‹ Observations sur l'usage syntaxique de Ronsard et de ses contemporains. Avec une appendice contenant La defense et illustration de la langue françoise de Ioachim du BellayChapitre 8 sur 19 · I. PRONOMS PERSONNELS · texte numérisé non relu

I. PRONOMS PERSONNELS

L'omission fréquente de ces pronoms fait un des traits caractéristiques de la vieille langue. Cette omission pouvait avoir lieu:

1°. Quand le pronom personnel était sujet de la proposition. Les désinences des verbes étaient assez variées pour qu'une telle omission n'amenât point d'équivoque. Cet usage étant très-fréquent, nous n'en donnerons que quelques exemples seulement.

Ronsard. Mais ïesperoy que d'vn masle courage \ — Iroit vn iour

des Gaules surmonter \ Le peuple rude. Franc. I. — Ce iouuenceau

| Est fis d'Hector que tant — auez aimé. Ib. — Luy plein d'effroy en pasmoison deuint, \ Et de son songe à l'heure — luy souuint. Ib. IL

— D'vn aidre sénateur elle a fait accointance, \ Et — suis demeuré veuf. Elégie IV. — Puis en lisant l'ingénieux Ouide, \ En ces beaux vers où d'amour — est le guide. Poèmes I, La Salade. — Jodelle. Flo-

rimond. Laquois, vois tu pas bien les mines? Pierre. Ouy Monsieur, — sont des plus fines. L'Eugène II, 1. — Jainyn. Adieu Maistresse, et tousiotirs — te souuienne \ De souhaitter que bien tost ie reuienne. II Vn Adieu. — Des Portes. Ton pié douteux chancelle, et — n'oses plus passer. Elégies II, Eurylas. — Toutesfois il (Jupiter) la (Junon) hait dés qu'il Va espousée, \ Et — luy desplaist si fort, que pour s'en estranger j En beste et en oyseau — ne feint de se changer. Diuerses Amours, Stances du Mariage. On voit que dans cet exemple la liberté est des plus grandes, puisqu'il faut suppléer tantôt elle, tantôt il. — Calvin. Il me semble que par iceluy — est plustost signifié vne autre sorte de continuation. Ps. XIII, 2. — Ils crieront, et — n'y aura point de Sauueur pour eux. Ps. XVIII, 42. — Et le Roy aimera ta beauté: car il est ton Seigneur, et — l'adoreras, — Montaigne. Et — n'est reserué aucune part au puisné. Essais II, 15. — laupas. — Reste ceux qu'avons nommez communs, et — sont ces quatre seulement. Pag. 139.

Maupas confirme et règle cet usage, car il permet de supprimer les pronoms personnels sujets, "quand la conjonctiou et, et si, conjoingnent quelque appendice a un propos précèdent ou la personne a esté suffisament exprimée Vous m'avez bien conseillé, et vous croiray une autre fois. Il vous respecte, et si vous servira bien.'" "Souvent aussi obmettons nous les première et seconde personnes pluriéres aussi en suite de propos, et après les conjonctions et, Aussi, que, aussique. ïayreceu les lettres que m avez envoyées, vous voyez qu'avons soin de vous, et aimons vostre profit.'''

2°. Le pronom personnel pouvait aussi s'omettre comme régime direct, surtout s'il était en même temps réfléchi, c'est-à-dire qu'il désignait la même personne que le sujet. Les exemples sont nombreux pour toutes les trois personnes:

Ronsard. Soudain ie sens — nouer | La langue à mon palais. Odes II, 23. — Et ià de peu à peu sent \ Haute — esleuer sa ceinture. Ib. III, 20. — Jodelle. Les fiots enflez de la mer, \ Qu'on voit — leuer. L'Eugène I, 2. — Mais faites au mal resistence, \ Et me laissez — vanger du tout. Ib. III, 1. — Laissez moy de tout — souuenir. Ib. — Merciez monsieur de ce don, \ Et — luy voilez pour désormais \ En fidelle amour à iamais. Ib. V, 5. — M'ont ils fait — monstrer autre? Didon I, 1. — Calvin. Le poure — remettra sur toy, car tu seras adiuteur de l'orphelin. Ps. X, 14. — La félicite engendre vn orgueil en eux, qui les fait — esleuer fièrement. Ps. XXIII, 4. — II. Estienne. Sans que nous — en soyons apperceus. Traicté de la Conform. préface. Il est certain que quand nous — en sentirions, ce ne seroit point par nécessité. Ib. — Anijot. En tirant lui-mesme le premier de son bras le bracelet qu'il

y portoit, — lui ietta. Komulus. — Les soudards estoyent fort desplaisans de le voir — en aller. Alcibiades. — Lui auec quarante galères seulement se tira en auant, et s'alla monstrer aux ennemis pour — attirer à la bataille. Ib. — Tlaiipas confirme jusqu'à un certain degré cet usage, en disant: "Souvent avec les datifs luy leur, nous omettons lesdits accus." (le, la, les) "qui sont sousentendus. Ne luy ottroies pas. le luy ay promis. Ne leur dites pas. le leur escriroy."1"1 Mais Vaugelas considère déjà cet usage comme une faute, quoique Amyot l'ait toujours faite, quand il s'agissait d'éviter la cacophonie de le, la ou les se rencontrant avec lui ou leur. L'Académie aussi a été de son avis.

M. Besoherelle ayant déjà fait justice ((Grammaire Nationale n° CCXCIX, CGC et CCCI) de cette prétendue règle que le pronom soi est seulement du singulier et qu'il n'est jamais d'usage qu'avec un sujet indéterminé, nous pourrons nous borner à dire que chez les auteurs du XVIe siècle l'usage des formes lui, elle, eux et elles comme réfléchis est extrêmement rare et qu'au lieu de ces formes on trouve soi presque dans toutes circonstances. En voici des preuves. Pour cela nostre Marguerite, \ L'unique sœur de nostre Roy, \ De loin espiant ton mérite, \ Bonne a tiré le bon à soy. Ronsard. Odes I, 10. — La mort vaut beaucoup mieux, j Puis qu'elle prend à soy les délices des Dieux. Id. Elégie V. — Soit que ta sagesse, ou soit que ta puissance, | Vueille autrement de soy nous donner cognoissance. Jodelle. Cantique Chrestien. — Dieu par ses bénéfices nous attire doucement à soy. Calvin. Ps. XXIII, 4. — Le sacristain ietta les dez pour Hercule premièrement, et puis après pour soi-mesme. Amyot. Roraulus.

Page 1