‹ Observations sur l'orthographe françaiseChapitre 15 sur 41 · A M. MARLE · texte numérisé non relu

A M. MARLE

«Vous n'avez pas voulu, Monsieur, comprendre le sens de ma lettre. Je vous y disais qu'une réforme de l'orthographe était difficile ; que vous vous proposiez de marcher lentement el avec

précaution dans cette carrière assez dangereuse ; que c'était là le moijen d'arriver au but; ces avis, à ce qu'il me semble, étaient clairs et raisonnables. Non-seulement vous ne les avez pas suivis; à cet égard vous étiez bien le maître ; mais vous avez voulu faire croire que je ne les suivais pas moi-même, et vous avez essayé de me mettre en contradiction avec mon propre sentiment.

« Vous savez aussi bien que moi que toutes ces idées de réforme de l'orthographe ne sont pas nouvelles, il s'en faut de beaucoup ; on s'en occupait dès avant Bacon, puisque ce grand homme, dans son livre : De augmentis $cienliarum, lib. VI, cap. i, dit expressément qu'elles sont du genre des subtilités inutiles, ex génère subtilitatiim inntilium.

a II est vrai aussi que de très-bons esprits, MM. de Port-Royal, Du Marsais, Duclos, ont désiré que la manière d'écrire se rapprochât de la manière de prononcer.

«Mais, ce qui est pour vous d'un fâcheux présage, des hommes d'un grand mérite, d'habiles grammairiens, Gédoyn, Girard, Adanson, Domergue, et autres, ont échoué complètement dans des essais semblables aux vôtres.

Il en est des liabits ainsi que du langage;

Toujours au plus grand nombre il faut s'accommoder.

Et jamais on ne doit se faire regarder.

« Reprenez donc. Monsieur, le déguisement dont il vous a phi de m'affubler; il ne me va pas du tout; c'est un habit de fantaisie dont vous ctes libre de vous revêtir. .l'ai peine à croire que vous en fassiez venir la mode.

« J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très-humble et trèsobéissant serviteur, « Andrieux.

« ce 18 avril 1829. '.

Mais ensuite, en tS."?!), M. Marie, ne se bornant pas à ce système inadmissible, voulut introduire une écriture purement phonétique, (\\\'\\ nomme diagraphie (1). Au moyen de 36 signes figurés par des lignes droites ou coiirlios, faibles ou icnforcées, il parvient à icfpioduire les sons prononcés; en sorte qu'en moins d'une journée, on connaît ce système et on peut l'appiiiiuer à l'écriture et à lu lecture. Ce fait est constaté par un grand nom-

(I) Grammaire IMoriqur , /irn/iqitr rt diilactir/ue , ou lextr primitif dr In ijrammaire (linr/raphii/iii-. l'aris, liu|iiint, IH.l'j, iii-8. — ilantirl de la riiagiaphit:. Dikouvirlc (/ni simiilijir t'i'/itdr de la langue. Paris, Uu|>ont, IS.l'.i, in-8.

bre de rapports d'inspecteurs de l'Académie , d'inspecteurs de l'instruction primaire et de commissions nommées à cet effet. Voici l'extrait de leurs décisions :

« Trois j ourssuffîsent pour connaître et exercer la diagraphie. Elle estun guide incessantdela bonne prononciation. — Elle rnetl'élève dans la même situation que si un maître lui dictait un bon livre. — Elle économise le temps consacré aux idées. — Elle réunit, sans en avoir les inconvénients, tous les avantages de la cacographie et des autres genres de devoirs d'orthographe. — Elle fait réfléchir les enfants; elle exerce leur jugement et féconde leur intelligence. »

Lors de leur apparition Jes doctrines néographiquesdeM. Marie eurent beaucoup de retentissement. Il reçut trente-trois mille lettres d'adhésion formelle ; une quarantaine de brochures pour ou contre furent publiées, et des sociétés de propagation se formèrent dans plusieurs villes. Enhardi par ce succès, il franchit les limites qu'il avait posées lui-même (voir p. 173). Son audace le perdit et rendit même l'Académie plus méticuleuse dans les concessions qu'elle fit dans la cinquième édition de son Dictionnaire en 1835.

Quant à cette espèce d'écriture que M. Marie nomme diagraphie, on peut affirmer que, nécessitant des pesées de la plume et autant de levées de la main qu'il y a de lettres, elle ne saurait s'appliquer à l'écriture courante, ni même à la sténographie.

S. Faube. Essai sur la composition d'un nouvel alphabet pour servir à représenter les sons de la voix himiaine avec plus de fidélité que par tous les alphabets connus. Paris, Firniin Didot, 1831, in-8.

Frappé des inconvénients de notre écriture orthographique, il témoigne ainsi ses vœux pour sa réforme :

« Perfectionner l'alphabet serait une entreprise digne du dix-neu" vième siècle et du règne d'un roi populaire et national. La réforme des poids et mesures s'est opérée dans les temps les plus affreux de la révolution. Le système métrique, après avoir lutté contre les plus grands obstacles, est reconnu aujourd'hui comme très-avantageux.

< Une écriture exacte présenterait encore plus d'avantages

dans ses résultats que le système métrique; mais, comme nous n'avons pas la présomption de croire qu'elle puisse un jour renverser l'écriture en usage, qu'il nous soit permis du moins d'espérer qu'une nouvelle écriture perfectionnée pourra, comme la sténographie, mais dans un but différent, marcher à côté de l'écriture d'usage et servir efficacement : 1° à rendre les principes de

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lecture avec les caractères et l'orthographe usités bien plus accessibles à l'enfance; 2° à noter dans un dictionnaire la vraie prononciation des mots beaucoup plus exactement qu'on ne l'a fait jusqu'ici; 3° à nous être d'un merveilleux secours pour la composition d'un alphabet universel, etc. »

Je n'essayerai pas de donner une idée de la méthode de M. Faure. Il faudrait étudier, apprendre et comparer les divers systèmes phonographiques représentés au moyen de signes figurés par des lignes plus ou moins contournées, pour apprécier le mérite de chacun d'eux.

« Quoique nos caractères, dit M. Faure, soient bizarres et trèsdifférents de ceux de l'écriture ordinaire, ils sont si simples, si distincts, et dérivent si naturellement les uns des autres, que nous sommes persuadé qu'une personne qui ne saurait pas lire parviendrait à apprendre, au moyen de ces nouveaux caractères, en dix l'ois moins de temps que par récritureeU'orthographe en usage, qui font, ainsi que l'a dit d'Olivct, de la lecture l'art le plus difficile. »

Chaque amélioration apportée par l'Académie à notre orthographe rend de moinsen moinsprobable l'admission de ces systèmesabsoluï.

Joseph de Malvin Cazal. Prononciation de la langue française azi dix-neuvième siècle, tant dans le langage soutenu que dans la conversation, d'après les règles de la prosodie, celles du Dictionnaire de l'Académie, les lois grammaticales et celles de l'usage et du goiU. Paris, Impr. royale, 1847, iti-8.

L'auteur de ce gros volume a obtenu le prix Volney. Il reconnaît et étudie deux sortes de prononciations distinctes : la prononciation oratoire, raflinéc, (h'Iicate et savante, et la prononciation courante, celle de la conversation. Une semblable doctrine ne me semble pas de nature à diminuer la complication de nos grammaires et de notre orthographe. Kn tout cas, elle ne .sinqililiera pas la lAche de la néogra[)hi(' phonétique, ipii aura à se prononcer entre les deux prononciations qu'elle devra figurer.

Ces savantes éludes sur la prononciation, si minutieuses, si controversables, si aiides nièinc, ponnai-je ajouter, ne seront jamais à la portée de tous ceux (|iii ont besoin d'apprendre à lire et ii ikii lii . Maintenant que nous sommes en possession des travaux de M. !•"<'line, (le M. (Jasai, (l(! M. r.olin, etc., notre prononciation devrait ôlrc suflisammerit fixée pour iHre consignée dans un Dictioiuiaim spécial rlout l'utilité est évidente.

Adrien Féline. Dictionnaire de la prononciation de la langue française, indiquée au moyen de caractères plionétiqves, précédé d\m Mémoire sur la réforme de l'alphabet. Paris, Firmin Didot, 1 851 , in-S. — Méthode pour apprendre à lire par le système phonétique. Paris, Firmin Didot, 1864, ia-S.

M. Féline, dont nous déplorons la perte récente, a été l'un des plus persévérants et des plus courageux apôtres du système phonétique. Il a consacré une part considérable de sa fortune à la vulgarisation de sa doctrine , et n'a pas vécu assez pour la voir fructifier sur le sol de notre colonie algérienne.

M. Féline, dont les idées procèdent en partie de celles de Volney, est un réformateur plus intrépide que M. Marie, dans le système de V Appel aux Français de 1829. Son alphabet, qu'il a cru à tort complet, suffit dans sa simplicité à l'enseignement de la lecture aux habitants pauvres et complètement illettrés de nos campagnes, ainsi qu'aux Arabes. Voici cet alphabet avec lequel il espérait représenter tous les sons du français :

VOYELL

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