C. Les Participes
La question de la variabilité du participe présent appartient proprement à la lexicographie. Dans le Latin, le participe présent distinguait les cas et les nombres, mais les formes en étaient les mêmes pour le masculin et le féminin dans tous les cas des deux nombres: amans, amantes, etc. En conséquence, d'après la même loi qui réglait la formation du féminin dans les adjectifs, le participe présent français distinguait le singulier et le pluriel, mais non pas le masculin et le féminin, et c'était par un développement très-juste et trèsnaturel que la langue était arrivée aux formes amant pour les deux genres du singulier, et amans pour les deux genres du pluriel. Aussi la langue du XVIe siècle employait-elle presque toujours ces formes, et l'exception la plus marquante, qu'on trouve de cet usage, c'est que, de même que pour les adjectifs, la grande règle de Ve muet dans les féminins commençait à s'étendre aussi aux participes présents: aimant, aimante, aimans, aimantes. Hlaupas dit expressément que le participe présent "ne semble gueres obligé à suivre le genre du substantif, ains semble plus coulant sous forme masculine, comme estant de commun genre. Quant au nombre, il est meilleur qu'il l'ensuive." Il ajoute "qu'en plurier féminin ou s'y peut accommoder" (à savoir, à la désinence féminine), "toutes-fois en ces termes pluriers quand le participe régit un cas après soy, je trouverois bon d'user de circonlocution par le relatif et le verbe fini". — Yaugelas et l'Académie n'ont donc fait que confondre le participe présent avec le gérondif, et la règle qui tyrannise la langue moderne, que le participe présent doit toujours rester
invariable, est autant dénuée de raison logique que de fondement historique.
Quant au participe passé, Jlarot avait écrit au commencement du siècle la célèbre epigramme à ses disciples:
Enfans, oyez vne leçon:
Nostre langue a ceste façon, Que le terme qui va deuant, Voluntiers regist le suyuant.
Les vieulx exemples ie suyuray Pour le mieulx: car a dire vray La chanson fut bien ordonnée, Qui dit: M'Amour vous ay donnée, Et du bateau est estonné, Qui dit: M'Amour vous ay donné.
Voyla la force que possède Le femenin, quand il précède.
Or prouueray par bons tesmoings, Que tous pluriers n'en font pas moins.
Il fault dire en termes parfaictz, Dieu en ce monde nous a faictz:
Fault dire en parolles parfaictes, Dieu en ce monde les a faictes:
Et ne fault point dire, en effect, Dieu en ce monde les a faict:
Ne nous à faict pareillement, Mais nous a faictz, tout rondement.
L'Italien dont la faconde, Passe les vulgaires du monde, Son langage a ainsi basty En disant, Dio noi a fatti.
Parquoy, quand me suis aduisé, Ou mes luges ont mal visé, Ou en cela n'ont grand' science, Ou ils ont dure conscience.
La règle contenue dans ces vers devint constitutive. Il est vrai que dans les auteurs du temps les exemples qui en offrent des exceptions ne sont nullement rares et qu'on pourrait facilement en rassem-
ET lu: 8E8 CONTEMPORAINS. 57
hier une centaine, ou plus ; mais ces exemples annoncent très-distinctement leur caractère d'exceptions purement accidentelles, autorisé, du reste, par la licence poétique ou la nouveauté de la règle comme telle. Quelques grammairiens ont essayé de grouper ensemble ces exceptions et de formuler des règles pour les cas où elles doivent avoir lieu. C'est ainsi que .Hnupas dit que, "si ledit participe est suivy de quelque infinitif, il sera indiffèrent de se conformer à son accusatif, ou demeurer neutre singulier"'; et c'est ainsi que Vaugelas a fait, entre autres remarques, celle de cette ''belle et curieuse exception à la Reigle des prétérits participes" que, "quand le nominatif qui régit le prétérit participe ne va pas devant ce prétérit, mais après, ce prétérit n'est point sujet au genre ny au nombre du substantif qui le précède". Ces remarques, et d'autres qui leur ressemblent, étant fondées moins sur l'observation des faits que sur les caprices de "curieux" grammairiens, n'ont pas empêché l'usage prosaïque de se développer dans le sens indiqué par l'épigramme de flarot, et quant au style poétique, la censure que fit Voltaire de ce vers de Corneille:
Là par un long récit de toutes les misères
Que durant nostre enfance ont enduré nos pères.
Cinna I, 3.
n'a pas empêché non plus un poète contemporain de dire:
Bah ! j'avais deviné ! — C'est sans doute mon père. Ninette est si poltronne ! — 11 Taura vu passer.
A. de Husset. A quoi rêvent les jeunes Filles. I, 1.