TAT DU CADAVRE
Il a été reconnu qu'au moment de l'entrée dans la chambre mortuaire la position du corps était celle de la suspension incomplète, et l'on peut à cet égard consulter indifféremment l'en-
quête ou Tinstruction ; dans Tun ou l'autre do-» cument se trouve écrite la preuve que les pieds du Prince touchaient le tapis et que les genoux étaient à demi fléchis. Ce qui ne peut pas être Contesté davantage , c'est que le lien de suspension ne formait pas un nœud coulant autour du cou, mais une anse, une mentonnière qui se relevait le long des oreilles et qui se terminait à l'occiput, où elle se trouvait passée comme un anneau de chaîne dans le mouchoir attaché à l'espagnolette; enfin, il est certain que le Prince était, relativement au sol, dans une position telle que la ligue de sustentation était dans l'axe du corps ; en d'autres termes , que le corps n'avait pas perdu le centre de gravité, et que , soit en se redressant sur les pieds, soit en s'aidant de l'espagnolette ou des rideaux, le Prince a toujours pu mettre un terme à l'aGtjpn du lien ; ou pour mieux dire a toujours pu cesser de donner, par son poids ou par sa volonté , de l'action à un lien qui n'en avait pas par luimême.
Or, est-il admissible que dans une telle situation le suicide se soit consommé?
Il est un sentiment instinctif qui se retrouve chez tous les êtres animés, c'est l'horreur de la mort. Dès les premiers effets de la pression , et
(9«) bien avant que cette pression fût portée au point de produire même un commencement d'asphyxie, un instinct conservateur et le sentiment de la douleur auraient dominé la volonté , et le malheureux, reculant devant la mort, atirait fait cesser le danger en roidissant les extrémités et en se dressant sur ses pieds.
La mort, dans l'état de suspension incom* plète, ne peut être déterminée que par l'une de ces deux circonstances : i"" constriction du lien, rendue instantanément irréparable par les seuU efforts de l'individu ; a^ position du corp^ du pendu, telle qu'aucun effort de sa part ne soit possible ou efficace pour faire cesser l'action du lien.
Mais , d'après la situation du corps, les efforts du Prince n'eussent pas été infructueux ; le lien n'i^it pas à nœud coulant, et le corps o'étjaût incliné en aucun sens hors de la ligne de sustentation , de manière à ne pouvoir se soustraire à l'effet de son propre poids. « Nous n'hésitons pas à dire (paroles extraites du mémoire inséré par le docteur Gendrin dans les TranscLctions inédicales) m nous n'hésitons pas à dire que tout » individu qui se sera pendu avec un lien non » susceptible de se serrer par un effort instan- » tané, et fixé à un point située par rapport à la
(97) » hauteur du corps, de manière qu'il sera resté » dans une position verticale sur un sol imraua- Dble, n'a point été pendu vivant, ou n'est pas » mort par le seul effet d'une pendaison ainsi » effectuée. »
Or, telle était exactement la position du Prince le 27 au matin, avant qu'il eût été déposé dans son lit. Il est donc naturel de dire que le Prince n'a point été pendu vivant, ou que la mort n'est point arrivée par le seul poids de son corps, mais par suite d'une pression étrangère.
On peut s'étonner sans doute, et c'est une observation de M. le docteur Marc, que des assassins qui, après avoir étouffé le Prince dans son lit, ont essayé de simuler le suicide par strangulation , n'aient pas pris soin d'attacher le cadavre de manière à produire l'image de la suspension complète. Mais serait-ce donc la première fois que le crime se serait trahi par une de ces maladresses inséparables du trouble dont il est ordinairement accompagné? La haute taille du Prince, l'espace que les liens suspenseurs devaient occuper, le peu de distance relative qui se trouve entre le sol et la patte de l'espagnolette , seul point d'attache qui pût être adopté, amenaient presque inévitablement le résultat observé; et puis la précipitation,
(98) rinquiétude,la fièvre du crime, ne présidaient* elles pas à ces horribles dispositions? Les assassins n'ont-ils pas d'ailleurs pu croire que les genoux fléchis laisseraient la preuve que le poids du corps avait suffisamment porté sur le lien pour amener la mort? La seule vérité certaine, c'estquelePrinceaété trouvé dans une position qui n'explique pas la mort par strangulation.
Il est vrai qjae le docteur Gendrin , dans l'article déjà cité, se prête à l'idée que la suspension , incomplète au moment de l'entrée dans la chambre mortuaire, a pu se trouver complète au moment de la suspension même. Ce médecin se livre même à des calculs pour prouver que l'intervalle occupé dans l'origine par les liens suspenseurs, en y comprenant celui rempli par le cadavre, ne remplissait pas toute la distance qui sépare le point d'attache du sol; il croit trouver une différence de quelques lignes, et c'est ainsi qu'il établit que la suspension a dû se trouver complète dans l'origine, différence qui, selon lui, s'est bientôt effacée par le relâ-* chement des nœuds et par l'extension de la toile. Cette hypothèse , qui ramène la nécessité de la chaise, et par cela même l'impossibilité du suicide , a été traitée dans la première partie du présent écrit. Mais on conçoit que ce n'est
(99) là qu'une hypothèse qui ne saurait pi*évaloir sur le fait énoncé dans les procès- verbaux et constaté par les témoins. La première inspection du cadavre a donc protesté contre la supposition du suicide et révélé l'assassinat.
D'autres remarques accusatrices se sont présentées aux regards les plus inattentifs et les plus prévenus.
La langue du Prince ne faisait point saillie entre les lèvres.
Le visage était décoloré , et l'ensemble de la position présentait instantanément l'idée que le Prince avait été, non pas pendu, mais accroché après avoir été mis à mort. Sur tous ces points ce sont les témoins qu'il faut entendre.
M. BoKNjE. — Je dois ajouter que lorsque j'ai vu le cadavre du Prince, la langue ne dépassait pas le bord des lèvres; que la bouche n'e'tait entrouverte que peu; que les yeux e'taient fermés ; et que , dans le cas où il aurait été accroché vivant, la langue aurait été entièrement hors de la bouche , qui eut été grandement ouverte , et les yeux eussent été ouverts et grandement hors de leur orbite, et la conjonctive injectée de sang et boursoufflée,
La langue aurait été noire et tuméfiée ; la face aurait été ecchymosée, noirâtre. Il n'y avait aucun de ces symptômes : la face était blafarde. (5^ déposition.)
£ghett£. — Ce qui me donne spécialement cette conviction (celle de l'assassinat), c'est la situation dans la-
( 1^0 ) quelle j'ai vu le Prince. Ob remarque généralement qttd les personnes qui se pendent ont la figure noirâtre et yiolette , les yeux sortis des orbites , et la langue hors de la bouche : la figure du Prince était seulement pâle; les yeux étaient fermés ; la langue ne sortait pas de la bouche, mais seulement poussait un peu les lèvres. (22* dé^ position,)
RomaNzo. — La tête était penchée sur la poitrine; la figure pâle; les yeux presque entièrement fermés. La langue poussait les lèvres, mais ne sortait pas de la bou-^ che : les lèvres étaient noires. J'ai voyagé en Turquie et en Egypte, j'y ai vu plus de cent pendus, et j'ai été singulièrement frappé de la différence qui existait entre eux et le Prince. J^ai toujours remarqué que leur figure était noire, le sang ayant monté à la tête; que leurs yeux étaient ouverts, et que la langue sortait hors de la bouche et était pressée par les dents ; j'ai également remarqué que dans ces pays on emploie un nœud coulant pour ce genre de mort. (19* déposition.)
M. BoNNiE avait déjà dit à Pontoise : « La langue ne sortait pas ; les yeux n'étaient point saillans hors de l'or-* bite, ils étaient fermés. La conjonctive n'était point injectée de sSing, ni la figure noire ni ecchymosée, comme le fvisage de tous les pendus doit en présentet" la couleur* La pointe des pieds touchait le tapis, les talons élevés, le gauche de trois pouces, et l'autre de deux pouces; les genoux ployés, les bras pendans, les poings presque fermés, ce qui n'arrive pas habituellement aux pendus.
François. — Je suis entré le quatrième dans cette chambre (celle du Prince); Manoury, M. Bonnie et Lecomte y étaient. J'ai vu le Prince attaché plutôt que pendu ..., la bouche demi-ouverte, la langue repUée
( 'oi )
îaterkurement entre la lèTre supérieure qu'elle, repous* sait et les dents* (21* déposition.)
Makourt. — Le côté droit de la face du Prince était tourné du côté de la croisée, la joue droite en contact ayec le volet; la langue n'était pas , ainsi que l'indique le prckîès-verbal, hors de la bouche; la bouche était seulement entr ouverte, et on apercevait la langue ployée un peu sur les dents à l'intérieur de la bouche ; les deux poings n'étaient pas fermés ; les deux mains étaient entr^ouvertes , les deux pouces reposant légèrement sur les autres doigts. (6e déposition, )
Que de témoins , à la vue de ce cadavre accroché et non pas pendu, auraient fait entendre un cri protecteur de la mémoire du Prince^ si la circonstance de la fermeture intérieure liV vait pas comme interdit au soupçon de naître ou de se produire !
Une autre circonstance appelle aussi l'atten-* tion.
Il est reconnu que le lien suspenseur n'aurait pu amener la mort qu'autant qu'il aurait agi sur l'intervalle thyro-hyoïdien ou sus-hyoïdien, mais qu'alors la bouche se serait ouverte, largement ouverte par un dernier effort fait pour aspirer : or, la bouche est restée fermée tant que le cadavre est demeuré accroché à l'espagnolette ; c'est lorsqu'il a été déposé sur le lit que la bouche, n'étant plus comprimée par l'espèce
( loa )
de mentonnière qui l'entourait, a repris la si«tuation qu'elle avait eue dans la lutte aun^oment où, probablement avec un oreiller, on a étouÉFé la victime.
JManoury. — D. La bouche du Prince était à peioe entr'ouverte lorsqu'il était accroché à la croisée; ne s'estelle pas ouverte dans le transport de la fenêtre au lit?
R. Oui, Monsieur; à peine ai-je retiré le mouchoir de l'espagnolette, sans défaire le nœud du mouchoir qui sou* tenait la tête, la bouche s'est ouverte toute grande î nous l'avons porté sur le lit, nous avons soutenu par derrière la tête avec un oreiller, et la bouche portant alors sur la poitrine s'est trouvée maintenue. (6* déposition*)
La bouche était fermée sous l'action d'un lien qui ne portait pas sur Iç larynx, mais sur les angles de la mâchoire; la bouche s'est ouverte lorsque , débarrassée de ses entraves , elle a pu reprendre la situation qu'elle avait contractée au moment de l'asphyxie.
Au surplus, le cadavre portait les ineffaçables empreintes de la violence qui a terminé la vie du dernier des Condé.
Un témoin prétend tenir de Manoury que les poignets et le bas des jambes étaient froissés. Si cette circonstance était établie, on pourrait se faire une juste idée de la manière dont la victime était maintenue dans son lit. Ce ouï-dire de Thomas Fife n'est pas appuyé par M. de la
( ioî ) Villegontier, premier gentilhomme du Prince ; mais il n'est pas indifférent de savoir pourquoi ce témoin n'a pai £siit d'observations à cet égard.
M. DE LA ViLLEGONTiER. — Jc savols quc Ic Prince avait eu long-temps des maux de jambes, et j'attribuai à cette circonstance une enflure tot^e dans le bas des jambes » avec rougeur très-apparente.
Je n'ai pas remarqué que les cheviUes portassent les marques d'une empreinte quelconque résultant de l'ap* plkation des mains ou de toute autre cause; mais, complètement préoccupé de l'idée du suicide , il eût fallu que ces indices fussent très-apparens, pour que je m'en fusse
aperçu*
. Jfe n'ai pas fait attention si les poignets du Prince étaient froissés, (i'® déposition,)
Quanta Manoury, les remarques qu'il a faites ont porté , non pas , comme le dit Thomas Fife, sur les chevilles et sur les poignets^ mais sur le§ chevilles seulement.
Voici sa déposition :
Manoury. — H a vu qu'il existait des ecchymoses autour de la cheville des pieds î il les a vues lorsque Monseigneur a été transporté sur 3on lit ; n^ûs il n'avait pas fait cette remarque auparavant, et la position du Prince, qui était de biais, ne permettait pas de la faire. Il ignore si ces ecchymoses ont été le résultat du transport du ca* davre de la fenêtre au lit. Il n'a pas dit; à Fife que les poignets fussent froissés, ne l'ayant pas remarqué, (i i-j* déposùiên,)
( io4 )
Ce sont aussi des empreintes ou ecchymoses autour des chevilles des pieds et non autour des poignets, qui ont été remarquées par le chirurgien Bonnie. (i 29® déposition.)
Il existe donc quelque divergence sur les ecchymoses aux poignets; mais les empreintes aux chevilles sont reconnues; et dans la vérité ne suffîsait-il pas de maintenir le malheureux Prince par les pieds? le haut du corps ne se trouvait-il pas fixé, comprimé par les moyens employés pour opérer l'asphyxie ?
Tous les documens de l'instruction s'accordent sur les excoriations et les ecchymoses remarquées aux jambes du Prince, et dont les procès- verbaux donnent la description suivante :
Les deux jambes, à leur partie antérieure, présentaient deux longues excoriations récentes. ( Procès^-verhal de MM, Deslions et Godard,)
Nous avons aussi reconnu sur la partie, antérieure externe de la jambe droite une excoriation très-superficielle récente, teinte par du sang, irrégulière, longue de six pouces, large de deux vers sa partie moyenne; et sur la jambe gauche, deux excoriations également récentes et superficielles, larges de deux pouces, irrégulières, situées le long de la face interne du tibia, un peu au-dessous de la partie moyenne. {Procès " verbal de MM, Marc, Marjolin et Pasquier.)
Le chirurgien Bonnie constate deux choses:
. ( io5 )
ï*» que ces exooriations n'existaient pas lorsque le 26 à minuit il a pansé les jambes du Prince ; a"" qu'elles n'ont pu être faites que pendant la vie; que, survenues après la mort, elles auraient offert d'autres apparences.
£coutons-le:
M. BoNNiE. — Le Prince avait eu pendant plusieurs
années mal aux jambes; ce mal avait cessé Je déclare
que le 26 ajoût à minuit, lorsque je Vai pansé, il n'existait aucune ecchymose ni excoriation à ses jambes, ainsi que les valels-^^chamhre présens à mes opérations peuf^ent l'attester» ( 5* déposition. )
£t dans la même déposition il dit :
Si les excoriations avaient été faites après la mort, le corps muqueux de la peau aurait été blafard, jaunâtre; il ne se serait pas trouvé une contusion ecchymosée de la profondeur de cinq à six lignes.
Aussi, M. Marcj dont madame de Feuchères adopte le travail , comme on le prouvera bientôt, admet-il que les excoriations ont eu lieu lorsque le Prince vivait encore ; mais il soutient que c'est le Prince qui s'est heurté dans les actes qui ont Consommé le suicide.
Voici , au surplus , les termes mêmes de l'explication donnée par ce médecin.
« Quant aux excoriations qui ont été remarquées à la partie antérieure externe de la jambe droite et à la face
( io6 ) .
interne du tibia de la jambe gauche, loin d'être une preuve de violences exercées sur le Prince par des meurtriers , elles s'expliquent parfaitement par la manière dont le suicide a été consommé. Lorsque l'on con~ sidère que ces excoriations étaient en effet très-légères et n'intéressaient que l'épiderme, d'autant plus facile à se détacher que les jambes étaient infiltrées, on conçoit comment, en sautant à bas de la chaise sur laquelle le Prince était monté pour se pendre, les jambes, en frottant pendant la chute ou pendant quelques mouvemens convulsifs contre le bord antérieur et saillant du siège, ont pu éprouver les lésions dont il s'agit. Cette explication acquiert même de l'évidence, lorsque l'on se rappelle la forme oblongue des excoriations et leur situation à la partie antérieure externe d'une jambe et à la partie interne de l'autre jambe (i). »
On comprend que toute Targumentation du docteurMarc disparaît s'il reste constant, comme on croit l'avoir démontré , que la chaise qui se trouvait le plus près du cadavre en était eocore trop loin pour avoir pu servir en rien à la consommation du suicide ; car c'est dans l'hypothèse du suicide qu'il faut se placer en ce moment. Mais en admettant qu'une chaise ait été trouvée à portée du Prince et dans la positioD même que lui donne la lithographie jointe au travail de M. Marc, l'explication donnée par ce
(i) Examen médico*légal, etc., pa^^ 36 et ^7.
( ïo? ) docteur^ et que nous avons rapportée, est encore inadmissible.
Nous transcrivons ici un passage de l'article de M* Gendrin , parce que nous trouvons que cette réfutation joint la clarté à la précision.
« Il faut d'abord examiner la position de ces excoria* tioDs i elles étaient dans le même plan ou dans deox plans parallèles à laLface antérieure externe de lajamke droite et à laiface interne du tibia gauche. Gela prouve qu'elles ont été produites par I9 même piûssonce Ou par deux puissances parallèles. Ces puissances ou cette puissance n'existaient pas sur le plan vertical auquel le corps était suspendu. Nous avons constaté qu'il n'y avait aucune saillie à la boiserie qui pût atteindre les jambes. La chaise > dans la position où elle a été trouvée, corre^ondait nécessairoment, d'après la position du cadavre, à une distance plus ou moins petite, à la partie externe de la face postérieure de la jambe gauche ; comment aurait--ellé pu atteindre la partie antérieure et interne du tibia gau4:he et la partie antérieure et externe du tibia droit ?
. ». Si c'était par un froissement: sur la chaise, après la pendaison volon^ire, que les excoriati<»is eussent été &ites, elles ne pourraient avoir été produites que de trois manières : i^ au moment où le Prince se serait précipité; 20 dans des efforts pour renoionter sur la chaise ; 3<* ou dans des mojuvemens convulsifs.
» 1° Au momenl qà le Prince s'^t précipité* Il n'a pu le faire que de deux manières m"* ou en descendlmt d'aboid une jambe, et dans ce ça^ cette jambe ne se serait pas froissée; il est même dootetix que la deuxième^ fléchie
(io8)
alors et entraînée par le mouvement de rotation auquel le corps a dû obéir aussitôt qu'il a été suspendu , eût été froissée par la chaise ; 2° ou en se précipitant des deux jambes , et alors il a dû être rapidement ramené par la rotation vers la croisée, et il n'a pu se froisser les jambes; et s'il se les fût froissées, c'eût été la face externe et postérieure de la jambe gauche , et la face interne et postérieure de la droite , qui eussent touché la chaise.
» a® Dans des efforts pour remonter sur la chaise. Les efforts ne pouvaient se faire que la suspension étant effectuée 9 et alors les parties blessées ne pouvaient être ramenées vers la chaise, qui correspondait aux parties postérieure externe de la jambe gauche, et postérieure interne de la droite.
» 3" Dans des mouçemens conpulsifs. C'est encore à la partie postérieure des jambes que les contusions se fussent effectuées, en supposant que la chaise fût à une distance qui permît à ces membres de l'atteindre dans leurs mouvemens : c'eût d'ailleurs été des contusions qu'on eût observées, c'est-ànliredes ecchymoses ou de petites plaies correspondant à la largeur, à la situation du corps contondant, corps contondant dont l'action eût d'ailleurs été bien faible, car cette chaise était une chiaiise tapissée et rembourrée. Ce n'eussent pas été des excoriations de six pouces de longueur, qui n'ont pu être que le produit d'un frottement, qui a nécessité une action du corps contondant promené parallèlement à l'axe des membres.
n Les excoriations des jambes , bien loin d'être un indice de suicide , ne s'expliquent nullement par ce genre de mort : dans l'hypothèse de la suspension opérée par des mains criminelles, elles s'expUqueraient , soit parce que, comme nous l'avons déjà dit ,1a victime traînée vers
le lieu où s'est opérée la suspension, les jambes auraient frotté sur les bords d'une cliaise ou d'un autre meuble dont on se serait servi pour soulever le corps, soit parce que, le corps étant suspendu, on aurait excorié les jambes en retirant la chaise qui aurait servi aux assassins à opérer la suspension , et qui se serait trouvée alors nécessairement entre le plan vertical de la fenêtre et le corps ( I )• »
Ce n'est donc pas par le suicide , c'est par l'assassinat que s'expliquent les excoriations remarquées aux jambes. Il n'en est pas de même de l'excoriation constatée au-dessous de la partie postérieure de l'articulation du bras droit avecl'avant-bras^ dans la supposition du suicide, cette excoriation , d'un pouce environ de largeur, peut avoir été causée par le voisinage de l'espagnolette ; dans l'hypothèse de l'assassinat^ par les efforts qu'aura tentés la victime pour dégager son bras droit. Le mur ou tout autre corps résistant peut avoir amené ce résultat ; mais ce qui ne s'explique que par le crime , ce qui le constate d'une manière invincible, c'est l'excoriation remarquée à la nuque , en dehors de la trace du lien suspenseur, et décrite ainsi
(i) Voir l'article des Transactions médicales déjà cité, cahier de mars dernier (i83i).
que suit dans le procès-verbal des médecins de
Paris :
« Excoriation très-superficielle , arrondie , de trois li* gnes de diamètre , au-dessus et au niveau de l'apophyse xnastoïde gauche , et sur le bord inférieur de la dépression décrite précédenunent ( celle qui correspondait au lien suspenseur). »
Dans l'hypothèse du suicide, il est impossible de se rendre compte de la formation d*une semblable excoriation. Sa (orme, sa position, Tabsence de toute autre lésion semblable autour de l'empreinte, démontrent qu'elle s'est formée au moment où un assassin aura voiilû passer la main au-dessous de l'anse formée par le mouchoir, pour enlever le corps et le transporter auprès de la croisée; et l'on ne comprend pas de réponse aux observations que fait à ce sujet M. Gendrin. Après avoir montré comment, par un oreiller jeté et maintenu sur la figure, il a été possible de produire promptement l'asphyxie , ce médecin s'explique ainsi :
« La victime une fois morte ou sans connaissance , il faut l'entraîner pour la suspendre, et faire en sorte qu'elle ne revienne pas à elle , si la mort n'est pas complète ; on passe une cravate au cou, et elle sert, en o&ant une prise à la main de l'assassin introduite entre le cou et ce lien, à trainer la victime au lieu où l'on veut la suspendre. Dans cet acte, l'assassin ne produit aucune lésion
qui laisse de trace : si cependant il a introduit sa main avec violence entre le cou de sa victime et la cravate, il a pu blesser le cou ; il en résultera une excoriation trèssuperficielle de la peau , comme celle qui s'est présentée y au niveau de l'apophyse mastoide gauche, sur le cou du prince de Condé ; excoriation dont on ne sait pourquoi les médecins experts semblent n'avoir tenu aucuu compte dans l'explication de la mort qu'ils ont attribuée au suicide; excoriation qui est, à la vérité, tout-à-fait inexpUcable dans l'hypothèse du suicide ; car elle ne peut avoir été déterminée par le Uen de suspension, puisqu'elle était située au bord inférieur de son empreinte. *>
Il paraît, au surplus, que ces différentes excoriations ne sont pas les seules marques que les experts auraient pu constater; 11 en est.d'autres retracées dans l'instruction.
M. BoNNiE. — D» La rougeur que vous avez remarquée à la nuque existait-elle le 20 au soir?
itNon.
D. A quoi pourrait-on attribuer cette rougeur ? Auraitelle été l'effet de la pression du mouchoir auquel le Prince était suspendu ?
R. Non, puisque le mouchoir était placé bien audessus de la nuque; et je présume que cette rougeur ne peut être attribuée qu'à une forte pression qui a été faite de derrière en avant, présumant qu'une autre pression aurait eu heu sur la face du devant en arrière.
D. Vous croyez donc que le Prince a été étouffé ?
R. L'état des poumons semblerait l'indiquer, attendu qu'ils étaient infiltrés de sang et qu'ils représentaient la
( ri2 )
couleur de la substance de la^rat^ ; dcuis cette liypothèse^ tout s'explique , et les excoriatious aux jambes comprimées pour ne faire aucun mouvement, et la contusion de l'avant-bras , et la rougeur derrière les épaules à la nuque. (5* déposition.)
. Vahbé Pelier, autn^nier dû Prince, — La partie supérieure des épaules et la nuque étaieut rouges et découvertes. Ceci lui a paru es:tiiaordi|ia«rey comme n^étant pas naturel pour la positipn du corps, qui n'avait du (dans le cas de suicide) éprouver aucun froissement et aucune contusion sur le haut des épaules et sur le cou. Cette partie néanmoins éts^it beaucoup plus ccdorée qœ le visage du Prince. (4*^ dépositions) £ .
DxLAFONTAiKs.^-'^n TQmerqùaitsar le dos, à pro3timvté de l'épaule gaudbe, une marque d'un rouge obscur^ de la largeur âe la paume de la main; on remarquait également une compression assez forte au premier cerceau de la trachée-artère:
n n'a remarqué ni contusions ni rougeur aux chevilles des pieds.
n n'a pas remarqué une assez, forte compression aux poignets. > i
Quant à la connpresaioBAassezfiorte qu'il a remarquée au premier cerceau de la tracbée-artère , il n'a qu'une réponse à faire ; si le mouchoirsa toujours été dans la {k>sition où on l'a trouvé, cett^ compression n'aurait pu-^e causée que par la main.
n croit donc que le Prince a péri victime d'un assassinat, soit par étouifement,*soit par strangulation, soit des deux manières réunies. (12" déposition,)
Le Prince est mort assassiné; et lorsque celte
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vérité est devenue évidente , il serait superflu de se livrer à des conjectures divinatoires sur chacune des circonstances de cet exécrable attentat.
Toutefois il faut rappeler ici les différentes hypothèses présentées par les médecins légistes qui se sont fait un devoir de réfuter M. Marc.
M. Dubois, d'Amiens, qui pense que le Prince a péri par strangulation , s'explique ainsi :
« Le Prince était couché; il sommeillait; des assassins introduits dans sa chambre à coucher (je ne veux pas chercher ici comment ni par qui) se jettent sur lui , le saisissent, le contiennent facilement dans son lit ; et alors de deux choses Tune : ou le meurtrier, et le pliijs déterminé et le plus expert, l'étrangle sur-le-champ, couché sur le dos et retenu par les autres scélérats, puis, pom* donner Tidée d'un suicide, pour ne pas donner lieu à des recherches juridiques qui auraient pu les faire découvrir, ib passent une cravate autour du cou de leur victime , et la suspendent à l'espagnolette de la fenêtre; ou hien, après avoir réveillé le malheureux Prince d'une manière aussi terrihle, ils ont l'idée non moins atroce de le pendre tout vivant à cette espagnolette (i). »
M. Gendrin se forme une autre idée de l'exécution du crime.
(i) Réfutation médico-légale du Mémoire de M. le docteur Marc, insérée dans les Annales d^ hygiène, cahier de février i83i, pag. 219.
Après avoir discuté la seconde partie de l'hypothèse présentée par M. Dubois^ il s'explique ainsi :
« Toutes les difficultés d'exécution que nous venons de signaler ne se présentent plus, si deux assassiûs, intro-* duits dans la chambre d'un individu couché, Tasphyxient dans son lit, et le pendent aprèd qu'il sera asphyxié et déjà sans connaissance ou même entièrement mort. Deux manières de procéder pour y parvenir sont possibles ; exa^ minons-les l'une et l'autre :
» I® L'undes assassins jette unoreiller sur la figure de la victime, et monte dessus; l'autre, pendant ce temps^monte sur le corps, et fixe le corps et les extrémités : l'asphyxie sera ainsi rapidement produite. S'il reste quelque lésion, il ne serill pas impossible qu'elle fut sur la partie antérieure des jambes,par les efibrts que ferait la victime pour s'arracher des mains des assassins, lia yictime une fois morte et sans connaissance, etc. (i \
>» tt^ Les assassins peuvent n'avoir pas eu recours à un oreiller pour étouffer le Prince dans son lit , mais avoir passé autour de son cou un mouchoir en crayate, en pas« sant au chevet du lit, disposé de manière à ce que l'accès était facile dans la moitié de la largeur de ce meuble. Un mouvement de traction ou de torsion du lien par derrière la tète sur l'occipital aura rapidement opéré la strangu-* lation, pendant qu'un autre assassin aura maintenu la victime par-dessus les couvertures du lit : dans cette hypothèse encore se trouve expliquée l'excoriation du côté gauche du cou par l'action des ongles de la main du
(i) Voir ce passage pag. i loet 1 1 1 du présent Mémoire.
tneurtrier, d^autant qa^ , par la position du chevet du lit | c*était précisément ce oâté gauche qui correspondait au bord extérieur du lit; le Prince, une «fois asphyxié de Tune ou de l'autre manière, aurait été tndné au lieu de suspension; là y un mouchoir aurait été simplement passé dans l'anneau que forme la cravate , et l'un des assassins aurait fixé le lien de suspension en montant sur une chaise. Bans cette manœuvre, les jambes de^ victime auraient frotté violemment sur le bord de la. chaise et se seraient excoriées. »
Dans la. première des suppositions de M. Du^ bois et dans les deux hypothèses de M. Gen« drin ^ la mort est produite lorsque la suspension à l'espagnolette a lieu, et Ton p'éut de* mander si le lien suspenseur qui ne pressait plus qu^un cadavre a pu laisser sur la peau le sillon observé par les médecins experts et par tous le$ témoins.
Cette question se trouve résolue dans les Leçons de Médecine légale de M. Orfila , édition de iSaS; page 568 , où on lit le passage suivant :
« Dans la plupart des cas^la corde détermine sur la peau et sur le tissu cellulaire qu'elle presse immédiatement , des effets semblables, que Tindividu soit vivant ou mort, que k cadavre soit chaud bu froid. » Et plus loin : « H est par conséquent impossible d'établir la plus légère pré» wmptkfi que la suspension ait eu lieu avant ou après la
( ii6)
moii;, d'après l'état dans lequel on trouve le plus ordinai*^ rement le sillon et les parties sous-jacentes, etc. »
M. Gendrin, qui a traité cette question avec le plus grand soin , est arrivé à ce résultat, que l'empreinte remarquée sur le cou du prince de Condé étant sans ecchymose ) il était impossible d'en conclure que la suspension ait eu lieu pendant la vie ou immédiatement après la mort.
<c Une empreinte avec ecchymose , dit ce savant médecin, serait un argument puissant et peut-être irrésistible pour prouver qu'il était vivant au moment de la suspension. Une empreinte sans ecchymose est la seule qu'on pût obtAir en le pendant après la mort »
Le crime est constaté. Il faut maintenant considérer les charges individuelles qui résultent de l'instruction contre :
1"* Madame la baronne de Feuchères ;
2* Lecomte;
3« L'abbé Briant;
4* Les époux Dupré ;
5"* M. le général Lambot.
Madame la baronne de Feuchères.
C'est au mois de novembre 1827 que remonte le premier indice d'une horrible préméditation.
On se rappelle que le Prince , en donnant à
( »'7 ) madame de Feuchères, par le testament de 18249 Saint-Leu et le bois dé Boissy, n'avait pas satis-fait aux espérances qu'elle avait conçues; et que depuis la remise de ce testament les obsessions étaient devenues plus ardentes que jamais.
On s'occupait beaucoup au mois de novembre 1827 d'un projet de testament qui joindrait aux domaines déjà légués, des domaines plus riches encore; et c'est à cette époque que se place une circonstance qui rappelle , sous plus d'un rapport, celle qui vint jeter une clarté aussi vive qu'inattendue sur l'assassinat de Paul- Louis Courrier.
BoifARDEL , ancien brigadier desforûs du Prince* — ^Dans le courant du mois de novembre en 1827, du 10 an iS', autant que je puis croire, le Prince était à la faisanderie qu'il venait de faire construire dans le grand parc à Chantilly ; il plantait en quelque sorte la crémaillère; il y donnait un grand repas. J'étais à mon poste dans la faisanderie même , entre le mur et la charmille. J'allais voir s'il n'y avait pas quelque bête de prise dans les <wsommoirs. Les feuilles n'étant pas encore tombées , et la charmille étant extrêmement épaisse , il était impossible de me voir. Madame de Feuchères se promenant dans le clos de la faisanderie, son neveu M. James, depuis baron de Flassans, vint l'y retrouver. Après s'être entretenus un instant des faisans, M. James demanda à sa tante si Monseigneur ferait bientôt son testament. Madame de Feu-
chères lui répondît qu'il en avait e'té question la veille 'au soir, et que cela ne serait pas long. Là-dessus M. James lui dit : <( Oh! il vwra encore long-temps. » Madame de Feuchères lui répondit alors: « Pah! il ne tient guèresj aussùât que je le pousse aifec mon doigt, il ne tient pas } il sera bientôt étouffé. » Monseigneur étant sorti au même instant du salon pour venir dans l'enclos de la faisanderie, M» James dit à «a tante : « f^oilà le Prince, » Je n'ai plus rien entendu.
D. Etes-vous bien sûr d'avoir entendu tenir à M. James et à madame de Feuchères les propos que vous venez de rapporter?
R» Oui , Monsieur ; je Taffirme en mon âme et conscience, comme j'affirmais , lorsque j'étais garde , les procès-verbaux que j'étais dans la nécessité de dresser. Pendant quarante-trois ans que j'ai rempli les fonctions -de garde au service de Monseigneur, ou du gouvernement en son absence , tous les procès-verbaux que j'ai dressés <mt amené des condamnations, parce que je les rédigeais en mon âme et conscience et avec tout le soin dont j'étais capable.
D. ÎTauriez-vous point contre madame de Feuchères ou M. le baron de Flassans quelques sujets de mécontentement, quelques motifs d'animosité?
il. Non, Monsieur, je n'en ai jamais eu et n'en ai point encore.
D. Vous avez obtenu votre retraite : quelles en sont les causes? . .
JR. A la mort de Monseigneur, j'ai entendu dire que par son testament il avait assuré à ceux de ses serviteurs qui avaient plus de vingt années de service l'intégralité de leur traitement leur vie durant : j'avais quarante-trois
au$ de service et 760 fr. de gages ; on m'a dit que j'aurais "^^.o fr. de pension. On a mis à la retraite les plus anciensi et j'étais du nombre : je n'ai pu l'attribuer à madame Feuchères ; c'e'tait le résultat d'une mesure générale prise par l'administration.
Z>. Pourquoi n'avez-vous pas parlé , dans le temps, d'un propos aussi étrange ?
R. Je me serais bien donné de garde d'en parler. Ma* dame de Feuchères était tant aimée de Monseigneur, et exerçait dans sa maison un pouvoir si absolu, que si je m'étais avisé de laisser même entrevoir ce que je savais, j'aurais été chassé comme un gueux. D'ailleurs deux mois environ après, au mois de janvier 1828, Monseigneur m'a nommé brigadier de ses forêts dans le marquisat de Nointel, près CIermont(Oise)^ Ayant appris à la fin d'août, le samedi 28 , la mort de Monseigneur, et ayant eu occasion d'aller quelque temps après à Clermont chez M. de la Martinièi-c , régisseur des forêts du Piince, j'ai connu les détails *de sa mort; et comme Ton disait que le Prince avait été étouffé, j'ai été frappé de la similitude de ce genre de mort avec le propos que j'avais entendu tenir à madame de Feuchères trois ans auparavant Cest uni~ que ment dans l'intention de rendre hommage à la vérité, et pour l'accomphssement du serment que je viens de prêter entre vos mains, que je Ceds la présente déclamation. (iSi* déposition.)
Cette déposition donne une grande importance aux faits relatifs à la pièce qu'occupait le valet-de-chambre de service à l'entresol, sous la chambre à coucher du Prince.
( lao )
Il est, en effet, constant que telle est là situation de cette pièce, quq de là on entend tout ce qui se fait, soit dans l'escalier, soit dans la pièce au-dessus^ ainsi que l'expliquç Manoury.
Manourt. -*- 1>. Peut- on entendre de l'appartement au - dessous de celui du Prince ce qui se passe dans ce dernier appartement?
R. On entend parfaitement de cet appartement tout ce qui se^ passe dans celui du Prince; on entend moucher, e'temuer, et jusqu'au moindre bruit, et même la pendule sonner les heures; je l'ai occupé pendant six mois et demi, et je puis l'attester. Mais madame de Feuchèresme Va /ait quitter pour le donner à safenune^e^hambre. (6^ dé^ position.)
£h quoi! cett^ pièce qui convient si bien aux gens qu^ doiv^ent être ^ux ordres du Prin^ ce; cette pièce, la seule où le valet-do^-chantbFe puisse être utilement placé, qliange de destination ? et pour quel motif encore ! Que l'on revoie le plan en relief dressé d'après les ordres de M. le Conseiller-rapporteur, et l'on remarquera que dans le même pavillon, et aussi près de l'appartement de la Baronne, se trouvent plus de pièces qu'il n'en faut pour loger ses femmes.
Ainsi, à l'époque du 26 août, la femme T^achassine, qui prend le titre de femme- de-chambre de madame de Feuchères, était logée dans ce même pavillon. Il n'était donc pas nécessaire
d'en déloger le valet -de -chambre de service pour y placer les époux Dupré.
C'est un souvenir ineffaçable pour ceux qui ont visité Saint-Leu, que l'aspect du modeste réduit où reposait le dernier des Condé.
Isolée de toutes parts^ la chambre à coucher d'un vieillard de soixante-quatorze ans, brisé par l'âge comme par les fatigues de la guerre et de l'exil , est placée dans un vide absolu. Au levant et au nord, les croisées qui donnent sur le jardin; au couchant, le grand corridor; au midi, un salon nommé cabinet de toilette, et au'delà, un autre salon. C'est de l'autre côté du corridor, et au coin du grand escalier, que se tient un valet-de- chambre, qui ne peut pas soupçonner ce qui se passe chez son maître, et qui, les portes fermées , ne pourrait pas entendre sa voix.
Qui donc repose sous les mêmes clefs ? A l'entresol en descendant et à la première rampe de l'escalier dérobé, les époux Dupré; puis la femme Lachassine; puis, sur le même plan, l'abbé Briant.
Au rez-de-chaussée , un corridor qui mène au grand vestibule et dans l'appartement de madame de Feuchères. Ainsi le Prince, séparé de ses gens , dort au milieu des créatures de la
Baronne. Voilà te résultat des arrangemens fait* relativement à l'entresol depuis que le service personnel du Prince en a été dépossédé.
S'il est désormais possible d'accomplir la sinistre prédiction entendue par Bonardel, il est évident que c'est là une extrémité à laquelle on ne doit pas désirer de se trouver réduit, et c'est ici que se place une partie fort importante de Tinstruction.
M. BE Prejean. — Je dois ajouter que dans le cours de la maladie qu'essuya Monseigneur pendant le mois de novembre 1829, madame de Feuchères se faisait apport ter à dîner dans la chambre de Monseigneur, le pressait de dmer auec elle; et quoique les médecins recommandassent au Prince la diète la plus séi^ère, elle le pressait de boire, non^seulement du vin de Chambertin, son vin ordinaire, mais mêhie du vin de Champagne } ce qui entretenait Tinflammation des jambes, et faisait dire aux médecins du Prince qu'ils ne parviendraient jamais à le guérir. (3* dépositioîu)
DcpiN. D. £tiez-vous à Chantilly lorsque le Prince y tomba malade à la fin de 182g? Est-il à votre connais-sance que son médecin lui eût prescrit un régime rafraîchissant, et surtout l'abstinence de vins et de liqueurs, et que madame de Feuchères se faisait servir à dîner dans l'appartement du Prince et insistait pour qu'il renonçât à son régime ?
72. Oui, je puis attester que madame de Feuchères insistait auprès du Prince pour qu'il se levât et dînât avec elle. Le Prince avait beau lui réprésenter que le repos du lit lui était indispensable pour le rétablissement de sa
santé , elle le forçait en quelque sorte de se lever, de partager son dîner et de bpire des vins dont l'usage lui était défendu. Le médecin avait beau représenter que Finflammation des jambes du Prince indiquait la nécessité d'un régime , et qu'il ne pouvait opérer sa guérison ; le Prince, si bon f cédait toujours pour avoir la paix ; et, chose bien étrange/ madame de Feuckères disait dans le salon que le Prince la forçait de dùter of^ec lui dans son appartement fermé et malsain, ( 9" déposition. )
Manodry. — L'année dernière le Prince avait mal aux jambes; on lui appliquait des cataplasmes ; on lui avait recommandé de garder le lit. Madame de Feuchères se faisait apporter à dîner dans la chambre du Prince, le forçait presque de se lever, et insistait pour qu'il bût avec elle , indépendamment du vin de Chambertin , son vin ordinaire, du vin de Champagne et du vin de Rota. Monseigneur avait beau insister sur la nécessité de suivre le régime qui lui était prescrit, M. Bonnie avait beau prescrire le lit et l'abstinence du vin , il fallait que le Prince se levât et bût avec elle; et j'ai su que, rentrée dans le salon, madame de Feuchères disait que celait le Prince qui la contraignait de dtner apec lui. ( 6* déposùion, )
Madame de la Yillegontier. — ^Elle déclare aussi que, dans l'hiver de i83o, pendant l'indisposition du Prince, tnadame de Feuchères l'excitait à violer le régime qui lui avait été prescrit , et qu'ensuite madame de Feuchères disait que c'était le Prince qui voulait qu'elle dinât avec lui; que c'était ennuyeux , quelle ne pouvait le quitter un instant. (9*7* déposition. )
Ce qn'il ne faut pas perdre de vue, c'est que ce fait, qu'il est permis de considérer comme
une tentative sur la vie du Prince, est postérieur à la confection du dernier testament.
Ici les faits se rapprochent de la fatale nuit dans laquelle s'est éteinte une des plus illustres maisons de France.
Si le verrou de Tescalier dérobé avait été fermé quand Lecomte, valet-de-chambre de service, s'est retiré pour aller gagner sa chambre de l'autre côté du corridor, l'exécution du crime devenait impossible : sur ce point décisif, nous allons encore consulter l'instruction.
« Leoomte , long-temps coiffeur rue de la Paix, avait e'té, dit le baron de Préjean, imposé par madame de Feuchères au Prince, qui riwail aucune confiance en lui. » (3* déposition,)
Aussi, lorsque le an. août le Prince, cédant à un sinistre pressentiment, demandait à Manoury s'il voudrait coucher dans le cabinet de toilette, et que Manoury répondait que cette précaution pourrait désobliger les autres valets-de-chambre, et qu'il faudrait en parler à Lecomte, qui se trouvait de service, le Prince répondit : « Eh bien! laissons cela là. »
« Depuis quand, demandert-on à Dupin, Lecomte était-dl attaché en qualité de valet-de-chambre au service du Prince? »
R. Depuis environ trois ans.
D. Qai l'avait procuré au Prince ?
R. C'est madame de Feuchères^dont il était le coiffeur. Lecomte demeurait alors rue de la Paix. ( 9* dépo-sition,)
Et , chose fatale pour Lecomte ! à la nouvelle que c'est lui qui se trouvait de service dans la nuit du 26 au 127, un cri se fait entendre dans la maison : « Ik Vont assassiné! » Ce fait est trop grave pour que nous ne nous empressions pas de le faire lire dans l'instruction.
Madame be la Yillbgontier. «— En apprenant de la femme Colin, le 3i août, que Lecomte était le valet-dechambre de service, je ne pus m'empécher dem'écrier: Ils Font assassiné/ (97* déposition.}
D. Pourquoi en apprenant que Lecomte était de service auprès du Prince lors de sa mort, avez-vous dit : Tls l'ont assassiné?
R» Je savais que Lecomte avait été imposé au Prince par madame de Feuchères, en qualité de valet-dechambre , parce que Lecomte coi£Eait très-bien et qu'elle désirait l'avoir constamment à sa disposition; je savais que le Prince, qui n'aimait pas à voir de nouveaux visages autour de lui, s'était long-temps refusé à admettre Lecomte à son sert^ice; mais il avakfini par y consentir à force d!im~ portumtés, comme il faisait toujours. Madame de Feuchères avait même interverti à son égard l'ordre établi dans la maison du Prince, et avait exigé que Lecomte mangeât à l'office , avantage dont n'avaient jamais joui les autres valetsKle-chambre du Prince. Lecomte , d'après ce que j'avais entendu dire, jie jouissait p€u iime bonne réputation
( ta6 )
dans son quartier, et Monséignmar ler^ardaà cuinme un es*^ mon placé auprès de lui par madame de Feuchàres^ Ce sont là les seuls motifs qui m'ont arraché cette exclamation : Ils font assassiné! J'ajoute que la manière dont il remplis** sait son service auprès de Monseigneur était malhonnête et même brutale. {1*2.^^ déposition,)
Lecomte avait donc été placé par madame de Feuchères , imposé par elle ; c'était sa créature, et c'est par cette situation même que s'explique une action qui devait trouver sa première punition dans les supplices de la conscience.
Le Prince n'existait plus,* il était exposé dans une chapelle ardente ; il était là le visage découvert, environné d'une pompe religieuse et guerrière; et l'on sait que de tout temps le corps de la victime a su provoquer le remord$. Le* comte ne sait pas soutenir la vue de son maître assassiné, et il laisse échapper du fond de son âme tourmentée ce cri recueilli par un de ses camarades : J^aiun poids sut* le cœur^ ou \ J^en ai gros sur le cœur. Manoury , qui l'entend , lui représente qu'il est de son devoir de dire tout ce qu'il sait. Lecomte se tait; et à quelques jours de là, lorsqu'il a pu comprendre, lorsqu'on a pu lui faire comprendre les dangers de cette imprudente manifestation , il donne à ses camarades la plus déplorable j la plus inadmissible ex^
.( Ï27 ) plication de ces mots significatifs, /W un poids sur le cœur y ou, J'en ai gros sur le cœur^ de ce cri d'une âme bourrelée. Oui il en a gros sur le cœur, parce que madame de Feuchères lui a fait perdre son établissement en le plaçant auprès du Prince; qu'il est lié par un traité avec son successeur pour ne plus reprendre son état de coiffeur à Paris. Cette explication a été rejetée par les camarades de Lecomte , comme elle le^ sera par tout homme de sens.
Voici comment s'expriment Manoury et Du^ pin :
Manoury. — Z). TTavez-vous pas entendu dire à Lecomte : J*ai un poids sur le cœur? g
R, Oui s deux ou trois jours après la mort du Prince, Lecomte et moi faisions le service dans le salon où étaU exposé le corps de Monseigneur; ce fut dans ce moment qu'il me dit : Ten ai gros sur le cœur. Je lui demandai l'explication de ce propos ; il ne me répondit pas. ÇmcZques jours après, revenant de Chantilly avec Lecomte, Leclerc et Dupin, Lecomte nous donna l'explication du propos ci- dessus, en nous disant que madame de Feuchères lui avait fait perdre son établissement en le pla-^ çant auprès du Prince ; qu'il était lié par un traité avec son successeur pour ne plus reprendre son état de coiffeur à Paris. {'^^ déposition.)
Dupin. — D. Etiez-vous présent à l'explication donnée par Lecomte de son propos à Manoury ?
R. J'ai Qnteudu moi-même Lecomte dire à Manoury i
Tcd un poids sur le cœur, ou : J'ai quelque chose sur fe cour» — Nous lui avons représenté qu'il était du devoir, d'un honnête homme de décharger sa conscience et de dire ce qui était à sa connaissance. Les explications qu'il a données nous ont paru peu inraisemMablès. Gda'Vest passé , je crois , dans la ypiturç de deuil qui nous con* duisait à Saint -Denis le jour de l'enterrement du "Pr mce, (\3i^ déposition.)
Et que déclare-t-il devant la justice, Lecomte? Il prend le parti de nier le propos entendu par ses deux camarades. Après avoir dit : « Je ne conteste pas que j'aie un poids sur le cœur; » après avoir a jouté : « Je suis trop affligé de la mort du Prince et des suites qu'elle a eues pour moi, pour ne pas avoir effectivement un poids sur le cœur, il s'exprime ainsi 2 « Mais je » nie avoir tenu ce propos , et je répousse les » interprétations que l'on pourrait y i donner. » (i38« déposition,)
Ainsi Lecomte rappelle l'inadmissible expli* cation, puis il tombe dans une dénégation qui ne prévaudra pas contre la déclaration si positive de Dupin et de Manoury.,
Cependant, Lecomte, engagé par sa position même , va venir dans l'instruction au secours de madame de Feuchères.
Pour comprendre comment , dans l'instfuc** tion , Lecomte s'est montré favorable à sa pkx>-
( 12^9 ) tectrice, il faut se fixer sur une importante circonstance de: la matinée du 27 août.
Le Prince n'a point répondu. .
' J^. Bannie^ accompagné de Lecomte^ descend «liez madame de Feuchères.
U est assez naturel qu'une femme qui , dans r^notidn qu'une pareille nouvelle doit lui donn^, swge k peine à se vêtir, essaie de passer par l'esoaitier qui la dérobe au!x regards de la maison. M« Bannie et Lecomte se rendront par la. route ordinaire dans le salon ou cabinet de toilette auquel' aboutit l'escalier dérobé, et ferontentrer madame de Feocbéres en tirant le
yertioUtf <
Madame àè Feiichères né suit pas cette mardbe indiquée par la nature des choses; elle sort de. son appicrtement , parcourt, entre M. Bon** nie et Lecomte , tout le corridor qui ramène di^ns le vestibule , et monte avec eux le grand escalier ;'Ce qui, à part l'inconvénient signalé t|>i||>'à-rheui^ , est incomparablement le plus
long.
' . Pourquoi doncagîr ainsi ? Le voici :
Il est possible que dans la nuit du â6 au 27 les assassins n'aient pas su -, n'aient pas pu ou aient oublié de fermer <du dehors, et au moyen d!un lacet, le verrou de l'escalier dérobé. Si
( »3o ) oa^ame de Feuchères passe par ca ybemin et qu^en effet le verrou ne soit pas fermé, M. Bon-nie, qui vient au-devant d'elle en se dirigeant par le clxemin ordinaire, sera conduit à le reconnaître; et alors quel trait de lumière i que^ de graves conjectures!
Il faut à tout prix ne pas courir oefte chance y el désolons nécessité de passer par le grattd és^ caliei*. Sans doute s'il eût été possibie d'éviter les( regards inaportuns de M« Bonnie et de tous eem^ que révénement attirait dans le salon qiii pré-^ cède immédiatement la chambre à coucher évt Prince > et auquel aboutit l'escalier dérobé, oi^ eût poussé le fatal verrou qui^ dans la Féalilé^ n'était pas fermé ; mais la chose était iilo^ssible ; aussi le verrou est^il resté oavert, et c'est dans' cet état que tout le monde Fa vu« Sfifià ^ pour» ne pas fixer l'attention sur cette vérité y que' lê^ passage de l'escaher dérobé était resté libt^ toute la >nuit , nmdame de Feuchères n^a potlit essayé de redescendre chez elle v par l*esè^4e^' dérobé, comme il était encore si naturel; elle a repris, contre tobte raison, la -rebute du grand vestibule. ^^ - - • ' -
Voilà comment les choses» se sont passée»
dan^ la matinée du ay ; mais ce li^t' pas aiMique madame. de Feuchères lesaipr^enlé'éj dliii&
rhastructioD ; elle n'a pas dit^MMtÎTemeiit, mais elle a hit entendre que, sut là noovelte appot^ tée par M. Bonnie et par Lecafate, ^h arait monté par te petit escalier, dont Leco») te. était venu lui ouvrir la porte. Ainsi , la conduite t$r nue par madame de Feuchères aurait été pfédsément ce qu'elle devait être.; bien plu^, H devieiit constaM , dans -cetle hypothèse ^ que le verrou de Tescatier dérobé éiaSt fermé pendant la nuit du a6 au 27 , ptrîsqnè le mdtîn îi^ tecomté est venu Touvrir. Les assassins n'ont donc pas passé par l|t^ et comme ii est peu admissible qu'ils se <spie^t introduits psir ley^^stU^^l^.ilA'j ^ point assassinat, il y 1^ suieîdei >. . \ -, s c Ainsi ces deu^s: <|fiestionB: Pm^^u&l' êscfiHer madame ^ .Fwchères (i ^-elfe passé le im^tin du 27 en se rendant à la chambre T^ortuqipe f p-^ Lecotnte ^'t-^il /^it e^rer m0d0pie dej^çuchères d^^ k salç^ ofju cai^inetidj^^oilfiffei^^ of^ »t0nt k vf^rroif, 4e ' l'escâ^er dérobé? pr^ineqf: une grande importance^ Gfl^ï dé*ffr«ieifii;,¥instruction que nous devons laisser parler.
M. BoNNik. — Madanie de Feuchères est montée par U grand escalier avec moi et Lecomte; elle e'taij entré nous deux; elle me dit en motitant ; « Si le ^ Prince ne » répond pas, U faudra faiire enfoncer là porte ^ si cest iinè 1» attaque, *un$isaigné€ pourra lui^^^ùtih^r» ' \ ,\\^'i
Nous nous y sommes rendus tous trois (dâtra lé dibinêt
..ni^Wireç^rgj^^fice f^ni9p,(çjp^ui de k^ sur Jt'esçalier, dérobé) était tiré, de manifere que Ton pouvait pénétrer dans ledit cabinet dé toiletté par ledit esbaHer dércSbé'; c'^M; Manjpwyr.gui rw^stajait remarquer ' tk dùtanth Leeômte^: ^^f^ous rCoifiezdonc pas fermé le «mtw Vou^ * A^ guoi^Lèc^mte réf¥?n(fà: : ^ii Je Z'ai. cru* fermé, je
' " Roniariio y indiqué psIr'Ml 'Bdniiie,* »e s'est
pas expliqué.
'''''' Dhboîs n'à'vte ni msldame dé Féuit^bèrés, ni
')M::'Bbhtaié, hi Leeotiite' tnotlter le gl^and esca-
ifer ^'{l'ignore par quel escalier ils sont montés.
' ' ^ ' Iffais Jéiiôtué (Hippoly le) déclare :
QuV/ â vu madame de Feuchères dans le corridor at^ec M, Bonnle, Lecomle et outrés. Mais il ne sait pas par quel escalier' elle s'est rendue dans Tappartêment du Prince. Il 'Ta bien ifue derœndre par le grand escalier après que la po|p|«i de Ja. chambre a été enfoncée (iBa* déposition.)
'' ' Ceffte^dépo^lition prête un grand appui à celle
de'M.'^BonnievJérème a yu madame «de JPeucfaères avec M; Bonnte, Lecomte^et attires^ dans 4e<xinrEdor i aM|viecilrparlèr.4lA fX^rrî^prifl'en bds ,: c'est btbbiÉntrt 4m grpQd^e^qgilî^r ;;s'i^,7.Qpt parler du corridor d*en haut, c'est par le grf^ esQ9liçr,q]U€( Ij'pp j;,p|ryient. Du reste, cette déposition constate ua fait ixnportaiU} c'^t^q^^e madame de Fetédières est redescendw, chez elle par le grand escalier. , n ..
Voilà de que disent M. Bônnfie et Jérôme
(I}ippolyte) ; niais il faut écouter Lecomtè. ' '
11 déclare d'abord que, quand il était de seirvioey il n'a jamais remarqué que le verrou de la porto de l'-eacalier dérobé f&t'dré; it n'^est jamais descendu par cet escalier, convaincu qu'if conduisait à rappartement de madame de^FeiMchère^jtbi^n pUis>il u'a jamais vu ouverte la porte de l'escalier dérobé. (91^ déposition,)
Âîn^, Lecomte, qui est depuis trois ans au service de SonÂltesse, qui peodsuit trois saispns a rempli à Sàint-Leu les fonctions de vale^-;^chambre prèsdli Prâce, ne sait pa^ ce <qu'en n'ignore plus quand on a passé vingt- quatre heures dans cette résidence ! Il ne sait paÀ% lui valet- de*chambre, que l'escalier dérobéi, conduit à un corridor, lequel ramène au vestibule l que cette porte peut donner aceès' à leinq^u six personnes qui , ind^endami^ept de ma--
(i34) à»me de Feucfaères, habitent cette partie du .château y. et que par cette route oi| peut arri*yer de la cour et du parc jusqu'à la porte de Son Altesse. Lui, valet-de-chambre ^ il ne le bait pas!
A Le 26 au soir, lui dit M. le Gonseillèiv-instnicteary vous ête&i^v^ns assure qu^ cette porte fut fermée au yenrou ? >»
La question est précise-
— Non, Monsieur. ( Méime déposition.)
Ainsi Lecomte n'ose pas assurer que dans la huit du a6 là porte de cette importante issue a été fermée en dedans ; puis, se rejetant sur son impossible ignorance ^11 continue :
Si faisais su que cette porte pût communiquer à Vautres pièces et au ^vestibule ^ommtin^je rCâurcds pas manqué de Tfien assurer tous les soirs. Mes camarades» plus anciens que moi, ne m'en avaient pas fait l'observation.
Il dît ensuite :
' ^^u'ëtant Mé a.vec M; Eonnie prévenir madame de FjQUIsl^e^ quisle Prince ne répondait pas, elle leur ré-^ pondit : « Peut-rêtre pourrai-je monter par mon petit es-» calier; v que Sonnie et lui montèrent par le grand escalier; qu'arrivés dans le cabinet de toilette, ils entendirent frappet à la' porte de T escalier dérobé, et que lui {Lecomte) duurit à madame de Feuchères, (fest lui qui a tiré le verrou pour rintrodkgre4 (Même déposition.)
Cette déposition y LecomteJ'a renouvelée danâ les termes les ptus exprès.
S'il entrait, dit-il, dans l'ordre des devoirs des valetsde-cKatnbre de s'assurer tous les soirs si le verrou de cette porte était ferme, il était aussi de leur devoir, â rai* son de leur ancienneté, de m'en instruire.
Je pense que le verrou était fermé, puisque je l'ai trouvé fermé le 27 août au matin; c'est moi qui l'ai ouvert pour faire entrer madame de Feuchères. ( i38* déposition, )
Et sur Tobservation à lui faite par M. le Conseiller-instructeur que, d'après la déclaration de M. Bonnie, madame de Feuchères est montée par le grand escalier avec M* Bonnie et avec lui, Lecomte, il répond :
Je conteste ce fait ; M« Bonnie attrait dû vous déclarer que lorsque nous nous sommes présentés chez madwuie de Feuchères. elle s'est levée précipitamment en toilette de nuit; elle nous a ouvert. Je lui. dis : « Mon Dieu, Madame, Monseigneur ne répond pas! sa porte est fermée; je crains qu^il ne lui soit arrivé quelque chose : veuillez monter avec nous. » Madame de Feuchères dit pour toute réponse a « Peut-être pouirai-je nMmter par le petit Q3calier. » Et elle nous ferma la porte.
D, L'ensemble de votre déposition montre assez à quel point vous étiez attaché au Prince... ; mais n'auriezvous pas commis dans cette circonstance quelque imprudence, comme en lalss&mt ouvert le verrou de la porte donnant sur PesK^allèr?
M. J^ jcM^e qM<Qvje>ii'ai.a>iii|niB^iKUa^ indpnuteBce, et j'accepte toutes les comécpi^ces 4fv ce q^^ }*m di( q^ bit
(M0ne déposition,) ' ., J ^ .-
. . ComiDe on la voit, la xléposilion de Lepcobte
La première, qu'il n'a. jaiiçuds yu ouyeirte la j))9rl^\da resc^Uer dérobé, qpi, salon lui, ne Goijbduîâait que chez madame de Feucfaères;
La deuxième , que madame de Feuchères est niôntée par le petit escalier, dont il a ouvert le verrou.
'^'ëur le premier point, Lecomte est formellement contredit par Dupiii et par Leclérc.
DupiN. Non, Lecomte ne poupcût ignorer V existence de ceC escalier dérobé.
'B était dû devoir da valet- de-chambre de service dé feriïier tou$ les soixs fta v^irou les diffikeàtes portes... Voilà ce que }'ai toujours vu faire et ce que j^ai toujour» fait, {i^o^ déposition.)
Louis Leclerg. — // est impossible que Lecomte igrtorétt f existence de V escalier dérobé, (i 20^ déposition» )
, Madame de Feuchères^ elle-même Ëiît obser-^ ver que l'escalier dérobé était aussi eseali^t^ de service ^ et que ses fcmmes-de-chanibre, celles de madame de Flassans, et toutes les personnes qui habitaient l'entresol, faisaient le seryice p^r.çet escAlier. Elle ajoute que Us vntlets^e^
chmmbre ébi- Prineey passaient euohmêmes tfès- ^u^èht {id^ déposition.)
Sur le second point on a entendu Jérôme ('HîppolytB),€t l'on n'a pas oublié cette importante partie de la dépo^Cion de M. Bonnie :
• Tâi remarqué que ce verrou était tiré, de manière qve lV>n pouvait pénétrer dans le cabinet de toilette par ledit eflcaKer; c'est Manoury qui nous Fa fait remarquer, ^en disant à Lecomte : « Yous n'avez donc pas fermé le verrou? » A quoi Lecomte répondit : « Je l'ai cru fermé; je n'y ai pas fadt attention. »
C'était bien là cependant le moment de dire, si cela avait été vrai : Le verrou était fermée je viens de V ouvrir à madame de Feuchères.
Mais impossible de tenir un pareil langage en préseqce de M. Bonnie ,. qui sait que madame de Feuchères vient de passer par le grand es* calier.
Si le récit de Lecomte était vrai , il en res^ terait quelques traces ; quelqu'un , dans la matinée du 27, aurait entendu dire que madame de Feuchères avait passé par l'escalier dérobé, et que le verrou avait été ouvert par Lecomte ; mais on ne trouve que des données contraires à la version que Lecomte voudrait faire adopter.
Bklafontaine. — La porte qui donne du cabinet de toilette du Prince sur l'escalier dérobé, lequel conduit
dans les appaitemensée macbme de feUfiières ei qu perron de la cour intérieiire du château, n'était pas ferme'e au verrou quand je suis arrivé; je n aï point entendu dire quelle eût été ouverte depuis que Von avait appris la mort du Prince, {17,^ déposition^ '
Il reste de cette discussion , que la conduite tenue par madame de Feuchèreâ n'est point naturelle.
En montant et redescendant le grand escalier, elle a prouvé qu'elle craignait d^attîrer Fattenlion sur l'état dans lequel se trouvait le verrou de Tescalier dérobé.
Les déclarations de Lecomte sont înadmissi^ blés, et se trouvent confondues par les déposî-^ tions de ses camarades.
Le verrou a été ouvert, et il est resté ouvert pendant la nuit du 26 : le 27 au matin madame de Feuchères le savait.
Chos'e remarquable ! Après avoir servi madame la baronne de Feuchères par une complaisance qu'il s'est un moment reprochée et par des déclarations dont il connaît toute la fausseté, Lecomte élève contre elle une grave accusation, et fait connaître dans des termes pleins d'amertume qu'il croit à l'assassinat.
Nous allons mettre sous les yeux de la justice cette partie de la déposition de Lecomte , qui
déjà, lee larmes aux yeux, avait dit qu'il croyait à l'assassinat (9 le déposition)^ La justice y verrat-elle le langage d'un complice qui maudit l'auteur de sa chute, ou le résultat d'un jeif concerté pour donner de l'autorité aux décla* rations de Lecomte relatives au verrou de l'es» calier dérobé?
LscoMTB. — D^ Nous vous adjurons...... de nous indiquer les motifs sur lesquels repose votre conviction (de
. R. Dans les quinze derniers mois de la vie du Prince» la goutte dont il était affligé depuis long-temps, et qui n'était chez lui qu'une indisposition ordinaire qui n'in*terrompait pas le cours de ses chasses , a pris un caractère différent à raison du mauvais traitement qu'il m'a sem-p blé qu'on lui faisait subir. M. Bonnie lui avait fait appliquer des emplâtres dits sparadra de deux espèces, l'un jaunâtre et les autres parsemés d'une poudre blanchâtre. L'effiet de ces dernières applications était de dépouiller la jambe et d'en enlever Fépiderme sans en faire dispa-r râttre l'enflure, que ces applications avaient pour objet spécial de faire cesser. Je citerai un fait qui m'a surtout frappé; c'est l'application d'un cataplasme de blanc d'Es-< pagne, du vinaigre et de la glace : c'était tellement froid que nous avions peine à soutenir la jambe de Son Altesse Royale, Le résultat en fut fâcheux; le lendemain Son Altesse Royale était dans une position déplorable; la goutte était remontée dans l'estomac, et le Prince pou«» vait À pleine parler ; et la jambe enflée la veille était de- Y^nue sèche comme un morceau de bois. M. Qonnie
parte â'tme seôondè application $ je m'y «appl3i»i'fa»te^ ment : elle fut remplacée p9X un câtaptasme defarkié de riz très-chaud. L'enftnre retomba àaais la'jàmhe droi^le, et roppression cessa. Je crois que M. Bbnnie n'avait point ihnaginë Fapplication dn bïane et du Tinaîgrè ,- car je i'ai entendu dire avec hnmevtr cpfiDsautià bim quettià^pn^ dieêréîitetefilit'là: ' ' ' ■ * *- •
J'ai irëiïmrqud à plnsieinrs époques que lei jatnbes du Prince avaient été dépomlléeis sans nécessité*
Un jour, madame de Feuchères m'ayantidemandë des nouvelles de Son Altesse Royale, -je lui- répondis 4^'ott tîiait le Prince piàr degrés, et qii*îl (était împosrible< qnf il supportât long-^tfekhps le traiteh^ent qu'on kiifbnàit'sièbir; Je lui pailai des emplâtiM. « Je sais^ bien^ répondis elle, qu'il jr a des emplâtres qui peuperU faire des plaies; mais (fest une humeur de famille qu'il a. » Je -lui' répondis : « Monseigneur n'a pas plus d'humeur de femitle que voits et moi , et je vous en oftre la preuve. Si voius'poiivez fkire consentir le Prince, lorsque M« BôUniè sera'imrti après avoir appliqué ses demieni emplâtresyde me les laisser retirer et de les appliquer sur me» jaittbes, vous verrez mes jambes dépouillées comme celles de Sotf Altesse Royale lors des dernières applications. » Madame de Feuchères me répondit : « Lecomte, Monseigneur ne nshsentira jamais à cela : et ailleurs, c'est P affaire de M^'-Bat" nie. Eh ! pensez donc, Lecomte^ que si Je m'en malais, et s'il arrii^aii quelque accident à Son Altesse Rèjrale, io^'le monde serait contre moi. » Madame de Feuchères partit pour «Faris. A son retour elle vint me demander des nouvelles de Son Altesse Royale, et me dit qu'elle avait consulté un médecin de Paris qui lui avait dit que M. Bonnie n'était pas un homme instruit, mais qu'il avait un gros bon
Un jottr; M4idei.UiVUkgooit|eiv étant venu à Paria, ejg^ gagea Sob, > Altesse KoydLe à. adjoindre un médecin à Al Bonnie, attendu 91 position. Son Altesae Koyale répondit qu*il ne voulait ]mis 4'âutres médecins : ^ Onme éUrmi^nt Bùnt^^vj^ me iM* m me éa^fnésn^^je tendrais mon hras^ » ie tiens ce fait de Manoury, à qid JtL de Ja.YiUie* i;bifidéni> ra|>{KMrM> i^t^qm a aîofLtéqqfiln'iav^ait &i|t.cptte proposition à Son Alterne Royale que sur l'invitation d'^n gifatiA personnage, . 'i
Ma conviction que le Prince ne s'eBt pas suicidé repose «jpécialdteent 6ttr </& mot que j'ai déjà cité de madame de Feudbères>, la veille idab'mprt du PrinDe, entre d6iw(,oa tarois Jbeures die l'aprè^mAi ^ f^ OudUpJe^U iv^tPi^Ub mot n'est rien ; mais il faiU l'avoir entendu, il Mlait voir avi80( fpiel tDni dîautcM'ité elle . le pnmonça y pour en ap- |Mfécitit:lattteiFimp0riialièe« ' ^^
. Comme je* Fai dit, je me suis totalement éloigîié de ' madame de Seacbèrefi depuis ce . moment ^ .contre , m^ pfetypresSnlérâtB^ «puisque:. je pouvais croiEey.d'iq>ié8 ce qu'elle' m'avait' dit ^ qu'eUe prendrait soin de monaort dans le cas^àelle swiFivraikà Son AltçdsseUoyale^etque dût tjomrs/apiw la' moirt. du Prince j'ai au par le.QoifFeur auquel' j'ai vendu mon établissement rue < de lai Paix, qu^vuœ dame qiafâ ne m'a pas nommée étant, venue chez lui lui avait dit ;« Lecomte a tort de ne pas voir madame de Feuchères^elk est vive, mais elle est.bonne; elle a une «fortune colossale, elle pourrait- assurer son sort et iceluî de sa famille; » et certes j'en ai besoin.. (^SS^^^ i/!^o<-
.JSÙÎQtlJ)
, Si les soins pris par madame de Feuchères
((i4ti)
pofnt détourner rattentkmde la maison d'une ch^constance révélatrice du crime, sont une preuve de sa culpabilité, on en trouve une non moins frappante dans, aa froide insensibilité. .
Déjà y dans une circonstançf^ postérieure à lai confection du teistament de r8a4>, madame de Feuchères avait eu rindiscrétion de laisser lire cô qui se passait dans son âme. Cette circons-* tance se rattache à la conduite tenue par madame de Feuchères dans la matinée du, aj^ et ea devient même la trop naborelle explication» Hous alions donc la retracer :
mois avant la mort du Prince^ à L'mstuU; Où madame d? Feùcbères allait VÊia6iUréjkV€àtméMl9L£ein^Blanfihir, (i) pour revenir à GhaBdlly, une àts :pesnùsmé$ de la. aocié&é disait que la mort du Frinçeserail; na- Ipr^tgvaiid meUbeur ^ur sa maison. A quoi madame de JF.euehères rëpCNidit avec un ton de légèreté et d'indifierence qui me révolla, s K Çue son existence se prolonge unlVD ok deus, et il tn arri^ » Msm ce ifuil pourra.^ Je.ius toUcmeht indigné: de ice propos, que feu fia. part a uiafemline. et a Sebii!lît|« ( 100.C c^okh'on.); ' .. . . • ;.
Jean Smptz^ garfùm ^appartemeni à CkantMfy confirafe la déposition précédente de Français 5 dont il a partage l'émotion, (loi'' i2^/>o/flûR»/i.) .
(i) Reiidez-^Tous de chasse ^ans la forêt de Chantilly^
. lifecitirevêiiir à'Saint^Leui
M. BoNNiE. — /). Que faisait alors madame de Feuchères ( dans le cabinet de toilette da Prince, le 27)? R, EIW avait iip|>^lé à phuieUrs^zepriaeS) Mtmseignmr !
Z>. Quel air avaitt<elle>? paraissait-elle éaitt9> ?
ii. Madavae de FeUchères ne m'a paru mdktMru.émue^ mâne après avoir comUOé la moH du^ Princey eîle ne ^iferHià pas ujie larme y sa figure n était en rien altérée, ( ^^ dépo-silion^
Manourt. 1>. Madame de Feuchères paraissait -«lie tî-^
vementemi^^? ' . .,i , .
Comme cela, {& défosiiiofi.) , ,
jtfadamepé Pbéjean, — Le 27 août, deux heures environ après qne la mort du iPrince fut gén^lement tonnue...., je descendis chez madame deFeuchères ïhâlgrë uià ré-f pi^jnafice à la voir, elle à qui j'âais portée àattndiucv mpraletneot ks fiçi^lheurs dti If^rînce. Je ae pi^s irendi;^ l'impression dont j& fus saisie e^ i^9yant m^c^fne ^ç Feuclières seule avec M. l'abbé Bri^t, et s'entretenant avec lui, Toeil sec , comme d'afiEaiires , et non pas de sa dou-^ leur.«.^ Kabbë firiant se retira. ... ; et comme fentreëns madame de Feuchères da fôneste ^vénement^ la'sensîH-» Udë lui revint^ et eUe finit par s^atteadrior avec moi. Elle me disait : « £sl-> il possible que le Prince n'ait pas laissa » un niotd'écDit., à moi ^pil raimais <ant^ qai L'entourai^ n de tant de soi^v pour me faire part ^e ses» intenâona ï *> Comme cela est ingrétS » ^j^* fiéposikim,) • ^ . .... 1
' Madame de Feuchères prend sain, an sur-
ptes, de constater elle-même sa positioil. Ella
sait que les soupçons la pressent et Tatteignent de toutes parts , et elle éprouve le besoin de
commencer sa défense.
Baron de Paétsan. — • Madftme de Gfaoulot m'a dit que madame de Feuchèreslui avait dit qu!il étaàjhri heureax pour elle que le Prince flU mort de cette manière; que s'U éu^aît été trouvé mort dans son lit on n^ aurait pai manqué de dire qu'elle Voirait empoisonnée ( 3' déposition. )
Interrogée sur ce propos de madame de Feuchères y madame de Préjean répond : .
M Je me le rappelle bien ; c'est chez moi que madame de Ghoalot me Fa dit. «> (99* déposition.)
Et comment s'y prend madame de Feuchères pour donner le change à l'opinion? Elle accuse la mémoire de son bienfaiteur. Ainsi, csette oon* tusion à l'œil dont eUe connaît trop bien la cause et l'origine^ elle la signalera comme une tentative de suicide !
Baron db Surval» — Peu de jours après la mort, du Prince, me trouvant chez madame de Eeuchères, elle me dit efifectivement t « Tous avez biea remarqué le coiq» que le Prince s'est donné à l'oeil; eh bien! je ne serais point étonnée que ce fut 4e résultat d'une tentative de suicide qu'il aurait voulu faire en se fiapfMmt f<nrtement contre quelque chose. » (7* déposition.) .
Tantôt elle calomnie la raison du Prince; puiS; dans un autre moment, elle fait entendre
compte de cet^Q ré|?pJmîQfli. dé^esp^rée.
Madame de Préjeait. — Elle ml'entretint aussi des terreursdoat ^PiÎQGô-jMtniiss^t^eaviriDnB^ créait
des fautômes. comme ailf n'avait plus la tète à lui: elle semblait vouloir me persuader que la^coiiTersation de la veille avec .^* de Cossé ejl; nps couversatioiiii jomrnalières avec le Prince pouvaient l'avoir porte' à cet acte de desespoir* » ( 99" déposùîoru)
Et Cependant , dés actes écrits et de noïOr* breuses dépositions attestent que lè Prince n'a jamais donné plus de preuves de l'a sanité de son esprit et du calme de son âme. La politique!... depuis Tavénement de Louis-Philippe!
depuis l'arrivée de Charles X en Angleterre!
depuis la visite de la Reine !... Madame de Feuchères ne le croit pas.
Un rapprochement qui ne devait échapper à personne a manifestement préoccupé madame de Feuchères.
Le Prince voulait partir.
Il voulait fuir la France. Contrarié dans ce projet par la nécessité d'obtepii: un passe-port, il voulait du moins quitter Saint-Leu; le départ pour Chantilly était arrêté ^ un courrier, parti le a6 , indiquait l'intention d'en accélérer le morpent. Le 2']^ sa vie est en sûreté à Chantilly;
lO
et dans la nuit du à6 au a7 il a cessé de vivre ! Que fait la Baronne? Elle recommande à Manoury, confident du projet de départ, le silence absolu sur ce voyage, et lui fait même entrevoir des dangers pour lui-même, s'il ébruite les intentions manifestées par le Prince et les préparatifs ordonnés par lui.
Manourt. — Le 27 août au soir, à Finstant où tout le monde allait se mettre à table, madame de Feuchères me fit appeler par madame de Ghoulot, et me reprocha d'avoir dit à M. de Belzunce que le Prince devait partir^ ajoutant que cela pouffait me compromettre vis-à-^îs du Aoi; à quoi je répondis que l'on n'avait rien à craindre en di^ sant la vérité. (6* déposition.)
Ainsi , madame de Feuchères veut étouffer le bruit des projets de départ, et, pour y parvenir, elle essaie de frapper Timagination de Manoury par une menace fantastique, et dont elle connaît elle-même toute l'illusion : comment pourrait- elle plus positivement récotinaîtrè que les projets de départ expliquent la mort du Prince?
Permis à madame de Feuchères de s'indi'gner; mais ce n'est pas apparemment dans les actes de sa vie passée qu'elle ira puiser sa défense. On connaît ses violences : on va se foire une idée de sa profonde dissimulation.
Baron de Saint-Jacques. — ^M. le comte deRully rem-
plissait auprès de Son Altesse Royale les fonctions de premier gentilhomme de sa chambre et de premier aidede-camp ; madame de Feuchères de'sirait l'éloigner de la personne du Prince, à raison d'une altercation assez vive qui avait eu lieu par rapport à elle, et elle exigea du Prince que M. de RuUy cessât ses fonctions de premier gentilhomme; çje qui eut lieu, ainsi que l'ordre intimé à M. de RuUy de quitter le Palais-Bourbon.
Non contente de ce sacrifice , madame de Feuchères exigeait encore du Prince que M. de Rully cessât ses fonctions de premier aide-de-camp ; le Prince, éprouvant une répugnance presque insurmontable à ce sujet, me fit l'honneur de me consulter; je lui représentai qu'il avait pu s'imposer le sacrifice d'éloigner M. de Rully comme premier gentilhomme de sa chambre, cette place étant purement civile , mais que les aides-de-camp étant comniissionnés par le ministre de la guerre au nom du Roi, au Roi seul appartenait le droit de les révoquer. Le Prince m'engagea alors à l'accompagner chez madame de Feuchères, en me recommandant de le soutenir; j'y allai : j.e réitérai mes représentations sur la demande du Prince devant madame de Feuchères, qui se mit dans une fureur épouvantable, et se retira en pleurant dans un cabinet voisin, après m'atH)ir iiyurié de la manière la plus grave.
Le Prince alors, venant à moi, me dit : « Mon cher Baron, fgdtes quelque chose pour moi ; ne hU dites plus rien; si vous saviez comme elle me traite ! elle me bat ! »
Le Prince alla ensuite chercher madame de Feuchères, lui représenta de nouveau que mes observations lui paraissaient justes ; mais madame de Feuchères paraissait •eBciMreplus courroucée; le Prince lui dit : « Eh bien! je ferai ce que vous voudrez. »
lo.
Il Tut convenu alors que le Prince écrirsdt au mmiâtrè ■de la guerre pour demander la révocation de M. le comte de RuUy. Ce fut madame de Feuchères qui dreâsa , sur Inon refus, le brouillon de la lettre, et le fit copier par le Prince; elle voulut exiger du Prince que je la portasse moi-même au ministi^. Gomme je m'y refusais « elle me dit : « Si Monseigneur vous l'ordonne , vous y serez bien » obligé. » Je lui répondis : « Non, Madame; ]e ne dé^ '» obéirai pas à Monseigneur, mais je donnerai ma démis- » sion. -^Allons, aUons, dit le Prince, c'est fini; je la fs- » rai porter par mon valet-de- chambre. »
Trois jours après, le Prince reçut du ministre et de là
part du Roi une réponse négative ; il m'envoya chercher,
^t me montrant la réponse du ministre , il iiiie dit : « You^
•*» aviez bien raison ; dans quelle position cette femme me
»metl(ï)»
Le dimanche suivant, dans le salon du !Prince , un peu ^vant qu'il ne fut arrivé, un personnage t[ue je crois inutile de nommer représentait à madame de Feuchères que l'on avait vu avec peine Son Altesse Royale demander là révocation dé la place de premier aide-de-camp que rempUstôit auprès de lui M. le comte de Rully, après l'a- Voir dépouillé de sa place de premier gentilhomiAe. Entendant parler de M. le comte de Rully, je prêtai une ôrcftlle attentive, et j'entendis très-distinctement madame de Feuchères dire : « Ah Monsieur! que me dites-vous » là ? Si vous saviez combien cette affaire m'a fait i}èrset de
(i) Le projet de la lettre du Prince au ministre , et la lettre du ministre au Prince , sont au nombre des pièces nventoriées. Ce sont leâ pièces 34 et 35 dla cote i4*
H iarmesJ Je me suis jetée aux genoux du Prince pour l*ei% n détourner et n'ai pu rien en obtenir. « Je n!ai pu alorai m'empêcher de m'écrier : « Oh!. quelle horreur! *» Alors Qiadame de Feuchères a quitté lie salon, enti*ainant cet personnage dans la salle de billard» {i& , déposition,)
On peut citer des preuves de dissimulation moins graves , mais qui donnent cependant le secret de ce qui se passait dans Tâme de ms^» dame de Feuchères. Il est une de ces preuves que l'on croit devoir retracer ici,
Ddpin. — n ( le Prince ) avait beaucoup à souffrir des exigences de madame de Feuchères. Combien de fois l'avons-nous vu, Manoury et moi , obligé de se plier aoa^ instances de cette dame pour les parties de chasse qu'i\ avait ordonnées! Elle lui signifiait qu'elle voulait y aller, ce qui l'obligeait à changer les ordres qu'il avait donnés la veille; et madame de Feuchères, de retour de la ehasse, ne craignait pas de dire au salon que le Prince l'avait forcée d'y aller, lorsque nous avions , Manoury et moi, la certitude du contraire. Madame de Feuchères exerçait un ascendant prodigieux sur l'esprit du Prince* (9* déposition^
Au surplus 9 içadame la baronne de Feuchères a été jugée par un homme qui n'a quQ trop bien appris à la connaître.
Voici sur ce point les données de Tinstruction:
ipupiN. — Je s^i^ que M. de Feuchères a écrit au Prinçç
jK)ur lui témoigner ses regrets d'être dans la nécessité de le quitter; qu'il y était contraint par les scènes que lui faisait éprouver madame de Feuchères ; il engageait le Prince à se méfier délie; qu'elle était capable de se porter à tous les excès; Manourjr m'a montré cette lettre, (9* déposition,)
Inutile de dire que cette lettre ne s'est poiut retrouvée.
Madame de Feuchères a quitté Saint-Leu le 28 ou le 29 août ; ce point reste indécis ; et dans Je procès-verbal dressé lors de l'enquête sommaire, on a pris des soins remarquables pour que son nom ne fut pas consigné dans ies procès-verbaux.
Mâitourt. -<* A huit heures ^t demie ( le 27 août ) la
femme«de<'<chambre de madame la baronne de Flassans
est venue me chercher au nom de madame de F«UGhères.
D. Qui a donné Tordre d'enfoncer la porte ^de la duum-*
bre du Prince?
R. Ceat madame de Feuchères. (6* déposiHon.) M. BoNNiE. — jD. Manoury n'était pas dans le cabinet lorsque vous y êtes arrivé avec madame de Feuchères ; qui a envoyé chercher Manoury ? qui a donné Tordre d'enfoncer la porte ?
R, C'est madame de Feuchères. (5« déposition,)
Barenux, Pabjean. — Le 28 août, lorsqu'on procéda à
une enquête sommaire , Lecomte disait que c'était, par
ordre de madame de Feuchères qu'il avait été chercher
Sfanoury ; ce dernier disait également que c'était par or-
dre de madame de Feuchères que Lecomte e'tait venu It chercher. Le général Lambot fit remarquer alors qu'il était inutile de faire figurer madame de Feuchèreswdans leurs dépositions y et efiectivement cette circonstance n'y fut pas mentionnée. ( 3' déposùion, )
« Pourquoi vous êtes-^vous opposé, dit M. le Gonseilierrapporteur au général Xiam}N>t, à ce qi;e l'on nientionnât le nom de madame de Feuchères dans le procès-verbal du maire de Saint-Leu ?» Et le général Lambot répond i « Je n'étais point à Saint-Leu au moment où le maire a dressé le procès-verbal. » (io5* déposition,)
Cette réponse peut, être exacjte, le général Lambot n'étant arrivé à Saint-Leu le 27 que vers deux heure$ après jxAdi. Mais le procès-verbal était-il clos et signé à cette heure ? Et d'ailleurs o^ procédait eiicorie le 28 à lenquéte soipinaire, et c'est dans cette journée du a8 que se place le fait signalé par M. de Préjean. La réponse si laconique de AI. le général Lambot n'e$): évidemment pas suffisante Ce n'est pas là répondre.
Une dernière et décisive accusation ressort de ces fragmens réunis dans la journée du. 28 août , et dans lesquels on a prétendu trouver l'irrécusable preuve du suicide.
Cette partie si grave de 1^ discussion réclame des expiications assez étendues.
On avait eu i'art d^ persuader au djuc de
Bourbon que les habitans de Saint-Leu étaient animés de sentimens hostiles envers lui , et mettraient peut-être les événemens à profit pour porter la dévastation dans son château.
Il était une circonstance surtout qui pouvait offrir aux malintentionnés l'occasion de rendre Saint-Leu le théâtre de graves désordres.
Si le voyage préparé avec tant de mystère venait à se réaliser, ne feîndrait-on pas de con-^ fondre cette disparition subite avec la fuite de Saint-Cloud et de Rambouillet, pour se porter en tumulte dans la résidence d'un Bourbon?
Il est naturel que le Prince se soit préoccupé de ces différentes pensées ; au surplus y il faut dire, pour demeurer dans le domaine du fait, qu'au lo ou 11 août, le Prince avait entre les mains un placard tout rédigé , qu'à cette époque il a montré à un témoin qui en dépose.
La deuxième fois que j'eus rbonneur de voir le Prince, dit M. Hostein , le lo ou le 1 1 août dernier, le Prince me demanda avec empressement ce qui se passait à Paris et ce qu'on disait de lui ; je pris la liberté de lui dire que tout paraissait rentré dans le calme; qu'aucun pillage n'avait eu lieu; que Monseigneur était aimé, etc., etc., et qu'il n'avait point d'ennemis. A quoi il daigna répondre en, souriant : « Oh ! j'en connais , moi) ce sont les lié" >» près et les lapins auxquels je fais une cruelle guerre, »
n eut alors la bonté de me dire que le pillage du
château de Samt-<3oad l'avait effrayé; qu'il craignait que les voleurs comprime's dans Paris ue se répandissent dans la banlieue et ne pillassent les châteaux et les propriétés particulières; et , prenant sur sa table un papier plié, il ajouta, en agitant ce papier : « Croiriez^vous que moi » aussi j'ai fait une proclamation que je me proposais de ^ faire afficher,' et par laquelle je déclare que j'ai donné tout » mon bien au roi Philippe, et dans laquelle je recommande » de ne faire de mal à aucun de mes sen^iteurs; accablé » dP années et et infirmités, je n'ai plus qiià mourir, » (i8* dé^ posùion,)
Il résulte d'une déclaration de ce même té-* moin que lorsque le Prince lui montra ce pa-* pier plié, il n'y attachait plus aucune impor-* tance.
Il ne serait pas facile de récuser le témoignage de M. Hostein, car il faudrait répudier aussi le témoignage de Manoury, qui s'exprime ainsi dans l'instruction ;
M. Hostein venait presque tous les dimanches à Saint- Leu : je Ty ai vu depuis juillet. Un jour, me promenant avec M. Hostein, qui venait de quitter le Prince, je lui dis : « f^ous auez été bien longtemps auec Monseigneur? » M. Hostein répondit : « Ce bon Prince ne s'est-il pas attisé de faire une proclamalion! » Je ne me rappelle pas assez, pour les retracer, les détails que me donna M. Hostein ; mais c'était le jour même. (i5o^ déposition.)
Sans se livrer à de vaines conjectures sur ce qu'est devenue cette pièce dont il paraît bien
( 154) qu€ dès le 1 1 le Prince avait reconnu la coâiplète inutilité, on fera remarquer que le 27 au matin il a été constaté , après les recherches les plus attentives , que le Prince n'avait laissé auçxin papier d'où l'on dût conclure qu'il s'était donné la mort. £t l'absence de toute déclaration à ce sujet est devenue pour tous ceux qui connaissaient le Prince une des plus fortes preuves de l'assassinat.
Oui, tous les bons esprits se sont réunis dans cette réflexion , que si le Prince s'était arrêté à la pensée de mettre fin à ses jours, il aurait pris soin de mettre ses gens, ses serviteurs, ses officiers, madame de Feuchères elle-même, à l'a-* bri du soupçon ; qu'un écrit placé sur le bureau, sur ia cheminée, aurait sans ambiguïté, sans équivoque, annoncé la fatale résolution.
On ne rappellera pas les nombreuses dépositions qui ont été faites sur ce point, et dont quelques-unes ont déjà paru dans la première partie ; on se bornera à celles-ci :
Baron pe P&ejean. — Le Prince était trop délicat pour, dans le cas où il aurait conçu l'idée d'un suicide, laisser planer le moindre soupçon sur les personnes qui Tenyironnaient ; il eût manifesté ^une manière quelconque que c'était lui qui s'était donné la mort, ( 3* déposition. ) ' François. —Nous croyons que si le Prince eût eu l'intention de mettre fin à ses jours, il aurait exprimé cette
iDtentkm, pour ne laisser aucun soupçon sur les personnes de sa maison. (21^ déposition.)
Manourt. — Le Prince était trop de'licat , trop bon , pour, dans le cas où il aurait pu accueillir une idée que sa vie entière repousse , laisser planer le soupçon sur les personnes qui l'entouraient; il aurait , je n'en doute pas, exprime sa rolonté de la manière la plus authentique. (G" déposition*)
Or, on le répète , pas un écrit , pas une ligne , pas un mot!
On remarque, il est vrai , dans la cheminée, des papiers récemment brûlés; mais* pas un chiffon de papier que le feu n*ait pas consumé.
Ce n'est que dans la soirée du 27 que Lecomte, toujours Lecomte! remit à M. de la Villegontier deux ou trois premiers fragmens. M. Guillaume, premier commis du cabinet du Roi, qui était venu avec MM. Pasquier et de Sémonville, trouve aussi dans la même soirée quelques autres fragmens répandus dans la chemiaée de la cbantibre à coucher, sur les vestiges des papiers brûlés dans la nuit; et, pour nous servir de Texpression même de M. Guillaume, ces papiers déchirés étaient comme une neige sur le fond noir du foyer. Il paraît que M. Guillaume , frappé p^r quelqusQ^ mpts que l'on \\m% sur les fragiQdns , les mit dans sa poche ; que quelques^ns de ces fragmens , qui lui parurent
tout^-fait insignifians , furent rejetés par lui dans la cheminée du salon et retrouvés par un autre témoin, les uns le même jour, les autres, le lendemain 28. Tous ces détails sont précieux ; il faut les lire dans l'instruction. Et d'abord^, qu'il demeure bien constant que des papiers ont été brûlés dans la nuit de a6 au 27; que le matin du 27 il n'existait^ ni dans la cheminée de la chambre à coucher, ni dans celle du salon, aucun des débris qu'une main intéressée a pris le soin d'y semer plus tard; que ces débris auraient été inévitablement altérés par le feu, s'ils avaient été jetés dançi la cheminée au moment de la combustion ou précédemment. Ces faits une fois constatée , les conséquences se présenteront d'elles-mêmes.
Camus. — Il y avait dans la cheminée, auprès du bougeoir de nuit, des cendres qui semblaient indiquer qu'il y avait eu des papiers brûlés, (ao*^ déposition.) . Manouht. — D. Ave^votts remarqué dans la cheminée de la chambre du Prince ou dans celle du salon, comme des cendres de papiers fraîchement brûlés ?
jR. J'en ai remarqué beaucoup dans la cheminéç de la chanibre à coucher.
D. Gomment se fait-il donc que les fragmens trouvés dans la cheminée ne portassent aucune trace du feu ?
B, On n'y avait pas allumé de feu depuis cinq jours ; les papiers ont été brûlés par la bougie; j'ep. ai rçinaïqué
( iS^ )
èés tracées dans le bougeoir : il y avait plus d'un pouce de Vestiges de papiers brûlés : le frotteur m'a dit qu'il eil avait vu en différentes fois.
D. €es papiers ont du être brûlés le jour de la mort? S'ils l'avaient été la veille, le frotteur les aurait balayés ?
R» J'ai été frappé, en entrant dans la chambre, de la iquantité de papiers brûlés ; ce qui m'a fait dire que si les fragmens retrouvés dans la cheminée de la chambre du Prince avaient été déchirés avant le 26 août au soir, ils auraient porté des traces de feu ; et s'ils n'avaient été déchirés que le 26 août , au lieu de les déchirer, il les aurait brûlés, suivant son^ usage, avec les autres papiers. (6* dé^' position-)
Delafontaine. — On a trouvé le jour ou le lendemain de la mort du Prince les fragmens de deux écrits , les uns dans la cheminée de la chambre à coucher , les autres dans celle du salon ; les premiers l'ont été, soit dans les cendres , soit sous les débris d'une grande quantité de papiers brûlés.
J'ai cherché moi-'mêlne dans les deux cheminées , et je me rappelle très-bien avoir trouvé dans la cheminée du salon un de ces fragmens sur lequel était écrit le mot roi.
Je ne peux m'expliquer comment les fragmens ont été trouvés, partie dans la chambre du Prince, partie dans le salon.
Il paraît que dans les quatre ou cinq jours qui ont précédé la mort du Prince l^on n'avait pas allumé de feu dans la cheminée de sa chambre; mais toutes les personnes présentes ont remarqué dans l'âtre tme grande quantité de papiers brûlés ; et je ne m'explique pas qu'on ait pu iroui^er les fragmens sous les débris, sans qu'ils portassent ia moindre empreinte du feu.
n est constant que dans les vingt-quatre heures les cendres de papier brûlé prennent une certaine dem^ité et s'af&issent, tandis que celles que l'on a remarquées étaient en quelque sorte volatiles ; ce qui fait croire que ces papiers avaient été brûlés depuis très-peu de temps*
// me paraû surprenant que les fiagmens des deux écrits aient été trouvés en partie sous les débris du papier brûlé, et noient pas été atteints par Faction du feu et nen portent ou* cune empreinte.
Si ces papiers eussent été brûlés seulement la surveille de la mort du Prince, les frotteurs ou autres personnes chargées du service des appartemens n'auraient pas manqué de faire disparaître ces vestiges pour approprier la cheminée.
On avait allumé du feu dans la cheminée du salon un peu avant la mort du Prince. (12® déposition»)
Il est difficile de lire ces dépositions et de n'être pas convaincu que ces débris n'ont paru dans la cheminée de la chambre à coucher, ni avant la nuit du a6, ni au moment où , dans cette nuit, des papiers ont été brûlés.
On va voir qu'ils ne s'y trouvaient pas encore dans la matinée du 27.
Manourt. — Ce qui m'étonne , c'est que l'on ait pu, le soir du 27 août et même le %8 , recueillir et réunir ces fragmens. Je vous déclare at^oir regardé à V instant dans la cheminée de la chambre du Prince, et je n'y ai rien aperçu. Ce n'est que le lendemain que Lecomts a dit avoir trompé dans cette cheminée quelques-^uns des fragmens qui composent cet écrit} foi cherché moi-même, et ai trompé dans la cheminée
du Sillon un petà morceau portant le mot noi , qui a été réuni à l'un de ces écrits. On a dit alors que l'écrit a^ait été trouvé dans la cheminée de la chambre du Prince, et la copie dans celle du salon, (6" déposition»)
RoMANzo. — M. Briant était venu nous engager tous , de la part de madame de Feucbères, à rechercher avec le plus grand soin , dans la chambre du Prince , tout ce qui pourrait Tintéresser, disant que le Prince devait avoir laissé quelque écrit qui la concernait. Tai cherché par^ tout y et liai rien trouvé. Le lendemain 28 , M. de Rumigny, aide-de-camp du Roi, qui s'était rendu à Saint-Leu avec MM. Pasquier et de Sémonville , nous invita à cher-^ cher dans la cheminée. J'avais déjà la veille regardé dans la cheminée s'il était possible de s'être introduit dans la chambre du Prince par cette voie; je m'étais convaincu que cela était impossible , la cheminée du Prince étant fermée par une grille, et l'intérieur de la cheminée ne portant aucune trace d'introduction. Obtempérant au désir de M. de Rumigny, je cherchai dans la cheminée et trouvai cinq ou six de ces fragmens y je ne pourrais indiquer lesquels ; je dois /aire remarquer qu'on en a également troupe dans la cheminée du salon. J'ignore si ces deux écrits sont de la main du Prince, et dans quelle intention ils auraient été composés ; la seule réflexion qui m'ait frappé est celleci : le Prince ayant brûlé la veille une grande quantité de papiers , pourquoi n'a-t-il pas brûlé ces deux écrits au lieu de les déchirer, et comment sejiùt-il que cesjragmens n'aient été aucunement atteints par Va£tion du feu ? (19' dé~ position,)
Ainsi Manoury, celui qui, le ay, a pénétré le premier dans la chambre mortuaire, a regardé
à Tinstant dans la cheminée , où il n'a rien Bpet^ çu; Bomanzo, sur la demande de M. l'abbé Briant^ dès le 27, a cherché partout et n'a rien trouvé; il s'est convaincu que personne n'avait pu s'introduire par la cheminée , et les fragmens de papier blanc ne le frappent point ; ce n'est que le 28 qu'il les aperçoit !
Au surplus, M. Bonnie est précis sur ce point:
Ce qui parait certain^ c'est que l'on a cherché dans la cheminée de la chambre à coucher du Prince et dans celle du salon ; j'ai cherché moi-même, et on n'a rien trouvé. Ce n'est que quelques heures après , et même je crois que le lendemain, que l'on a annoncé avoir trouvé ces frag<mens. L'on a trouvé également dans la cheminée les cendres de plusieurs papiers brûlés. Comment sefak-41 que les fragmens dont il s'agù ne portent aucune trace du feu , lorsqu'il y o eu du feu allumé presque tpute la journée pour les autorités qui verbalisaient? (5^ déposition.)
Est-il donc désormais si difficile de dire com-^ ment les choses se sont passées?. Les débris.du projet de placard ont été soigneusement recueillis et conservés , par une horrible prévision de l'usage qu'on en pourrait faire ; et quelques heures après la mort du Prince, ils étaient jetés sur les cendres encore chaudes des papiers brûlés dans la nuit.
Ce qui reste sans incertitude , c'est le fait principal, que les fragmens qui plus tard ont
servi à la ïiecomposîtîon des deux écrits, oti pour mieux dire quelques-uns de ces fragmens , n'ont été dispersés dans le ibyer de la chambre mortuaire que plusieurs heures après que la mort du Prince à été connue et constatée.
Les circonstances relatives à la découverte de ce5 fragmens ont attiré l'attention de M. le Conseiller-rapporteur.
Lecomte , dans lequel on reconnaît bien moins un témoin qu'un affîdé;, se jetle dans Sa déposition en avant d'une pbjection > et essaie d'expliquer commcat les débris ont pu échapper aux investigations du 27 au matin ; puis, il essaie de montrer à la justice le Prince écrivant son testament de mort.
Voici sa déposition : . .
En avant de la cheminée et à côté dH bougeoir, j'ai re^ maifqiié-des papiers brûlés; mais' au fond il y avait des morceaux de papiers déchirés» — L'abbé Briant a dit : <« Ce bon vieillard apait la tâe/aible. » Il insista pour la recherche des papiers^ disant que le Prince avait écrit beaucQVip l$» jovurs précédens ; que madame de Feuchères l'a- Y^t4iuq>rJ3 écriyaujt; qu'elle arait tëmoigné.k désir. de xQ\r ce qu'il étrivait ^ et que le Prisoce refusant^ elle àyait dit:.><^«î'/^Q44l nfffii^^^o'otte petite fS^phie? Le Priilce répondit que fie-^n'^l^^rivait était trop, triste. ( • i .
Sur de nouvelles instances , je ramassai tous les papiers dans la cfaenainée» O^ar^W^ tous ^^^ fragmens^, etc.
D'après de nouvelles recherches, on trouva deux fragmens qui manquaient. ( 9i« déposition. )
Rien de précis , rien de daté.
A quelle époque, Lecomte, avez-vous remarqué ceô morceaux de papiers déchirés qui se trouvaient au fond', dites-vous? Est- ce après une première investigation que vous avejs cédé aux invitations pressantes de Tabb^ Brian t? Au surplus, Lecomte donne là aux débris de papiers une disposition qu'ils n'ont pas, ainsi que M. Guillaume va rexplîtjuer. ' .
' /ComitaQ otk Ta dit, c'est par M. GitlUaUme qu'&iit;été tro^ vés ,Vle 'a7 après P apposition des scfeilés^ aWmdmêhtde se. retirer'{^o\t sa déposition ) , tous les fragmens autres que ceux lierais dans la soirée par Lecortité à Mode la Villegpntîer, et içç^mx ;trouy.és le lendemain.
On demande à M. Guillaume comment il se feit qu'aucurf* d'étix ( les fragmehs) ne paraît avoir été atteint par le feii , et il répond : ' .
Les papiers retrouifés par moi ont éié 'êt^idêmnmni jbify après t incendie de ceux qui étaient bhtûlés en dessous, et Hs^fimunent coiii» iii««.nbioi: i^ESSvs^^-^^Uëtâtdes papiers ^brâlés,* et leuir ^péu d'af&i9sein«i)t> me fait pedser que l'appkrtemént n'élût ^9 été kXvAèp^ft'^fg» les pa-^ piers avaient été brûlés. ( Ifi^ déposition^r) ...
Comme une neigë^dèsfus'^ tfiHèMez'irousy Le-
( »63) comte ? Vous vous trouvez ainsi pour la troisième fois surpris en opposition avec les don^ nées les plus certaines de l'instruction.
Comtne wvr neige dessus !
Ainsi , TOUS n'avez pas Eût une première recherche qui aurait été infructueuse ; car, dès le premier moment', il était impossible de ne pas apercevoir ces débris qui tranchaient par leur blancheur ; vous ne vous êtes pas livré, sur de nouygUles. instances de M. l'afabé Briant , à de nouvelles et plus heureuses investigations ; enfin , il. est maintenant démontré que ces j^agmens, qui formaiéntidans^Ié foyer comme imé mige dessus ^ sLiiraien^ frappé les regards de Mandury^de Romanzb.efe ^è'M. Bonniie dès le 27 au matin. U est donc invinciblement prouvé que, dans l'intention' d'abuser l'opinion- publique et de iâire croire aU suicide dont il fallait bien accuser la niénioire du Prinbe^'ôn a, dans la journée: du 27, et surtout dan6 là niiit du 27 au 1^8 , ou dans la matinée du 28^^ jeté à dessein sur les cendres du foyer des débris de papier qui n'étaient autres que ceux du projet de placard tédi^é, écrit *par le Prînae dès lé c6mmènceraènt du mois d'août, et presque immédiatement anéanti par lui. Cette machination coupable prouvée , et . dont 1 innocence ne se
Ne pillez ni. ne brûlez ni le château ni le village ; ne faites de mal ni à mes amis ni à mes gens. On vous a égarés sur mon compte.
Et l'on ne voit pas, tant la prévention a de puissance , que ce n'est pas lorsque le calme est rétabli partout; que .ce n'est pas surtout le lencjleniaîq de la Saint-Louis, et lorsqu'il e^t encore tout ému des preuves d'amour et de respect dçnt les habitans de Saint-Leu viennent de l'entourer, que le Prince a pu parler ce langage et dire surtout à ceux dont il venait de recevoir les hommages : « On vous a égarés sur » mon compte. » Sans doute il fut un instant où, par suite de perfides insinuations , cçtte triste pensée a pesé sur son cœur.; mais le 23 pu le 24 il disait à M. Bonnie : « On m'avait dit que les » habitans dé Saint-Leu se plaignaient de moi; » on m*a donc trompé? » Le 2S il pouvait reconnaître , quand les municipaux et les anciens du village se pressaient autour de lui dans son salon etiui présentaient leurs vœpx et leurs fleurs, qu'il était adoré ; et si ce n'est pas dans la nuit du 26 au 27, si c'est encore moins dans la nuit du 25 au 26 que cet écrit a été rédigé, on se trouve alors rejeté dans un passé qui 1 n'a d'autre limite que le 7 août, jour où le duc d^Orléans^st devenu roi des Français; et dès-lotis quel rapport né-
( '67 ) oossaire entre cet écrit et ia catastrophe dont on recherche lés causes ?
A' qui persiiadera«4ron i|ue ces mots. prononcée .par un vieillard de soisiante^quatorze^ans*; «i/e n'ai pkiSrqu'à mourir: ^ifakmitÂes vœi^x pçur, h peapleifrançais et'pour ma patrifij, )\ aont synonymes de ceuii^ . : a Quç; l'on ^'inn quiète tp^&Diine.; jc'ai dispoîsé de moi* Je i^e » suis donné la mort J » ou t « Je meurs en » faisant des vœux poui:.la.Fjrance\? » , . Oèsi. l?s piremières lignes ,. dès, les preaiiers ndbts^ le Prince a parlé le langage d'uji propx'îé* taire ^dW maître absent qui s'efforce de placer !$ous une tégideimpéBétrsd^ile son dpmaine^ ses Serviteurs set ses aïnis. >. '
: (Relisons: ... , >
' Suint^Leu . et, ses- .dépendances . appartiennent à votiê roi Philippe ; ne pillez m ne brûle t ni le '.château ni Ip village ^ ne f ailes de mal à personne, nia mes amis. ni à mes gens.
Le Prince abandonnant Saint-Leu ne peut paiB parler ua. autre langage.. . .
Du.refite^ que dit-il de^ luitmênae?;/ ..
- .Qu'il va mettre .fin. à se& jours?... Nom..!
u« On vous a égarés, sur mon compte, (ce qm
date le placard et le rejette dans une période
antérieure au »5 août ). Je n'ai qu'à .mou^
» rir en souhaitant bonbaor et proapérité au )> peuple français et à ma patrie. »
Mais, où donc exbalera-t-il ce vœu si digne de son cœur ? Foulera*t«il eocore le* sol natal , lorsqu'il descendra dans la tomj^e en appelant les bénédictions du Ciel sur ses concitoyens? Il ne le sait pas ; mais ce qu'il sait, c'^est <jue dans sa pensée du ; moin& il s'éloigqe de son pays et' ne le reverra plus.
Jldieu pour^ toujours.
Ces mots , dans un écrit qu'il n'qst plus pos- ^sible dç considérer comme un testament é% mort, ne s'expliquent plus que par cette nouvelle expatriation dont il faisait les* apprêts au moment même de la rédaction du placard.
Cependant son voyage pourra-t-il s'accomplir dans cette contrée soulevée par le bruit de sa fuite ? Ne verra-t-on pas se renouveler l'une de ces scènes si fréquentes à l'époque de la preluière émigration ? le peuple ne se jettera-t*il pas aut-devant des dievaux ? £h bien ! si dans un premier tumulte il trouve la mort qu'il a tant de fois bravée, qu'il soit enterré à Vincennesprès de. son infortuné fils. C'est à l'autorité deyenue maîtresse du désordre que s'adresse cette prièr^e consignée dans vie post* scrîptum ; .« Je demande à être enterré à Vin^
( i69) cennes auprès de mon infortuné fils \ »
C'est le vœu du dernier des Condé ; et cette pensée , qui fût celle de sa vie , cette pensée dont il a si long-temps nourri ses amers regrets, le père du duc d'Enghien la mêle à des adieux an moment d'exécuter un projet dont il ne peut prévoir les suites.
On le voit; l'écrit se trouve en parfaite harmonie avec toutes les pensées que suscitait naturellement le projet de départ ; et c'est ainsi que cet écrit justifie en même temps l'éloge donné au Prince par plusieurs témoins, d'être ponctuel , réfléchi et plein de prévoyance.
Et d'ailleurs les fragmens n'avaient-ils pas reproduit le brouillon et la mise au net ? N'avait-on pas pu se convaincre en comparant les deux écrits, que la rédaction définitivement arrêtée avait été soigneusement élaborée ? ce que l'on conçoit quand il s'agit d'une sorte de manifeste; mais en présence de la mort peut-on comprendre tant de soins et tant de recherche? Le voyez-vous ce malheureux qui, sur les bords de l'abîme, songe à minuter son désespoir?
Dira-t-il : aSaint-Leu appartient au Roi, au roi Philippe, » ou bien, « à votre roi Philippe ? » Qudle sera la plus élégante expression des vœux formés pour la France ? Par cette facile
( no )
comparaison entre le broHilkm et la rédactiaB^ adoptée, on pouvait se< co<ivaiiiGre . que' ces mots : oéHeu pour toufours ^ auxtjuels on > yeut donner tant d'importance y n'étaient pas sur le premier projet. Ce n'^st qu'eri écvi^ast la mise au net que le Prince y se jetant an^^derant des perquisitions et des recherches, a fait comprendre par un mot qu'on le chercherait vainement à Sain t-LeU; ' ' : )
Enfin, les deux écrks^ le brôuilloii et: la mise au net, ont été compris dans une même desti^uctidn. Le Princeles a mis* en .morceaux;
Si donc Tidé^ dû suicide à'^àit offerte à la pensée du Prince ; si , dans ce projet d'un moment, il avait écrit d'éternels adieux^ l'élat dans lequel se troiivait ce monument d'un iustant de faiblesse attestait que le. Prince avait retrouvé son courage et sa vertu. Et c^eU ici que les dates sont précieuses. L'écrit, ou;pour mieux dire les écrits, sont antérieurs, au 2S août, à cette fête de la SaintrLoais où ^le PrinCie avait pu se convaincre «des sentimens^de respect et d'amour qu'il inspirait; Depuiisle 25, aucutie raison ne pouvait le-ram^sner au- projet dont il aurait triomphé. Toutes, sqs. actions^ toutes ses paroles sont au contraire empreintes de calme et d'avenir. Si les fragmens pouvaient
avoir le sens qu'on leur prèle, les.quarante-un morceaux qu'ils composent attesteraient que le Prince ne s'est pas donné la mort, r C'est l'opinion du général Lambot , qui se trompe sur la date et sur le sens des demt écrits, mais. qui , du moins, ne se refuse pas à rinvincible conséquence qu'amène le fait de leur destruction.
Ce témoin pense que les deux fragmens ont été écrits dans l'intervalle de l'entrevue avec M. de Cossé au dîner.
C'est une première erreur. Le «6 août, à quatre ou cinq heures (car M. de Grosse est arrivé à trois, et l'on a dîné à six), iS Prince n^aurait pas dit aux habitans dont il avait reçu les vcpux et les bouquets : On vous a égarés sur mon compte. Le général n'interprète pas les écrits avec plus de bonheur; mais au surplus il termine en disant , après d'autres réflexions : « Il à dû renoncer à ce projet (celui de se détruire), puisqu'il a déchiré la lettre, et qu'il l'a jetée au feu. Ainsi, à mon avis, la question demeure entière, d
II ne fallait donc que de la réflexion pour se pirésèrver dé l'illusion que (Ses deux écrits ont un instant produite ; mais, on l'a dît, tous les esprits étaient dominés ou feignaient de l'être
( «7^ ) par la circonstance de la fermeture intérieure^
M. de Surval, en rendant compte daos la fin de sa déposition de cequifut un moment son erreur, explique celle de tows ceux qui, comme lui , se trompaient de bonne foi.
Baron de Suryal. — D. Vous connaissez les deux écrits dont les fragmens, etc. Aviez-vous connaissance que, dans un moment de terreur, le Prince les eût compose's et rédigés? A quelle idée , dans votre opinion, pouvaient se rattacher ces deux écrits ?
A. Je passai avec le Prince presque toute la journée du aS août, surveille de sa mort Je le trouvai fort triste et fort affligé; mais il ne me parut point efirayé. Cependant je i^'iai jamais attribué les écrits dont il s'agit qu'à la crainte qu'il avait de voir assaillir son château par quelques bandes de mauvais sujets, et au désir qu'il avait de les détourner de toute voie de fait, en faisant afficher les placards dont il avait le projet, et sur lesquels il déclarait particulièrement que le château appartenait au Roi ; circonstance qui trouve son. explication par la vente pro* jetée à madame Adélaïde.
jP. Ne pourrait-on pas croire que ces deux écrits au? raient été rédigés par le Prince à la sollicitation de madame de Feuchères, qui avait un si grand intérêt à là conservation de Saint-Leu? Ce qui pourrait porter à lé supposer, ce serait notamment l'interprétation que vou-* lait donner à ce sujet l'abbé Briant, ainsi que l'atteste un témoin ; ne serait-il pas possible que le Prince ayant déchiré ces deux écrits , on en eût conservé les fragmens pour les produire au besoin ?
R. Mon opinion n'est pas bien fixée à ce sujet. Le grand
intërét cepetidant que madame de Feuchères avait à la coDserv&tîoii de Suhit-Leu , à la veille' où elle était d'en recevoir* le prix 5 et l'iaUégation bien extraorditiaire de l'abbé BriaDf»pça]^ii(|Eâre supposer bi«n des choses.
D. Pouvez-vqus vo.îr .dans ces écrits ridée d'ua suicides ?
R. Je conviens qu'au premier aperçu et le jour dç la mort du Prince , je fus , comme toutes les personnes pré* sentes , frappé de l'idée du suicide , et que ces derniers mots de l'écrit: « pour moi, il ne me reste plus qu'à mou- » rir,'.» avaient^ en quelque façon, corroboré cette idée 4aiis mon esprit; mais toutes les circonstances connues ultérieurement m'ont promptement £ait revenir de cette opinion , et ces mêmes mots n'ont été pour moi que l'ailé|[ation d'un vieillard malheureux et accablé de la vie, qui, d'un instant à l'autre, attend la mort. (7^ déposùiofi,)
II faiit dire que depuis qu'une expérience^ souvent réitérée, a dissipé l'illusion, si fatale à la vérité, que la fermeture intérieure avait produite, tous ceux dont l'opinion mérite d'être comptée se sont fixés sur le véritable sens de récrit.
Baron dk Pusjêan.*^ D, A quelle occasion et dans quel but croyez-vous que le Prince aurait écrit ces mots?
R. Le Prince redoutait surtout les émeutes populaires ; je pense que c'était un placard qui devait être apposé à ia grille du château. Le Prince voulait placer sa propriété sous la protection du- Roi lui-même. Ces expressions, SiiifU^Leu et ses dépendances appartiennent à votre roi Phi-*-
lippe; ne pillez. ni ne. brûlez , me confirment dans cette
opinion. Je ne puis m'expliquer ces motSy je n^àiqu à mow rir, etc., que dans l'idée que, dans le cas où l'émeute po-
pulaire eût ëtë dirigée contre la personne dti Prince, il voulait épargner à ses gens et anx babitans de Saint-Len les conséquences qui aùrasimt pu en résulter.
Le Prince , ainié et yéniéré àSoiivl-^Leu, en avait eu les preuTes le jour de sa fêle; inaâsun' habitant de Sainte Leu avait menacé d'aller chercher les gens defi^fiatubourgs. J'ignore si ce propos a été rapporté au Prince. ( 3« déposition,) ' ' '
MiANocïiY. '**- Je pense que- si le Prince avait écrit ces fragnwns^ t'était dans l'intention d'e& faitfe une espèce de placard' pour servir de sauvegarde au e^iâteau en cas d'une invasion. Il avait donné des ordres à Aubry, con^ cieiige du château, pour acheter un drapeau tricolore «* e^ ce qui nie confirme dans mon (fpinion, e^'CH que^ ^ict ou huit jours at^ant sa mort y le Prince m'avait donné ordre d'emporter hors de sa chambre la potub^e et le pUmb qui y restaient lime dit mâne^à cette occasion : n,J^aivu la pre^ mière révolution; les Parisiens pourrçUefU se r (pondre, dans les campagnes, comme on Va fait à cette époque, et piller les châteaux', ils pourraient croire que je cherche à me défendre. (6** déposition») - - . . ,
M. HosTEiN. — D. Lorsque le Prince vous montra ce papier plié ^ vous paraîssaif^l dans l'intention de suivre ce projet de proclamation ? .
/?• Le. Prince ne paraissait y attacher aucune itnpor^
tance.
■Quaiid j'appris que l'on avait trouvédans la cheminée de la chambre du rPrinee des fragmens de papie^ que l'on avait réunis. pour en composer un écrit indiquant l'idée du suicide, je fus frappé de la coïncidence de cet éctit avec la si^hstance. du papier^que le Prinde m'avak -tnt)nlréquihze jOfin's>avant^ et^dont il avaii bient voularae
donner l'explicalioD. Le Prinee éêaà trop pradaU en fùvxes choses pour, s il wait wmlti se donner la mort, ne pas expri^ mer hfutemfini ^ ponsigner élqns un écrà authentique cette intention,.pour ne laisser planer de soupçons sur qui que eefiU* lie Prince était le premier cbeTalier de son siècle; ses principes repoussaient Tideè d'un suicide. (i8* déposition,)
Enfin, l'abbé Briant, oui, l'abbé Briant luitnéme reconnaît qpe les fragmens apparteoaiant à un projet de placard qui.devalt être U|ie,safiv6garde pour le domaine de Saint-Leu.
« rajoute, dit AL ns Vwmxs, que donnant lecture à quelques «personnes des fragniens qui avaient ^te rapprochés, Vabbé Briant ^it qu'il (tait chargé dedonnen tinUrpré-^ talion de la première phrase. Par qui , et à quel titre , lui dis-je, vous chargez-vous d interpre'ter une pensée de Monseigneur, qu'il a lui-même anéantie en déchirant cet écrit? Je refusai de Fentendre , loi tournai le dos, et remis la cop^fs dâi^'n^ ppche. V (3* d4posàion,)
• Il 'e&t sans dôtrtef assez extraordinaire que l'âibbé Brîànt ait déclaré qu'il était chargé d'ex- • pliquer la première phrase de l'écrit recomposé ; et sans doute il est regrettable que M. le baron de Préjean ne l'ait pas écoulé; mais M. de Belzunce-û'eu pldar de patience, et voici ce que Mj' de Préjèart r&ppelle à 'ce sujet :'
Baron de Prejean. — L'âhbé Briant dit à M. de Belzuncév)ë crois, que Saiiit-Leu et ses dépendances n'appartenaient point au Roi , mais à madame de Feuchères ; que
céUiàJi une espèce de senu^e^arde pour la propriété^ (3* dépo^ sUion.)
Le sens de Técrit dont on a tant abusé est donc désormais irrévocablement fixé, et les soins pris pour semer les débris du placard sur le foyer, où ils n'étaient pas le matin du 27, où plus tard ils tranchaient comme une neige; ces manœuvres dont le but est évidemment d'accréditer la croyance du suicide, ne peuvent plus laisser qu'une conviction, celle que le Prince apéri victime d'un odieux assassinat.
Il existé une relation évidente entre le crime commis dans la nuit du a6 et les moyens employés dans la soirée du 27 et dans la journée du 28 pour accréditer 1^ supposition du suicide: or, d'après un témoin, c'est Lecomte qui^ dans la soirée du 27, a. remis à M. de la Villegontier les premiers fragmens qui se sopt copiplétés dans la journée du a8; et c'est le dimanche ag, de grand matin, que madame de Feuchères a quitté Saint-Leu pour se rendre à Paris], où elle est arrivée dans la ms^tinée.
Que madame de Feuchères se. retira maintenant dans le palais du prince de Condé; de cruels souvenirs vont l'y poursuivre.
Lemouettre , fiotteur chez madame de Feuchères* — Madame de Feuchères est revenue à Paris le dimanche ag
août dans la matinée ; l'abbé ^riajqt^est ^eyenu ayec eUe. Il a couché pendant quinze nuits consécutives sur un lit de sangles, dans la bibliothèque de madame de Feuchères , laquelle est entre la chambre à coucher et le cabinet; de toilette. Le témoin faisait tous les jours son lit. Il a entendu dire que l'abbé Briantétait^rmë de de«x pistokts, mais il ne les a paâ.vus^L'abba Brian t était parti pour Saint-Leu, le même, jour que .I7ia4ame de'Feudbèr^*; mais le témoin ne sait s'il était dans la voiture. U^e^jt.^n^ core chez madame de Feuchères, dans l'appartement, qu'il occupe depuis deux ans au second à droite. — La baronne dé Flassans a couché aussi pendant une quinzaine de jours dans la chambre de madcsne de Feuchères sa tante, i>. (59" déposition,) , 3 . ....
. Michel, valet-de-^ied chez madame de Feuchères. — Il croit que c'est le 24 ou le 25 août que madame de Feu-* chères est allée à Saint-Leu; il croit, sans l'affirmer, que l'abbé B riant l'a accompagnée. Madame de Feuchères est revenue à Paris le surlendemain de la moH; dii Prince , avec madame d^e Flassans sa nièce, à ce qu'il croit; il n'a pas vu l'abbé Briant avec elle. Ce dernier a couché sur un lit de sangles dans la bibliothèque de madame de Feu" chères, entre sa chambre à coucher et son cabinet de toi-lette, le jour m^me de son arrif^ée et pendant quinze nuits consécutives. Il a entendu dire que l'abbé Briant était armé de deux pistolets, mais il ne les a pas vus pendant ces quinze jours; il les avait vus avant dans la cham-. bre de l'abbé. Sa chambre était située au dejuxième à droite ; l'appartement de madame de Feuchères, au premier à gauche.
Pendant ces quinze nuits , madame de Flassans a couché dans la chambre de sa tante sur des matelas étendus
par terre ; il présume que la i>iV« impression causée à ma" damt de Feuchères par la mort du Prince a seule dicté ces précautions ; ni auanty ni depuis, il n'a vu personne coucher dans les appartemens de madame de Feuchères, {6fQ^ dépo^ sitwn.)
Baron de Flassans , nef^eu de mad/àne de Feuchères. — Z>. Pourquoi l'abbe' Briant a-t-il couché quinze nuits consécutives dans la bibliothèque de madame de Feuchères, bibliothèque contiguë à la chambre à coucher qu'elle oc«cupe au Palais-Bourbon ?
R» Se présume que c'était à raison de l'émotion qu'épron" i^ait madamje de Feuchères, Je sais que mon épouse a cou*ché pendant plusieurs nuits dans la chambre à coucher de ma4ame de Feuchères. Après des événemens de cette nature on est tout bouleversé; madame de Feuchères en a été malade pendant plusieurs jours. (89*" déposition.)
Quand madame de Feuchères essaiera de soulever cette masse de témoignages accusateurs, qu'elle ne s'empresse pas de supposer que l'intérêt personnel a seul pu la trans<former en coupable, car elli^ serait encofe combattue sur ce point par l'opinion désintér<issée d'une personne toute remplie d'indulgehce, et que le Prince comptait au nombre de ses plus anciiennes amies.
Mademoiselle de Dort an, dame d'honneur de feue madame la princesse de Condé, J'étais à Bourbonne-les^Bains le 27 août... Je ne puis croire que le Prince se soit porté à cet acte de désespoir ( le suicide ) ; je le connais trop bien depuis 1792, etc.
Je ii€ puis me persiiadar que Monseigneur ait fjBdt les apprêts du suicide ; à peine pouvait-il faire usage de ses mains A mon retour à Paris, ayant recueilli les diverses circonstances qui se rattachaient à la mort du Prince , j'ai cru det^oir m' abstenir de voir madame de Feuchères , quoique le Prince Veut souvent recommandée à mon amàié.
he Prince n'avait qu'un défaut, celui d'être trop bon , et madame de Feuchères avait sur son esprit un ascendant prodigieux : il cédait toujours pour avoir la paix. (io4* déposition.)
Lecomte.
Lecomte est responsable, aux yeux de la raison toiïime à creux de la loi , de la vie de son naaître. Dépositaire de la clef qui fermait la porte sur le corridor, il a du, en se retirant, s'assurer que la porte de l'escalier dérobé était fermée en dedans. Personne n'admettra que Lecomte n'ait pas su que cette porte donnait daiis lé corridor d*en bas, et que par cette issue l'appartement intérieur du Prince était acèessible à tous.
ïl faut liiéme reconnaître que l'invraisemblance dé la version présentée par Lecomte à ce sujet ne répand que trop de jour sur sa culpabilité.
Mais Lecomte n'a-t-il donc à se reprocher qu'une simple omission, qu'une fatale négli-
gence? A-t-il seuletnent oublié de s'assurer de l'état du verrou? Non, la faute de Lecomte est plus grave ; c'est bien volontairement qu'il a laissé le passage libre, et voilà le secret dont son cœur est oppressé. Toutefois , il reste possible d'examiner si c'est avec connaissance que Lecomte a donné les moyens de consommer le crime. L'injonction ou la prière de laisser le verrou ouvert étaient- elles accompagnées de l'horrible confidence, ou le valet -de -chambre a-t-il dû ccgnprendre une tout autre pensée ? Cette question resterait incertaine si la conduite tenue par Lecomte dans l'affaire et dans l'instruction ne venait pas la résoudre.
Le 27 au soir Lecomte remet à M. de la Villegonlier, comme les ayant trouvés dans la cheminée, les premiers fragmens qui ne s'y trouvaient pas le matin. Dans l'instruction, il se met en contradiction avec la vérité; il déclare sous la foi du serment que madame de Feuchères s'est rendue dans les appartemens du Prince, en passant par l'escalier dérobé; et il est constant qu'elle est montée, et ce qui -est plus remarquable encore, qu'elle est redescendue par la route du grand vestibule. wSe mettant en contradiction avec lui-même, il déclare à la justice que madame de Feuchères ayant frappé le
( i80 matin du 27 à la porte de l'escalier dérobé , il a été ouvrir le verrou, et il oublie qu'en présence de M. Bonnie, il a fait à Manoury une réponse à jamais inconciliable avec une pareille décla* ration. Enfin, la vue des restes mortels de son malheureux maître parle à son âme déchirée; un poids l'oppresse... et quelques jours après, ce secret de la conscience qui se révélait dans la chapelle ardente, ce sont les avantages qu'il perd à la mort du Prince et les entraves qu'il s'est imposées par son traité avec son successeur. Lecomte ne reverra plus madame de Feuchères..., et pourquoi? C'est que, dans la scène du 26 août, elle a prononcé les mois: On dit un, Je le veux avec un accent dont il frémit en^ core.... Il existe évidemment d'autres motifs, et la justice voudra les connaître.
iJabbé Briant.
Qu'est-ce donc que l'abbé Briant? Quelle était sa position, soit à Chantilly, soit à Saint- Leu ? Quelles fonctions y remplissait-il ?
Quels étaient les sentimens du Prince pourlui?
A quelle époque est-il arrivé dans la dernière résidence que le Prince devait habiter?-
N'a-t-il pas, au mois d'août i83o, prolongé à Saint-Leu son séjour plus que d'habitude?
Quelle a été sa conduite après la mort du Prince ?
Ce sont là les questions que suscite le seul nom de l'abbé Brîant.
L'abbé Brîant, d'après les dépositions des témoins, était l'instituteur de madame de Feuchères, qui l'avait pris, du consentement de Monseigneur, pour s'occuper avec elle de Tétude des langues anciennes et modernes, de celle de la géographie et de Fhistoire {M. de la Villegontier). Leclerc dit que M. labbé Briant était le secrétaire ou l'aumonier de madame de Feuchères, à laquelleil donnait des leçons; Manoury déclare qu'il la suivait partout. Du reste, les témoins se réunissent sur cette double vérité , que l'abbé Briant ne faisait pas partie de la maison de monseigneur le prince de Condé, et que ce Prince ne le voyait qu'avec répugnance.
Arrivé à Saint-Leu, avec madame de Feuchères, quelques jours avant la mort du Prince, l'abbé Briant a été logé dan9 une des chambres qui correspondaient directement, et sans passer par le grand vestibule, avec l'escalier dérobé.
U paraît que dans l'habitude, l'abbé Briant ne faisait que des apparitions à Saint-Leu ; et
( i83) c'est ce qui résulte d'une déposition de M. Boniiie. A l'époque de la mort du Prince, il y était depuis quelques jours.
D. Savez-yous pourquoi il y était venu ?
M^ Je l'ignore, et /oi â^ étomàé de Cjr vêir aussi long^ temps. (5® déposition»)
On va voir que le Prince ne savait pas se rendre maître de la répugnance que cet homme lui inspirait.
Comte DE LA Ville GoiïTiER. — Plusieurs fois fai cru m apercevoir que Monseigneur rt aimait pas Vabhé Briant. (i" déposition,)
Baron de Pré je an. — L^éloignement de Monseigneur pour l'abbé Briant était connu. Le jour de la Saint-Louis j'ai entendu dire qu'il ne reçut l'abbé Briant qu'année peine et fort peu de tempsy toutefois en donnant Tordre de faire entrer M. le ge'neral Lainbot en même temps que lui. {3' dépo^ sition, )
Manoury. — D. Le Prince n'a-t-ilpas témoigné plusieurs fois et très-vivement de l'éloignement pour M. Briant?
a, Lecomte m'a rapporté que le jour de la Saint -Louis , fête du Prince , il annonça à Son Altesse que l'abbé Briant venait lui offrir ses hommages. Le Prince dit 4vec vivacité: L'abbé Briant! et qu'après avoir réfléchi, il dit : jéllez dire à Lambot d'entrer avec lui, (6* déposition.)
M. BoNNiE. — D. Le Prince n'a-t-il pas témoigné trèsvivement et plusieurs fois de l'éloignement pour l'abbé Briant?
H. Oui, Monteur,
D. Serait-il vrai que le jour de Saint-Louis, lorsque le Prince apprit que l'abbé Briant était au château et demandait à lui être présenté , il ait manifesté un vif mécontentement?
R. C'est vrai ; le Prince le voyait avec répugnance^ et il fit donner au général Lambot ordre de l'accompagner. (5* déposition,)
Il est évidemment superflu de multiplier des témoignages sur ce point.
Il ne s'agit pas de s'armer contre l'abbé Briant du sentiment pour ainsi dire instinctif que le Prince éprouvait à sa vue; mais il faut observer la conduite, après l'événement, de ce confident intime de madame de Feuchères, de ce compagnon de tous ses voyages, de ce dépositaire de tous ses secrets.
Que madame de Feuchères ait pensé que le testament lui concédait d'immenses avantages, et à cet égard elle ne s'est pas trompée , c'est ce qui résulte d'une démarche faite par l'abbé Briant.
M. l'abbé Briant était dans la conviction que le testament donnait à madame de Feuchères toute l'argenterie qui, au moment de la mort, se trouvait à Saint-Leu ; c'était une erreur sans doute, mais cette erreur, que M. de Flassans partageait, donne la mesure des espérances de la dame de Feuchères. Or, la question d'inté»
rêt traitée sous le 1er § de la deuxième partie de cet écrit, ne se décide pas moins par l'opinion que madame de Feuchères s'était formée du testament, que par la réalité même. Il y a donc utilité de constater les démarches de M. l'abbé firiant sur ce point, et même celles de M. de Flassans.
Dauvert, cAç^ de l'argenterie, — Le soir de la mort du Prince , l'abbé Briant l'appela sous le vestibule et lui dit de bien prendre garde à l'argenterie; carie Prince, par son testament , avait donné à madame de Feuchères Saint-Leu et ses dépendances, et tout ce qui se trouverait à sa mort dans le château de Saint-Leu : l'argenterie en faisait partie. Il ne connaissait pas le contenu du testament, et ce n'est que quelques jours après qu'il en eut connaissance.
n répondit à M. Briant qu'il ne remettrait l'argenterie que sur l'ordre de l'administration, qui la lui avait confiée.
La demande de Tabbé Briant lui parut tellement extraordinaire qu'il ne put se défendre d'un peu d'humeur en faisant cette réponse. (lo* déposition.)
Le mène» — Le surlendemain (de la mort du Prince), M. le baron de Flassans, commandant les équipages du Prince et neveu de madame de Feuchères, m'a fait la même recommandation; je lui répondis comme je l'avais fait à M. l'abbé Briant.
Le lendemain , M. le baron de Flassans , qui avait été à Paris, me dit à son retour qu'il s'était expliqué avec M. le baron de Surval, relativement à l'argenterie; qu'elle
napparlenait pas à madame de Feiichères. D ajouta : « Prenons que je n'ai rien dit; c'est enti'e vous et moi. » (85* déposition.)
Ce qui mérite encore plus d'importance , ce sont des démarches qui signalent chez madame de Feuchères les craintes d'un acte révocatoire.
Maîtres de la chambre et du lit, les assassins ont pu sans doute , dans la nuit du 26, se livrer à plus d'une recherche et à plus d'une destruction ; réduits à l'impossibilité de sortir du château, ils ont pu et dû prendre le parti de brûler dans la chambre même les papiers qu'il était de leur intérêt d'anéantir, et qu'une perquisition faite le lendemain , comme il était assez probable , aurait pu découvrir. Cette action supposée du Prince pouvait d'ailleurs se concilier avec ce suicide dont on construisait les apparences.
Mais n'existait-il pas dans un dernier réduit une ligne vengeresse qui ne laisserait aux auteurs du crime que des remords et des dangers ?
Les recherches les plus actives peuvent seules calmer de semblables inquiétudes, et quçUe n'est pas l'activité de celles de l'abbé Br jant ?
RoMANzo, dans l'instruction de Pontoise. Peu après (rentrée dans la chambre mortuaire), Fabbë Briant vint nous trouver et nous dit, je crois de la part de madame de Feuchères, qu'il fallait bien chercher, qu'on devait trou'^ çer quelques papiers destinés à cette dcane.
M. BoNiïiE. — Z>. L'abbé Briant n'a-t-il pas demande dans la matinée du a 7 que l'on Ht la recherche des papiers destinés à madame de Feuchères ?
R. Oui, M. l'abbé Briant est entré dans la chambre du Prince presqu'en même temps que nous. Il s'est livré luimême à la recherche des papiers sur la table et la cheiminée; il a surtout demandé ayec instance si l'on savait où était une petite boite cerclée en or qu'avait le Prince.
« Elle doit être dans la commode, dit Manoury, puisque c'est là que le Prince la plaçait ordinairement. » L'abbé Briant répondit : Non, elle n'y est pas, même avaM que Leclerc eût ouvert la commode. (5* déposition.)
Il n'est que justç de dire que l'instruction a dissipé ce qu'il y a d'accusateur pour M. l'abbé Briai;it, dans cette dernière déposition.
Manouet déclare (117* déposition) qu'à la vérité l'abbé Briant vint quatre ou cinq fois demander si l'on n'avait pas troi)vé des papiers et une boîte , mais qu'il ne lui a pas entendu dire : Non^ cette botte jCy est pas (dans la commode).
Ce qui reste , c'est l'extrême importance que M. l'abbé Briant attache à des papier» qui doivent ou qui peuvent exister chez le Prince. Ce qui restera aussi , c'est l'explication que madame de Feuchères a donnée de ses inquiétudes quand i) esl devenu certain qu'aucun papier ne vieudi*ait modifier l'état de dboses établi par le tes* tament de 1 82g. «Je craignais, disait-eUe^ que le
Prince, trompant l'espérance de la maison d'Or* léans , n'eût pris le parti de me tout donner. »
Et d'où vous venait donc, Madame, cette généreuse anxie'té ? l'auriez- vous puisée dans les mystérieux apprêts d'un départ dont la politique n'était que le prétexte , dans les épouvantables scènes qui ont rempli les derniers jours de la vie du testateur, et dans la froideur, la répugnance et l'effroi qui succédaient enfin aux sentimens dont vous aviez abusé? N'avez-vous pas dit dans la matinée du 27 : « Je voyais bien que, depuis quelques jours, j'avais perdu la » confiance du Prince ! » (Homanzo^ 19® déposition.^ N*avez-vous pas dans la journée même, et comme l'a dit un témoin (voir page 1 43 du présent écrit), chargé la mémoire du Prince du reproche d'ingratitude? Comment voulezvous que l'on ne pénètre pas dans la véritable cause de vos alarmes et des recherches qui sont faites en votre nom ?
Les magistrats examineront si les faits per-* sonnels à l'abbé Briant n'établissent pas sa complicité, ou pour mieux dire cette question se trouvera résolue à leurs yeux lorsqu'ils verront l'abbé Briant donner de la vraisemblance au suicide par une supposition dont il connaissait toute la fausseté.
Le duc de Bourbon est mort dans la plénitude de sa raison ; sa correspondance du mois d^août le prouve, des témoins l'attestent ; et si sa volonté dominée, contrainte, ne s'est pas librement exprimée dans le testament , du moins est-il certain que sa maison ne Ta jamais vu meilleur et mieux en possession de toutes ses facultés morales que dans ces dernières journées, où il préparait, avec tant de calme et de prévoyance, son départ pour Chantilly.
£t cependant l'abbé Briant, dans un intérêt trop facile à comprendre, calomnie la raison du Prince.
Ecoutons et l'abbé Briant et les témoins qui vont le confondre.
Manourt. — D. N'est-ce pas Vabbé Briant qui le premier, et seul, a répandu, le jour même de la mort, lé bruit de la démence du Prince ?
R, Je lui ai entendu dire : Ce vieux bonhomme a perdu la lue, et voilà pourquoi il s'est suicidé. Ici je dois faire observer que jamais à ma connaissance le Prince n'avait donné aucun signe d'aliénation ; il a coriserf^é sa présence d'es^ prit ' et la fraîcheur de ses idées jusquà C instant de sa mort.,\idi veille , le si6, il a fait une partie de whist qui at duré jusquà onze heures et demie du soir; j'ai entendu dire, et la maison du Prince peut l'attester, qu'il avait porté son attention ordinaire au jeu, et qu'il avait même critiqué quelques coups. J'ai également entendu dire que M. de Gossé-Brissac, qui avait été retenu à dîner, ayant
parlé à table des caricatures exposées dans Paris, le Prince dit à madame de Feucbères : Failes^-le donc taire, (6* cfeposition.)
Comte DE LA ViLLEGONTiER. — En général, les paroles de M. f abbé Briant dans Tappartement de Mouseigneot ftirent d'une brusquerie inconvenante.
Z>. L'abbé Biiant n'a-t-il pas dit plusieurs fois, le jour de révénement , que le Prince était fou , que c'était uu vieux qui radotait ?
E, Oui, je Fai entendu, (i'*' déposition,)
M. ËoNNiE. — D. N'est-ce pas l'abbé Briant qui le premier et seul a répandu le bruit de la démence du Prince, eli disant que depuis quelque temps le Pri&ce radotait?
K Gela est vrai, je le lui ai entendu dire moi-4néne. (5* déposition.)
Le Prince, dites-vous, n'avait plus sa raison depuis quelque temps?
£t l'on voudrait qu« les héritiers du sang laissassent la mémoire du dernier des Condé entachée de toutes les suppositions dont on oise la flétrir! Les magistrats remarqueront que l'abbé Briant ne s'est pas renfermé dans l'expression d'une opinion qui ne pouvait être la sienne. Cette opinion dont il ne peut pas ignorer ta fausseté, il s'effot^ce de l'accréditer, dé la répandre. C'est pai- là qu'il agit datis les premiers momens sur ^opinion publique , et peutêtre sur celle des magistrats eux-mêmes, que des relations personnelles avec ie Prince ne
( '9ï ) mettaient point en garde contre le piège qu'on léiîr tendait.... Quel plus grand service à rendre au^ auteurs du crime ! quelle plus habile complicité !
Dupré.
On Fa déjà dit, le Prince séparé par une grande distance de son valet-de- chambre, qui couchait en dehors des appartemens, de Tautre côté du corridor et tout auprès du grand escalier ; le Prince couché dans une chambre que l'isolement entoure dte toutes pîarts , reposait au milieu des gens attachés au service personnel de madame de Feuchères.
Dans ce pavillon qu'il habite, se trouvent les époux Dupré, créatures de madame de Ffeuchères, la femme Lachassine sa femme-dechâmbre, et les familiers de madame de Feu* chères, comme Tabbé Briant.
Sans doute la femme Lachassine , la famille Dupré surtout, placés immédiatement sous la chambre , peuvent tout entendre ; mais dàtt^ la nuit fatale du a6 aucun d'eux n'a rien eft tendu ; et cependant de Tentresol de Dupré on entend la pendule sonner, on entend le plus léger bruit, et surtout les pas du Prince. Mais quoi ! les apprêts du suicide ont amené d'inévitables déran-
( '9^.); gemens, le Prince s'est le!/é^ila43;iarQhfy,ejr3îia
fatale croisée , il a du approcher uuç.cUs^i^e j*ce . n'est que péniblement .du napin^ qu'il s'est e?s;haussé; enfin il n'a pas pp quitter la chaire, il, n'a pas pu porter cle tout son poids sur l'attache de l'espagnolette, sans quW bruit, le balancement de la.çj;iaisfi-^,.uu ébranlement inévitable.... : les époux Dupré n'ont rien entendu....; ils n'entendent rien quand ils dorment : mais quand ils dorment, l'ébranlement Je craquement d'une croisée située au-dessus de leur tête, ne peut'il pas les réveiller?... Usn'ont rien entendu!
Soit , et la justice pourrait peut-être se contenter de cette réponse , si des circonstances n'étaient pas venues compliquer la situation de ceux qui la font.
Ces circonstances ne sont pas sans doute au point de démonstration où des débats publics pourront les conduire : mais du moins, en lisant cette partie de l'instruction, reste-t-on convaincu que cette parole : « Nous n'avons rien entendu, » a perdu de sa puissance.
Florence Payel, dgée de neuf ans, — Elle jouait un soir avec le fils de Dupre', âgé de neuf , ans, dans la cour des écuries, au Palais-Bourbon ; il lui dit que son père et sa mère étaient bien riches , qu'ils aidaient beaucoup d^ argent* Elle était seule en ce moment avec lui ; sa sœur n'y était pas. (72* déposition.)
('93) Dans les premiers jours dé janvier Dapré et sa femme ont quitté le service de madame de Feuchèresy qui les a repris depuis; et voici comment un témoin^ Lesobre, s^en explique :
Au mois de septembre dernier, madame de Feuchères lui fit offrir la place d'ai|;entier, qu'il a remplie pendant quelques jours , au bout desquels il accepta celle de valet-de-chambre. Ses idées l'ont porté à quitter madame de Feuchères, quoiqu'il n'ait pas essuyé le moipidre désagrément de sa paît. Dupré et sa femme ont quitté ma<dame de Feuchères dans les premiers jours de janvier. Le jour ou la veille de leur sortie, le témoin a entendu Dupré dire à table en jurant et dans F expression de la colère :
t( F , elle est bien heureuse que je rCaie pas parlé, ou
voulu parler, » Iljr aidait plusieurs personnes présentes, mais le témoin ne peut en indiquer aucune. — Dupré et sa femme sont rentrés le 2 de ce mois ( mars ) au service de ma* dame de Feuchères. — Le bruit court au Palais-Bourbon que Dupré aurait tenu beaucoup de mauvais propos sur le compte de madame de Feuchères; mais le témoin n'en a pas entendu d'autre que celui qu'il rapporte. (58®
Le témoin Fife n'est pas plus favorable à Dupré.
Il sait que Dupré et sa femme ont quitté le service de madame de Feuchères , mais ne peut dire s'ils ont été renvoyés. Alors on leur a donné un logement au Palais , quoiqu'ils n'aient jamais été au service du Prince. Le témoin n'avait aucune relation avec Dupré et sa femme, quil neftime pas, parce qu'il paraâ impossible que élans leur
( ïM)
thanéreÀ Soxnt-^Lai ils^ritamtrien tnteudu. — Dttpre' lai à 4ii; il y ft trois semaifies, qu'il avait bien du malhem* d^avoir servi madame de Feuchères , parce qu'on ne voi»lait de lui nulle part à cause de cela. — Ha entendu dire à rainée des filles de Payel, que le fils de Dupre' avait dit A elle et à sa s<sur que son père et sa mère ttpmerrt éeau^ t)èup tTargeniy et tfuUis se retireraient à la campagne, — ('S^* déposition.)
Ainsi, le propos que r^kiëe des filles 4e Payel ^ tenu, elle fa redit à Thonaas Pife, (Jui en dépose.
Ce bruit, que Dupré a reçu de l'argent, ou, |>our mieux dire, de l'or^ ^st retracé par le témoin Violin.
Il a entendu dire fnr des ipevsoQni^s qu'il ne ipounMiil «teême indiquer, que île filsDopré aurait dit<iae son père «t sa mère avaient • de «Vaiigent dans <une chausse; mais il aime à orohre que si Duppe'^vait eu cle l'argent il ae se«* irait pas rentre au service >4e madame tde Feuchères. (6i* déposition,)
Ces documens ne sont contrebalancés que par les dépositions négatives de la demoiselle Elise Payel, qui n'a point entendu le propos rapporté par sa sœur (ce qui est tout sin^ple, puisque sa sœur était seuleavec le,petit DupréO, et qui termine sa déposition en disaiit qu'elle ne joue ni He cause avec le>pelit Dnprè ; *pw4a
déposition jégalemeirt négative dé Violin , qili ïi'a point entendu Dupré tenir de propos sur \é compte de madame de Feuciières lorsqu'au mois de janvier il quitta son service ^ qui n'a pas entendu non plus le fils Quprjé dire : « Mon père et ma mène ont beaucoup d'argent; ils achèteront un bieo dâ caippagne et s'y retire^ ront. » Ils sont combattus aussi par la dénéga-^ tûm des ^oùx Derpré et dé leur fils« YmOL cornaient ie jeune Dapné s'^eicpiîquf -:
DuPHÉ viï^y.^j'f^' dejifi^iéuuf <^ Unie le propps qu'on lui Mtribue, ^t s\ir la j?em^r^ue.à luji faite qj^H doit dire la vérité, toute la vérité, il répond :
« Non, Monsieur, je n'ai point tenu ce propos ; ce sont de grandes personnes qui les inventent pour faire chasser iHadaine4é F'euchèves du !PalâisTBourbcuié Quand nous passons, Uftt(h,mP9denms.iQi«ms h ^if» »
jZ>. F/OPf f>9l1lis$fiz bif fltyié... . .;; queljfn'mi i^e %qu» aurait^il ps^ ^oufGlç' U^ x^ponse^ que vous foiteis^
R. NoUp Monsieur, personne., Si je l'avais dit je n'hésiterais pas à le déclarer, et comme je ne l'ai pas dit, je ne {>uïs dire uhe chose qui n'est pas. Il n'y a que' les petites filles Payel qui aient pu dire cela.
•©. Voua les iavez donc vues?
£. Oui, Monsieur, avant qu'eues vinssent déposer.
. iPr'^aiis.^v^idiltiquto]^ iif«jp ^puirnî^itedg^ i-y^m^mez
^m^4énif^n^ v«|re.^tQoae^^trAM Gjlm VjLY^ih ^ue MO»? ii«>jçF5 pVw fr^UupWkW^Ot ? .:
R,3e ne l'ai dit qu'au fils Manoury, avec lequel je vais à l'école ; je me rappelle qu'il m'a répondu qu'on ace sait madame de Feuchères d'avoir fait mourir le Prince. {']'j^ déposition,)
Il faut dire, toutefois, que dans rinstruction, des explications ont été données sur les causes du renvoi de Dupré, sur les propos qu'il a tenus et sur son retour.
Si Dupré est sorti, c'est qu'un jour, madame de Feuchères étant, au lit malade , et Dupré lui servant son dîner, il renversa rencrier sur le tapis; madame de Feuchères lui reprocha sa maladresse, et la femme Dupré engagea son mari à demander son compte ; ce qui fut accepté.
Du reste, Michel, valet-de-pied chez.madarale de Feuchères, n'a entendu dire à Dupré qu'une seule chose, c'est que madame de Feuchères était méprisée, et qu'il n'était pas facile de se placer après qu'on était sorti de chez elle. Il n'a pas entendu parler du propos que l'on prête au fils Dupré. (6o« déposition.)
Alphonse Lemouettre, valet-derpied de madame de Feuchères, dépose ainsi :
Duprë et sa femme > ont quitté le service de madame de Feuchères le 5 ou le 6 janvier. Dupré n'a pas dit: « F..., elle est bien heureuse, etc.. ; » il a dit seulement t
« Si Ton m'avait questionné à Pontoise sur la bonté du caractère de madame de Feuchères, j'aurais dit. qu'elle était bonne, et je me serais trompé. »
11 a proféré ces mots avec colère, sans doute à cause de sa sortie. Dupré est sorti parce qu'il avait laissé tomb^ un encrier sur le tapis de la.chambre. H est rentré avec sa femme dans les premiers jours de mars. Dans l'intervalle ils n'ont pu se placer, et Dupré a dit que le malheur qu'il avait eu de servir madame de Feuchères lui faisait manquer toutes les places; le témoin le lui a entendu dire. Il ne peut citer aucun des propos qu'on dit avoir été tenus par Dupré. {Stf déposition.)
Dupré dit aussi que s'il est rentré au service de madame de Feuchères , c'est parce qu'il n'a pu trouver une autre place pour sa femme et pour lui ; et il l'a déclaré à qui a voulu l'entendre. H lui eh coûtait de rentrer, étant méprisé à cette occasion; mais la nécessité leur eu a fait la loi. (79" déposition,)
Le général LamboL
Des circonstances dont le concours est du moins très - remarquable ont fait planer des soupçons sur la tête de M. le général Lambot.
Le général Lambot a remplacé près du Prince le baron de Saint Jacques, et il ne paraît pas qu'il ait occupé la même place dans la confiance et dans les affections de Son Altesse.
Baron jxz Préj£an. — Le Prince montrait de l'éloigné*ment pour le général Lambot — Le général Lambot a
tnontfé peu é'égArd^ pouf les Mtifiiis<e0S piettfotineU du Prinofc, depuis^ et à ViHXBmoiL àes évéMtA&M àe juillet, (3* déposition.)
M. BbK!^iB. "^ D.Le l^rhi<ïe ne trionti^k'-il pàa aussi de rélôiguement pour le général lAmbot ?
R. Je ne pourrais lé dire; je «Us Séùlenient que le pÂDce avÀit été trèSHoiécoment du génërftl Lambot, qui lé premiérr lui avait offert d'attacher nn rubdn tricolore à sa botttonhiire. (5* déposition.)
l«e général Lambot a quitté Saint-Leu le ^6 à neuf heures et demie du soir; il est parti dans la voiture de M. de Cossé, et il devait être au Palais-Bourbon à minuit et demi environ; mais aucun des concierges du palais ne l'a vu rentrer. A cette circonstance remarquable^ vient se join-* dre la déposition du témoin Picq sur une con* versation qui aurait eu lieu entre madame de Feuchères et le général.
Voici d'abord la déposition de Picq; nous écouterons ensuite les dépositions des concierges.
Picq ^/roOeur. — Du 20 au 24 août , madame de Feuchères se promenait avec le général Lambot dans le jardin ^Htîgu aux petits appartembns^ il y avait entre eux une fronvenation animée, mais triste. Picq a entendu le général Lambot dire à madame de Feuchères : Il/audraii donc prévenir le portier. Ce sont les seules paroles qu'il ait ^entendues. H n'y attEudie aucun sem^ et te rapporte pour xemptir l'obUga^n de dire tout. (]4o* dipoMon^)
Vem^ Coun, portière de la, porU th CfuittiinislroUon, — Je ne crois pas que dans Ui nuûtdju a6 au ^7 Itf . IiauiboC se soit prés^i^té à ma porte, et je puis a£&rmer d^ n^ xn'être pas levée pour lui ouvrir^ — L,e génjQral aur^t du rentrer par la porte principale qui est confiée à la garde eu suisse Guignet. (6q^ déposkion,)
QvwssiTy suisse à la porte principale.---' Qui, Mousi^ur^ le général Lanibot^ ayant pris, je ne sais poujc quelle cause, un travers contre la veuve Colin, «l'avait charge de recevoir ses lettres et paquets ; il passait habituellement par ma porte ; et ' comme ma porte restait habituellement fermée à la brune, en Tabsence du Prince et de madame de Feucfaère&, et que quelquefois le général passait avec sou cabriolet par la grande porte de la Chambre des Députés, soll domestique avait la complaisance de m'en prévenir.
Z). Dans la nuit du 26 au 27 août, à quelle heure te général a-t-il rentré au Palais ?
R, Je l'ignore \ maisj^ puis affirmei? qu'il ne s'est point présenté à ma porte. Je dois faire remarquer q^'i^dépendanuuent de la porte dont la g^rde m'est confiée el de celle confiée à )a veuve CqUu^ on peut arriyei: aupa-* lais du Prince par la gi^ande porte de la Chambre des Députés. Je n'ai point entendu dire à quelle heure le général Lambot était rentré. (86* déposition*)
YossEUR , suisse de la principale porte de la Chambre, des JHptjUés. — I^e général Lambo^ rentrait ordinairement et sortait en voiture par la porte de la Chambre des Dépu^ tés, la ^eule qui restât ouverte toute la nuit^ — Le fac-^ tiomiaire était chargé de veiller à cette porte pejpidant la uuitîaiusî le témoin ignore sj le général Ijan^t est reutré, et à quelle Ueui:e. (1 34* dépositiim,)
( aoo^)
Legeaud, suisse à la pùrt^ en /itee la rue dé Lxtte»-^ Jamais on ne rentre en* voîtUre par sa porte, toujours fermée à onze heures et diemie ; le géne'ral Lambot n'est pas rentre' par cette porte. (i35' déposàion,}
Ainsi ^ le général ne s'est pas présenté à la porte par laquelle il rentrait habituellement. Lui-même, tout en disant qu'il est rentré au Palais-Bourbon entre minuit et minuit et demi, ne dit pas par quelle issue.
Il paraît que le matin du 27, et lorsque l'affreuse nouvelle n'avait pas encore pu parvenir jusqu'à lui, il donnait déjà les marques d'un grand accablement. Un témoin en dépose ; et l'on ajoutait que Colin s'était livré dans les bureaux à des propos fort graves.
Bladier fils, chef de bureau à rirUendance. — La nouvelle de la mort du Prince fut apportée au Palais- Bourbon vers dix heures. Une heure après. Colin fils annonça qu'il était monté le matin chez le général Lambot, qu'il lui amt remarqué un air abattu, et qu'en descendant il en avait fait l'observation à Chaponet, domestique du général; que Chaponet lui avait répondu que le général était fatigué, étant rentré tard. — Le témoin ne se rappelle pas que Colin ait dit ce jouivlà qu'il soupçonnait le général Lambot, et que celui-ci , s'il était arrêté, avouerait tout ou se brûlerait la cervelle : mais il se rappelle très-bien qu'un autre jour, dont il ne peut assigner la date, s'entretenant avec Colin fils de ce déplorable événement, celui-ci lui dit que dans le cas où le
( aoi )
gén&al Landsot sersrît coupable et anrété oomine tel, il avouer&it ses complices; *(fl4^ déposûién:) ' KBVHm , t^nk bureau ^ ^Ihtefuktnûê.' ^ Le lendemain ou surlendemain de là tn4>vt du Prince^ii a entendu dire à Colin fils , qui travaille dans le même bureau , qu'il alvait ' trouvé le général Lambôt au lit et paraissant malade. » "
Z>. G)li9 fils a-4t-îl répété devant tou» ce ipowltii avait dit la femme Ghaponet : « Le général Lambot doit ^e » fatigué, car il est rentré bien tard dans la nuit ; i} était » deux à trois heures du matin ? »
R, Je crois bien que Colin a dit quelque diose de semblable^ mais je ne pourrais l'affirmer.
Le témoin ne se rappelle pas que Colin , en répétant ce propos , l'ait accompagné de réflexions ; qu'il ait dit qu'il soupçonnait le général Lambot, et que si ce général était arrêté il avouerait tout ou se brûlerait la cervelle.
Au moment du décès du Prince, Colin fils était attaché au bureau militaire dont le général Lambot était le chef; quelque temps après il a été attaché à l'intendance, où il est maintenant ; aussi le témoin ne peut dire si c'est le lendemain, le surlendemain, ou le jour même que Colin aurait tenu, relativement au général Lambot, le propos mentionné dans la première question.
CohiN Jils, employé à l'Intendance, — Il ne sait pas à quelle heure le général Lambot est rentré dans la nuit du 26 au 27 ; mais le 27, s'étant rendu à huit heures chez le général pour recevoir ses instructions relativement à l'arrivée du Prince, qui devait avoir lieu le lundi suivant, il le trouva la tête appuyée sur ses mains. M. Lambot ne le reçut pas avec sa bienveillance accoutumée ; il lui ré-*
( aoa )
pondit qu'il «rrangt^ât les chosea comm» d^xoulome. "Eot sortant, CSolin parla à quelqu'un de cet car extsacvdmaire du général Lambot ; on lui répondit ; <i Cela u'est pas n étonnant, il est rentré tard de SainVLeu, et il est fa« » tîgué. » En réflécbissant, il croit ( le témoin ) pouvoir expliquer l'air du général Lambot p^r le souvenir d'une contestation occasionéeparune demande d'appointemens* n s'adressa à madame de Feuchères , qui les obtint du Prince, après le refus du général de la faire lui*méme« Peut--etre aussi était-il occupé à des projets de réforme qui devaient avoir lieu» {Pantoise,)
Le mûne. — Il ajoute qu'il lui est souvent arrivé de trouver le général Lumbot pensif, taciturne et moins disposé à le recevoir avec bienveillance. « Le 2^ aout^ appelé par mon service auprès du général, vers buit heu^ res du matin, je l'ai effectivement tronvé, ainsi que je l'ai déclaré , la tête entre les mains et lesi coudes appuyés sur la table... » Ayant demandé à Chaponet ce qu'avait le général, Chaponet répondit : « Ah ! ce n'est pas étonnant^ » il est rentré tard, » sans indiquer l'heure. ( 56'' d^po^ siiton.)
Enfin le bruit a circulé que le général Lam* bot avait dit au Palais-Royal, en présence de l'un des aides-de-camp du Roi : « Il est bien » heureux pour moi de n'être pas resté à Saint- » Leu; on dirait que je l'ai pendu ! » Ce bruit ne s'est pas vérifié, mais Tinstruetion constate une parole de même nature.
Baron de Suavai.. — Je n'ai point entendu le propos
prêté aa gênerai Lambc^; mais il m'a dh à moi-tnême dans mon cabinet : « Ma foi, il tst bien heureux pour M^ de Fias sans et moi que nous ri ayons pas été à Saint^Leu eejoui^ là. » {*)• dépostiioTL)
Le général Lambot peut répondre que Y alibi est prouvé, qu'il était à Va^ris au moment où le Prince périssait à Saint-*Leii.
Une déposition daire, précise, formelle, celle de Chaponet et de sa femme , atteste qu'il est rentré à minuit un quart , et qu il n'a pu res-* sortir, Chaponet ayant emporté la clé.
Il faut lire, d'ailleurs, la déposition de Colin tout entière :
CoLiiv. — « Il n'a pas dit dans les bureaux qu'il soupçonnait le général Lambot. H ne se rappelle pas avoir dit que si le général était coupable et arrêté comme tel il ferait connaître ses complices; il ne pouvait se permettre de tels propos, ayant acquis l'intime conviction de l'innocence du général. H a su de Cbaponet, après le 27 août, que le général était rentré à onze heures et demie, minuit, et qu'il ne pouvait sortir de son appartement, où il était enfermé , Chaponet en ayant toujours la clé. (55* déposition.)
Sur une nouvelle question très-pressante, il répond :
« J'ai constamment dit que je ne croyais pas au suicide ; mais je n'ai jamais dit que je connusse l'auteur ou les auteurs de la mort du Prince. Personne ne m'a
< ^pA )
ffiit observer que ^9 perdrais msi plaç^^^.. Si î^'ay^s ié^ couvert quelques circonstances, je mVmpresserais de les révéler...,
J'ai bien dit le 27 août, at^arU (i) que la nouvelle de la mort fût arrivée au PaIai8*>B<mrbon: Ze général Lambot
est bien drôle aujour^hui, qua-t^il donc?, Mais il
m'est arrivé souvent d'en dire autant dans les bureaux eh descendant de chez lui , par exemple: Sar qiidk herbe ort'il donc marché? il eét bien dr^le aujourtthzdj ( t ^ dépo^ siUon,)
Du reste, le propos que l'on place au Palais- Royal n'a été entendu par personne.
Il faut toutefois remarquer que Chaponet et sa femme sont les seuls témoins qui déposent du retour à minuit un quart, et que l'état d'accablement dans lequel se trouvait plongé le général avant l'arrivée de la fatale nouvelle, est resté sans explications; qu'enfin c'est aussi une parole fort grave que celle dite par le général Lambot en présence de M- de Surval.
Il faut maintenant s'arracher au souvenir de tous les documens qui viennent d'être recueillis pour considérer, avec une impartialité rigoureuse, les explications données par madame la
(i) Il faut se rappeler que Bladier fils a dit après. Yoir page 200.
baronne de Feuchères et par M. l'abbé Briant, dans les interrogatoires qu'ils ont subis. Ces explications se trouvant quelquefois en contradiction, il est impossible de les réunir dans un seul et même examen.
Interrogée sur la cause qui, dans son opinion, peut avoir amené la mort du Prince, madame de Feuchères répond :
« Je me.suis rappelé spécialement ce que j'avais entendu dix fois de la bouche du Prince, lorsque j'ai appris lé genre de mort auquel il a succombé. Tai entendu plusieurs fois le Prince raconter que se trouvant dans la Vendée pendant les Gent-Jours, sa maison fut entourée par des gendarmes; il avait une paire de pistolets sur sa table : « Toi conçu, disait-il alors, Vidée de me détruire paur ne pas tomber entre leurs mains, » Ces divers entretiens m'ont toujours fait tableau; M. et madame de Ghoulot peuvent l'avoir entendu comme moi. » (io6" déposition»)
Il est au moins très-remarquable que le Prince, qui toute sa vie a témoigné l'horreur que le suicide lui inspirait, ait pu tenir à madame de Feuchères le discours qu'elle rapporte ici.
A part, d'ailleurs, le peu de similitude qui se trouverait dans la position qu'on lui prête dans les Cent-Jours et celle qu'il avait àSaint-Leuau mois d'août i83o, il est moralement impossible qu'il ait entretenu la Baronne d'une circon-* stance dont sa vie ne présente pas de trace.
Èai^n, DE Saint^acijues«— J-ai acCDlirpâigQé le Prïûcltt dans la Yaiulée en iBi5;hi'mmon oçci»p^'e par ki m fut jamais cernée par àes geadarine3. Le Prince avait une paire de pistolets,, mais jamais en évidence. Je n'ai jamais entendu le Prince dire qu'il eût conçu l'idée de se détruire pour ne pas tomber entre les mains des gen-* darmes. (i 18*^ déposition,)
DcpiN. — Il a accompagné le Prince dans la Vendée j pendant les Cent-Jours. Le Prince n'a pas été cerné par des gendarmes et n'a 'pas couru de dangers; jamais le Prince n'a manifesté l'dnttention àt se suicider. (lâo*^ dépasàioru)
MiNocaT. "**- n n'esC pas à ma 'OomiaRssanioe que le Frinoe, en >:raGoittaait ^ éTénem^isde la Vendée, ait jannaisidit qu'ai »vait «onçti, datas ee moment^ l'idée du saicide. Le IVinoe prenait toutes les ^'cffutioojs néces** saâres «pour se soustraire au danger ; je >ne lai ai jaB»ais entendu manifester l'idée dm suicide ; û professait au contraire le pl«s grand mépris ^poilr les ipeirsfoiinesiqm attentaiemt à leurs jouvs. (t 1^7" dépMkiùn:) ... - rr
Dans un autre interrogatoire, ce même Manoury entre dans des détails d*autant plus précieux pour la famille, que plus d'âne vertu du Prince s'y trouve révélée,
(c Le Prince méprisait «ouverainetoexit les personnes qui se suicidaient; il ne concevait. même pas que l'on pût attenter à ses jours. Je l'ai entendu en,plusde dix circonstances différentes exprimer ses sentimens à cet^gard. »
D. On prétend cependant qii'îl avait exprimé 'le regret de ne s'être pas suioidé dans les Cent^ifours ?
it% ^ l\ii ^aecwr^agné dans les Censh'JmLrs, et jamais y «i tmcuneépoqite, dans ^aucune circonstance, je ne l'ai entendu exprimer le regret de n avoir pa^ mis fin à ses jours; à cette époque au contraire le Prince atout fait pour se soustraire au danger qui pouvait le menacer, et il était trop brave -pour recourir à un genre de -mort aussi ignominieux que cefaii que l'on suppose. J'ajoute que le Prince était trop délicat , 'trop bon pour, dans le cas 'OU il eut pu accueillir une idée que sa vie entière repousse, laisser planer le soupçon sur les personnes qui l'entouraient; il aurait , je n'en doute pas, exprimé sa volonté de la manière la plus authentique. Six jours avant sa mort, comme j'entretenais Son Altesse Royale à mon retour de Parîs de TatUiche^ ment et delà vénération qu'elle inspirait ,. et combien oti s'applaudissait qu'elle n'eût pas quitté la France , Monseigneur me dît en jne serrant le bras avec force : « Est-ce doncpour moi que je pourrais avoir des inquiétudes ? ^gé de soixante-quinze ans, je suis sur le bord de ma fosse; mais que deviendraient les personnes qui m'entourent? » Le Prince ne jouissait que du bonheur de faire des heuiHeux. Un de-ses gens étart^ malade? il s'informait avec •boirté^de sa situa^tion.'Onn'a pasid'idée des bienfaits qu'il répandait, c'était knmense ; et 41 demandait toujours le secret. « Un bienfait connu, disait-il , n'a plus de valeur. » Je puis certifier qu'il consacrait au moins 5oo fr. par semaine pour venir au secours des malheureux. J'étais en "partie distributeur de ses bienfaits. Est-il croyable après cela «qu'ayant à sa disposition , au moment de sa 'moit, une grasde quantité d'or et de billets de banque, k Prince eût laissé à la merci des événemens des serviteurs fidèles, tels que M. Guy, son ancien valet-de-chambre qui l'a servi pendant soixante-cinq ans sans interruption^
et sur la tête duquel il avait placé en Angleterre 4o>ooo f. dans la prévision des événemens fâcheux qui pourraient survenir alors? (5' déposition.)
Personne n^a vu la scène des gendarmes :
ceux qui acconipagnaîent le Prince pendant les Cent-Jours n'ont aucun souvenir d'une cir« constance qui ne pouvait pas leur échapper.
Jamais personne, excepté madame de Feuchères, n'a entendu de la bouche du Prince, qu'abjurant les pensées de toute sa vie, il ait dans aucune occasion formé le projet de se détruire. Seulement M. de Choulot déclare.
Qu'il a entendu dire au Prince une fois , qu'étant dans la Vendée , à l'époque des Cent-Jours , il avait conçu, à raison de sa position , qu'on pût avoir l'idée de se brûler la cervelle ; mais jamais dans aucune antre circonstance il ne lui en a entendu parler. (76* déposition,)
Qu'il y a loin de ce souvenir aux . conversations dont parle madame de Feuchères, ces con» versations qui lui faisaient tableau.
Dans un second interrogatoire, M. le Conseiller-rapporteur représente à madame de Feuchères tout ce qu'il y a d'invraisemblable dans le récit dont elle l'a entretenu, et cette première explication reste à peu près abandonnée.
« Lorsque j'ai appris que le Prince s'était suicidé, les conffersations que je lui aidais entendu tenir se sont retracées
ù jnoTi esprit, et j'ai raconté, sans y attacher aucune im-^ portance, ce que je lui avais entendu dire , sans en tirer la conséquence que le Prince s'était porté au suicidej sans même dire qu'il eut jamais exprimé devant moi le regret de ne pas s'être suicidé pendant les Cent-Jours. Mais je dois exprimer rindigiiatiohdont je suis pénétrée eh voyant que par des insinuations 'pevâdes on cherche à déverser sUrmoi tout Todieux* de cet évéhement. » (xS^^ déposition.)
Il n'est pas permis de croire davantage aux paroles que madame de Feuchères prête à l'abbé Pélier.
Elle dit:
Que M. l'abbé Pélier a confié à M. le docteur Fontaneilles qu'il savait parfaitement bien que le Prince s'était suicidé, mais qu'il devait soutenir le contraire , parce qu'autrement il ne pourrait s^ssister à son enterrement. » (io6* déposition.)
C'est M. le docteur Fontaneilles qui va répondre.
M» Fontaneilles, médecin. — Le jour de la cérémonie religieuse, à Saint-Leu, M. l'abbé Péher avait officié; je lui dis en plaisantant, après la cérémonie, qu'il avait agi cointre les principes de sa profession en enterrant le Prince qui s'était suicidé (j'avais, comme médecin, la conviction du, suicide). M. l'abbé Pélier prit la chose au sérieux ,et me dit « que s'il avait eu la conviction du suicide du Prince, il ne l'aurait pas enterré ; mcUs quil était persuadé, au contraire , que le Prince aurait été assassùié. » (i 1 3^ déposition.)
( aïo )
Madame de Feuchères est parfaitement dans la vérité quand elle dit que le Prince avait été douloureusement affecté par les événemens de juillet; quo, victinie et témoin de tant de révolutions t il envisageait avec effroi les conséquences de celle qui venait d'éclater, et que ce sentiment l'absorbait tout entier $ elle dit encore avec raison que ce n'est que quand il eut acquis la certitude que la famille royale était en sûreté, qu'il s'était déterminé à faire sa partie le soir. Mais enfin , à partir de cette époque , il a repris des habitudes qui dénotent du calme et de la liberté d'esprit. Madame de Feuchères ne fait donc que confirmer ici les données déjà sorties de l'instruction : seule peut-être , au surplus , elle n'a pas remarqué l'heureuse impression que la visite du %o août avait faite sur le Prince.
A l'occasion des fragmens trouvés dans la soirée du 27 et dans la journée du 9.8, nous ne rappellerons pas une accusation indiquée par Manoury, mais à laquelle il ne croit pas. Nqw ne nous autoriserons pas des paroles de ce même Manoury, à qui les deux écrits ont été re* présentés.
« Ea mon âme et conscience, Içd fragmens que vous me représentez ne me paraissent pas êtrç son écriture. Jç
( au )
n'ai pas assez de connaissance pour prononcer à ce|; égard. »
(6* déposition.)
Nous avons raisonné dans l'hypothèse où ces éerits serait émanés du Prince. Il y a mieux ; nous concevons que madame de Feuchères dise en parlant des deux écrits que , quoiqu'elle y trouve beaucoup de vague, il lui paraît évident que le Prince avait conçu l'idée de se détruire ; mais, ce qu'on ne peut admettre, c'est le rapport qu elle veut établir entre ces fragmens et la circonstance qu'elle rapporte ainsi qu'il suit :
« Je l'ai vu (le Prince) une fois seulement écrire, le lui ai dit avec légèreté : Monseigneur écrit? Il serra le papier et le mit dans sa poche en me disant : Je ne puis pas vous montrer cela, c'est trop triste. J*ai toujours pensé que* cet écrit était la lettre dont on a recueilli les fragmens, d'autant plus qu'il est revêtu de la signature de prince de Condé, ce qu'il n'avait fait que quelques jours avant sa mort. On lui avait fait entendre qu'il lui convenait de prendre le nom de Gondé, ce nom étant plus populaire, n dit même , à cette occasion , dans l'expression d'un regret concentré: u Oh oui! le nom de Bourbon est suspect maintenant. »> Je ne dpute pas que ces contrariétés réunies n'aient troublé sa tête. (106*^ déposition.)
La supposition que fait; ici madame de Feuchères est inadmissible.
C'est au moment même de se donner la mort que l'homme déterminé à se détruire en con-
signe la déclaration dans un écrit; du moin^/ au moment d'une semblable rédaction, a-t-on le soin de se rendre inaccessible. Madame de Feuchères n'a-t-elle pas bien plut|â considéré cet -écrit, que le Prince refusait de lui montrer, comme cette révocation tant redoutée qui le 27 préoccupait si visiblement M. l'abbé Briant ?
Il paraît du moins que cette découverte fit jeter à madame de Feuchères un cri de surprise.
Louis Lêclerc se rappelle très-bien que trois ou quatre jours avant la mort du Prince, vers les neuf heures et demie, dix heures du matin, madame de Feuchères se présenta à l'appartement du Prince ; il était alors dans son salon et occupé à écrire. Louis Leclerc ouvrit la porte à madame de Feuchères , qui s'écria en voyant le Prince : Eh 1 Monseigneur ! écrire si matin !»>, Leclerc referma la porte et ne sait ce qui se passa. (i5' déposition.)
Madame de Feuchères fait quelques efforts pour supposer au Prince une dextérité qu'il n'avait évidemment pas : « Le Prince, a dit M. de Flassans, était le plus fort chasseur de la maison; » et madame de Feuchères fait observer que ce Son Altesse Royale faisait le coup du roi.»
u Ses registres de chasse , dit-elle , existent encore et en font foi ; il tirait jusqu'à cent cinquante pièces de gibier par jour; et certes , s'il n'avait pas eu la libre dispo-
sition de ses inains, il n'aurait pu y réussir. » (io6« dé^ posUiofkt)'
On confond ici des choses fort différentes. Il a été expliqué que précisément le Prince était réduit; par l'impossibilité d'élever suffisamment le bras gauche , à la nécessité de se renverser en arrière. L'exemple est mal choisi.
Comte DE LA. YiLLEGONTiER. — Lorsque le Prince tiraà au vol, son corps se renifersaà en arrière, et les bras suivaient le mouuemeni de son corps. Il eût été difficile au' Priuce de monter et de se tenir sur une chaise, (i'* déposition*)
Baron de Pbéjean. — Il (le Prince) pouvait bien tirer, même en. l'air, mais il ne pouucUt plier le bras gauche^ (3* déposition,)
Personne n'a mieux exprimé que le valet-dcpied David et le valet-de-chambre Manoury l'inhabileté à laquelle le Prince avait été condamné par ses blessures.
David. — J'ai constamment remarqné^ que , même en mangeant, le Prince portait difficilement sa main à la bouche, et que l'inflexion de sa tête secondait les mou^emens de la main. — Lorsqu'il passait la main sur sa figure, il baissait constamment la tête; il naffoà pas la libre dispos sition de sa main droite,, marchait at'ec peine,. euûn était peu agissant. J'ai peine à croire que le Prince eût pu faire les apprêts du genre de mort auquel il a succombé. ( 44^ déposition, )
Mako^ry. — Le Prince avait reçu un coup de sabre à là
(ai4)
main droite, el trois de ses doigts ikdent entièrement para-* Ijfsés ; il ne pouffait se sentir que du pouce et de l'indeâs ; il avait eu la clancule gauche cassée, et il ne pommait porter sa main gauche qu'en inclinant notablement sa tête, mais il ne pouuàit leuer le bras gauche au-dessus de sa tûe, et lorsqu'il tirait en l'air, il était obligé et incliner sbn corps. Il n'était pas adroit de ses mains.
Le Prince pouvait, je crois, faire la rosette du mouchoir qui soutenait la mâchoire ; mais quant au nœud du premier mouchoir, qui était un noeud de tisserand, je suis moralement conuaincu que le Prince était incapable de le faite*
Madame de Feuchères avoue qu'elle savait que le testament avait été déposé ; niais elle dit qu'elle n'en connaissait pas les dispositions.
Voici comment elle s'exprime à cet égard:
Je savais par le Prince qu'il avait écrit à M. le duc d*Orleans pour Tinformer qu^il avait institué son héritier M. le duc d'Aumale. Du reste, j'ignorais entièrement h contenu du testament, {iS%^ 'déposition.)
Il ne s agit pas du détail des disposition^ tes^ tamentaires ^ mais dé la question générale de sa<voir si madame de f enchères est portée dans le testament pour une valeur de grande importance. Or, ici ie doute peut-il exister ?
Les explications données par madame de Feuchères elle-même, çt que nous allons retracer,
bannissent à cet égard toute espèce dMncertttude.
«I II y d plusieurs tmtïées qne le Prinee voulait me donner la terre de Saintr-Leu et là forêt de Môntmô^ rency i la minute du projet de donation existe encore chez M^ Robin, notaire du Prince. Les frais d'eiiregifi^ trement devaient être payés par le Prince. M. de Surval, intendant-ge'néral de S. A. R., m'ayant fait observer que Vacquit immédiat des droits d'enregistrement pourrait gêner l'administration, me conseilla de me /aire porter ^tir le testament pour cet objet; et cependant il fut conrentt que les revenus de ce domaine me seraient payés annuellement de trois mois en trois mois par le Prince , ce qui d eu lieu jusqu'à sa mort. Je m'jr suis prêtée dt autant plus volontiers i qu'il m'edt répugné de gêner en rien Vadnur fustration du Prince.
Quelques jours après les éyénemens de juillet le Prince m'envoya chez le Roi pour lui faire part de l'intention où il était de se retirer à Chantilly. Sans l'audience que le Roi et la Reine daignèrent m'accorder, le Roi me dît que lorsqu'ils avaient été le sS juillet à Saint-Leu, mademoiselle d'Orléans avait revu avec un plaisir extrême le berceau de son enfance, et qvUelle en parlait les larmes oMUsyeux* Le Roi me proposa de le lui vendre ; il ne me convetiait pas de répondre à une proposition de cette nature ^ et je l'assurai que je prendrais à ce sujet les ordres du Pj^nce. Monseigneur y ayant consenti , une négociation fut commencée à cet effet entre MM. de Broval et de Surval ; le Roi ir^enjU offrir 4^500,000 fr.; j'en, désirais 5,ooo,ooo, et j'eus l'honneur d'écrire à S. M. pour lui représenter que 5oo,ooo fr. n'étaient rien pour
lui, mais beaucoup pour moi. L'affaire en est reste'e.là. Le Prince a daigne revoir lui-même, en présence de M. de Surval, la lettre que j'écrivais au Roi ; il en a même corrigé quelques mots. Ce qui prouve que le Prince y attachait beaucoup d'importance , c'est que plusieurs fois il m'a demandé avec l'expression de l'intérêt si cette affaire était terminée. » ( io6e déposition, )
A qui madame de Feuchères persuadera-t-elle désormais qu^elle ignorait de quel intérêt était pour elle l'exécution du dernier testament de Son Altesse?
' u Quelle était donc , lui demande M. le Rapporteur, la cause de la préoccupation que vous auriez montrée dans la journée du 27 août sur des papiers que le Prince aurait pu laisser, préoccupation partagée et exprimée aussi par M. de Flassans ? Quels papiers craigniez-vous ou espériez- vous qu'on aurait pu trouver chez lui ? »
R. Ma préoccupation portait spécialement sur l'espoir que j'avais de trouver une lettre que le Prince m'aurait adressée ; je ne pouvais me faire à l'idée qu'il m'eût quittée d'une manière aussi cruelle sans m'avoir écrit. Jamais je n'ai été absente sans recevoir chaque jour une lettre de lui ; j'étais tellement préoccupée de cette idée, que, pendant les deux jours qui ont suivi sa mort, je m'attendais à chaque instant à recevoir une lettre de lui. Je suis moralement convaincue que si le Prince était mort en état de raison il n'eût pas manqué de m'écrir^ (i52^ dé" position,)
M. le Conseiller- rapporteur est frappé de la différence qui se trouve entre l'explication que
( ^^7 ) madame deFeuchères donne maintenant de ses inquiétudes, et celle qu'elle leur assignait le 27 août au soir.
Z>. Le 27 août au soir, après qu'on eut appris que le Prince n'ayait laissé aucun papier, auriez-vous dit que vous étiez soulagée d'une vive inquiétude, parce que vous craigniez que Monseigneur n'eût annulé ses dispositions relaiiçement à M. le duc d!Aumale, et ne vous eùX tout donné à vous^mâne? Le Prince vous aurait-il manifesté l'intention de changer son testament ?
Madame de Feuchères répond :
«< Je déclare ici solennellement, que jamais, dans aucun temps, dans aucui^ circonstance, le Prince ne m'a manifesté aucun regret de l'avoir fait^ ni aucune intention de le changer ; je ne me rappelle pas avoir témoigné, à l'occasion des papiers, d'autre inquiétude, d'autre regret que de n'avoir pas trouvé une lettre pour moi. (iS?/ déposition,)
Rapprochons de cette déclaration solennelle celle faite par M. de la Yillegontier :
tt M. l'abbé Briant répéta cette demande plfisieurs fois (la. demande qu'on fît la recherche de papiers destinés à madame de Feuchères). Pendant la journée entière (du 27) , madame de Feuchères manifesta une grande préoccupation sur des papiers que Monseigneur aurait pu avoir laissés. Son net^eu, M. le baron de Fla^sans, qui revint le soir de Paris, exprima pendant la route plusieurs fois les mùnes craintes. Cette forte préoccupation de madame
(ai8)
de Feuchères ne cessa qu'après que la visite faite par Ir président et le grand référendaire de la Chambre des Pairs eut appris que dans les meubles de la chambre de Monseigneur aucun papier de ce genre n'existait.
» Le soir elle dit quelle était soulagée et une véritable in" quiétude f parce qu'elle a^ail craint que Monseigneur fCedl an^ nulé sa disposition relatiuemenl à M. le duc d^jiumale, et ne luiedt donné tout à elle^méne, >> (i'^ déposition.)
Les réflexions sont ici superflues.
Madame de Feuchères dit, en parlant des scènes relatives au testament et rapportées par M. de Surval avec tant de précision : « Les témoins qui ont déposé de ces faits et de ces propos ont déposé à faux. » ( (o^^ déposition.) Ce n'est pas assez de • cette déclaration pour dé«truire celle de M. de Surval. Une scène relative à des dissidences politiques est expliquée par madame de Feuchères, qui parle (ce sont ses termes) du ton d'exaltation qui caracteriseM.de Choulot. Quant à l'horrible scène du ii août, non-seulement madame de Feuchères la nie, mais ell^ prétend réfuter à cet égard toutes les suppositions par un mot décisif: le 1 1 août elle était à Paris. ( i52® déposition.)
L'objection va tomber devant une observation fort simple.
La scène avait eu lieu avant huit heures et demie. Quand Manouiy est entré à huit heures
( ^^9 ) trois quarts du matin dans la chambre à cou-*
cher de son maître , et qu'il Ta trouvé dans un si déplorable état, madame de Feuchères était encore à Saint-Leu, où elle a déjeûné, et qu'elle n'a quitté qu'à midi moins un quart. {Manoury^ ï5ô® déposition^ Ainsi, le tt, elle pouvait être à Paris dans la journée, après avoir été le matin dans la même habitation que le Prince.
C'est là tout le secret de cette partie de FinstruCtion* . •
« Tout le monde sait au château, dit madame de Feuchères, et surtout M. de la Yillegontier, qui m'a aussi appris à Paris l'accident que le Prince avait essuyé, que je n'étais point à Saint-Leu à cette époque. Tappelle sur ce fait les investigations de la justice, ayant à cœur de dé-^ montrer mon innocence et de repousser les calomnies que l'on fait circuler sur mon compte. » (io6' déposition.)
Des témoins ont été entendus ; ils otit <ïerti»fié la présence de madame de Feuchères à Saiiit^ Leu jusqu'à midi moins un quarts Manouiy a parié de Qff'te lettre qu'il avait aperçue sous la porte au moment où il a servi le déjeuner de son maître (6* et iSo^ dépositions)^ et M. de la Villegontier, invoqu4j)ac madame âe Feuchè^res, est venu déclarer q\ie s'il lui avait parlé de l'événement, ce n'était |nis pour le lui apprendre, niaù comme d'une chose connue d'elle ( j 4^* dé*
( aao )
position)^ et il n'est plus resté à madame de Feuchères d'autre ressource que celle de s-êcrier :
« Je ne pourrais préciser la date ; je ne sais si c'était le 14 ou le 12 ; mais je puis certifier sur tout ce qu^il y a de plus sacré et de plus solennel , que j'étais à Paris lorsque M. de Flassans m'a appris cet accident, en me disant de ne pas m'inquiéter ; que cela avait défiguré Monseigneur, mais que ce ne serait rien. Je me souviens parfaitement que madame de Flassans m'a doni^é tous les détails de cet accident; elle m'a dit que Monseigneur était descendu pour déjeûner plus tard qu'à l'ordinaire ; qu'en entrant , et s'adressant aux dames de la maison^ il leur avait dit : u Mesdames, je suis bien laid, je me suis heurté contre ma table de nuit. » Je répète que je n'étais point à Saint— Lcu ce jour-là, (i Sa» déposition. )
Il ne s'agit pas des détails donnés par mada> me de Flassans, qui n'a pas pu dire que le Prince était descendu pour déjeuner, puisqu'il est constant que Son Altesse a déjeuné dans sa chambre. La présence de madame ^ Feuchères à Saint-Leu au moment de l'événement est
certaine, et la part qu'elle y a prise est démontrée par les efforts m^^ qu'elle a tentés pour établir Valibi. ■
La contusion à l'œil eÊt Touvrage de madame de Feuchères; il n'est déjà plus possible d'en
( aai )
douten Cependant l'instruction offre encore sur ce point un document précieux.
Modeste Cauvet, femme de Nicolas Gouverneur , souspiqueur à Chantilly. — Dans les derniers jours de janvier dernier' M. Obry me dk que quinze jours environ avant la mort du Prince il avait été mandé à Saint-Leu pour £aits relatifs à son s^ervice ; qu'il avait trouvé Monseigneur de huit à dix heures du matin , dans le corridor qui précède son appartement , avec un siniple caleçon , sans bas ni souliers , et avec l'extérieur d'une agitation très-marquée ; que s'étant permis de demander la cause à Monseigneur, le "Prince lui confia (i) que madame de Feuchères était une méchante femme, quelle V aidait frappé. « Voyez, lui dit Monseigneur^ en lui montrant son œil gauche d'où le sang coulait et sa figure sur laquelle des ongles étaient empreints, voyez dans quel état elle m'a mis. » M. Obry m'a ajouté que ces mots : Madame de Feuchères est une mauvaise femme y sortirent plusieurs fois de la bouche du Prince , et que le Prince lui avait défendu de rien dire de cette confidence. M. Obry a dit également que Monseigneur lui avait fait plusieurs autres confidences.
Ce récit d'Obry, la femme Gouverneur, comme il ^tajt assez naturel, l'a reportera son mari. Du reste, Obry n'a pas été plus discret avec Pichonnier qu'il ne l'avait été avec Ig femme Gouverneur; et Pfchonnier, en présence
(i) M. Obry est filleul du Prince, qui avait pour lui beaucoup d'attachement.
(les témoins Namur et Pagnout, a dit qu'Obry lui avait fait le même récit qu'à la femme Gou-^ verneur.
Aujourd'hui le témoin Obry, dans un intérêt qu'il ne s'agit pas d'expliquer, essaie de f çvenîr sur des paroles qu'il considère comme des in«^ discrétions ; il oppose des démentis aux deux témoins qui tiennent directement de lui le récit qu'ils rapportent ; mais il est évidemment confondu par eux,
Ypici à cet égard les déposition^ ipémas :
IPAQi^QUTf -^ En janvier demier madame Gouverneur )ui a dit avoir entendu de M* Obry le ve'cit qu'elle a ùùi danssft déposition. Madame Gouverneur le lui a répété plusieurs toh depuis* Samedi dernier» étant chez M. Pir fihonnier, valet -di^^iens de la chambrera Yimeuil près Chantilly, Pichonnier a. dît en prëfience de plusieurs personnes que M. Obry li^ avait fait le même récit. {i3 1' déposàion,)
Namur confirme le récit de Pagnout. — M. Pichonnier, dit-il, a pris la parole sans qu'on lui adressât une seule question, et s^ dit à l'instant : « M. Obry a tort de nier l'ayoir dit à madame Gouverneur, car il me Ta dit à q^oi-même. » Il y a plus, Pichonnier a ajouté que MilDbry lui avait dit que Monseigneur lui avait défendu d'en parler, (i^']^ déposition,)
Gouverneur. — Sa femme lui a raconté la conversation qu'elle a eue avec Obry, et il en rend compte dans des termes équivalens. Il confirme aussi le propos de Pich(Hi-
nier» qu'il a entendu étant chez lui (Pichcmnîer) avec Pagnout et Namar. (148* déposition.)
PiGHONiciEiL ^vait déjà déclaré qu il avait entendu d'Obry Je même récit que la femme Gouverneur, et rappelé ce qu'il avait dit à ce sujet, étant che» lui, en présence de Namur et de Paguput. (i46« déposition.)
Enfin , confrontation .
Gouverneur et sa femme, Pichonnier et Namub sont introduits en présence d'Obry et persistent dans leurs décSwitioiif,
O9RT persiste dans ses dénégations. H ajoute que le 9 août il est parti de Chantilly avec Leriche; il arriva vers 9 heures, fut introduit chez le Prince par Manoury, et fut reçu dans le salon. Il partit à huit heures du soir pour Chantilly, où il afriva à onze heures. Ensuite il donne une explication sur une scène qui s*est passée chez lui il y a huit JQuins, entre lui. Gouverneur et sa femme ; cette dernière, dans la $cène dont il s'agit^a per^sté*
( ^ 49' déposition, )
Obiy soutient aussi dans l'une de ses dépositions ( i2i«) qu'il n'avait reçu aucun ordre du Prince pour se rendre à Saint-Leu depuis les événemens de juillet, et qu'il y est allé avec la permission de M. le comte de Choulot vers le 9 août.
Assurément *Obry ne pouvait pas recevoir le 9 la confidence de Thorrible scène du 1 1 ; mais il faut rapprocher de cette version d'Obry la
Manoury croit fermement que depuis les e'vén^mens de juillet M. Obry est venu au moins deux fois à Saint- Ii0u; Il '«6t'imp«>»9iblè de ^récréer les j6u]:s;'mai5 )! a la ' G^rtitttde qu'il Yst annontë aa moins decrx fois^ et Louis Lsclerc lui disaiti hîe^ (5^^) /en présence de l)upin, qofil avait comiaissancé que ItfJ Obry était venu plus dim«-fois.(i5o«d^pojA/ôn.y - ' ' " '
On a déjà vu ( pag. 78 du présent écrit) que M. Bonnie dépose que s'é tant présenté le 1 1 août po^r son service, on lui dit de revenir plus tard; que le Prince était en affaires avec M. Obry ^ de Chantilly.
Les tardives dénégations d'Obry ne l'emporteront donc pas sur tant de documens et notamment sur la déposition de madame Gouver»
neur, où se trouvent ces paroles du Prince :
« Madame de Feuchères est une méchante femme ; elle m 'a frappé. »
Oui , madame de Feuchères a frappé le Prince. C'est une vérité à laquelle il n'est plus possible de se refuser; et dès-lors comment expliquer les efforts tentés par madame de Feuchères pour signaler comme une tentative de suicide des contusions dont elle connaissait si bien l'origine ?
Nous replaçons ici la déposition de M. de Préjean, parce qu'il est permis de dire que là
( aaS)
se trouve l'explication de cette épouvantable
affaire.
Baron de Préjean. — Douze ou quinze jours ayant sa mort, le Prince garda son appartement un jour ou deux, à cause, disait-il, d'un coup assez violent qu'il s'était donné à l'œil, en dormant, à sa table de nuit. Après la mort du Prince, madame de Feucfaères chercha à expli-^ quer comme une tentatwe de suicide cet accident à l'œil; mais Manoury m'a dit qu'étant entré dans la chambre de Monseigneur, et lui ayant rapporté une lettre qu'il venait de trouver sous la porte qui donne sur l'escalier dérobé, le Prince la lui avait arrachée vivement des mains, et lui dit : « Je vous dirai que ce n'est pas contre la table de nuit que je me suis donné ce coup à l'œil; mais fai été poussé dans F embrasure de la porte, je suis tombé, et j'ai failli me faire bien du mal. (3® déposition.)
Reste la scène du a6 août , entendue par tout le château , et qui a laissé le Prince en proie à^une extrême agitation ; cette scène, qui se lie à Tordre expédié à M. de Choulot d'arriver en toute hâte à Saint-Leu.
Que répond madame de Feuchères? Cette scène, «je l'ai niée et je la nie encore aussi solennellement que possible. » Madame de Feu-' chères n'a pas même été dans la chambre du Prince le 26 août ( ïo6® et iSa® dépositions). Et comment donc se fait-il que tant de témoins déposent de cette scène pour en avoir entendu
( aaô )
le bruit?. qu'ils parlent de l'eau de Cologne qu il fallut donner au Prince pour le remettre , et que ce soit enfin le souvenir de cette scène qui détermine Lecomte à ne plus voir celle qui fut sa bienfaitrice et qui pourrait l'être encore? ( 3% I ï7S 91" et i38^ dépositions. )
La grande ambition de madame de Feuchères, ce serait de faire prospérer cette idée, que sa position n'avait pas changé. Mais pour y parvenir il faudrait effacer la moitié de l'information.
Si le Prince, dominé par la puissance de l'habitude ; si le Prince^ doué de toutes les sortes de courage, et surtout de celui qui consiste à s'immoler à toutes les heures de la journée à des convenances que l'on croit devoir s'imposer, a long-temps souffert en silence, il ne faut pas penser qu'il n'ait pas quelquefois laissé deviner ses souffrances.
HosTEiN a déclaré devant M. le juge d'instruction de Pon toise que le Prince lui a dit : « Je changerais bien mon existence contre la vôtre,... etc.; si vous saviez tous mes cliagrins^ vous me plaindriez! » Le 10 août le Prince parla avec plus de vivacité encore du ton d'humeur et de l'es'^ prit de domination que développait de jour eu jour la Baronne , sans aucun ménagement pour lui. u Je suis tourmenté tous les Jours; et si je i^is encore quelques années il ne me restera plus rien* »
Le même témoki a dit en présence de M. le Conseillerarapporteur : tt Le Prince éprouvait le besoin d'être aimé ; et comme il connaissait mon dévoûment à sa personne , il daigna s'opposer à ce que je quittasse son service , ré^ sistant en cette circonstance au poui^oir que madame de Feuchères aidait sur luL C'est à cette occasion qu'il me dit : Elle a une mxaivaise tête et un mauvais cœur.
Comme il me confiait un jour ses chagrins domestiques, j'osai lui représenter qu'il serait convenable de briser des liens qu'il ne pouvait plus porter. « Vous croyez, me ditil, cela si facile ; fort bien quand on est jeune ; mais quand on a atteint l'âge de soixante-yonze ans, il est presque impossible de se soustraire àl'empire d'anciennes habitudes; je l'ai tenté plusieurs fois , et toujours sans succès. Avezvous vu quelquefois, m^e dit le Prince , une mouche effleurer une toile d^ araignée? pour peu que sa patte la touche, elle y resiCy et l'animal vorace lui jette un fil qui l'enlace et la met à sa discrétion : eh bien! me voilà, » (i8* déposition,)
Ce que le Prince confiait à quelques confi.dens intimes, les serviteurs le devinaient de reste.
GuT, ancien valet-^de-chambre, — Elle (madame de Feuchères) exerçait sur l'esprit du Prince un ascendant prodigieux; elle cherchait à éloigner de lui ses pluà fidèles serviteurs. Ainsi, M. de Quesnat fut remplacé par le neveu de madame de Feuchères. Le Prince était excessivement bon, mais faible ; cependant il aidait fini par supporter impatiemment le joug, (27* déposition,)
Ce qu'il faut surtout remarquer, c'est l'espèce
( a&8 ) ^'afffsincbîsseHieniiiy dlémaneî^pation^m &e li^t -dans lotîtes' 4e» actions do iBrince, qulmd la £a,^ tonné' n^étatt pas là. . ' - . . ; . .
Pannier. — Le Prince ne paraissait heureux que quand il était seul à Cnantilly. Nous avons totis l'emarqnéqùMors l'expression de la gaîte sè'pëigilâât d'ans tôiiê^ sfes t^ts; il chantait sa chanson favorite : Nous nations qiiùn tartp^ à vwrej maïs quand itnadame'ilè'Féuchères y arrivait, le Prince paraissait moix>se et taciturne : c'est ce que nous sommes tous k même <fattester.'(!29* déposition,)
Baronne de Prejean. —'Lé Prince né paraissait pas Heureux dans son intérieur, et il avait beancmipà souffrir des exigences de madame de Fëuchëres.
J^ai toujours remarqué qu'en l'absence *de madame de iPeuchères le Prince se livrait, avec l'abandon qui loi était naturel, aux cliarmes de la société et de la conversation ; il paraissait soulagé. Madame de Feuchères reparaissait-elle ? un nuage de mélancolie semblait se r^andre dans tous ses traits. (99* déposition*)
. Voilà le Prînce4 II est grave sans doute dans les habitudes de la vie; grave plutôt que triste; il est toujours tel qup la. dignité de son rang le demande^ et cependant, un moment af&anchi d*une compagnie trop évidemment intéressée pour n'être pas importune , libre dans ce manoir si cher à son enfance et qui rappelle à chaque pas la gloire de ses aïeux , il retrouve sa gaîté naturelle et ce fond de joie dont sa con-
( fla9 )
scféh(?e et 'se^ ÏAemfyiM^éér çhaqtvdjtnltr étaient
pdur Itiî'PinépaiBablelsouroô. Au surplus , dans
les temps qui précédèrent la mort du Princa,
la mésintelligence n'était plus un secret.
■ Comte p£ Juà. YiLLEGQjtTiEa. -r Ce n'est que depuis la
mort de Moi^^eigaeur que beaucoup de confidences nous
ont éké faites. /
Au dehors , Mopçejgneur ne témoignait rien de ce qui, dans le particulier, le tourmentait et l'affligeait. Aucunes révélations n'avaient eu lieu par ceux qui ne poutaient manquer d'avoir connaissance de beaucoup de détails intérieurs. Depuis , nous avons su que Monseigneur était loin d'être heureux dans sa vie intérieure, et que les scènes les plus vives l'avaient plus d'une fois troublé , depuis sept ou Luit mois surtout; quoiqu'au dehors il fût plein de déférence et de grâce , son affection n'était' plus k même. Les valets-de-chambre surtout pourraient, à cet égard, vous donner des renseignemens que je ne pourrais produire que plus incomplets.
Z>. Ne serait-oil pas à votre connaissance que , quelque temps avant sa mort, le Prince eût cessé de se rendre avant le dtner dans l'appartement de madame de Feuchères,. OU du moins qu'il s'y rendît moins fréquemment ? Se rendait-il toujours avec elle dans le salon ?
K. Dans les huit derniers jours Monseigneur lest plus habituellement venu seul dans le salon, (i^^ii^po^àion.)
Manourt. — Madame de Feuchères en était, venue au point d'exiger que Monseigneur descendît chez elle pour ouvrir le paquet de lettres qui lui était adressé tous les jours ; mais depuis quelque temps cela avait cessé. JL'avantr^eUle de sa mort Monseigneur me donna des lettres pour
porter à madame de Feuchères, ce qui prouve quil ne lui Icds^ sait plus oui^rir les paquets. Le Prince ne descendait pas non plus, suif^ant son usagée, chez madame de Feuchères aidant le dîner. J'ai entendu attribuer cet éloignement à la divergence des opinions politiques. (6* déposition*)
Ainsi 9 les çxplicaiians données par madame de Feuchères sur les causes de l'événement, n'ont rien affaibli. La même observation s'applique à ce qui va suivre.
Madame de Feuchères n'a pas supposé qu'il fut impossible de s'introduire la nuit dans la chambre à coucher du Prince. Elle savait , comme l'a dit Lecomte, que le Prince fermait quelquefois le verrou , mais que le plus souvent il ne le fermait pas; et comme le dit encore Louis Leclerc, que, si souvent le Prince fermait la porte, souvent aussi il ne la fermait pas. Surtout madame de Feuchères s'est bien gardée de s'approprier, par ses réponses, l'erreur que contient à cet égard le procès-verbal de Saint-Leu, erreur qui se trouve positivement réfutée dans la déposition de Lecomte.
<i C'est à tort que dans le procès-verbal dressé à Saint- Leu on m'a fait dire que le Prince avait l'habitude , en se couchant, de fermer le verrou de sa chambre : pendant les trois ans que j'ai passe's au service du Prince, je n'ai peut-être pas trouvé vingt fois le verrou fermé; souvent
il arrivait au Prince de fermer le verroa dans la journée, mais non le soir. (6* déposition,)
D'ailleurs, madame de Feuchères pouvaiNelle ignorer que le ao août, jour de la visite de la Reine, on était entré sans obstacle, à six heures du matin ^ dans la chambre du Prince, que l'on avait trouvé profondément endormi? Et puis madame de Feuchères aurait-elle pu nier que, du dehors , et à toute heure , il était toujours possiblô d'obtenir du Prince l'ouverture de la porte?
La possibilité d'entrer dans la chambre ne pouvait devenir, dans la bouche de madame de Feuchères, le sujet d'une observation; l'expérience si connue du lacet expliquait la sortie.
Aussi l'assassinat n'est pas signalé comme impossible dans les réponses de madame de Feuchères. Que dit-elle cependant?
Chambre de Dupré. — Les explications de madame de Feuchères relativement à la chambre de Dupré ne sont pas satisfaisantes.
Dans un premier interrogatoire elle déclare :
« Je ne puis vous dissimuler combien de semblables questions peuvent me blesser. Je ne me rappelle, en aucune mianière, d'avoir demandé cette chambre ; et si je l'ai fait, c'était parce que j'en avais besoin pour y placer quelqu'un de mon service. »
1 Tioff MatKmty; e»>iqiihumv<cetfé diamb're, que 'Je' nie auoir demandée/€n mM^t^iàfmU'énekfûi^e^Jtirmt/uifudà mû salon du Prince (i).
^ .- : y^iJ^jaffétinp'^mQfilsiBtBàt ptiUde force contre Pinsi-
.. j^u^^pç,!)!^ )'of^ f^\% r,és4U^ i44 JTMvangeiROKt des 6haml^res, qu'il favidra^t.3uppos^^^,.Qoml^lAeilef bo»t^da Priuce; honorée 4e aa œnfiançe la plus ^ntière , j'aie pu
^'ita^dîter- quatre ans d^avance l'horrible projet de l'assas-
Dans ce même interrogatoire^.ipud^we de Feuchères a fait cet aveu remarquable ;
Toutes les personnes qui entouraient Monseigneur avaient, été placées chez le Prince par mon entremise.
Dans un second interrogatoire , madame de Feuchères est revenue sur ce qu'elle avait dit relativement à la chambre de Dupré:
■ « Je me rappelle parfaitement que lorsque M. et madame de la Yillegoutier sont entre's chez Monseigneur, je leur ai cède' l'appartement que j'avais constamment occupé avec mon mari. Gomme je prenais l'appartement au rez-de-chaussée , il était nécessaire que cette chambre , qui dépendait de l'appartement du bas, fût occupée* par la femme Yiolin ma femme-de-chambre et wm mari, et elle l'a été constamment depuis par les personnes atta«
(i) On appréciera cette réponse de madame de Feuchères en se reportant à la déposition de Manoury rapportée page 120 de cet écrit.
chées à,inQ4.9çjryi<^ C^U^ ,cir«9mti^ce nea^téteit point
C^ ptraixiiep oubU,* dans* te tm*angemeiit intéItieu^ aussi consîdéra'ble'qtt'ûri bhkngeftieAt • compfel d*appârteiiiient, est-îl bien vraîâembljfi- ' ble , et n'a-t-on J>as Je droit de dire que jusqii'fcî les dépositions de madame 4<^. F^uchères, ïi!qsit présenté qu'un tissu de choses impossibles ou contradictoires?
Escalier dérobé. -—VescaMer dérobé n'est pas moins fatal à madame de Feuchères qu'à Lecômte.
Les deux questions posées par M. le Conseiller-rapporteur sont les plus simples et les plus précises qui soient au monde :
a Par quel escalier vous êtes-yous rendue à » l'appartement du Prince ?
» La porte de l'escalier dérobé était-elle ou- » verte ou fermée ? »
Réponse à la première question :
«( Réveillée presque en sursaut par M. Bonnie et Lecomte,et entendant parler de Monseigneur, je me suis jetée à bas de mon lit et me suis bornée à m'envelopper d'une robe-de-chambre, sans mettre mes bas ; je présume • que dans Vétai oit j'étais foi dd passer par V escalier dérobé, qui était aussi escalier de service. Mes femmes*de-chambre, celles de noadame de Flassans , et toutes les personnes qui habitaient Tentresol faisaient leur service par cet
escalier ; les vi^etS'cle'chambre du Prince y pcissaknl eux^ marnes très -soutient, (io6* déposition^)
Réponse à la seconde question :
« Je n'e'taîs préoccupée que d'une idée, celle d'arriver à la porte de la chambre du Prince; je me rappelle même avoir dit à M. Bonnie et à Lecomte : « /'/ vais monter bien vite; quand il entendra ma voix il me répondra. » Mais je ne puis me rappeler si la porte donnant sur l'escalier était ouç^erte ou non; tout ce que je puis me rappeler, c'est qu'arrivée à la porte de Monseigneur j'ai crié à diverses reprises et de toutes mes forces : Ouvrez I ouvrez ! c est moi. J'avais l'idée qu'il se trouvait mal et qu'il était encore temps de le sauver. » {Même déposition.)
Ainsi, rien de positif, et dans la réalité, pas de réponse.
M. le Conseiller rappelle à madame de Feuchères un souvenir.
D, M'est-ce pas en montant le grand escalier avec M. Bonnie que vous lui auriez dit : « Peut-être il faudra le saigner?
R, Je l'ai dit, il est vrai , mais c'est à la porte de Monseigneur. [Mène déposition,)
A la porte de Monseigneur vous ne deviez plus songer qu'à frapper, qu'à faire entendre votre voix, qu'à prêter l'oreille. C'est dans le trajet que ce discours a été tenu, comme M. Bonnie l'a déclaré; et ce trajet, M. Bonnie
ne Ta fait avec vous que par le grand escalier.
On a pu remarquer que sur les vingt-cinq ou trente questions dont se composent ses interrogatoires, madame de Feuchères n'a pas fait une réponse qui soit un titre pour elle à la confiance de la justice. Aussi ses dénégations animées n'effaceront pas le souvenir des paroles dites à la faisanderie et du propos tenu à la Reine- Blanche, circonstances trop bien en harmonie avec l'insensibilité dont madame de Feuchères a fait preuve au moment de la mort du Prince. Il existe, en effet, une affinité qui ne peut échapper à personne entre ces mots entendus par Bonardel : « Bah! il ne tient guère : aussitôt que «ye le pousse du bout du doigt y il ne tient pas : )) il sera bientôt étouffé ; » ces autres paroles : « Que son existence se prolonge un an ou deux, » il en arris^era ce qu il pourra; » et cette douleur étudiée qui ne sait éclater que devant témoins.
Il est temps de rapprocher l'indifférence de Saint- Leu des insomnies du Palais- Bourbon.
Interrogée sur les dispositions faites pendant les quinze premières nuits de son retour, madame de Feuchères donne une explication parfaitement d'accord avec celle présentée par M. de Flassans :
( aàè )
Oui , Monsieur, a-t-elle dit dan* l'un de àes interrogatoïi^s (io6*^ (Jéposition}, j'étais tellement énme de ce cruel événement (l'événement de SaihV^LefCf) , qiier îêèA fnètm^ madamci de JFlas^guf^ , a .çoucliié .pendant plmi^urç,*;*its dans ma chajqopr^; M* 'rfij)bé. Bruant m'a pflfejct de. couchjer près lie v^o\; fêtai» telj^p>en|: efirayée, que j|y ai
consenti»
- '"'il, • •
Madame de' FèucLères était émue, ejjrccfée :
(ï*6ù venaient cette émotion , cet effroi : M. Bonnie nous a dit (5* déposition) qu'en pi:é$ence du ca4avre elle ne versait jkzs une larme , que sa figure n^ était en rien altérée : Manoury lui a rendu à peu près le même témoignage ( 6* déposition). Madame de Préjean nous a appris que quelques heures après la mort elle s'entretenait a{>ec tabhé Briant, d^un œil sec et comme d' affaires , et nonpa^ de sa douleur {^(^ déposition)... Que madame de Feuchères dise donc quel était ce sentiment d! émotion et ai effroi qui , quinze jours encore après le cruel é{>énement y lui rendait redoutables le silence et la solitude des nuits... Ce sentiment ce n'était pas la douleur..
Il faut s'occuper désormais des explications consignées dans l'interrogatoire subi par l'abbé Briant.
Il semble que M. l'abbé Briant ait reçu ou se soit donné la mission de poursuivre la mémoire
du Prince par les plus odieuses suppositions. 11 s'efforce, en effet,, d -établir le suicide. Et par quels moyens enaora ! -
Manoury lui à dît datis Tappârtethènf que lé Prince nié se serait p'as suicidé s^l avait eu des principes de religion. — Il pi^tend que le Plrince chargea Manoury d'une somme destinée à une femme de Chantilly ou des environs, et que sur l'ob^ei;yation de Mfinoury q^Cjl serait temps iç la lui remettre quand on serait arrivé à Chantilly , le Prince répondit: Prenez toujours , on ne sait pas ce qui péùX arrwer. {i\& déposition.)
Le propos que M. Tabbé Briant prête à Manoury n'est ni prouvé ni probable.
Des témoins ont dit que le Prince , sans être dévot , ne souffrait pas que devant lui l'on parlât mal de la religion.
Et puis 9 comment oublier ces belles paroles du Prince à M. Hostein : Je ne vous parlerai pas en xihrétien^ quoique f eusse dû commencer par là; vous suivez qu! aux yeux de la religion le plus énorme des crimes est le suicide : comment se présenter devant Dieu quand on n'a pas eu le temps de se repentir?
Il est assurément impossible de rien conclure de ce mot que le Prince aurait dit en faisant une de ces actions dont son existence était remplie : «Prenez toujours, on ne sait ce qui peut arri-
» ver. » Et puis il est à craindre qu'ici l'exa-
raen ne porte que sur une supposition; car enfin Manoury n'a rien raconté de semblable, et l'on va bientôt comprendre quelle confiance op peut placer dans les souvenirs de l'abbé Briant. Il parle du fiisil que le Prince avait demandé et du couteau trouvé dans la chambre mortuaire : eh bien ! nous allons retracer d'après l'instruction ce que toute la maison savait à cet égard , et ce que l'abbé Briant ne pouvait plus ignorer lorsqu'il à fait sa déposition.
Manodky. — Le fusil trouvé et mentionné au procèsverbal n'était pas chargé.
D. Quelqu'un ayant demandé pourquoi ce fusil se trouvait là, si le Prince avait coutume d'avoir un fusil dans sa chambre , n'avez-vous pas répondu que le Prince avait demandé ce fusil quelques jours avant sa mort, ainsi qu'une provision àe poudre et de plomb, qu'il avait d'a-r bord serrée dans un tiroir; qu'ensuite et le lendemain, le Prince vous avait ordonné d'emporter cette poudre , parce que si on venait on croirait qu'il voulait se défendre ?
R, Le Prince at^ait constamment un fusil et de la poudre et du plomb dans sa chambre, soit à Saint-^Leu, soit h ChanUlfy^ pour chasser les canards, etc.
J'ai dit que huit jours avant sa mort il m'a donné or-dre d'emporter la poudre et le plomb , tle peur que ton ne crût quil voulût se défendre. Ainsi j'ai été mal compris des personnes qui m'ont entendu. ( 82^ déposition, )
Louis Leclerc dit aussi qu'e/ y avait toujours un fusil dans la chambre du Prince, at^ec un peu de poudre et de plomb, pour qu'il pût tirer des oiseaux. (i5* déposition»)
Dautert, chef dé f/if^^ciileriV.—Z). Quelques jours avant la mort du Priace, Lecomte, valet«-de- chambre de service , n'est-il pas venu demander un couteau de la part du Prince ?
R, Oui , Monsieur.
D. Ne vous a-t-il pas rapporte' à Finstant même le couteau que vous lui avez remis, en vous disant que la pointe de ce couteau étant émoussée ou le couteau étant ébréché, il ne convenait pas au Prince ?
R. Oui, Monsieur, età l'instant même je lui en ai remis un autre.
Z). Cette demande du Prince à vous transmise par son valet«-de-chambre ne vous a-t«elle point étonné ?
R, Non, Monsieur; le Prince faisait attention à tout ; il désirait que tout ce qui pouvait servir à son usage fût dans un état convenable. A Paris, le Prince apait constamment dans son appartement un couteau, une cuillère à bouche et une cuillère à café) la remise de ces objets au valetde-'chambre du Prince était inscrite sur son registre ; mais ces objets ne m* étaient Jamais remis à Paris, parce que le Prince y venant fréquemment, pommait en opoir soufrent besoin. Dans les autres résidences, comme à Chantilljret à Saint- Leu, je remettais au valet-de-chambre le couteau et les deux cuillères quil demandait au nom du Prince) muis fanais soin de les réclamer du valet-de-chambre au moment du départ.
Depuis que le Prince résidait à Saint-Leu , je n'avais point donné de couteau, le valet-de-chambre ne m'en ayant point demandé.Ainsilademand.e que Lecomte^n'en fit ne me parut point extraordinaire.
Le Prince n'avait point chez lui de couteau propre à couper le papier, et j'imagine que le couteau qu'il de-
mandait avait pour oI]jet de faire des enveloppes ou de couper des brochures. Ce couteau a été retrouvé dans la chambre du Prince.
Z>. Ainsi, vous ne pensez pas que le Prince ait pu demander un couteau dans l'intention d'attenter à ses jours ?
R, Je ne le croîs pas, (85* déposition,)
PiCQ. — n est reconnu dans toute la maison et par toutes les personnes attachées au service du Prince, que toujours à Ckantilfyy à Sainl-Leu , il apait un couteau dans sa chamhre pour couper des brochures et des papiers, » (i4o* déposition,)
Manourt ne peut concevoir qu'on en ait pu tirer argument (de la demande du couteau) pour le suicide. Le Prince aidait toujours un couteau, soit pour couper des pâtes, dont il se servait constamment, soit pour couper des brochures ou des enveloppes, •— Le chef d*argenterie Dauveit réclamait toujours le couteau lors des départs. (82*^ déposition.)
Enfin, si le Prince essaie, comme il arrive si souvent, de dégager ses rideaux pris dans la fenêtre, M. l'abbé Briant voit dans cette circon* stance la préméditation du suicide. Quoi! le Prince prenait ainsi ses mesures en présence de sa maison ! Avec un peu moins de préoccupation, M. l'abbé Briant se serait aperçu que le haut des rideaux est à plus de huit pieds du sol, et qu'ainsi le point d'attache se serait trouvé hors de toute portée.
« liC 25 août, : . '. 4e %ràce ne mesuTàit pas la hautwir-ae lA^evoMe; «aii9,<.«re€ sa caiuM, Huenraait fc^ «onflons «}e9 rideam qui ^accraob^ettC^âan^l'espognéf- ]0tte,^|,C9]»F«cbM<at lafC^n^tiptOie ^^ *?wi«r:. .. {giP ^
On s'étonne d'avoir â réfuter de pareilles inductions.
M. Tabbé Briant rfestpas pîas judicieux dans SCS conjectures que dans ses observations.
ff 11 y a U^udetpréaufier, di|r-U»^^ivs^'çxïtreini^(que J^ Pri?^ a eue aç:ep M. le oo^te dp Cfti^TBrfes§i»c,> yeilk de sa mort, aura déterminé la funeste résolution qu'il avait fontiée depuis quelque temps. Cette journée-là, Te ftrince a paru pltts triste qù^ l'ordlndre , â'at)rès te que j'aiieifi^ire. ^ j .
m De plus, lorsque .1^ (Biwwe sle^t Tetiré)daIk8'i9n>ap- :paJS^9»9Dt,^ inîii a^s^i U pvple^ àflt ^9fW^.v son çl^r^l;gim, qui 1^ .psoia^it , m à spw-^aleMe-r^îliamb^iîe; il leur avait seulement flonné Tordre d'entrer dans ^ ëbambre'lelendemain^matin à tiuit heures. »
Et pws^noi jàoflç ^ww i^sit/e foirte ém l?r^ïM)e ^1^ îpi |)ànter id'affeirft^. d^d^çn^ÎQe »w%itielle
-ternwfttiiPin?
Vous oubliez donc , Monsieur, que jM. î4e
( a4a ) Gossé fïit^eçu avec àfialnltté ; qu'il ne fut pas question des événemens du' jour, et que le Prince, sans s'appesantir long- temps sur lesévénemieas politiques, engagea M. ^de Gossé à séjourner quelques jour» à Saint ^Leu, puis à y coucher au moins une nuit. Quelle est celle de ces circonstances qui vous parait révéler la résolution que vous prêtez au Prince ?
Le Prince a paru plus triste ce jour-là.
Qui vous l'a dit? Ce ne sont pas les valets^lepied; ce n'est pas M. le baron de Préjean; ce n'est pas M. le comte de la Villegontier, qui fait observer qu'au whist le Prince s'est exprimé avec plus de critique et plus de gaîté qu'à l'ordinaire. Puisqu'il vous convenait de rappeler que le Prince n'avait point j^arlé pendant son pansement, pourquoi ne pas dire avec Lecomte -que cela hdarripcdt 9ùupent?
Ge que l'on trouve dans les înterrogatoii^es de M.'Bria'nt, c'est le projet arrêté d'établir une thèse; et quand un pareil projet s'appuie sur de pareils moyens, il devient contre celui qui Ta ' fonné une preuve itodii^kte dé culpabilité. ^ -- > Du reste, et pour tout ce qui lui çst peHnsoqnel, Tabbé Briunt ne tépond que par des dénégations formelles à toutes les donnéé^de l^nstruction. • .M.
Après avoir toutefais reconnu qu'il était attaché à madame de Feuchères comme aumônier, comme secrétaire , comme bibliothécaire et comme professeur de langues, il déclare que le prince paraissait avoir de la bienveillance pour lui ;
Qu'il n'a pas dit que le Prince radotât;
Qu'il n'a point tenu , relativement au lot de madame de Feuchères dans le testament, ce propos rapporté par M. l'abbé Pélîer : « Il vaut mieux que madame de Feuchères en ait un gros lopin que de le voir aller au Domaine ; »
Que le 27 août il ne s'est occupé d'aucune recherche et n'en a commandé aucune.
Enfin il a vu la Baronne donner les marques d'une douleur profonde.
M Le Prince, dit-il, paraissait avoir de la bienveillance pour moi.
» Le 25 août, avant de monter chez le Prince, j'étais dans l'appartement de madame de Feuchères , qui me dit qu^elle allait demander au Prince s'il pouvait me recevoir. Un quart d'heure après, madame de Feuchères descendit toute rayonnante de joie, et me dit qu'elle avait offert une jpeosée au Prince, qui l'avait parfaitement accueillie, et que je pouvais monter. Lecomte, valet-de-chambre de service , m'a annoncé. J'ai été admis auprès de Monseigneur, qui m'a tendu la main, me l'a serrée, en me disant : Ah ! monsieur B riant, quels Mnemens !
<» Ibëà vâtet^dâ^'diMyMfe «pettvMli^rttedttf^wicnlVeiit i »oôt. senmi va» dierehet 4e U ^t âia Priace. Ife dioianche «aiiMuit) je devais entrer dans mes nouvelles fonctions de chapelain. Combien de fois le Prince, en entrant chez madame de t^euchère^ au retour delà chasse, ne m'à-t-ïl pas trouvé travaillant avec elle! Et coitfme je voulais par respect me retirer, le Prince s'y opposait oMi> stanmïâit et dtaiit tpèfr^adewcipoiil* moi. Gela peut vous 'à^nsk^c iHie idée de la répugnance tfvec kr^eUe il me voyait dans ses -résidences. Ma nomihation à la place de t:hapelain donne la mesure de la^ bienveillance dont il daignait ncThonorer. >» (i i'6* déposition,)
lA ntmkVÊtdWcÊk tdk M*, l'ubbé iBrîantaux imc- %k)ti^ de diâp^kiili n^ fMrouverait que l'enïpire de madaiDë «te f'ettobèred %ut un hsoMmm tpn ^tiVàfl bîfen 4d AÀr, «nais ^t ne sa^it pas lui résister.
Il est assez étrange que le a 5 août, un mois tiprès les éi^ènehpfaeto* , *e Pritice a*t «dît ï u4hî monsieur Briant, quels événemensl Si tïyutefote c'étaitla première fols depuis juillet queM.Tabbé Briant «paraissait devant le Prince^ on conçoit tcMte^iEckiina^idin^'q'Ui aiors ne «prouve 'plus .rien. 9t, ^tb, sur plfiis, lï. 4^sA>bé Bpkmftisttt^e &kie une 'jiisteïdiée dessetitim0nsquHHiisp}t*aîtatiPHi«ûie, qu^îl 4&coute :
'RiANoûRT. — tecômtfe m'a irappôrtë que le jdtir'âe la Saint-Louis, fête du ^ince, il annonça à Son Alte«e
^f^^ r^bbé BriaiM: vèi^aÂt lui a^iv ^s.hqwmm^; ^^ Priaciç. dit avec vivmté : I/abf>é BrUifii! Et api:te ^^«hj
réfléchi, il dit : jetiez dire â Lamk^t iemJtnçF çp^ç (luL
I^EqQiftT^. -^ La seule cbo^e q^ai, m'ait frappé ce |omv là , c'est, lorsque j'annonçai que l'abbé Briaats^ préseur tftit, le mouvement tvèsi-prc»u]iucé d'him^eur qi^ le Prixice ma^ifes^t^^ (91^ déps^àion.}
Comment donc admettre (ju'une antipathie devenue notoire* n^a jamais été que de la bienveillance aux yeux de Tabbé Brîant?
« N'eçt-ce pas vous qui le premier et seul (demande M, le Couçeiller-rapporteur à M. l'abbé Briant)^ avez répandu le bruit de la démence du Prince , en disant à Saint^Leu le jour même : Ce vieux bonhomme reuletait ; voilà pourquoi il s^esi suicidée n
Et M. l'abbé Briant répond : « Je nie fonnellement ce propo^. »
Et 06 propos, M. de la YiHegonliery M- Bon* nie etManoury affirment l'avoir entendu. (l'V 5' et 6' dépositions.) (i).
(i) Ce »'e9iipa3 wulemeRt Iç 917 août que M, Biriant a cherché k, accréditer l'ppiniQu «ju^ l^ facultés iptellectuellet du Prince e'taieut atïaibUçs j on lit, dan§ la déposition de madame la baronuq dfl Pr^jeap : *< Uj(i jpi^r,
« Aviez-vous connaissance, lai demande encore M. le Conseiller-rapporteur, du testament fait en fayeur de madame de Feuchères?
R. Je n'avais entendu parler du testament que par l'opinion généralement répandue; je n'en avais pas de connaissance particulière.
D, Vous aviez cependant dit à M. Pélier que vous connaissiez le testament du Prince en faveur de madame de Feuchères, et qu'il valait mieux que madame de Feuchères en eût un gros lopin que de le voir aller au Domaine. / A
R, Je nie formellement /ce propos.
Il ne s'agit plus ici que de prononcer entre M. l'abbé Briant et M. l'abbé Pélier. Et d'ailleurs si M. l'abbé Briant ne croyait pas à la fortune de madame de Feuchères, pourquoi faisait-il , de concert avec M. de Flassans, de si vives recommandations au chef de l'argenterie?
D. Dans la matinée du 27 août, immédiatement après la mort du Prince, n'avez-vous pas dit qu'il pouvait exister des papiers concernant madame de Feuchères, et n'avez-vouB pas insisté à plusieurs reprises auprès des
après l'enterrement,.... à un diner chez madame de Feuchères, mais non à ses frais...., l'abbé Briant, qui en faisait les honneurs au nom de madame de Feuchères, m'entretenait des dispositions que le Prince avait à l'aliénation mentale; il me parla du ramollissement de son cerveau n* {yo^^ déposition,)
personnes présentes^pour qu'on fît la recherche la plus exacte?
/2. Non , Monsieur ; je suis resté dans la chambre du Prince seulement comme ecclésiastique; personne n'a touché aux papiers , si ce n'est M. de la Yillegontier, qui a mis les papiers en ordre et arrangé les pièces d'or et d'argent qui étaient sur la cheminée.
D, N'avez-Tous pas insisté pour qu'on fît la recherche d'une boîte ou cassette dans laquelle on présumait qu'étaient les bijoux du Prince ?
R, Yoilà la première fois que j'entends parler de cette cassette; j'ignorais que le Prince eût des bijoux.
La question redevient celle-ci :
Les dénégations de M. l'abbé Briant Temporteront-elles sur l'ensemble des témoignages qui rappellent l'insistance et l'activité de ses recherches ?
L'abbé Briant devait, quand il a déposé, savoir à quoi s'ep tenir sur la douleur de madame de Feuchères,; la conversation surprise par ma-^ dame de Préjean devait l'avoir éclairé ; et peutêtre, pour être tout-à-fait exact, devait-il parler des gémissemens de madame de Feuchères et non pas de sa douleur.
M. rtff>bé Ki'îànt, qni «'éSt pus <AIrgé, eotmxr© Lecomte, de connaître et de pratiquer lès ïocalités de la maison, prévient toutes les (jues* tions relatives à l'escalier par un. mot :
« f& n^ «ennaii^ pÈà âHéMÎBLét dét'obë dé ée (jôttf^Ër.
ma chambre avait sa sôtût sut le grsfiod eséafier ; }«• ne
Heste la question de savoir si, après quelques jours de résidence à Saint -Leu^ celte ignorance est adnoiis^ble.
Enfin , M. l'abbé Briant comprend les deux écrits comme les comprend madame de Feuchères; et comme elle, il veut y retrouver ce dont le Prince s'occupait, lorsqu'il a été surpris par elle. Les réponses déjà faites aux deux suppositions doivent donc s'appliquer ici.
L'harinôni^ qui séf trouve èfifrc I^s dépoâîtiôtis de M. Tabbé et celles de ftiâdàmé de Feuchères sur tous les points, cesse toutefois à Tégard d'une circonstance fort importante.
Il Mt cdûMAnt ^'à partir de mm retour au PalaU-<Bcrarbott («g âôàt)^ Madame de Feu^ ehéred a fait coûdhdr M. l'àbbé Briatit dans sa bibliothèque^ et ^a tiièee^ madame de Fla^sans, dans to chdtobrè méwèi Madame dé Feuchères n'a pas pu donteiMrer le motif de ce remarquable arrangement.
« Oar, ildmmot, a^f^t àUy j'ëCaifSteUeiacnt émue de ce cruel événement (révéuement de Samt-Leu) que ma nièce, madame de Flassans, a couché pendant plusieurs nuits dans ma chambre. M. Tabbe'' Brîant m'a of- • fert de coucher près de moi; fWtais teltemeut effiayée que j'y ai consenti, n (loff déposUwn.)
Dana la déposition de M. Tabbé Briant, une émotion^ qui porte tous les traits du remords, est remplacée par des anxiétés d'une autre nature.
« n est vrai, ditnil, que j'ai couché pendant quime ttmXA dams la bibliothèque de madame de Feucbèreft, qui est cOntiguë à sa chambre à coucher et n'a qu'une issue sur un vestibule. Madame de Flassans couchait en même temps sur des matelas dans la chambre de sa tante. J'avais offert à madame de Feuchères d'y coucher, parce qjûik cette époque on entendait toute la nmt tirer des coups ie fusil, el qu'il n'jr aufflà pas encore de police organisée. On CPoU w)lé des plombs sur les petits appartemens situés au bout du jardin et donnant sur Fesplanade, Et ces dames n'étaient nullement rassurées. J'ajoute qu'à Chantilly madame de Feuchères avait désiré que j'occupasse un appartement voisin du sien, et qu'elle avait dit : « L'abbé Briant est un homme en qui j'ai confiance. » (i i6« dépo^ itiion»)
Des coups de fusil ! absence de toute police au ûg août et jusque dans le milieu de septembre ! un vol de plomb..., et, pour de pareilles raisons , madame de Flassans dans la chambre
même de sa tante ^ M. l'abbé Brîant dans une pièce contiguë , et cela pendant quinzç pu seize nuits Madame de Feuchères , qui sait apparemment les causes de son éniotion , n'avait rien dit de semblable.
En résumé y M. l'abbé Briant essaie , dans ses dépositions, d'égarer l'opinion du juge sur les causes de la mort du Prince, et il se livre à cet égard à des inductions inadmissibles à ses propres yeux. Il ne dit pas relativement à lui-même un mot qui ne soit réfuté par l'instruction ; il a donc aggravé sa position par ses explications mêmes.
On parlerait en terminant de différentes versions qui, dans les premiers instans^ firent pour ainsi dire invasion, si le temps tout seul n'avait pas pris le soin de les réfuter.
Ainsi l'on sait qu'il ne faut pas confondre l'impression éprouvée par le Prince au moment même des événemens de juillet avec la situation morale dans laquelle il se trouvait au milieu du mois d'août, et surtout au a6, après la visite de la Reine. Pourquoi dès-lors s'occuper de la déposition de la femnâe Lachassine qui dit que , dans les journées de juillet, l'agitation du Prince
a été sensible à toute sa maison ; de celle de madame de Chabannes, qui vit, deux ou trois jours après les événeraens dejuillet, le Prince fort affecté ; de celle de Leriche, qui se reporte au mouvement sur Rambouillet? Tout cela n'a plus aujourd'hui de place dans la discussion. Aussi, quand M. de Flassans a montré dans sa déposition le Prince demandant avec une anxiété remarquable, à toutes les personnes qu'il voyait, si l'on avait des nouvelles de Charles X, et suivant avec inquiétude , sur la carte , la marche des exilés , il a sans doute transmis à la justice des détails pleins d'intérêt si on les considère en eux-mêmes, mais qui ne sont plus d'aucun se-* cours dans l'état où la question se trouve* maintenant placée. Il est par trop éclairci, que toutes ces anxiétés avaient été calmées par les nouvelles de Cherbourg et d'Angleterre. Que, du reste , le Prince ait dit depuis les événemens de juillet que c'était trop de deux révolutions dans une existence d'homme; qu'il ait prononcé ce mot , qui se prononce quelquefois de bien bonne heure dans la vie : « J'ai trop vécu , » il ne tombera dans l'esprit de personne que le suicide soit renfermé dans ces pensées, remplies de regret, mais de résignation. C'est aussi donner trop-d'importance à la réforme de l'un des équî-
pa^^ de chasse , que d'ea piurl^.dwi^ de ^i grs^ ye3 ci rconstaaioes^ comme le faAlMf d^ FIas$ax>9% U est pcissible qu'en Usant le projet de réforme proposé, le Prioce ait montré de la tristesse, et Ton sait pourquoi son w^w & affligeais. « Si je n'ai plu& besoin dfeux^ ils OQt eacore besoin de moi , » disait cet exceljient Prince , en pen^ sant aux serviteurs qu'il faudrait r^ivoyer. Mais enfin, comme Va dit madame de Feuchères dan»
l'un de ses interrogatoires : « On ne peut atta* ebsr aucune importance à ce projet de réforme; le Prince était animé de sentimens plus. nobles et plus élevés. » Du reste^ on comprend que le Prince qui, dans ses projets de fuite ou de voyagé, voulait surtout se soustraire à madamç de Feuchéres et à son entourage, n'ait pas mis M. de Flassans dans le secret des préparatifs ; tout confier au neveu, c'était avertir la tante» M. de Flassans disant à ce sujet qu'il était admis dans l'intimité du Prince , rappelle madame de Feuchéres qui , relativement à un projet dç voyage qui avait pour but de s'éloigner d'elle ^ croit répondre en disant à M, le Conseiller**rapporteur : « Il me l'aurait confié. »
Restent quelques souvenirs du a5 août retra^ oés par mesdames de Chabannes et de Flassans* Ainsi , le matin le Prince n'a point embrassé les
tiièoes d^ mad&inive ée Feucbènes quand elks sôïrt Tenues hil^é^ter leurs hommages. Il a -^t &ti déjeèner, en pariant 4e là ymife mad^mie d« FlîrsiMPiis : V Comme elle a Tair çai1 qtf^lle -pftmît Tieuï^ewsei^aaiid tèiiï màkige et dort bien, et avec oette disposition , on oublie ses cba- -grâis. » Bt lotlsque tes magiciens ont fait «n^- ZBendite l'air : Où peut-on être ^eusc qu'au sein de sa famille? \^ frinôe«uràît laissé édhapper €es .patioles : « Qoielte fête ! limite fêté!.... »
Qué^^ifie Tespèctt dtôintîssvDn dont se plarnit
séaidaaBe de Chabanoes, si <;e n'«st pee^-^êtr^ «que
la fâiniUe ^ madatuie de Feudbères ne p!rodui^
sait fdns SUT le œear du Prince la vnénie yn!b-
^ession qu^^aartrefois? Quel .rapport >entre Thoi*-
iiy^le cataûstroplie et i^ixe )de ^ces rëftekionâ que
^i^gèpe cassez .àrdinatrenijent à la vieillesse -là
Moe -de;ka jeunesse dunft tout» sa forcé et dans
«ont sbh bonh^enr ? Et si d'air dchéri des familles
i>qppélle au 9ntÊe& de igvandes et récfente^ in-
éontimeg ym , par un Tapproohement rapide, il
est conduit & cette exclamation : « QueÛe fête 1
quelle fête! » ^ueiaixl-il voirllà^ si ce n'est là
^néroslté ièe »on (oœuir ? €t faut-oft absblunifént
qu'il se soit donné la mort parce que Ja iâte<d«
la Saint-Louis , sa fête à lui, dans la délicieuse
résidence de Satat-I^i^, a réveillé daas son te»^
qui e^ d'ailleurs si bien cétaUie» n^ « ^etn»t ▼ait-ell« pas , et bien autr^nufini enphaxrrd^autÇj dans l'arrangement des âienstsusfKXisdorB!
On Bail: que M. le dodenr Alare^ leo déosmbr^e i85q,jian6 uu iemps où s'îfiisitjnMÎabi:e3t 1^ ^9^ ces •cnkoamel et ie procès dtiâU»«t4iprès#«^^<Wa dit-il , sollicité et obtofi^u ymtQrisHW (il aè dit pas de qui), a iciMt poiuiypir^ipik^tier dîne brochure >de«iqBatne^vipgt4Miiil: T^i^^f ^ocwBà^ pagnéeide planches JilJaogp^hiées^ et de^tilaf joDrBauK ont idoconé ide llon^ ^xj^aîAs. U vtf^sH pfaas nécessaire aujmurdlluii de réfuter g» tra* Tail, mais il ioiporte de mwoAmr qiiial ^tr^ parti tOB sait esiconeieD tirer.
DupiN. Je dois mentionner une circonstance qui mé paraitf oit extraordinaire. Hier^matin , M.TbîAauk, 4ii<itendamt de madame «de Feniobères.^ qiit étaitidans omn nypantemenlt donsqu'pii ^'^ ^e^kifi 1^ cUlUtioa que vau» m!«vez fait donner pour .comparai ti:e a^jicyicd'hui , m'a remis, ainsi qa'à Manoury et à Leclecc , rExameil médico'le'gal des causes de la' mort de S. A. R. le prince de Condë, par le doctêut «BferCj^t la 'Gazette des'Trîbu^ naux contenant le testament du Ppinee^le prooès-i|nei4Mil jdresté par!le.mairevde.-Satiit^lieu.: Hfaei»a,reirus.defti
On peut rapprocher cettfe précaution iSeTttffre faritè par madanie de Feuifbéres à Manoury d'entrer chez elte comme inaîlfre d'h6lél , offre
( =»57 > refusée, et parce que Manoury avait une autre espérance, et parce que, dit-il , ce sont ses ter* mes, le caractère de cette fenane lie luic^orwC' naitpas.
Ce sont là les seuls élémehs que l'on puisse faire entrer en balance avec les docuraens qui constatent les faits généraux et les charges iiidividuelles; ce sont là les seuls appuis d^ .c^ système qui veut que les événemens de joil^ let i83o aient suggéré au Prince une indigne pensée que' son âme n'eut jamais admise. Oui , les seuls appuis ! Car enfin , que dire des trois personnels qui déclarent ne pas croire à l'assassinat: madame de Saint- Aulaire , M. deRumigny et M. de Vitrolies?
Madame de Saint-Aulaire rappelle d'abord l'opinion qui fut en effet dominatrice pendant les premiers instans. Elle ne peut croire que le Prince ait été assassiné, vu quHl était adoré. Ce qui frappe surtout madame de Saint-Aulaire , c'est le souvenir d'une parole du Prince ; « Huit à dix jours avant sa mort, dit-elle , Monseigneur me donnant la main pour aller dîner, je lui témoignai du regret de n'être pas venue déjeûner. «Vous vous êtes reposée^ dit-il , vous avez bien fait. » Sur ma réponse que, le sachant souffrant, je voulais me rapprocher de lui, il dit, en me