‹ Observations ... sur l'instruction relative à la mort du duc de Bourbon, prince de CondéChapitre 5 sur 7 · ÉTAT DE LA CHAMBRE A COUCHEB · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA CHAMBRE A COUCHEB

Le lit,

Les pantoufles y

Le bougeoir,

Sont les seuls objets qtii doivent mait^tenant nous occuper. On a parlé dans un autre lieu des bougies placées sur la cheminée, des montres, du mouchoir noué, du bandage, de la garderobe.

Le Ut.

Au seul aspect du lit, les valets-de-chambre sont demeurés convaincus que ce lit n'était pas dans l'état où le Prince l'aurait laissé s'il l'avait quitté volontairement pour aller commettre Faction dont on essaie de flétrir sa mémoire. Tous ceux qui, par devoir, avaient acquis la coiinaissance des habitudes du Prince , ont reconnu que^ dans la nuit du 26 au 27, le lit avait été refait par des mains étrangères à ce genre de service, et qui, par cela même, avaient commis plus d'une méprise.

Les remarques faites par la maison sont au nombre de quatre :

I** Le Prince tenait à ce que son lit touchât le fond de l'alcôve. C'était le constant usage, et c'est ainsi que, dans la journée du 27, le lit avait été disposé, avec cette seule précaution de ne pas offenser la boiserie, ce qui suppose un léger intervalle d'un pouce ou deux ; et cependant le lit était éloigné du fond de l'alcôve d'un pied et demi.

aP Le Prince se couchait et dormait sur le bord de son lit, du côté de la table de nuit, et le lit présentait, le 27 au matin, un enfoncement

(87) dans le milieu ; les bords se trouvaient égale-* ment relevés.

3^ Cet enfoncement, évidemment pratiqué avec les mains, n'était pas tel que le corps d'un homme de l'âge du Prince et de sa corpulence l'aurait formé.

4° La couverture , que le Prince ouvrait trèspeu , soit pour entrer dans le lit , soit pour en sortir, était rejetée sur le pied du lit et d'une manière inaccoutumée.

Toutes circonstances qui s'expliquent si les assassins ont essayé, après l'événement, de réparer le désordre causé par la consominatîon du crime. Sur ces divers points, entendons les témoins.

PupiN. — D. Le Prince ne tenait-il pas à ^ce que son lit touchât le fond de Talcôve ?

R, Toujours.

D, Comment le Prince se couchait-il ?

R. Le Prince entrait avec beaucoup de précaution dans son lit, commençait par s'asseoir sur le bord, levait les jambes tout doucement , et se plaçait ainsi dans son lit, mais tellement sur le bord, que souvent j'avais peine à concevoir qu'il ne tombât pas en dormant. Le lit n'était jamais affaissé dans le milieu, et le bord du lit du côté de; l'alcôve était constamment plus élevé que l'autre ; nous étions même obligés, pour prévenir les accidens qui pouvaient résulter d'une semblable position, de plier une cou-

yettiire en quatre pour exhaoueer k bérdi du c^ de la

cliambre , et de ramener la plume de ce côté.

D. Lorsque le Prince se leyait^ quelle était son habitude?

R» Le Prince sortait d'abord les jambes du lit , restait pendant quelque temps assis sûr le bord , frottait ses oreilles avec son mouchoir, ce qui contribuait encore à l'affaissement du Ut sur le bord.

D* Avant que le Prince se couchât , releyait-on la oou^ verture ?

R. Toujours , et on la relevait jusqu'au pied du lit pour lui donner la facilité d'y entrer.

2>. Lorsque le Prince se levait, relevait-il ou relevaiton pour lui la couverture ?

jR. Lui'-mêmc la relevait, maiatrès^pev; il laissait ffour ainsi dire glisser ses jambes par terre presque sans teleyet la couverture.

J'ai vu son lit; j'affirme également que V affaissement du Ut dans le milieu et Véloigrœment du lit dans le fond de ^alcope, étaient entièrement étrangers aux habitudes dit Prince. (9* déposition)

Delafontaine , garde-général à Saint-Leu, — r- Le lit du Prince présentait un assez grand enfoncement vers le milieu , et j'ai entendu dire par différentes personnes , entre autres par le valet-de- chambre Manoury, que le Prince avait l'habitude de se coucher sur le bord de son lit, qui ne présentait par conséquent, pour Tordinaire, aucun affaissement dans le milieu.

J'ai remarqué que le ht n'était pas contre le mur de l'alcôve : loin de toucher à l'alcôve, le ht était à un pied de distance ; ordinairement, m^a-t-on dit, le lit touchait le mur.

' La:^oiti^erttiT6 se trouvait, dtt cAtë de la chambre, ramenée jusqu'au pied dû Ik, très^ropremeni , sans plis, €0 gui m'a paru extraordinaire, (12® déposition.)

Femme BoNfEUs, à Saint-Let^ — Elle était dans lliabitilde de pousser le lit d& Prince dans le fond de Falcève lorsqu'elle le faisait avec un des frotteurs. Elle peut affirmer que le ^ août le Ut af^edt été repoussé comme à fordinaire, mais avec précaution, de crainte que le mur n'offensék le bois» ( 63" déposition.)

HiPHiLTTE Jtn&H'Effrotteur»'^ J'étais dans V habitude de repousser le lit au fond de V alcôve, h un pouce près, pour ne poùU offenser V acajou^ Je faisais toujours le lit avec la femme de gardenrobe Bontems (ainsi que Dubois) ; le lit était tiré en avant pour le faire , mais toujours repoussé au fond de l'alcôve. ( Bg* déposition. )

"DvBOiBjJrotteur. — J'étais dans l'habitude de repousser le lit du Prince dans le fond de l^alcôçe^etje crois poui^oir assurer que cejour4à je l'aidais repoussé. C'est moi-même qui , le soir du 26 août, ai fait la couverture ; je la relevais à peu près à moitié du lit, comme on le faisait ordinai*remeût ; mais jameûs on ne la reles^ait jusquetUx pieds. ( 38* déposition, )

AomaKïo, valet^de^ied. — J'ai remarqué que le lit du Prince, au lieu de toucher le fond de l'alcôve, était en avaiit près de la table de nuit ; il était à un pied ou tin pied et demi de distance du foitd de V alcôve; il était af^ fais se dans le milieu , comme si le Prince s'y fût couché; mais Une l^ était pas sur les bords, ce qui m'a paru fort ex^ traordinaire, (19* déposition.)

Manoury. — Le lit du Prince m'a offert aussi une foule de remarques. Ainsi, Monseigneur avait constamment l'habitude d'entrer dans son lit sans monter dessus ; il

si'asseyait sur le bord et y entrait en se tournant ; il en. sortait de même : de sorte que tous les matins on trouTaiilt le lit du Prince singulièrement affaissé sur le bord du côté de la chambre , tandis qu'on voyait à l'autre bord un bombement très- sensible du côté de l'alcôve. Le lîA m'a paru ce jour-là seulement un peu creux dans le milieu^ sans que le bord fût affaissé en aucune manière. De plus , la couverture était reployée avec précaution jusque sur le dossier du lit, ce qui m'a paru d'autant plus extraordinaire que Je Prince en se levant se glissait pour ainsi dire entre le lit et la couverture , et restait asse^ souvent assis sur le bord du lit du côté de la chambre pour y passer son pantalon. Enfin, il m'a paru que le lit opoà plutét été arrangé que défait.

Je fais remarquer encore que le lit du Prince était à Iq distance d'ent^iron un pied et demi du fond de Valcwe, ce qui nCa paru Sautant plus extraordinaire que je sauais, ainsi que tous les valets-^de^hambre, que le Prince tenait beaucoup à ce que son lit touchât le fond de cettç espèce d'tflcof^e^ (6* déposition,)

Baron de Préjean.^ — Le lit a particulièrement attiré mon aUention; la coui^erture était relevée jusqu au, pied du lit^ le milieu du lit était affaissé, mais (Tune manière peu sen-^

sihle Si le Prince s'était couché, l'aflaissement eût dû

être plus considérable, et surtout le bord du lit, qui ne laissait aucune trace de dépression. Toi remarqué que le lit ne touchait pas lefonddeV alcôve, sans pouvoir indiquer la distance ; j'ai su par les valets*-de- chambre que Monseigneur tenait à ce que son lit touchât le fond de l'alcôve. (3* déposition.)

Comte DE LA ViLLEGONTiER. — Lc pcu de pression longitudinale dans le lit fut ce qui me frappa d'abord »

quoique Monseigneur ne se servit plus depuis long-» temps du lit de plumes; il me semblait que le poids de son corps eût dû, laisser^ un. trou plus large et plus en-^ ^oncé. (i'* déposition»)

M. BoNNiE. — Le lit , ordinairement contre le mur de ralcôye, en était éloigné d'un pied et demi. (Pontoise,)

M. Rovbit-Desmallets, ancien préfet, — Il était assez souvent a Saint-Leu, où le Prince l'invitait à diner quelrquefois. Quand il apprit sa mort, il fut aussi surpris qu'affligé. Il se rendit au château

Dans ^ignorance où il est des effets du genre de mort du Prince , il lui paraissait difficile que le Prince eût pu se pendre dans cette position ; il dit à sa femme et à ses enfans que, s'il ne s'était pas lui-même assuré qu'il était impossible de pénétrer dans la chambre du Prince autrement que par la porte qu'il ouvrait et fermait lui-même, il ne pourrait croire au suicide , quoiqu'il n'eût aucune idée , aucun soupçon sur qui que ce fût. Ce qui le confir-^ mait dans cette pensée, c'était le peu de désordre qui régnait dans le lit et la faible et très-légère pression que le corps du Prince paraissait y avoir laissée. Cette pression lui parut être celle qu'y eût faite une main fortement ap^ pujrée sur ce lit, ou une jeune personne de douze à quinze ans qu'on y aurait déposée un instant. La couverture était relevée très-'proprement comme on la relève ordinairement quand on veut badiner son lit, mais les bords n'étaient presque point affaissés. (64* déposition,)

S*il est impossible de lire ces dépositions et de ne pas reconnaître que le lit a été arrangé, comme le dit un témoin, il faut reconnaître aussi que des individus, quels qu'ils soient, ont

(90 pénétré dans la chambre du Prince, et qu'ils ont essayé, après la consommation du crime , d'effacer les traces de l'attaque* et celles de la résistance, et que, par d'inévitables méprises, les soins qu'ils ont pris pour tromper les regards n'ont servi qu'à constater leur présence et leur crime.

Les pantoufles.

Ici les assassins sont encore tombés dans une autre méprise. Déjà^ en refaisant le lit, ils ont simulé un enfoncement dans le milieu, comme il arrive assez ordinairement ; hé bien ! le Prince ne se plaçait pas au centre du lit , mais sur l'un des bords. Maintenant ils vont mettre les pantoufles sous le lit, ce qui paraît être en effet leur place ; et ce sera une autre erreur, comme les témoins vont l'expliquer.

Dnpzif.— D. Les pantoufles du Prince ne restaient^ellei pas toujours, à Saint^Leu, à c6te' de la daôse sur laqncUc on ie déshabillait?

R. Toujours; U Prince ne /en servaiipas»

D, Cependant , le 27 août, jour de la mort du PniK», on a trouvé les pantoufles à câté du Ut?

•ft. Je l'ignore; tout ce que je puis dire, c'est que je n'ai jamais ^vu les pantoufles du Prince auprès du lit. Lorsque le Prince était sûr le point de se coucher, il éteignait lui-même les deux bougies placées sur la cheminée, et le valet'<le-cbambre allumait celle de nuit,

qui rostaitdans le bougeoir fait exprès et placé derrière le garde-feu en fep-blanc plein, de manière que la chambre était très-peu éclairée. (9* déposition,)

M. BoNNiE. — Il a toujours vu les pantoufles auprès de la chaise sur laquelle il pansctà U Prince, Le 27 au matin, elles étaient auprès du lit, l'une à côté de l'autre, comme si le yalet-de-chambre les eût rangées. (5*^ déposition.)

Comte DE tA ViLLEGONTiER. — Les paMoufles ne ser" vaient jamais à Monseigneur ; elles étaient toujours sous cette chaise sur laquelle il se déshabillait. Pour la pre— MiERE POIS elles ont été trouf^ées, le 2*7 août, anprès du lit. Gomme les jambes de Monseigneur étaient chaque soir pansées avec un corps gras , Manoury a eu l'idée de rechercher quelques vestiges dans les pantoufles, et il na rien trouvé, {i^^ déposition,)

Louis Leclerc. — Le témoin plaçait les pantoufles auprès du lit; mais souvent, lorsqu'il n'était pas de service, il les a vues près du fauteuil à côté de la cheminée. Le Prince avait les {ûeds très-sensibles, et comme sa chambre était garnie d'un tapis, il lui arrivait souvent de ne point faire usage de ses pantoufles. (1 5* déposition.)

Manourt. — ^Les pantoufles, dont le Prince ne se servait presque jamais, restaient toujours à la place où on le déshabillait, en face de la cheminée. J'ai été surpris de voir POUR LA PREMIÈRE TOis Ics panJtoufles auprès du lit n y avait toujours, également en face de la cheminée, une chaise sur laquelle on déshabillait Monseigneur ; lorsque le valet-de-chambre se retirait après avoir pris les ordres de Monseigneur, le Prince détournait un peu cette chaise ; souvent même il n'y touchait pas , et l'on retrouvait toujours le lendemain la chaise et les pasUoufles dans la màne position. Toi remarqué, le 27 août , qu'il n*y

ttpait ni chaise ni pantoufles en face de la cheminiêê. (6* dé'^ position,)

Le bougeoir.

Des gouttes de cire tombées dans le fond du bougeoir et remarquées par Manoury, permettent de penser que dans la nuit du 26 au 27 le bougeoir a été déplacé et porté çà et là dans la chambre. {P'oir les dépositions de M. de la Villegontier et de Manoury, n«» i et 6 des dépositions.)

Comte DE LA ViLLEGONTiER. — Manouty a remarqué qu'un assez grand nombre de gouttes de cire étaient tombées dans le plateau du bougeoir, ce qui pourrait faire croire que ce bougeoir aurait été déplacé et transporté.

Plus de chaise , plus de pantoufles en face de la cheminée; le lit présentait des apparences tou-* tes nouvelles; rien de retrouvé comme d'habitude; l'aspect de la chambre à coucher n'est plus ce qu'il était tous les jours. Que s'est-il donc passé dans cette fatale nuit du 2& au 27 ? L'inspection du cadavre va nous le dire.

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