III. PRONOMS INDÉFINIS
Le XVIe siècle conservait encore le sens primitif aux pronoms indéfinis aucun, personne et rien. Aucun, conformément à la dérivation, signifiait, aliquis, alcuno, quelqu'un ou quelque; p. ex. Geste poure loyale | Laquelle encor de ton amour rauie, | En attendant de toy aucun rapport, Vn hospital a basty sur vn port \ Dict de sainct Pierre. larot. Epistres. Maguelonne à son Amy Pierre de Prouence. — Aucuns de face sourcilleuse \ Ne cherchent point que chose sérieuse: \ Aucuns aussi de /tireur plus amis, | Aiment mieux voir Polydore à mort mis. .lodelle. L'Eugène, Prologue. — Soustenu et appuyé du crédit d'aucuns des principaux. Calvin. Ps. préface. Pour ce qui est de personne et rien, nous avons déjà montré (p. 23) qu'ils ne sont en effet que des substantifs communs pris dans un sens général et indéfini, et que par conséquent leur signification est positive, et non pas négative. C'est aussi ce que confirme déjà Henri Estienne dans le passage suivant, que nous nous faisons un plaisir de transcrire : "Ceulx qui estiment que rien signifie nihil, s'ils en considèrent bien l'vsage, trouueront qu'au contraire c'est le res des Latins, et ce que nous disons Chose. Qu'ainsi soit, quand ie di, S'il y a rien que ie puisse, ie suis à vostre commandement. Et quand ie di, S'il y a chose que ie puisse, n'est-ce pas vn mesme propos? Item II n'y a rien qui me fasche tant que cela. Ou? Il n'y a chose qui me fasche tant que cela. Item, Il n'y a rien du monde que ie craigne plus, ou, Il n'y a chose du monde. Et puisque ainsi est, nous ne devons pas nous tant mocquer de ceux qui disent Quelque rien, au lieu de Quelque chose.
Or comme ie ne preten confermer mon dire par les exemples des locutions où nous vsons de ce Rien, (pour les raisons que ie vien d'alléguer) aussi ne le veux-ie confermer par exemples de ce mot Personne : car ayant considéré de près quel en est l'vsage, ie trouue qu'il n'emporte point négation, (non plus que rien) et ne signifie pas Nul, mais Aucun. Et ce qui nous donnera ceci à entendre bien aiseement, c'est que autant est de dire, le ne trouue personne qui y veuille aller, que si nous disions, le ne trouue aucun qui y veuille aller. Mais ce qui fait abuser plusieurs à la signification de ces deux mots Rien et Personne, est qu'ils sont ioincts ordinairement à la particule negatiue." (Traicté de la Conformité, pag. 96.)
On trouve souvent le pronom même placé avant son substantif, même quand il signifie ipse, et non idem: Mien ne vit en moy que la mesme douleur. Ronsard. Elégie V. — Ma foy, qui Tacier du mesme temps mesprise, Jodelle. Amours, sonn. 18. — Bien que la mesme
beauté \ Ait en vous son siège arrestê. Des Portos. Diane II, Chanson. Rien de plus commun que cet usage chez P. Corneille, et même chez Molière et les autres auteurs du XVIIe siècle.
Même était quelquefois suivi d'un régime indirect, comme dans les exemples suivants : Us ne reçoiuent d'elles \ que le mesme plaisir des simples Damoiselles. Ronsard. Elégie XIV.. — Qui tenoit ici le mesme rang j Auec César. Jodelle. Cleopatre II, 1. — Iouissons de mesme sépulture auec eux. Montaigne. Essais II, 27.
Finissons nos observations sur la syntaxe des pronoms par celle-ci que les pronoms personnels et démonstratifs, ainsi que les particules pronominales en et y, s'employaient parfois d'une manière redondante. Exemples : Quiconque fut le Dieu, qui la meit en lumière. I II fut premier autheur d'vne grande misère. Ronsard. Amours II, Elégie à son Liure. — Mais quiconque a le scauoir, | Celuy doit l'honneur auoir. ld. Odes I, 14. — Jodelle. Cleopatre I, 1 (voir ci-dessus, p. 41). — Qui eust regardé à ce qui aparoissoit au dehors seulement, il eust dit ce
qiCon dist en commun prouerbe, : mais qui au dedans eust veu
à nud ses vrayes afections et actions procédantes de son naturel, il eust dit au contraire. Amyot. Alcibiades. — Qui suit vn autre, il ne suit rien. Montaigne. Essais I, 25. — Tousiours du bien il en renaist du bien. Jamyu. I, De la Libéralité. — De ce mot Boss, qui en Allemand signifie simplement et généralement vn cheual, ils en ont faict Rosse. H. Estienne. Traicté de la Conform. préface. — Au feu, qui mon cœur a choisy, | lectez y, ma seule Déesse, \ De l'eau de grâce, et de liesse. Marot. Rondeau, De l'Amoureux ardant.