SUR LE QUATRIÈME CHANT
DE L'ILIADE
[y. X — 3.] Les dieux rassemblés autour de Jupiter, s'entretenaient dans les lambris dorés de FOlympe, tandis que lauguste Hébé leur versait le nectar.
Athénée cite ces vers pour prouver qu'Homère faisait consister le souverain bien dans les plaisirs de la table (i), ce qui , du reste, est conforme aux mœurs des peuples encore grossiers chez qui une civilisation plus avancée n'a pas développé le goût des choses purement intellectuelles.
Le second vers est marqué d'un signe critique dans l'édition de Venise (h ) , et la scholie qui s'y rapporte nous dit que c'est parce qu'ici Hébé est vierge, car elle verse le vin, tandis que dans V Odyssée le poète nous la représente comme l'épouse d'Hercule (3). Je ne conçois pas comment l'emploi de verser le nectar aux dieux emportait nécessairement l'obligation d'être vierge , à moins toutefois que les grammairiens ne se soient imaginé qu'Hercule n'aurait pas permis à sa femme d'être la servante de l'Olympe. Le même scholiaste discute ensuite fort gravement et fort longuement pour démontrer qu'ici ce doit être Hébé, et non Ganymède, qui verse le nectar aux dieux. II vaut mieux s'en tenir à l'opinion de M. Knight, qui remarque avec beaucoup de vraisemblance que les fables relatives à Ganymède sont postérieures aux temps homériques (4).
(t) Athen. Deipn. lib. XII, c. i, p. 5t3. E.
(a) ôrt irap6évo( fS&n , étvoxotî ^op. sch. Yen. ^'. a.
(3) Odyas. X'. 609.
(4) Toye£ les obacrvations sur le vers a5t du XX* chant de Tlliade.
j86 observations
[▼. 8.] Junon, protectrice d'Argos , et Minerve d*Alal-
comène.
Les petites scholies donnent plusieurs étymologies de cette épithète ÀXaXxc|AEyDtc , qui caractérise ici Minerve. Selon quelques uns ce mot vient du verbe àXxXxie» défendre, protéger, D*autres le font dériver d*j4lcoinène, nom d'une ville de Béotie, dans laquelle Minerve était principalement honorée, ou bien d*une montagne de TAttique noaunée j4iaicoméme , ou enfin du nom d'un Béotien, chez qui Minerve aurait été élevée (i). M. Knight pense que ce vers a été ajouté , et je le crois. Il observe que le poète peut bien donner à Hélène Tépithète iïArgienne (a) , mais non à Junon. Il rejette de même l'épithète d*Jlalcoménienne (3).
[y. 3i — a.] Quels crimes si grands et Priam et les
enfants de Priam ont-ils commis envers toi ?
Virgile a imité ce passage, et a pris le même mouvement de phrase , lorsqu'il fait dire à Vénus :
Quid meus JEneas in te committere tantum, Quid Troes potiiere (4) ?
J'ai déjà fait observer que si les imitateurs d'Homère différaient de leur modèle par la peinture des détails, ils s'attachaient à le suivre très-fidèlement dans tout ce qui tenait au mouvement du style, parce que les passions sont toujours les mêmes, et que leur langage ne varie pas. Ce langage, on le conçoit aisément, devait être mieux connu d'Homère que des poètes qui sont venus après lui, je ne dirai pas parce qu'il était plus près de la nature, car je suis convaincu que la véritable nature de l'homme est la société ; mais parce que le siècle d'Homère était une époque où la civilisation , en quelque sorte dans sa première jeunesse, n'ayant point encore développé et compliqué les nombreux sentiments du cœur humain, rendait plus évidents les principes et le mobile des actions. Alors si les mœurs voisines de la barbarie conservaient quelques
(i) Brev. sch. Iliad. ^'. 8.
(a) Cf. Iliad. l*, 3a3; Odyas. ^', 184, 296, etc.
(3) Knight not. in Iliad. 9'. 8.
(4) JEd. I. a3x.
traces de cruauté qu^efTaçait lentement le doux commerce des muses, du moins elles n'avaient rien perdu de leur candeur et de leur simplicité. Les caractères étaient âpres et violents, mais énergiques et sans dissimulation. Les habitudes d'une société plus perfectionnée n'avaient point encore appris à cacher ses affections véritables sous les apparences de la politesse et de La bienveillance; et chacun dévoilait le fond de son ame avec une franchise que nous aurions peut-être raison de nommer grossièreté. Aussi les hommes de ce temps-là ne s'épargnent-ils pas eux-mêmes; ils ne rougissent point d'avouer leur infériorité , ib cèdent sans honte au héros qui l'emporte sur eux en force. Us le déclarent publiquement, et ne cherchent pas à s'en excuser. Ulysse ne craint pas de dire qu'Achille est plus fort et plus habile que lui : «tu vaux mieux que moi , tu m es beaucoup plus fort à manier la lance (i). >* Ces aveux naïfs qu'une traduction peut à peine rendre , prouvent combien alors il était facile de connaître les moindres mouvements de l'ame, et combien le poète avait de i*essources pour exprimer la passion dans toute son intégrité. Les rapports des hommes entr'eux se multipliant, ont fait naître des aperçus nouveaux dont les grands génies ont habilement profité pour créer des beautés nouvelles; mais on sent que ces beautés tiennent plus à des conventions de société , à des usages, qu'à la peinture vraie de l'homme même. Cest ainsi que la réunion des deux sexes dans la plupart des relations sociales chez les peuples modernes, a dû faire naître d'autres combinaisons inconnues des anciens; c'est à cela que les Français surtout doivent ces aperçus délicats, ces allusions fines que nous nommons traits tTesprit, et qu'Homère ignorait absolument. De là aussi il est résulté que souvent notre goût s'offense quand il rencontre une expression trop énergique et trop franche des sentiments les plus intimes de notre cœur.
[y. 48.] Là, mes autels ne furent jamais privés de mets délicieux.
Selon Emesti , ce vers prouve clairement que les mots ^atTo;
(i) xpttoittv di ip.ftOftv, xat çtpTtpc; cOx oXi'yov irep ^"fX^t. (U. tA 217.) Voyez, flur le m^me sujet, les observations do vers aaS do premier chant.
i88 OBSERVATIONS
âtonç, ne doivent pas s*entendre d*un repas ilomi les ptats soml égtdesy mais simplement d*fiii bon repas, puisqu^il n*est ici question que d*uDe seule personne, de Jupiter (i). Pour comprendre œUe interprétation d*£mesti , il faut savoir que presque toutes les fois qu*Homère parle des repas de ses héros, il termine par ce vers :
mot à mot : « ib prennent le repas, et leur désir ne fut point frus- « tré d*un mets égal. » Selon Emesti , il faudrait dire d*un mets excellent, Heyne a fort bien examiné cette question ; il prouve, par une foule d*exeraples, qu'il ne faut pas prendre Tinterprétation d*Emesti dans une acception trop rigoureuse, et qu*Homère employait cet adjectif ixaoç dans le sens de hon, et dans le sens â^égal pour i9o; (3). Ici , je crois bien qu*il signifie hon, et je l'ai ainsi rendu dans ma traduction.
[y. Si. ] Il est trois villes qui me sont chères.
Ceci, sans doute, doit s'entendre des villes où le culte de Junon était plus spécialement en honneur. Apollodore dit que ce fut sous le règne de Cécrops que les dieux résolurent de s'approprier certaines villes dans lesquelles on leur rendait des honneiuv particuliers (4). C'est-à-dire que ce fut à peu près sous le règne de Cécrops que la religion des Égyptiens commença à jeter quelques racines dans l'esprit des premières peuplades de la Grèce.
[v. 55 — 6.] Si, dans mon courroux ta
puissance est supérieure à la mienne.
Ces deux vers doivent être retranchés, dit la scholie de l'édition de Venise qui se rapporte au vers 55 , parce qu'ib rendent nul le sacrifice que Junon fait en faveur de Jupiter ; elle n'a rien à promettre, puisqu'elle ne peut rien.
Quoique cette preuve ait quelque fondement, il faudrait, pour admettre l'interpolation, qu'il n'y eût aucune inconséquence dans les superstitions anciennes. Ainsi, bien que Jupiter fût considéré
(i) Cf. Uiad. a'. 468, et $', 48. éd. Em.
(9) Cf. Iliad. a. 468, 6oa ; €^ 43i ; ii. 3ao; î. saS, etc., etc.
(3) Heyn. obss. in Ilîad. I, v. 4^8, et IV, 48.
(4) ApoUod. bibl. lîb. III , c. ziv, % i.
comme le plus puissant des dieux, et qu'en définitif, ce fût sa volonté qui s*accompiissait, cependant les divinités subalternes ne laissaient pas d*agir contre lui et de contrecarrer ses projets. Toute VlGade est fondée sur cette mythologie. Si donc , en cette occasion , Junon semble avouer la suprême puissance de Jupiter, il ne faut regarder cette concession que comme un artifice qu'elle emploie pour le rendre favorable à ses desseins. En général , le défaut des anciens critiques est de ne vouloir admettre, dans Homère, que des conséquences rigoureuses, sans songer que ses chants ne sont que l'expression d'une société toute pleine d'erreurs. Aucun des éditeurs modernes n'admet le retranchement proposé par le scholiaste.
[ V. 84. ] Jupiter arbitre des guerres entre les
peuples.
C'est sans doute ce passage que Platon avait en vue lorsqu'il a dit : 0^ [ àiro^exWov ] û; rapLtaç -nixTv Zsùç àr<çaAti^ rc xoixûv tc rtruxTai.
• Il ne faut pas admettre non plus que Jupiter soit pour nous «l'arbitre des biens et des maux (i). * Cette citation, comme on voit , n'est pas conforme à l'original. Homère ne parle pas des biens et des maux, mais de la guerre. Cependant il est clair que ces mots,
à'^aôûv Te xaxûv re TSTUXTai
sont la fin d'un vers hexamètre, et qu'il est ici question d'Homère, puisque Platon vient de parler de deux tonneaux d'où s'échappent et le bien et le mal (a). Heyne pense que c'est une interpolation de Platon : ■ Manifestum esse arbitror, non lectionem antiquiorem :
• sed interpolationem à Platone, appositam esse (3). » Nous avons déjà vu que Platon ne citait pas Homère tel que nous l'avons , et que cela pouvait tenir à ce qu'il citait de mémoire , ou peut-être aussi à ce que les éditions de ce temps-là différaient de celles que nous avons maintenant (4). Plutarque, qui rapporte ce vers, le donne tel que nous l'avons (5) ; mais déjà Plutarque avait le texte
(x) Plat. Respub. lib. U, t. vx, p. a Sa , éd. Bip.
(a) niad. û, 5a 7.
(3) Heynii obss. in Iliad. XXIY, v. 5a8 , t. vixi, p. 706.
(4) Voyez les observatioos sur le v. 8. du troisième chant.
(5) De audiend Poet. t. YI , p. Sg , éd. Reiskîi.
tl^Homère corrigé par les Alexandrins, c*ett-à-dire plus conforme à nos éditions actuelles.
[v. g3 — 4*] Voudras-tu m obéir, fils belliqueux de Ljcaon ? Oseras-tu lancer un trai^ rapide à Ménélas ?
A Foccasion de ce discours de Miner\'e à Pandarus , voici quelles sout les paroles que Platon met dans la bouche de Socrate , au second livre de la République : « Si quelqu'un nous dit que c'est par • le conseil de Minerve et de Jupiter que Pandarus viole les ser- « ments et les traités, nous ne Tapprouverons point (i). » Certainement Platon a grandement raison de ne pas approuver des actions si indignes de la divinité ; mais on ne doit conclure de ce que dit Homère qu'une seule chose, c'est que, de son temps, les idées sur la justice divine étaient fort incomplètes et fort obscures. On ne peut nier qu'à cette époque les hommes n'eussent le sentiment intérieur de la liberté morale (a) ; mais à ce sentiment confus se joignait l'intervention immédiate d'une divinité dans toutes tes oc> casions solennelles ; et souvent alors cette divinité devait participer à de fort mauvaises résolutions. Au reste , ces contradictions doivent peu nous surprendre, quand on réfléchit qu'elles portent sur un point que nous sommes forcés de reconnaître sans pouvoir l'expliquer. Platon lui - même aurait-il pu nous dire comment la toutepuissance de Dieu s'allie avec l'existence du mal , et la prescience divine avec la liberté de l'homme? Ce n'est point ici le lieu de traiter des questions si hautes ; mais ne nous étonnons pas que des peuples encore grossiers, et formant à peine les premiers pas dans la civilisation , aient eu souvent des idées fausses de la divinité : ce n'est point Homère qu'il faut accuser de ces erreurs , mais les épaisses ténèbres dans lesquelles étaient plongés les premiers siècles de la société.
Pope , qui a aussi remarqué la censure de Platon , ne trouve d'autres moyens de la résoudre, qu'en disant que U ciel ^Homère est un monde idéal peuplé tT êtres abstraits. Ainsi Minerve , c'est la prudence de Pandarus qui songe à obtenir de Vargent et des honneurs s'il tue
(i) Plat.Reapah. lib., II, t. vi,p. a5), éd. Bip.
(a) Voyez les obtervations sor le vers i55 da second chant de l'Iliade.
tâéndas. Ce sentiment ejt encore excité far la perspective de la gloire, que représenté la déesse Jitnon. Enfin ^ Jupiter, qui est censé connaître les pensées des hommes, permet t action, sans en être l'auteur; mais, en même temps, il envoie un prodige, pour avertir qu'on a commis une faute (i).
Rien ne ressemble mieux à la traduction de Pope que ces sortes d^explications alambiquées, où Ton veut absolument trouver de la finesse à Homère ; comme ce bourreau de Tourreil , selon l'expression de Boileau, qui voulait, à toute force, donner de l'esprit à Démosthènes (a).
[ V. 1 16 — 7. ] Alors Pandarus ôte le couvercle de son carquois source de noires douleurs.
Dans l'édition de Venise, le vers 117 est marqué d'un obel, signe d'interpolation ; la scholie qui s'y rapporte dit que c'est , premièrement , à cause de l'adjectif àêXYJTa; cette épithète donnée à un trait, signifie ici, qui n'a point été lancé; or, l'adjectif à^-hç vient de CoXXstv, qui, dans Homère, exprime toujours l'idée de frapper, et jamais celle de leincer (3). Secondement, parce que le mot l^[iA ne veut point dire source ^ cause, comme ici : fpji.' c^oéfdv, cause de douleur, mais, rempart, appui, ^pfxa TtoXnoç, rempart de la ville (4); (^[LaxaL viûv, les appuis, les étais des vaisseaux ^ quand ils sont à sec sur le rivage (5). Si l'on retranche le vers 117, le sens serait simplement: « Alors il découvre son car- > quois et en tire une (lèche. * M. Knight admet cette suppression.
Quant à l'autre épithète du même vers, ^rripoivra, qu'Homère donne quelquefois aux flèches (6) , et que j'ai rendue par rapide ,
(t) Homer's Iliad. book FV, v. 96, of that trad. (a) Yoyes les OEavres de Boileau, t. I, p. lzxxiv, édit. stéréot. d'Herhan.
(3) Heyne observe avec étonnement qne répithète d'à^X'^ra a été donnée anasi par ApoUonins de Rhodes, à une flèche, ce qui ferait croire qu*il ne regardait pas ce vers comme interpolé.
(4) Iliad. 7r'. 549-
(5) niad. a'. 486; 6'. i54. Apoilonias dans son lexiqne, ad. v. {^{ta , dit aussi qa'Aristarqne supprimait ce vers ; Enstathe dît la même chose des anciens grammairiens, p. 45 1.
(6) Cf. niad. I. 171; w'. 773.
elle sifpfiific proprement ailé. Quoique notre langue soit assez pauvre d'épithètes, La Fontaine a rendu cet adjectif avec beaucoup de bonheur:
Mortellement atteint d*aoe flèche empennée {i).
* [v. 122 — 3.] n tire à la fois la corde et le cran de la flèche.
J*ai essayé de rendre le mot '^Xu^tc^aç qui est proprement le cran de la flèche.
Vorci comment Virgile a imité ce passage :
Et duxit longé, donec curvata coîreot
Inter se capita, et manibus jam tangeret squis,
LfivA aciem ferri, dextrâ uervoque papillam (a).
Ce dernier vers rend très-heureusement le vers ia3 d'Homère; cependant on remarquera que celui-ci est toujours plus simple que le poète latin.
Quintus Calaber a aussi imité cet endroit d'Homère; je transcrirai ses vers, car ce n'est que par de telles comparaisons qu'on peut apprécier avec justesse le génie différent de chaque siècle.
eipuat* xuxXttOv) ^t xipoç , x%t à|j.ttXtxoç îoç t06v(hi* To(cv ^' aiWh (3) bnt^iayt^ àxuxTi tut6ôv uw* aiXtioio PtTj (4).
«En parlant ainsi, il attire le nerf près de la mamelle; le trait « cruel repose sur la partie circulaire de l'arc , mais par la force « du jeune guerrier la pointe du trait dépasse l'arc de bien peu. * Ce n'est pas imiter en poète , mais en commentateur. Selon Rhodomanus , Quintus vivait au cinquième siècle de l'ère moderne (5), ses ouvrages portent tout-à-fait l'empreinte de cette époque. Cependant son style ne manque ni de clarté ni d'abon-
(i) Livre n, fable vi.
^a) Mn, XI, 860.
(3) J'ai adopté la correction de Rhodomanns, et j*ai écrit ^atvÀ, au lieu de ^i aùt , qui ne présente aucun sens.
(4) Homeri paralip. X. a3i. seqq.
(5) Yoyez dans Tédition de Paw (1734)» la préf. de Rhodomanns..
dance, mais il est sans couleur, et ses imitations sont ser viles; ce sont de véritables pastiches homériques.
[v. 126.] La flèche vole impatiente de pénétrer
dans la foule.
Aristote loue cette sorte de métaphore qui prête aux objets physiques les qualités des personnes , et il en cite dans Homère plusieurs exemples (i) : ainsi au onzième chant de l'Iliade les dards sont désireitx de se rassasier de chair,
XiX9»op4va [ rà ^oûpa ] Xlfohç aoai (s).
au quinzième : la pointe furieuse perce le sein d'un guerrier.
oilyUiL^ ^i 9T^pvoio ^léoauTO )AaipLid»<rx (3).
Il aurait pu ajouter qu'au cinquième de FOdyssée les 'vaisseaux sont joyeux du soujjle de Jupiter,
â'^o^XopAvai [ ai vîitç ] Âiiç oupu (4).
Les poètes qui sont venus après Homère ont souvent employé cette figure. Pindare a dit :
ol'jQL^
« par la pointe de la laoce irritée (5). »
Horace donne Tépithète tïimpiœ à des vaisseaux , et celle d'ireicunda à la foudre (6) ; et quoique notre langue ne soit pas aussi hardie que les langues anciennes, on retrouve cette image dans nos meilleurs poètes.
[y. 1 27.] Mais , ô Ménélas , les dieux immortels ne t abandonnèrent point.
Eustathe observe que c'est ici la première fois que le poète
(x) Aristot. Rhetoric. lib. III, c. xi, p. 353, éd. Bip.
(a) Ilîad. V. 574.
(3) Iliad. c'. 54a.
(4) Odya». t\ 176.
(5) Pind. Nem. ç'. 89.
(6) Lib. I, od. m, v. a3 et 40.
jy4 OBSERVATIONS
rraploie pour lui-même la figure appelée par les rhéteurs <^po#trophe (i), rarement Homère change ainsi la forme de la narration; dans V Iliade, ce n*est que lorsqu*il est question de Ménélas (a) et de Patrocle (3); dans VOdfs^ée, cette figure n*est employée que lorsqu'il s*agit d'Eumée; mais il me semble que le vers qui fort souvent précède les discours de ce pasteur (4), ii*esl qu'une simple formule , parce qu'elle n'ajoute rien à la force de la pensée; tandis que l'usage de ce trope est toujours de donner de la vie et de la chaleur au récit , en augmentant l'intérêt pour le héros auquel s'adresse plus particulièrement le poète. Ainsi Virgile se sert très-heureusement de ce mouvement animé quand il suppose que Didon voit la flotte des Troyens jH*éte à s'éloigner :
Qais tibi tune, Dido, cernenti talia seosus ? Quosve dabas gemitus» quum lilora fervere late Prospiceres arce ex suinma, totumque videres Misceri ante ocalos tautis clamoribus œquor (5) ?
■ A ce triste spectacle , quelles étaient tes pensées, ô Didon ! quels
■ étaient tes gémissements , quand du haut de ton palais , tu « voyais au loin tout le rivage agité; quand, sous tes yeux, U m mer troublée retentissait de tous ces cris tumultueux (6) ? »
Boileau , dans son poème du Lutrin , emploie aussi cette figure , quand au milieu de sa narration il s'écrie :
Que fais-tu , chantre, hélas ! dans ce triste moment? Tu dors d'un profond somme, et too cœur sans alarmes Ne sait pas qu'on bAtit Pinstniment de tes larmes. Oh ! que si quelque bruit , par un heureux réveil,, T'annonçait du lutrin le funeste appareil ; Avant que de souffrir qu'on en posât la masse. Tu viendrais en apôtre expirer dans ta place.
(i) Ensr. p. 453, adinit.
(a) Cf. niad. ^'. la;, 146; i^'. 104; v'. 6o3; <|»'. 600.
(3) Ilîad. ir'. 69a, 787.
(4) Tov^ àjxti6opiivoç itpofféçiiç , Eôpiaii ouSûra.
<i Reprenant à ton tour, tu lui répondis : Eamée gardien des pores. ■ Cf. Odyss. IK 55, i65, 36o: «'. 60, i35, etc.
(5) Mn. rV, 408.
(6) Traduction de M. Morin. Voyez tome I, page 247(1819).
SUR LE CHANT IV. igS
Et , martyr glorieux d*un point dlionneur DoiiveAU, Offrir tou corps aux clous et ta tête au marleau (i).
Cette apostrophe si remplie d'idées accessoires , qui dans Boileau occupe neuf vers , n'est pas dans le goût d'Homère, dont la pensée est plus rapide et plus simple. La même observation,» du moins jusqu'à un certain point , peut s'appliquer à l'imitation de "Virgile,
[y. i4o.] Soudain un sang noir s*ëchappe de la blessure.
Apollonius, dans son lexique (2), nous apprend qu'Aristarque supprimait ce vers , parce que le mot ùrtikh ne doit point s'entendre d'une blessure faite de loin par une flèche, mais d'une blessure faite de près par une lance ou par un glaive, car utiiXt) vient d'oÙTaoai éire frappé, être blessé de près. Ce vers est marqué d'un obèle (signe d'interpolation) dans l'édition de Venise, et la scholie qui s'y rapporte, dit qu'il doit être supprimé par la même raison que donne Apollonius. Le vers 149 du même chant, où le poète emploie encore le mot ôtiiXt) pour exprimer la blessure de Ménélas, est de même marqué d'un obèle dans l'édition de Venise ; en effet , toutes les fois que notre poète emploie ailleurs le mot ÙTtiXr., il signifie une blessure faite par la lance (3). Eustathe fait aussi la même obser^'ation sur le sens du mot ùtiiXy) , mais il ne dit pas que le vers doive être retranché pour cela (4). M. Knight n'admet pas ce vers, et approuve entièrement la raison donnée par Aristarque (5).
[y. i5i — 2.] Cependant quand il s'aperçoit le
courage renaît dans son cœur.
J'ai été obligé de commenter la pensée des premiers vers pour être clair. En voici le mot à mot : « quand il voit que le nerf
(x) Le Lutrin, ch. III, v. 160 et suiv.
(a) Apollon. Lexicon ad v. àrtiXiiv.
(3) Cf. Uiad. X'. a66; w'. 86a ; p'. 297; tp'. laa, etc.
(4) Enst. p. 455 , 1. xo.
(5) Knight not. in Iliad- ^^. 140.
« et les crochets sont en dehors. » Si je me fusse borné à cette* traduction , il n'eût pas été possible de comprendre ce que le. poète entendait par )e nerf ; j'ai donc cru devoir ajouter l'explication donnée par Eustathe, et les petites scholies (i). Il faut aussi remarquer que les flèches de ce temps-là étaient garnies de deux crochets (ôixou;) semblables à ceux de nos anciennes hallebardes f afin que les blessures fussent plus dangereuses.
[y. 167.] Agitera sur eux tous sa formidable égide.
Mot à mot : son égide ténébreuse. J'ai substitué l'idée morale à ridée physique, ce qui est indispensable dans une traduction. Les petites scholies expliquent le mot i^i\L^i» par çoëtpàv, terriile, formidable (1). Virgile a rendu littéralement cette épithète lorsqu'il a dit :
Arcades ipsum
CrediiDt se vidisse Joveai, ciim siepe nigrtmtem ^ida coDCUteret dextra (3).
[y. 183.] Ah! puisse alors la terre m*engloutir dans
son sein.
Mot à mot : « Puisse alors la large terre m'engloutir. » Les interprètes observent qu'ici Tépithète tùpûsi ne se rapporte pas précisément à la terre, mais au gouffre prêt à engloutir; et qu'ainsi cet adjectif doit être pris en quelque sorte adverbialement (4). De même, dans V Odyssée, le poète dit : il rompit la prompte assemblée {S) pour, il rompit promptement rassemblée. Virgile, dans le même sens, a dit la terre profonde : mihi tellus ima delùscat (6). Cependant Heyne persiste à ne voir dans cette épithète qu'un ornement poétique (7); je crois qu'il se trompe, et qu'ici le mot tùpela comme
(i) Enst. p. 457, et hrcv. sch. «î*. i5i.
(a) Brev. sch. Iliad. $'. 167.
(3) JEn. Vm, 35a.
(4) Brev. sch. , et sch. Yen. Uiad. S'. x8a.
(5) X6<j£v ^ â-yopw aî<|«ipTjv. ( Odyss. 6'. a 5 7.).
Cf. Apollon. Lex. ad v. hlk^ol^ et Hesycb. Lexic. ad t. aî<|nr«^«.
(6) Mn. IV. a4.
(7) Heynii ob«i. în Iliad. IV, 18a.
celui d*MMi en latin, emportent Tidée de la largeur et de là. profondeur du gouffre en général. Il me semble que Heyne voit trop , dan5 les épithètes d'Homère, un simple artifice de style (i) ; presque toutes sont ou caractéristiques , ou consacrées par un usage , ou significatives comme dans ce cas-ci.
M. Knight supprime le vers i8a et les trois précédents, parce que, dit-il, cette fin du discours d'Agamemnon froide, languissante, nuit et énerve le commencement qui est plein d'énergie (a). Je crois qu'on ne doit admettre qu'avec beaucoup de réserve des suppressions de vers, quand elles n'ont d'autres motifs que le goût du critique , et qu'elles ne sont fondées ni sur l'autorité des anciens , ni sur des raisons de mœurs ou de mythologie , ni sur des observations philologiques.
[v. ig3 — 4-] Talthybius , hâte-toi de conduire en ces lieux le grand Machaon , fils du savant Esculape.
Il parait que quelques critiques anciens regardaient le vers 194 comme inutile (3). M. Knight le supprime ; Heyne y découvre une syntaxe insolite , soit qu'on joigne le mot çûTa à Maxaova , soit qu'on le prenne dans un sens absolu (4). En ce cas, on doit dire simplement : « Talthybius , hâte-toi 4*&niener ici Machaon. > La scholie de Venise, déjà citée, dit que ce vers est là pour faire naître l'espoir de la guérison de Ménélas , puisqu'on s'adresse à un si bon médecin (5). Cette observation est puérile ; et je crois que le sens est meilleur en supprimant le vers. Koppên veut qu'on écrive nirîipft au lieu d'nrrnfoç (6), en faisant rapporter ce mot à Machaon , et non à Esculape; il vaut mieux le supprimer toutà-fait.
(i) Voyez les observ. snr le vers 374 da troisième chant de l*IIlade. (s) Knight net. in Iliad. ^*, 179 — 8a.
(3) Sch. Veo. èK 194.
(4) Heyn. obss. in Iliad. IV, 194.
(5) Sch. Vcn. 1. c.
(6) ErUarende Anmeikungeu snm Homer. t. I, p. 279. ( 179a.)
[y. 195 — 7.] Afin qu'il voie le vaillant Ménélas
pour nous les douleurs.
Dans rédition de Venise, le vers xg5 se termine ainsi : kr^ioç uiôv , ie fis dAtrée ; mais toutes les éditions ont conservé «f x^ ici9.\m , U clief des Grecs , le<^on indiquée dans une des scholies qui se rapportent à ce vers. Une autre scholie de la même édition de Venise dit que les trois vers 195-7, doivent être retranchés , parce qu'il n'est pas nécessaire qu'Agamemnon donne le motif du message à Talth^'bius, qui voit bien que Ménélas est blessé; et qu'ainsi ces vers sont tirés du discours de Talthybius lui-même, qui les adresse textuellement à Machaon , mais avec raison , puisque celui-ci ignore la blessure du héros (i).
Malgré cette critique spécieuse , je persiste à croire qu'il n'y a point de vers à retrancher ici , et je trouve cette répétition toutà-fait dans le goût d'Homère ; de son temps, où l'écriture était à peine en usage , les ordres se transmettaient nécessairement de vive vorx , et par conséquent celui qui les recevait devait s'appliquer à les rendre tels qu'on les lui avait donnés , sans rien ajouter ni rien omettre. Ces sortes de répétitions ne blessaient donc point les auditeurs dans un long récit. D'ailleurs, n'oublions pas ce que j'ai déjà dit , que les poèmes d'Homère étaient chantés (a), circonstance essentielle, et qui contribuait encore à rendre ces répétitions moins extraordinaires pour les anciens que pour nous , car les répétitions ne sont point désagréables en musique; au contraire, plus on se familiarise avec un air, plus on y trouve de charmes ; et très probablement alors les vers semblables étaient chantés sur le même air; l'ouïe est un sens d'habitude qui se plait au retour des mêmes sons. On a pu remarquer que dans un long morceau de musique, le compositeur pouvait sans inconvenance répéter fort souvent une suite de mêmes phrases; et si le motif en est agréable , ces répétitions sont d'un effet certain. C'est à cette disposition que nous devons le charme indicible que nous inspirent les airs de la patrie et ceux de notre enfance. Voilà aussi pourquoi les Italiens, dont l'oreille est si délicate, enten*
(i) Seh. Vea. i', igS.
(3) Voyez les obscrv. sur le vers 4^9 du premier chant.
dent lia même opéra pendant trois mdfs de suite, arec un plaisir toujours plus vif.
M. Knight retranche le dernier vers cité 197, mais comme portant les caractères de l'interpolation ; il le supprime aussi dans le discours de Talthybius. Le sens, dans ce cas, est tout simplement : « qu'il vole au secours de Ménélas, chef des Grecs, qu'un
• héroa habile à lancer le javelot vient de blesser. > Ce qui , je crois f est préférable.
[y. 218 — 9.] En exprime le sang de Chiron
son ami.
Platon, qui cite le vers 118 un peu différemment que dans nos éditions (i), veut prouver par ce passage la force et la sobriété des hommes de cette époque ; voici ses réflexions à ce sujet : « Machaon , après avoir pansé Ménélas , ne lui prescrivit pas ce
• qu'il fallait boire ou manger, non plus qu'à Eurypyle (3). Ainsi «de simples baumes suffisaient pour guérir ces hommes, qui, «avant leurs blessures, étaient sains et accoutumés à un genre
• de vie convenable (3). •
M. Knight supprime le vers 119, et pour le précédent il adopte la leçon de Platon qui présente un sens complet; son motif de retrancher le vers 119, est qu'il suppose, avec raison, que les fables relatives à Chiron n'appartiennent pas aux temps homériques (4). Ces conjectures de M. Knight me semblent aussi justes qu'ingénieuses.
Les baumes dont parle ici Homère n'étaient sans doute que le suc de quelques plantes ou de quelques racines qu'on exprimait sur la plaie; celles employées le plus ordinairement, selon les petites scholies (5), étaient l'aristoloche et VachilUe ou mille'
(i) Yoicile vers de Platon: iffA* txfxuC'nffxvT'tirtT'-mria ^ apijLouc* l'iraooov. «Après avoir sucé le sang, il répandit des baumes saluuires. « (Reip. III , t. vx, p. 3o5. Bip.)
(9) Ceci a rapport k un passage du onzième chant de llliade ; mais là ce n'est point Machaon, c'est Fatrocle qai panse la blessnre d^Eorypyle.
(3) Reip. I. c.
(4) Knight not. in Iliad. i'. a x 8 — 19. Voyez aussi les observations rar le vers 83o dn onzième chant de l'Iliade.
(5) Brev. ach. Iliad. X'. 845.
aoo OBSERVATIONS
ftmlUs f oommée auMÎ Yherèe au
«ti de cicatriier trè^promptement une
[▼. aaS. ] En ce moment vous n'eussics pas tu le diyin Agamemnon rester dans le repos.
Mot à mot : > alors vous n'auriez point tu le dhia • non donnant. > Le verbe PptCtiv signifie propmnenl s'i après le repas, quand Testomac est trop chargé (i); l'emploie dans le sens de dormir durant b nuit :
<■ Là , nous attendîmes , en dormant , la divine aurore. » Esckylc emploie ce mot pour exprimer le sommeil de la première cnfimce ; ainsi Clytemnestre dit à Oreste :
ÉTrtoxtC) £ irai , TO'i^t #* at^toat, récvov,
OCXciotv i(ti(xiX^ tOrpoçK ^oXa (3).
« Arrête , cher enfant ; respecte , 6 mon fils , ce sein où tant de « fois , même en donnant , tu suças avec tes lèvres im lait noorris- « sant. >
Le même auteur, dans sa tragédie des Euménidesy applique ce mot aux choses inanimées ; Oreste , pour exprimer que le san§ dont ses mains furent souillées commence à s'effacer, dit :
BpiÇei '^àp aIimi xfti (AapaivtTat X*P^ (4)*
« Le sang de ma main s'endort et languit. » Cette image n'est point dans le goût d'Homère.
[v. 2 57.] Idomënée parmi tous les Grecs.
L'alliance d'Idoménée et des Atrides tenait à une origine commune. D'après Hérodote, la Crète fut peuplée en grande partie par des Grecs qui vinrent s'y établir après une expédition malheureuse que les Cretois entreprirent contre la Sicile pour venger la mort
(x) Brev. sch. Iliad. ^A aa3. Cf. Etymol. magn. ad v. dircCpt^oc. (s) Odyst. i. i5i.
(3) Cœpb. V. 896, éd. Stanleii.
(4) Eomen. a 80 ead. éd.
SUR LE CHANT IV. aoi
de Minos. Pas un de ceux qui partirent pour cette guerre ne revint dans sa patrie; et les soldats échappés des combats furent jetés par la tempête sur les côtes orientales de l'Italie , où ib fondèrent une ville. Les Grecs vinrent donc se fixer dans une Ile que les malheurs de la guerre avaient rendue presque déserte ; et à Fépoque du siège de Troie ils ne furent pas des moins empressés, dit Hérodote, à secourir Ménélas (i). D'ailleurs, Homère nous apprend qu'Idoménée et Ménélas étaient unis par les liens de l'hospitalité. Hélène dit, au troisième chant, qu'elle avait vu souvent à Lacédémone le roi de la Crète (a).
[v. 26g — 70.] Puisque les Troyens ont rompu les traités.
Le texte grec porte inti ouv «tb 5pxt* ixtua.'i Tpûtç mot à mot : puisque Us Troyens ont répandu Us serments. Cette figure, répan^ dre Us serments , venait de l'usage de mêler ensemble le vin des deux parties contractantes (3). Virgile a employé la même image , et il est clair même qu'il avait en vue ce passage-ci de V Iliade :
Pandare, qui quôndam, jussus confundere fœdus. In medios lelum torsisti primus Achivos
[y. 274*] Une nuée de fantassins suivaient leurs pas.
Sufxa. ^i v^çoç tiircTO ircÇôv.
Virgile a dit de même :
Insequitur nimbus peditimi (5).
On trouve aussi dans Tite-Live : « Rex contra, peditum equitumque
(i) Herod. lîb. VII, $ 171. C'est sans doate pour ce motif qae, dans l'Odyssée , Ulysse en parlant des habitants de la Crète , nomme non*sealement les Cretois antocthones, mais aussi les Achéens, les Cydomcns, etc. (Voyez les observations sur le vers 175 du dix-neuvième chant de l'Odyssée.)
(a) niad. «y'- a3a.
(3) Voyez ma note sur le vers 269 du troisième «duint de l'Iliade.
(4) -En. V, 496.
(5) iEn. VU, 793.
aoa OBSERVATIONS
• futhts jûctttt (i) ; a dans saint Paul : vt^ (ULpTup«iv , luw muée de témoins (a) ; dans Euripide : ÈXXàtvttv vl^c 9 wte nuée de Gréa (3). Cette métaphore est si natureUe , qu'elle est de toutes les langues et de tous les temps.
[v. apS — 6.] Près de lui paraissent le grand Pelagon , Bias pasteur des peuples.
Ces héros ne reparaissant nulle autre part , comme chefs des soldats de Pylos, M. Knight suppose avec quelque vraisemblance que ces deux vers ont été interpolés (4). Il est d'ailleurs étonnant que dans cette nomenclature il ne soit pas fait mention d'Antiloque et de Thrasyroède les deux fils de Nestor.
[v. 297 — 3oo.] A la tête de ses troupes , Nestor les force à combattre.
Quoique Ton découvre ici un ordre de bataille , il ne parait pas qu'il fikt observé dans les combats; au premier choc, on se disper. sait y et chacun se battait pour son propre compte. U y avait à la vérité quelques mêlées générales, mais alors les rangs n'étaient point observés; c'étaient des masses qui se heurtaient. « Homère, « dit le général Rogniat dans ses Considérations sur l'art de la « guerre , peint des combats tumultueux , irréguiiers et confus , « tels qu'ils étaient dans les temps reculés où il vivait , et tels « qu'ils sont toujours dans l'enfance de l'art de la guerre chez les « peuples ignorants et grossiers. On voit, dans VlKade, les chefs > et les plus braves guerriers des deux partis s'élancer en avant « pour s'attaquer isolément, et se livrer des combats singuliers, « tandis que la multitude qui les suit se groupe derrière eux « pour les soutenir. Qu'un guerrier terrible par sa taille, sa force, « son adresse , sa bravoure , invulnérable par la qualité et la « trempe de ses armes , un Achille enfin , paraisse tout à coup au « milieu des combattants , les chefs ennemis craignent de se me-