‹ Observations sur l'orthographe françaiseChapitre 3 sur 41 · DES DOUBLES LETTRES · texte numérisé non relu

DES DOUBLES LETTRES

L'usage g(.''néral tend de plus en plus, dans la prononciation , à atléimer la forte accentuation de certaines syllabes et à l'aire en grande partie disparaître pour l'oreille la double consonne, qui ne conserve plus aujourd'hui le rôle qu'on lui destinait, d'identifier notre orthographe avec l'écriture latine et de rendre la syllabe qui précède brève : fidelle^ folle, tJiolle, etc. En effet, cette double lettre la rend quelquefois longue : flamme^ manne, femme (1), tandis que dans dame, matin, c'est la consonne simple qui rend i)rève la syllabe précéilente! Il convient cependant de maintenir cette double consonne partout où sa présence peut encore se faire sentir à l'oreille , même contrairement à l'orthographe latine , comme dans pomme, homme, lellre, bien qu'écrits en latin pomian, homo, /itéra (plus encore que littera), et que, conformément à l'étymologie, on devrait écrire pome, home (2), lètrc, conmie l'écrivait Boileau. Dans évidemment, prude?n7nent, le double tnm ne se prononce pas; cependant il le faut conserver, ne l'ùt-ce que pour éviter la confusion avec évidement (de évider) et priidenient (de prude).

Bien qu'aux mots diffieidté, différence, le son de la double//ait disparu prcstpie entièrement dans la prononciation, cependant il conviendrait de la maintenir encore, et de même

lie In leii(l;ini'c' irn>i>lilili' ii l'ahirviation dis mol!; |i.'ii' la |>iiiiiiiiii l.ilinii , |iiiis |iai' IVcriliirc : Auguste, naust, iioiïl , l'st |iiiiiioiin' oui, l't liiiif, diins son sjsiriiic |ilionr'li(|iio, IViH l'cril ou et inl^inc S, niiirnriiii'ininl à cclli' Ikaturo (|tii , dans les manuscrits grecs, roprcscnd; ou cl que «ait aili)|>li' pour liniircr iiolio sou ou.

(1) Voira rAppendici' D.p. 1.1(1, l'analyse de la Grammaire di> nrgnier des Marais.

(2) Conforméincnl a riirllioaraplip l.illni', l'Aradrinii- l'ciil linnlinmie, prutl'ltnmie, liiimiriili'. se rappni' liant aiii-.i dr imlrr ancienne orlliojiraplie, fiomr. Iiiims . ttttHi, ont cl erdiii on.

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la cl(Hil)l(^ // dans ti/lusion, col/isioii, etc., et la dduble un dans aiinihiler, annuel, année {l), etc. Le vers suivant nous fournit un exemple de cette nécessité :

MorlcZ/iiiienl alloijit d'uin' llii lu- cmpe/infe.

On devra aussi conserver le double rr partout où il se l'ait sentir : correcteur, correction, correct, terrenr^ /lorreur. Mais il doit être supprimé dans nourrice, nourriture, nourrir, pourrir , puisqu'on écrit mourir , dans courir (bien qu'en latin currere ait deux rr], et dans charrue, puisqu'on écrit chariot.

On supprimerait le double tt dans atteindre, attémcer, attrouper, puisqu'on écrit atermoyer, atermoiement.

L'Académie figure avec raison la désinence ame tantôt avec une m et tantôt avec deux mm. Mais flamme (que Corneille écrivait flamé) ne devrait conserver qu'un seul m ; et puisque l'Académie écrit affame [2), entame, réclame, diffame, elle ne saurait écrire enflamme: flàme et enflùmc devraient même être écrits avec un« circonilexe comme m/'c////c , blâme, et j'ai vu flâme ainsi écrit par Racine.

Conformément au désir manifesté par Corneille, par les Précieuses (voir l'App. D, p. 124) et par un grand nombre de bons esprits, les doubles lettres ont successivement disparu dans beaucou}) de mots, tout en étant respectées partout où elles peuvent être nécessaires pour marquer la prononciation ; mais il en reste encore qu'il serait désirable de voir disparaître.

(1) Depuis quelque tempsje romarqueqUc plusieurs persounes prononcenl à)iéc,

(■.!) Dans afjami- , Va du \aW\\ fûmes est lirof; dans ritilame, \'u du latiir clamûre e>il long; ôanijtaiiimc, l'a du latin,/?a)Hmfl, est anreps.

Les seuls mois où le m csl doublé sont : :iiv,igramiiie , fpigramme , femme, tiamme, onjlaiiwie, gramme, et les composés avec ce mot, programme; homme, et les verbes assommer, consommer (on écrit consumei'}, nommer, dénommer, surnommer, renommer.

Tous les mots terminés en ime et time sont écrits avec un seul m.

SUR LORTHOGKAPllK FKANÇAISK. :il

Ainsi l'Académie écrit les dérivés des mots suivants terminés en 0)1 :

Avec un seul n ■■

HoN : bonate. bonifiiT, lioiiliomie.

bonheur.

CoLOK : colonial, colonie, coloniser, colonisation.

Don : donation, donataire, donateur.

DÉMOX : démoniaque, dénionogra-

pliie.

, FÉLON : fflonie.

Limon (citron) : limonade, limonier, limonadier.

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