Supression de l'U muet après le G dur
J'aprouve fort que Vu soit suprimé dans les temps de verbes et dans les mots dérivés oîi le g n'est pas suivi de Ve; on devra donc écrire, ainsi qu'il est dit p. J5 du Programe,]^ vogue et vogant, vogons, nous vogâmes, j'allègue et allégant, briguer et brigant, distinguer et distingant, distitigoiis, léguer et légant, de même que l'on écrit légataire, légation, délégation et non pas Icguataire, léguation, déléguation ; on écrit naviguer et navigable et non naviguable.
Cette supression devrait s'étendre aux temps des verbes terminés en quer lorsque le qu n'est pas suivi de l'e , et le c, dont le son équivaut à qu, le remplace déjà en bien des cas, puisqu'on écrit aplicable et aplication, explicable et explica-
don, praticable, conmnkation, vacant, vacation, etc. Pourquoi ne pas écrire praticant , praticons , applicant , explicant, etc. ?
Je lis dans la Grammaire complète de M. Poitevin , p. 332 : « Beaucoup de participes présents changent d'orthographe « en passant à l'état de substantifs ou d'adjectifs, tels sont: « 1° extravarjuant, fatiguant, intriguant, qui perdent 1'?; du « radical: extravagant, fatigant, intrigant ; 2" fabriquant, « vaquant, et fabricant, vacant. »
L'Académie écrit , en éfet , au participe suffoquant et à l'adjectif suffocant.
Et contradictoiremant elle écrit au participe trafiquant et au substantif trafiquant au lieu de traficant ; au participe piquant &\.h.y'0iA\<icû1 piquant au lieu de picant. Elle devrait écrire inconséca n t come. elle écrit l'adjectif con^sco»/.
Ces contradiccions ou eccepcions que les grammairiens sont obligés de signaler surchargent inutiicmant la mémoire et rendent encore plus fastidieuse l'étude de la grammaire (1).
4. Snpression du tiret ou trait (T union dans les mots composé.'!,
et réunion de deux parties en un setdmot.
Comme vous le dites bien, si l'on conservait encore quelques doutes sur l'oportunité et sur rurjance de celte réforme, on n'a qu'à lire les 3(5 pages que j'ai consacrées à l'élude do cette question dans mon grand ouvrage sur notre ortogralie.
.'). Snpression de l'E muet et de l'apostrofe dans certains mots composés et réunion des deux mots en un setil.
J'aprouve la snpression de \'e muet final du premier mol devant la voyèle coinançant le mot suivant et leur réunion en
(1) Voyez mes O'iscrrdd'inis aw l'arkuinific friinniisr. y. 70 pI siii\;iiili's, Hiii' 1rs inV'i.'ulaiili'H ili's ilrsiiiaiiri"* cii l'iit.
un seul, corne contramiral, contrépreuve , contrordre , etc.; au lieu de contre-amiral., contre-épreuve, contre-ordre, etc.; j'aprouve égalemant pour les cas analogues la supression de l'apostrofe qui remplace l'e muet , come dans les mots entr'acte, entr aider , entr' ouvrir, etc., qu'il serait préférable d'écrire entracte, entraider, entrouvrir, cûme on écrit entrevue, contrefaçon, contredire ; mais je maintiendrais l'apostrofe dans les mots composés avec grand, come grand'croix, grand'messe, grand'mère, grand' tante, grand' peine , grandhonte. On ne saurait suprimer le d come le fait le Programe qui écrit grancroix, granmère, grantante, bien que l'usage n'ait fait qu'un seul mot de la vile Granville.
Autrefois cet adjectif était invariable; on l'écrivait donc sans apostrofe; et c'est ainsi qu'il s'est conservé dans les contes de Perrault où le petit Chaperon va voir sa mère grand et aussi dans la chanson de Henri IV :
Si le Roy m'avoit doné Paris, sa grand ville.
On ne conserverait donc le trait d'union que : i" dans les mots composés de deux adjectifs se modifiant réciproquemant, come Journal politico-littéraire ; 2° pour isoler la lettre eufonique t, come dans y a-t-il ? ira-t-il ? A cet égard , je rapélerai encore ce que j'ai dit dans mon ouvrage, qu'on ne devrait pas écrire, corne on le fait, donnes-en, poses-y, ce qui n'indique pas que l'sfinale estpuremanteufoniqueet ferait suposer que dans toutes les conjugaisons la seconde persone de l'impératif doit avoir une s. Il faudrait donc isoler .par un trait d'union cet 5 eufonique ou mieux lui substituer un z, puisque l'Académie écrit maintenant k quatre-z-yeux. On écrirait donc done-z-en, pose-z-y, etc.
Le trait d'union entre l'adverbe très et un adjectif n'a pas de raison d'être, puisque on ne l'emploie pas pour les autres adverbes dans le même cas, come : bien, trop, assez, fort.
fi. Supression des quatre lettres P, E, G e/ S dans les mots où elles sont inutiles, et quelquefois miisibles à la hone prononciacion.
Il serait fort raciouel à'écv'wQdomter, corne l'écrivaient avec toute raizon Bossuet et l'Académie française dans la première édicion de son Diccionaire, et de même sculture,promt, promtitude, batême, examter, doitier, etc., pour éviter la fausse prononciacion. II est pourtant nécessaire de faire quelques eccepcions et de laisser le p dans compte, à cause de ses homofones conte et comte, mais on pourait le suprimer dans les dérivés comter, comtable, comtabilité, etc., l'uniformité grafiquedumot [irincipal et de ses dérivés n'étant pas absolument nécessaire.
Je ne serais pas cepandant d'avis de suprimer le y dans r/o/ijf/ à cause de son homonime doit, ni d'écrire, come le Programe, prontitude et exanter avec Vn; dans ces mots, deux changemants à la fois auraient l'inconvéniant de choquer l'œil.
Le Programe a raison de demander qu'on écrive assoir, sursoir, vinsions, tinsio7is, etc., au lieu de asseoir, surseoir, vinssions, tinssions, etc.
Quant à la supression de l'S dans les ternaires sci, sce, des mots scie, scission, sceptre, etc., je la repousse ainsi que l'a fait l'Institut genevois. J'ai pu manifester le désir de voir le C disparaître du mot science, puisque l'Académie l'a supriraé (\a.ni savant , savoir, qu'on écrivait sçavant, sçavoir, cepandant l'étimologie diférante de scire ei sapere peut justifier le maintien du c. Nous avons perdu malheureusement l'ancien et beau mot sapience.