asie-Mineure, à mille stades environ au midi de Troie (4). Homère en parle une autre fois à foccasion de la mort d'Hippothoûs (5). Mais on ne retrouve jamais ailleurs, soit dans V Iliade, soit dans VOdjrssée, le nom de Larisse, et jamais notre poète ne désigne ainsi la patrie d'Achille, cependant cette opinion a prévalu ; Racine fait dire à ce héros :
Et jamais dans tarisse un lAche ravisseur Me vint-il enlever ou ma femme ou ma sœur (6) ? Horace, après avoir parlé de Mycènes et d'Argos, royaume d'Agamemnon, de Lacédémone, royaume de Ménélas , ajoute:
Nec tam tarissœ (me) percussit campus opimœ (7) ce qui évidemment indique le royaume d'Achille. Dacier, dans ses notes, dit à l'occasion du mot tarisse. « Il y a eu plusieurs villes de « ce nom ; mais Horace entend celle de la Thessalie , la capitale m des états d'Achille. Il l'appelle opime, c'est-4i-dire grasse, à cause de « la bonté de son terroir, et Homère, i^i^XetxoLf fertiie. (8)» Nous venons de voir que jamais Homère ne donne le nom de Larisse à la patrie d'Achille.
Poinsinet, dans ses remarques sur Horace, se trompe encore d'une manière plus positive , car il dit à ce sujet : « Cette épithète
(i) Heyn. obs. in Iliad. II , v. 840 — 3.
(9) Strab. lib. IX , p. 440.
(3) Steph. Byz. ad. v. Aàpiaaa.
(4) Strab. Ub. XIII , p. 6so.
(5) Iliad. p/, 3oi.
(6) Iphigcnie en Aulide , act. lY , se. 6.
(7) Lib. I, od. vxx, V. ix.
(S) Œuvres d'Horace, par madame Dacier, t. I , p. 128, éd. de
i34 OBSERVATIONS
« opima est expliquée par celle de fertile (ioiSMXouca), qae donne « Homère à cette même Larisse (i). »
[▼. 844 — 5*] Acamas et le héros Piroûs conduisent les Thraces que sépare Forageux Hellespont.
On trouve dans V Iliade plusieurs héros qui portent le nom dî! Acamas, Heyne en a cité trois, celui-ci d*abord qui est tué au sixième chant par Ajax Télamonien (a) ; un autre, qui est tué -par Menon, au seizième chant (3) ; et enfin au douzième (4), il est question d'un Acamas 9 fils àiAsius (5). Heyne cependant en a oublié encore un, c'est Acamas, frère d'Archiloque, et fils d* An ténor, dont il est fait mention au second (6) et au douzième chant de V Iliade (7). Tous sont assez bien caractérisés pour qu'il ne soit pas permis de les confondre. Comme àxàpAç signifie infcuigahle ^ il est possible que cet adjecUf soit devenu le nom propre de plusieurs guerriers.
J'ai rendu l'épithète à'^pâp^ooc, donnée à l'Hellespont (v. 845) par orageux. Il eût été plus exact de dire le rapide Hellespont. Toutes les fois qu'Homère parle de l'Hellespont , il le considère comme un fleuve; ainsi au chant septième, il le désigne par le large Hellespont. M. Wood rend très-bien raison de cette dénomination de fleuve, donnée à l'Hellespont, par ce qu'il éprouva quand il se rendit de la mer Egée dans le Pont-Euxin (8). Hérodote lui donne aussi le nom de fleuve dans le discours qu'il fait tenir à Xerxès : « C'est « avec raison que les hommes ne t'offrent point de sacrifices, à toi « qui n'es qu'un fleuve trompeur et salé (9). »
(i) QaintI Horatii carmina, cnin annot. gallicis Poinsînet de SÎttj, t. I , p. 40.
(a) Iliâd. r, 8.
(3) Iliad. ir', 34a.
(4) niad. [L, 140.
(5) Cf. Heyn. obss. in mad.n, v. 844.
(6) lUad. p', 8a3.
(7) Iliad. [A', 100.
(8) Basai «or le génie d'Homère, trad. franc, p. a8i , éd. de I779> (9} AoXtpû Ti xaX dtXfLupû ^tota^xû. Her. lîb. YH, § 35.
SUR LE CHANT IL i35
[v. 85o.] L*Axius dont les belles eaux fertilisent la terre.
Comme l'Axias est un fleuve qui roule des eaux très-limoneuses ; M. Knight pense que ce vers aura été ajouté par quelque rhapsode Ionien, qui chantant les poésies d'Homère dans la Grèce propre- Mnent dite, aura voulu, aux yeux des Grecs, faire valoir sa patrie que ceux-ci ne connaissaient pas (i). Cette conjecture est ingénieuse, mais est-elle bien fondée ?
[y. 860.] Il périt sous les coups de rimpétueuxÉacide.
Dans l'édition de Venise les vers 860 — i sont marqués d'une obèie, et la schoUe qui s'y rapporte dit qu'on doit les retrancher, parce que, dans cette partie de V Iliade intitulée le combat près du fleuve (a), il n'est point dit qu'Ennomus ait été tué par Achille, quoique le poète ait coutume de nommer tous ceux qu'immola le héros (3). Le même scholiaste ajoute que si on laisse subsister ces deux vers, il faut aussi conserver deux vers relatifs à Antimaque (874 — 5), quoique marqués aussi d'une obèle, parce qu'on ne dit pas dans le combat près du fleuve, qu' Antimaque ait été tué par Achille. M. Knight supprime les vers 860— -i , moins encore par la raison du scholiaste, qu'à cause de la répétition de àXXà, qui lui semble une trace évidente d'interpolation (4). Quoique la même raison grammaticale ne subsbte pas pour les vers 874 — 5 , il ne les admet pas non plus dans son édition.
[y. 864.] Les chefs des Méoniens étaient Antiphos et Mesthlès.
Les peuples appelés par Homère Méoniens furent nommés par la suite Lydiens (5). On ne sait pas à quelle époque s'opéra ce chan-
(i) Knight not. inHiad. p', S5o.
(s) Le ch. KXI de nos éditioiu.
(3) Sch. Ven. v. 367 — 8 , Catal.
(4) Knight. not. in Iliad. P', 860^1.
(5) Vid. Herod. lib. YH , § 74 ; et Strab. lib. XUI, 6a5.
geroent, mais ce fut vraisemblablement après Homère , car il n*aurait pas conservé Tancien nom. Velleius Paterculus parle d*un roi Lydus, d'où est venu le nom de Irirdie, qui aurait vécu peu après la guerre de Troie (i), c'est à dire environ trois cents ans avant Homère (a). Mais il n*est pas croyable que le poète eût parlé des Méoniens, si depuis trois cents ans ils se nommaient Lydiens; on ne Faurait pas compris. Cest comme si un poète en parlant des peuples de France, disait les Tectosages au lieu des Languedociens ^ ou les Feiocasses au lieu des Normands. La tradition de Velleius ne peut pas s'admettre.
[ V. 867. ] Nastès conduit les Cariens au barbare langage.
Le scholiaste de Venise dit que ce vers doit être retranché (3) , parce que Thucydide observe au commencement de son premier livre (4) que jamais Homère n'emploie les dénominations de Grecs et de Barbares, comme on l'a fait ensuite pour distinguer les Grecs d'avec les nations étrangères; et à cette occasion le scholiaste de l'historien observe que le mot ^apêapoçcôvcûv n est pas légitime (vsvo- OtuTAi) (5). Strabon, qui pense que le vers ci-dessus est authentique, croit que Tépithète n'a rapport qu'à la mauvaise prononciation des Cariens (()). Il pense que le terme barbare a été formé dans son origine par onomatopée , qu'on désigna ainsi tous ceux qui parlaient mal , et que par la suite on étendit cette dénomination à tout ce qui n'était pas Grec (7). Cette opinion ne manque pas de probabilité, et en l'admettant on pourrait conserver le vers ci-dessus sans infirmer la proposition de Thucydide. Cependant je dois observer qu'on peut le supprimer sans nuire au sens. Dans ce cas il faudrait traduire : > Quant aux peuples qui possèdent Milet, les monts om-
(x) Yelleins Paterctilas, lib. I,cap. x.
(a) Les Marbres placent la prise de Troie, 1309 av. J. C; et Homère 907 ans sealement av. J. G.
(3) Sch. Yen. 374, Caulog.
(4) Thucyd. Ub. I , § 3.
(5) Thucyd. sch. 1. c.
(6) Strab. Ub. XIV, p. 66r.
(7) Strab. l. c.
« bradés de Phthire, les bords sinueux du Méandre, et les sommets « élevés du Mycale; ce sont Amphimaque et Nastès qui les com- « mandent. * M. Knight n'admet pas le retranchement.
Si on laisse subsister ce vers , opinion qui me parait la plus probable, il faut remarquer que le poète ne peut pas parler ici des Cariens du temps de la guerre de Troie, mais de ceux de son temps, <;ar à l'époque du siège de Troie ces peuples n'avaient eu aucune communication avec les Grecs; or, pour un Grec, tout langage étranger n'était pas un langage barbare, mais un langage inconnu. Il faut donc supposer que lorsque ce vers a été fait les Cariens s'étaient déjà mêlés avec les Grecs , et qu'ils commençaient à balbutier la langue de ces derniers. Une autre scholie de Venise qui se rapporte au même vers prétend que les Cariens étaient une colonie de Cretois et qu'ils crétisèrentlsklsLB^e grecque (i). Strabon dit que les Cariens furent les premiers peuples de l'Asie qui se mêlèrent avec les Grecs (a). Quoi qu'il en soit, il est certain que cette dénomination an barbare langage ne s'appliquait qu'aux Cariens du temps d'Homère , car il faut regarder ses poèmes non comme une histoire véridique de la guerre de Troie, mais comme la tradition vivante de ce qu'on croyait de cette guerre quand ces chants furent composés. De nos jours les historiens sont chargés de rectifier par la critique les idées des anciens relatives aux faits qu'ils rapportent, mais alors \e poète, le chanteur^ se bornait à redire les événements que lui apprenait la renommée, et seulement pour mieux graver ses récits dans la mémoire des auditeurs, il soumettait son langage aux lois du mètre et de la musique.
(i) ÉxpinTuaav w ÈXXtivi^a ^Xê»aaav. Sch. Yen. v. 874, Caul. (a) Strab. lib. XIY, p. 66a.
i38 OBSERVATIONS
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