‹ Observations sur l'usage syntaxique de Ronsard et de ses contemporains. Avec une appendice contenant La defense et illustration de la langue françoise de Ioachim du BellayChapitre 9 sur 19 · IL PRONOMS RELATIFS · texte numérisé non relu

IL PRONOMS RELATIFS

Le pronom relatif lequel s'employait en général très-rarement, et l'on a même calculé qu'aussi tard que le XVIIe siècle ce pronom ne se trouve dans toutes les comédies de Molière que trente-sept lois. Il s'ensuit de là que les écrivains devaient nécessairement donner aux autres pronoms relatifs une latitude d'usage plus étendue. En effet on trouve qu'ils n'ont pas hésité à se servir du pronom qui dans toutes les occasions, quand même il était le complément d'une préposition et qu'il se rapportait à un substantif qui signifiait une chose. A côté de cet usage, l'emploi du neutre quoi, quand il s'agit de choses, est très-fréquent chez quelques auteurs et surtout chez Montaigne.

Exemples.

Ronsard. Ce règne heureux et fortuné, | Sous qui l'heureuse destinée [ Auoit chanté dés mainte année \ Qu'vn si grand Prince seroit

né. Odes I, 2. — Vne lumière enuoyent dans les Cicux ! De qui V esclair à flammèches menues \ En tremblotant s'esclaircit dans les nues. Franc. I. — Jodelle. Pour vous donner sa Comédie Eugène: A qui ce nom pour ceste cause il donne, | Eugène en est principale personne. L'Eugène, Prologue. — Iurans vne amour éternelle \ A qui le temps ne fera rien. Ib. — Jamyn. Au milieu \ Des dangers infinis, de qui vous estes ceinte. I, Sonnets pour le iour de S. Catherine. — Des Portes. Loin de vos yeux par qui i'ay mouuement. Diane I, 20. — Du Bartas. Vn pont sur qui Ion peut, sans crainte d'abysmer, | Des mystères diuins passer la large mer. La Sepmaine I. — Humains, voila le lieu \ Pour qui vous mesprisez le sainct Palais de Dieu. Ib. III. Montaigne. La basse et nécessiteuse fortune, dequoy ils se payent. Essais I, 24. — N'y est art dequoy ie peusse peindre seulement les premiers linéaments. Ib. 25. — De vray il n'est aucune sorte de vertu, de quoy il n'ait laissé de tres-nobles exemples. Ib. III, 19.

On trouve assez souvent dequoy pour de ce que: Le masseure que les enuieux caqueteront, dequoy i'allegue Virgile plus soutient qu'Homère. Ronsard. Pref. sur la Franc. — Le Soleil qui aimoit la terre, se fâcha \ Dequoy Thyuer ialoux sa Dame luy cacha. Id. Hynnes II, 3. Madame, i'ay regret de quoy ie n'ay cet heur. Jodelle. Amours sonn. 12. — Les remercioit, dequoy ils ne Vauoient pas voulu tuer par surprise. Montaigne. Essais II, 19.

Les exemples suivants vont témoigner combien l'allure de la langue était libre par rapport à la règle moderne que le pronom relatif qui doit toujours suivre immédiatement le substantif modifié par la phrase relative. Ronsard. A — tant acheua sa requeste, \ Courbant les genous humblement \ Que Jupiter d'vn clin de teste | Accorda libéralement. Odes I, 10. — Des puissans Dieux la plus gaillarde troupe \ Estoit assise au sommet de la croupe \ Du mont Olympe, où Vulcan à Tescart \ Fit de chacun le beau palais à part, \ Qui contemploient la Troyenne ieunesse \ Fendre la tuer d 'vne prompte alegresse. Franc. II. — Le ne veux souiller j Ma Main en si bas sang qui ne sçait despoiiiller \ Que les Rois mes vassaux. Elégie V. — Jodelle. Les Dieux ont à mon chef la vengeance auancee, \ Et dessus moy l'horreur de leurs bras élancée: \ Dont la saincte équité, bien qv'elle soit tardiue, \ Ayant les pieds de laine, elle nest point oisiue. Cleopatre I, 1. — Montaigne. L'éloquence fait iniure aux choses, qui nous destourne à soy. Essais I, 25. — Estienne. Il y a seulement ceste différence, que le mot Anglois est commun aux grands — et aux petits, que nous auons attribué particulièrement aux grands. Traicté de la Conform., préface.

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