AU SEIZIÈME SIÈCLE
Gilles du VVés (ou Dewes, ou du Guez) . An Inlroductorie for to lerne, to rede, to promnuice and to spelce freinch treirlij, compijled for the rujht high, exellent and mosl vei'tuous lady the lady Mary of Engtande, doughter to our most gracions soveray?i lorde kyny Henry tlie eiglit. Printcd at I.ondon by Thomas GodlVay (vers 1027), iii-4 gotii.
Les deux premiers ouvrages de quelque importance sur notre orthographe sont sortis de la cour des rois d'Angleterre, qui déjà, trois siècles et demi auparavant, avaient été les mécènes des auteurs des premieis poèmes de la Table ronde rédigés en français.
L'auteur de cette grammaire, qui s'est nommé dans un acrostiche, rédigea son ouvrage vers 1327, et il l'a dédié à la princesse Marie, tille de Henri VIII, alors Agée de douze ans et devenue plus tard Marie la Sanglante. Il emploie quelques accents pour faciliter la prononciation, et il les marque sous les voyelles et non au-dessus. Voici un si)é(imen de son orthographe, tiré d'une pièce de vers adressée à sa royale élève i>our s'excuser de ne pouvoir continuer ses leçons ii cause de la goutte qui le tourmente :
" A nous, tn.'ssouueniiiu' inaisticsse, jcnvoy CCS iicrsc, iioiillant siiiilitir ma Kraïul iloulleur d que plus iiiopressc lie nous pouiiir >exmv cl ciiscygni'r i|uc<li' soulTiii- nialailiiM't <laiijjicr;
(1) Il sullira (fuu slin|ilr <ou|> d'n'il sur les «iL'iiiièri'S nlilliiiis ilii nouveau Diclionnaire. de mitlrùne de INystoii, si savainnicnt coinplrlc par MM. I.illié ci Cil. llobiii, pour SI- riMiiirc compte de la destruellon immiiu-iiti' dont mitio languirst menacée de ce cùlé.
pourquoy, sil plaist tiuil l'aire a uostre grâce lesiioulloir lire quelque petitte espace mon espoir est (jue mieulz uous en vauldrés et par ce point aussi mescuserés.
« Entre les mois qui accomplissent lan deux en y a cspécialleinent qui mott fait (ieul, grant ennuy et alian, astre ne peult que je die aultrenienl ; souuent a> ueu leur manière et comment ilz mont traicte, sans lauoir deseruy pou7 ce quilz sont de courage asseruy, nairaant jamais les iruures de prinlemps ains sans cesser Icin- font mal en tous temps.
« Le principal duquel plus je me plains en son blason se fait nommer Décembre ; parluy ay fait pleurs et soupirs mains ja ne sera que ne men remembre ; lui et Januiér mont lolUi ung membre qui me fera que tant que je niuray en grant doulleur doresnavant iray pourquoy je crains quen grant meroncolie en fin fauldra que jen perde la uie. )•
On voit que l'orthographe de du Guez, venu trop tôt pour s'inspirer de l'exubérance de lettres qui, à partir de la Renaissance jusqu'à la fin du xvii" siècle, s'est montrée dans l'écriture, est demeurée presque aussi sobre que l'est devenue aujourd'hui la nôtre. Fr. Génin croit que sou livre n'a été publié qu'après l'ouvrage de Palsgrave qui suit.
Jehan Palsgbave. Lesclarcissement de la langue francoyse, rompose par maistre Jehan Palsr/rave Angloijs, nati/f de Londres et gradue de Paris. INeque lunn per nocteni. Anno uerbi incarnati M.D.xxx (avec privilège de 1531;. The imprintyng fynysslied by lohann Ilaukyns the xviii daye of lidy. The yere of our lorde God. Mccccc and xxx. In-fol. goth.
Le second ouvrage, bien plus important, est dédié à Henri VIII. Dans sa préface l'auteur dit s'être conformé pour le plan de son livre à celui de la Grammaire grecque de Théodore de Gaza. Par les exemples qu'il donne et par l'accent tonique, qu'il place sur les voyelles d'une manière souvent tout opposée à la nôtre,
on voit que la prononciation en différait essentiellement et qu'elle était bcaueoup plus accentuée. Voici comment il marque pour un lecteur anglais la prononciation des vers ([ui commencent le Roman de la Rose :
Maintes génies ilient que en songes Mâinto jan cilet kan souiigos Ne sont que fables et mensonges Ne souri ko /cibles e mansourujos Mais on peult telz songes songier, Miiys oun peul iez soungo soungier Que ne sont mie inensongier.
Ke ne soun mij mnitsowigier.
Il ])lace ainsi l'accent prosodique : à la femme, à l'àbbe(}\ l'ahbéj, beaucoup, Ihàbilude, litniôn, dc7itendément, des àullres, saUjémcnt, et il écrit sans division : soia-entcsfoijs, uulcunefoijs, plusieursfôys, dixfôijs, troijsfôijs, qitallrcfoys, entredeux, paradvenlure, à Icncônlre, jusquadix, jiisquaumourir.
Fr. Génin a donné, dans les Documents inédits pour servir à l'histoire de France, ime bonne réimpression des ouvrages de Palsgrave et de du Guez.
Jacques Svlvius (Dubois). In /inrjtuiM (jallicam Isagiage. Parisiis ex officina Roberti Stepliani, 1.53 1, in-J.
Dans son système, le j^rand nombre des accents ", ', ", ", ', ', qu'il ajoule aux Icltrcs rend la lecture iit'nible, entrave l'écriture et di'qilait à l'œil. La superposition de pclites lettres au-dessus de certaines consonnes a le même inconvénient, et l'application ne m'en |)arait utile, à répO(|uc de Dubois, rpie dans deux cas : à cœur, qu'il ligure ainsi : ceùr, et à limaçon, ipTil éci'it limaçon. Nous verrons Geofroy Tory, aussi habile artiste que savant typographe, remplacer c<! dei'nier signe par l'emiiloi de la cédille, qui, placée sous le c, ne défigure en rien l'aspect de nos impressions.
Sylvius distingue le j consonne de 1'/ voyelle, et le v de l'a, eu qui n'est pas un faible mérite, pnisijue cette confusion a duré près de deux siècles après lui , et n'a cessé ((n'après avoir été adoptée par les Hollandais (I).
(I) ViiM'/ la l'n laee de Corniilli'. ilans la grande édition 'qu'il a ilonure d« ses ii'U\re<i vm IGU'i, et repiuduite ei-desaus, p. Gô.
Geofkoy T'oey. Champ fleurij, etc. Acheue dimprinier le xxviij lour du mois Dnpuril Lan mil eiiicq censxxix pour maistre Gcofroy Toiv de Bourges, autheur dudict Hure. Paris, in-4.
Dans cet ouvrage, dont le privilège est du 5 septembre iri2C, Tory réclame (fol. 52 recto, 56 verso) l'emploi des accents et de l'apostrophe. Dés qu'il fut imprimeur, il ne tarda pas à introduire dans ses éditions plusieurs de nos signes orthographiques. Dans V Adolescence clémentine de Clément Marot, imprimée le 7 juin 1333, Tory annonce ainsi cette réforme : « Auec certains accens « notez, cest nssauoir sur le e masculin différent du fen)inin, sur « les dictions ioinctes ensemble par sinalephes, et soubz le ç « quand il tient de la prononciation de le s, ce qui par cy dcuanl « par faulte daduis n'a este faicl au langaige franç.oys, combien « qu'il y fust et soyt très nécessaire. »
Jean Salomon s'est, dans le cours de la même année 1333, servi du ç dans une dissertation intitidée : Briefue doctrine pour deuemenl rscripre selon lu propiielc du langar/e francoijs, reliée dans l'exemplaire de la Bibl. imp. du Miroir de l'ame pécheresse de Marguerite de Navarre, édition sans lieu , sans date et sans nom d'imprimeur. Voir Geofroij Torij, par M. Auguste Bernard, 2" édition, Paris, Tross, 1863, in-<S°, p. .'J74.
Etienne Dolet. La tuamère de bien tradtdre dUine lanyue enaultre, de la ponctuation françoijse, des accens d'icelle. 1540, iu-8.
Les imprimeurs ont été de tout temps émus plus que d'autres, des vices de l'écriture française, et désireux d'y apporter remède. Etienne Dolel, imprimeur de Lyon, helléniste et latiniste consommé, préparait depuis plusieurs années, sous le litre de VOrateiir, un traité complet de la langue, de l'orthographe et de la poésie françaises. Sa fin déplorable l'empêcha de le mettre au jour. Dans plusieurs de ses éditions, et notamment dans l'opuscule que je cite, il put du moins compléter en partie les perfectionnements apportés quelque temps auparavant par Geofroy Tory.
Nous devons à Dolet d'avoir inauguré l'usage de l'accent grave sur à préposition, là adverbe. L'apocope ' qu'il propose, particulièrement en poésie, dans les mots maniement pour mamement, laiTra, pcWrra, vtai'ment, hardi^ment, est le premier germe de
appkndicp: d. 95
notre accenl circonflexe, dont l'emploi tardif en grammaire pourrail être étendu avec tant d'avantages.
Il a enseigné l'usage du tréma : pais, lioële, sans en faire précisément la même application que de nos jours.
Il ne veut pas, devançant ainsi une réforme qui ne s'est généralisée que deux siècles plus tard, qu'on écrive des dignitez, des volupté:-, md\?s\)\er\ dignités, rol2tptcs,rèser\aut la lettre :; pour la terminaison de la seconde personne du pluriel des verbes. Il rétablit le t au pluriel des mots terminés en anf, et complète celle judicieuse réforme en écrivant iouts {omnes).
Bien qu'étymologiste en matièi'e d'orthographe, comme les Estienne, il admet comme eux d'indispensables simplifications. Tandis qu'il écrit aiireilles, quclci/iie, maling, soubduin, rhilhinc (pour rime), il corrige ainsi : cinqiesine, alaine {halilus), harcn, j'exepte , réimprimer, réouvrir, et quelquefois home. Son orthographe est malheureusement un peu irrégulière, comme celle de tous les écrivains qui ont précédé l'Académie française.
Son meilleur titre à l'eslime des grammairiens sera peut-être de s'être prononcé, d'après l'exemple des Grecs et des Latins, contre remjjloi de l'accent qu'il appelle enclitique, et que nous représentons aujourd'hui par le trait d'union. (Voir plus haut la Notice sur ce sujet.)
Louis Meigrkt. Traité touciiant le commun usage de l'escrilure française; auquel est débattu des faultes et abus en la vraije et ancienne puissance des lettres (privilège de 1542). Paris, Jeanne de iMarnef, 154.5, in-8. — Le Tret/ede la Grammaire franroeze. Paris, Wechel, l.ISO, in-4.
Meigret est un de ces esprits rigides qui n'admettent pas le compromis entre la configuration étyniologi(|ue et la configuralion do la prolalion, comme on disait de son temps. Contrairement à l'école toiile-puissanle des érudils de la Renaissance, il ainioncc qu'il a travaillé pour le commun peuple.
« .le ne voy point, dit-il, de moyen suffisant ni raisonnable excuse pour (•onserv<'i' la fa(,'on([ui' nous avons d'escrire en fiançois... Notre orthogra[)he, pour la confusion et abus des letlres. ne quadrc point enlièrcmcnt ii la prononciation.
« Les voix, ajoule-t-il, sont les elemens de la proiiuncialion, el les leires les marques ou notes des elemens.... I'uis(]ue les lelrcs
ne sont qu'images de voix, l'cscritiire devra eslie d'autant de letres que la prononciation requiert de voix; si elle se treuve autre, elle est faulse, abusive et damnable. »
Meigret a proposé d'excellentes simplifications que l'usage a sanctionnées pour quelques-unes, comme l'emploi du ç qu'il emprunte, dit-il, aux Espagnols, la suppression du g dans les mots où il n'est pas prononcé, tels que cognoistrc, umj, besoing, etc. 11 biffe le d de advenir, advixé. Il veut qu'on écrive dit, fait, et non dict, faict; bete, fête et non teste, feste.
D'autres modifications (|u'il a proposées n'ont pas prévalu, ce qui est regrettable pour quelques-unes, telles que dixion ou diccion, au lieu de diction; manifestacion, annonciacion, etc.; le 71 à jambage pour gn mouillé.
11 ne se fait pas illusion sur les chances de succès de sa réforme : « La plus part de nous, François, usent de cette superfluilé de letres plus pocr tarer leur écriture que pour opinion qu'ils ayent qu'elles y soient nécessaires... sans avoir égard si la lecture jiour laquelle elle est principalement inventée en sera facile et aisée. J'ose bien davantage asseurer que c'est bien l'une des principales causes pour laquelle je n'espère pas jamès, ou pour le moins il sera bien dificile que la superfluité de letres soit quelquefois corrigée, quoy qu'il s'ensuyve espargne de papier, de plume et de temps, et finablement facilité et aisance de lecture à toutes nations. ))
Meigret eut l'honneur de faire école. Fendant plusieurs années on parla beaucoup des meigreitistes et l'on rompit des lances, dont le fer n'était pas toujours émoulu, contre eux ou en leur honneur. Ronsard et Baïf se déclarèrent partisans du système. Mais ce mouvement dut bientôt s'assoupir.
Tout novateur en fait d'orthographe échouera s'il porte un trouble trop grand dans les habitudes, et s'il veut atteindre surle-champ un but dont on ne peut approcher qu'avec l'aide du temps. En effet, Meigret fut forcé plus tard d'abandonner son propre système dans sa traduction du livre des Proportions du corps humain, d'Albert Durer, et il ne fut repris complètement par personne.
Quel qu'ait été le sort de ces systèmes, aujourd'hui tombés dans l'oubli ou dépassés, ils ne méritent ni la dérision ni le blâme. Les luttes ardentes qu'ils ont provoquées ont servi à l'élucidation et à l'affermissement des principes qui ont porté si haut l'éclat
APPENDICK D. 97
de notre lillérature. Plusieurs modifications de détail longtemps dédaignées ont été d'ailleurs reprises dans des temps plus favorables.
Jacques Peletier, du Mans. Dialogwi d(i r Ortogra f'i e Prononciation Franço<iS(i, départi an deus liur'is. Poiliers, linguilbert de Marnet', 1550, pet. iu-8. — L'Art poétique; départi en deux livres. Lyon, Jean de Tournes, 1555, in-8.
Le petit volume de Peletier, pour n'être composé que de viij feuillets et 21G pages, est intéressant et instructif. La forme d'entretiens, qu'il a adoptée, où chacun de ses interlocuteurs, Jean Martin, Denys Sauvage, Théodore de Bèze, le seigneur Dauron, combat ou défend, avec clarté et une parfaite bonne foi, la léforme orthographique de l'auteur , nous permet de juger quelles étaient, à l'époque de la Ilenaissance, les idées des hommes instruits sur l'écriture française et ses principes; ei, bien que les systèmes plus ou moins absolus de Sylvius, de Meigret, de l'eletier, de Baïf, n'aient |)oinl été adoptés, on se félicite de voir tout le chemin que depuis le seizième siècle l'écriture a fait pour se rapprocher de la [irononciation.
On écrivait, par exemple, comme nous le voyons dans l'ouvrage de Peletier, soubconIreroUeur, que nous écrivons aujourd'hui souscontrôleur, et que nous pourrions écrire soucontro/ciir, comme nous écrivons soutènement, soucoupe, etc. On prononçait sou, mou, cou, pou, et l'on écrivait sol, mol, col, pol. Bien qu'on prononçât dwe li, ira ti, on écrivait dîne il, ira il. Nous avons fait depuis ce temps une bien large concession à la prononciation, en écrivant dîne-i-il, ira-t-il.
Peletier supprimait les lettres étymologiques et écrivait leoloyic, leze, /ilosojie, crctien, etc.
L'écriture figurative de la parole proposée par Peletier ayant, comme celle des autres réformateurs de sou époque, l'inconvénient lie doiuier un aspect étrang(t et désagréable à l'impression, ne lut accueillie ni par les gens de cour ni par les imprimeurs.
.loACUiMi Peiuomi lienediitini cormœriaceni Dialogorum de tim/ua: fjaUinr origine, ciusi/ue mm t/r.rrrt cognatione, tibri t/uatuor. Parisils, npud Sebastlaïuim Niui'lliuni, 1555, in-8.
l'érion a écrit en latin un ouvinge dont le plan a beaucoup d'analogie avec lu Conformité du luwjuagn franrois avec le grec Ai'. Ilemi
98 APPENUICK IJ.
Estienne. La recherche des élymologics l'a beaucoup plus occupé que le perfectionnement de l'écriture de son temps , surchargée, comme on sait, d'une si grande quantité de lettres superflues. Étranger, comme ses contemporains, à toute critique philologique, il admet, au milieu de judicieuses découvertes, des explications qui feraient sourire à bon droit les linguistes de nos jours.
Ainsi il est plus étymologiste en orthographe qu'aucun de ses émules. Il écrit «c/iapto- (acheter), acouler {iit.o{)i.\.t), prxteur (prœtor), pmie (peine, depœna), sœur (soror), pour distinguer ce mot de seur (sûr, semrus), aylanlhirr (églantier, de axavôa), basme (baume, de balsamum), contendenis, couliccm (cultellus), drocct (jus), egraphigner (égratigner (1)), grephyer (greffier), hostruche (autruche, de ô ij-cpoutid;), onnyon (oignon, de xpoarjiuwv) .
La direction exclusivement hellénique de son travail, qui l'entraîne à ne tenir aucun compte de la provenance germanique ou celtique, ou même de la basse latinité, l'amène à écrire buthyner (de flou6uv£iv), au lieu de butiner, de l'ancien allemand bute, bnten; inokker, de (jiwx/,(xcOai, tandis qu'on a découvert en gallois le radical celtique moc, d'où moquerie; gambe et gambon {jambe, jambon) de xctjjnrvi, au lieu du celtique, en écossais, gamban, en irlandais, gambun ; lanthil homme, dont l'étymologie genliUs était pourtant si claire; enfin non cheillant, de vw/sÀ-ôç, au lieu de l'ancien verbe chaloir, qui nous a laissé cette locution : Il ne m'en chaut.
Périon, ce me semble, nous offre un curieux exemple des inconvénients de la méthode étymologique poursuivie à outrance en matière d'orthographe.
Il propose de supprimer \'s dans hosle, et voudrait que la lettre « remplaçât la lettre e partout où e se prononce a, attendu, dit-il, qu'il n'y a que les sapientes qui sachent qu'il faut écrire science ce qui se prononce sciance. Il voit avec peine les savants écrire escrivents, oïents et proueoents [scribentcs, audienles, providentes], tandis que certains participes sont écrits par a.
Il admet les accents sur les voyelles, mais il en fait un emplo différent de celui auquel l'usage s'est fixé. Il se sert de l'accent circonflexe, avec d'autres savants du seizième siècle que je cite, devançant ainsi les grammairiens de près d'un siècle et demi. 11 écrit aîse, boûrgois (civis) et bourgoise, fruncoise i française), crc/stre et cognoîslre.
(1) Ce mot nous vient du tudesquc-, krazjan, gratter.
Jehan Garnier. InstihUio ç/allicx lingux ad iisiim juventutis ger- 7nanicic, ad illustrlssimus juniores principes landtgraoios Hessix consciipta. .luthore loan. Carntrio. Marpiirgi Haessorum^ ap. lo. Crispinum, 1358, in-12.
M. Ch.-L. Livet a donné nne analyse Irès-étendue rie ce livre dans son ouvrage intitulé : La Grammaire française et 1rs Gruiiimairiens au wi" siècle (1). Gainier, dans ce traité très-utile pour l'histoire des variations de l'orthographe, se plaint amèrement des lettres étymologiques inutiles : « Quod tœdiosum valde molestumque fuit lecloribus; ulquc linguam ipsam odiosam et diffuileiii omnibus peregrinis reddidil. Siquidem merito omnes conquerentur, et ab ejus lectionc ubliorrenl quod aliter scribamus , aliter vero pronunlkmus. »
AitEL Mathieu, natif de Chartres. Devis de la langue Jrançoy se , à Jehanne d'.llbret, roijne de Navarre, duchesse de Fendosme, etc. Paris, iiiiprimciic de Richard Breton, 1559, in-8.
L'auteur n'est point un granniiairien, mais un gentilhomme devisant de la langue pcjur le plaisir des dames. Sans être réformateur, il est indépcnilaiit. « Notre langue est à nous, dit-il; les Grecs et les Latins n'ont rien h y voir. »
11 n'approuve l'em[)loi du .v long, du // et de l'y ([uc ])aree que « ces lettres, jiar leur forme, .servent d'ornement et d'amplialion à l'cscripturc et lui donnent de la grâce suivant la similitude dont il a usé de l'œil à la peinture {2}. »
.loACHiM DU Bellay. Défense el illustration de la langue franroise. Paris, Morcl, 15G1, in--!. (La première édition est de 1549.)
L'éminent écrivain et poêle approu\(' en principe les réformateurs précédents, mais il se garde de les suivre en ce qui le concerne, et il en donne ses raisons :
«... (l'est encor', dil-il dans la iiostl'acc, la raison [lourquoy i'ay si peu curieusement l'Cgardé ii l'orthographie [sic] , la voyant auiourd'liui aus>i diueiM' (|u'il y a d(^ sortes d'oscriuains. l'up-
(I) l'aris, AuKUstle Durand, IN.V.I, in-H. — (2) F.t en l'nclj.si l'un \AU- le-. >.'u\ Mir les spi^i'iiiuMis de ralli^iiapliic <hi wr siiVIc l'I Ini'iiit' sur li'S liicfs ildiiNri' d'iTriluro do JurrN au \\\v , mi voit c|uf li's artisti^s »t' (iiiii|ilaisuicnl dans la Ix'IN' roniic ipi'ils doiiiiaienl aii\ Idlri's Imi^ufs iM |>articulièrciiifiit à l'y,
8'8t/OrHccA
100 APPKNDICK /-».
prouve el hue çirandemenl les raisons de ceux qui l'ont voulu reformer. Mais voyant que telle noiiueauté desplaist aux doctes comme aux indoctes, l'aime beaucoup mieux louer leur inuention que de la suyure, pource que le ne fay pas imprimer mes œuures en intention qu'ilz seruent de cornetz aux apothiquaires ou qu'on les employé à quelque autre plus vil mestier. »
PiEEBE Ramus (la Ramée). Gramere. Paris, André Wechel, 1562, in-8. — /(/., IS72 et 1587.
La Ramée, plus connu sous le nom de Ramus, lecteur du roi dans l'Université de Paris, savant latiniste, helléniste et liébraïsant, auteur d'ouvrages fort appréciés de son temps sur la dialectique, les mathématiques, la langue latine et la langue grecque, est peutêtre le plus érudit des auteurs de réformes de l'écriture française. Son .système a pour but de représenter avec une fidélité absolue la prononciation par l'écriture;, et l'on peut dire qu'il y réussit presque aussi bien peut-être que ses représentants de nos jours, M. Marie et M. Féline. Grâce à son petit livre, nous sommes en mesure de prononcer le français connue un oi'ateur au temps de Henri 111. Ce n'est pas un faible service rendu à la philologie, el nous serions heureux qu'il y eût eu un Ramus dans Athènes au temps de Périclès, et dans Rome sous Auguste.
A l'exception de l'e muet qu'il représente par un e à boucle inférieure et que je représenterai par e; de / et // mouillé, qu'il écrit par l à boucle et que je figurerai par X; du c/i, qu'il figure par c avec boucle et que je remplace par ? ; de gn, par i\, et de ni, qu'il écrit par n à boucle dans les mots en mit final, Ramus n'introduit dans son écriture aucun caractère nouveau ni étranger au français. Il met ainsi un signe simple à la place des signes binaires ou di(jrummes, et il donne à toutes ses lettres une prononciation constante et unique. Le c se prononce comme le cappa, le y comme le gamma des Grecs. Le s, si embarrassant pour les étrangers, n'a qu'une seule valeur, celle du sigrna. Toute lettre nulle dans la prononciation disparaît de son écriture, et il se passe même d'accents, simplification qui n'est pas à dédaigner pour l'écriture cursive. Il résulte de cette méthode une grande économie dans l'écriture et l'impression, comme on va en juger :
« Apres avoer reconu (ami lecteur) se ce j'avoe publie de la Grâce mère tan' grece ce latine, j'e prin' plezir a considérer sele de ma
« patrii : de lacele (corne je puis estimer par le' livre' publies ence viron depiii' trent' ans ensa) k premier auteur a ete Jace' du « Boes exelen' profeseur de medesiiis, ci entr' autre' ;ozes a ta;e « a reformer notr' écriture e la fere cadrer a la parole. Etiene Dolet « a fet celce trete, come de' poins et apostrofe : mes le bâtiment « de set' euvre plu' haut e plu' marjtice, e de plu' riçe e divers' « etofe, e' propre a Loui' Megret : Toute foes il n'a pas persuade a (( un çacun se c'il pretendoet toucan' l'ortogral'e : Jace Peietier a « debalu se point en deu' dialoges subtilement e doctement : GiÀ- « auniides Ailles (Autels) l'a fort coml)atu pour défendre e meintenir « l'ansien' écriture. Le' plu' nouveaus ont évite sete controverse, « e on' fel celce forme de doctrine Sacun a sa fantazie, Jan Pilot « en latin, corn' avoe' fet Jace' du Boes an paravant, Bobert Etiene « en fiansoes, le'celz tous je loue et prize ;acun pour son mérite, « en se c'ilz se sont eforse de nou' doner se pourcoe nous maTjifion' « la lange grece e latine, s'et a dire la loe de bien parler. »
On jugera, par cette citation, des avantages et des vices du système de Ramus. Toute méthode phonétique doit être absolue comme son principe, pour remplir complètement son objet : la certitude de la prononciation et la rapidité de l'écriture. Celle de Uamus ne l'est pas. Il eût fallu se décider, dans celte voie, à écrire pnm/n, batimaii, sv/iiihman, et non premier, Itatimenl, svblihincnl , connue le fait l'auteur; incntcnir, et non meintenir. .\utrement on laisse subsister, en même temps que le doute dans la lecture, toute la subtilité des distinctions d'origine et d'étymologie. L'écriture, d'un antre côlé, connue l'ont si inen remarqué les sténographes, ne peut être facile et prompte qu'à condition de supprimer les levées de la main nécessitées par toutes ces apostrophes prodiguées par Ramus, pins longues à former que les lettres muettes dont elles tieniKUil la place. A ce point de vue, tout trait nouveau ajouté à une lettre entraîne un retard équivalant au bénélicede la suppression d'une lettreoud'un accent. I^es réformateurs phniidgraphes, ycompiis Rarims, excepté Domergue et Marie, ont recidé devant celte nécessité qui forcerait (l'abandonner la marque du pluriel quand elle ne se fait pas sentir à l'oreille, et le public, avec son bon .sens pratique, a di-daigné des systèmes entachés (rinconséquence, (pii nmlilaient la grauunaire sans grand profil comme économie de lenq)S et comme simplicité.
Pierre Itamus a le iiii'-iili' d'avoir, deux siècles aviinl nos grammairieus et nos dictiduiuiiies, distingué le v di' \'ii. Ir / de !'/. il
lOi; APPENDICE D.
ces deux consonnes ont porté longtemps le nom île consonnes ramistes, en souvenir de leur célèbre patron.
Etienne Pasquieh (1), dans une de ses ((Lettres à M. Ramus, professeur du Roy en la philosophie et les mathématiques», combat avec raison l'excès dans lequel ce savant, renchérissant surMeigret et Pelletier, était tombé, en bouleversant notre orthographe, et, par suite de ces excès mômes, Pasquier se prononce encore plus fermement pour le maintien des anciens usages. Tel est l'effet ordinaire de toute exagération dans les systèmes.
On lira avec intérêt cette longue Lettre, où, après avoir réfuté le système de Ramus, il traite particulièrement des diphthongues. Malheureusement, nous ne possédons plus le texte orù/inal de Pasquier; mais dans l'impression, qui est de près de cent soixantequinze ans postérieure à l'époque où il écrivait, on paraît s'être attaché en grande partie à suivre celle de l'ancienne édition. On en pourra juger par ce que je transcris ici de cette lettre, où d'ailleurs Pasquier consent que s'il se trouve dans notre orthographe '■< quelques choses aigres, on y puisse apfiorter quelque douceur et attrempance ».
« Or sus, je vous veux donner une forte guerre, et ne m'y veux pas présenter que bien empoint. Car je sçay combien il y a de braves capitaines qui sont de vostre party. Le premier qui de nostre temps prit ceste querelle en main contre la commune, fut Louis Meigret, et après luy Jacques Pelletier , grand poêle , arithméticien, et bon médecin, que je puis presque dire avoir esté le premier qui mit nos poètes françois hors de page. A la suitte desquels vint Jean Antoine de Baïf, amy commun de nous deux, lequel apporta encore des règles et propositions plus estroites. Et finalement vous, pour clorre le pas, avez fraischement mis en lumière une grammaire françoise, en laquelle avez encores adjousté une infinité de choses du vostre, plus estranges que les trois autres. Je dy nommément plus estranges; car plus vous fourvoyez de nostre ancienne orthographe et moins je vous puis lire. Autant m'en est-il advenu voulant donner quelques heures à la lecture de vos partisans. Je sçay que vostre proposition est très-précieuse, de prime- rencontre ;car si l'escriture est la vraye image du parler, à quoy nous pouvons nous plus estudier que de représenter par icelle en son naïf, ce pourquoy elle est inventée :
(1) Les Œuvres d'Etienne Pasquier, 2 vol. iii-lol., Amsterdam, 1723, p. 5S.
Belles paroles vrayement. Mais je vous dy quo quelque diligence que vous y apportiez, il vous est impossible à tous de parvenir audessus de vostre intention. Je le cognois par vos escrits : car combien que décochiez toutes vos tlèches à un mesme blanc, touteffois nul de vous n'y a sceu attaindre : ayant chacun son orthographe particulière, au lieu de celle qui est commune à la France. Gomme de faict nous le voyons par l'apologie que-Pelletier a escrit encontre Meigret, oîi il le reprend de plusieurs traits de son orthographe. F^t vous-mesmes ne vous rapportez presque en rien par la vostre à celle, ny de Meigret, ny de Pelletier, ny de Baïf. Qui me faict dire que pensant y apporter quelque ordre^ vous y apportez le désordre : parce que chacun se donnant la mesme liberté que vous, se forgera une orthographe particulière. Ceux qui mettent la main à la plume prennent leur origine de divers pais de la France, et est malaisé qu'en nostre prononciation il ne demeure tousjours en nous je ne sçay quoy du ramage iW nostre pais. Je le voy par effect en vous, auquel, quelque longue demeure qu'ayez faite dans la ville de Paris, je recognois de jour à autre plusieurs traits de vostre picard , tout ainsi que Pollion rccogiioissoit en Tite-Live je ne sçay quoy de son padouan. J'adjouste que soudain que chacun en son particulier se faict accroire estrc quelque chose entre nous, aussi se veut-il servir de mots non meilleurs, ains qu'il nous débite, par une fausse persuasion, pour tels. Le courtisan aux mots douillets nous couchera de ces paroles, rei/ne. allèl, tniét, vcnet, nicnct : comme nousvismesun des Essars, qui i)Our s'estre acquis quelqiuî réputation [r.w les huit premiers livres du roman d'Amadis de Gaule, en ses dernières traductions de Josephe et de Dom Flores de Oaule, nous servit de ces mots, amnotiesler, confcmier, svlil, cafonnirr, aministralion. Ni vous ni nioy (je m'asseure} ne prononcerons, et moins encores escrirons ces mots de rei/nr, nllél, frnél, vriir/, et ment'l, ains demeurerons en nos anciens (|iii sont forts, royne, alloil, renoil, ienoil, menoil. Et quant à mon 'particulier, dès à piésenl, je proteste d'estre résolu et feiine en mon .incienne prononciation, d'nilmnnvrsler. coniri/incr, suhlH. raloiiinicr, wlitiinislrrr. En qnoy mon orlhoi^raphe sera autre que celle de des Essars, puis que ma prononciation ne se conrortne jias k la sienne. INdletier, en sou demicr livre de l'Oitlio^'raplic et prononciation francoise, conuuande d'oster la lettre (1, des paroles es(|uelles elli ne se pronoiu'e, eoinnie en ces dictions, sii/ni/irr, rrynrr.
â'ujne ; quant à moy je ne les prononçay jamais qu'avecqucs le G. En cas semblable Maigret, en sa Giammaire françoise, escrit, couvre et sarions; d'autant que vray-semblabiement, sa prononciation estoit telle, et je croy que celuy qui a la langue françoise naïfve en main, prononcera, et par conséquent escrira pauvre et scaurions. A tant puis que nos prononciations sont diverses,- chacun de nous sera partial en son escriture. La volul)ilité de la langue est telle, qu'elle s'csludie d'addoucir, ou pour mieux dire, raccourcir ce que la plume se donne loy de coucher tout au long par escrit. Et de fait, n'estimez pas que les Romains en ayent usé autrement que nous : car quand je ly dans Suétone, qu'Auguste fust du nombre de ceux qui pensoient qu'il falloit escrire comme on prononçoit, je recueille que l'escriture ne symbolizoit en tout au parler, ains qu'Auguste, par une opinion particulière, telle que la vostre, estoit d'un advis contraire à la commune, toutesfois si ne le peut-il gaigner: d'autant que du temps mesmesde Néron, Quintilian nous enseigne que l'on escrivoit autrement
qu'on ne prononçoit » La lettre de Pasquierse termine ainsi :
M A quel propos donc tout cela'? Non certes pour autre
raison, sinon pour vous monstrer qu'il ne faut pas estimer que nos ancêtres ayent témérairement orthographié, de la façon (ju'ils ont faict, ny par conséquent qu'il falle aisément rien remuer de l'ancienneté, laquelle nous devons estimer l'un des plus beaux simulachres qui se puisse présenter devant nous, et qu'avant que de rien attenter au préjudice d'icelle, il nous faut présenter la corde au col, comme en la republique des Locriens : et à peu dire que tout ainsi qu'anciennement en la ville de Marseille ils execuloyent leur haute justice avec un vieux glaive enrouillic, aymans mieux user de celuy-là, que d'en rechercher un autre qui fust franchement esmoulu, aussi que nous devons demeurer en nostre vieille plume : je ne dy pas que s'il se trouve quelques choses aigres, l'on n'y puisse apporter quelque douceur etattrempance, mais de bouleverser en tout et par tout sens dessus dessous nostre orthographe, c'est, à mon jugement, gaster tout. L'es longues et anciennes coustumes se doivent petit à petit desnoùer, et suis de l'opinion de ceux qui estiment qu'il vaut mieux conserver une loy en laquelle on est de longue main habitué et nourry, ores qu'il y ait quelque défaut, que sous un prétexte de vouloir pourchasser un plus grand bien, en introduire une nouvelle, pour les inconveniens qui en adviennent auparavant qu'elle ail pris
son ply entre les hommes. Chose que je vous prie prendre de bonne part, comme de cehiy, lequel, combien qu'il ne condescende à vostre opinion, si vous respecte-t-il et honore pour le bon vouloir qu'il voit que vous portez aux bonnes lettres. A Dieu. »
.(kan-Antoine Baïf. Étrènes de poéz-ie fransoize an nrs nieztirés. Paris, Denys du Val, 1574, pet. in-4.
L'insuccès de ses devanciers ne rebuta pas ce poëte, qui, sans savoir profiler de ce qu'il y avait d'ingénieux dans la méthode de Hamus, défigura l'écriture sans parvenir à flgurer l'accent tonique, indispensable à la lecture de sa versification métrique.
iMoNTAiONE, en tête de la seconde édition de ses Essais (celle de 1588, Paris, l'Angelier), a écrit au verso du frontispice quelques justructions pour l'impression d'une autre édition :
a Montre, )/io7ilrrr, eÀc. , escr'wes les 9,an?, s a la differance de monstre, momtrum.r.
« C^et home, cette famé, escrives le sans .<( ;i la differance diu-'esl, c'estoil.
a Ainsi, mettes le sans w quand une consonanle suit et avecq n si c'est une voyelle; ainsi m.arrlia, ainsin alla (I).
« Campaitjne, }îspaigne,Gascouif/ne, etc.; mettez nn / devant le 7 come à Mo7itaif/ne (2).
« Mettez règles, recjler, non pas rciyles, reiglcr. »
Dans le texte, des instructions sont données par Montaigne à l'inqirimeur ponr la ponctuation, pour l'emploi des lettres capitales, qu'il rc'scrve sc.iilcnient aux noms [iropics; ponr les dates, 5 mettre en toutes lettres et sans chiffres, et ponr l'espacement des mots, etc.
Montaigne écrit ainsi les mots : come, differanl iadj.), eommancemen.i{&u plur.), cxempliire, orlJiOf/rafe, iupriineur Ci), aus (aux), stile , deux (deux), paranthese, avecq.
Par la manii're dont il ortbogiapbie ces mots : come, home et fitmc, differun (adjectif), commancemens, pnrnnlhèse, on voit (ju'il voulait (pi'on iiiipiiiiiâl son livre (!onrorménienlà la protionciation ;
Oii'il ienipla{,Mit dans les pluriels V.r par le .« : aus, drus;
(I) Ct'st iiiiiii i|ui' li's (lires liint i'iii|>loi du v i'ii|iliiitii(|uc' Inii, inù'i.
(7.) l'rUr |iiiiiioiic'i.'illi>ii devait i^tr» ralle ilu \a ('i.iscokiic.
(3) U.'iiis lii'.iiiimi|i ilr mois il adi'viiiici' son (-iiuiiiio, on l'ciii rn ivall csni/il
106 APPENDICK D.
Qu'il simplifiait l'orlhographe dans oxemplero. Mile, orlho- (jraphr ;
Enfin quft dans les mots monstre, monxtrer. cei, pronom démonstratif, reif/le, l'orthographe qu'il indiquait a été adoptée par l'Académie.
Le manuscrit original déposé à la bibliothèque de Bordeaux, rju'nn de mes amis vient d'y consulter, est écrit dans le même système : la suppression des doubles lettres inutiles, et l'emploi de l'fl substitué à l'e, pour conformer l'écriture à la prononciation.
Robert F.stienne. Dictionnaire français- latin, axUrement dict, les mots franrois, auec les manières (hiser diceulx, tourne'- en latin, corrigé et augmenté. Paris, de rimprimerie de Robert Esticnne, 1549, pet. in-l'ol. (La première édition est de 1539.) — Traicté de la gi-animaire française . L'oliuier de Rol)ert Estieune (1557), in-8.
Henri Estiepîne. Hypomneses de gallica lingua peregrinis eam discenlibus necessarix ; quxdam rero ipsis Gallis multum profutunr. (Genevae), 1582, in-8. — Traité de la conformité du tangua ge français auec le grec (sans lien ni date, mais Genève, 1565), \n-&.—Deiix dialogues du nouveau langage français italianizé, et autrement desguizé, principalement entre les courtisans de ce temps (Genève, 1578), pet. in-8. — Proiet du Hure intitulé de la Precellence du LANGAGE FRANÇOIS. Paris, Maniert Pâtisson, 1579, in-8.
Les services que ces savants imprimeurs ont rendus h la langue sont immenses. Les presses de Robert multiplièrent à l'infini ces traités de grammaire, ces lexiques qui fixaient et vulgarisaient les principes de la langue. Pendant ses veilles laborieuses, il rédigeait sous toutes les formes les livres élémentaires, que ses ouvriers imprimaient tout aussitôt. Pour en rendre l'utilité plus générale, il publiait en latin et en français des grammaires et de petits écrits, dont il donnait des éditions séparées. Écrivant sous l'influence latine, et voulant vulgariser l'étude du français dans une population naguère demi-latine, on conçoit qu'il emploj'a de préférence l'orthographe la plus généralement répandue parmi les savants. Toutefois la sienne est meilleure et plus logique que celle de la plupart des écrivains deson lemps.On doit regretter qu'il n'ait pas, non plus que son fils, pris de Kamns la distinction du rd'avecTw, du j d'avec
Vi; de Dolet l'accent sur a préposition ; de Tory l'apostrophe dans tous les ras et la cédille. Il n'est pas, en fait d'écrituie et d'orthographe, de petits profits ni d'améliorations à négliger, en vue de l'ulililé pratique qui en résulte, du moment que, profitables aux générations qui se succèdent, ces changements épargnent des peines inutiles à tant de millions de personnes.
Élymologiste comme Dolet, il a fait peu de chose pour la simplification, et n'a guère innové. Il écrit roole , aage, aiserinent. Il propose un instant de distinguer le son du g doux par un autre caractère, et d'employer le I majuscule à cette fonction. C'est ainsi qu'il écrit ;;«A' {pnt/ina), simie (ximia), vendemfe (vpndemia), que nous écrivons aujourd'hui page, singe, vendange. Le signe i figurait alors indistinctement le son,/ ou le son i. Eu remplaçant par un /capital le g (ayant le son dej), R. Estienne assignait à cet / le son dujf; et il est prohuhie que si cette lettre y eût alors été connue, sou adoption eCit prévalu, ce qui nous ain-ail évité l'obligation d'ajouter un e parasite <'i la suite du g, lorsque nous voulons lui donner le son du ;, comme dans vemiangforis. Il reprend ensuite, dans son Dictionnaire, la iormc page, singe, vcndcnge civcndengeons. Cette grande lettre pour remplacer le 7, placée d'une manière insolite au milieu des mots, avait, en effet, tm aspect déplaisant qui dut lui en faii'e abandonner l'emploi.
Robert Estienne se montre par moments quelque peu esclave de la routine : « Nos anciens ont escript, dit-il dans sa Grammaiic (page 7), « vng auec g en la fin, de peur qu'en cscriuaut vn ne sem- (I blast estre le nombre vu (1) ; toutefois cela ne plaist a plusieurs. « Nous scauons que g en ce lieu ne sert de rien, sinon pour ceste « cause : si ailleurs ils l'admettent ou il y a moins de cause, qu'ils « l'adnjettent aussi en ce petit et court mot : s'il ne leur plaist, ie « ne veulx estre contentieux qu'ils escriuent vn et moy vng. Ils « ont qui les suyuerU et ie m'arrcste aux anciens scauans qui « en scauoient plus que nous. »
On voit par cette citation que Robert , laudalor lempori^ acti , et chez qui l'usage de la langue grec(]ue et latine se confoudait avec celui du français, n'éprouvait pas plus que lu plupart de ses coutcmiioraiiis le besoin de l'unilormité orlliograpbi(|ue.
Uuoi(|ue Hknhi, sou tlls, par la disposition hellénique de sou
(I) Ci'lli' i'\|i|i(;iliiiii ii'i'sl pas l'x.'iclr : li' ij ajoiili- à I'» clail, i une i'|mm|ui' |iirc('ilvilli', un <\\!,i\f ili' iiaMililr : .«uimy, be.s-iing, Cfiiny,
esprit (1) et sous l'influence de ses études, ait en général rapproché l'orthographe française de l'orthographe grecque, il reconnaît la nécessité de la simplifier. Dans son Traité de la conformitc du languaye français avec le grec, p. 139, il termine ainsi l'avis au lecteur :
« l'ay aussi vn mot à dire touchant l'orthographe de ce Hure : « c'est que ie ne l'approuue pas du tout comme elle est : ains que « ma délibération estoit de faire tailler quelques poinçons exprès « pour les lettres superlliies quant à la prononciation, et toutesfois « characteristiques. Mais ayant en le temps trop court pour ce « faire, i'ay remis telle entreprise iusques à l'autre liure françois « promis ci-dessus : lequel surpassera ma promesse... s'il plaist à « Dieu me prester la vie encores quelques mois. »
La multiplicité des travaux de Henri lui aura lait ajourner ce projet, car toute trace de ce passage a disparu dans les réimpressions decelivre.Je le regrette, car je ne doute pas qu'il ne s'agisse ici de modifier le ch, ph, ih, si helléniques, qu'il eût ramenés à des formes simples comme x, <p, 0, ç-
Ce docte imprimeur a compris, mieux qu'on ne l'a fait de son temps, le mode de formation des mots que le français emprunte aux langues anciennes. Il a bien vu que blâmer et blasphémer sont un même mot (pXaatpriasîv), l'un sous sa forme française, l'autre sous la forme grecque.
Bien qu'il ait fixé l'étymologie des mots suivants, il admet par renvoi seulement l'orthographe rigoureusement étymologique ainsi indiquée par lui dans la troisième colonne :
caresser de y a(/i!;£(T6ai cliaresser
cédule i «rxéôï] .scliédule
cerfeuil x°"P^?^''^°'' clierfueil
cliicoiée xi/Mpiov cicliorée
esquinancie (2) . ouvàyxri ; squinancie
dyssenlerie. . . . SuoevxEpia dysenterie (3)
migraine f,nixpavia Iiémicranie
orlliograplie . . . opOoYpaçîa ortliograpliie'(4)
fiole sidXïi pliiole
(1) Son père lui fit apprendre le grec avant le latin.
(2) Il blànie avec raison cette fausse ortlingraplie qui .ijoute un e contre l'elymotogie.
(3 et 4) C'est ainsi que ces mots devraient î^tre écrits.
seringue (jùptyS syringue
( rliythiiie
rinic pu!)u.o; ! ,1 • ■» >■
■^ "^ (qu il écrit rytlime
autruche (1). . . 6 (7Tpou96ç ostruche
sciatique (2). . . \iy\^ ischiatique
Dans les mois dérivés du latin, il propose la suppression de certaines lettres muettes, abusivement employées de son temps sous couleur d'étymologie. Telles sont / dans chevaulx , animaielx, aulcun, mautx. <* Notre au, dit-il, tient lieu du al primitif. Mais il faut conserver cet l dans coiilpe (culpa), poulpe (aujourd'hui pulpe, de pulpa). B Comme Ronsard et autres, il écrit uurcilles.
On voit par ces exemples quel esprit de sage critique et de fine observation philologique avait su déployer déjà le savant hcU'éniste typographe (|ui nous a laissé dans ses Dialogues ihi nouvmu langage françois italianizé, un document si curieux pour l'histoire du français.
.Ikan Pillot. Call/'ar Ihujux instilutio, latino sennone conscripta, pe?- loannem J'illotum, barrensem. Parisiis, apud lacobum Kcrvcr,
L'ouvrage de Pillot, analysé avec soin par M. Livet dans son livre cité plus haut, n'est ulile ipie pour la constatation de l'écriture et de rorlhogra[)lie à la lin du xvi'' siècle. L'abus des lettres majuscules était devenu tel que Pillot, voulant régler leur emploi, l'éteiid au point qu'il aurait mieux fait d'énuniérer les mots qui dcvrai(;nl n'en pas pn'n(h'e.
IlOKOBAT IlAMUAUD, niaistic d'cschole à Marseille. La déclaration des ahus (pie l'on commet en escriuant, cl le moyen de tes euiler et représenter nuijuement les paroles : ce que iamais homme n'a faict. Lyon, Icau de Tournes, 1578, in-8.
L'auteur de cet ouvrage, en créant, au grand étonncmciit tic l'ii'il et sans grand [irolil |)()ur la lecture, un alphaliet de sa l'açon, où toutes les lettres sont changées, s'est efforcé de donner une
(I) Il ''''lit •ivi'»' liiisiin nstntcltc, 0 <rtpou6ôc. Il écrit <ro/cr, rapiosicr, qu'il fnil venir <lc ^iuTti/; ulilisiuil le ;, il l'cril <jarijariz,rr,ozeHle, pezer, pindmizer, riz; il écrit mislèrc sans 1/, et siflcr, <|ue IVIjinolo^ie oifioùv aurait (Irt lui laire écrire .ivec /)/i.
{•>) Il lilAiiie aussi celte ortliMgra|>lie qui su|>|iriiuc, a eonlrc-scus, uu i.
image d'une fidélité absolue de la prononciation. Voici comment il expose lui-même ses principes (p. 6) :
« Vous sçauez bien, lecteurs, que l'escriture est le double cl « coppie de la parolle, et que le double doit estre du tout sem- « blable à l'original. Tellement que tout ce qui se treuue en l'ori- « ginal se doit trouueren la coppie, et rien plus : autrement la « coppie est fausse. Par quoy faut conclurre que l'escriture doit « estre totalement semblable à la parole, et qu'en l'escriture se « doit trouuer tout ce que la bouche a prononcé, et rien plus : « autrement est fausse, et trompe les lecteurs et auditeurs, comme « disent fort bien Quintilien, Nebrisse, et plusieurs autres, les- « quels se faschent, et non sans cause, de ce que ne représentons « pas les parolles comme les prononçons, et semble que le lacions « par despit et tout exprès, pour mettre en peine tous hommes, « femmes et enfans, presens et aduenir. Les susnommés nous ont « laissé par escrit plusieurs remonstrances qu'ils en ont faict, par c( lesquelles leursommes obligés, et mesmes à Nebrisse, lequel PiOUs « donne espérance, disant, Quud ratio persuaserit, aliqttanih fiel. « C'eslà dire que : Ce que raison approuuera, en quel(|ue saison se (i fera. Et pource que raison, dame et princesse des hommes, ap- « prouue et nous commande de représenter les parolles Iresnayue- « ment et tout ainsi que la bouche les prononce, luy voulant obéir, « comme humble et tresobéïssantseruiteur, me suis efforcé, selon « mon petit pouuoir, d'accomplir son commandement , comme 1 verrez présentement, pourueu qu'il vous plaise lire et bien a entendre mon dire. »
11 ajoute, p. :26 : « Escrire est faire un chemin, par et moyen- « nant lequel voulons conduire et guider nous mesmes, et les autres « aussi. Et puis qu'il est nécessaire que tous hommes, femmes et « enfans, présents et advenir, y passent, il est très nécessaire qu'il « soit bien aisé. Et Ion a faict tout au rebours : tellement que peu « de gents y peuuenl passer: el quasi tous ceux qui ij pussent le font a par contrainte et à force de coups. Et je n'en parle pas par ouïr « dire : car il y a trentehuict ans que je contrains les enfans àpas- M ser par ledit chemin; durant lesquels ayant eu loisir de contem- « pler les tourmens qu'ils endurent, et endureront, si l'on ne rc « pare ledit chemin »
Dans re.\trait du privilège donné le 18 mai 1377 par le roi Henri III, on lit : « Notre cher et bien amé Honoré Rambaud. . . ayant, pour la commodité d'un chacun qui voudra apprendre de
liiy et pour la sienne aussi, coiujiosé un al|jiKii)ot de qut^lqnes characteres qui pourront seruir grandement à soulager les personnes, nicsmes les petits enfans, de lire et escrire. L'invention duquel Alpliabet il luy a estéja permis de faire imprimer et mettre en lumière, tant à Tholouse qu'à Lyon. . . »
Ce qui dut contribuer surtout au peu de succès de l'écriture phonétique de Uambaud, c'est que dans son ouvrage elle représente, du moins je suis fondé à le croire, la prononciation française au seizième siècle dans le midi de la France.
Charles Nodier, oubliant qu'un art très-important, la sténographie, est fondé sur le perfectionnement de l'écriture phonétique, et qu'il a quelques chances de pénétrer dans l'éducation de la jeunesse, s'exprimait ainsi en 1840, à propos du livre de Honorât Haimbaud :
« Le maître d'école de Marseille n'étoit pas un de ces révolutioimaires circonspects qui marchent ii pas mesurés dans la rél'orme, et qui soumettent le désordre et la diistruction à une apparence de loi. Radical en néograpliie, il débute modestement par la suppression de l'alphabet, et lui en substitue un nouveau, composé tout d'une pièce pour cet usage. Cette manière île procéder prouve du moins que Haiiibaud avoil la corisrience de son entreprise, et qu'il savoil apprécier à leur juste valeur les ridicules tentatives de ses prédécesseurs et de ses émules. Aussi n'hésiterai-je pas à le regarder comme l'honnne de génie de la bande, et le seul (jui offre dans son fatras quelques vues ingénieuses et fortes. Lu question de savoir si l'alphabet usuel est bon ou mauvais n'étoit pas difficile à résoudre ; le fuit est i/ii'il est délrslable dans la fiyure des signes, dans leurs altrihiUions et dans leur ordre, et qu'il en est de même de tous les alphabets anciens et modernes. Mais la difficulté n'tîst |)as là. La difficulté n'est pas môme de créer un al|)habet meilleur que le nôtre, et besoin n'étoit pour cela des docti's labeurs (l'un maître d'école. Le moindre de ses écoliers y auroit sul'li de reste. Ce ipi'il y a d'end)arrassant, ce n'est pas di? faire, faut bien que mal, une espèce d'alphabet rationnel et pliilos(i|)liii|tic, propre à faciliter l'enseignement de la lecture et à rendre p(!U sensibles (!t même tout à fait nulles les é(juivo(|ues et les ambiguïtés de l'orlhogiapbe. C'est d'a|)pliipu'i' ccl alpliabet à une langue écrite, sans altérer, sans délruiie p(;ut-èlre son esprit et son caraclère. C'(!st suilout de le faire aceepler par le peuple auquel on le destine, (a)ninie la i'ormi- d'un chapeau ou la cuu[i(' d'un babil. N'uilii
ce qui n'arriva jamais, et ce qui jamais n'arrivora. La religion en sait, je crois, la raison. Si la philosophie en sait une autre, qu'elle la dise. » {Description raisonnée d'une jolie collection de livres, p. 83.)
Nodier, un peu injuste dans ses dédains irréfléchis, a oublié de dire que le digne maître d'école est le premier qui ait proposé et développé la nouvelle épellation : be, ce, de, fe, ge, le, me, etc.
Claudii Sancto a VmcuLO de Pronuntiatione lingiac gallicx libri II, ad illustrissimam simulque dociissimam Elizuhetham, Anglorum Reginam. Londini. 1580, in- 12.
L'auteur de cette grammaire, Claude de Saint-Lien (a Vinculo), professeur de latin et de français à Londres, raconte qu'ayant été admis auprès d'Elisabeth, à Lewsham (cum tu nuper Lewshamise rusticareris), il l'entendit dans la conversation qu'il eut avec elle parler très-bien français. Il croit donc devoir lui dédier son Traité de l'orthographe, et prie la reine d'excuser sa hardiesse, en lui rappelant des souvenirs tirés de l'histoire ancienne.
Parmi les difficultés de l'orthographe, il cite surtout celle qui résulte de l'emploi du s au milieu des mots, difficulté que l'Académie fil cesser cent soixante ans après dans la troisième édition en supprimant les s parasites. Voici comment il s'exprime à ce sujet : « Quatn crucem hœc literafixerit auditorum unimis, « nocerunt qui nostrie lingvœ operam dederint.n Tels sont, comme exemple : désastre et folustre, etc.
Il signale surtout le grand nombre de lettre? inutiles qui surchargent les mots et qui ne se prononcent pas. Aussi, pour faciliter la lecture et la prononciation, il place sous toute lettre inutile un point qui signale cette superfluité. Il écrit donc ainsi :
« Geulx qui m'entendent sçavent bien si je ments. »
Quant à remplacer par un « \'e dans entendent, et écrire antandent, il s'y oppose, attendu que le son de \'e suivi de Vn est (ou du moins était) intermédiaire entre a et e.
Il admet le ç et distingue les J des i et les v des «, et voudrait qu'on écrivît diccion et imposicion, et non diction et imposition.
Il désirerait que le k remplaçât le qu qu'il voudrait « voir exilé à jamais « . Ses dialogues, placés sur six colonnes, sont curieux et pour l'orthographe et aussi pour les locutions qui sont encore usitées en Normandie. En voici un exemple :
APPKNDICK D. 113
Latine. — D. Ut vales hoc niane ? — R. Non ita quidem ut velleni.
JntiqxM ort/iograp/i/(t. — U. Comment vous portez-vous à ce matin ? — /?. Non pas si l)ien comme je voudrois.
Neoiericorum. — D. Comman' vou' porte' vous à ce matin? — /?. JNon pa' si bien comme je voudroé.
Aullioris. — D. Cniiiment vous portez-vous à ce matin? — li. Non pas si bien comme je vouidroye.
Modus /of/uendi. — D. Comman vou porté vouz à ce matin? — /î. Non pas si bien comme je voudroé.
niX-SEPTIÈME SlfcCLE.
Robert Poisson. Jlfahet nouveau de la vrée et pure ortografe fransoize et modèle sus iselui en forme de Dixionére. Dédié au rui de Fran.se et de Navarre Henri IlII, par Robert Poisson équier {aur-ile) de f'alonnes en Normandie. Prezenté au roi par l'auteur, se 25 jour d'Aut l'an de Grase 1609. A Paris chez .lérémie Perler, livrère es petis degiez du I>al?ns, 1609, avec privileje du Roi, in-12.
Parmi les pièces de vers en tête de cet ancien traité d'orthographe, où sont indiquées la plupart des modifications adoptées par l'auteur, on lit ce quatrain :
Vante/, tant <iiio voudrez de Ronsanl les ('gris. De, R.umis, PiMitior, Bail', Robert Klieiie, Leur rcl'orinassion <rortii};rafi' ansicncî, l'ois.son en a l'ciniifur, le profit et le pris. Apninlonx nni.se.
Plusieurs des modifications qu'il indique ont été adoiTtées plus lard : telle est la suppression des s, des d, des p, etc. L'inlroduclion qu'il propose du / surmonté d'un accent pour indiquer la sujjpression du .?, comme dans basion, dut être sans objet, puis- <\w. cet s est maintenant supprimé. I.e seul signe nouveau qu'il introduit est r^ , pour distinguer la prononciation du ch dans cher, qu'il écrit c/jer, de écho, c/jose de rliwur.
Au-dessous de chaque lettre de l'alphahct, il indique dans un quatiaiu sa valeur et l'emploi qu'il eu fait, justilié, à la suite de chacun d'eux, par une longue liste d'exemples. Voici quclquesluis de CCS quatrains :
Bé
Bé qi vaut le béta des Grez, et beth cbrieuze, Je ne poze en tez mos qe sont les ensuivaus, Devoir, fëce, février, car superstisieuze I seroit comme à lxure,livrere, ovians (1).
tT;é
Ché, nouvelle inventée ant propre et nésésére Pour fére c^er, cffoisir, c/jarité, cTfklie, cJ/oîs. Car ch a un son totalement contrére Preuve : écho, cheur, et chorde, écholier, éc/iosois.
Dé
Dé jamés ne se doit prouonser ui écrire En ses mots : avocat, ajourner, ni avis, Aooucr, avenu : car leur sou il empire, Mes admettre, admirable, avec lui bien écris.
Fé
Fé vaut la fi, des Grez, et bien ne se peut prendre Pour les p/i, ainsi comme font les Latins, Et des nôtres seus là, qi deux se veulent rendre Les vrez imitateurs, se faisant mal aprins.
Si bien etoient écris ainsi p/iilozop/iie, P/iosion, nimphe, phtegme, et phare, et phrijien, Aussi bien le seroient p/iransois, philli'e, pholie, •Qe jamés on ne vit écris par se moien.
Je
Je nouvelle autre lettre, œt par moi inventée Ainsi qe nésésére à écrire meins mos, Auquz œt la lettre i par abus apliqëe. Comme ai.an : et le </ comme agile et gigos.
(1) Dans ces trois mots, en latin labra , librarius et obvlare, l'auteur pronon- <;ait donc le b comme v (comme le p en grec). Xous ne prononçons plus livraire, mais libraire, quoique nous écrivions et que nous prononcions livre; nous ne prononçons plus ovier, mais obvier.
Hé
Hé pour lettre ;ct isi non aspiryssion
& on n'en œf bezoin jamés je ne l'apliiie,
Jécri ^ommaje, 'onneur, 'omme, en sete façon,
Non homme, non honneur, comme on fet i'i rantiqe.
Après /, je la mes pour bien èct'ire fil/i'e. Pilliard, perilh'eux : qi n'auroient autrement Qe le propre son q'a file, hnlosile, abile. D'autant que la double II ni fet le beg'ement.
Ka, Qé ou Cu
Ke ffi réprézenté desous triple figure Q'on prenoit si devant pour trois lettres formai i.v/c), Car elles n'ont q'un son, q'un ton, q'iiiie niezure, Leur pourtret seulement se rencontre in-égal.
Mes pour ofenser moins la vieille uzaje ma-me Et ne poin égarer les lizeurs mnl instruis, Par sete kc, jécri lieur, halendrier, /lar.rme. Ainsi contre, couleur : ainsi qiqonque et qis.
Lé ou cl
Lé ou ei, je n'i mes jamés superlliimenl
Côme en ses mos suivans : sieus (deux), miens, forirmile. rilr. Poudre, outre, moudre, veut, peut, et pareilleinct Pélétier, apelant; la double xl inutile.
Mé ou eni
Me ou ein, nous trouvons xtre niicus Jéniiucc
En ses mos : /tomme, somme, 'omme, pommier, sommier.
Car la prolassion en xC mieus ordonnée,
Nous écrivons à t.ird (sic) : 'orne, some, pomicr.
Selon lui, l'n et \c p ne doivent pas ùlvc iloulilés dans riM-taiiis mois, (;onun(; (hins nviéne, mivne, liene, 'oneiir; cl dans apoinlrr, (ipelitnt, nporant; selon lui ,iu>-si on doit (''criii' n'Ioriijur, réleur.
116 APPEJNUlCt: D.
Se ou es
Se ou es ne si met jamés isi pour zedde Comme eu ses mots : dézerf, dezi?-, mnizon, raizon, Tout de maeme la ké (le c) jamés ne lui fet edde, Comme en seus-si : Friin.sois, léson, rnnson, fason.
Té
Té ne si voit jamais pour le son de xè fére, Comme à dero{ieit.t,f/ratUus,otievs, Pronontialion, pétitwn : me tére, D'ortografe si fause, en se lieu Je ne peus.
Pierre le Gaygnabd. L'Apprenmolire français, pour apprendre les ieimes en/ans et les estrangers a lire en peu de temps les mots des escritures françoizes, arec la vraye ortographe françoize. Paris, Jean Berjon, 1609, in-8.
L'auteur réforme à sa manière l'orthographe sans introduire de nouveaux signes. Son ouvrage, écrit de la façon la plus confuse et d'un style boursouflé et pédantesque, se refuse à toute analyse.
Etienne Simon, docteur-médecin. La vraye et ancienne orthograplie française restaurée. Tellement que desarmais l'on aprandra parf élément à lire et à escrire et encor auec tant de facilité et breueté que ce sera en moins de mois que l'on ne faisait d'années. Paris, Jean Gesseliu, 1609, in-4.
Simon est un réformateur hardi ; mais, voulant éviter de créer de nouveaux signes ou d'employer les accents déjà connus de son temps, il s'est jeté, pour figurer la prononciation, dans une voie plus mauvaise qu'aucun de ses devanciers; il redouble les voyelles et les consonnes de la façon la plus fastidieuse, sans parvenir à distinguer la valeur phonique des syllabes.
Voici un exemple tiré des poésies de du Bartas :
Profane qi t'anqieers qeel important afeere
Peut resprit et lees ineins de sse Dieu ssoliteere
Occupeer ssi long tans ? Qeel ssoussi l'eexerssa
Durant l'eeternite qi sse tout deuanssa?
Veu q'ii ssi giaiid puissansse, à ssi grande ssajeesse,
Rien ne ssied point ssi mal, q'une morne pareesse.
Ssache, o blasfeemateur, q'avant sseet univeers Dieu baRtissoeet aiifeer, pour punir les peerueers Dont le ssaiis orgeilbeus ao jugeinant apeele ■ Pour ssanssureer sees fées la ssajeesse eetérneelle.
Malgré les vices ôvidenls d'un tel système, il faut reconnaître une bonne inspiration dans la simplification du double signe qu en q, et dans la permutation du signe binaire ge enj
Jean Godard. La Langue française de lean Godard Parisien : ci-derant lieutenant General au Bailliage de Ribemont. Lyou, Nicolas Jvllieron, 1620, in-8.
Jean Godard, à la fois érudit et d'un esprit enjoué, dédie à du Vair, garde des sceaux de France, un traité de la langue française plus particulirremenl consacré à l'orlhograjjhe et qui contient des détails iiislruclifs. Sans qu'on puisse le déclarer novateur, puisque alors l'orthographe ne reconnaissait aucun principe fixe, on jugera de celle qu'il adopte dans son livre et de l'esprit dans lequel il est écrit. Je me bornerai à reproduire le chap. VI, consacré à l'A, p. 61, et le ch. IX, p. 91, consacré à IF françoise. Mais, comme entrée en matière, voici ce qu'il dit au ch.ipitre de l'S :
« Ge ne m'él pas vn petit conlenliunàl que l'ollio ail bien daigné faire en la langue latine deuant moi, ce que ie fais en la langue françoise après hiy, ecriuant des traitez sur nos lettres, comme il (it sur les lettres latines. Mais ancore mon conlantemant redouble quand ie viens à considérer que Messala, grand au barreau, grand ;\ la guerre, homme de langue et de main, avocat et capitaine, se contanta bien de laisser par écrit (1) vn liure de l'S latine sans toucher aux autres lettres. Car il sainbie par là que c'èl vue jantille et généreuse (:2)antreprise, de Irailer la plus grande part de nos lettres, puisque vn si grand personnage a creu qu'vne seule lettre peut scruir de «arrière à un bel espiit, pour y l'aire sa course, et pour aui|)orter la bague que les Muses donnent à leur cavalier, qui court le mieux dans leurs lices. Mais celte ioye Ct suyuie de la tristesse que j'ay de ce que nous ii'auons pas ces deux ouurages de ces deux gi'âs Uotiiaiiis. le n'aurois point de peur de m'egarer, ie ne crandrois ni \ài ni
(t) Dans lieaucoup (le mots, Coilanl a ilcvancé son i'poi|Ui', un l'un conservai! telle lornic : escript.
Cl) l'uiM|u'il i-criijdiilille.jiins, nnjlijiintf, il anrall <li^ rempticer partout le (j ilou\ par j.
vague, si ic les voyois marcher deuant moi ou tenir derrière moi le timon desus la poupe. N'esLoit que nos Muscs francnises chérissent leurs bonnes seurs, ie les accuserois volontiers de neglijance, et d'auoir permis au Tans par leur mausoin d'anlever de leur cabinet deux loyaux si précieux et deux pièces si belles. 11 ne nous reste de leur nom que la seule souuenance, et du desir de les voir que le regret de leur perte. »
« />'A françois. — Nous auons assez demeuré deuant le logis ; il et bien tans que nous antrions dans la maison, où nôtre langue françoise nous attand de pié ferme. Voici l'vn de ses jans qu'elle anuoye au deuant de nous. Cet son A qui nous onure la porte, et qui vient pour nous receuoir. Car c'ét luy qui a la charge d'accueillir les amis et les étrangers qui veulent venir visiter sa maitresse. Saluons-le : mais plutôt écoutons comme il nous salue luy même d'vne voix claire, argentine, éclatante. Cet le capitaine de tous les caractères de la langue Françoise, et certes meritoiremàt. D'autant qu'il tient cette charge plus par mérite que par faneur, passant en grâce de beauté et en vigueur de force naturelle tous les autres caractères , qui sont assez hounorez de suyure son etandard. Car autant que les voyelles passent les consonnes, l'A passe autant les voyelles : à cause que sa pronoutiation et plus mâle, plus franche, plus haute, et plus aiguë, que celle de toutes les autres voyelles. Il veut son passage libre et que la bouche luy fasse place à leures ouuertes, quand il luy plait de sortir. Il et fort, il ôt valeureux, il et bruyant. C'Ot luy qui fait nos chamades, nos chariuaris, nos tintamarres. Comme prince et capitaine il a de la majesté sur les siens, et de l'espouuante sur les autres. Anciennement, à cause de cela, quand il faisoit sa demeurance en Grèce, il etoit fort chéri et fort honnoré des Lacedemoniens, les plus guerriers de tous les Grecz. Car il batoit leurs annemis par l'oreille de la seule pronontiation de leiu- nom, qu'il armoit et randoit epouuantable, par la pointe de son seul son. C'êtoit sur cet estoc que brilloit l'émeri des Antalcidas, des Brasidas, des Isadas. Mais ce sont plutôt effetz de valeur que d'affection de carnage. Car au reste il et plein d'vne grande courtoisie et d'vne grande bonté. On ne doute point que ce ne fût luy qui sauuoit les criminelz à Rome plus sonnant que les vestales. Aussi ces pauures criminelz clierissoient et benissoient autant celte lettre-là, qu'ilz redoutoient etdetestoient le C, lettre de condamnation, de m.iiliciu-
APPENDICE D. ni»
el de malle heure. La langue françoise, recoiinoissant son mérite ancore mieux que la gréque et la latine, l'amploye en beaucoup de charges. Car outre ce qu'elle l'a fait la première de ses lettres, elle l'a fait ancore article, verbe, et préposition. Premieremant, di-ie, il et article, voire article si gênerai, qu'il a lieu au singulier et au pluriel, et autant au genre féminin qu"au masculin. Car nous disons, il et à Pierre, il et à Perrette. J'en ai parlé à quelquesvus; j'en ai parlé à quelques-vnes. Mais il ne sert pas seulemant en cette façnn-là d'article à nôtre langue, pour ses noms, pronoms et participes; il sert ancore d'arlicle à l'infinitif île nos verbes, et prand lors le lieu et la signification de l'article de : comme en ces exampies, /> commcncr à lire, ie commanrr à cowprandre, c'èt à dire, ie commance de lire, ie commanee de comprundre. Ainsi nous disons, Nicolas tâche à paruenir, c'èt à dire, de paruenir. Il 61 préposition el tient en nôtre langue la place de la prcposilioii latine, ad, eu plusieurs façons de parler coumie aux suyuanles : Le roi a enuoyé des ambassadeurs à l'ampereur. Rex misit legatos ad imperatorem. Ad quem finem : à quelle jin. Jerelourne à mon propos : ad pro[)Ositum reih^o. Aucune fois il lient le lieu de la préposition latine, in, comme ici, Manet in nostris sedibus: il demeure à nôtre maison. .Je ne veux pas nier qu'on ne puisse pas bien dire aussi : il demeure en nostre maison. Mais neannnoins la première façon de parler me samblc plus nayue et plus douce, comme il se pourra peut-être montrer en vn autre androit. Mais outre cela il se prand aussi quelquefois pour cette dictiô françoise pour. Car quand nous disons, à dire vrai, à prandre l'affaire de bon biais; c'èt à dire, pour dire vrai, pour prundre l'affaire de bon biais. Nous ie mettons ancore bien souuant au lieu de la |)repositi()n auec, comme quand nous disons : c'vt un fruit qu'il faut cueillir à la main, on le court à toute force; c'èt à dire, cueillir auec la main; on le court auec toute force. Sa dernière signilication, (^'èt (|u'il et verbe comme j'ai dit. Car il signilic cette troisième personne, kabel, connue en cet example : Pierre a te Hure que vous cherchez. Mais au reste il suit la première iiersoniie au singulier, et la troisième pcrsoime au pluriel du prétérit iiidelini de nos verbes, que nous pouuons ajjpeller aoriste, :i la l'açoii des Grecz, em|)runtaiit ce ternu!-l'i d'eux. Je parle des verbes (|ui l'ont leur inliuilif en rr\ car il faut û'ivr, J'tiimé, lu aimas, il aima, ikhis ttimiimes, mus aimiUrs, Hz aimèrent, et niiii pas, j'aimn, Hz tiinunct. .NcannuoinN qui Mnulr.i |ic)urra bien aus.si, ce
me samble, écrire, j'aimai. Qiianl à ces autres voix, nous aimi.isiuns, vous nimissiez, qui sont du même verbe, c'êt ainsi qu'il faut dire, à mon auis, plutôt que, aiwissions, aimassics, qui au hasard pourroient être lolerables. Toutefois ne les condannàtpas, ie ne veux pas aussi les absoudre. »
« L'F française. Ciiap. IX. — Voici la panure déualisee, qui se plaind, et qui a iusle cause de se plaindre, du tort qu'on luy fait, de lui ôter ce qui luy appartient. Mais ce qui la fâche ancore dauantage, c'êt que ce torl-là, qu'on luy ftiit, vièt d'un autre tort précédant, qu'elle souffre auec impaliance, pource que il touche à sa réputation. Et tout ce mal luy vièt, à cause qu'on lui impute la faute d'autruy, ayàt été condamnée sans être ouye. Mais le bon droit de sa cause luy conseille d'être appellante de la senlance, que l'vsage a randue contre elle, et de releuer son appel au siège de la Raison, oii sans doute les griefs que luy fait l'vsage luy doiuent être reparez. C'ût un tort manifeste qu'on luy fait de la priuer de ses droitz, et de luy ôter ce qui luy appartient, sous couleur qu'on Uiy veut faire accroire qu'elle n'êt pas capable d'en iouyr, la chassant Av chez elle, et mettant des étrangers en sa maison. Car à toute heure l'vsage la chasse de sa place, et met un P et vne H en son lieu, par toutes les dictions gréques, desquelles nous nous seruons. C'êt un abus en nôtre langue, qui provièt de l'example et de l'imitation des Latins, qui en ce voyagelà nous seruent de mauuais guides, et nous détournent du grand chemin. Quelque artifice que la langue latine puisse auoir iamais eu par l'industrie de ses orateurs et bien disans, si êt-ce pourtant que la nôtre en cet androil la passe beaucoup par sa douceur naturelle. Car les Romains n'ont iamais eu, comme nous auons, aucune lettre qui ait peu exprimer seule la nayueté et la douceur (lu tl> des Grecz. Cette difticulté là les a long tans tenus en peine de chercher le moyen d'y paruenir. Mais ilz n'en sont iamais venus à bout. Car ce seroit bien se tromper, de croire que l'F latine ait le son du <I>. Si cela eiit été les Romains n'eussent pas manqué d'amployer et de mettre en besogne leur F, laquelle et de son naturel si rude et si âpre, qu'il n'y a point de lettre qui le puisse être dauantage. Quintilian s'en plaind bien fort : d'autant que ce n'êt pas vne voix , mais plutôt vn sifflemant qu'on pousse et met dehors à trauers les dantz, que les Romains tenoient serrées en faisant ce soufflemant ou ce sit'tleinant,con)me desserpans ou des
APPENDICE ù. Vi\
oyes. Voila pourquoi, a mon auis, Ciceron dit que c'èt vue lettre fort déplaisante. Cette F romaine, dont le son ôt si désagréable et si sifflant, étant toute éloignée de la douce voix du <l>, et n'ayant rien de commun ni de samlilabie auec iuy, n'a iamais osé se presanter pour le represanter. Les anciens Latins voyant cela, et qu'il n'y auoit aucune correspondance de l'vne à l'autre, ne peurent trouuer aucune lettre chez eux, plus approchante du <l> (joe leur P : occasion qu'ilz l'amployerent au commaiicemàt au lieu du «I>, et disoieiit, trupxum, triompits. Mais il et vrai que c'eloit Cette lettre latine qui approchoit le plus du <I» : nf-ammoins elle en êtoit toûiours si loing qu'elle ne pouuoit pas l'approcher. Cela fut cause que, l'oreille s'olfansant d'une telle pronontiation, qui n'auoit aucune iuste proportion ni conuenance auec la gréque, les itoniains furent ciinfraintz irajoùtcr une H à leur l', pour represanter parce moyen, le mieux qu'ilz pouuoient, la force et la pronontiation du <1>; ce que Ciceron fut luy-même forcé de faire, comme les autres, se laissant amporler à l'vsage, qui êtoit a[)puyé sur la douceur de la pronontiation et sur le ingéniant de l'oreille. Nôtre vulgaire suyuàt cette façon romaine s'ôt fouruoyé, prenant vu long détour, au lieu du grand chemin plus court et i)lus assuré. Ca?- /misf/ue nôtre F (H tonte douce, qu'elle a le son du <l> de.t Grecz, et rien de l'dprelc de iV latine, nous druuns nous en servir aux mots gréez, et non pas du V et de l'Il, à l'example des Uomains, duquel nous n'auoiis que l'aire. On ne doit iamais uiandier d'autruy ce qu'on a dans la maison. C'èt manque de ingéniant ou pure moquerie aux sains de chercher guerison et aux riches d'aniprunter. niiaiil h moi, c'ùl bien mon auis que l'F françoise soit reiiilegree dans tous les lieuv et dans toutes les places gréques desquelles le 1* et l'Il l'uiit chassée par voye de l'ait, sous la faneur de l'vsage, qui, ]K)nr ce faire, leur a prêté main l'orle. Ce sera chose plus gratieuse ([ue nôtre orlogral'e soit françoise; il nous sera plus commode d'écrire vue lellrc ([uc deux; et sera plus raisonnable de randrc à nôtre l' ce (jui hiy appailiiul. Voila [jouicpioy imus la délions reniellre et rétablir en se^ diditz, |)uisque la bienséance le requiert, la cnmniodité le pi'rsuade et la raison l'ordùne. [e croi qu'ainsi le proniinceroit l 'équité, même par la bouche des peuples les plus étrangers. Car (pii a l'eil capable de iuger du blanc et du nou', il a l'esprit capable de prandrt; cônoissâcc et de iuger du torlcpi'on lait il nôtre F, tant il ê-t manifeste et paliiable. A plus liirte nii-
son doit-elle obtenir s;i reintegrande, par le iiip;eniant de la France, puisque la raison y et, et puisque la France H si obligée à cette F-ci , qu'antre toutes les lettres qui luy ont donné un nom si glorieux, c'êt sa principale marraine. Sa douce nayueté, qu'elle prête à l'F latine, lorsque nous prononçons le lalin, en adoucit beaucoup ce langage-là, qui n'a pas de luy-même vue lironontiation si douce, pour le regard de celle Icllre-ci, ni en tout et par tout vue voix si douce que le nôtre, pour le regard du gênerai. Cet bien vne mauuaise fortune à nôtre F, qu'elle adoucit celle des Latins, et ccpandanl son malheur vient de l'F latine: tandis qu'on pratique en la nôtre iniuslcmanl, ce qui et raisonnable en l'autre, et tandis que la nôtre luy tandant du bien auec la main droite, l'autre luy rand du mal auec la main gauche. Mais au moins la pauurette a cette consolation en son infortune, que l'F latine, qui et cause qu'à tous cous elle ôt mise hors de sa maison, et eile-môme à toute heure bannie de son pays. Car son apreté la rand si odieuse à ceux de sa langue même, aussi bien qu'aux autres peuples, qu'ilz la chassent et bannissent h tout propos. Car les Romains les premiers, annuyez de sa dureté farouche, l'ont chassée de plusieurs mot/., comme de ceux-ci fordeum et fujdus; car au bout d'un tans iiz aimèrent mieux dire, /w/y/iTM»/ et hœdus. Autant en ont fait les Espagnols et les Gascons, qui presque en toutes les dictions qu'ilz tiennent des Latins ont chassé l'F dehors, et mis l'II en son lieu, comme fait aussi quelquefois la langue françoise, même en ce mol hors, qui vient de forix; étant iugé par la voix commune de tous les peuples, que l'aspiration et beaucoup plus douce que l'F latine. Mais ayant fait elle seule toute la faute, elle fait pourtant souftrir à la nôtre grand'part de sa punition. »
Oe rorthoyraphe franroyse, à la fin de l'ouvrage intitulé : Le Grand Dictlunnaire des rimes francoises se/o?i l'ordre alphabétique, deneve, Matthieu Berjon, 1623, pet. in-8.
L'auteur est un uéographc modéré. « le sçay, dit-il, qu'il semblera à beaucoup trop audacieuse entreprise de blasmer ce que la plus part trouuent bon. » Il n'a pas l'intention de condamner purement et simplement notre orthographe, mais de « l'étaler à la vue » en en notant les défauts, de façon que chacun en soit juge. Il ne doute pas que, si l'on se décidait à une réforme aussitôt qu'on aurait reconnu le besoin que notre écriture en a, en peu
de temps nous écririons « pins pioprement et plus brièvement». Ce serait au grand bénéfice de nos voisins, qui, apprenant notre langue artificiellement, la jiarleraient comme nous la parlons et non comme nous l'écrivons. En effet, bien que notre commerce leur fasse corriger beaucoup de mots, il leur en reste tant do vicieux qu'il semble souvent qu'ils parlent un autre langage, bien qu'ils aient appris ce que nous leur enseignons. Il ne faudrait pas dire qu'un tel inconvénient résulte d'une mauvaise prononciation locale^ « car l'escriture est une image de la parole, comme la peinture des corps visibles. Or est-il que celuy qui a bonne vcui' voyant un asne peint en un tableau .^^eroit bien asne luy mesnic s'il le prenoit pour un cheual : aussi ceux qui donnent aux lettres la mesme vertu que nous leur attribuons en nostre alphabeth (chose qui tient semblable rang pour l'intelligence de ce qui est escrit, que fait la veue pour les portraits), s'ils lisoyent un mot pour l'autre, ils seroyent à bon droit reprehensibles : mais si nous mesmes leur escrivons ou par manière de dire If ur peignons un asne pour leur faire accroire a|)res que c'est mi cheual, ie ne sçay conmienl nous pouuons e.\cuser nostre tort. »
Du Tkiithe. Méthode universelle pour upprundre facilematU les lun- (jiies, pciitr parler puremant et escrire nelleviant en français, recueillir parle S. Ou Tertre. Deuxième édit. Paris, leaulost, IC5I ,iii-i2
Ouvrage sans valiMir, sans intérêt, et ([ui dénote, de la paît de son auteur, une complète ignorance des données de son sujet.
draviinuire ycneratc cl raisoanée contenant les fondements de l'art de parler, e.rplic/uez d'une manière claire et naturelle (par MM. de Port-Royal;. Paris, Pierre Petit, lf)60, in-12.
Il ser'ait à désirer, selon les savants auteurs :
« 1" (Jue toute figure mar(|uast ((uelque son, c'est à dire qu'on n'ccriuisl rien qui ne se prononç.asl ;
" iJ" Que tout son fust marcjué par vue figure : c'est ii dire qu'on ne prononçast rien qui ne liist écrit;
« 3" Que chaque figure ne marquasl qu'vn son, ou simple ou double. Car ce n'est \)a.s contre la perfection de l'éci'ilure tpi'd y ail (les lettres doubles, puis<|u'elles la facilitent en l'abrégeant;
« 4° (ju'vn lucsiue son m- IiinI pas martpK! par ilc difféicnte-, figures. 1)
\ oir plus loin l'analyse de ICil ilii>n de I T.Mi, annotée par Uuclos.
Antoine Bodeau de Somaize. Le grand Dictionnaire des Prétieuses, historique, poétique, géographique, cosmographique, chronologique et armoirique, où l'on verra leur antiquité, costume, devise, etc. Paris, Jean Ribou, 1661, 2 vol. pet. iu-S.
M. Francis Wey, dans son ouvrage intitulé Itemarques sur la langue française, a épuisé toutes les formules de l'indignation contre les «mutilations» que la «coterie» des Précieuses a fait éprouver à l'orthographe traditionnelle. Je ne saurais, sans de nombreuses et importantes restrictions, nie ranger à son sentiment ; le temps, d'ailleurs, leur a donné raison sur bien des points. Voici un autre passage de son livre à ce sujet (page 38 et suiv.) :
« Ce n'est pas ici le lieu de débattre la valeur littéraire de cette coterie célèbre des Précieuses; nous devons nous borner à constater leur influence énorme sur l'orthographe, à raconter ce qu'elles tirent, et comment les choses se sont passées. L'aventure est narrée par Somaize (I). Les conséquences de l'incident qu'il rapporte ont été si extraordinaires, l'incident lui-môme est si peu connu, que nous le reproduirons en entier.
«L'on ne sçauroit pailer de l'ortographe des prétieuses sans « rapporter son origine, et dire de quelle manière elles l'invente- « rent, qui ce lui et qui les poussa aie faire. C'esloit au commen- « cernent que les prétieuses, par le droit que la nouveauté a sur « les Grecs [i), faisoient l'entretien de tous ceux d'Athènes (3), que « l'on ne parloit que de la beauté de leur langage, que chacun en « disoit son sentiment et qu'il i'aloit necessaiiement en dire du bien « ou en dire du mal, ou ne point parler du lout, puisque l'on ne (I s'eut retenoit plus d'autre chose dans toutes les compagnies. L'é- <i clat qu'elles faisoient en tous lieu.x les encourageoit toutes aux « plus hardies entreprises, et celles dont je vais parler, voyant « que chacune d'elles inventoient de jour en jour des mots nou- « veaux et des phrases extraordinaires, voulurent aussi faire quel- " que chose digne de les mellre en estime parmy leurs semblables, « et enfin, s'estant trouvées ensemble avec Claristene (4), elles se « mirent à dire qu'il faloit faire une nouvelle ortographe, afin que « les femmes peussenl écrire aussi asseurement et aussi corecte-
(1) M. Wey n'indique pas de quel ouvrage il lire la citation suivante, mais on la trouve au mot Oktograi'be du célèbre diclionnaiie satirique de\enu aujourd'Iiui si rare et si reclierclié des bibliophiles.
(2) Les Français. — (3J Ue Paris. — (4) M. Le Clerc.
« ment que les hommes. Roxalie (1), qui fut celle qui trouva cette « invention , avoit à peine achevé de la proposer que Silenie (2) « s'écria que la chose estoit faisable. Didamie (3) adjoùta que cela « estoit mesme facile, et que, pour peu que Claristène leur voulût « aider, elles en viendroient bien-tost à bout. Il estoit trop civil " pour ne pas repondre à leur prière en galand homme ; ainsi la « question ne fut plus que de voir comment on se prendroit à <i l'exécution d'une si belle entreprise. Ro.xalie dit qu'il faloit faire « en sorte que l'on pùl écrire de mesme que l'on parloit, et, pour « exécuter ce dessein , Didamie prit un livre , Claristène prit une (1 plume, et Roxalie et Silenie se préparèrent ii décider ce qu'il « faloit adjouster ou diminuer dans les mots pour en rendre l'u- « sage plus facile et l'ortographe plus commode. Toutes ces cho- « ses faites, voicy à peu près ce qui fut décidé entre ces quatre « personnes : que l'on dimimieroit tous les mois et que Von en os- « teroil toutes les lettres super/lues. Je vous donne icy une partie de (' ceux qu'elles corrigeront, et, vous mettant celuy qui se dit et « s'écrit communément dessus celuy qu'elles ont corrigé , il vous « sera aisé d'en voir la différence et de connoistre leur ortographe :
teste
[latenostrc
esloij^ner
caresme
télé
pnlenôlre '
éloigner '
carême
prosni^
(lis-jc
seurett^
ilespit
pidne ' (4)
di-je
seûrté
dépit '
autlii'ur
pressenliment
resjoiiissanoes
cah'rhisine
auteur *
présenliment
réjouissances '
calecliime
Jiostd
esclair(*c
escloscs
descouvre
kû/el •
éclairée '
écloses '
découvre '
raisonne;
extraordinaire
chasteau
fola.<itre
résonne ?
extr'ordinnire
ctiâtcau '
/oldlre •
siipresme
eflicaoe
lasciiemeil
advis
suprcmi:
éjicace
Idcliemenl '
avis '
nicscliant
rcspondrc
rocoiinoistrc
naistrc
mnitant '
répondre '
reconnétre
naiire '
Iroisicsini-
exlresine
inaistn;
sVsverliic
traisiémc
extrême
maUre '
s'évertue '
dclliiml
s'c.slevc
tasche
fliisles
déjunt •
x'éleve
tdclie ■
Ailles •
(I) M"" I.c Roy. — {?.) M"' Sainl-Mauricp. — (3) M"' di- la lliiranilii''rr.
(4) Je inari|in' <l'un aslcTist|ii(' les mois dont l'usage et rAradeiiiie ont rompli'leinont ratilir la (orreilion. CVrl.iliics siinpliliralions , coinme enlousiilnir , catéchimi' , frédeur, (■lln^lall'nl iinr pronoix^iatioii fxii'ptionnolli' .ilors, et rcslrolnlo pcntiHre au cercle des l'relii'uses. Klle n'a pas prévalu.
APPENDICK O.
tousjours
gâloil
euthoiisiasine
chaîne '
toujours '
vouste
cntousiâme
mesconnoissante
goust
voûte '
huictiesme
méconnaissante
goût '
hastit
huictiéme
paroistre
d'esclal
bâtit'
escuelle
parêtre
d'éclat ■
quester
écuelle '
eslargir
escrits
ijuéter
jeusner
élargir '
écrits *
loideur
jûner
espoux
solemnité
rédeur
l'esté
époux '
solennité *
nopces
l'été '
vostre
estale
noces
dosme
vôtre '
étale •
faicts
dôme '
mcsme
establii-
faits '
opiniastrelé
même
établir
treize
opiniâtreté '
apostre
eschantilloii
Irézc
qualité
apôtre '
échantillon '
csvaporez
calité
estre
l'aisné
évaporez
froideur
être
Vaine
sixiesme
/rédeur
flescbir
effarez
sixième '
vieux
fléchir '
éfarez
desbauchez
vieu
mettre
plust
débauches
effects
mètre
plût •
taist
é/ets
tantost
s'esriger
tait
desplust
tantôt •
s'ériger '
diadesme
déplût '
unziesme
nostre
diadème
brusle
unziéme
nôtre '
estoil
bnîle '
menast
mareschal
(•toit
coustume
menât '
maréchal '
masles
coutume
indomptable
des-ja
mâles '
fanto$mes
indon/able
dé-ja
adjouste
fantômes '
attend
estrange
adjoûte
aveciiue
alten
étrange '
lasches
avéque
sçait
espanouir
lâches '
blesmir
sait-
épanouir
esblouis
blêmir
aisles
aussi-lost
éblouis •
effroy
ailes
aussi-161
veu
éfroy
aspre
tesmoigner
vu
ampesciie
dpre •
témoigner '
chrestien
empêche
vistres
esclaircissemenl
chrétien '
cage
vitres
éclaircissemenl '
paroist
âge '
triompbans
brusle
parêt
plaist
trionfans
brûle '
accommode
plait '
advocat
doutast
acomode
crespules
avocat '
doutât '
grands
crépiUes '
pied
connoist
grans
coustoit
pié
conall
defferat
cotîfoit *
reprend
souffert
déferai
mesler
repren
soûfert
tbresors
mêler
sçavoir
gastoit
trésors
chaisne
savoir '
APPENDICE D. Mil
Il ressort du curieux document de Soniaize que la pronouci.ition tendait, vers la seconde moitié du dix-septième siècle, à s'amollir par suite de l'influence de la cour et des cercles de la haute société. L'Académie, dans sa cinquième édition seulement, a commencé à inscrire raideur, conformément à la prononciation des Prétieuses , qui prévaut aujourd'hui pour ce mot et non pas pour frédetir.
Ainsi qu'on le voit, beaucoup des réformes opérées par les Précieuses ont été sanctionnées par l'Académie, et un plus grand nombre encore l'eussent été, si l'on avait dès cette époque su faire un emploi judicieux de l'accent grave et de l'accent circonflexe. A ce titre, malgré le ridicule d'un langage prétentieux et quintessencié, la coterie présidée \>-av Voiture et Sarasin a rendu de véritables services à la langue française.
SiMo.N Moin ET, principal correcteur pour le français dans riiiiprimerie (les Elseviers, voulant faciliter aux étrangers la lecture des livres en cette langue, eut en 1G63 l'idée d'imprimer à ses frais un petit poème : La Rome ridicule du sieur de Saint-Amant, travestie à la nouvéle orlogra/e, pure invantiùn de Simon Moinét, Parisien. A Amstredan, aus dcpans è de l'Iuprimerië de Simon Moluêt, in- 12.
Les lignes qui commencent sa dédicace i\ Guillaunio III peuvent donner une idée de sa méthode phonéti([ue :
Ce que pc'rsone n'a ancore su, ni nui, ni vu,
L"OllTOi;ltM K KRANr.OISB,
ou la siaiice de lire é (l'(^CT■irc françois.
H Monsôgneur, si ce qui se dit et véritable, ([u'à (jran srr/neur, peu de paroles, il sera aussi vrai de dire à tjnin sé(/nrur peu d'écriture, puisque l'écriture représante la parole, é toutes deus sont l'iniage de la pansée. Mais je ne croi pas c[iu^ pèrsone, depuis que l'on parle françois, l'ait faite si courte ipie moi, ipii l'abrCge an sorte que je le fai tnucliérà l'eull é au doit. »
Simon Moinet propose- le// mouillé des llsp.ignols dans les mois w(«(7, huil, le l à cédille pom- le / adouci et sifllant : suprématie. Mallieureusenu-nl son écriture est hérissée d'accents, comme c'<!st le cas de tous ceux (pii veulent di-lermitier le son des voyelles sans introduire de nouveaux caractères alphabeli(|ues.
!28 APPENDICK l).
De Bleigky, maître écriiiain iiiré de Paris. L'Ortoç/rafe française ou l'vniqve nietode contenant les règles qu'il est nécessaire de sauoir pour écrire co7Tectenient. Paris, Gilles André, 16(;7, in-12.
Bleigny n'arbore le drapeau de la réforme orthographique que dans son titre. Son petit livre est une grammaire pour les enfants, sans aucune velléité de critique ni d'amélioration de la mauvaise écriture de son temps.
Louis db l'Esclache. Les rëritahles lièç/les de Porfografe francéze, ou l'Jrt d'aprandre en peu de tams à écrire côrectemant. Paris, l'auteur, 1668, in-12.
Le travail de l'Esclache a fait beaucoup de bruit au moment de sa publication. J'en connais trois ou quatre réfutations sorties des presses parisiennes en l'espace de peu d'années. On ne s'aperçut pas de son temps qu'il s'était inspiré en grande partie des réformes proposées un siècle auparavant par Meigret, Peletier et Ranius. Bien qu'il n'ait introduit aucune lettre ni aucun signe nouveau dans l'écriture, il a prêté le flanc à la critique par la profusion d'accents dont il a surchargé ses lignes. Voici un échantillon de son orthographe :
« Les opinions des hommes sont trés-diferantes, touchant l'ortô- « grafe francéze. Les uns pansent qu'éle doit être conforme à la « parole ; et les autres âsûrent qu'éle doit marquer l'origine des « mos que nous employons pour exprimer nos pansées. Ceus qui <• ne savent pas la langue latine et qui ont de l'esprit dizent que « nous devons écrire comme nous parlons; mais quelques savans « soûliénent que céte metôde, nous faizant perdre l'origine des « paroles, nous ampécherét d'an conétre la propre significacion.
« Il samble que les premiers , qui n'ont pas âsés de force pour « bien établir leur opinion, n'aient pas âsés d'autorité pour nous « oblijer à la suivre. Comme les autres ne peuvent soûfrir que l'on 0 face injure à la langue latine, ni à la grèque, ils s'ataclienl à a leurs santimans avec beaucoup d'opiniâtreté. Je ne veus pas con- « damner ces deus langues, puîqu'éles ont leur beauté, aûsi bien « que leur iizaje, mais je puis dire (sans m'élogner de la vérité) « que ceus qui ont un alachemant particulier pour é!es ne sont pas « ordinairemant les plus éclairés dans la langue francéze. Ils sont ■1 semblables à ceus qui parlent continuélement de ce qui regarde
« les autres sans panser à leurs propres àfaires et il ârive sou- « vant que dans le chois des chozes qui sont utiles pour le bien « public , le jujement de cens qui ont beaucoup de lumière sans « étude doit être préféré à l'opinion de ccus qui ont une biblio- « téquc antiére dans leur tête. »
Traité de rorthor/raphe: dans lequel on établit , par une méthode claire et facile, fondée sur l'usage et sur la raison, les règles certaines d'écrire corrertement. Et oit Von examine par occasion les règles qu'a données M. de Lesclache. Paris, Jacques Talon, 1669, in-12.
Ce petit traité, remarquable par son exécution typographique, ne s'occupe pas de la régularisation de l'écriture française. L'auteur s'élève môme avec beaucoup de force contre le système d'écriture semi-phonétique proposé par Lesclache. Il constate simplement l'état de la question au moment où l'.Vcadéniie française allait s'en emparer.
Lartigaut. Les progrt^s de la réritable ortografe , ou l'ortografe Jrancéze fondée sur ses principes, confirmée par dévionstracions. Ouvrage particulier et nécésér à toute sorte de posones qui veulent LIEE, PBONONCER OU ÉCBinE parfètement par régies. Paris, Laurent Ravenau et Jan d'Ouri, 1609, iii-lS.
Le petit ouvrage de Lartigaut offre un grand intérêt. Contemporain de Goriieille, de la Fontaine, de Molière, de Racine, il jiossède à fond la langue élégante et correcte de son temps, et nous indique aussi exactement (pie possible la prononciation de la coui' de Louis XIV. L'accentuation forte qui y est figurée me confirme dans l'idée que je m'étais formée de la |)r()nonciation du Tlièdtre- Français au temps de Corneille et de llacine, et dont Larive avait conservé la tradition (1).
Voici une page de Vavis important placé en tète du livre. Je souligne les différences de la lecture avec celle de nos jours :
« Cétc matière est pln^ délicate (2) qu'èje ne parèt : il faut être
(I) Je l'ai soiivc'iil ciilindu ircilpr ilrs vi'is ohc/ mon prie, cl je l'ai vu au Tlifâlri^Français jipurr le l'oie île l'Iiilcx lèle il.ius Yll'.dipe do Voltaire.
(">.) Dans ce» \\m{sd(lu-ale,éli\ nnlwrement, etc., l'auleur emploie IV moyeu avecaecent <lroit. Mon pire et mon oncle en avaient reconnu l'utilité daiiï^ l>eaucoHj) lin mots, tels i|ue cnll('ge, .vi'rc, rnlii'rrmrnl, etc., et plusieurs livres ont élti imprimés ainsi ; mais ou ilut en aliaudonner l'usage, par suite de la ronriision et de l'emlianas ipii en résultaient dans la distrlliution et la composition.
a antièrement détaché, et avoir un dezir sincerde recevoir ce qui « peut persuader an quéqtœ part qu'il se treuve. Car pour peu que « l'on se plôze à contredire, on se rant incapable d'en juger; dau- « tant qu'il y a pluzieurs chozes qui ne dépendent que de la déli- « catêse de l'orélle^ où l'opiniâtreté et le dezir de s'opozer à tout « peuvent treuver de coi llater un esprit de contradixion. Ne lire « un livre que dan» le dôsein d'y treuver à redire, cen'etpaz être « tout à fèt sage ; et c'et fêre le critic h contretams : il faut être « du moinz indiférant, et ne rien condaner sanz avoir sur le chani « des rêzons contrôres à ce que l'on reprant. Je condane moi-même « les fautes que je puis avoir lésé couler (ou rinprimeur) contre « les principes qu'il faut suivre : et je puis dire san vanité que je « suis le seul qui n'établis rien qui leurséY (1) opozé, et qui ne me con- « Iredis pas; qui et asurément le plus grant point que l'on puise « et que l'on doive garder, mus que persone n'a pu ancor observer « sur ce sujet : et voici corne une persone, qui ne cherche sin- « plemant que l'utilité dans toute choze peut rêzoner.
« Je conôs que l'ortografe vulguêre et ambarasante pour la lec- (< ture, contrêre à la véritable prononciacion qu'èle doit exprimer « et prèque inposible à savoir sans la conésance du grec et du « latin; ancor y-an a-t-il très peu qui la sachent -parfêtemant avec « tout cela. Je ne doute par- que si l'on pouvêt treuver le moyen <i de randre l'écriture conforme à la parole avec une tèle modéra- « cion qu'on pût suivre des principes asurés et des règles cons- « tantes, sans tomber dans aucune absurdité, et san: rien changer « inutilemant, il faudrétsans doute le prandre pour pluzieurs rê- « zons : i" afin de savoir l'ortografe avec plus de facilité, et avec « plus de certitude; 2" afin de ne paz être obligé d'aprandre le grec « et le latin pour seulemant ortografier ; 3° parce que c'et une 'I choze indubitable que tout le monde an lira mieuz, et que l'on (1 ne poura prononcer mal; 4° pour randre la Langue francêze pluz B universèle par la facilité que tous les étrangers treuveronl dans « la lecture de nos livres, et plus recoraandable par la douceur V prèque divine de son élocance, qui se comuniquera par tout.'»
Convenons-en, on ne saurait, dans la thèse de l'auteur, plus simplement ni mieux dire. La prononciation, telle qu'il est parvenu à nous la figurer en n'introduisant qu'un seul signe nouveau (l'eme-
(1) J'ai entendu , dans ma jeunesse, M. de.Tracy prononcer il crait {il croit, crédit), et endreit.
diocre, qu'il figure, comme je l'ai dit, par l'accent droit), est presque la nôtre, et nous donne occasion de constater sa fixité depuis le grand siècle. 11 supprime la lettre k, comme étrangère au français, le c cédille comme inutile en présence du s ramené à une seule valeur, celle qu'il a dans salon, silence.
Il fait en passant quelques remarques sur l'orthographe des mots où figure le ■/ grec. Achaïe, saint Uoch, Zacharie, chronique, archange. Il propose (le les écrire Acate, saint Roc, Zacarie, cronique, arcange.
A propos de la lettre q (ou plutôt des deux lettres qu, puisqu'on représente par ce signe binaire le son du c dur ou du k), il s'exprime ainsi : « Ecrivez par la raSme rêzon : que'cun aussi bien « qu'a?/«m. Pourêt-on bien doner rézon pourcoi l'on doit écrire « aucun, chacun par un c et quelquun par un qu? Je voudrès avoir « cette obligation à quelquun. »
Pour lui, Vœ, déjà supprimé dans œconomîV, est une lettre parasite : il écrit eil (prononcé aujourd'hui euil), euvre, beuf, seur, avec toute raison. Dans le français, le son et le signe eu représentent régulièrement \'o des mots latins, exemple : dolor, douleur, fias, /leur; la vicieuse prononciation du c rend quelquefois l'emploi de Vœ nécessaire, comme dans cœur, qui ne peut être écrit ceur, à moins, comme dans cueillir, de faire précéder eu d'un u.
Il ci'itique l'emploi de Vx dans les mots deuxième, si.xain, dixième, li y met le :;, d'accord en cela avec la prononciation.
Il chasse du dictionnaire celte «diftongue» uo, qui n'est pas « francêzei), et au lieu de paow, Laon, jaon, taon, il écrit /)««, Lan, /an{l), (an.
On jugera, par ces quelques citations, que l'auteur est un observateiu' délicat et en mCmc temps un bon espril, défenseur intrépide des prérogatives du français, qu'il voudrait voir vivre par lui-même sans s'affubler d'une enveloppe grecque et latine.
I.f P. L. Chiflet. Nouvelle et parfaite grammaire franfoise oit se voit en bel ordre tout ce qui est de plus nécessaii-e, de plus curieu.v, de plus élèfjanl en la piirelé de l'orlliuiji'aphe et en la prononciation de celte langue, l'aris, «080, in- il!.
lîicM que son ouvrage ait [nu u ipiatorze ans avant la première
(I) Runsurd l'ccrit ainsi :
ravie le lan d'uiK' biche Ieg6re.
(Édil. dclf.î.), t.J, col. 2.)
édition tlu Dictionnaire de l'Académie, ce grammairien paraît avoir été consulté par elle. Les principes, au sujet de l'orthographe, sont en partie les mômes. 11 dit néanmoins qu'il est beaucoup de mots où le ti devrait plutôt s'écrire ci, comme il se prononce.
Il n'est cependant pas ennemi de tout progrès. «Eu matière de prononciation, dit-il, il n'est pas bon de courir avec trop de chaleur après les nouveautez, d'autant qu'il arrive assez souvent qu'elles passent comme un torrent.... J'ai vu le temps que presque toute la France estoit pleine de chouses au lieu de choses, » et il raconte une anecdote sur cette prononciation chousc.
Charpentier, de l'Académie française. De l'Excellence de la langue françoise. Paris, Biliaine, 1683, 2 vol. in-12.
Ce docte académicien, qui partage en matière d'orthographe les idées de Régnier des Marais, formulées plus tard dans la première édition du Diclionnaire de l'Académie, est, comme Henri Estienne, un défenseur de la précellence du langage français, non plus sur l'italien, mais sur le latin lui-même.
Il établit que notre langue n'est nullement inférieure au latin sous le rapport de l'euphonie et de l'harmonie imitative, qu'elle a produit non moins de chefs-d'œuvre, et qu'elle est parvenue de son temps à une perfection égale à celle du langage des Romains au siècle d'Auguste.
Il cite un certain nombre de vocables français plus doux, plus brefs que leurs correspondants en latin. S'il eût poussé plus loin ses investigations, il fût sans doute arrivé à reconnaître la supériorité des mots du latin transformés par le peuple avant la Renaissance, sous le rapport de la rapidité et même de l'euphonie, sur ceux forgés depuis par les savants sur le môme type primitif. Voici quelques points de comparaison :
rriiiiiiif laiiii. Mois du vieux français. Mois (le lalin francisé.
claudicare .... clocher, cloclieinent . . . claudication
capillus cheveux , chevelu .... capillarité
carcer cliartre incarcération
coctus cuit, cuisson coction
diilcis doux, adoucir cdulcoré
fruclKS fruit, fruilaison fructitication
fltictus Ilot , flottaison tlucluation
hirundo aronde hiroiiiielle
macer inaigrc , maigreur .... éinaciation
Primitir latin. Mots du vieux français. Mots de latin fiaiicisé.
maturus mûr, itirtrir maturation
scandalum . . . esclandre scandale
separare sevrer, sevrage séparation
species espèce sp('eilicati(in
siccitus sécheresse siccité
strictus étroit strict
cubare couver ijiciilialion
Si donc le français a son individualité, s'il est si riche de sa beauté propre, si ses vocables surpassent souvent pour la simplicité, la rapidité, l'euphonie, leurs correspondanls latins, pourquoi s'attacher, comme on le voulait au temps de Charpentier, et coinmi' il n'en reste que trop de vestiges, à défigurer notre orthographe dont on lait un pastiche de celle du laliii et du grec, en y introduisant tant de consonnes doubles inutiles et tnême incompatibles avec le génie simple de notre ancienne langue?
(J. IIiNDBET.) L'Art de bien prononcer et de bien parler la langue franroisc , dédié à Monseigneur le duc de Bourgogne, par le sieur J. //. Paris, V Cl. Thiboiist, )()86, in-12.
Quoique ce petit traité de grammaire ne contienne auciuio innovation orthographique (mot qu'il écrit ortographique), et qu'il ait pom' but uniquement d'enseigner la prononciation reçue, il maiiilestele désir du perfectioinieiiieut.
L'auteur s'y plaint de notre écriture, qu'il déclare dél'ectueuse. (1 Ce n'est ])us sans raison, dit-il, que les étrangers nous reproc( client tous les jours le j)eu de soin (juc nous avons de bien pro- « noncer notre langue, comme une chose qui l'enipOche d'être au- « jourd'hui la plus parfaite tle toutes celles de l'iùirope.
« On ai)piriiil, ajouttî-t-il, avec beauctjup (1(! soin aux enfanis « les principes des langues mortes ou étrangères, et, pour ce qui « regarde leur langue naturelle, on rjibandoiiiie au lia/.ard tle (( l'usage. »
(KouiLAiiD.) Doutes sur l'orlogrii/i/ie f'raïucie. l'.iris, Ili'.Ci, iii-rj.
I, 'auteur, qui se caclui sous ranagrainiiie de 'l'rilodrad, peut (Mre classé parmi l(!S novaleurs, bien tpie la |)lupart des réformes qu'il demande aient été accomplies dans les éditions successives du Uiclionnaire de l'Acailémie. On en jugera |tar ce début :
Aus Maitrea Imprimeurs.
«Messieurs, il ya longtèmsquejesuisdans plusieurs doutes sur l'ortographe desquels je souhaiterois pouvoir être éclairci... J'ai cru qu'il étoit plus ;\ propos de m'adresser aus maîtres imprimeurs... Car je puis dire qu'autant qu'il y a d'imprimeries eu France, ou peu sèn faut, autant il y a de diférèntes ortographes.
« Ce sens seul est peu favorable au savoir des maitres imprimeurs qui (dit-il) ne savent pas rorlogra|)he et moins encore la ponctuation! et s'ils raisonent de l'imprimerie et de l'ortographe, ce n'est que comme les aveugles font des couleurs.
« C'est une chose honteuse à nous de voir que les étrangers nous aprcnentà écrire nôtre langue naturele : car on ne peut pas disconvenir que les Holandez (ou du moins des Francez qui se sont retirés en Holand) ne nous ayent apris a mètre les v ronds et les j longs, puisque pour marque de cela on les apèle dans l'imprimerie des V et 7 à la Holandeze : ce sont encore eux qui nous ont enseigné a retrancher les letres superflues de nôtre langue : enfin ils nous enseignent ce que nous leur devrions enseigner et il toule la terre , puisqu'on n'aprend l'ortographe que par le moyen des impressions et à quoi tout le monde se raporte, et non pas aus manuscrits ; cela étant , pourquoi n"a-t-on pas soin de bien ortographer, et de ne rien faire paroître au public qui ne soit dans sa perfection? Il faut que ce soit, non seulement les étrangers, mais tout le monde, jusques à un chétif écrivain, qui à grand peine sait-il lire, nous enseigne l'ortographe.... Il est vrai que j'ai été longtèms à me pouvoir persuader qu'il fut permis de retrancher aucune letre dans le francez lorsqu'elle venoit du latin, que les 5,- mais pour les doubles bb, les doubles ce, les doubles dd, doubles //', doubles mm, doubles nn,Àciu\Aespp et autres letres qui sont dans le latin, je ne pouvois me résoudre; mais aprez y avoir fait reflexion et considéré qu'on estranchoit partout les .s- inutiles à la prononciation, aussi bien que d'autres letres, quoiqu'elles vinssent du latin, j'ai cru qu'on pouvoil aussi ôter les letres doubles, et toutes celles qui sont parèllement superflues et inutiles à la prononciation aussi bien qu'on fait le s. »
A la fin de l'exemplaire que j'ai consulté à la Bibliothèque de l'Institut, se trouve un opuscule intitulé : Leilre sur l'cn-tografe a Monsieur de Ponchartrain Conseiller an ParlemenI . J'ignore le
nom de son auteur. Cette lettre (imprimée avec privilège du Roi de 1693) commence ainsi :
« Vous voulez, Monsieur, que j'écrive quelque chose pour justifier mon ortografe, et pour rendre raison des nouveautés qu'on dit que je veux introduire. »
Ces modifications sont en général celles que l'Académie a successivement introduites, sauf quelques doubles letres qui restent encore aujourd'hui. Il supprime l'A à théorie, et écrit filosofe, '( attendu, dit-il, qu'il a cru devoir laisser aux lettres françoises le son qu'elles ont naturellement, pensant que si les Latins ont écrit certains mots dérivés du grec, c'est qu'elles gardoient une aspiration différente et qu'ils prononsoient les premières silabes de philosophia et de c/iararfer autrement que celles de figure et de capvt. .\paremment, s'ils les avoient prononcées de la même manière, ils les auroient exprimées aussi par les mêmes letres, etc.. Pourquoi ne pas imiter les Italiens et les Espagnols, qui n'ont pas cru î'tre obligés a garder l'ortografe latine dans les mots venus ilu grec? Si on en avoit toujours usé de cette sorte, Madame de.... n'auroit pas été si scandalisée contre Eliogabale. « 0 que ces empereurs liomains étoient cruels! s'écria-l-elle un jour en bonne compagnie, ils faisoient prendre des paysans et leur faisoient aracher la langue pour s'en nourrir. » Elle venoitde voir un livre qui disoit que cet empereur mangeoit des pâtés de langues de phaisans, et s'imaginant qu'un p se prononçoit toujours p elle avoil lu des lanf/urs dr paijxnns au lieu de langues de faisans. »
Renk Millehan. Les deux gramaires fransaizes, l'ordinaire d'aprezant et la plus nowclle qu'on puise faire sans altérer ni c/ian- (jer les mots, par le moyen d'une nouvelle ortografe si juste et si facile qu'on peut aprandre la hôte, et la pureté de la prononciation en moins de tans qu'il ne fit pnur lire cet ombrage, pur la diférance des karactercs qui sont osi liien dans le cors des règles que dans leurs exanpies, ce qui es\. d'otant plus particulier qu'elles sont très faciles et incontestaltles, la prononciation étant la partie la plus esancielle de toutes les langues. IMarseilIc, Krcbioii, 1091, 2 parties on un vol. in-12.
.le n';ii pu me prorurei' ni UK^mn voir ce volume, que je ne trouve indi(|ué que dans le catalogue de Cli. Nodirr de iSli. Ce spirituel académicien reprorhei'i l'nuteui' d'avoir proposé la réforme de 1'»/.
136 APP?:]NDICE D.
préconisée un siècle plus tard par Voltaire. La manière dont Nodier a figuré le titre et que je re|)ro(luis ne donne qu'une idée trop imparfaite de la méthode de Milleran. Les lettres romaines sont celles qui ne se prononcent pas. Par cet exemple, on peut se figurer toutes celles qui peuvent ainsi être indiquées.
CÉSAR-PiEREE RiCHELET. Dictionnaire pançois contenant les mots et les choses , plusieurs nouvelles remarques sur la langue franroise,etc. Genève, Jean Hernian Wiederliold, 1080, 2 vol. iii-4. — iM cannoissance des genres français tirée de l'usage et des meilleurs auteurs de la langue. S. I. ni date (achevé d'inipihner le 10 mai IG95), iu-l2.
Hichelet, dont le Dictionnaire a encouru à juste titre, dans ses premières éditions du moins, le blâme des honnêtes gens, s'était be;iucoup plus occupé d'étymologies que la plupart des auteurs contemporains. Il fut un des premiers à développer la réforme proposée par Le Clerc et les Précieuses. Il écrivit haléme, reçu, dédain, déduire, jeûne, apôtre, tempête; il essaya de faire passer ufaire, alaquer, dificullé. Il introduit dans son second ouvrage, en dépit du grec, himenée, licée, pirenée, prilanée, trofée, e'Iéfan, etc.
L'abbé Régnier des Marais, secrétaire perpétuel de rAcadémie française. Traité de la Gi'ammaire francoise. Paris, Jean-Baptiste Coignard, 1706, in-4 et iu-8. — Remarques sur r article cxxxvii des Mémoires de Trévoux, touchant le Traité de la grammaire française de M. Cabbé Régnier. Paris, J.-B. Coignard, 1706, iii-l.
L'Académie qui, pour son Dictionnaire, lequel ne parut qu'en 1694, avait adopté la méthode du travail en commun, remit le soin de rédiger une Grammaire conforme à ses principes à son secrétaire l'abbé Régnier des Marais. Il ])ublia son ouvrage en deux volumes in-I2 dès 16" 6, et en donna une édition infiniment supérieure dans l'in-4 de 1706. De 1694 jusqu'à la seconde édition du Dictionnaire, qui ne parut qu'en 1718, l'Académie eut quelque temps de repos. Elle recueillit alors les doutes sur la langue et se donna la tâche de les résoudre. Cette société préparait ainsi des matériaux pour la Grammaire qu'elle méditait et que du reste les statuts de sa fondation l'obligeaient de rédiger. « Mais elle ne tarda pas à recon- « naître qu'un ouvrage de syslèmeet de méthode ne pouvait être
« condiiil que pai' une personne seule ; qu'au lieu de travailler en « corps à une Grammaire, il fallait en donner le soin à un acadé- « micien qui, communiquant son tra\ail à la compagnie, profilât « si bien dt'S avis qu'il en recevrait, que, par ce moyen, son ou- « vrage pùl avoir dans le public l'autorité de tout le corps. » Régnier avait une parfaite connaissance de notre langue et de quelques autres; il s'était tait un nom par sa traduction de la Pratique de la perfection chrétienne de Rodriguez. Son assiduité aux conférences du Dictionnaire, dont il était chargé de rédiger les résultats, l'avait mis lmi état d'en exposer les principes et de faire une œuvre digne de l'illustre compagnie.
L'ouvrage cependant ne fut pas publié sous le nom de l'Académie. Il encourut plusieurs critiques, entre autres celle du P. Bufficr. Le savant académicien se plaint que son adversaire ait dénaturé (pielquefois ses idées en l'analysant. Labbé Régnier, on le conçoit, se prononce contre l'écriture phonétique, qui exposerait à « cet attentat » d'écrire des crétiens connne des Cretois et Jém- (.'ri qu'on prononce ainsi, tandis qu'on doit prononcer le Christ. Dans son livre, clairement écrit, avec une sobre élégance, les explications sui' les diffiiudtés de la prononciation des lettres ont employé près d'une centaines île ]iages. lui examinant avec l'attention qu'elle mérite l'œuvre du docte secrétaire perpétuel de 1700, œuvre d'autant plus importante qu'elle doit nous rellélcr les principes primitifs di; rAcaiiémie, on ne tarde pas ;'i se convaincre que le livre le plus utile à une nation éclairée comme la France, c'est-!i-dire une grammaire, était alors impossible. l'our ce qui concerne roitliogr.iphe des mots, Uegiiiei- constate, pour la réduplicalion des consonnes dans le corps des mots, des règles fondées la plupart sur la quantité.
« Le redoublement des lettres en plusieurs mots de la langue se fait uniquement des consonnes, et peut se ra|)porter à deux causes : Vunc prise du latin, d'oii ces mots là nous viennent ;
l'autre tirée du fonds mCiiie de notre langue Ce redoublement
n'est point toujours pris du latin : il se fait queUpielbis contre l'orthographe des mots latins d'où les mots frani;ois dérivent. Il se l'ait principalement des lettres /, w, ii,p et /, après «, e, o; mais il sullira de jiarlei' icy di; celui des lettres /, m, h, après e et o, pour donner queUpie iiiei; de la cause de ce redoublement dans
lus mots où lu iironoiicialion toute seuli^ n'eu avertit pus Il y
a deux cho^rs à <'onsi(li'r('r dans ce redoulilciiicnl : li' lii ii ou il ^e
t'ait et l'effet qu'il produit. Le lieu où il se fait, c'est d'ordinaire immédiatement après la voyelle sur laquelle est le siège, de l'accent. Mais comme notre langue n'a proprement d'accent que sur la dernière syllabe, dans les mots dont la terminaison est masculine, et sur la pénultième dans ceux dont la terminaison est féminine, et que les dernières syllabes ne sont pas susceptibles du redoublement des consonnes, ce redoublement, à le régler par le siège de l'accent, n'appartient proprement qu'aux pénultièmes syllabes des mots qui ont une terminaison féminine.
« Ainsi chapelle, chandelle, fidelle, folle, colle, molle, femme, homme, somme, bonne, donne, consonne et patronne, qui ont l'accent sur la pénultième, s'escrivent par deux /, deux m et deux n; que si cet accent passe de la pénultième sur la dernière, alors en quelques mots dérivez des précédents, comme dans chapelain, chandelier, fidélité', féminin, homicide, bonace, donateur, consonance, patronage, il ne se fait plus de redoublement de consonne et l'usage est en cela entièrement fondé sur la raison et sur la règle. Mais en d'autres mois de même et de pareille dérivation, comme fldellement , nouvellement , follement, donner, sonner, tonner, le redoublement, qui ne devioit se taire qu'après la voyelle du siège de l'accent, se fait devant : et l'usage en cela, comme en beaucoup d'autres choses, s'est mis au-dessus des règles, qu'il observe pourtant d'ordinaire dans la conjugaison des verbes. Car on escrit ils prennent, ils tiennent, ils viennent, par deux », parce que le siège de l'accent est sur \'e de la pénultième syllabe ; et on escrit par une n seule, nous prenons, nous tenons, nous venotis, vous prenez, vous tenez, vous venez, parce que l'accent qui estoit sur la pénultième est passé sur la dernière.
« Quant à l'effet que ce redoublement de consonnes produit, il est différent, suivant les voyelles après lesquelles il se fait : après l'e, comme dans chandelle, fidelle (1), fldellement, il donne à cet e. la prononciation d'un e ouvert et il donne celle d'un e fermé à prennent, tiennent, viennent, etc. (2).
« A l'égard de Ve, cet effet est tout différent; car, au contraire, le redoublement de la consonne après un o sert à le presser de
(1) On a mis depuis l'accent grave, au lieu de la consonne double, à beaucoup de ces mots en elle, il épèlc, fidèle, il gèle. Mais on n'a pas simplifié la difficulté, car il nous en reste autant en elle : il appelle, belle, chamlelle, etc.
(2) Il semble résulter de ce passage que le docte secrétaire perpétuel prononçait ils prénent, ils tiénent, ils viënenl.
APPENDICE U. I3il
telle sorte, que comme alors il a moins d'estenduë et de liberté que quand il n'est suivi que d'une consonne, il reçoit une prononciation plus brève et plus serrée. Ainsi au lieu que dans mole, rôle, donne, throne (1), où \'o n'est suivi que d'une seule consonne et se trouve, pour ainsi dire, plus au large, l'o est long et extrêmement ouvert, il est bref dans molle, folle, homme, somme, bonne et donne, où les deux consonnes qui suivent le pressent et le resserrent. Mais tout ce qu'on vient de marquer icy est sujet à tant d'exceptions, que pour donner des règles plus seures, il faut nécessairement passer aux exemples particuliers du redoublement de chaque consonne.
« La règle générale que l'Académie française a suivie dans l'orthographe de son Dietionnaire, est de garder les consonnes doubles dans les mots françois, lors qu'elles sont doubles dans les mots latins d'où ils t7V?««cn<,- et cette règle peut suffire pour la plus part des mots delà langue, à l'égard des personnes qui entendent le latin; mais connue on cscrit icy pour tout le monde, il faut essayer de donner là-dessus ou des préceptes, ou des exemples, qui puissent être entendus de tout le monde. »
Suivent 27 pages Irés-compactes de préceptes et d'exceptions pour le redoublement ou le non-redoublement de chacune des lettres de l'alphabet.
Malgré W désir qu'on éprouve de saisir quelques lueurs de principes au milieu de cet amalgame de règles contradictoire.-., il est impossible d'en rien conclure, sinon l'impuissance des grammairiens d'alors à (hibrouiller le chaos ortln^grapliique. Qu'est-ce, en effet, que de constater, d'un côté, qut> la prosodie (iauçaise est complètement différente de la prosodie latine, et d'exiger, do l'autre, (|uo l'on redouble la consonne en français l;'i oîi les l.,atins l'ont doublée;'.' t'.oinineiil ex|)liqner, eu outre, cette bi/.arn;rie dans le rôle de la consonne redoublée, de rendre la syllabe (jui pi'écéde longue dans chandelle ai brève dans molle.' IJossnet, avec son es|)rit lucide et pratique, avait bien raison de demander (\\w l'Académie s'expliquât en tCle du Dictionnaire sur les règles de la jjrosodic française : toutes ces inconséquences eussent alors l'or-
(I) On met aujonnl'liiii l'uccent circnnllcxc sur ces mots oit il suHit <t exprimer
l'allnnj'ciiiriit cir In s)llal)e. l'oiiniuoi l'crirc, (■oiilrairoincnt an latin . li'S nlol^ liiiiiimr, liiiiiiir, donne \«iv une ilnulile i^oilsonnc ? I.'aliscni r ilr l'aceenl ciiionllfMnr siillnail-clli' pas pi)iir iiiilli|niM' ipic l'i» csl lin-f r'
céiiienl disparu, comme l'ont fait la plupart d'entre elles, grâce à l'introduction des accents et à la suppression d'une partie des lettres doubles inutiles, opérées par l'Académie lors de la réforme de 1740. Mais en parcourant les listes données par Régnier, page m particulièrement, on voit qu'il nous reste encore im nombre assez grand de mois où la double consonne qui ne se prononce pas s'est maintenue pour ligurer cette copie servile du latin, répudiée par l'Académie elle-même, et à laquelle tout le monde paraît avoir renoncé (1).
Après s'être convaincu de l'inanité des principes orthographiques de Régnier, on s'explique difficilement la sévérité qu'il montre contre les novateurs tant du siècle précédent que de son temps. La fin de non-recevoir qu'il oppose à toute réforme, si elle eût été prise au sérieux, nous ccndamnerait encore à l'écriture vicieuse de 1694.
« Que si, dit Régnier, dans la société civile, il n'est pas permis aux particuliers de rien changer dans l'escriture (:2) de leur nom, sans des lettres du prince, il doit encore moins leur estre permis d'altérer, de leur propre aut/(orité, la plu.spart des mots d'une langue et la plu.vpart des noms de baptême et des noms des peuples, des provinces, des familles, des socit-tf:; publiques et des choses de la Religion.
« Cependant ceux qui en usent de la sorte n'ont pas seulement tort, en ce qu'ils s'attribuent une juri^diction qui ne leur appartient pas; ils ont tort encore d'ailleurs, en ce qu'ils abusent du principe sur lequel ils se fondent, que lus lettres étant instituées pour représenter les sons, l'escriture doit se conformer à la prononciation.
« Cette règle générale a ses exceptions, comme toutes les autres règles; et vouloir reformer tout ce qui en est excepté, c'est Comme si un Grammairien, se fondant sur les principes généraux de la Grammaire, vouloit y réduire toutes les conjugaisons des verbes irreguliers d'une langue et toutes les façons de parler qu'un long et constant usage a délivrées de la. servilude de la syntaxe.
(1) Nous avons encore collerette, mollesse, assommant, inaccommodabte, consommation, pommade, bannii'.re, carrosse, garrotter, etc., comme au teiniis de Régnier.
('.>) Les lettres ilaliques indiqucnl les cliangeiiienls ultérieurement apportés ii l'orUiograplie de Keguier.
APPElNDICE D. 14 (
« De toutes les langues dont on a connoissance, il n'y en a aucune dont toutes les lettres se prononcent tou.sjours d'une mc.sme sorte et oii le son des voyelles et des consonnes ne varie souvent, selon les diflerents mots qu'elles forment, parce qu'il est impossible que les différentes combinaisons des lettres n'apportent de la différence dans le son propre de chaque caractère.
a .... Ce qu'on ne peut trop dire et trop repeter à ceux qui, sur des principes spécieux, mais mal entendus, veulent de leur aut//(irité privée reformer l'orthographe françoise, c'est que l'usage n'a pas moins de droit et de jnri.'îdiction sur la prononciation des mots que sur les mots me.«mes; et que comme la prononciation de plusieurs mots vient à varier de temps en temps, selon le caprice de l'usage, il faudroit aussi de temps en temps varier l'orthographe des me.smes mots, pour en représenter la prononciation courante. Ainsi la reforme qu'on teroit aujourd'hui/ pour arfjuster l'orthographe à la prononciation ne tarderoit gueres peut e.stre à avoir besoin d'une autre reforme, de me.vme que celle que Sylvius, Meigret, Pelletier et //a/nws vouloient introduire. »
Ce dernier paragraphe est parfaitement juste, et les lettres italiques que j'ai placées aux endroits du texte de Uegnier que l'Académie a dû corriger parla suite, montrent qu'il est du droit et du devoir des enfants d'améliorer l'héritage de leurs pères.
« Où en seroit on dans chaqui^ langue, contiiuie Uegnier, s'il en l'alloit refoi'mer les cléments sur la dilficullé que les enfants auroieiit à bien retenir la valeur et, comme parlent les Grammairiens, la puissance de chaque caractère et les variations (|u'un
long usage y a introduites? C'est aux enfants à ap|)rendre à
lire comme leurs pères et leurs grands-pères ont appris.
« Quant aux estrangers, ])ourquoy veut-on que la langue fiançoise fasse à leur égard ce (jue nulle langue ne l'ait ni ne doit faire à l'égard de ceux ii qui elle est étrangère?... Connne c'est à ceux qui sont estrangers dans un pays ii se conformer aux loix et aux coustumes du pays, c'est aussi à ceux (pii veulent apprendre une langue (|ui leur est estrangere à s'assuj»'ttir ii ses règles et à ses irregularilez. l'ourquoy donc changerions-nous en cela nos usages pour les esliangers, ([iii ne cliangcnt les leurs pour personuf!? et pourcpioy ne l'eiout-ils pas à l'égard de nosire langue ce qu'ils fout à r(''gaid des autics et ce que nous essayons tous les jours de l'aire à l'égard de celles ipii nous sont estrangcies ? »
En proclamant cette maxime du chacun pour soi, l'abbé Régnier semble faire bon marché de la popularité européenne de nos chefs-d'œuvre littéraires,, qui devaient être un jour représentés sur toutes les scènes et traduits dans toutes les langues.
De Gbimarest. Éclaircissemens sur /es principes de la langue franroise. Paris, 1712, in- 12.
« Je tiens, dit-il, à l'égard de l'orthographe, entre les anciens et « les modernes. » Aussi les modifications qu'il propose sont-elles modérées. 11 répond ainsi à ceux qui voudraient conserver les s étymologiques : « Tous les mots où l'on peut supprimer l's viennent-ils du latin? Et d'ailleurs, ou l'on sait le latin ou on ne le sait pas. S'ils le savent, sera-ce cette lettre supprimée qui les empêchera de reconnaître que répondre vient de respondere , hôte de hospes ? Si le lecteur ignore la langue latine, que lui importe?.... » Il se plaint avec toute raison de ceux qui, de son temps, mettaient des y partout.
Le désordre de l'orthographe offraitjusqu'aucommencemenl du dix-huitième siècle de graves inconvénients pour la détermination si importante des noms propres. Ainsi, malgré de patientes investigations, nous ignorons encore la véritable prononciation du nom de famille d'un des plus célèbres imprimeurs de Lyon, écrit tantôt/JoM«/^e, Houille, lioville. Giimarest cite un écrivain, Touville, inscrivant son nom sur trois écriteaux aux faces de sa maison, tous trois orthographiés différemment : Touuille, Toville, Tovville.
Le P. Gilles Vaudelin, augustin. Nouvelle Manière d'écrire comme on parle en France. Paris, .Tean Cot et .lean-Baptiste Lamesie, 1713, in-8.
Le bon père augustin, frappé de l'utilité de rendre la langue française accessible aux classes qui n'ont pas de loisirs, a cru résoudre le problème en créant un alphabet phonétique, composé de 13 voyelles et de 16 consonnes. Un trait, nommé aujourd'hui diacritique, distingue les valeurs différentes d'une même lettre. Il a ainsi un système de représentation nouveau et plus logique pour les sons a, an, ai, é, in, i, e, o, on, eu, un, ou, u. Les consonnes c, <j, h, j, n, l, r, s, s, d, t, v, f, p, b, m, n'ont subi aucune modification quanta la forme, sauf que h a changé de valeur et représente ch. S'il n'est pas arrivé à la classification organique des
APPENDICE l). 1J3
consonnes, qui est une des conquêtes de la philologie moderne, on voit qu'il y tend. Son écriture occupe notablement moins d'espace que la nôtre, et elle figure mieux les sons,
Mais son système a le môme défaut que ceux de ses devanciers, c'est-à-dire d'élre impraticable, particulièrement à ceux mêmes auxquels il le destine, les femmes, les enfants, les pauvres. Cette addition de traits diacritiques, usitée avec succès à l'époque où un peuple s'approprie l'alphabet d'un autre jieuple sans oser le compléter, est trop scientifique pour être comprise des personnes illettrées et retarde l'essor de l'écriture des personnes instruites, écriture qui doit toujours pouvoir être cursive pouf satisfaire aux besoins qui lui ont donné naissance.
L'abbé G. (Girard, de l'Académie française en 1744). L'Ortografe française sans équivoques et dans ses principes naturels : ou l'art d'écrire notre langue selon les lois de la raison et de l'usarje, d'une manière aisée pour lés dames, comode pour lés étrangers , instructive pour les provinciaux et nécessaire pour exprimer et distinguer toutes les diférances de la prononciaciun. Paris, Pierre Giffart, 171G, in- 12.
L'abbé Girard est un réformateur modéré et un esprit raisonnable. Malheureusement il n'a pas vu que son système d'accentuation ajoute aux diflicultés et aux lenteurs de l'écriture au lieu de les écarter.
Le Père Buffier, de la Compagnie de .li-sus. (irammaire fraitçoise sur un plan nouveau, avec un traité sur la prononciation des i:, etc. Paris, 1723, in-8. (La première édition est de 1709.)
Uuffier, un de ces jésuites à la raison hardie et protundc, dont cet ordre célèbre a fourni tant d'exemples, après avoir constaté qu'une orthof;raplie réformée est suivie par la moitié au moins des auteiH's, cite une centaine de livres notables où elle est observée. Lui-mènie embrasse la réforme, non pas avec enthousiasme, mais avec la conviction c.dme qu'elle est « le parti le plus eoinmoile, et eonsé(|uema ment le plus sage, u « Un peut, ajoute-t-il, et l'on doil dire que certaines langues ont une ortographe beaucoup plu- embarassée et plus dilicMle (|ue d'autres langues. Kn éfet, si une langue avoit précisément autant de caraclères divers dans récrilure cpie de sons difércns dans la prononciation, en sorte que chaque caractère particulier désignfll toujours le même son particulier, ce seroil
l'orlographe la plus commode, et, ce semble, la plus iialmèle (jii'on puisse imaginer. Ainsi, plus une langue s'éloigne de cette pratique, plus son ortographe est incomode et bizare. » « Le François, dit-il, a une ortographe des plus bizares et des plus malaisées... une même figure de lètre désigne quelquefois cinq ou six sons divers, et un même son est désigné de sept ou huit manières diférentes (1)... Il ne s'agit pas de mettre de l'étymologie dans un portrait, mais de le rendre le plus facile qu'il est possible. » Il s'oppose, du reste, aux réformateurs trop absolus, « attendu, dit-il, « que si l'ortographe n'étoit pas conforme à l'usage, on ne conuoî- « troit rien aux figures ou caractères de létres qui seroient nou- « veaux. C'est ce qui est arrivé à ceux qui ont voulu introduire « une ortographe toute nouvèle; les autres n'y ont rien conçu, a n'en ayant pas l'usage. Ainsi, quand même cette ortographe se- « roit au fond plus parfaite que l'ortographe établie, il seroit ridi- « cule de s'en servir préférablement à la dernière, puisque c'est « comme si l'on vouloit parler à un homme une langue qu'il « n'entend pas, sous prétexte qu'elle est plus parfaite que celle M qu'il entend. »
Il propose, pour apprendre à lire plus promptement et plus exactement, de prêter aux consonnes françaises d'autres noms que ceux qui leur sont donnés par l'usage et qui soient plus conformes aux sons qu'elles expriment dans leur liaison avec les voyelles. Ainsi, au lieu de dire êfe, rme, ixe. etc., on ferait mieux de les appeler simplement fc, nie, xe, dont l'e serait muet, etc.
Il analyse les diverses modifications que prend le son e. Il voudrait que / ou II mouillé fût figuré par un signe particulier, le ).. 11 remplace les signes binaires eu, ou, c/i, gn, par w, o, /, fi.
L'y lui paraît une forme introduite parles copistes pour figurer ij ou le double i. L'y, dit-il, n'est presque plus d'usage en notre langue que dans les trois ou quatre occasions suivantes : yeux, yvoire, yvre (2).
Voici dans quelle mesure il se montre novateur : il écrit orto- (jraplie, alacher, léirc {de litera), suposé, indifércnt, di/icultê, vêtement, o/'rir, oposé, voyéle, néte, comode, naluréle, promélre, sience, soufrir, nouvèle, nnciéne, elimoloyie, ajlrme, conaone, nazal, biz-ure; il écrit même silabe.
(1) Voir plus loin l'analyse dej'ouvrage de M. Raoux, à la date de 1865.
(2) On l'a maintenu seulement dans yeux.
L. PiËBiiK DE LoiNC.UE. Principes de rortograiilie française, ou n-- /le.rions utiles à toutes les personnes qui aiment à écrire correctement. Paris, 1725, iii-12.
Dans ce traité très-estimable où sont discutés les principes <lc l'orthographe française, l'auteur donne l'exemple des améliorations qu'on y peut apporter. La manière dont son texte est écrit peut en faire juger dès le début.
« Les homes ne peuvent se contenter dans leurs recherches. Ils voudroient trouver la perfection dans tous les arts, la vérité dans toutes les siences, le souverain liien partout, dans les vertus , dans les vices même ; cette agitation continuelle de l'ame ne prouve-t-elle pas l'immorlalilé?
« L'ortographe est donc l'art d'écrire correctement et conformément aux lois que l'usage établit. Suivant cette définition générale, cette sience s'étendroit plus loin qu'on ne le croit. Elle comprendroit la logiuue, la luiToniOUE, toutes les connoissances qui contribuent à nous faire bien parler, etconséquemment à nous faire bien écrire. »
Il écrit silabe, persane, liran, rcbcles, raisonemenl, slile,pouroienl, Egiplien, kierogiifes, alentifs, amphuse, voyèle, ocnsion , alenlion, soufcrt, di/icullé, bulu, consone, bibliolcquc, acoutumer. stipuler, chifre, /iourte, etc.
Cil. Ihémjk Castf.l, abhc de .Saint-Piebuk, membre de l'Académie française. Projet pour /lerfectionner l'orlor/ru/e des lanyues d'Europe. Paris, Briassoii, 1730, in -S.
Dans son ardent amour de riiumanité, dans son zèle pour le rappro(;licmcnt iiilellecluel des peuples de notre continent, le bon ablié de Saint-Pierre conc.'ul, près d'un siècle avant Volney, le plan d'imt; écriture et d'une orthographe applicables à divers peuples de i'iiurope. Il ne lui fut pas donné comme à son successeur de trouver le moyen ira|>|)roprier l'aiphabel latin aux langues de i'.Vsie dites sémili(pies. L'élude comparée des idiomes était à [leine ébauchée au commencement du siècle passé. L'ouvrage d'irènée Castel, faible dans la conception des moyens de représentation l)lioiiéli(pie, n'en renferme l'as moins des vues ingénieuses et des a|)i'i<,'us (|ui révèlent la sagacité de l'observatem'. H m'e»t impossible de figurer ici son orlhogra|)he, parce que, pour dé.shabituer i'ii'il de son lecteur des formes tradilioiinelles, il écrit allerna-
lU
146 APPElNDiCK 1).
livement les mots par les difiereiites lettres qui peuvent en figurer le son. Ce procédé, qu'il considère comme un acheminement à la réforme, est chez lui un système.
(I Quel est le but de l'art de i'ortografe, se demande-t-il, de « cet art si beau et si précieux, avec lequel nous pouvons faire en- :< tendre nos sons articulés, c'est-à-dire nos paroles, et par consû- « quent nos pensées à ceux qui vivent ou qui vivront et à qui nous « ne pouvons parler? Quelle est la fin de cet art avec le secours du- " quel nos yeux nous servent d'oreilles et notre main nous sert de .< langue, de voix, d'articulation, en un mot de prononciation ? « Quel est le but de cet art qu'un de nos poètes nous peint siélé- « gamment en deux vers :
c'est de Tyr (1) que nous vient cet art ingénieux De peindre la parole et de parler aux yeux.
« Le but de cet art, c'est certainement d'exprimer exactement et « sans laisser aucun doute, par un petit nombre de figures simples, « faciles à former et à distinguer, tous les mots dont les hommes u se servent en parlant. »
Partant de cette juste définition, l'auteur remarque avec beaucoup de raison qu'il y a un grand inconvénient à conserver dans les langues des lettres qui ne se prononcent pas : si l'enfant, par exemple, s'est accoutumé à prononcer abbé comme s'il n'y avait qu'un seul b, arrivé à l'étude du latin, il prononcera, en vertu de la logique naturelle de l'esprit, ubas, au lieu de abbas, en italien abate au lieu de abbate; en même temps, en français, s'il s'est habitué k lire effet comme s'il y avait éfel, il lira effrayé, comme s'il y avait éfrayé.
Il recherche les causes des dissidences orthographiques : « Si « dans notre ortographe les François avoient suivi peu à peu et '( exactement les changemens qui arrivoient peu à peu dans la proie nonciation de quelques mots, notre ortografe d'aujourd'hui se- « roit bien moins imparfaite; mais, sans y faire de réilexion, nous « avons continué à écrire les mêmes mots de la même manière « que nosaïeuxjSans songer qu'ils les prononçoient d'une manière « très différente de celle dont nous les prononçons. »
(1) La scii'iice moderne a détnontré, contrairement au témoignage de la plupart (les historiens de l'antiquité, et à l'aide de monuments irrécusables , que l'alphabet n'avait pas été inventé par les Phéniciens , et que ceux-ci l'avaient re^u de Bahylone ou de Ninive. {Voir Noél des Vergers, l'Étrurie et les Étrusques, t. III, ApiUMidice sur rhistoiro de l'écriture.)
Il a connu, dit-il, des vieillards qui prononçaient je courais comme une eouroye. La prononciation a changé, ne serait-il pas raisonnable de changer également l'écriture? Mais on ne peut le faire que par degrés. L'auteur développe cette dernière nécessité avec beaucoup de force et de raison.
Il résume ainsi les cinq sources de la corruption présente et de la corruption future de l'orthographe et les cinq inconvénients auxquels il se propose de remédier :
« 1° Négligence à suivre dans l'orthografe les changemens qui M arrivent dans la prononciation;
« 2° Négligence à inventer autant de figures qu'il y a de sons et « d'articulations connues;
a 3" Négligence à donner quelques marques aux lettres quand « on les employait à quelque autre fonction qu'à leur fonction « ordinaire;
« 4° Négligence à marquer dans chaque mot les lettres qui ne « s'y prononcent plus;
« 0° Négligence à marquer les voyelles longues. »
Malheureusement, l'abbé de Saint-Pierre, n'ayant pas réfléchi aux nécessités de l'écriture courante et de la typographie, a eu recours pour fixer la valeur des lettres, et comme moyen transitoire, à un système de petits traits placés au-dessus ou au-dessous de la ligne et dont la complication devait rendre sa réforme impraticable.
La Bibliotèque des enfans, ou les premiers elemens des lettres, contenant le sisivme du Bureau tipografique, etc., à l'usage de Me' le Dauphin et des augustes en/ans de France. Paris, Pierre Simon, 1733, 4 vol. in-<l. Avec cette épigraphe :
On Minnuiiti; l'areineiit les préjugés de la naissance cl de IV'ducalion.
Saim-Évhejiond.
Dans cet important ouvrage, la pratique est unie à la théorie, puis(|iril est entièrement imprimé dans le système d'écriture Irôssimplitié mis au jour par le Uureau typographique. L'al])habel n'y est en rien altéré. On voit que le succès obtenu dans l'enseignement de la jeunesse fut lemarcpiable, car il est consigné dans les acte> déposé.s au grtîlfe de la juridiction de M. le chanire de l'Église de Paris, où on lit :
« Nous, après avoir entendu l'auleiir et vu les enfants travailler « audit bureau, aiaiit examiné le tout avec exactitude, avons jugé a ledit système très ingénieus, fort propre à avancer la jeunesse
« sans la dégoûter et très capable d'oter les épines qui se liou- « vent, surtout en aprenant an\ enfans les premiers elemens. « C'est pourquoi nous estimons et croyons que monsieur le chan- « tre peut permettre la pratique de ce sistème et l'exercice du « bureau tipographique dans les écoles de sa juridiction et « exhorter les maislies à le pratiquer, etc. »
On peut juger de ce système d'orthographe dès le début du livre, que je crois rédigé par Dumas, fondateur du Bureau typographique :
« Bien dès gens s'imaginent que de comancer deus ou trois « ans plus tôt ou plus tard, cela ne sauroit guère iniluer ni en bien « ni en mal dans le reste de la vie, et qu'entin l'éducation tardive « peut mener également à la perfection. C'estlà un préjugé que l'i- « gnorance et la coutume paroissent n'avoir déjà que trop autorizé; (I car le dégoût de la plupart des écoliers ne vient peut être pas « moins d'une éducation tardive que d'un défaut de disposition « aus lèlres. Je pense donc qu'il seroit utile que l'enfant pût lire « presque aussitôt qu'il sait parler : cela lui doneroit plus de fa- '( cililé dans tous ses exercices. La diférence d'un enfant qui lit à « trois ans et de celui qui à peine lit à sèl doit être contée pour (1 beaucoup dans la suite des études. II y a tant de choses à apren- « dre qu'on ne sauroit comancer trop tôt. » L'auteur cite à ce propos l'exemple du Tasse : il apprenait la grammaire à trois ans, et avec un tel succès que son père l'envoya au collège des jésuites à quatre ans.
L'auteur donne des exemples de la multiplicité des manières dont l'enfant est contraint de tigurer un même son :
Son AN.
an.
( annus )
anc.
franc
and.
quand
ang,
rang
ham,
Hain
luni.
lianirr
ans,
dans
ant,
tant
ants,
onlauts
aen.
Caen
aon,
Laon
ean,
Jean
em.
eni|)ire
cmp.
exempte
emps,
temps
.Son IN.
rir.n
ens,
lùens
ent.
il vient
ein.
sein
emrj,
seing
eint.
feint
aim.
faim
(lin,
vain
aine.
il vainc
aint,
.saint
ains,
bains
im.
guimpe
in.
vin
inct.
instinct
iiigl,
vingt
,So;( AN.
APPENDICK /;. 1 (!)
-Son IN.
empt,
exempt
en.
ennui
end.
il rcnii
cns,
sens
enl.
(lent
Iian,
RohiiM
lien.
Henri
ingts.
quatre-vingts
inq.
cinq
ins,
tu vin.-i
int.
il prévint
lympiii'
yi.
lynx
eim,
Reims
ain,
craindre
Ce précieu.x ouvrage contient le germe de nombreuses améliorations des méthodes d'enseignement de la langue.
Le Précepteur, c'est-à-dire huit traités, saroir une grammaire francise, une ortografe franche, etc. 1750, iii-4.
L'auteur de ce livre destiné à l'instruction de la jeunesse se prononce pour l'orthographe conforme à la prononciation, et il conseille de s'avancer progressivement dans cette voie par des réformes partielles.
a Autrefois, dit-il (p. 33), la prononciation des mots et l'ortografe étoient conformes; In pi'ononciation a changé, elle est devenue l)lus douci' et plus poli(! : l'ortografe est presque demeurée dans le même état; il faut donc Tajusler à la prononciation peu à peu, aillant (pi'il sera possible. »
l';t plus loin (p. o."J) :
« (Jn perfectionne tous les jouis les sciences et les ars, pourquoi s'obstine-t-on à ne vouloir pas perfectionner l'ortografe francèse. qui est si nécessaire, si ulilc et si on usage : loiil le monde reçoit aviilement toutes les modes nouvelles de s'abiller, de se meubler, de bîllir, d'agir, quoique mauvaises et embarassantes, pourquoi refuse-t-on de recevoii' ime nouvelle mauiéi'e d'écrire plus raisonable et |)liis iivanlageuse que la vieille? »
Dans les l{é<ilrs particulières de rnrlof/rafe francèse, il salt:ulie au système ])ropos('^ jiar Hichelel, qu'il appelle le chef des rrlorviidcurs de l'url'ii/rafe. qui ronsiille pliilôl lu primonriuliun i/iw rèlimologic.
A c(^ |iropos, il dit :
» (,tuant uiK! coulimir csl mauvaise, pernicieuse, il faut la ipiitlei', (juoique cela soit dilTicile, |iar(c (|ue cette couimne est un abus; c'est là ime maxiiiic n'çue dr lous les ornes. »
lôo APPENDICK 1).
Il supprime les lettres doubles qu'on ne prononce pas ; p. ex. : acablcr, épé, aler, arct;
Les consonnes finales muettes; p. ex. : hlaii^ canar ;
Il omet l'e devant Va ; p. ex. : bau, Jan, et o devant eu ; p. ex. ; evf, euvre.
Il retranche IV final de tous les noms terminés eu er et ier, sauf les verbes et les mots dont IV final se lie au mot suivant commençant par une voyelle ; p. ex. : charbonié, premier ome.
Il supprime le s devant le e; p. ex. : acendont;\\ abandonne aussi le h étymologique et le trait d"union.
Grammaire générale et raisonnée, contenant les fondemens de l'art de parler, e.rpliqués d'une manifre claire et naturelle ; les raisons de ce qui est commun à toutes les langues, et des principales différences qui s'y rencontrent ; et plusieurs remarques nouvelles sur la langue française. Nouvelle édition. Paris, Prault fils, 1756, pet. in-8.
Ce traité, connu sous le nom de Grammaire de Port-Royal, et dont il est déjà parlé page 123, est enrichi dans cette édition des excellentes remarques de Duclos, secrétaire perpétuel de l'.Académie française.
Ce livre si remarquable, et dont le temps n"a pas encore altéré la valeur, contient dans son texte quelques idées de réforme justes bien qu'un peu timides. Après avoir constaté l'utilité, dans certains cas, d'une orthographe fondée sur l'élymologie, iVlM. de Port-Royal ajoutent : « Voilà ce qu'on peut apporter pour excuser « la diversité qui se trouve entre la prononciation el l'écriture; « mais cela n'empêche pas qu'il n'y en ait plusieurs qui se sont « faites sans raison et par la seule corruption qui s'est glissée « dans les langues. Car c'est un abus d'avoir donné, par exemple, « au c la prononciation de l'.v avant l'e et \'i ; d'avoir prononcé au- « trement le g devant ces deux mêmes voyelles que devant les auci très; d'avoir adouci \'s entre deux voyelles; d'avoir donné aussi <( au t le son de \'s avant \'i suivi d'une autre voyelle, comnje « gratia, aciio, action....
« Tout ce que l'on pourroit faire de plus raisonnable seroitde « retrancher les lettres qui ne servent de rien ni à la prononcia- « tien, ni au sens, ni à l'analogie des langues, comme on a déjà « commencé de faire ; et conservant celles qui sont utiles, y mettre « (les petites marques qui fissent voir qu'elles ne se prononcent
APPENDICE D. 15 f
« point, ou qui fissent connoître les diverses prononciations d'une « même lettre. Un point au-dedans ou au-dessous de la lettre pour- '( roit servir pour le premier usage, comme temps. Le e a déjà sa (I cédille, dont on pourroit se servir devant Ve et devant l'i, aussi o bien que devant les autres voyelles. Le f/dont la queue neseroit (I pas toute formée pourroit marquer le son qu'il a devant IV et « devant 1'/. Ce qui ne soit dit que pour exemple. »
Duclos, aussi bon grammairien que Du JMarsais, et philosophe comme lui, mais encore plus hardi, a inauguré sa réforme orthographique dans ses remarques jointes en petit caractère à cette même grammaire. Voici le passage où il expHque lui-même ses idées :
0 Je crois devoir à cète ocasion rendre conte au lecteur de la n diférence qu'il a pu remarquer entre l'ortografe du texte et cèle « des remarques. J'ai suivi l'usage dans le texte, parce que je n'ai « pas le droit d'y rien changer; mais dans les remarquesj'ai un peu i( anticipé la réforme vers laquèle l'usage même fend de jour eu « jour. Je mo suis borné au retranchement des lètres doubles « qui ne se prononcent point. J'ai substitué des /et des t simples « aus ph et ans Ih : l'usage le fera sans doute un jour par-tout « comme il a déjii fait dans fantaisie, fantôme, frénésie, trône, Iré- « sor et dans quantité d'autres mots.
« Si je fais quelques autres légers changemens, c'est toujours « pour raprocher les lètres de leur destination et de leur valeur.
« Je n'ai pas cru devoir toucher aux fausses combinaisons de « voyèles, tèles que les ai, ci, oi, etc., pour ne pas trop éfarou- « cher les ieus. Je n'ai donc pas écrit conêtre au lieu de conoître, « /"/-«ncè-s' au lieu de français, jamis mi Vwyi de jamais, frrn;iu '< lieu de frein, jiènc au lieu de peine, ce qui seroit pourtant plus (c naturel. Je n'ai rien changé à la manière d'écrire les nasales, « quelque déraisonable f|ue notre ortoiirafe soit sur cet article. M En éfet, les nasales n'ayant point de caractères simples qui eu » soient les signes, ou a u recours à la combinaison d'une voyèle <( avec jn ou n; mais nu auroit au moins du employer pour chaque K nasaU^ la voyèic avec laquèit; éle a le iiiusde raporl; se servii-, Il par exemple, de Van pour \'a nasal, de \'en pour Ve nasal... L'e (( nasal est presque toujours écrit ])arj,a/, ei : fi», pain, frein. cU\ , » au lieu d'y employer un c. Je ne manqueruis pas de Ixinnes rai- « sons pour autoriser les changemens que j'ai faits cl (lue je ferois K encore, mais le préjugé n'admet pas la raisun. »
152 APPENDICK /).
DoucHET, avocat au Parlement et ancien professeur royal de langue latine. Principes yénéraux de V orthographe française avec des remarques sur la prononciation. Paris, P. -F. Didot, 1762, in-8.
Douchet est un écrivain de mérite. Après la mort de Du Marsais, il fut chargé, de concert avec Beauzée, de la continuation des articles de la partie grammaticale de l'Encyclopédie.
Ses remarques, nouvelles à l'époque où il les écrivait, sont pour la plupart acquises aujourd'hui à la grammaire. Tel est son chapitre sur les caractères prosodiques. J'en extrairai cependant un passage dans lequel il propose une solution à l'imperfection de notre orthographe dans le redoublement des consonnes.
« Ve muet n'indique, dit-il, qu'une certaine quantité de nos voyelles longues (ex. l'emploierai); l'accent circonflexe ne fait connoitre que celles qui étoient autrefois suivies d'un ,s, ou que l'on redoubloit pour en marquer la longueur {tempête, au lieu de (empeste, rôle au lieu de rooir); il en reste encore un grand nombre, ou qui sont sans marque distinctive {case, bise, rose, ruse), ou qui sont suivies d'une consonne redoublée, qui est la marque des voyelles brèves, autre vice encore plus considérable, comme dans les mots tasse, manne, flamme, fosse, professe, etc. C'est une autre espèce d'imperfection dans notre orthographe. Il seroit aisé de parer à ces inconvénients: ce seroit, ou de marquer ces voyelles longues par un trait liorizontal, ou d'étendre encore ici l'usage de l'accent circonflexe. Par ce moyen, toutes les équivoques seroient levées, toutes les voyelles longues seroient fixées et déterminées, et la quantité, cette partie si importante de la prosodie, seroit indiquée d'une manière simple , précise et régulière : on pourroit même alors la trouver et l'apprendre par l'écriture.
« Un autre avantage qui en résulteroit encore, c'est que la réduplication des consonnes, ce système si vague, si forcé, si rempli d'exceptions, que l'on prétend que nos pères ont imaginé pour indiquer les voyelles brèves (1), deviendroit absolument inutile, parce que toutes les voyelles longues étant décidées, on n'auroit plus besoin d'un autre signe pour désigner les brèves : elles seroient suffisamment distinguées par la raison qu'elles n'auroient point la marque des longues. A l'égard des communes, c'est-à-dire des voyelles qui sont longues ou brèves à volonté, ou elles n'auroient point de signe distinctif, ou on leur appliqueroit la marque
(1) Voir plus haut l'analyse (le la Ciaininaiie de Regnipr nos Marais, p, l.'iil.
APPENDICK I). 153
usitée en grec et en latin. On pourroit ainsi supprimer la consonne que l'on n'a introduite que pour avertir que la voyelle précédente est brève. On ne la laisseroil subsister que dans les mots où elle est nécessaire, quand il faut la" redoubler dans la prononciation, comme dans inné, rrreur, illustre, immense, etc.»
Uouchet propose, après Port-Royal et d'autres grammairiens, l'emploi du t cédille dans les substantifs parlions, rations, etc., comme signe de flistinction d'avec les verbes portions, rations.
Dans le chapitre III, des Caractères étymologiques, l'auteur s'occupe des variations du pli, du ch et de l'esprit rude (h) en français. « Ces variations sont une nouvelle source de difficultés pour notre orthographe. De ces doubles caractères, le ch est celui (|ui cause le plus d'endiarras dans notre langue : non-seulement il varie dans l'écriture, il varie encore dans la prononciation. On le prononce à la françoise dans chérubin, chirurgien, Archi- Mède, et il a la valeur du /. dans orchestre, chiromancie, Arché- Imis. De là ces incertitudes sur la prononciation de certains mois, tels que Chersonese, Acheron, où les uns prononcent le ch connue dans chérubin et les autres connue dans orchestre. On j)Ourroit encore aisément obvier à ces diflicidtés. On laisseroit subsister le c diiiis tous les mots où l'usage l'a introduit à la place du eh, comme dans curie, corde, colère, etc., on supprimcroil le ch dans les autres mots où il s'arlicule comnu^ le /.', et on le remplaceroit par celte figure. Ainsi l'on écriroit orheslre, Arlu'laiis, kiromuncie, hirographaire. »
(1,'abbé (^HERHiER.) Équivoques et bizareries de l'orthographe fnnicoise, avec les moiens d'y remédier . Paris, (^iiieflipr (ils. i;(ifi, In-lï.
L'auteur, après avoir exposé les raisons qui militent en faveur d'une réforme et les causes qui ont l'ait échouer les tentatives antérieures à la sienne, établit ainsi les changements qu'il croil devoir opérer :
« Plusieurs ont estimé qu'il falloit entendre ces marques propou sées dans la (irammaire de I'. U. de celles ijui sont déjà usitées <( sur cerlJiines lettres, en sorte qu'il ne s'agiroil que de les a(ia|)ter M à d'atdres : et c'est le sentiment que j'ai cru devoir s'uivre. C'est » i)oui'(|U()i je propose, jiar oxenqtic, d'a|)rcs un habile académicien « (le P. (iirard), de mettre un(! cédille ou petit c renversé sous le / « l'amoli, comc on en a mis une avec succès sous le c pour le l'a-
154 APPENDICF. l).
« doucir. J'ai emprunté des bons grammairiens toutes les idées « qu'ils ont fournies dans ce goût. Je les ai étendues ou j'y ai « ajouté les miènes, et quoique ces petites marques soient pure- « ment arbitraires dans leur origine, j'ai observé qu'une fois eta- « blies, elles doivent ordinairement, et autant qu'il est possible, « avoir un même eflet partout où on les applique. Par exemple, « Vacceni grave sert à distinguer les è ouverts : aussi l'ai-je mis sur (I la voiièle composée ou fausse diphtongue ai quand elle se pro- « nonce en ouvrant fort la bouche. Au contraire, Vaccent aigu sert « à faire conoître les c fermés ; aussi l'ai-je emploiié sur cette « voiièle-composée ai, lorsqu'elle se prononce en fermant un peu « la bouche. Le point accompagne toujours 1'/ et je l'ai placé sur " les '■ et sous les / qui sonent presque come des /. J'ai été plus a embarassé pour 1'^, parce qu'il n'est pas facile de rendre ses « marques surajoutées analogues à toutes les différentes articula- M lions de cette consone : c'est pourquoi j'ai pris le parti de la bor- « ner à son ancien usage, savoir de ne l'emploiier que quand elle u- s'articule come es ou gz, en y mettant néanmoins encore quel- « que différence. »
Jl met un point au-dessous de ïh aspiré : un héros, un point au ch qu'il appelle gras : un archiduc, Vs radoucie est marquée par une cédille : baliser, VI mouillée par un point : fille. Il supprime la consonne finale muette à bnri\, cheni\, eouti\, fusil, ouii\, persil, saoul, sourcû,
Manière d'e'tudier les Icmgues, Paris, Saillant, 1768, in-12.
L'auteur de cet ouvrage est un esprit sage, et les méthodes qu'il indique se rapprochent de celles de Locke.
Quant à l'orthographe, il s'exprime ainsi :
a Nous avons des règles générales pour l'orthographe; mais la plupart sont si obscures, si compliquées, et modifiées par tant d'exceptions, qu'il est difficile aux jeunes gens de les retenir. D'ailleurs, il ne suffit pas, pour l'orthographe usuelle dont nous parlons, de pouvoir en examiner les règles, mais bien de trouver la manière d'écrire les mots correctement :1a rapidité de l'écriture ne donne pas le loisir de faire cet examen. Il faut qu'avec le mot la manière de l'écrire se présente sur-le-champ à l'esprit, sans aucune réflexion.
APPENDICE D. tS.-i
« On emploie communément une méthode meilleure ; on fait ropier des livres imprimés, et l'attention qu'on donne, en copiant, à chacune des lettres dont le mot est composé le grave plus profondément à l'esprit
« Les mots, tels qu'on les a lus, restent gravés dans la mémoire; lorsque dans la suite on les emploie en écrivant, on les copie sur cette image. »
L'exposition de ce système prouverait que les difficultés de l'orthographe sont telles qu'il faut apprendre à connaître les mots par leur configuration, comme pour la langue chinoise.
De l'orthographe, ou des moyens simples et raisonnes de diminuer les imperfections de notre ortho(/raphe, de la rendre l)eauconp plus aisée, etc., pour servir de supplément ans diférentes éditions de ta Grammaire française de M. de If'ailly. Paris, Barboii, 1771, in- 12.
Dans cet écrit fort sage, l'auteur constate la nécessité d'améliorer successivement l'orthographe et de la simplifier. Il se refuse à l'introduction de lettres nouvelles, comme l'ont fait des réformateurs troj) hardis, qu'il traite de ridintics. Mais nous ne tirons pas, selon lui, de nos accents tout l'usage que nous pourrions en obtenir. 11 désire surtout le retranchement de toute lettre double sans valeur phonique. « Les personnes, dit-il, qui voient ces lé- « très sans valeur sont arûtées dans leur lecture, parce que dans « certains mots on les prononce, tandis que dans d'autres sem- « blables, èles n'ont aucun son. Cèle bisarerie de notre orlhogra- « plie est cause qu'il n'y a peut-être pas deux ouvrages qui soient (( par-tout orthographiés de même. Cette variété fait perdre beauci coup de tenis aux compositeurs dans les imprimeries, aux gens i( de lètres qui l'ont imprimer leurs ouvrages; en un mot, à tous i( ceux qui veulent orthographier et prononcer correctement la « langue française.
((Cette orthograjilie que nous apelons nouvèle était, selon uni' «judicieuse remarque de l'auteur, celle de nos plus anciens écri- (I vains, de presipie tous les auteurs des xi" et xii" siècles. »
Di: Maiisais. Des Tropes ou des diférens sens dans lest/nets on peut prendre un même mol dans une nu'me langue. Troisième édition. Paris, Praiiit, \n:i, Iii-i2. (La première éditiou est de 17.10.)
« La prononciation, c'est un usage; l'écriture, c'est un art. Tout arl a su lin et ses principes, et nous somwu(!s eu droit de repré-
I5<i APPEJSDICK D.
senter, à propos de l'écriture, qu'on ne suit pas les principes de l'art, qu'on n'en remplit pas la fin, et qu'on ne prend pas les moyens propres pour arriver à cette fin.
<( Il est évident que notre alphabet est défectueux, en ce qu'il n'a pas autant de caractères que nous avons de sons dans notre prononciation. Ainsi, ce que nos pères firent autrefois, quand ils voulurent établir l'art d'écrire, nous sommes en droit de le faire aujourd'hui pour perfectionner ce même art, et nous pouvons inventer un alphabet qui rectifie tout ce que l'ancien a de défectueux .
(I L'écriture n'a été inventée que pour indiquer la prononciation ; elle ne doit que peindre la parole, qui est son original ; elle ne doit pas en doubler les traits, ni lui en donner qu'elle n'a pas, ni s'obstiner à la peindre à présent telle qu'elle était il y a plusieurs siècles. »
D'Alembert énonce ainsi son opinion sur l'ouvr.ige de Du Marsais : «Tout mérite d'être lu dans le Trailé des ^ro/jes, jusqu'à « Verrala; il contient des réflexions sur notre orthographe, sur « ses bizarreries, ses inconséquences et ses variations. On voit « dans ces réflexions un écrivain judicieux, également éloigné de « respecter superstitieusement l'usage et de le heurter en tout « par une réforme impraticable. » {Éloge clr Du Marsais, dans le I. VII de \' Encyclopédie.)
Voici cet errata dont parle d'Alembert (1) :
« Je ne crois pas qu'il y ait de fautes typographiques dans cet ouvrage par l'atention des imprimeurs, ou, s'il y en a, elles ne sont pas bien considérables. Cependant, come il n'y a point encore en France de manière uniforme d'orthographier, je ne doute pas que chacun, selon ses préjugés, ne trouve ici un grand nombre de fautes.
« Mais, 1" mon cher lecteur, avez-vous jamais médité sur l'orthographe? Si vous n'avez point fait de réflexions sérieuses sur celte partie de la Grammaire, si vous n'avez qu'une orthographe de hazard et d'habitude, permettez-moi de vous prier de ne point vous arôter à la manière dont ce livre est orthographié, vous vous y acoulumerez insensiblement.
(I) Je crois que l'eirata dont parle d'Alenihcrl ne se tionve que dans cette édition que je possède. On a eu );iand Inrt de le supprimer dans les éditions postérieures.
n 2° Êtes- vous partisan de ce qu'on apèle anciène orthographe? Prenez donc hi peine de mettre des lettres doubles qui ne se prononcent point, dans tous les mots que vous trouverez écrits sans ces doubles lettres. Ainsi, quoique seton vos principes il faille avoir égard à l'élymologic en écrivant, et que tous nos anciens auteurs, tels que Villehardouinj plus proches des sources que nous, écrivissent home de homo, personc de persona, honeur de honor, doner de donnre, naturéle de naturalis, etc. , cependant ajoutez un m à homo et doublez les autres consones, malgré l'étymologie et la prononciation, et donezle nom de novateurs à ceux qui suivent l'anciène pratique.
« Ils vous diront peut-être que les lettres sont des signes, (|U(' tout signe doit signilier quelque chose, qu'ainsi une lettre doiihic qui ne marque ni l'étymologie ni la prononciation d'un mot est un signe qui ne signille rien, n'importe : ajoutez-les toujours, satisfaites vos yeux, je ne veux rien qui vous blesse, et pourvu que vous vous doniez la peine d'entrer dans le sens de mes paroles, vous pouvez faire tout ce qu'il vous plaira des signes qui servent à l'exprimer.
« Vous me direz peut-être que je me suis écart'6 de l'usage présent : mais je vous suplie d'observer :
\. Que je n'ai aucune manière d'écrire qui me soit parliculiére et (pii ne soit ;nitf)risée par l'exemple de plusieurs auteurs de réputation. ,
(( 2. I.c I'. Bulier prctenil même i|ue le grand nombre des auteurs suit aujounrhni la noiivèle orlhogiaphe, c'est-à-dire (pi'on ne suit plus exactement l'anciène. J'ai trouvé lu nouvelle orthof/raphe, dit-il (Grammaire française, p. .'ÎRS), dans plus des deux tiers des titres i/iii s'inipriiiienl depuis di.r ans. Le P. liulier nome les auteurs de ces livres. Le P. Sanadon ajoute que depuis la supulaliou du P. Hufier le nombre des partisans de la nouvèlc (iiiliogr.iplie s'est beaucoup auymentc et s'augmente encore tous les jours (l'oesies d'Horace, préface, p. wri). .\iiisi, mon cher lecteur, jr conviens que je m'éloigne de votre usage ; mais, selon le P. liulier cl le P. Sanadon, je me conforme à l'usage le |)lus suivi.
« .i. ftlcs-vous piirtisan de la nouvMe orthographe? vous iionverez ici à réformer.
H Le parti de l'anciini' orlliographe et celui ilc la iKuivelle se subdivisent vu bien des branches : de (|uclque ciMé que vous soyez, retranchez ou ajoutez toutes les lettres qu'il vous plaira,
et ne me condànez qu'après que vous aurez vu mes raisons dans mon Traité de l'ortograplie (sic). »
Beauzée, de l'Académie française. Articles Orthooeaphe et surtout NÉOGKAPnisME dans V Encyclopédie métliodique de Panckoucke, Grammaire et littérature, t. II, Paris, 1789, in-4.
Beauzée, après avoir donné, dans l'article orthographe, le résumé de l'argumentation en faveur de l'écriture étymologique qu'il devait si fortement ébranler lui-même, a défendu avec une grande supériorité de raison et d'éloquence la nécessité d'une réforme modérée, en avouant en toute bonne foi sa récente conversion au principe de la néographie.
Voici un extrait de ce qu'il îivait dit en faveur de l'étymologie :
« Si l'orthographe est moins sujette que la voix à subir des changements de forme, elle devient par là même dépositaire et témoin de l'ancienne prononciation des mots; elle facilite ainsi la connaissance des élymologies.
K Ainsi, dit le président de Brosses, lors même qu'on ne retrouve « plus rien dans le son, on retrouve tout dans la figure avec un
(( peu d'examen Exemple. Si je dis que le mot françois sceau
>i vient du latin sigillum, l'identité de signification me porte d'a- « bord à croire que je dis vrai ; l'oreille, au contraire, me doit faire (I juger que je dis faux, n'y ayant aucune ressemblance entre le « son so que nous prononçons et le latin sigillum. Entre ces deux « juges qui sont d'opinion contraire, je sais que le premier est le « meilleur que je puisse avoir en pareille matière, pourvu qu'il « soit appuyé d'ailleurs ; car il ne prouveroit rien seul. Consultons « donc la figure, et, sachant que l'ancienne terminaison françoise Il en el a été récemment changée en eau dans plusieurs termes, que « l'on disoit scel au lieu de sceau et que cette terminaison ancienne (I s'est même conservée dans les composés du mot que j'examine, « puisque l'on dit contrescel et non pas conlresceau, je retrouve « alors dans le latin et le françois la même suite de consonnes ou « d'articulations : sgl en latin, sel en françois, prouvent que les « mêmes organes ont agi dans le même ordre en formant les deux « mots : par où je vois que j'ai eu raison de déférer à l'identité a du sens, plus tôt qu'à la contrariété des sons. »
« Ce raisonnement étymologique me paroît d'autant mieux fondée reprend Beauzée, et d autant plus propre à devenir universel, que
APPENDICR n. 159
ion doit regarder les arliculalioiis comme la partie essenciellp des langues, et les consonnes comme la partie essencielle de leur orthographe. »
Après avoir ainsi exposé les motifs en faveur de récriture étymologique, le savant académicien prend la défense du néographisme auquel il s'était raojitré d'abord opposé :
« On peut aisément abuser, dit-on, du principe que les lettres étant instituées pour représenter les éléments de la voix, l'écriture doit se conformer à la prononciation.
«Oui, sans doute, on peut en abuser; car de quoi n'abuse-t-on pas? N'a-t-on pas abusé à l'excès de cette déférence même que l'on prétend due à l'usage sans restriction? et cet abus énorme n'cst-il pas la source de toutes les bizarreries qui rendent notre orthographe et l'art même de lire notre langue si difficiles, que les deux tiers de la naiion ignorent l'un et l'autre? On peut donc abuser, j'en conviens, du principe que Quintilicn lui-même approuvoit, et qu'il a énoncé d'une manière si précise {InU. oral., liv. 1, vij): Eyo sic scribendum quidque judico quomodo sonat ; hic enirn usus est iillerarum, ut cuslod/ant. voces cl vclul dejtosilum reddant Icgentihus; mais il est possible aussi d'en user avec siigesse, avec discrétion et surtout avec avantage ; il est possible d'adopter, d'après les caractères autorisés légitimement par l'usage, un système d'orthographe plus simple, mieux lié, plus conséquent J'oserai
donc ici, sur l'autorité du sage Quintilicn, proposer l'esquisse d'un système d'orthographe, dans lequel je crois avoir réuni toutes les qualités exigibles, sans y laisser les défauts qui déshonorent notre orthographe actuelle. »
Voici l'analyse de ce système :
rBeauzée supi)rime la consonne redoublée dans l'écriture quand elle ne se lait pas sentir dans la prononciation : il écrit ulic, acoid, ndoné, afaire, ayresscur, tranquik, hume, j)cr.sonc. suplicp, noùrilurc, atcntif.
'i" Il marque, dans les terminaisons des mots, l'c (i'un signe diflérenl f[uand la lettre qui suit se prononce paré; (piaiid l'« qui suit est nasal par é; et d'un accent cirtM)nllexe pour en faire un a nasal, lai>saiit l'e nu s'il est nmet. Kxemplcs: Jvrusiih'in, abdomen, Pémbroc, Agén, il convient, i\ pressent, l'mpirc, encore, ils aimoieni ils convient, ils pressent.
100 APPEISDICK D.
3° 11 distingue ainsi parl'accentualion les mot» .suivants :
S;ms accent grave.
Avec accent s
pldiiil)
ladiiiil)
les échecs
un éclièc
nid
David
sailli
.joi'g
lu>il
l'iil
recul
nom
Jérusalem
ancien
alidf.inèn
ilrap
càp
.niin'i'
anièr
sr' lier
lier (a<lj.'
vertus
Brutiis:
réparés
Cérés
il subit
subit (adj.
complot
la dot
Jésus-Christ
le Chiist
Si le mol était, comme abcès, procès, terminé par c et a- tiiii ne se prononce pas, il remplace l'è par l'é. Ex : congrès, décès.
4° Il propose pour le même motif d'écrire ànimonite, Emmanuel, immobile, annuité, triennal, inné, amnistie, soiunambule, allusion, illégal, côllaleur.
5° On pourrait écrire, à la manière espagnole, étuall au lieu de émail, vermeil au lieu de vermeil, péritl au lieu de péril, seuil au lieu de seuil, fenouil au lieu de fenouil, etc.
Si l'on ne prononce qu'un / et qu'il ne soit pas mouillé, on n'en écvivA qu'un :ira7ujaile, morlrlv, rebèlc, une vile, vilage, etc.
6° Les monosyllabes ces, des, les, mes, ses, /«« porteraient l'accent aigu pour qu'on put les distinguer de la dernière syllabe des mots actrices, mondes, mâles, victimes, chaises, dévotes.
( In écrirait de môme : bléd, clef, pluriel, pied.
"" Il propose l'accent grave dans les cas suivants : Echatane , pectoral, heptagone, cerveau, escroc, espace, etc. Et de même : cèle, musète, aneicne, qu'ils viènent.
8° L'accent circonflexe qui sert à allonger la syllabe dans;>re7?T, euiréme, ne doit pas être reproduit dans les composés, préirise, extrémité ({).
0° On devrait écrire agnat, àgnalion, ùgnatiqve, iijiic, ignirole, /gnition, cùgnat, cvgnation, stagnation, stagnant.
(1) ce principe devrait être observé dans tous les cas.
10° Il propose aussi d'employer l'accent grave dans les mois suivants : lingual, le Guide, le duc de Gi'iise. aiqitiscr, aiginlle, aiguë, contigue,éqimteur, liquéfaction, éqiieslre, quinqitagésime pour distinguer le son de gu et qu de celui qu'il a dans anguille, liquéfier. Il propose aussi argitér, ambiguïté, contiguïté.
L'auteur donne ensuite des préceptes pour l'emploi du tréma; la plupart n'ont pas prévalu.
" 14° Les deux caractères cii se prononcent quelquefois en sifflant comme dans méchant, et quelquefois à la manière du k comme dans archange. Il étoit aussi aisé de lever l'équivoque qu'il est surprenant qu'on n'y ait point ])ensé : la cédille étant faite pour marquer le sifflement, il n'y avoit qu'à écrire rh pour marquer le sifflement, etc/« pour le son guttural : méchant, monarchie, arçhevéqve, marchons, chercheur, en sifflant ; archange, archiépiscopal, archonte, chd'ur, avec le son dur (1).
« Grâce à cette légère correction, on pourrait conserver l'analogie entre monarchie et monarche. »
15" En vertu du même principe lieauzée propose le h avec cédille qu;md celte lettre est aspirée. « Cela ne feroit pas un grand embarras dans l'écriture, et les imprimeurs seroient sans doute assez honnêtes pour faire fondre des h cédillées en faveur de l'amélioration de notre ortho^'raphe : plus on facilitera l'art de lire, jjlus aussi on multipliera les lecteurs et par conséquent les acheteurs de livres. »
l<i° (I .J'en dirois autant des / cédilles pour le cas où cette lettre représente un sifllement. N'est-il pas ridicule d'écrire avec les mûmes lettres, nous portions et nos portions, nous dictions et les dictions, et mic infinité d'aulics? Cette simple cédille, en faisant (lisparoître l'cquivoqui; dans la lecture, laisseroit subsislei- les traces de l'étymologie et seroit bien préférable au changement qu'on a proposé du t en cou en .s-.
17° « L'analogie, si propre à fixer les langues, à les éclairer, à eu faciliter rmlelligence et l'étude, conseille encore quelques autres changemens Irés-utiles dans nolrr ortluif^raphe, parce qu'ils sont
(t) I.C iinmlirc des mots dérivéa du Rrcc écriti eDcori; pnr cli prononcé comnio A, élniit t^^^-^lillUlll', puisque tu plupart ont ilrjà ponlu le A, l.i i-nniliiiialsiin ingt'iiicusc ili' Ilcau/>e ileviciit inutile du nioini-nl ipic l'un a((T(itcrail oi- (pif j'ai propose. (Voyez. ci-dc»8us, p. là)
fondés en raison, que l'usage contraire est une source féconde d'inconséquences et d'embarras, et qu'il ne peut résulter de ces corrections aucun inconvénient réel.
« Le premier changement seroit de retrancher des mots radicaux la consonne finale muette, si elle ne se retrouve dans aucun des dérivés : pourquoi, en effet, ne pas écrire ranipar sans / et nœu sans d, puisqu'on ne forme du premier que remparer et du second nouer, dénouer, dénoùment, renouer, renoueur, renoûment, où ne paroissent point les consonnes finales des radicaux (1)?
« Le second, de changer cette consonne ou dans le radical ou dans les dérivés, si elle n'est pas la même de part et d'autre, et que la prononciation reçue ne s'oppose point à ce changement. L'usage, par exemple, a autorisé absous, dissous, résous au masculin, et absoute, dissoute, re'soule au féminin : inconséquence choquante, mais dont la correction ne dépend pas d'un choix libre ; le t se prononce au féminin et la lettre »■ est muette au masculin. Écrivons donc absout, dissout, résout. Au lieu d'écrire faix, faux, heureux, roux, écrivons avec l'.« ; fais, faus, heureus, rous, à cause des dérivés affaissement, affaisser, fausse, faussement, fausseté, fausser, heureuse, heureusement, rousse, rousseur, roussir. Une analogie plus générale demande même que l'on change ,r partout où cette lettre ne se prononce pas comme es ou gz et qu'on écrive Aussère (ville), Brussèles (ville), soissante, sizième, sizain, dizième, comme on écrit déjà dizain et dizaine. Il faut écrire aussi les lois, de \n])ois, la vois, des pous, les fous, ceus, les vœus, etc., et ne laisser à la fin des mois que les x qui s'y prononcent comme dans borax et Styx.
« Il est d'usage d'écrire dépôt, entrepôt, impôt, supût, avec un t inutile et un accent que réclame, dit-on, une s supprimée: eh! supprimons, au contraire, ce t inutile et rétablissons Vs réclamée d'ailleurs avec justice par les dérivés déposant, etc., entreposeur, etc., imposant, etc., suposition, supositoire, etc., et nous écrirons dépos, entrepos, impos, sttpos, comme nous avons déjà par la même analogie dispos, propos, et repos... Il est d'usage d'écrire nez avec un z et les dérivés avec s, nasal, nasalité, nasard, nasarde, nasarder, naseau, nasillard, nasiller : il faut
(1) L'Académie a adopté depuis les mots nodu$ et nodosité. Ce dernier ne figure qu'à la c'mquième édition.
choisir et mettre z dans les dérivés comme dans le radical, ou .< dans le radical comme dans les dérivés. Ce dernier parti est le plus sîir.
«... Nous avons courtisan, courtisane, courtiser, courtois, etc., qui viennent de cour. Reprenons l'usage de nos pères, qui écrivoient court du latin cors, cortis (basse-court), d'où viennent le corte des Espagnols, le corteggio des Italiens et notre mot cortège. En restituant ce caractère d'étymologie, objet si précieux pour les amateurs, nous rétablirons les droits raisonnables et bien plus utiles de l'analogie.
« Un quatrième principe d'analogie est de ne jamais supprimer la consonne finale du radical dans les dérivés quoiqu'elle y soit muette, à moins que sa position dans le dérivé n'induise à la prononcer; c/est ainsi qu'on écrit sans ^ les mots corsage, corselet, corset, corsé, quoiqu'ils viennent de corps, parce que le p embarrasseroit la prononciation et la rendroit douteuse. Je crois que par analogie on doit de même écrire sansyj les mots botéme, batisev, .iean Balisle, batistère, parce qu'on seroit fente d'y prononcer le p, comme il faut le prononcer et conséquemment l'écrire dans baptismal. »
Beauzée , poursuivant le cours de ses délicates observations, énonce ensuite quelques règles qui se recommandent à l'attention des partisans de la néographie phonétique : <( Il faut, dit-il, écrire le son o par au dans les mots dont les analogues ont o ou al en mCnu; [ilace, et par eau dans ceu.\ dont les analogues ont e ou ri dans la syllabe correspondante, comme :
chflMd, (li'/«r>'i' il cause de clmleur
fous , (ait
ssaiio
ffl/sifier
\Mttt, lia!<sspr
exaficr
inr««lire
iiinlédiction
iinMrriijjc
iinvirc
psaHiiic ,
psautier
psa/mistc
agncnit
agneiiT
hcauU-
\wl
chapeau
chapelier
nriiiiicn»
gruine/ér
manteau
inaiiti!
rouleau
rouiffr.
« Si l'on entend d;iiis ([uelques mois un o simiilc ou la voyelle composée o«, l'analogie exige que dans tous les mots de la mi^me
famille où au lieu de o ou de ou on entendra eu, on écrive œWy ainsi écrivons-nous :
bœwf
à cause
de
bOMViiT
cœur
cordial
cliϔ^r
choriste
maux?,
moral
nouév
œuf
ovaire et oval
œuvre
OMvriér
sœMr
sororal
TCBM
vouer ou voter
«D'après ce principe, combiné avec la manière dont je propose d'écrire / mouillée, il faut écrire œil au lieu de œil. Puisqu'il est reçu d'écrire voeu h. cause de vouer, pourquoi n'écriroit-on pas avœu, tant par analogie avec vœu qu'à cause A'avouer ? Nous écrivons cueillir et nous y prononçons eu qui n'y est point écrit : les mois colècle, colèclif, colèction, qui sont de la même famille, nous indiquent œ et nous avertissent d'écrire ccbm/Zh-, acœultir, recœullir, (le là acœull, recœull, même cercœull, et par l'analogie des sons oryœull où l'on prononce œu, puis orgoèlleus, parce qu'on n'y prononce que é. »
18" L'auteur demande que l'on écrive :
afin tn fin ou près aussi toi bieti tôt en sxtite autrefois quelque fois toute fois par ce que lors que pour quoi
au lieu de afin — enfin
auprès
aussitôt
bientôt
ensuite
autrefois
quelquefois
toutefois
parce que
lorsque
pourquoi
( à cause de à cette fin , à cause
— de près , de loin
I {plus tôt, bien tôt, aussi tard,
i ( bien tard
— par suite, à ta suite
— une fois, plusieurs fois
par la raison que
— tandis que, etc.
— pour qui
19° 11 réunit, au contraire, les mots suivants : un acompte, des acomptes, des apropos, des apeuprès.
En terminant, Beauzée défend ainsi son système du reproche d'attenter à l'étymologie et à la prosodie :
« Pour ce qui concerne les droits de l'étymologie, je le demande, est-il raisonnable que nous allions chercher dans une lan-
gue étrangère el morte, qui est ignorée des dix-neuf vingtièmes de la nation, les raisons de notre orthographe, que toute noire nation doit savoir? N'est-ce pas condamner gratuitement à l'ignorance d'une chose essentielle tous ceux qui n'auront pas fait les frais superflu* d'étudier le latin et le grec ? N'est-ce pas mettre des entraves ridicules à la perfection d'une langue qui, après tout, doit nous être plus précieuse que toute autre? [^'orthographe est pour toute la nation ; la connoissance des étymologies n'est que pour un petit nombre d'hommes, qui même n'en tirent pas grand avantage, ni pour eux-mêmes ni pour l'utilité publique : faut-il donc sacrifier l'avantnge de vingt millions d'àmes aux vijes pédanlcsques de deux cents personnages, qui n'en sont ni plus savants ni plus utiles? L'injustice et le ridicule de cette prétention ont été sentis par l'Académie délia Crusca, pour la langue italienne, et par l'Académie royale de Madrid, pour la langue castillane : l'orthographe de ces deux langues est réduite à peindre juste la prononciation, sans égard pour des étymologies qui la défigureroient; et les savants d'Italie et d'Espagne n'en seront pas moins bons étymologistes. Mais chez nous même, d"où vient qu'il n'a pas plu à l'usage de redoubler la consonne dans quelques mots, où toutefois la raison servile d'imitation à cause de l'étymologie uiilitoit autant que dans les autres mois où l'on a consacré ce redoublement? C'est que quelquefois la raison l'a emporté sur l'aveugle et imbécile routine et que l'on a quelquefois obéi au principe invariable qui veut que l'écriture soit l'image fidèle de la parole.
« Ce qu'on allègue en faveur des droits de la prosodie est-il mieux fondé? Il faut, dit-on, redoubler la consonne pour marquer la brièveté de la voyelle précédente. Ce prétendu principe est absolument faux, de l'aveu même de l'usage : car 1" nous trouvons la consonne redoublée après des voyelles longues : flamme, manne, abbêsse, que je fisse, grosse, que je pusse, que je pousse, paissez, etc.; 2° on trouve de même des voyelles brèves avant une consonne simple : damier, interpréter, doc/lilr, dcvotc, fortuné, boule. Jeunesse, retraite, etc. Ouand ce principe seroit adn)is sans exception dans la pratique, peut-être l'audroil-il encore y renoncer, parce (ju'il seroit au moins inutile : ne sufliroit-il pas de marquer de l'accent circoidlexe les voyelles longues et d'écrire les brèves sans accent? N'avons-nous pas déjii Idr/ie et tache, mtiiin cl matin, ehdsse el chasse, lidtc el bète (racine), tjitc et il agite, le nôtre et notre avis, etc.? A nés deux vices, déjà considérables, de
fausseté et d'inutilité, ajoutons que ce principe est encore opposé à l'effet naturel du redoublement de la consonne, qui est d'allon ger la voyelle précédente. »
Beauzée a, comme on le voit, étudié dans ses détails et avec beaucoup d'érudition et de sagacité le mécanisme de l'orthographe étymologique. Quelques-unes de ses modifications pourraient être acceptées ; d'autres, celles qui entraînent l'augmentation du nombre des accents, sont ingénieuses, mais tout à fait impraticables. Pour se disculper du reproche qu'on lui a fait de celte complication, Beauzée cite un passage de VEmldridion d'Épictète, où, dans le texte grec, se trouvent 41 accents pour 37 mots, tandis que la traduction littérale, orthographiée selon son système, ne montre que 23 accents sur 35 mots. Voici cette traduction :
« Ces gênls veulent aussi être philosophes. Home, aye d'abord <( apris ce que c'est que la chose que tu veus être ; aye étudié tés « forces et le fardeau; aye vu si tu pcus l'avoir porté ; aye consi- « déré tés bras et tés cuisses, aye éprouvé tés reins, si tu veus être « qùinqùèrcion ou luteur. »
Dans la langue grecque, tous les mots ayant une accentuation tonique très-fortement accusée, ces marques devenaient bien plus nécessaires qu'elles ne le sont dans la nôtre, pour fixer la diction. L'accentuation grecque (l'aigu, le grave, le circonflexe) qui a servi de modèle à la nôtre, ne fut introduite qu'au deuxième siècle avant J.-C, et c'est à Alexandrie qu'elle fut d'abord mise en usage par son inventeur, Aristophane de Byzance, pour fixer la prononciation et la préserver de l'atteinte de tant de populations étrangères qui parlaient le grec. On ne trouve, d'ailleurs, aucun texte manuscrit, sauf des grammaires, accentué au complet avant le xi= siècle de notre ère.