‹ Observations sur la brochure de MM. les abbés Laverdière et Casgrain relativement à la découverte du tombeau de Champlain [microforme]Chapitre 4 sur 9 · LE · texte numérisé non relu

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Comme je m'étais aperçu peu de jours après la découverte, qu'on voulait à tout prix me dérober la petite parcelle de mérite que j'avais dans l'affaire, j’adressai à MM, Laverdière et Casgrain chacun une copie de la lettfe ci-dessous, afin de lies amener à considérer HAAnes qu'ils allaient me causer, en ne faisant pas droit à une aussi juste réclamation,

Québee, 15 Novembre 1866.

A M. labbé C. IT LAVERDIÈRE, Uriversité-Laval, Québec.

Monsieur,

J’ai lu avec le plus grand intérêt l’heureuse nouvelle de Ja découverte du tombeau de l’immortel Fondateur de Québec, Samuel de Champlain, faite par vous et M. l'abbé Casgrain.

Comme je ne saurais ajourner plus longtemps l'expression de mes sentiments sur cet important évènement, je n’empress’ donc de vous féliciter sur votre heureuse découverte, qui saura exciter un enthousiasme ct une admiration digne de cet illustre personnage si en vénération par mi les hommes qui s’occupent d'histoire.

Occupé moi-même par goût et par état aux recherches historiques et archéologiques du pays, comme vous le savez d’ailleurs, je prends I liberté de vous rapjeller que si je n'ai pas été aussi heureux que vous et votre savant confrère, dans mes perquisitions faites au commencement de cet €té, concernant l'historique Tombeau de Chamyr'ain, se int j'ai droit de nrattendre à ce qu’il soit fait mention dans le Procès-Verbal (que vous devez publier) des renseignements ne vous ai donnés.

Il vous est facile de vous rappeler que je vous ai dit, en présence de MM. Norbert Thibault et Jos. Oct. Dion, cinq jours avant Ja découverte qui nous occupe, que lors des travaux de Paquedue de

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Puisque j’ai eu le bonheur de vous intéresser et de vous mettre sur la trace de cette glorieuse conguf!e, j'ai lieu d'espérer que ma réclamation, qui ne saurait d'ailleirs rien diminuer du mérite qu vous revient, (*) vous sera aussi agréable que le souvenir qui s’y rattache, et que vous jugcrez favorablement le motif qui me fait agir.

Je vous prie d’agréer, cher Monsieur, lassurance de mes sentiments très-distingués.

STANISLAS DRAPEAU

Tout fut inutile. Je reçus, toutefois, ces quelques mots d'espoir, à la date du 19 novembre :

‘“,,,...... Soyez bien persuadé que nous la (ma lettre) prendrons certainement en considération.”

La suite a prouvé qu’on manquaït de franchise en écrivant ainsi, et que l’amère jalousie, ce mal endémique, éternel, qui dévore le monde depuis sa création, s’introduirait jusque dans cette affaire.

Quelques jours plus tard, étant encore mieux éclairé sur les manœuvres dont MM. Laverdière et Casgrain devaient se servir, je plaçai devant le publie ma réclamation, par les lignes suivantes, insérées dans le Canrdien du 21 novembre:

‘“ Je désire constater publiquement que j'ai adressé à MM. Laverdière et Casgrain une réclamation motivée, en date du 15 courant, demandant que la petite part qui doit me revenir de cette glorieuse découverte soit insérée dans le procès-verbal qui doit être publié sur le tombeau de Champiain.

“ Afin qu'on ne m'accuse pas plus tard d’entêtement et de malveillance, je saisis cette occasion pour exprimer combien je serais chagrin de voir surgir une polémique quelconque sur cette affaire ; cependant, je dois déclarer avec franchise que si justice ne m'est point rendue dans le document ci-dessus merftionné, je serai forcément entraîné à défendre une situation que je n'aurai pas provoquée, et dont la responsabilité pèsera sur ceux qui sont avocats et juges dans cette affaire.”

Ce fut à la suite de la publication de cette lettre, dont ce qui précède est un extrait, qu'on m'engagea dans la polémique mentionnée au commencement de ce plaidoyer.

(*) Je souligne.

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La conjuration devint alors complète, et pour m'écarter plus facilement de l’affaire, on se mit à soutenir sans fondement que la découverte n’était que le triomphe de l'inspiration et de l'étude de documents inédits et autres : le tout fut exposé et conduit dans les journaux avec mouvement et passion.

Mais, comme il fallait à tout prix s'inspirer d’idées différentes de celles qui avaient prévalu jusqu'alors, on trouva l’ingénieux moyen de résoudre la difficulté en s’appliquant à rapetisser la valeur et le mérite de l’information que j'avais donnée, afin de pouvoir écrire avec quelque semblant de raison :

‘# Comme M. Drapeau semble demander compte d’informations qu’il n’a données qu’à moi, je dois à M. Casgrain et au public de déclarer ici, que je n’en ai fait aucun usage, et cela sans aucun mauvais vouloir quelconque.” (1).

Deux jours plus tard, non content de me dérober sans remords le bénéfice attaché à ce renseignement, que lon disait et redisait n'avoir servi à rien, on informa comme suit le public :

‘ Maintenant, comme nous ne pouvions, sans manquer à la vérité, faire autre chose que lui tenir compte (à M. Drapeau) de l'intérêt qu'il pouvait avoir porté à cette importante question, et qu’il a eu soin d'informer le publie de son mérite personnel, nous sommes dispensés de faire figurer son nom dans 1e compte-rendu de nos recherches.” (2).

Quelle généreuse et délicate justice! C’est bien, Messieurs, arrangez vos petites affaires, et ne vous troublez pas pour si peu !

Cependant, encore dans ce cas, je dois déclarer que M. Laverdière n’est point sérieux quand il affirme une telle chose; car sa propre brochure, page 15, vient démontrer, elle, (la perfide !) tout le contraire! Mon nom s’y trouve inséré et prêt à protester contre la phrase équivoque qui l'entoure. Citons plutôt :

“ Dans le cours de cette journée, M. Drapeau avait dit à M. Laverdière que des ossements humains avaient été trouvés dans l'escalier de la basse-ville ; mais, parfaitement convaincu alors que le tombeau de Champlain ne pouvait-être ailleurs qu’à la hauteville, ZZ ne songea pas à communiquer ce renseignement à M. Casgrain.” (3).

À qui se rapporte le pronom #? Est-ce à moi? est-ce à

ae Lettre de M. Laverdière du 22 novembre, publiée dans le Journal de uébec,

(2) Lettre de M. Laverdière du 24 novembre.

(3) Brochure de MM, Lave:üière et Casgrain, page 15.

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M. Taverdière ? Si c’est à moi, et la forme de la phrase l’exige impérieusement,—il faut avouer qu’il n’est pas surprenant, en effet, que je ne sois pas allé immédiatement chez M. Casgrain lui communiquer ce renseignement; si ce mot # se rapporte, au contraire, à M. Laverdière, on avouera pareïllement qu’il était impossible de nier plus adroitement et plus perfidement que M. Laverdière eût communiqué à M. Casgrain les renseignements que j'avais donnés à celui-là, à l’Université-Laval, en présence de MM. Thibault et Dion. (1)

Mais ce n’est pas tout. Tandis que ces Messieurs trépignaient et me vouaient à l’exécration,—à canse de mes exigences contraires à leur amour-propre, sans aucun doute,—ils essayaient de soulever contre moi opinion publique, en faisant intervenir à leur profit, dans la discussion, M. Hugh O’Donnell, gagné à leur cause par la promesse d’un emploi que ces Messieurs ailaient tâcher de lui assurer, en récompense de son docile concours.

Puisque je n’avais été pour rien dans l’affaire de la découverte, pourquoi donc alors tant vous acharner à combattre une position jugée ridicule par vous, et montrer tant d’activité à mon sujet ? À vous voir agir ainsi, ne s’aperçoit-on pas aussitôt que vous êtes en défaut, et que je suis dans le droit ? C’est la conclusion logique que l'opinion publique tirera de ce fait, soyez-en sûrs.

MM. Laverdière et Casgrain se mirent donc tout de suite en frais d'assurer à leur reconnaissant et dévoué serviteur, M. O’Donnell, tout le bénéfice de leur influence. Des lettres furent en conséquence adressées par eux à certaines personnes du Corps Municipal, les priant de voter pour leur homme, qui s'était acquis, disaient-ils, un véritable titre à la reconnaissance publique. :

Nul doute que cette intervention a dû contribuer à assurer à M. O’Donnell le salaire de $100 par mgis que vient de lui accorder le Conseil-de-Ville.

Cette démarche, aussiindue que compromettante, de MM. Laverdière et Casgraïin, ne m’a pas peu surpris. Dans d’autres circons-

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(1) J'aime à faire remarquer que si je relève l’équivoque que présente le mot , dans la phrase citée plus haut, ce n’est pas pour donner une leçon de grammaire à mes deux antagonistes. Je suis sûr qu’ils sont assez ferrés sur les règles de la langue qu’ils écrivent avec autant de facilité que de goût, pour ne point donger involontairement à un mot une signification qu’il ne doit pas avoir.

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tances, et pour d’autres motifs, personne n'aurait eu rien à redire ; mais, dans un cas pareil, pour un homme qu’ils ne connaissaient pas avant le 6 ou le 7 novembre, et surtout pour la récompense d’un appui aussi tristement acquis, c'était commettre un acte des plus révoltants et des plus offensants à la conscience publique !

Le fait que je viens de mentionner suffit donc pour expliquer la conduite de M. O’Donnell à mon égard, dans ces derniers temps.

Il y a pourtant assez de nobles places pour le talent et pour le dévouement, dirai-je à ce monsieur, sans qu’il faille, pour y atteindre, descendre dans la voie humiliante que vous avez choisie, et servir d’escabeau ou d’organe à des volontés injustes.

Je pardonne néanmoins de tout cœur à M. O’Donnell la triste position qu'ila prise à mon détriment dans cette affaire. Mais j'ignore si ceux qu'il à voulu contenter aussi servilement, lui sauront gré d’avoir osé affirmer, aussi carrément qu’il l’a fait, que la cause véritable qui a fait déconvrir à MM. Laverdière et Casgrain le tombeau de Champlain, vient de lui! En effet, dans une correspondance publiée contre moi, M. O’Donnell dit :

« Le fait est que le renseignement qui a conduit ces Messieurs à la découverte en question a été donné par moi seul...” (1)

Chut !.... imprudent!........ que va devenir la force des textes qui a conduit, comme pas à pus, jusque dans la rue Champlain, ceux que vous servez si mal?

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