‹ Observations sur l'orthographe françaiseChapitre 16 sur 41 · CONSONNES · texte numérisé non relu

CONSONNES

Signes.

Signes.

Valeurs.

an, en

ni

è, ê, ai, et

eu

g- gu

in

gn

6, au

on

h ph

ou

un

ch

Ou voit au piciiiicr coup d'œil la grande siipériuiilé de cet al-

APPENDICE 1). ISr

phabet sur celui deDomergue. Son auteur supprime le c, dont le son est ambigu, le q, qu'on est habitué à voir escorté de I'm, l'a,' et l'y devant les consonnes. Par contre, il a huit lettres nouvelles, £ (e muet), s [eu), a (an), i [in), o {oyi), u (un), g (gn), [ [l mouillé). S'il eût mieux approfondi l'ouvrage de Volney et qu'il eiàt étudié l'alphabet polonais, il eût reconnu que, pour les voyelles nasales, la cédille est un signe plus commode que le trait inférieur, puisque dans l'écriture elle n'exige pas une levée de la main. Ce n'est point non plus le g qu'il fallait iilder, mais le m, comme le font les Espagnols. L'adoption de la lettre A à la place de c donne à son ekrilur u Itû d'd sôvaj (un coup d'œil sauvage) qu'il eût pu facilement éviter, et qui a prêté le flanc aux plaisanteries du journalisme, plus enclin à rechercher le côté plaisant que le côté utile de toute chose nouvelle.

Quoi qu'il en soit de ces imperfections de détail du système, faciles d'ailleurs à corriger, beaucoup d'instituteurs primaires sont convaincus que son adoption da'.is les salles d'asile et les écoles de village serait un grand bienfait. Un adolescent apprendrait à lire et à écrire en trois mois au lieu de trois ans. U serait toujours à môme de passer plus tard à l'écriture savante et difficile des lettrés, pour laquelle l'auteur a d'ailleurs préparé des exercices gradués.

Le Dictionnaire de la prononciation de M. F'éline était destiné à répondre à une objection souvent faite aux réformateurs phonographes : « Vous prétendez écrire suivant la prononciation; mais (|uellc prononciation ? 11 y a la prononciation gasconne, la prononciation marseillaise, la |)rononciation normande, la prononciation parisienne. Dans votre système, n'y aura-t-il pas autant d'orthographes diverses qu'il y a d'accents étrangers dans l'idionie national? »

11 est manifeste, répondent les réformateurs, qu'il doit y avoir une prononciation modèle, un dictionnaire de la vraie prononciatioti, ([ui ra|)pelle à l'ordre les prononciations vicieuses, les([uelles engendrent dos ortli(igra|ihes également vicieuses. Cette prononciation modèle ramènerait |)eu ii peu \ci, accents et les /m/où- à un type normal et unique.

Le Dictiomiaire de M. féline, précieux di-jà pour les étrangers, pourrait, ii l'aide de quidiities corrections, rendre de très-grands services. On devrait s'inspirer, pour le perfectionner, du beau travail lie Volney sur les voyelles européennes ; car M. Féline, dans

rintérèt de la multitude, sans doute, a négligé certaines nuances de prononciation qui constituent la délicatesse de notre langue. Il me paraît avoir confondu des valeurs distinctes de Ve dit muet (voir plus baut, p. 171) , et mal représenter la diphthongue oi par les signes ûa (oua). Pour les consonnes, M. Féline aurait dû distinguer le w anglais, véritable voyelle, du iv allemand, qui doit être représenté par notre v simple.

Le Mémoire (1) qui précède son Dictionnaire, et qui relate les travaux d'une commission de savants formée pour déterminer la valeur et le signe de tous nos sons, est un travail plein d'intérêt. Dans cet écrit, M. Féline développe les avantages de la simplification de notre orthographe et aussi de notre alphabet.

«Pourquoi, dit-il, ne pas perfectionner l'alphabet, l'instrument le plus usité du travail, comme on perfectionne les autres? Pourquoi ne le soumettrai t-on pas à ce rationalisme auquel la civilisation moderne doit ses succès? Il existe sans doute une différence : c'est que chaque fabricant, chaque ouvrier, est libre de modifier comme il l'entend une machine ou un outil, et qu'il n'en est pas de même de l'alphabet; mais pourquoi le gouvernement, les académies, les administrations, refuseraient-ils de perfectionner l'instrument de travail de toute la nation, ainsi que le ferait le dernier des ouvriers, ainsi que le ferait tout fabricant, ainsi que l'a fait la Convention pour les poids et mesures ?

« Le gouvernement, qui fait plus d'efforts que jamais pour étendre l'instruction du peuple; les philanthropes de toutes les opinions qui le secondent; ceux qui veulent son bien-être, son amélioration matérielle et morale, tous doivent désirer une réforme qui peut seule généraliser l'instruction primaire. Jamais on n'aura fait autant de bien à si peu de frais.

« Les économistes qui savent que le temps est la richesse de l'homme, les administrateurs qui veulent l'uniformité du langage, les hommes politiques qui veulent rapprocher les nations, enfin, tous les amis de l'humanité, tous les hommes de progrès, doivent appuyer cette réforme.

« Plusieurs exemples doivent nous servir de guide et nous encourager. N'a-t-on pas, dans un siècle de barbarie, remplacé les chiffres romains par la numération arabe , l'une des plus simples

(1) Publié à part sous ce titre : Mémoire sur la réforme de l'alphabet, à l'exemple de celle des poids et mesures, Paris, F. Didot, 1848, in-8.

inventions de l'esprit humain, puisqu'elle ne consiste qu'en deux points : avoir un signe pour chaque nombre jusqu'à neuf et décupler la valeur du chiffre en le reculant d'un rang? Cette idée n'en est pasmoins sublime; car, sur des milliards d'individus qui avaient passé sur la terre, un seul l'a conçue; car elle a eu les conséquences les plus heureuses pour la civilisation.

« De ce qu'une innovation a été mal présentée, de ce qu'elle l'a été dans un but purement scientifique, s'ensuit-il que toute innovation de ce genre soit impossible à réaliser ? »

Charles LaLoy. Balance orthographique et grammaticale de la langue française : ou cours de philologie grammaticale , ouvrage au moyen duquel disparaissent toutes les incertitudes, sources de difficultés, rtlalices à nos règles grammaticales et à nos formes orthographiques. Deuxième édition. On ne trouve que dans cet ouvrage :

u 1" Des règles d'accentuation qui dispensent d'avoir recours au Dictionnaire ; — 2° La liste complète des homonymes français ; — 3" La liste, si utile dans l'enseiguement, des dérivations inexactes; — 4» Des priniipes d'orthographe étymologique; — 5° Des principes de francisation des mots; — 6° Des principes de néologie; — 7° Des règles sur la formation des noms et adverbes en tnenf; — 8° Des principes sur l'orthographe et la prononciation des noms propres et des noms de baptême, avec la signi(ic:ilion des plus comius; — 9" L'indication du pluriel des adjectifs en a/ ; — 10" I/indie;iti()n du pluriel de tous les noms composés et des noms pris des langues étrangères ou des langues auelennes, p:Mtie orthographique restée douteuse jusqu'à ce jour; — II" Des règles sur l'orlhographc des mots réduplicatifs; — 12" Un moyen de reconnaître désormais 1'/* aspiré de Vh muet , et le rh dur du rh français; — 13° De nouveaux signes de ponctu.ition qui n'exigent aucune nouvelle étude; — M" Des règles sur l'emploi des doubles consonnes, partie si importante de notre orthographe, etc., etc. » — Paris Maire-Nijon, I8.S3, 2 vol. grand in-8°.

Ce long titre, que j'ai copié prcsf|ue in r.rtenso, donne une idée du vaste ensemble de (|uestions (jue l'aulcui' a cnibrassées dans le cadre de ses deux volumes.

Il rapporte sur chaque mot embarrassant du Dictionnaire les diverses levons fournies par les lexicographes cl recherche ce qu'il appelle une balance, c'est-à-dire «ne solution tirée de l'essence mOine des principes qu'il a posés eu c{innnciu.aul. <hi cou-

184 APPENDICK D.

çoit qu'en face d'un nombre aussi immense de questions délicates à résoudre, l'auteur ait pu parfois s'arrêter à un parti qui ne satisfasse pas une critique sévère. Néanmoins son ouvrage sera consulté avec fruit de ceux qui, par position, sont aux prises avec les difficultés de notre orthographe. Ce vaste travail, fruit de longs efforts et d'une patience vraiment méritoire, est à lui seul une démonstration suffisante de l'absolue nécessité de perfectionner notre orthographe et de soumettre la grammaire , avec ses contradictions et ses exceptions innombrables, à une analyse, à une discussion, à une révision sérieuse et approfondie.

Alexandre Erdan. Congrès linguistique. Les révolutionnaires de CABC. Paris, Coulou-Pineau, 18.54, in-8.

Dans cet opuscule M. Erdan a parlé de beaucoup de choses à propos de la réforme orthographique. Il a mis dans une semblable polémique plus de passion que le sujet ne me semble en comporter. Je ne le suivrai donc pas dans les parties de sa discussion qui s'écarlent du sujet, et je renverrai à l'analyse de l'ouvrage de M. Raoux l'exposition des motifs proposés en faveur de l'écriture phonétique.

Voici ce que dit M. Erdan (p. 72) contre le respect de l'élymologie dans l'écriture française. Après avoir rappelé les arguments de Domergue et de Voltaire, il continue ainsi :

«Mais, d'ailleurs, à quoi bon ces raisonnements ? La question étymologique n'en est réellement pas une. Les étymologistes croient défendre un principe et, en réalité, ce qu'ils défendent, ce n'est qu'un accident dans la langue.

(( Si à chaque mot de noire langue était attachée l'étiquette de son origine, certainement celui qui proposerait d'enlever à la fois toutes ces étiquettes , toutes ces marques caractéristiques, proposerait une révolution difficile ; mais cela n'est pas.

« Nous avons, cela est démontré et admis par les grammairiens (1) :

Mots dont l'étymologie est tout à fait inconnue 3,000

Mots dont l'étymologie est douteuse 1 ,500

Mots qui n'ont plus leurs lettres étymologiques , dont ils

se sont dépouillés successivement 10,000

Mots dont l'orthographe est contraire à l'étymologie .... 500

Total 15,000

(1) Ce calcul est emprunté par M. Erdan à M. Marie.

« Ainsi , en proposant d'abandonner l'orthographe étymologique, on ne propose point, à proprement parler, une révolution de principe dans l'idiome national. On ne fait que régulariser une langue en désordre qui écrit tantôt suivant l'étymologie, tantôt selon le caprice, m

Tout en adhérant au principe de la phonographie absolue, l'auteur désire qu'on avance par degrés. « 11 faut donc tout simplement, dit-il, pour commencer, pour établir un premier jalon, revenir aux modifications prudentes, faciles, commodément vulgarisables, qu'adoptèrent et pratiquèrent les Du Marsais, les Duclos, les Beauzée, etc.

« Il faut accepter, suivant la théorie de Port-Royal, quelques petits signes très-simples pour faire disparaître certaines anomali(!s du genre des suivantes : fusil, où 1'/ ne se prononce pas, et fil où il se prononce ; nid où d ne se prononce pas et David où il se prononce ; répugnance où gn est doux et star/nation où gn est très-dur, etc.

« Il est très-facile pour ces différents cas, et pour d'autres analogues, de convenir d'un petit signe, d'un tiret, d'un accent, tout ce qu'on voudra, qui indique la prononciation. »

« Voici donc une série d'applications actuelles que je proposerais volontiers, d'une manière formelle, à tous les amis de la réforme : d° Retranchement de \'h nmet {Omi're). — 2° lletrancliemi'ut des lettres doubles {abc, tranquilc, éfel, etc.). — 3" Emploi d'une seule consonne où il y en a deux inutilement [alfabel, ortof/rufe, fédlre, etc.). — 4° Expulsion de \'m où l'on ne prononce que n {an/ihie, etc.). — .'i" I-:.\pulbion de Vx comme marquant le pluriel {eus, veus, ceus, etc.). — G" Abandon de l'usage absurde et sans prétexte étymologique , (]ui fait écrire homme venant de homo, donner de donnre, honneur de Iwnvr {orne, doner, oneur). — 7° Expulsion du t ayant le son de l's (atension, etc.). »

P. l'oiTEViN. Grammaire (jénérale et historique de la langue française. Paris, 1856, 2 vol. iii-8.

Au chapitre de {'Orthographe , M. Poitevin, après avoir rite l'opinion sur la simplification de l'orthographe, que j'avais émise en 18.".^, dans mon lla|>port sur l'Exposition universelle de Londres, s'ex|)rime ainsi :

« Ces observations sont fort justes, et il est fâcheux que M. Ambroise Firmin Didot se soit borné à exprimer un vœu ; il lui appartenait de donner l'exemple des réformes raisonnables et d'ouvrir la voie dans laquelle l'Académie ne peut entrer la première; rien ne lui eijt été plus facile assurément que de faire sortir de ses nombreuses publications tout un système nouveau d'orthographe; c'était une œuvre digne de lui, et nous regrettons qu'il ne l'ait pas accomplie. »

Mais le respect que l'on doit aux décisions de l'Académie, et qui m'est plus particulièrement imposé, comme ayant l'honneur d'être son imprimeur, m'interdisait plus qu'à tout autre, de pouvoir rien innover. C'est à l'.\cadémie, en raison même de l'autorité suprême qu'on lui reconnaît, à répondre, dans la limite qu'elle jugera convenable, au vœu général.

M. Poitevin fait ensuite une rapide énumération des tentatives de réforme depuis le seizième siècle, puis il ajoute :

« Disons en terminant qu'il est impossible qu'on ne voie point, dans un temps très-prochain, se produire les réformes suivantes :

« 1° Suppression de toute lettre inutile ou nulle dans la prononciation ;

« 2° Adoption des mêmes signes pour les sons identiques (1). »

Dans cette Grammaire, plus complète et plus détaillée que toutes celles qui avaient paru jusqu'alors, l'auteur fait connaître quelques-unes des raisons historiques de nos formes orthographiques actuelles; il donne à l'occasion le tableau des pronoms et de la conjugaison des verbes dans le vieux français. Ses listes de substantifs dont le genre est douteux, des homonymes, des pluriels des noms composés, etc., ajoutent à son travail beaucoup d'intérêt et une utilité incontestable pour la fixation future de l'orthographe française.

LÉGEB NoEL. Les anomalies de ta langue française, ou la nécessité démontrée d'une révolution grammaticale. Paris, Ferdinan(;i Sartorius, 1857, iu-8 de 240 pp.

Cet ouvrage est le résultat d'un travail très-pénible et vraiment consciencieux. Mais la disposition typographique tout allemande,

(1) Ce prosrainiiie est celui de Port-Ro>al (voir \>. 123), adopté depuis deuï siècles par presque tous ceux qui ont fait une étude a|)profondie de notre langue.

l'absence de table et d'index, en rendent l'élude très-pénible, et la méthode adoptée par l'auteur ne contribue pas à la clarté. M. Noël a consacré deux cent vingt pages d'une impression très-fine aux détails de l'orthographe du substantif et du genre; c'est assez dire que son œuvre se refuse à une analyse complète.

L'auteur a été amené à reconnaître et à classer les anomalies , malheureusement très-nombreuses, dans la formation du genre de nos substantifs.

La première loi, c'est que le féminin se distingue par la présence de l'e muet à la fin du nom; exemple : le dieu, la déesse, le lion, la lionne, le mulet, la mule, etc.

Mais les cas d'exception sont presque aussi nombreux que ceux qui sont conformes à la règle : tantôt le féminin s'applique aux deux sexes : la yirafe, la gazelle, la chouette, la tortue, etc. — Tantôt des noms masculins conservent l'e muet final, signe du féminin : ex. amulette, arbuste, chêne, hêtre, doute, incendie, angle, antimoine, antipode, centime, inventaire, elc. — D'autres fois un même mot est tantôt masculin , tantôt féminin , selon le sens qu'on y applique; ex.: aide, barbe, barde, basque, carpe, crêpe, décime, enseigne, faune, garde, orge, etc.

Déjà La Bruyère, membre de l'Académie française, mort en 1696, dans son chapitre intitulé De quelques usages, proleste à ce sujet contre ce qu'on appelle Tusage :

«... Le même usage fait, selon l'occasion, d'habile, d'utile, de docile, de mobile et de fertile, sans y rien changer, des genres différents : au contraire, de vil, vile, de subtil, subtile, selon leur Icrminaisoii, masculins ou féminins {{). Il a altéré les terminaisons anciennes : de scel il a fait sceau; de mantel, manteau; de cupel, chapeau, etc., et cela sans que l'on voie guère ce que la langue françoise gagne à ces différences et à ces changements. Est-ce donc vouloir le progrès d'une langue que de déférer à l'usage?»

M. Léger Noël constate en passant quelques irrégularités qui ont échappé à la dernière édition du Dictionnaire de l'Acadt'mie : ex.: hydrocèle , pneumatocéle , varicocèlr , féminins; inrcocè/e , masculin; uuivalre, biralre du féminin ; nniltindre, du masculin ; aggrave, métopes, palestre, du féniinin, cl réaggrave, opes, orchestre.

(I) Le poison a rcmplaci' la poison ; et |inr contre, on a Tait masrulin la navire, tandis que nef est lesti' IV-iniiiin.

du masculin. II aurait pu ajouter ode, ce mot introduit en français par Ronsard, du féminin, et épisode du masculin.

S'appuyant sur le principe de l'analogie, M. Léger Noël propose que :

à cause de :

on écrive :

au tien de :

bac

lac

un abac

un abaque

bissac

ressac

un tombac

un tombaque

bivouac

sac

un zcidlac

un zodiaque

cornac

sumac

estomac

tabac

havresac

trictrac

agaric

aspic

un critic

un critique

alambic

basilic

le Iropic

le tropique

arsenic

cric

trois cents

adjectifs ou

un bippogrit

un hippogriffe

substantifs en if

nu calif

un calife

un poiitil'

un punlilé

avril

péril

lin leptll

un reptile

babil

grésil

un volatil

volatile

béril

un liil

un bile

nu irocodil

un crocodile

accueil

lauteuil

un chévrefeuil *

un chèvrefeuille

bouvreuil

œil

un portefeuil

un portefeuille

cercueil

orgueil

cerfeuil *

recueil

deuil

écueil

écureuil

seuil

treuil

bazar

uénupbar

un pbar

un phare

car

par

un tartar

un tartare

caviar

czar

cbar

escobar

(oquernar

nectar

amer

bier

un belveder

un belvédère

cancer

hiver

un calorifer

un calorifère

cher

mâchefer

un caracter

lin caractère

enfer

niagister

un adversair

un adversaire

étber

mer

un exemplair

un exemplaire

lier

outremer

frater

stathouder

gaster

ver

trois cents mots environ

le chrysoca!

le chrysocale

terminés en al

le linal

le finale

un oval

un ovale

APPEINDICR D.

à cause de :

on écrive ;

au lieu de :

soixante mots environ

un polichinel

nn polichinelle

terminés

en el

un violoncel

un violoncelle

le vermicel

le vermicelle

accul

cul

un capitui

un capitule

archiconsul

nul

un versicul

un versicule

calcul

proconsul

un préamhui

nn préambule

consul

recul

un globul

un globule

quatre cents

mots envi-

un cai hemir

un cachemire

ron terminés en ir

un empir

un empire

le zépliyr

le zépliire

butor

major

un éphor

un éphore

castor

or

tricolor (drapeau)

tricolore

condor

siinilor

cor

thermidor

corrégidor

trésor

essor

Labrador

for

azur

obscur

un carbur

un carbure

dur

pur

un sulCur

nn sulfure

futur

srtr

un murmur

un murmure

impur

sur

milr

(|uarante mots environ

un pandour

un pandoure

en our

deux cent i

cinquante

un audltoir

un auditoire

mots environ ter-

le conservatoir

le conservatoire

minés en oir

un protnontoir

im proMiontoiie

le vomitoir

le vomitoire

On écrira de même, dit l'auteur, au masculin les adjectifs

asil

scrvil

ignar

sonor

aquatil

fidel

ovipar

bicolor

di'bil

infidel

vivipar

élégiac.

facil

parallel

épliémer

hypocondiiai

docil

rebel

lanifer

opac

IVrtil

hénévol

prospcr

crllic

lluvialil

frivol

pir

paritic

fossil

crédul

bicolor

ma^nilii-

IraKiK

avar

inn<lor)

ventriloc

liabil

liarbar

Il esl iiiulilc (le développer davantage ces lahleiiux, (|iii lonl eoiinailro le genre de répularisalion auquel l'anliiir ses! plii>

spécialement allaché. Lorsque les loi» de la prosodie française s'opposent à ce que l'on modifie l'orthographe de la désinence, il propose de changer le genre; exemple : une squelette, une satellite, une aërolithe, une phylolithc, une ostéolithe.

Les changements de celle nature, qui intéressent l'oreille, sont plus difficiles à introduire que des modifications dans l'écriture.

M. Noël veut qu'on écrive la foie (fides) et le foi {hepar), le nef ou la nève (navis), le soif et une cuillère au lieu de cuiller.

Le mot voix (vox), devrait, selon lui, être écrit voye pour lui donner une terminaison féminine, tout en le distinguant de voie (via), attendu que « celte forme le rapprocherait de son dérivé voyelle et lui donnerait bien plus d'ampleur et d'harmonie. »

« Les grammairiens, ajoute-il, en portant le marteau sur l'y, si sonore dans des mots tels que paye, payement, etc., pour le remplacer par cet i fêlé, qui est en si grande faveur auprès d'eux, ont-ils rendu service à la langue 1 Siîrement, Victor Hugo n'entend pas qu'on prononce égayé, bégaye dans les vers suivants :

L'idée auguste qui Végaye A cette heure encore bégaye,

comme s'il faisait rimer ces mots avec baie; car alors, indubitablement, il écrirait égaie, bégaie. C'est donc un peu comme s'il y avait -èie, résonnance vraiment féminine, qu'il faut que l'on prononce,, et non pas e , son sec et bref, désinence toute masculine. »

Les 2-40 pages de M. Noël présentent le même intérêt, la même originalité dans un sujet qu'on aurait pu croire épuisé, et c'est à lui qu'on doit (page 203 et suivantes) le travail le plus étendu sur le pluriel des noms composés.

A. DE Chevallet. Origine et formation de la langue française. Seconde édition. Ouvrage dont la première partie a obtenu, à l'Institut, le prix l'olney en 18.S0, et la seconde partie, l'un des prix Gobert en 1858. Paris, Dumoulin, 18-58, 3 vol. in-8.

Il serait impossible, sans nuire à cet important et précieux travail, d'essayer d'en donner ici une sommaire analyse. Son auteur, enlevé prématurément à la science, dont il promettait d'étendre le domaine, a embrassé dans le cadre de son livre l'ensemble des

questions que soulève l'histoire du langage fiançais depuis l'époque de son origine jusqu'à celle de l'invention de l'imprimerie. On ne trouverait nulle part ailleurs une plus ample moisson de documents d'une valeur incontestable pour déterminer la provenance des mots de notre langue et les suivre dans les variations de leurs formes lexicographiques, depuis la basse latinité jusqu'au temps de la Renaissance.

Je me bornerai à extraire un passage qui montre que l'orthograptie étymologique est une création qui ne remonte guère plus haut que le quinzième siècle. S'écarter des formes grecques et latines, c'est donc retourner à la tradition même du français, à l'esprit simple qui a présidé à sa formation, en même temps qu'il lui permettait d'exécuter ces poèmes chevaleresques qui ont éveillé presque toutes les littératures de l'Europe.

Pendant plus de trois siècles, l'orthographe du français, mobile et inconstante sans doute, a donc été une orthographe presque phonétique. Voici comment s'explique la différence de prononciation entre l'ancien français et le latin :

« L'homme du peuple, dit l'auteur (IF part., livre I, ch. i), est rempli d'indifférence et de négligence pour tout ce qui concerne le langage; la paresse naturelle de son organe se prête mal à l'articulation nette et distincte de toutes les lettres et de toutes les syllabes; il recherche bien moins dans la prononciation des mots l'exactitude et la pureté que la facihté de leur émission et sa propre commodité. Peu soucieux de mériter, par les charmes de la parole, l'approbation de ses pareils, il ne leur parle ni pour leur plaire, ni pour s'en faire admirer; il leur parle pour en être compris, et il se donne parfois si peu de peine pour aiticuler, qu'on peut dire, à la lettre, qu'il se faitcomprendri; à dcwi-mol.

«Déplus, on peut fréquemment observer, dans les entretiens des gens du peuple, qu'un mot mal prononcé, par l'organe paresseux de la parole, est souvent plus mal entendu par l'organe grossier de l'ouïe.

« De là deux principales sources d'altérations populaires modiflant le son des mots : l'une consiste dans l'émission inexacte du son, l'autre consiste dans son inexacte perception; la première tient à la négligence et à rinsouciancf de celui qui parle ; la seconde tient au peu de sensibilité d'oreille de celui qui écoute.

« Ces altérations modilient de différentes manières et plus ou moins proiondéuienl les divers éléments phoniques qui compo-

sent les mots. Certaines lettres sont assourdies ou complètement changées; certaines autres sont transposées pour la commodité de l'organe; d'autres sont ajoutées au mot pour en faciliter l'articulation; d'autres, au contraire, sont retranchées pour rendre la prononciation plus brève et plus rapide; enfin des mots destinés à la représentation d'une idée sont confondus par inadvertance ou par ignorance avec d'autres mots assez semblables quant au son, mais entièrement différents sous le rapport de la signification.

« Les primitifs latins, en se transformant en mots de la langue d'oïl, ont subi les diverses sortes de modifications que je viens d'énumérer; elles peuvent toutes être rapportées à cinq chefs principaux, que je désignerai sous le nom de permvlation, detransposition, d'addition, de soustraction et de substitution de mots (1).

(1) Voici des exemples de ces différentes modifications tirés de l'ouvrage même de M. de Clievallet.

Permutation de voyelles :

A, devenu é amants, amer; caput, ilief.

— — ai acuiîis, aigu ; ala, aile.

— — erauet caballus, chuy&l; capillus, ciieyeu.

— — 6 damnngium, dommage; phiala, fiole.

— — au alha, aube; aller, autre.

— — oi pnllium , poile ; madidus, moite.

— — i avellann, aveline ; ^acens, gisant.

— — te conis, chien; gravis, grief.

— — M saccfiarum, sucre.

— — on aperire, ouvrir.

Toutes les autres voyelles ou diphthongues ont subi ainsi de nombreuses permutations, dont l'auteur a donné un tableau complet. Les consonnes ont subi des permutations non moins fréquentes :

G, par exemple, toujours dur en latin, est devenu g doux : agere, agir ; ou J : gemelliis, jumeau: gaudere, jouir; ou c doux : gengiva, gencive; ou s : gtgeria, gésier;

Ou eh : figere, liclier ; Hnyere, léclier ;

Ou V : gyrare, virer.

Transposition : de R : paupertas, pauvreté ; vervex, brebis ; turbo, liombe ; temperare, tremper;

De L : fisHila, tliite, vulpes, goupil.

Audition. Au commencement du mol (prosthcse) : scribere, estriic, puis écrire; specics, espèce et épice; carbuiiculiis, escarboucle; cluiiis 'ignis), esclair, puis éclair; pnecox (malum), ^ibricol; lata {via), allée; liaid, alcade ; fiedera, lierre: Insulx, Lille (ville); amita, tante; altus, haut; ascia, hache. — Il eiit pu ajouter otium, loisir.

APPKNDICE D. 193

(I Indépendamment des différentes causes générales qui déterminent l'altération des sons dans toutes les langues abandonnées à l'insouciance, à l'ignorance et aus instincts du peuple, il en est encore deux autres qui exercèrent une action spéciale, mais secondaire, sur les mots de la langue latine parlée dans les Gaules, et contribuèrent, dans une certaine mesure, à la transformation de ces mots en mots romans. La première de ces deux causes consista dans l'influence de notre climat du nord sur la prononciation d'une langue née dans une contrée méridionale; la seconde doit être attribuée à Finfluence que la prononciation particulière de l'idiome des Gaulois et de l'idiome des Francs dut naturellement exercer sur la langue des Romains.

« .... Il serait fort intéressant de pouvoir suivre d'altération en altération les divers changements qui se sont opérés dans les éléments phoniques de tous nos mots, depuis l'introduction du latin dans les Gaules jusqu'au moment de la fixation de notre langue; malheureusement les tentatives que l'on pourrait faire à cet égard seraient aussi vaines que téméraires. D'abord, nous n'avons

Dans le corps du mot (épcntlièsc) ; caméra, cliamlirc; hmnilis, liumbic ; Icnar, tendre ; perdix, perdrix ; ftinda, fronde ; domitare, dompter ; (ttmulus, loiiibe, puis tombeau; repère, ramper; tijmpanum, timbre ; (/arj«s, youffre ; siser, chervis ; cannabis, clianvre; cinis , rendre; ponere, pondre; molere, moudre ; joculntor, jongleur.

A la fin <lu mot (parogogue) : duo, deux ; aripennis, arpent ; lièvre, levraut ; illahora, alors; aswrfao, j'assieds, pour j'assied; souffres-y, voilà-t-il, etc.

Soustraction. Au commencement du mot (aphérèse) : de sordidus, l'adj. ord, qui a donné ordure ; spasniare, pâmer; plisana, tisane; ''e/'unium, jeitnc ; papaver, pavot.

Dans le corps du mot (ou syncnpe) : minislerium, mcsticr, puis métier ; monusleriutn, moustier, puis moutier; latrocinium, larcin; anima, Ame; presbijter, prHrc ; augustus, nodl; benedic/ lis. bénit; quadragesima, carrmc; pedicul us, pou; sudarium, siiaire; securtis, srtr.

A la lin du mot (apocope) : arcus, arc, dûitiiin, i\nn;ferriim, fer; nulliis, nul.

SuiiSTrriirioN de mots : cnurle-pointe, au lieu de conte-pointe, seul usité jadis, de culci/rn puncta; faux-honrg, puis/r/Mfiou/v/, au lieu i\e. forsbnurg ou forbourg, qu'on (Trivail du xn" au \iv' siècle; cire en nage, au lieu de en ni/c (de nqtia, ainue, eau) ; sens devant derrière, sens dessus dessous, au lieu de ce devant derrière, ce en devant derrière, ce en dessus dessous, etc., qu'on trouve dans nos vieux auteurs. De longue main : no.s anciens textes di.-.enl rie longuement; chat-huant, pour l'ancien mot chouant, en bas.sc latinité cauanna, eauannus.

Il faut recourir fi ce curieux < bapilrc dans l'ouvrage do M. de Clicvallet, |hiui es noms des rues de l'aris, si sin):uliércment travestis depuis deux siècles.

écrit notre idiome que fort longtemps après avoir commencé à le parler. Pendant plusieurs siècles, il est pour Tobservaleur à l'état latent. Nous avons la preuve de son existence durant cette période, sans que nous ayons aucun moyen de constater les conditions dans lesquelles il se trouvait, et, par conséquent, sans que nous puissions déterminer les transformations successives qu'a dû subir sa prononciation.

B Un autre obstacle s'oppose à de semblables recherches, môme pendant les siècles du moyen âge, qui nous ont laissé des monuments écrits, c'est la multiplicité des dialectes et des sousdialectes qui se révèlent dans ces monuments, multiplicité telle qu'on 2)0'iirrait, sous ce rapport, diviser la langue de cette époque en autant de variétés que l'on eomptaitde bailliages dans la France septentrionale. Toutes ces variétés consistaient dans d'innombrables différences de prononciation; et la prononciation est un fait si fugitif, si mobile, ses nuances sont si délicates, si difficiles à saisir, les questions qui s'y rattachent se trouvent compliquées de tant d'accidents orthographiques, de tant de considérations de temps et de lieu, que l'on peut assurer, sans courir le risque d'être démenti par l'expérience, qu'il est absolument impossible de déinÊler cet inextricable écheveau, ou du moins qu'il est impossible de le faire d'une manière qui soit suffisante pour pouvoir établir la succession des divers changements qu'ont eu à subir les éléments phoniques du plus grand nombre de nos mots.

« J'ai donc dû m'imposer beaucoup de retenue à cet égard, et me borner, le plus souvent, à présenter les deux termes extrêmes de la route parcourue, celui d'où l'on est parti et celui auquel on est arrivé, c'est-à-dire le primitif latin tel qu'il existait au siècle d'Auguste et le dérivé français tel que nous le possédons aujourd'hui. Du reste, une considération doit nous faire moins regretter d'avoir été obligé de reculer devant un obstacle insurmontable, c'est que la trèsgrande majorité des mots de notre langue paraissent avoir encoie, de nos jours, la même prononciation qu'ils avaient dans le dialecte de V Ile-de-France (devenu le français), à l'époque où remontent les plus a7iciens monuments de ce dialecte ; c'est du moins ce qui résulte des longues et épineuses études auxquelles je me suis livré sur ce sujet.

« Le système graphique du moyen âge consistait à figurer la prononciation par des notations équivalentes sous le rapport du son représenté, bien que différentes sous le rapport du signe re-

présentatif. Ainsi le son c se trouve figuré par e, ee, ei, ie, ai, oi, etc. On doit penser qu'il n'est pas toujours facile de discerner l'une de l'autre la valeur phonique de ces notations.

« La même syllabe, le même mot, sont représentés de façons tout à fait différentes , non-seulement dans divers manuscrits qui peuvent avoir été écrits dans différents pays et à différentes époques, mais encore dans le même manuscrit, dans la môme page, et quelquefois dans la même ligne. C'est là une des nombreuses difficultés que présente une étude approfondie des dialectes. La question à résoudre est celle-ci : quels sont les signes graphiques servant à noter des prononciatioiTs identiques, quels sont les signes servant à noter des prononciations différentes et pouvant être considérés comme autant de caractères distinctifs de tel ou tel dialecte? Par un seul exemple, on peut juger approximativement des obstacles que rencontre la solution de la question. Il nous est fourni par le copiste des œuvres de Marie de France, qui, dans cinq fables assez courtes, écrit {loupil (vulpecula), ancien nom du renard, de vingt-quatie manières différentes et de six manières dans une seule de ces fables qui ne contient que trente-six vers : vorpil, yourpUl, verpil, gopis, fjorpil, (jopilz (fable X, p. 95); icorpil, (joupix, (/oulpis, (jurpiz, vtrpis (fable LX, p. :2.jo) ; gourpil, teorpis, youpil, werpil, golpil (fable LXI, p. 2o8); gourpiz, horpix, rjoupix, horpil (fable LXXXIX, p. 3(13) ; goupis, horpils, horpilz, gopiz (fable XCVlll, p. 387).

« Dans le Livre des Métiers, le mot guet, tout monosyllabe qu'il est, se présente écrit de cinq manières différentes. A ce sujet, M. Guessard , le savant ]u-ofcsscur de l'Kcole des chartes, fait remarquer que les cinq formes giiiel, guet, gait, gueit et guail étaient le signe multijjle d'une prononciation unique. « Je ne dis pus que ces c\ni\ formes représentassent également bien la prononciation du mot guet, ce qui pourrait se soutenir; je prétends seulement que, dans ce cas et dans tout cas analogue, le scribe a voulu peindre et rendre sensible un seul et même son. Souvent il aura atteint son but moins lienreusiMncnt ; mais là n'est pas la question. Il faut admettre à toute force que, dans un même manuscrit, toutes les formes d'un même mol, placé dans les mêmes ('onditions, ne sont (|ue des moyens divers employés par le copisli! pour reproduire la même chose, à moins d'admettre l'absurde, c'est-à-dire qu'un mol avait autant de formes parlées que de formes écrites V.n principe, on peut raflirnier hardiment,

il n'y avail au moyen âge qu'une oithographe ad libitum, à la portée de tout le monde. On n'exigeait que la représenlnlion des sons ; en quoi chacun suivait ses connaissances, son instinct, son caprice, ses habitudes, son esprit de symétrie. Je dis ses connaissances : car les clercs, les hommes lettrés écrivaient, même en français, l'orthographe latine ou à peu près; et voilà pourquoi certains manuscrits, les plus anciens surtout, offrent sous ce rapport plus de régularité que les autres. (Bibliothèque de l'École des cha'-tes, t. 111, p. 68 et G9.) »

Casimir Henricy. Traité de la informe de l'oithor/raphe, comprenant les origines et les transformations de la langue française, dans la Tribune des linguistes, !'■'= année, 1858-1859. Paris, gr. in-8. — Gramcre fransèze d'après la réforme ortografiqe. 11 livraisons, faisant suite au Dictionnaire français illustré de Maurice La Châtre. Paris, in-1.

M. Henricy s'est livré à de grandes et consciencieuses recherches sur l'histoire de l'orthographe , et présente sur la réforme des idées fort sages :

«Il y aurait folie, dit-il (1), à penser que ma Gramère fransèze d'après la réforme ortografiqe puisse servir de règle à la génération actuelle. Ce qu'on peut suivre comme un guide sûr aujourd'hui, c'est ma Grammaire française d'après l'ortliographe académique. Le Traité de la réforme de l'orthographe est à l'adresse des gens qui veulent s'éclairer sur cette importante question et qui pensent qu'une réforme serait utile. Ils trouveront là un plan complet de réforme divisée en cinq degrés; et je ne leur propose que l'adoption du premier degré, réforme bien simple, déjà pratiquée par les écrivains les pluséminents des deux dernierssiècles, notamment par Du Marsais, dans son Traité des Iropes, réimprimé en 180-4 avec cette même orthographe. »

« La conséquence de la constitution vicieuse de notre écriture, ajoutc-l-il plus loin (p. -126), est que pas un homme ne peut à bon droit se flatter de connaître parfaitement l'orthographe, de ne jamais broncher dans ses sentiers tortueux. Les gens qui la connaissent le mieux ne rougissent pas de l'avouer. En fit-on la seule étude de sa vie, on ne parviendrait pas à l'apprendre, même

(1^ Tribune des lûujubles, p. co.

à l'iiide d'une intelligence exceptionnelle. On ne parviendrait qu'à s'abrutir. L'écriture ne constitue en effet qu'un instrument, mais c'est l'instrument indispensable pour arriver à la connaissance des

sciences Or l'intelligence de l'homme %e mieux doué a des

bornes, et il est évident que, s'il l'emploie toute à apprendre ou à retenir l'orthographe, il ne lui en reste plus pour l'étude des sciences. Celui qui, grâce à de longs et pénibles travau.x et à une attention soutenue, parvient à écrire correctement quelques pages, sans le secours d'un dictionnaire, n'a donc pas lieu d'être si lier! Du reste, les plus experts en pareille matière ont toujours reculé devant le défi de subir victorieusement une épreuve. »

Il résulte du travail très-étendu et très-approfondi de M. Henricy qu'il reconnaît la nécessité de ne procéder à la réforme qu'avec mesure et successivement. Il fixe même cinq degrés, séparés par deux ans d'intervalle, pour atteindre une réforme telle (pi'il la conçoit possible. Mais, d'une part, les catégories qu'il propose feraient l'objet de longues discussions, et, d'autre pari, dix années sont un terme insuffisant pour permettre d'espérer un pareil résultat.

l'iii;i)ÉRic DiiiiNEii. iCxameti du, programme officiel des humanilés, année scolaire 1863-G4. Paris, Paul Dupont, 1863, ln-8.

Notre orthographe semble, sans doute, chose bien ])énible et bien difficile au conseil impérial de l'instruction publi(iue, puis- (|u'il établissait ainsi le programme de renseignement du français pour l'année scolaire 18G3-64 :

I. ci.xssK l'iiKfMivToiiii:. Orainiiiiiire fraiiraise : noms, adjectifs, vrrbes. Kxercices

ii'urlho(ji(iphe.

").. Ci.»ssi; m; iruirifcME. Grammaire française : révision et conliiiiiation. Kxprciccs iViirlhurjrujilie.

3. Ci.vssK i)K sci'TiKMi;. (iraiiiniairc française : révision ot conliimatioii. I.xcrcires

A'orthoijrayhe. Exercices d'analyse gramnialicalr.

4. Classk I)K. siMK.MK. (IrainMiaire française. Exercices de )(ranimairr et d'oiVAo-

graphe.

5. O.AssE i)K ciNQtihMi;. Graunnairc^ française. Exercices de grammaire cl d'oc-

Ihograplie.

II. Ci.»»SE DE gVATiiiijiE. Crammairi' française. Exercices de grammaire cl d'oi-

Ihdijraphe.

7. CI.A.SSE nE TiioisiKME. Exercices français ; récils et letthm ni n c.kmik siwi-lk.

« Pour la langue maternelle, dit M. Diibner, p. 3, et dans les lycées impériaux, six années rl'exercices de grammaire et d'orthographe avant de pouvoir être admis, dans une septième année d'étude, à composer des lettres d'un gen7-e simple! »

ÉDOUABD Ragdx, ptofesseuf à l'Aeadémie de Lausanne. Orthographe rationne/le, ou orthographe phonétique, moyen d'universaliser rapidement la lecture , l'écriture, la bonne prononciation et l'orthographe, et de réduire considérablement le prix des journaux et des livres. Paris, à la librairie de la Suisse romande, 1865, gr. in- 16.

Ce petit traité (278 pages seulement) est fort intéressant, et, ce qui est rare dans les ouvrages de ce genre, se laisse lire d'un bout à l'autre sans fatigue et sans ennui. 11 est le catéchisme de la réforme radicale en matière d'orthographe.

M. Raoux, venu le dernier parmi les phonographes, a su habilement profiter des travaux de ses nombreux devanciers. J'ai donc cru devoir, comme je l'ai fait pour Beauzée, le représentant le plus important de l'autre école, celle des néographes, lui consacrer une attention plus particulière. Les reproches qu'encourra son système s'appliqueront naturellement, pour une grande part, à tous les autres.

L'ouvrage se compose d'une partie critique et d'une partie dogmatique. Je ne reproduirai pas , parmi les critiques que l'auteur adresse à l'ancien système orthographique, celles qui ont été déj.'i faites par ses devanciers, bien qu'il ait su leur donner un tour nouveau, les accentuer et les développer davantage. Je dois me borner à la part d'idées neuves , et elles sont assez nombreuses , que M. Raoux a présentées dans son livre.

Comme son devancier, Louis Meigret, le professeur de Lausanne travaille pour le commun peuple : son livre est dédié aux travailleurs de tous les pays. La réforme orthographique aura pour conséquence, selon lui, d'élever le niveau intellectuel des masses ; de mettre à la portée de tous le prix des journaux et des livres ; de multiplier le nombre des esprits supérieurs ; de faciliter les relations internationales par la préparation ou la création d'une langue universelle ; de placer des habitudes logiques à la base de la première éducation; de faire monter vers les plaisirs intellectuels des millions d'hommes qui descendent chaque jour plus bas dans les jouissances de la matière.

L'auteur expose ainsi ses principes :

« De toutes les merveilles dues au génie de l'homme, les deux plus fécondes^, en même temps que les plus méconnues, sont assurément le langage et l'écriture. Traduire, en déplaçant un peu d'air, tout le monde invisible du sentiment et de la pensée ; fixer, en traçant quelques signes, tous les sons fugitifs de la parole ; saisir au vol ces ondes sonores et les emprisonner pour toujours dans quelques caractères alphabétiques : voilà deux miracles qui ne lasseront jamais l'admiration des siècles. L'écriture surtout, qui permet d'entendre une voix parlant à deux mille lieues, ou éteinte depuis trois mille ans ; l'écriture, qui permet d'accumuler toutes les conquêtes de l'esprit humain dans ces temples lumineux qu'on appelle des bibliothèques ; l'écriture, enfantement laborieux des génies de cent générations, a des droits particuliers à cette admiration et à notre reconnaissance.

« L'écriture est, en effet, l'immense et merveilleux réservoir de la pensée humaine. C'est là que viennent s'accumuler, une à une et de siècle en siècle, les découvertes du savant, les méditations du philosophe, le monde idéal de l'artiste et du poëte, le monde réel des vulgarisateurs de la science pratique. Chez les peuples où l'écriture n'existe pas encore, tous ces trésors disparaissent presque à mesure qu'ils se produisent. Toutes ces brillantes manifestations du talent et du génie s'envolent avec la voix, et il ne reste, pour les générations suivantes, que des fragments défigurés par les infidélités de la mémoire, les fantaisies de l'imagination ou les aberrations de l'ignorance. Dans les pays où l'écriture apparaît, l'aurore commence, et, à mesure que les systèmes graphiques se perfectionnent, le niveau de l'intelligence publique s'élève, le jour fait reculer la nuit.

« L'abîme qui existe aujourd'hui entre la langue partir et la langue écrite n'existait pas à l'origine. Les lettres servaient alors à représenter des sons, et non à favoriser le fastueux étalage de rérudition linguistique. On écrivait pour exprimer sa pensée et non pour faire savoir à l'univers que l'on avait appris les langues mortes et les idiomes septentrionaux (I).

(1) Celle |iro|)osilion, jiisie en principp, ni- saiir.iil s'.ippliiiiior à l,i Iaii;;iir li;in(.<iiso, <|iii est d'iiriKinc prcsciuc l'MluîiivciiKMil laliiio, plutôt ipii' crlliiiiio it )ti>i'iiiiiiii<pii'. (Voir plus liaul l'niiulysu du livri! do M. de Chrviillct.) Dans li> Vantique. lie sainte Kuialie, du dixivim; sIMi!, dans les Loin de Guillaume le Conquérant , du onzii'inc, duiis la Cliansun tle ItulnnU , du duu/li'iiiv . un

« On trouve la preuve de cette écriture presque entièrement phonétique dans tous les documents de la langue gallo-ligurienne ou provençale et des patois romans qu'on parlait au nord de la Loire, sous le nom de langue d'oïl. Cette première phase s'étend du neuvième au treizième siècle.

« Mais, à partir de cette dernière époque, l'ennemi commença à pénétrer dans la place. Les alphabets grec, latin et septentrionaux s'insinuèrent sournoisement dans l'écriture française. Les lettres inutiles ou muettes vinrent peu à peu étaler leur vaniteuse oisiveté au milieu des lettres actives ou phonétiques. »

M. Raoux attribue à Joinville, qui vivait à la fin du treizième siècle (1), à Froissart à la fin du quatorzième, et surtout à Philippe de Comines au quinzième siècle, le tort d'avoir ainsi surchargé l'orthographe de lettres inutiles. Au seizième, Marot, Despériers, Rabelais, Montaigne, suivirent plus ou moins la même route. M Alors commença le fatal divorce entre le son et le signe, entre la langue parlée et la langue écrite. Alors aussi commença la célèbre croisade de la réforme orthographique, qui devait se continuer jusqu'à ce jour. »

Je citerai en passant un curieux calcul de M. Féline, cité par M. Raoux, mais que je crois un peu exagéré, sur les résultats économiques de la réforme phonétique.

trouve nombre de lettres étjmologiques qui certes ne se prononçaient pas. Les scribes, affiliés en général au clergé ou à l'Université, ont bien rarement fait abstraction du latin ; mais leur ortbograplie, variable et indécise, était beaucoup plus simple et plus rapprochée de la prononciation ((ue la notre. Cette prononciation et cette orthographe variaient toutefois selon les dialectes: < ... Et pour ceu que i< nulit ne tient en son parleir ne rigle certenne, mesure ne raison, est laingue ro- « mance si corrompue, qua poinne li uns entent laultre ; et a poinne puet-on u trouveir a jourdieu persone qui saiche escrire, anteii-, ne prononcieir en une Il rneismes semblant menieire, mais escript, ante et prononce li uns en une guise « et li aultre en une autre. ■- (Préface des Psaumes de David en langue romane de Lorraine, citée par M. Le Roux de Liiicy, introduction des Quatre livres des rois, p. xLii. Ce texte est de la fin du xiv= s.)

(1) On n'a point le texte original de Joinville; le plus ancien manuscrit de ses Mémoires que l'on connaisse est celui (pie possède notre Bibliothèque imi)ériale. Cette copie, cependant, ne saurait être postérieure au xiv" siècle. Mais elle ne reproduit pas, très-probablement, l'orlliograplie de l'original. On la croit généralement écrite vers 1350, c'est-à-dire environ trente ans après la mort de Joinville qui écrivit (ou du moins fit écrire) ses Mémoires en 1309, ainsi que l'indique le texte : « Ce fut escript en lan de grâce Mcccix ou moys doclouie. »

« J'ai cherché, dans plusieurs phrases, quelle serait la diminution des lettres employées, et celle que j'ai trouvée est de près d'un tiers; supposons seulement un quart. Si l'on admet que sur 35 millions de Français, un million, en terme moyen, consacre sa journée à écrire; si l'on évalue le prix uioyen de ces journées à 3 francs seulement, on trouve un milliard, sur lequel on économiserait 230 millions par année.

« La librairie dépense bien une centaine de millions en papier, composition^ tirage, port, etc., sur lesquels on gagnerait encore •25 millions.

« Mais le nombre des gens sachant lire et écrire décuplerait ; les livres coûtant un quart moins cher, il s'en vendrait, par cela seul, le double, et le double encore parce que tout le monde lirait. De sorte que ce profil de 275 millions serait doublé et quadruplé, et l'économie imperceptible d'une lettre par mot donnerait un bien plus grand bénéfice que les plus sublimes progrès de la mécanique On s'inquiétera pour les chefs-d'œuvre de notre littérature. Mais il ne s'agit pas de supprimer l'alphabet actuel ; il continuerait encore pendant longtemps d'être employé par les lettrés, comme la langue latine a été pendant tant de siècles la langue savante et seule écrite, comme les chiffres romains dont on fait encore usage. Il s'agit seulement pour ceux qui ne peuvent recevoir une éducation complète et suivre les écoles secondaires , d'acquérir par l'étude la plus sonmiaire une seconde manière d'écrire qui les mette en rapport avec la masse du peuple et leur fasse gagner une heure de travail sur quatre. »

La deuxième partie de l'ouvrage, intitulée : CritUjuedusi/slàiif (jraphique actuel, est un travail solide et vraiment remarquable. I, 'auteur signale d'abord les vices suivants : lettres à double et à triple emploi ; — lettres surérogaloires ; — voyelles s'écrivant chacune de dix, vingt, trente et cinquante manières différentes (ch. m, § 1); — voyelles et consonnes changeant arbitrairement (h; valeur ijlionétique suivant leur entourage; — réunion de lettres identiques se prononçant différemment et de lettres difféïi'wU'f, so prononçant d'imo manièrt^ identique ; — sons simples ou inono|)hon('s s'écrivant avec deux, trois et même six lettres; — mots dans lesquels on ne prononce pas une seule lettre avec le son que lui assigne l'alphabet ; — sons qu'on ne prononce pus et ({u'on écrit iivec le mèmu scru|)Ule i|U(> les Nigncs non

muets; — quatre signes différents pour indiquer le pluriel ; — les mêmes signes pour représenter le singulier et le pluriel; — un enchevêtrement inextricable de règles, d'exceptions, de sousexceptions, de subtilités scolastiques, d'abstractions inintelligibles.

« Voilà, dit M. Uaoux, cette célèbre écriture, vaniteusement baptisée correcte et orthodoxe (orthographe) ; voilà le haut et savant grimoire qui nous a été légué par les fétichistes gréco-latins, par ceux qui ont voulu repéirir une langue vivante avec les détritus de deux langues mortes. Merveilleux labyrinthe, en effet, oii l'on se perd encore après vingt ans d'étude; admirable système qu'on emploie un quart de siècle à ne pas apprendre. C'est un peu moins mal, pourtant qu'en Chine, où l'on passe sa vie à n'apprendre que cela. »

Passant à l'étude de l'alphabet, l'auteur annonce que la critique qu'il en va faire n'a pas pour but de rejeter toutes les lettres de l'alphabet français et d'en couler d'autres dans des moules entièrement nouveaux , comme le fait la sténographie, mais seulement de les ramener à des principes rationnels, quant à leur nombre, à leur nature, à leur valeur phonétique et à leur forme.

« Personne ne contestera cet axiome : que le nombre des signes d'un alphabet rationnel ne doit être ni supérieur ni inférieur au nombre des sons fondamenlanx de la langue à laquelle il appartient. » Il suffit de rapprocher, à cet égard , les principes posés, dès 1660, par Port-Royal. Voy. p. 3 et p. 123.

o Or l'alphabet français est en pleine révolte contre cet axiome, car il possède six lettres entièrement superflues, et manque d'une douzaine de signes simples pour représenter des sons élémentaires.

« d" Il possède six lettres superflues, parce qu'au lieu de représenter chaque son élémentaire par un seul signe, il a commis la faute d'en employer plusieurs.

« Ainsi, au lieu de traduire le son simple QE par un seul signe ou par une seule lettre , notre alphabet ne lui en assigne pas moins de quatre, savoir : C, K, Q, CH (col, kilo, queue et clwral). N'est-il pas évident qu'il y en a trois de trop ?

« Le son I est actuellement représenté par les trois lettres I, ?, Y (image, haïr, yeux). Ne devrait-on pas en retrancher deux?

« L'articulation S est aujourd'hui gratifiée de trois signes, savoir : C doux, Ç cédille et S [Cécile, reçu, son). Un seul ne suffi-

rait-il pas à l'écriture ordinaire, quand il suffit aux écritures stéiiographique, italienne et espagnole (1) ?

a La lettre H représente un son qui n'existe pas, puisqu'il n'y a pas d'aspiration dans la langue française ; pourquoi donc embarrasser notre alphabet de cette lettre parasite, surtout lorsqu'il lui en manque une douzaine ?

« La lettre X fait double emploi avec S, Z, GZ et QS {dix, deuxième, examen, index). Pourquo occupe-t-elle inutilement la place qui serait si convenablement remplie par l'une des douze lettres qui attendent h. la porte?

« Enfin, le double W, signe intrus, maladroitement emprunté aux alphabets septentrionaux, se permet aussi de jouer sur le clavier des variations phonétiques, et se prononce tantôt V, tantôt OU, tantôt EU {Wolga, ]Mlliam, New-York).

« Voici donc six plantes parasites sur le vieux tronc de l'alphabet, six lettres parfaitement superflues, C, K, H, X, Y, ^^', dont il serait grand temps de faire l'amputation.

« Après s'être donné le luxe de six lettres superflues, le vieil alphabet nous présente le spectacle d'une indigence dont le chifi're est double. Douze lettres lui font défaut lorsqu'il veut traduire les douze sons simples, ou les douze notes nouvelles de la gamme alphabétique. Aussi est-il obligé de recourir, pour combler cette lacune, au stratagème des accents et des signes binaires, qui viennent jeter d'innombrables complications dans l'orthographe et de nouvelles ténèbres dans la leclure, l'écriture et la prononciation.

a L'accent aigu et l'accent grave jetés sur l'c muet devront le transformer en e fermé et en e ouvert (É, È), et les paires de lettres (digrammes) EU, AU, OU, CH, G.N, LL, AN, EN, IN, ON, UN, seront chargées de représenter des voyelles et des articulations simples.

« Si, du moins, chacune de ces lettres et chacun de ces couples, ou digrammes, n'avait qu'une seule valeur phonétique ! Mais non. La lettre C traduit les quatre sons qe, se, r.vK et eu (cocarde, Cécile, second, vermicelle) (2) ; — (î, les quatre articidalions gue, JE, NiEU et QE {digue, gerbe, agneau, sang, rang élevé); — X, les articulations QS, cz , s, z, cn^ {index, examen, Aix, deuxième.

(1) M. Raoux aurall pu ,'ijiiutcr que lo s usurpe Irop soiivcnt l.i place du :, le <|ui isl liirl roKretlaltle.

(2) On coiiiiiiuiice à prunonccr, conformément à l'écriture, vermicelle.

Ximenès) ; — la voyelle U représente les trois sons u, o et ou {urne, punch, minimum, Equateur, aquatique) ; — la consonne D, les deux articulations d et t {don, profond abime); — la lettre F, celles-ci : f et V (fier, dix-neuf ans) ; Z correspond à z, s, dz, ts [zéphir. Rodez, mezzo,piazza) (1). »

a Les différences de valeur des digrammes eu (j'ai eu, un peu), ch (charilé, archange, almanuch), gn [stagnation, agneau), etc., ne sont pas moins nombreuses que celles des lettres simples. »

Tout ce travail du professeur de Lausanne est intéressant, et il serait bon de s'y reporter, si l'on voulait constituer un alphabet normal pour la transcription de nos patois^, ou des langues orientales, ou même simplement pour fixer un type uniforme de figuration de la prononciation dans nos dictionnaires, soit français^ soit bilingues.

Toutefois l'auteur aurait dû citer les savants académiciens qui l'ont précédé, Beauzée, Domergue, et surtout Volney, qui, l'un, en 1767, l'autre, en 180(), le dernier, en 1820, ont traité à fond cette matière. Le troisième surtout a placé, dans son ouvrage intitulé : L'Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques, une discussion excellente et approfondie de la valeur et de la distinction de nos voyelles et de nos consonnes. Après un si docte travail, il ne restait plus guère qu'à glaner et à perfectionner (2).

Dans le chapitre suivant, intitulé : Vices des combinaisons binaires et ternaires des lettres, ou des bases de l'écriture, l'auteur étudie les effets de la combinaison des lettres de notre alphabet deux à deux et trois à trois pour former les éléments de l'écriture. On ne peut donner ici que quelques exemples du singulier effetde ces unions.

lA garde le son naturel de ses composants, mais AI devient k, È (j'ai, naître). — UA donne le son oua ou a [équateur, quadrille); AU donne le son o (autre). — 10 ne produit pas de son nouveau, mais 01 donne un son voisin de oa [roi). — YO est stérile ; mais OY offre trois sons : ou, a, i (voyelle, royaume, moyen) ; — EU a la même valeur que UE {jpeur , cueillir) (3) ; — S entre deux voyelles se transforme en z [trésor, aisante); mais il y a des exceptions : vraisemblance, préséance.

(1) M. Raoux aurait pu ajouter la lettre Y, qui représente les sons suivants I, I, Kl, II, m {La Haye, style, abbaye, paysan, citoyen).

(2) Il aurait dû aussi mentionner MM. Marie et Kiline.

(3) Et en outre le son u : feus, yayeurc.

APPENDICK U. 205

L'auteur a réuni d'autres exemples, en assez grand nombre, de vices analogues de nos combinaisons alphabétiques. Le son A s'écrit, d'après M. Marie, de 25 manières; le son AN, de 52; le son 0, de 30; le son ON, de 26; le son OU, de 28; le son 01 , de 25 ; le son È, de 35 ; le son É, de23 ; le son EU, de 20; le son I, de 29 ; le son IN, de 34, etc., etc. En tout, 540 manières d'écrire 31 sons. M. Dégardin, qui a refait ce compte, trouve 368 variantes.

Dans les articles suivants, ^L Raoux passe en revue les .sons différents s écrivant de la même manihe. Ex. : diagnostic et nr/ncau, allier et balbutier ; fier verbe et fier adjectif; fille et ville; il est de l'est ; — puis les sons identiques s'èiriiiant avec des signes différents. Ex. : vingt, vin, vain, vint ; cène, saine, Seine, scène; — les sons nuls s'écrivant avec des annexes ou signes muets; ex. : bah, choral, honneur, plomb, chaiid, froid, clefs, œufs, bourg, fusil, baril, etc.

Dans les derniers chapitres de la deuxième partie, l'auteur s'occupe des vices de l'écriture dite orthographe de principes. Nous avons six marques différentes du pluriel : S, Z, X, ï, NT, ENT (les gens, vous aimez, les deux, ils vont, ils ouvrent, ils aimaient). Sur ces six marques, cinq sont en même temps des signes em- |)loyés au singulier : bras, nez, doux, vent, pont (1). Certains mots tirés des langues étrangères prennent notre marque du pluriel (altos, erratas, opéras, pianos, quatuors, villas, zéros, etc.) ; d'autres ne la prennent pas (des alibi, les critérium, les choiera, les crescendo, etc.). 11 passe en revue ensuite les différentes irrégularités que l'on peut signaler dans l'orthographe des verbes, de leurs temps et des participes.

L'auteur termine cette seconde partie par un tableau très-animé des inconvénients, pour la nation tout entière, qui résultent de l'iuipossiliilifé ((|u'il s'est efforcé d'élalilir) d'apprendre la grammaire et l'orthographe.

La troisième partie est consacrée à l'exposition du système phonétiqui', que je ne saurais dire être celui de M. Haoux, car la

(1) [| fl«t ri'Rri'lt;il)lc ipip pour !<• mot fils li" singulier ne puisse se dIstinRurr (lu pluriel «(iiiiiiii' iliins \f l.iliii. /î/iMs, filii, «iiniini" en italien, figlio, figlj , m pspannol liijo. Iiijiis. .\in>i,<lans le la* dr la raison sorialo (I'hiic maison île commcrre, rnnimenl savoir lors(|ii'c>n lit l'irmin Didol (reres et (ils, par exemple, s'il y a un ou plusieurs (ils? Il serait ili!siral)lc i|u'on pill, au pluriel, rvlalilir la lettre .« loii); pour le distinguer du sinijulier.

206 APPE NDICE D.

part de ses devanciers, depuis Meigret et Ramus jusqu'à Doniergue , Volney , Marie et Féline^ est si grande, dans l'édification des diverses parties de la méthode, qu'elle devient de jour en jour une œuvre impersonnelle à laquelle chacun se contente d'apporter une assise, soit même une simple pierre.

« Tous les éléments phonétiques, dil-il, dont se composent les 150,000 ou 200,000 mots de la langue française et les autres milliers appartenant aux idiomes méridionaux se réduisent au chiffre de 43, dont 23 primitifs ou fondamentaux (voyelles), et 18 modifications (consonnes, articulations), n

Voici son alphabet phonétique (alphabet des sons) complet pour les langues du nord et du midi de la France :

8 voyelles mères : a, è, é, i, e, o, ou, u.

8 modifications nasales : aw, ain, en, in, eun, on, oun, vn.

9 modifications orales : d, ê, ë, i, ï, eu, 6, ou, à (Ij. 9 articulations dures : p,f, t, q, l, r, ch, s, n.

9 articulations douces : b, v, d, g, ll,j, z, gn, m.

(I La linguistique comparée dira ce qui manque à cet alphabet pour exprimer fidèlement les sons de tous les idiomes anciens et modernes, c'est-à-dire pour être réellement universel. Ce qui est certain, c'est que, malgré sa richesse, le languedocien actuel ou le gallo-romain contient trois sons de moins, Vc muet, VampH/ication eu et la nasale eun. La langue française a rejeté ou laissé perdre les trois nasales en, oun, un (2) et l'e double aigu, qu'elle

(1) M. Raoux néglige deux voyelles distinctes reconnues par Volney (voir p. 171) : CM, clair, guttural : ctciir, peur, bonheur, dilIVrent de eu profond, creux : eux, deux, ceux ; et l'e que le savant académicien appelle e golliiciue sensible dans ces \nali: que je me repente, tandis que l'c muet ou féminin se rencontre dans borne, ronde, grande.

(2) Il ne s'agit pas ici de notre son un dans chacun. M. Raoux l'appelle eun ou e nasal, et le représente par en. Un exemple éclaircira ce passage un peu obscur dans son livre : dans charmant, torirment, coefficient, ennuyer, c'eut Va nasal {an de M. Raoux ;dansja)rfin, il tient, c'est Vè nasal >é;i de M. Raoux) dans immortel, c'est l'i nasal (in de M. Raoux) ; dans chacun, c'est l'e inuct nasal (en de M. Raoux). Nous n'avons pas, dit-il, dans notre langue Vit nasal qui apparaît dans les patois du midi.

J'avoue que, n'étant pas familier avec les patois du midi, je ne puis me rendre compte de la valeur de cet «nasal, distinct, selon le professeur de Lausanne, de notre son un dans quelqu'un, chacun. Mais je suis fondé à penser que, puisque 51. Raoux interprète re dernier son par e nasal, et qu'il le nomme eun, c'est qu'il prononce e muet comme eu, ce qui est cliez nous une prononciation vicieuse.

confond avec 1'/. Et comme l'e et l'è ne sont pas pour elle deux sons réellement distincts, puisque ces deux accents se substituent fréquemment l'un à l'autre (1), il en résulte que le nombre des éléments phonétiques du français se réduit à 37, savoir, 26 proprement dits (dont 8 voyelles et 18 consonnes), plus 5 modifications nasales et 6 orales. »

Pour former son alphabet phonographique, destiné à représenter dans l'écriture l'alphabet des sons qu'il vient d'établir, l'auteur a recours à deux principes qui servent de base à la sténographie : un seul signe simple pour chaque son simple, et réciproquement, des signes modifiés pour des sons modifiés, ou des modifications de signe pour des modifications de son. Ces principes, qui sont ceux de Port-Royal, ont été admis par presque tous les réformateurs précédents.

Après avoir éliminé de l'alphabet nouveau les six lettres : c, k, II, X, ij, M', dont les unes représentent chacune plusieurs sons, dont les autres sont affectées à un même son, et dont l'autre n'en représente aucun, l'auteur conserve de l'ancien alphabet les 20 signes suivants : a, b, d, e,/, g, i, j, l, m, n, o, p, q, r, s, t, û, V, s. Les six autres sons simples sont représentés, dans l'ancien alphabet, par quatre signes binaires : ou, ch, gn. II, et par deux signes modifiés, e et c. L'auteur adopte pour le son ou le signe proposé par Kamus et par Volney : ou Le ch, forte duy, est figuré par cette même lettre sans boucle et sans point supérieur, j , le J- avec boucle conservant sa valeur ancienne de j.

La distinction entre les deux signes j pour ch et a pour est bien légère , surtout dans l'écriture : l'auteur aurait dû , ce me semble, conserver au moins le point supérieur à ce dernier.

M. Raoux repousse pour gn le signe n tilde {A) adopté par Buf- (icr, Volney, Marie, Ilenricy et Féline. Il propose ce signe ^, qui rappelle également la lettre n, et rentre dans la règle de symétrie qu'il préconise, c'esl-à-dirc l'emploi de boucles pour représenter les sons doux (2). Il repousse également le \ proposé par le P. RuI'lier pour l ou // mouillé, et, en vertu du principe ci-dessus,

(1) i:xi'iii|ilc de l'i (lit ouvert : succès, caisse, fer, mcr,fctc, faite.

(2) M. lUioux uuhlie de diic i[ue ci'ltc ri'glu est eliipruiilt'e de itanuis, <|iii dès 1502 (vuir p. 100) l'avait mise en i>ra(ii|uc, et que son n à jambage a Hi intenté par Meigrel (voir p, i)6).

adopte le / à boucle, réservant le l sans boucle pour le l ordinaire.

L'auteur a reculé devant rintroduction de nouveaux signes pour e, c, et pour ses voyelles nasales ««, en, in, on, en. Il donne au signe ê la valeur phonétique de eu, au groupe in la valeur de im, et au groupe en l'ancienne valeur de e2t7i.

Ces changements d'emploi de signes anciens me paraissent une transaction malheureuse : dans un système qui aspire à une complète rénovation graphique, il fallait éviter toute capitulation, toute équivoque avec l'ancienne écriture passée en habitude et que les novateurs voudraient proscrire. Et quant aux voyelles nasales, qui se rencontrent de 8 à 10 fois en 30 mots, il n'aurait pas du leur conserver le signe binaire qui a encouru toutes ses sévérités. Il eiît obtenu ainsi une économie notable dans l'écriture et l'impression, et eût restitué à ces digrammes le caractère extérieur de voyelle simple. Domergue et Féline n'avaient pas ainsi sacrifié sur l'autel des anciens dieux. Il est vrai que la suppression de ces n parasites, leur remplacement par un trait diacritique, donnait à leurspagesune apparencehétéroclite devantlaquelleM. Raoux aura sans doute reculé. Cependant, durant trois siècles, l'œil des lecteurs du latin et du français était accoutumé à voir ainsi écrits ou imprimés : hôte, ièps, c/iàgemët, côditiô, amàt, veniùt, les mots que nous figurons par : bonté, temps, changement, condition, amant, veniunt. Reprendre cette forme archaïque de la voyelle nasale eût mieux valu, ce me semble, que, tout en conservant la consonne n comme signe de nasalité, d'affubler nos voyelles d'accents qui n'économisent aucune lettre.

« En résumé , dit l'auteur, l'alphabet phonographique conserve : 20 lettres de l'alphabet actuel; — 2 lettres modifiées par des accents {é, è); — 2 signes modificateurs de sons (accent circonflexe et n nasal).

« 11 élimine : G lettres proprement dites (c, h, k, x, iv, y); — G signes binaires {eu, ou, au, ch, gn, II); — 2 signes modificateurs (cédille et tréma).

0 11 dédouble les formes duj et du / pour représenter leurs deux sons similaires; — il rectifie trois signes binaires {en, in. en).

« Enfin, il ajoute deux signes nouveaux pour // mouillé ot le son ou, »

APPKNDICE D.

Vuici le nouvel alphabet complet, avec l'indication des valeurs nouvelles :

/ (j) J (ch)

{mouillé)

fe")

(eu)

an

en

(in)

in

(iin)

on

en

(eun)

Dans le nouveau système, les 26 caractères de l'alphabet ne changent jamais de valeur phonétique, quels que soient les signes qui les précèdent ou les suivent dans la composition des mots. Kx. :

haVa

ahi

anguille

angine

anneau

ano

chiquenaude

jiqenode

ôter

Ole

pré aux clercs

pré 6 qler

chapeau

japo

chocolatier

JO'jOliltlC

agneau

perplexité

perptéqsité.

heureux

éré

sexagénaire

seqsagénère

boule

libtle

construction

qonstruqsion

homme

omc

slrictemcnl

striqteman

femme

famé

strychnine

slriqnine

chacun

jaqen

emprunteuse

anprenicze

oiseau

toazo

I/auleur pose ce principe, sur lequel je crois devoir appeler toute l'attenlion des novateurs en orthographie : Maintien de tous les sitjnes utiles pour l'intelligence des mois et des phrases et pour l'euphonie de la lanrjne parlée ; élimination de tous les autres sif/nes.

« On écrira donc, continue M. li;ioux, toutes les lettres grainmalicales qui servent à éclaircir le sens des mots et des phrases, à lever des doutes, à faire disparaître des équivoques ou î» prévenir des hiatus cl des consonnunees désagréables. Toutefois, on distinguera les lettres actives uu phoneliiiues des lettres pa>sivi-s ou

muettes, en les séparant par un liret indiquant que ces dernières n'ont pas droit aux honneurs de la prononciation, et ne sont que des signes additionnels dont la destinée est de disparaître lorsque la langue parlée aura comblé ses fâcheuses lacunes et réduit le nombre exorbitant de ses homophones.

0 Ainsi l'on écrira le r de l'infinitif et le ; de l'impératif (en les séparant par un tiret) toutes les fois que le sens de la phrase ne permettra pas de les distinguer l'un de l'autre, ainsi que du participe passé, c'est-à-dire lorsqu'on hésitera entre les trois homophones e, er, ez des verbes de la première conjugaison : aimé , ainie-r, aiine-z, travaillé, travailler, travuille-z. On écrira encore : montez à cheval ; il boiT et mange bien ; je voudrais qu'il alIàT avec vous, etc. »

Cette citation suffit pour faire écrouler tout le système de M. Raoux, et il prononce lui-môme, sans s'en apercevoir, la condamnation de la phonographie comme écriture usuelle de la langue française, comme méthode même d'enseignement dans les classes élémentaires.

En effet, l'auteur reconnaît, avec une bonne foi parfaite, la nécessité ùe fixer le sens des mots ainsi que des phrases, de lever tous les doutes, de faire disparaître les équivoques, de prévenir les hiatus et les eonsonnances desarjréablcs. N'est-ce pas là, je le demande, une tâche complètement au-dessus des forces de celui qui n'a pas acquis la connaissance la plus approfondie, la plus minutieuse, delà langue française? Nous voici ramenés, avant d'aborder l'étude de la nouvelle écriture, à cette grammaire si complexe, avec ses milliers d'exceptions et de sous-exceptions, objet de tant de malédictions de la part des novateurs (1). Bien plus, pour accorder ces temps de verbes, ces participes, ces substantifs, ces adjectifs ; pour leur conserver sur le papier ces marques euphoniques auxquelles notre oreille est si sensible, si délicatement habituée ; pour introduire dans la tacbygraphie qu'on nous propose les nombreux synonymes avec leur ancienne orthographe, l'élude de la grammaire française ne suffit plus : la connaissance complète du latin et de la basse latinité est indispensable, ainsi qu'une teinture du grec. Quel trouble pour les adeptes de la phonographie, habitués à figurer uniquement le son, s'il leur faut

(1) Voir le le\le de M. liaoïix , [i. 12U.

combiner les deux systèmes, l'ancien et le nouveau^ et s'arrêter avant d'écrire une phrase pour tenir compte des difficultés de' l'étymologie et des exigences de la syntaxe!

Que deviennent alors les 30 millions d'artisans, de pauvres enfants, de manouvriers des villes et des campagnes qui, en France, en Belgique, en Suisse, dans tous les pays de langue française, devaient être émancipés de l'ignorance en une ou deux saisons d'école? Les voilà ramenés aux difficultés de la grammaire et aux études grecques et latines dont on prétendait les dispenser.

Quant à ceux qui ont reçu cette instruction si pénible à conquérir, peut-on espérer qu'ils adoptent jamais une nouvelle manière d'écrire, même simplifiée, si elle ne les dispense pas de se rappeler continuellement l'ancienne pour la solution des cas litigieux? Chacun de CCS mots anciens, par sa configuration devenue familière, par les radicaux si souvent transparents sous l'enveloppe graphique, ne réveille-t-il pas le souvenir de ses congénères et de sa signification?

Sans doute, s'il s'agissait uniquement de former un peuple ignorant, sans passé littéraire, des habitants de la Polynésie, par exemple, à une rapide connaissance de la lecture et de l'écriture française, un syllabaire, une méthode phonétique, aurait de grands avantages ; mais pour une nation riche d'une littérature qui date de six siècles, ses vocables, ses syllabes même, font, pour ainsi dire, i)artie intégrante de son histoire intellectuelle ; les transformer de fond en comble, c'est rompre la chaîne non ialerronipue des traditions oii s'est formé son génie.

Dans les chapitres suivants, M. Raoux applique son système de phonograpliie à i)kisicurs langues de l'Europe. En ajoutant à son alphabet les signes de Ve double aigu (e), le i mouillé (i), et les trois nasales en, wrif un, il possède, d'après l'auteur, la gamme complète des sons du bel idiome des troubadours. Quant à la transcription de l'italien, je n'en vois pas troj) l'utilité pour iu)us, surtout (juand on lenonce ii figurer l'accent tonique.

J'en dirai autant de l'espagnol et du latin, ii l'écriture plionograpliique desquels l'aiitrur consacre qu('U|ucs pages. Sa Iranscriptiou lie ralicniaiid, i)nur êlre lidèU', néccssilcrail l'addition de nouveaux signes pour le li et le ili fortement aspirés. Mais c'est pour nous transcrire fldèlenient la prononciation de l'anglais que la nouvelle uu'llinde sciait inlinimeiit précieuse. Elle remplacerait

avec une supériorité incontestable le système de voyelles chiffrées usité dans les meilleurs dictionnaires anglais-français.

Il serait donc désirable qu'en tête des dictionnaires anglais, arabes, turcs, aussi bien que de ceux des patois des langues de l'Europe, on représentât la prononciation dans un système phonographique perfectionné et convenu entre les linguistes. Une page, placée en tète de chacun de ces lexiques, suffirait pour tracer toutes les règles de lecture de cet alphabet véritablement phonétique. Avec l'aide du temps, les personnes studieuses en prendraient l'habitude, et le pas, difficile à franchir, pour la constitution d'un alphabet européen et d'une écriture européenne serait plus tôt accompli.

Je m'unis donc, pour cette application importante, aux vues de l'auteur, si bien développées dans ses dernières pages, que je dois renoncer à analyser. Cet art nouveau , auquel il s'est voué , n'a pas encore dit son dernier mot; il est en instance devant les corps savants, les universités et les académies. Loin de faire reculer la philologie comparée et la science rationnelle du langage, il ne peut que leur procurer de nouveaux moyens d'analyse. Les sténographes y puiseront sans doute de leur côté une utile préparation. Mais, pour arriver à son complet développement, si jamais elle y parvient, la phonographie aura besoin de mûrir, à l'aide du concours, de l'examen et de la contradiction des hommes compétents et, surtout, pratiques. Jusque-là , ses adeptes feront bien de se garder de cette âpreté de langage particulière aux penseurs solitaires et aux causes méconnues.

J'ai cru devoir entrer clans ces détails historiques pour montrer combien il serait difficile de concilier le système phonographique avec le système orthographique des langues néo-latines, particulièrement avec notre langue, et de cet examen il résulte que notre alphabet, tout incomplet qu'il est, peut, avec de légères modifications, suffire à l'expression de tous les sons de notre langue.

S'il est regrettable qu'en 1740, l'Académie française ne se soit pas montrée aussi hardie que le furent l'Académie de la Crasca en 1612, rAcadémiedei>/rtf/77c?enl726, et le grand Vo^

cahulario portuquez de Goïmbre en 1712, qui ont rapproché l'orthographe de la prononciation autant qu'il était possible de le faire avec notre alphabet, et que, dans son Dictionnaire, elle se soit arrêtée à moitié chemin, du moins, en ouvrant la voie aux améliorations successives, elle l'a débarrassée des entraves d'un grand nombre de lettres inutiles et d'anomalies qui fatiguent inutilement la mémoire, rebutent l'enfance et surchargent la grammaire de règles et d'exceptions.

Abréger et simplifier sont des besoins impérieux de notre époque : le système métrique a remplacé l'ancien système, si compliqué et si irrégulier, de même que la numération des Arabes a remplacé la pénible numération des Romains, et lorsque l'on compare l'orthographe du Dictionnaire de l'Académie de 1694 avec celle d'aujourd'hui, on voit qu'il reste peu de chose à faire pour compléter l'œuvre de 1740.

Mais, si Racine a ézni prétensiim et flàme, et qu'on veuille imprimer ainsi ces mots dans ses œuvres, et, de même, si l'on voulait imiter Corneille et Racine écrivant vangeance et arnionie; Rossuet et Montaigne, prnndro, commanccr; Fénelon n'imprimant toutes ses éditions qu'ainsi : les Avantures de Télémaque\Qx\ûn^ si, àl'exemple de Voltaire, dontl'Académie aen partie adopté l'orthographe dans sa dernière édition, on écrivait comme lui philosnfe ou même /ifowfe, bihtiotèqiie, téologie?!, quel inconvénient peut-il en résulter?

Les modifications, qui ne touchent en rien à la langue, et ne portent aucune atteinte à nos chefs-d'œuvre, même poétiques, contribueront, bien plus qu'on ne saurait le croire, à maintenir et prolonger la vie do notre idiome, qui n'est que la sinq)lili(;ation du latin, et le rendront de plus en plus accessible à tous.

Ouel((ues autres petites régidarisalions de détail ne dérangeraient en rien l'ensemble de notre système orthographique, et lui domieraient successivement le degré de perlection (lésirai)l('.

2r4 APPENDICE E.

Montaigne, dans son manuscrit autographe des Essais conservé à la bibliothèque de Bordeaux, adopte l'orthographe suivante :

« Nous devons la subjection et l'obéissance esgalemenl h tous roys, car elle regarde leur office; mais l'estimation non plus que l'affection, nous ne la devons qu'à leur vertu. Donons à l'ordre politique de les souffrir patiammant indignes, de celer leurs vices, d'aider de notre recomandation leurs actions indifférentes, pendant que leur autorité a besoing de nostre appuy; mais uostre commerce fini, ce n'est pas raison de refuser à la justice et à nostre liberté l'expression de nos vrays ressenlimans ; et nommer mai) f de refuser aus bons subjets la gloire d'avoir reverrammant et /idelcmant servi un maistre, les imperfections duquel leur estoint si bien conues.

« J'honore le plus ceux que j'honore le moins; el^ où mon âme marche d'une grande aleigresse, j'oublie les pas de la contenance.

« A bienveigner, à prandre congé, à remercier, à saluer, à presanter mon service et tels compUmanls verbeus des lois cérémonieuses de nostre civilité, je ne conois persane si sottement stérile de lengage que moi; et n'ai jamais esté emploie à faire des lettres de faveur et recomandation , que celuy pour qui c'estoit n'aye trouvées sèches et lasches. B (Essais, 1. I, ch. m, manuscrit de Bordeaux.)

Voltaire, danssa Correspondance (1752-55), a employé une orthographe qui s'écarte notablement de celle de l'Académie en certains points. Voici la transcription exacte de deux de ses lettres à d'Alembert, toutes deux d'après les originaux que je possède; la dernière est inédite :

« A Potsdam, 5 septembre 1752.

« Vraiment monsieur c'est a vous a dire, « je rendray grâce au ciel et resterai dans Rome. » Quand je parle de rendre grâce au ciel, ce n'est pas du bien qu'on vous a fait dans votre patrie, mais de celuy que vous hiy failles. Vous et M' Didrol vous faites un ouvrage qui sera la gloire de la France, et la honte de ceux qui vous ont traversez. Paris abonde de barbouilleurs de papier. Mais de philosophes éloquents je ne connais que vous et luy. Il

est vrai qu'un tel ouvrage devait être fait loin des sots et des fanatiques sous les yeux d'un roy aussi phUo^nfe que vous. Mais les secours manquent icy totalement. Il y a prodigieusement de baijonetr^ et fort peu de livres. Le roy a fort en)belli Sparte, mais d n a transporté Athene que dans sou cabinet, et il faut avouer que ce n'est qu'a Paris que vous pouvez achever cette grande entreprise : j'ay assez bonne opinion du ministère pour espérer que vous ne serez pas réduit a ne trouver que dans vous môme la recompense dun travail si utile. Jay le bonheur d'avoir chez moy monsieur labbé de Prudes, et jespere que le Roy a son retour de la Silesie luy aportera les provisions d'un bon bénéfice. Il ne s'attendait pas que sa tcse dut le faire vivre du bien de l'église, quand elle luy attirait de si violentes persécutions. Vous voyez que cette église est comme la lance d'Achille qui guérissait les blessures qu'elle avait laittcs. Heureusement les bénéfices ne sont point en Silesie a l'a nomination de Boyer ny de Couturier. Je nescai pas si labbé de Prade est hérétique, mais il me parait honnête homme, aimable et guai. Comme je suis toujours 1res malade, il poura bien mexhorter a mon agonie, il l'eguaiera et ne me demandera point de billet de confession. Adieu, monsieur, s'il y a peu de Socrates en France, il y a trop d'.Anitus et trop de Melitus, et surtout trop de sots, mais je veux faire comme Dieu qui pardonait h. Sodoiue en faveur de cinq justes. Je vous embrasse de tout mon cœur.

Alix Délices, 15 décembre (1756-CO).

« Mon cher mailre, vous ne m'avez i)oint acusé la réception de mon petit tribut. Je ne reçois ny mon article Hisloire, ny ordre de vous. J'ay peur davoir parlé trop librement des Femmes, mais la franchis.! doit plaire aux philosofes. J'ay cncor peur de ne vous avoir envoyé que des sottises. Une autre peur, c'est de traitler fort mal fdées. 11 y a grande aparencr (pie l'un de vous ileux s'est cliargéde cet article iiiipoitantou que M. labbéde CondillacleIVra.

« Jay oublié de vous dire que je ne pouvais Iraitter l'article ,1e rui.Mature grecque : 1""-"' parceque je scais très peu de grec,

2 "' piiiriMpie je suis sans livres grecs, S'""" paircqne je suis

ignorant surtout eu cette partie.

a Employez moy a boucher des trous, a faire les ailicics dont vos amis de Paris se seront dispensez, et qui pourunt être (h; ma iompélence. Je suis a vos ordres. M""" Denis vous fail mille

compliments. Nous souhaitions, mon cher philosofe, que toutes vos pensions soient toujours payées. Souvenez vous des deux hermites qui vous aiment. » V.

Parmi les autres lettres de la correspondance de Voltaire avec d'Alembert, dontje possède les autographes, je remarque ces mots écrits ainsi :

Lettre du 13 novembre — Aux Délices, oii nous voudrions bien vous voir: entousiasme, répété trois fois, enciclopedie.

Lettre du 29 novembre 1756. — Je m'aperçois, apartenant, enciclopedie.

Lettre ilu 4 février. — Enciclopedie, philosofe, deux fois, cristianisme.

Lettre du 29 février. — i:nciclopi'die.

Lettre du 22 décembre. — Philosofe, elimologie, l)il)lioteque.

Lettre du 27, aux Délices. — Diclionaire, teologie, metapliisique.

Lettre du 8 juillet. — Philosofe, estomac, teologien.

Lettre du 23 juillet. — Philosofe, deux fois.

Lettre du 2 décembre. — Philosofe, quatre fois, citoien, filosofe, enciclopedie.

Lettre du C décembre. — Apuyé. vangé, tirannie, philosofe, deux fois.

Lettre du 29 décembre — Philosofe, téologien, catécuméne, liistoriografe.

Lettre du 3 janvier. — Piramidc, metafisique.

Lettre du 9 janvier. — Biblioteiiue, teologien, cretien.

Lettre du 8 juillet. — Philo.solé, eslomac, teologien.

Lettre du 23 juillet. — Pliilosofe, deux fois, ciloion, filosofe, teologien, enciclopedie, bayonele.

Lettre du 29 décembre. — Philosofe, teologien, catéchumène, hislorlograiibe.

Lettre du 3 janvier. — Piramidcs, metaphisicien, teologien, cretien, biblioleque.

Parmi les notes que j'ai prises en parcourant les manuscrits de Racine déposés à la Bibliothèque impériale, j'ai remarqué ce passage dans sa lettre à l'abbé Levasseur, 1661 :

Je lis des vers, jetasche d'en faire, je lis les avanturesdel'Arioste ; je ne suis pas moi-même sans avanture.... Mais voilà les massons qui arrivent.

Et ailleurs, dans sa correspondance avec Boileau :

Je vas au cabaret deux fois par jour; je commande à des massons.

Voltaire écrivait aussi masson.

APPEiNDICK F. 217

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