‹ Observations sur l'usage syntaxique de Ronsard et de ses contemporains. Avec une appendice contenant La defense et illustration de la langue françoise de Ioachim du BellayChapitre 5 sur 19 · III. CAS · texte numérisé non relu

III. CAS

On trouve quelquefois des phrases où le substantif est employé d'une manière absolue pour marquer, comme l'accusatif grec des Latins, une circonstance de temps, de lieu ou de manière. Cette construction, qui n'est pas même de dos jours tout-à-fait inusitée, s'employait autrefois avec bien plus de liberté, comme le prouvent les exemples suivants: La voix des plus braues Poètes | De peur fut enrouée, et le vent de leur sein | Ne sortit pour enfler la trompette d'airain, | Chacun craignant sa vie en saison si douteuse. Ronsard. Le Bocage Royal, II Panégyrique à Henry IL — Là vénérable en vue robe blanche, \ Et couronné la teste dvne branche, \ Diuin Muret, tu nous liras Catxdle. Id. Poèmes II, Les Isles Fortunées. — On voit tout alentour mainte et mainte deuise, | Et ne peut courir Vœil vu seul lieu qu'il riy lise \ Graué de cent façons, Angélique aux beaux yeux. Des Portes. Roland Furieux. — Les voisins qui aperceurent cela, acoururent tous esperdus celle part. Amyot. Alcibiades. — Car il n'y a point d'ordre que, paresse de cercher ce qui est chez nous, allions bien loing aux emprunts. Heuri Estienne. Traicté de la Conform., Préface.

Pour désigner la possession, on faisait parfois précéder au substantif la préposition à, pour de : Puis sous le throsne à lunon se cacha. Ronsard. Franc. IL — Les Harpies \ Chiens à Juppin. Ib. — La Déesse à qui vous estes fils. Jamyn. Au Roy, sur son retour de Pologne. — La femme à Tithon son chemin commançoit. Des Portes. Elégies II, Eurylas. — Ces iustes doléances des pères à qui Ion ostoit les enfans, percoyent le cœur à Theseus. Amyot. Theseus. On sait que dans les phrases formées sur le moule du dernier de ces exemples, on emploie encore de préférence le datif des pronoms personnels; et même autrement on trouve chez les auteurs modernes des exemples, quoique assez rares, de l'ancien usage. Voyez E. Màtzner, Iranzôsische Grammatik, pp. 439 et 544.

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