‹ Observations sur l'orthographe françaiseChapitre 30 sur 41 · A M. ED. RAOUX · texte numérisé non relu

A M. ED. RAOUX

DOCTEL'B EN FILOSOKIE, MEMBRE DE L'l^S^lTL'T GENEVOIS, PRÉMD4NT DU COMITE CENTRAL DE LA SOCIETE NÉOGRAFIQUE SUISSE ET ÉTRAKUERE.

Monsicui' le Présidant (J),

Dans ma lettre du 31 août 1871, je vous remerciais de l'envoi que vous aviez bien voulu me faire du « Prngrame ofi- « ciel de la voitvèle ortografe, adoptée en 1870 par le comité « santral (sic) de la Société néografique suisse et étranjère et par « pluzieurs néografes de la Belgique et de la France », et je vous témoignais toute ma satisfaccion de voir qu'après être partis d'un point de vue tout à fait radical, les comités de la Suisse et de la Belgique s'étaient successivemant raprocliés du résultat que tant de bons esprits cherchent à obtenir depuis plusieurs siècles. Cepandant je ne vous dissimulais pas que les réformes du Programc dépassaient de beaucoup les proposicions que j'avais exposées dans mes Observations sur Fortho- (jraphc ou ortogrape française (2).

Dans ce Programe oficiel^ résultat d'une étude colcctive

(1) On TTiil : pirifndant, iisiTiulaiit, itssuillaiit, assistant, correspondant, éliiiliant, descendant, constituant, croyant, dcsscnnnt, gérant, médisant, mourant, etc. (Voy. mes Observations sur l'ortografie française, p. 08-71). Sur 1,1 uoiiibreusc sciio do ces mois, iiiiinzc seiiU'iiiaiit Iniit ccccpcioii ; président est l'un irciix. l'oiir (|iii'llc laismi?

(2) Ortoifrafie ilnit rtiT siilisliluc ;i orth'ignqiUc, confoniHinaiit il nos iuicipiis ilirciunairi'S «lès \h'h\, et coin*; un );iancl iininliii' de ^lainin.nirit'iis l'oiil proposé. Unit, Ronsard ptliieii d'niitiespn.ivak'iit donc l'cxainplc, cl, nicMiu du nos joins, ils ont un dus imilalcuis. Dans sa (irflHif/mil'C

qui a duré plusieurs ailées « le comité central faisait un apel aux homes compétants pour intervenir afin de le remanier et le compléter » .

C'était un devoir pour rnoi de répondre à cet apel et de vous adresser mes observacions, en vous priant de vouloir bien les soumettre aux divers comités de la Suisse et de la Belgique ainsi qu'à tous ceux qui concourent avec tant de zèle à faciliter et propager de plus en plus l'étude de la langue française (1).

Vous avez bien voulu , Monsieur le Présidant, soumettre ces observacions au Comité central et à plusieurs membres de l'Institut genevois réunis au congrès de Lausanne, et dans la lettre, en date du 3 août 1871, que vous m'avez fait l'honeur de m'adresser, vous me comuniquez le résultat de vos délibéracions ; mais, malgré ma gratitude pour la confiance qu'on veut bien me témoigner, permettez-moi de décliner la part oflcièle dont il y est question. Elle dépasserait de beaucoup mes intancions, mon pouvoir et ma posicion eccepcionèle d'imprimeur de l'Académie française. D'ailleur, ainsi que j'ai eu l'honeur de vous le dire dès le comancemant,

cmvparcQ., M. Egger regrùte quo l'on n'écrive pas ce mot corne au seizième siècle, ortogralie, et il l'emploie ainsi écrit dans son Histoire des théories grammaticales de l'aiitiquitc. Dans iiiusieurs livres de graumiaii'e, on s'indigne égaleniant contre ce barbarisme. Ou ne dit pas une caco- (jrafe, mais une cacografie; une télégrafe, mais une télégrafie ; une ortodoxe, une gcoijrafc, mie litografc, mais une ortodoxie, une géografie, une litografie. 11 faut donc distuii:uei' la chose de la ])ersone. Je possède dans ma bibliothèi|ue un traité d'o/'^oy/'u/ic du sieur de Palliot, secrétaire ordinaire du Roi; Paris, ICOS, in-i", oii l'auteur s'intitule ainsi : le Vray Urtliogra- }jhe français; de même un auteur, écrivant un livre louchant la tipografie, se désignei'ait sous le titre de le Vrai Tipografc.

P. Corneille et beaucoup d'autres écrivent ortographe, jujaiit iju'il sulisait pour ce mot corne pour rythme, etc., de ne laisser qu'une seule luai'que de son étimologie grecque.

(1) Observaciwis de Aml/roise-Firmin Didot sur l'écrit intitulé: « Pro- « granie oflciel île la nouvèle ortogral'e adoptée en 1870 par le Comité santral 1 (sic) de la Société néograUque suisse et étranjère et par pluzieurs néografes n de la Belgique et delà France. » Seconde édiciun. Paris, 1871, in-12, 3'2 pp;

je dois, ànioii âge, me borner à doner des conseils; c'est un rôle bien autremant facile que celui de législateur, surtout en fait d'ortograiie.

Tant que l'Académie française ne s'était pas prononcée et qu'il ne s'agissait que des préliminaires d'une nouvèle édicion de son Diccionaire qu'elle prépare , mon désir et même mon devoir étaient de lui soumettre les modificacions et amélioracions que je croyais utiles; et j'espérais qu'à l'example de ses prédécesseurs qui , dans les édicions successives de leur Diccionaire, avaient aporté dans l'ortogralie de si notables changemants, elle suivrait la même voie, et, revenant aux principes de notre anciène ortografie nacionale , se raprocherait de la simplicité des autres langues néolatines, nos sœurs : l'italien, l'espagnol et le portugais.

Mais l'Académie, tout en aportant de nombreuses amélioracions etaddicions dans la partie littéraire, n'a voulu acucillir que de faibles modificacions eu ce qui touche à l'ortografie, ne voulant pas déroger à cette maxime : quelle devait se borner à constater /'usage.

Mais cornant sortir de ce cercle vicieux oîi l'Académie veut se renfermer, puisque c'est elle qui consacre cet usage par l'autorité dont elle jouit, à si juste titre? Son Diccionaire, devenu la règle et \v. code auquel chacun obéit, va, dans la nouvèle édicioii qu'elle prépare, confirmer encore plus, et pour un temps indéfini, les imperfeccions et les anomalies de notre ortogratic. C'est donc à la îSuisse et à la Belgique, libres de se soustraire à ce joug auquel l'habitude nous a façonés, de prundre l'iniciative, à l'example de la Hollande aux seizième et dix-septième siècle.

C'est aussi contre cette doctrine sur Vusaye que se sont prononcés les nombreux comités réçamant formés en France dans le but de ramener noire ortografie à plus de simplicité. Jusqu'à présant les éforls avaient été isolés; maintenant une force de coésion acquiert de jour eu jour phis de

poids; la nécessité a forcé de recourir à l'associacion. Parmi tant d'écrits publiés réçamant sur ce sujet qui intéresse le présant et l'avenir, je me bornerai à ce passage d'un écrit intitulé : La Réforme de l orthographe française (Vaprès M. Firmin Didot (1). « L'usage seul, croyait-on, était appelé avec le « temps à corriger tout ce qu'il y a d'anormal dans notre or- « thographe ; mais l'usage est un vieux routinier qu'on ne peut « plus invoquer dans notre siècle de vapeur et d'électricité. « Aussi, au lieu d'attendre que cet usage au pas tardif et lent, « comme les bœufs du poëte, vienne jeter un peu d'ordre dans « ce chaos, les linguistes s'occupent depuis quelque temps de « déblayer le terrain d'un seul coup et d'opérer sur-le-champ « les réformes désirées. A la nouvelle du projet présenté par K M. Didot, un grand nombre de comités se sont aussitôt formés « en France, en Angleterre, en Suisse, en Prusse, en Hollande, « en Belgique, en Autriche et en Italie, dans le but d'appuyer « et d'étendre encore la réforme proposée. »

C'est donc avec un vif intérêt que j'ai vu cette question de l'ortografie préocuper de plus en plus aussi bien la France que les pays étrangers, et particulièremant la Suisse et la Belgique, où de nombreux comités, composés d'homes sérieux et persévérants, se sont doné la mission de réaliser les vœux depuis si longtemps manifestés, même par un grand nombre de membres de l'Académie française (2).

Je ne pouvais rester indiférant à cemouvemant, et tout en signalant le péril d'entreprises fo)iografiques qui, partant d'un

(1) Extrait des Mémoires de la Société d'émulation de Roubaix, t. Il, 10 juin 1870; Rapport Je M. Aristide FAiDiiEnBE.

(2) 11 sufira de citei-, parmi les anciens membres de l'Académie, Corneille^ Bossuet, Dangeau, Choisy, l'abbé Girard, l'abbé de Saint-Pierre , Duclos, Beauzée, de Wailly, Voltaire, François de Neufchàteau, Domergue, Voluey, Destutt de Tracy. Daunou et d'autres encore, parmi lesquels tout dernièremant Sainte-Beuve et M. Littré.

L'Académie des Inscripcions et Belles-Lettres compte aussi un nombre

principe radical , auraient compromis par un eccès de zèle d'aussi généreux éforts , c'est sur votre invitacion et celle des comités de Genève et de Lausanne que je me suis permis quelques avis fondés sur une longue expériance.

Je rapèlerai que déjà en 1829 la réforme de l'ortografie préocupait les esprits, et que le public prenait un vif intérêt à la levée de boucliers, un peu tumultueuse, qui se flt alors pour l'obtenir. L'Académie elle-même paraissait disposée à acueillir favorablemant des demandes renfermées dans de justes limites, lorsque l'audace et même l'inconvenante conduite de M. Marie à l'égard du secrétaire perpétuel de l'Académie française, M. Andrieux, ce littérateur aussi savant que spirituel, dont l'esprit fin et logique était porté à adérer à quelques amélioracions qu'il aurait pu présanter à l'Académie et faire adopter, causèrent un reviremant complet dans les heureusesdisposicions de l'Académie et refroidirent le public. On peut même dire que si l'Académie s'est montrée en dernier lieu aussi persévérante dans sa résolucion et si impassible à mes solicitacions, c'est à ce souvenir qu'on doit surtout l'atribuer. Quelques voix cepandant se sont élevées contre cette immuabililé , etjc ne saurais trop regréter que la longue et douloureuse maladie, suivie de la mort prématurée, de M. Sainte-Beuve, m'ait privé du principal soutien que j'avais trouvé chez quelques membres de l'Académie française. .J'ai été témoin de ses regrets de ne pas voir l'Académie marcher dans la voie du progrès , conformémant à ses anciènes tradicions , et c'est en parlant des réformes que je proposais et de la uouvèle édicion du Diccionairc, qu'il exorta l'Académie à « oser le plus possible» et n'hésita pas à dire : « M. Didot a raison, et mille l'ois raison, mais depuis « quand a-t-il suffi dans les choses humaines, et même dans les

coiisiilenililu ilu paitisuus ili; la n ruiiiic; ocliii dos grain.iiricus , ilc^litcrateui's et dus impi'iinciii's scrnit iiiliiii. N

Parmi nos niiricns poètt's, il sufira do iioiikt Ronsard i>l Raif. t'I |iaiini li'S (il<isiif('s, Itaniiis cl Dt'siaitrs.

« choses littéraires , d'avoir cent mille fois raison? C'est déjà (( beaucoup quand on ne vous donne pas tout à fait tort (1).»

Je ne saurais donc trop féliciter les comités de Suisse et de Belgique de s'être successivemant raprochés d'un résultat pratique et qu'il leur est facile d'établir là où l'Académie française exerce une moindre influance. Cet example devra nécessairemant réagir sur nous ; mais je ne cesserai de vous le répéter, Monsieur le Présidant : plus les modificacions qu'on introduira dans l'ortografie seront restrintes, plus on aura de chances d'obtenir un acord unanime, sinon dès aujourdui, du moins successivemant , peut-être même plus vite qu'on ne le supose, vu l'urjante nécessité de faciliter la lecture et l'écriture dans notre France si ariérée sous ce raport.

Il se pourait que le Ministre de l'instruccion publique crût de son devoir de concourir à la simplificacion de l'ortografie, au moyen de ses instituteurs primaires qui consacrent un temps si péniblemant employé à l'instruccion de la jeunesse, découragée par les dificultés et les anomalies qui faussent la rectitude de son jugemant. Ne serait-ce pas aussi un devoir pour le gouvernemant, ne fût-ce que sous le raport de l'économie, d'abréger le temps considérable consacré à ces études préliminaires? Pourquoi enfin dégoûter le peuple de s'éclairer par la lecture, maintenant surtout qu'il a tant besoin d'y être encouragé?

Je crois même, à ce sujet, utile de rapeler que François de Neufchateau, membre de l'Institut, ministre de l'intérieur et l'un des membres du Directoire, posait corne premier principe, dans ses écrits relatifs à l'instruccion publique dont il s'est tant préocupé , que V Jamais on n'apprendra à lire aux eiifants des pauvres, surtout dans les campagnes , s il faut con-

(1) Je crois devoir reproduire à la fin de cet essai l'article fort remarquable de M. Sainte-Beuve, oîi cet émiuant critique a manifesté son opinion sur la nécessité de la réforme de noti'e ortografle.

sacrer des années entières à cette seule partie de Nyistruction ; » il rapelait même, à l'apui de ce principe, que le célèbre RoUin avouait dans son Traité des Études (chapitre I", § 2) a qu'il serait bien embarassé s'il se trouvait dans le cas d'a- « prandre à lire à des enfants » .

Le momant est \enu de prandre un parti : nos malheurs publics nous en font une loi. Il nous faut de nouveaux éforts pour faciliter et maintenir chez les peuples étrangers l'étude de notre langue. C'est ce puissant motif qui m'a décidé à introduire dans cet écrit, corne un Essai, les modificacions que je crois pouvoir vous proposer, et que vous atandez pour comancer vos impressions en Suisse.

Dans les observacions que j'avais eu Thoneur de vous adresser, Monsieur le Présidant, lorsque j'ai reçul'examplaire du Profjrame oficiel, je m'étais borné à quelques points principaux qui m'sivaient le plus frapé et sur lesquels j'ai cru devoir apeler plus particulièremant votre atancion ; votre lettre du 3 août 1871 me demande d'être plus explicite et cette demande est ainsi précisée :

« Vu l'urgence d'une entente officielle entre les néographes, « pour éviter, ou l'abandon de la réforme par les gens impart tients, ou l'anarchie graphique, nous avons décidé de nous « rallier tous à votre projet et de vous prier d'en formuler « exactement le programme qui sera présenté ;\ l'approba- « lion de l'Institut genevois (laquelle n'est pas douteuse), et 'I qui, dès lors, pourra être signé, par vous d'abord, puis par (( le Comité central et l'Institut.

(( Ce nouveau programme officiel porterait l'annulation du « précédent, et serait désormais la règle ;\ laquelle devraient M se soumettre tous ceux qui feraient des publications iiéogra- ■< phiques. La triple autorité dont il serait rp\étu lui donne- « rait assez de valeur pour le faire considérer cumnie nfliciel, « jusqu'au futur congrès de philologues compétents. »

Vous témoignez aussi le désir que ce Programe , après que je l'aurai amande, « conformémant aux quinze ou seize « réformes indiquées, et même avec quelques autres raodifi- « cations que je pourrais peut-être y ajouter (car, ajoutez- « vous, si nous faisons un si grand pas vers vous, nous « désirons que vous puissiez nous accorder officiellement a quelques-unes des réformes concédées ou non combattues « dans votre correspondance), » soit imprimé dans notre maison, « ce qui le posera immédiatement dans l'opinion « publique et facilitera sûrement la propagande. »

En me renfermant toujours dans mon rôle de conseiller oficieux, je me bornerai, conformémant à vos intancions, à répondre, article par article, à toutes les proposicions du Programe, en complétant les premières observacions auxquelles j'avais cru devoir me restrindre; mais je ne saurais accédera votre désir de me voir avancer plus avant sur le champ de bataille de la réforme ortografique. Je ne saurais trop le répéter : en ortografie de même qu'en politique on ne doit procéder aux réformes qu'avec prudance et lenteur. Je ne puis donc oser plus, et c'est même après mûre réflexion que j'ai cru devoir renoncer à la supression de 1'^ muète au comancemant des mots, me conformant en cela à l'Institut de Genève , qui déclare « qu'on doit se garder le plus possible de troubler " l'ordre dans lequel les mots sont rangés dans les diccio- « naires ».

Sans rapeler ici le grand nombre et l'autorité des savants et littérateurs qui se sont prononcés depuis trois siècles pour la simplificacion de notre ortografie, parmi lesquels figure l'un des plus anciens et des plus hardis novateurs , le grand Descartes, que je dois ajouter au nombre des homes célèbres cités dans mon premier travail, et M. Littré^ le plus réçant des membres de l'Académie française, je m'apuîrai dans l'essai que j'ose tenter, sur l'example doné par l'un des derniers secrétaires perpétuels de l'A.cadémie, Duclos, qui non-seulemant a pro-

posé un sistème dont le mien se raproche, mais qui même l'a rais en pratique dans le texte de ses Remarques sur ht grammaire ijénérale et raisonne'e de MM. de Port-Royal (1) et dans ses Considérations sur les mœurs (2). Je me bornerai à en citer quelques passages come examples de son ortografle et de la justesse des raisons qu'il done à l'apui :

« Le corps d'une nation a seul droit sur la langue parlée, « et les écrivains ont droit sur la langue écrite. Le peuple, (( disoit Varron , iiest pas le m,aître de l'écriture come de la « parole (3).

» En éfet, les écrivains ont le droit, ou pkitùt sont dans « l'oBLiGACiON de coriger ce qu'ils ont corompu. C'est une « vaine ostentation d'érudition qui a gûté l'ortografe ; ce sont « des savans et non pas des filosofes qui l'ont altérée ; le peuple « n'y a u aucune part. L'ortografe des famés, que les savans « trouvent si ridicule, est, à plusieurs égars, moins déraiso- « nable que la leur. Quelques-unes veulent aprendre l'orto- « grafe des savans; il vaudroit bien mieux que les savans adop- (( tassent une partie de cèle des famés, en y corigeant ce qu'une « demi-éducation y a mis de défectueus, c'est-à-dire de sa- « vant. Pour conoître qui doit décider d'un usage, il faut « voir qui en est l'auteur.

« C'est un peuple en corps qui fait une langue ; c'est par le « concours d'une inlinité de besoins, d'idées et de causes Csi- « qucs et morales, variées et combinées durant une succession « de siècles, sans qu'il soit possible de reconoîlre l'époque « des changemens, des altérations ou des progrès. Souvent « le caprice décide ; quelquefois c'est la métafisiquc la plus « subtile qui échape à la réflexion et à la conoissance de ceus

(l)Toiii(! IX, iiiififi 38, ili's (HCitiTCS complètes de Dticlos, in-8", l'aris, Coliiet, oïliciuu tli! 1800.

(2) Amstcrdniii (Pnris), 2 vol. in- 12.

(.1) C'est niissi ropiiiiiiii de Dcsciirii's : « Co-l eu |iiii-|aiil iin'iili coiiiiiosc lt>s Ihii^uos, i:t iiuii i:ii les écriviiiit. »

a même qui en sont les auteurs. Un peuple est donc le maître « absolu de la langue parlée, et c'est un empire qu'il exerce a sans s'en apercevoir.

« On peut donc entreprendre de coriger l'usage, du moins « par degrés, et non pas en le heurtant de front, quoique la « raison en ût le droit ; mais la raison même s'en interdit <( l'exercice trop éclatant, parce qu'en matière d'usage ce c( n'est que par des ménagements qu'on parvient au succès. « Il faut plus d'égars que de mépris pour les préjugés qu'on u veut guérir.

(Duclos, t. IX. Remarques sur la grammaire, p. 38.)

« J'ai un peu anticipé la réforme vers la-

« quèle l'usage tend de jour en jour. Je me suis borné au te retranchement des lètres doubles qui ne se prononcent « point {\). J'ai substitué des /'et des t simples aus ph et aus « th : l'usage le fera sans doute un jour partout, comme il l'a (( déjà fait dans fantaisie, fantôme, frmésie^ trùne, trésor, « et dans quantité d'autres mots.

« Si je fais quelques autres légers changemens , c'est tou- « jours pour raprocher les lètres de leur destination et de a leur valeur.

« Je n'ai pas cru devoir toucher aux fausses combinaisons de

(1) Un peu plus bas Duclos a dit : « Les partisans du vieil usage qui « prétendent que la rédupliratiou des consones sert à marquer les voyèles « brèves, se déti-omperoieut en lisant -quelque livre que ce fût, s'ils y fai- « soient atention. Je dois bien conoître l'ortografe du Dictionnaire de « l'Académie, dont j'ai été, en qualité de secrétaire, le principal éditeur, « et je ne crains pas d'avancer qu'on y trouve au moins autant de brèves, <( sans réduplication de consones qu'avec cète superfluité. Ceus qui en dou- « tent peuvent aisément s'en éclaircir. M. du Marsais a suprimé dans « son ouvrage sur les Tropes la réduplication des consones oiseuses, et « plusieurs écrivains ont tenté davantage. J'avoue, car il ne faut rien dis- « simuler, que la réformation de notre ortoarafe n'a été proposée que par « des lilosofes; il me semble que cela ne devroit pas absolument en décrier « le projet. » (P. 46.)

« voyèles, tèles que les ai, ei, oi, etc., pour ne pas tropéfarou-

« cher les ieus. Je n'ai donc pas écrit conêtre au lieu de conol-

« tre, Francès au lieu de François, jamès au lieu de jamais,

ce fren au lieu de frein, pêne au lieu de peine, ce qui seroit

« pourtant plus naturel. » (P. 44.)

« On poura trouver extraordinaire que j'écrive il a u ,

« HABUiT, avec un ?< seul, sans e ; mais n'écrit-on pas il a,

« HABET, avec un seul a (1) ? U seroit d'autant plus à propos de

« supriraer l'e come on l'a déjà fait dans il a pu, il a vu (2),

« il a SIC, que j'ai entendu des persones, d'ailleurs très-ins-

« truites, prononcer il a eu. n (P. 47.)

Je terminerai les citacions du secrétaire perpétuel de l'Académie française par cette réflexion si juste et si universèlemant conue, mais' méconue par cela même qu'elle est conforme à la raizon :

« Voilà ce qui rend aujourd'hui l'art de la lecture si difi- « cile, que si on ne l'aprenoit pas de routine dans l'enfance, « âge oîi les inconséquences de la métode vulgaire ne se u font pas encore apercevoir, on auroit beaucoup de peine à ic l'aprendre dans un âge avancé ; et la peine seroit d'autant « plus grande, qu'on auroit l'esprit plus juste. Quicouquo V sait lire, sait l'art le plus dificile, s'il l'a apris par la mé- « tode vulgaire. » (P. 41.)

Quiconque a vu un paysan, un étranger, vouloir aprandreà lire dans un âge de raizon, a pu juger de la vérité de celte réflexion et de ses conséquances I

Espérons que le concours si persévérant de la Suisse et de la Belgique ne nous sera pas moins utile ()ue ne le fut au sei-

(1) Hohert Etienne el Jenn itc Tournes, ces deux célèbres iinprinieui'i, l'un îi Pnris, l'autre à Lyon, érrivaient il ha.

(2) On écrivait autrefois il n veit, etc.

zième siècle celui de la Hollande. Mais ti, en fait d'innovacions, vous avez le champ plus libre pour oser davantage, je vous invite cepandant, ainsi que le dit Duclos, à ne pas dépasser les limites du possible, afin de ne pas choquer trop ouverteniant des habitudes invétérées.

L'ortografie que je me suis permis d'adopter dans cet écrit est un essai de ce que je crois praticable, sinon dès à présant, du moins dans un avenir très prochain. D'ailleurles modificacions que je propose, parfaitemant logiques, ne me semblent pas moins naturèles et pas plus diCciles à réaliser que le remplacemant de Vo par Va, introduit par l'Académie dans la si.xième édicion de son diccionaire, imprimée par nous en 1833. Les mots François, Anglais, je voulais, ils disoient, il aurait, je le connaissais, ils étaient faibles, i\?, paraissaient (l),etc., nous sembleraient bien bizares si nous les voyions maintenant écrits et imprimés de cette manière; et cepandant que de voix autorisées se sont alors récriées contre cette innovacion ! 11 semblait, à entandre Chateaubiiand, Charles Nodier et autres, que c'était l'abominacion introduite dans le sanctuaire!

Quant à l'impression que vous désirez qui soit faite dans notre imprimerie, je ne saurais m'y refuser? elle est ouverte à toute discussion littéraire ; mais mon nom ne saurait y figurer que corne imprimeur. Le programe oficiel doit être l'œuvre des comités qui se sont formés en Suisse, en Belgique et en France, c'est-à-dire une œuvre collective où persone n'est nomé come individu. C'est ainsi que le diccionaire de l'Académie est une œuvre collective où chacun se fait des concessions réciproques sans accepter aucune responsabilité.

(1) On n'écrit donc plus : 11 laut (ju'il paroisse dans sa paroisse.

Le Profjrainc o/iciel, avant d'aborder la question des réformes ortografiques qu'il croit oportunes pour le momant, s'empresse de déclarer qu'il conserve l'ortografie actuèle:

1° Aux noms jjfojjres ;

2" Aux omofones ou omonimes^ « afin, dit-il, de ne pas confondre des mots représantant des idées diférantes sous une même intonacion, come eau, ô, os, haut , ai/, oh, aulx, etc. » ;

3° Aux mots primitifs dont les lettres muètes deviènent /onétiques pour leurs dérivés tels que : plomb, plomber ; rond, rondeur, etc.

Cepandant, pour la seconde catégorie de mots, le Profjrame oficiel fait cette réserve qu'on suprimera ou remplacera les lettres inutiles à la distinccion des mots, et, pour doner un example de cette eccepcion, il dit que « pour distinguer « le mot temps de ses omofones tant, taon, tan et tend, on « poura ramplacer l'e par un a et suprimer Vs quand il n'y a « pas liaizon eufonique » .

Toutefois à la page 18 je lis « et du lamii, et facilitera »... où la liaizon eufonique exijait la présance de l's, ce qu'on a rectifié p. f), 1. 8, en écrivant « tamjis après », et p. 20, 1. 20, « de tamps et de place ». Devant une consone le Proijrame écrit <ffm/; sans s; « En m^va& tamp qu'il introduira, » etc.

Cette obligacion tantôt d'ajouter un .v, tantôt de le suprimer, ofrc plus d'inconvéniantque n'en présantc le maintien de l'ortografie acluèle de ce mot. Temps, qui est un nionosilabc , doit donc garder ley> et Vs au singulier come au pluriel:

Le/>, à cause de ses dérivés temporel, temporaire, temporiser ;

L's, parce qu'il est iiidispansable pnur l'cufonic devant une

voyèle : le temps-z-est beau.

De même que le monosilabe temps, le mot corps doit conserver l's final à cause de l'cufonie, les rorps-z-atiinu's et les corjis-z-inaninuls , h moins d'admettre, come on le pro-

pose au mot temps, deux ortografies diférantes, pour les cas où le mot suivant comancera par une consone ou par une voyèle.

Si le Comité ne veut pas que ses éforts demeurent stériles, il faut qu'il évite les subtilités et les eccepcions de ce genre qui prêtent flanc à une critique sévère et dont la défaveur rejaillit sur le sistème entier. Il faut donc admettre dans toute sa rigueur la règle suivante :

Lortoijrafie actiièle sera mainte)iue pour tous les monosilabes sans eccepcion, quand bien même il en résulterait quelquefois des contradiccions avec les réformes formulées dans le Programe oficiel.

J'insiste sur ce point, car les monosilabes sont en quelque sorte des hiéroglifes auxquels il serait dangereux de toucher témérairemant.

J'arive maintenant à l'analise des proposicions du Prof/rame oficiel dans leur ordre successif.

Siipression de l'Hmuète ou non aspirée au comancemanl, à la fin et dans le corps des mots.

Dans les deux premières édicions de mes Obsercacions sur le Programe oficiel, j'aprouvais cette supression sans aucune réserve. Aujourdui je vois la nécessité de conserver provisoiremant \'h non aspirée au comancemant des mots pour éviter leur déplacemant dans les diccionaires. Le temps fera le reste, car la supression de Vh partout où il ne se prononce pas est très logique; on y est même autorisé par l'example de l'Académie, qui écrit olographe, orge, odomètre, otage, (dcyon, arpéger, erpétologie. On devra donc se borner pour le momant à la supression de cette lettre au milieu des mots, come

l'a fait l'Académie dans beaucoup de mots oîi l'Aligurait: rapifodie, rétine, cataracte, rose, etc.; et à la fia des mots en écrivant almanac, bismut, come on l'a suprimé dans estomach. Je n'aprouverai donc pas qu'on écrive Oincs (p. 10, lig. 18), mais on devrait suprimer dans ce mot la double m que n'exigent ni sa prononciacion ni son étimologie [homo, en italien uomo, en espagnol hombre), et écrire home, homes, come on écrit ses dérivés homicide, bonhomie, qu'il serait mieux d'écrire bonomie, et en se raprochant ainsi du pronom on, qui de homo s'est écrit homs, puis hom et enfin on.

Quanta la supression de cette lettre parasite dans les signes binaires th et rh, elle doit s'étendre à tous les mots sans eccepcion, ce qui a été fait par l'Académie pour un grand nombre d'entre eux, come : auteur, trésor, trône, rapsode, rétine, etc.

L'A qui a disparu avec raizon du mot hermile, écrit sans le signe de l'aspiracion en grec, et sans h en latin {eremita, èp-/i[JM'Tyii;) , devrait aussi disparaître immédiatemant des mots huis, huissier, huit, huître, puisqu'ils sont écrits en latin ostium, octo, ostreum. Chose singulière, dans huit Vh est aspirée , dans huissier et dans huître elle ne l'est pas , mais huit come raonosilabe doit conserver sa forme.

L'Académie aurait dû suprimer i'h dans misanthrojjc puisque Molière de son vivant a toujours fait imprimer son immortèle comédie sous le titre de Misantropc. L'un de nos honorables membres de l'Académie française, M. de Rémusat, me disait avoir vu dans sa jeunesse cette pièce ainsi anoncée sur les aliches delà Comédie française, où la tradicion s'était conservée.

Vh aspirée ou sonore sera naturèlemant conservée partout; c'est pourquoi on conliiuicra à écrire cahier, bahut, cahot, cahoter, etc., d'autant plus ipie dans ces mots la supression de Vh nécessiterait l'emplui du tréma pour figurer la prononciacion, qui serait lausscnianl représantée si l'on écrivait iiiier, baut, caot.

— Ifi —

2. Supression de lettres doubles qui iif doivent pas se prononcer.

C'est la bone prononciacion qui doit nous guider dans la supression ou la conservacion des doubles lettres, et, sauf certains cas où la variété de la prononciacion pourait exiger quelques eccepcions, il sera facile de sortir du désordre actuel.

Sous ce raport , la dificulté réèle n'existe que pour les doubles lettres précédées et suivies d'un e muet, come nouvelle, j'appelle, bancpiette, nous projetterons, etc.

Les partisans du maintien des doubles lettres dans ce cas prétandent que leur emploi indique l'élévacion de la voix sur la voyèle qui précède et que le son en est intermédiaire entre l'acçanl grave et l'acçant aigu, plus rapide que l'acçant grave , moins aigu que l'autre. Cette subtilité dans la prononciacion est presque insaisissable et l'usage tond de plus en plus à l'afaiblir.

D'ailleur, on est en droit de demander à l'Académie d'apliquer à toute la série des mots ayant une prononciacion idantique la même ortografie qu'elle avait consacrée pour un certain nombre d'entre eux. Elle écrit déjà : fidèle, modèle, discrète, secrète, écartèlement, recèlement, qu'elle écrivait auparavant avec deux //ou deux tt;o\-, du momant qu'elle a reconu que la prononciacion est grave dans ces mots, el!e devrait reconaîlre qu'il en est de même pour les mots : nouvelle, dentelle , banquette, nette, renouvellement , morcellement, et autres substantifs et adjectifs avec les mêmes terminaizons , qui devraient alors être écrits come les précédants.

Quant aux terminaizons elle, ellent, dans les verbes, il règne dans le Diccionaire de l'Académie une grande incertitude à cet égard. On y dégagerait peut-être cette règle que, lorsqile à l'infinitif il n'y a qu'une /, les terminaizons èle et è/e?2f d'ans les verbes prènent l'acçant grave, come geler, il rjèle, ils gèlent, taudis que les infinitifs en eller conservent les deux //

dans les terminaizons des temps, corne chanceler, il chancelle, etc. Cepandant, corne eccepcion au premier cas, nous trouvons renouveler et il renouvelle, au lieu de renouvelé; appeler, j'appelle au lieu de appelé. L'Académie écrit // gèle, il pèle, il décèle, il harcèle, il écartèle , il modèle, il recèle. Elle ne se prononce pas sur il ensorcelé, miisèle, morcelé, mais elle écrit avec deux //, il attelle, il chancelle, il excelle, il flaijelle, il ruisselle, etc. Ces distinccions sont donc arbitraires.

En résumé, come la prononciaciou des mots il ijèle, il modèle, elc, que l'Académie écrit avec unacçant grave, est idautiquo avec celle des mots il renouvelé, il chancelé, etc., où deux // figurent encore, toutes les terminaizons e//e, client dans les verbes devraient prandre l'acçant grave en suprimant un /.

Ce que je viens de dire pour la double //dans les verbes, s'aplique égalomant aux deux tt. D'après l'Académie, acheter i<iy]i\Q J'achète, etcontradicloireraant les verbes cacheter, jeter, jirojeter, dont la prononciaciou est la même, forment y'e cachette, il jette, elles projettent. U faut aussi remarquer, à ce propos, que l'Académie de 1835, au lieu de marcher dans la voie de simplilicacion, à l'example de la cinquième édicion de son Diccionaire qui écrivait il jète, on projeté, elles rejètent, etc., n'a fait que reculer; et, en outre, ce précédant nous montre clairemant que la double consone maintenue ou rétablie dans la dernière édicion du Diccionaire de l'Académie i.'bt souvant une superfluité qu'aucune raizon ne saurait justifier.

Il en résulte qu'on devrait suprinicr l'une des doubles lettres quand elle ne se prononce pas, même lorsqu'un e muet la précède. Sous ce raport on ne demande pas îi l'Académie de faire une révolucion dans l'ortografie, conie le prétandent les contradicteurs , mais de la régulariser selon les précédants admis par elle-même, ol de la simplilier, ce (jui peut se faire, pnui- les (ioubles lettres parliculièreinanl et sans

aucun inconvéïiiant, corne l'ont constaté plusieurs académiciens, entre autres Duclos, principal rédacteur de la quatrième édicion du Diccionaire de l'Académie.

La supression delà seconde / là oij une seule se fait entandre, aura en outre le grand avantage de régler du même coup la question de 1'/ mouillée qui serait représantée par deux //, corne chez les Espagnols : question que je dévelope plus loin. Malheureusemant, dans l'état actuel de la prononciacion, il nous est impossible d'atribuer à la double // ce rôle d'une manière invariable, à cause d'une petite série de mots où la présance de la double // est indispansable, mais facile à conaître, parce qu'elle est indiquée par la prononciacion et ne s'aplique qu'au comancemant des mots : come allégorie, alléguer, allusion; — collection, collision, collusion , etc., où la double //se prononce, non come 1'/ mouillée, mais come deux // simples. Ces mots en petit nombre feraient donc l'objet d'une eccepcion à la règle.

Il en serait de même des pronoms elle, quelle, telle, celle, cette., mienne, tienne, sienne, qui conserveraient leur ortograiie actuèle; on peut d'ailleurs les considérer come des monosilabe?.

On se demande cornant il faudrait acçantuer l'e muet qui précède la double lettre après la supression de l'une d'elles et apliquer sur celle-ci l'acçant grave ou l'acçant aigu. C'est la bone prononciacion qui en sera juge; on observe pourtant généralemant que l'e muet suivi d'une silabe muète a le son grave,, et quand il est suivi d'une silabe qui se pro" nonce, prend le son aigu. On écrira donc : bêle demoisèle, la cacheté, il eccèle, qu'ils flagèlent, ils projètent, et nous eccélons , vous flagélez, vous projetez , — • il sendète et il s est endété, etc.

Dans les 13 premières pages du Programe ofîciel, je ne vois écrit par un seul t, que le mot litérature (p. 9, 1. 1), auquel il faut conserver les deux ^/, puisqu'on les fait entandre

— Itl —

dans la prononciacioii des mots littéraire^ littérature. Je préfère lettre à lètre; Ve dans lettre étant très bref, la voix se jeté vivemant sur le premier t, puis vient le son du second t.

Autant je désire la supression des doubles lettres partout oii elles n'indiquent pas une élévacion de la voix , autant je voudrais ne pas les voir disparaître là oîi elles me semblent et sont en éfet nécessaires afin de ne pas énerver notre langue, qui ne l'est déjà que trop. C'est ce que Henri Estienne reprochait, non sans raizon, en signalant l'influance italiène sur la prononciacion française. C'est pourquoi je regréterais beaucoup la supression de la double lettre tt dans le mot a^ffçire (p. 13, lig. 13) oîi elle est nécessaire pour la bone prononciacion, surtout en poésie. De même que le Profjrame oficicl conserve, avec toute raison, la double rr dans le mot erreur (p. 12, I. 6), le verbe attaquer me paraît devoir garder les deux «, qui indiquent l'élévacion de la voix et de l'acçant. Ainsi dans ce vers de la Fontaine, fable du Chien cl du Loup :

L'attaquer, le mettre on quartiers,

Sire loup l'eût fait volontiers;

si on prononce sans une forte acçantuacion le mot attaquer, le vers perd son énergie ; il en est de même pour la double nn dans le mot empennée de cet autre vers :

Morlèlement ateint (i) d'une flèche empennée.

L'infinitif des verbes mètre et admetre à la p. 2!), 1. U , devrait avoir deux tt ; métrons, p. 40, 1. 19, et permé trait , p. 30, 1. 19, avec acçant aigu, indiquent moins exaclemant la prononciacion que les deux tt. Dans les deux ;)romiei-s cas : nwtre (avec un e grave) doue un son lourd; dans admetre (avec un emuet) il devient trop faible; il y a en outre néces-

(i) Lu inoiiuuciiiciuu ilc atvindic n'cxigo c|ii'iiii seul l: Pense (le Ttirt des vcr> atcindrc lu liauteiir.

site de distinguer le verbe mettre {mittere) du substantif 7nctre ([AETpov, mesure), dont la prononciacion difère.

A la page 27, 1. 6, le mot grammaire est écrit avec une seulem; la double mm serait préférable.

On doit donc conserver les doubles lettres partout oii la boue prononciacion les fait entandre distinctemant, coine par example dans les mots suivants :

Accaparer, Belligérant,

Addition, Imminent,

Attacher, Innocent,

Allégorie, Irréalisable, etc.

Je ferai observer à cet égard, come moyen mnémonique, que cette réduplication des consones ne se rencontre qu'entre deux voyèles et généralemant au comancemant des mots, entre la première et la seconde voyèle. La voix s'élève sur la première voyèle et entraîne la première consone, tandis que l'autre se joint à la voyèle suivante, ce qui fait que la prononciacion fait entandre distinctemant la consone redoublée.

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