‹ Observations sur l'orthographe françaiseChapitre 6 sur 41 · V. Syllabes TI, TION · texte numérisé non relu

V. Syllabes TI, TION

Au moyen d'un simple signe adapté à la lettre /, comme Geofroy ïory l'a fait le premier pour la lettre c, lui donnant ainsi le son exceptionnel du .«, i)i('n des difficultés de prononciation seraient épargnées aux étrangers ainsi qu'aux enfants; et l'Aradémie ne serait plus ()l)ligéi', dans son Uictioiuiaire, de répéter continuellement: « Dans ce mot, / suivi de /se proiioHce commet dans ce, » indication frécpiemmcnt reproduite, mais (pi'cin lui reproche d'avoir oubliées dans plus de crnl cnilroiis.

Cette syllabe //, f[u'on doit prononcer ri, est une cause de telles diflicullrs pour la lecture et l'écriture, qu'il .semble indispcnsahie d'ailoptcr un système régulier, soit en rempla- I mil 11' / |);li liii r' ou \, soit en pla^-antunc cédille .sous le /, ainsi (|ii'oii le laii depuis If milieu du .seizième .siècle pour le r. Kii sorte que, d(! même (|u'on viniffaron et façon, t/asmn cl t/ar-

von, 011 étiiiait : nous acceptions et les (iccep(ions, pitié et inertie, inimitié et facétie, amitié et primatie, chrétien et Capétiens, etc.

Déjà rAcadéniie a substitué quelquefois le c au / ; elle écrit 7iégociation, qui, conl'oniiémeiit à l'étymologie, aurait tlû être écrit négotiation , comme elleécrit initiation, pétition, propitiation [{). Ailleurs elle écrit sans motif il différencie ^l il balbutie, chiromancie ci démocratie, circonstanciel e\. pestilentiel.

L'Académie, qui a écrit par un <les huit adjectifs suivants : facétieux, ambitieux, contentieux , dévotieux, factieux, captieux , séditieux , superstitieux , écrit par un c les onze autres que voici : avarie ieux, consciencieux, disgracieux, gracieux, licencieux, malyracieux, malicieux, précieux, i-évérencieux, sentcticieux, vicieux : les uns et les autres, indistinctement, ont en latin un t, vitiosus , pretiosus , etc. Pourquoi cette distinction ? En modifiant l'orthographe tles huit premiers, tous les adjectifs de cette catégorie terminés en ielx seraient écrits et prononcés uniformément, comme avaricieux, capricieux, délicieux.

Peut-être conviendrait-il, i)Our quatorze substantifs ayant tie pour désinence : argutie, aristocratie, théocratie, démocratie, ochlocratie, onirocritie, primatie, prophétie, facétie, impéritie, inertie, minutie, suprénmtie, calvitie, de les écrire avec la désinence cie, comme l'a fait l'Académie pour chiromancie. Alors il n'y aurait plus d'exception pour l'ensemble des mots se terminant en cie, tels que : pharmacie, superficie, alopécie, esquinancie, que Henri Estienne, à sa table des mots dérivés du grec, renvoie avec raison à squinancie.

Il en est de même de circonstanciel, que l'Académie éciit par un c; mais elleécrit différentiel, pestilentiel, substantiel, obédientiel, et cependant ces mots dérivent de différence, pestilence, substance, obédience, comme circonstanciel dérive de

(1) Elle se trompe même en indiquant ainsi la prononciation de co mot : • On prononce propicialion. »

circo7istance. Par la même raison, essentiel devrait s'écrire essenciel. On pourrait donc écrire uniformément les mots dont la désinence est en ciel.

Ainsi , pour ces diverses séries de mots prononcés en cion, en deux, en cie et en ciel, le c ayant déjà été employé quelquefois par l'Académie à la place du t, on pourrait adopter uniformément la première de ces lettres. Par là bien des difficultés et des règles de grammaire seraient supprimées.

Quant aux autres séries de mots où ii figure, peut-être conviendrait -il de préférer le f au c : tels sont les mots écrits exactement de même , mais changeant de signification et de prononciation , du moment où ils ne sont plus des verbes à la troisième personne de l'imparfait de l'indicatif.

nous acceptions

— les acceptions

nous

inspections

— les insi)ections

nous adoptions

— les adoptions

nous

interceptions

— les interceptions

nous affections

— les all'ections

nous

inventions

— les inventions

nous attentions

— les attentions

nous

intentions

— les intentions

nous contentions

— les contentions

nous

mentions

— les mentions

nous contractions

— les contractions

nous

notions

— les notions

nous dations

— les dations

nous

objections

— les otîjections

nous désertions

— les désertions

nous

options

— les options

nous dictions

— les dictions

nous

persécutions

— les persécutions

nous exceptions

— les exceptions

nous

portions

— les portions

nous éditions

— les éditions

nous

rations

^ les rations

nous exemptions

— les exemptions

nous

relations

— les relations

nous exécutions

— les cxécutiiiiis

ndus

réfractions

— les réfractions

nous infections

— les infections

nous

rétractions

— les rétractions

nous injections

— les injections

nous

sécrétions

— les sécrétions

La cédille, placée sous le t comme on le fait pour le c lorsqu'il prend le son de s, ferait cesser cette confusion injustifiable. Il deviendrait aussi facile de distinguer les acceplioiis de nous acceptions, les adoptions de nous adoptions, et de discerner et de [)ron()iicer les deux ti, soit ti, soit ci, qu'il l'est de ne pas conl'oiulrc les deux sons du c dans commerçant et tra/icant, dans reçu et recueillir.

Quelle dil'licullé, je ne dirai {)as de distinguer (il n'y a pas de distinction i^ssiblc;), dans la fouie des mots où se tiouvcnl les

deux lettres ti, ceux où il faut les prononcersoit/?', soit ci : amitié, 2}itié, inimitié, chrétien, moitié, épizootie (1), et : initié, inertie, imitation, Capétiens, facétie, primatiel Pourquoi s?/;(j^o?'tions et action, argentier et différentier, abricotier et balbutier?

Resteraient les autres mots terminés en tion : dentition , partition, pétition (2), où le premier ii doit se prononcer ti et le second ci. On écrirait donc : dentition, partition, pétition , propitialion, et de même tous les mots dérivés de la 1"'' conjugaison latine, abdicare, abdica^io, abdication, et ceux delà 4i= conjugaison latine, andire,audiiio,(nidilion (le nombre en est minime) . Ceux, en si grand nombre, appartenant aux deux autres conjugaisons latines ont leur désinence en tion, sion, ssion, et cio7i.

Si l'on pouvait adopter une forme, la même pour tous, sion, ce serait préférable, car^ pour distinguer ces désinences diverses, il faut savoir le latin. Du moins par l'emploi du t on ferait disparaître la plus grande difficulté.

extorquere exlorsio extorsion

infundere infusio infusion

incurrere hicursio incursion

demitlere demissio démission

opprimere oppressio oppression

suspicari suspicio suspicion

sugere suxio succion

oiidire auditio audition

Je croyais avoir émis le premier cette idée fort simple de l'emploi de t cédille, t, niais j'étais devancé par Port-Royal, qui propose dans le même but de placer un point sous le t. La cédille sous le t se trouve même mise en pratique à Amsterdam en 1663 par Simon Moinet, le correcteur des Elzeviers, ce qui prouve que l'idée en est bonne et très-praticable. ■

(1) L'Académie n'indique pas la prononciation de ce mot.

(2) Contrairement aux règles de la gr.immaire, le premier ti de ce mot se prononce ti, bien que placé entre deux voyelles.

(3) Racine écrivait avec raison prciension (en latin prœtensio), et, en effet, nous écrivons tension. Voyez le manuscrit autograplie de la Bibliothèque impériale. On trouve néanmoins dans Du Cange un exemple de preetenlio.

abdicare

abdicalio

abdication

abjurare

abjuratin

abjuration

retinere

relent io

rétenlion

jubere

jussio

jussiou

prxlendere

prœlentio

prétention (3)

converlere

conversio

conversion

adspergere

adspersio

aspersion

abstergere

abslersio

abstersion

Mais, en écrivant la désinence tion par le l dans les mots terminés en tion, toute équivoque cesse pour la lecture. Les deux verbes initier et balbutier seraient aussi écrits par t.

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