‹ Observations sur la curation des maladies organiques de la langueChapitre 10 sur 40 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Il y a deux sortes de diagnostic du cancer de la langue, d'après les auteurs qui se sont occupés de cette maladie : l'un qui consiste dans la distinction du cancer et des maladies non cancéreuses, l'autre qui consiste h distinguer entre elles les différentes formes de la maladie cancéreuse. Sur cette dernière espèce de diagnostic, nous sommes déjà fixés par ce qui a été dit dans les chapitres précédents; il nous faut cependant y revenir en quelques mots et reproduire, sous diverses formes, les mêmes raisons, puisque nos honorables confrères répètent, sous diverses formes, les mômes erreurs.

A lire la plus grande partie du chapitre que M. Maisonneuve a consacré à cette partie du diagnostic, rien ne serait plus aisé

que de distinguer les unes des autres les différentes formes du cancer de la langue. Malheureusement, il y a un post scriplum h son chapitre, et, s*il en est des chapitres sur la chirurgie comme des lettres, dont certains casuistes ont dit que c'est dans le post scriptum qu'il faut en chercher la pensée, il pourrait bien y avoir entre notre opinion et celle de M. Maisonneuve moins de distance qu'on ne le supposerait h première vue. Voici son post scriptum :

« De ces considérations, il résulte que les principales variétés du cancer, — de la langue bien entendu — ont, même quand elles revêtent la forme interstitielle, des caractères généralement assez distincts pour qu'il soiipossibley — possible ce n'est déjà plus facile, — de les reconnaître dans le plus gran nombre de cas. Cependant, il peut se faire, surtout quand il occupent une région profonde, ou qu'ils sont encore à leu début, que l'examen le plus attentif ne puisse pas arriver à les différencier d'une manière exacte. Ceci se conçoit facilemmî^ quand on songe que l'incertitude se prolonge parfois encore alors même que la tumeur soumise à V extirpation peut être ituàii a Vaide du scalpel et du microscope. »

Gomme preuve de la proposition qui termine cepost scriptum M. Maisonneuve s'abstient de désigner les variétés de cance qu'il a observées, dans tous les cas moins un, qu'il dans sa thèse. C'est décidément le post scriptum qui a raison^

M. Lebert croit possible la distinction dont nous nous occu — pons, mais pas tout à fait facile : « Il est d'abord une affection de la surface de la langue, dit-il, que l'on prend aisément poux* cancéreuse, ce sont les tumeurs épithéliales. Elles en diffèrent par leur siège beaucoup plus superficiel, et soit qu'elles se déve* loppent sur le bord, soit qu'elles se forment à la surface de Torgane, on peut souvent, en y mettant de l'attention, convaincre qu'elles ont leur siège tout à fait à la superficie d la membrane muqueuse de l'organe. Il est moins facile d* reconnaître la véritable nature lorsque, persistant depui

longtemps, ces tumeurs ont subi un travail d'ulcération. Mais celui-ci est bien plus rare dans ces sortes de tumeurs, que dans le cancer. Ensuite, la marche lente de TafFeclion, l'état intact de la santé générale, l'étude des antécédents, le siège toujours plus superficiel, peuvent., dans les cas douteux, éclairer le diagnostic. Toutefois, le cancroïde épidermique peut affecter une marche beaucoup plus grave, et le diagnostic anatomique être alors seul possible. Après l'extirpation, la structure microscopique montre dans la tumeur... » — (Jusqu'à présent c'était la tumeur qui montrait, voilà maintenant que c'est la structure qui montre; décidément, MM. les micrographes ont un grand amour de la rhétorique, nous ne désespérons pas qu'après avoir tant fait agir et montrer les tumeurs et leur structure, ils ne finissent par les faire parler : ce sera une prosopopée pittoresque, qui aura pour le moins le mérite delà nouveauté.) — Donc, « la structure microscopique montre, dans la tumeur épithéliale, Tabsence d'éléments cancéreux, et Von y reconnaît comme élément principal de grandes cellules d'épithélium pavimenteux, tassées et formant une masse assez compacte, cellules identiques à celles qui recouvrent la langue à l'état physiologique. » fMal. cane, p. 435).

Nous voudrions citer, sur-le-champ, l'exemple par lequel "M. Lebert justifie l'exactitude de son remarquable diagnostic, mais on ne peut tout faire à la fois, et la besogne que donnent 3i la critique les contradictions de M. Lebert, exige absolument une grande division de travail. Le caractère disiinctif par excellence, puisque M. Lebert le répète trois fois en dix lignes, entre le cancroïde et le carcinome, c'est donc que le premier « aun ^iige beaucoup plus superficiel y » qu'il « siège tout à fait à la superficie de la muqueuse, n qu'enfin, pour qu'on ne l'oublie pas, « son siège est toujours plus superficiel. » Voilà bien ce que dit M. Lebert à la page 435; mais à la page 681, ce n'est pas précisément la même chose. Là, on voit que a à la langue, plus encore qu'à Vuièru^ ^ — -^ .,.,: «»

iir€imlècUe$drépiderau! % On iQÛ ce çie liefîm. à cette page 681, le siège plus superfieul, *<— g— y f fca i p ii A^îif etTioTisylitfn tj pi r jfeitt, Nous avons vu ft^eééoÊÊOgmi ce «{oe v^ot h lenteur de U marche et rintégrité de A saaiié aMbénle: boqs saToas aussi dans quelles limites on peut je ier aux caractèn» mîcroseoiiiqttes qui wurnirent^ dans JOL £xiè]Be de casw des tnacurs mtixUs: reste donc, pour seul AèmenÂ. « Tétode des antécédoits, b ce qui. sous la plume de M. Leiiert. s^aiâe saas doote que tous les cas, où Ton constatera des ucêeêvieats cancéreux* sont des cancers, et tous les xticn^ des caoeroîdes. Après ces remarques sommaires, qu*il senii aussi âeile que &stidieox de dérelopper davantage, aous pooToos voir coinment M. Leb^t applique ces beaux prÛLCipes de diagnostic.

Ou n^a pas oublié, sans doute (voir ci-dessus, p. 210) que les caiicrold^ de la langue et de Tutérus sout des localisations de ce oicil < pIuS mauvaises que les plus mauvaises, » et « qui eomporte&t le même pronostic fdcbeux que le vrai carcinome; » on n*a donc pu s^étonner de voir M. Lebert déclarer, dans les dernières ligues que nous venons de citer, que le cancroide de la lingue « ftmt adfeeter une marcbe beaucoup plus grave, > — OQ ue sait pas bien plus grave que quoi, car il n'a pas encore été question de marche, mais enfin, enchaînement des idées à part, ce que Toa peut inférer de cette phrase, c'est que le cancaxde de la langue ptut affecter une marche très-grave, ce qui n*a rien de bien surprenant, quand on a déjà appris qu'il « comporte la même marche que le \Tai carcinome, » et que ceiui-ci est infailliblement mortel. Hais ce qui serait surprenant, si les micrographes ax-aient moins abusé de ces surprises, eVst la manière dont ib appliquent à la pratique ces données de pathologie. Suivez bien celte application, elle a de quoi nous instruire.

Le eancroïde de la langue comporte donc le « même pronostic fâcheux que le crai carcinomey » et il y a donc naturellement des

cas où « il affecte une marche plus grave, » quoique la composition de la tumeur soit tormijc d'épi ttuMium pavimenteux tassé et de globes concisnlriques d'épilhélium. « Telle était, dit M. Lebert, lu composition d'une tumeur de la tangue que j'avais sïtirpée à un jeune ecclésiastique du Valais, qui portait cette tumeur depuis deux ans et en éprouvait de la gêne poui' manger et pour ciianter la messe, u Malheureux ecclésiastique, allez-vous dire sans doute, dont le cas est celui où la m&rclie du cancroïiie ■ est beaucoup plus grave, « lorsque, d'ailleurs, dans les cas les moins graves, cette marche « comporte le même pronostic fâcheux que le vrai carcinome, » Eli bien! vous n'y éles pas, voua êtes même aux antipodes : la gaérison fui prompte, et M. Lebert nous informe que, « ayant enlevé le mal au milieu des parties saines, je pus promettre avec assurance une guérison complète au malade, p Et comme M. Lebert est un homme de parole, nul doute qu'il n'ait tenu la sienne-, il est seulement filcbeux qu'il n'ait pas donné h la logique et à la pathologie la même parole qu'au jeune ecclésiastique; nous ne le verrions pus alors prétendre, d'une part, que le cancer de la langue est toujours mortel, et que le cancroïde comporte le même pronostic fdcheux, et d'autre part que les guérisons do cancer de la langue s'expliquent par une erreur de diagnostic entre le cancroïde et le cancer! Ce n'est pas seulement, en effet, le jeune dcclêsiostique du Valais qui aurait été guéri d'une maladie toujours mortelle; beaucoup d'autres personnes seraient dans le même cas, et M. Lebert cite, notamment, une observation qui a longtemps couru les carrefours médicaux, et qui acliévera de montrer la sévérité des principes de la micrographie, en matière àc diagnostic. On nous pardonnera de citer ici et les paroles de Lebert et le fuit auquel il y fait allusion ; les cliniciens comprendront que toute conclusion pratique repose sur l'exactitude du diagnostic, et qu'on ne saurait, par conséquent, donner trop d'attention à tout ce qui s'y rapporte :

Le cancei' de la langue, dit M. Lebert, débute ordinaire-

sent par Tépoîssear même de Torgane. et lorsqu'il protûnl tja: à fût de sa sarfice, sartoot de la couche épithéliale des popi î^s. il est déjà, par cela même, plus probable qu*0D D*a P<:liu aj&ire à aa Térilable cancer, mais plutôt à une kypfilrofàt^ êpiikèlimle locale idiopathique, ou se formant sous Tin- SiiiHkre d*uae cause spécifique. Le plus souvent syphilitique. C€3i mmsi fvc s'txfliq^umi plm$imrs tas de guêriso!! radicue, cités par divers auteurs, entre autres, la guérison d'un cancer de la langue par la ligature, au moyen du serre-nœud, que Lis&anc citait souvent dans sa clinique. » {Malad. candr., p. 139.

Voilà donc le cas de Lisfranc classé , par un observateur qui s'êlère souvent avec raison contre les observateurs légers et contre les observations incomplètes, parmi les « guérisom radicales > du cancer de la langue, ou tout au moins du cancroîle. Ou'^l '^^^ donc ce fait, si complet, si bien observé, par des hommes si sagaees et si scrupuleux, qui a eu le don de convaincre M. Lebcit ? Voici tout ce qu'on en sait :

M. Tsi..« â^ de treate-dnq ans, d'une bonne constitution, entra à Yhàp;tai de U Pitié, dans les premiers jours de septembre 1825, — (nous crwTOQS que c'est l%36 qu"il faut Iire\ — affecté d*un caucer de la langue qui occupait les deux tiers droits de cet organe, depuis la pointe jusqu'à It base.

La maladie existait depuis 1S23, arait commeneé par une ulcéntioa située à iT Hiiliimètres enTiron de l'extrémité antérieure. Les douleon* lèpres d'abord et intermitentes, dcTinrent, au commencement de l'année ISi6. continues et lancinantes; la mastication était presque impossible; la parole très-diffirile : la langue était tuméfiée, dure, couverte d'alcérition?, à fond grisâtre et à bords renrersés. Il existait du coté droit, soos TikS maxillaire inférieur, plusieurs ganglions lymphatiques engorgés qui formaient des tumeurs considérables. Le malade avait essayé quelque temps auparavant un traitement antisypbilitique sous Tinfluence duquel le cancer avait fait des progrès. Mari»'* depuis 1816, il ne s'était jamw* exposé à la contagion et avait donné le jour à des enfants très-sains. Avant d'entrer à rhôpilal, M. Th.. . avait consulté plusieurs chirurgiens qui tous pensaient que la langue était malade dans toute son épaisseur:

tous avaient conseillé l'extirpation de la partie afTectée. M. Lisfranc ayant fait disparaître rengorgementsous-maxillairc par l'application de sangsues, d'abord en grand nombre, puis en pelile quantité, il convint avec M. Mayor, de Lausanne, qui vint à riiôpilal de lu Pitié, qu'on emploierait, pour Tablation de ce cancer, le procédé de ce praticien pour la ligature des tumeurs.

On pratiqua l'opération, le 30 septembre, de la manière suivante: Suit la description du manuel opératoire que nous pouvons passer sous silence ; puis le rédacteur de l'observation ajoute :

Quel ne fut pas Télonnement de tous les assistants de voir, le septième jour, les parties mortes étant tombées, la langue conservée dans toute son étendue, abstraction faite de quatre millimètres environ de sa partie antérieure ! — (On s'étonnerait à moins !) — On remplaça les détersifs par les ^moUients; la guérison marcha avec rapidité. Une petite ulcération simple j^ista sur la partie antérieure de l'organe ; elle fut cautérisée h plusieurs éprises par le nitrate d*argent fondu. Ce moyen suffit pour achever la cure

^t voilà, en effet, la cure du mal achevée, car Tobservation ^^^?udit pas plus long; etvoilàceque M. Lebert appelle une radicale ! On s'étonnera moins, maintenant, qu'il en ait Â]is, avec assurance, une pareille au jeune ecclésiastique du Y'3.Iâis! Mais on s*étonnera toujours qu'un observateur aussi dîflS^il^ Que lui s'oublie jusqu'il citer de pareilles observations il. l'appui d'une opinion quelconque ! Nous ne doutons pas qu'apr&s quelques moments de réflexion, M. Lebert ne soit honteux de sa méprise, et qu'il ne consente à rechercher à nouveau comment ses préceptes diagnostiques s'accordent avec les faits; car î\ avouera sans doute, avec la bonne foi que nous nous sommes plu à lui reconnaître, que ces préceptes ont été tracés d* imagination; ils ne peuvent, d'ailleurs, l'avoir été autrement, puisque M. Lebert ne paraît avoir observé que sept cas de cancer de la langue.

Abstraction faite de toute rhétorique et de toute redondance, le diagnostic de M. Lebert se réduit à ces termes : Toute altéralio" ♦^"*" ^ ^ '

débute par la superficie de la langue est un cancroïde; toulea^^^^^Qy^

lésion qui débute dans l'épaisseur de l'organe est un cancer. . ^^

(II ne s'agit, ici, bien entendu, que du diagnostic entre lesdifie^"ftij/^,

rentes formes du cancer.) — En appliquant ce principe aurjLixs a^.

faits que nous avons observés, on trouve que les malades de:iaiE> (/p

observations 17, 20, 23 et 27, tout au plus (voir pour le^Jl |^

détails chaque observation en particulier), auraient eu de vraiiT^c^— ^^

carcinomes, et que tous les autres auraient été atteints de car»

croïdes. Si ce diagnostic plaît à M. Lebert, je veux bien

souscrire ; il est, seulement, de mon devoir de lui faire obseK^

ver que, chez le dernier de ces quatre malades, le mîcrosco]

de M. Broca a révélé la présence de cellules épithéliales dai

la tumeur. Il est de mon devoir encore de faire observer

M. Lebert que, sur ces quatre malades, il s'en trouve deux

ont succombé et deux qui ont guéri, en sorte que, si ces fa

confirmaient par hasard son diagnostic, ils infirmeraient,

revanche, son pronostic. Mais notre honorable confrère p«

se consoler, son pronostic et son diagnostic auront un sorte]

ils ne seront confirmés ni l'un ni l'autre; et si cette consolai

ne lui suffit pas, il pourra la compléter en considérant qui

diagnostic de M. le professeur Nélaton, qui est en contra^

lion avec le sien, ne résiste pas davantage à sa confront^^

avec les faits. M. Nélaton pense, en effet, que le cancer épi

liai se distingue du cancer encéphaloïde en ce que « la ba^<

premier est plus large, son induration plus franche, qixf

surface se fendille, qu'il y a un suintement ichoreux, et.

douleurs lancinantes ; tandis que dans le second, la tumeuc:^ est

pédiculée. » ( Traité de pathoL chirurg., t. II, p. 51-52.) G*esi

en grande partie le contraire de ce que dit M. Lebert» rviais

l'honorable micrographe n'est pas assez inexact, pour que nm^me

le contraire de ce qu'il dit soit vrai.

Le vrai, c'est que non-seulement nous ne savons pas eTm.core distinguer les diverses formes du cancer de la langue, mai^ que nous ignorons daus ç\w^Ues ijroçortions on les y obi^erve

et même si on les y observe soit toutes, soit quelques-unes, soit une seulement ; le vrai, enfin, c'est ce que nous répondait familièrement, mais judicieusement, notre distingué confrère, le docteur A. Richard, interrogé par nous (voyez obs. 26) : « Squirrhe, encéphaloïde et cancroïde de la langue, tout cela c'est la même chose, le type du cancer incurable, et Thistologie n'a rien à nous dire sur ce point

Nous n'aurons pas la hardiesse d'affirmer avec notre judicieux confrère que tout cela c'est la même chose, d'une manière absolue; mais nous affirmerons qu'il en est ainsi, pour le moment, et que )e diagnostic des cas de cancer de la langue, actuellement curables ou incurables, est le secret de l'avenir.

Voyons si nous serons plus heureux sur le diagnostic du cancer et des maladies non cancéreuses.

Chose à laquelle nous étions bien loin de nous attendre, M. Maisonneuve nous parait grossir démesurément les difficultés de cette partie du diagnostic... «Malheureusement, dit-il, le diagnostic est dans un grand nombre de cas hérissé de tant de difficultés, entouré de tant d'incertitude, que le praticien le plus exercé n'est pas toujours sûr d'arriver à un résultat exact. Combien de fois y en effet, n'a-t-on pas vu des chirurgiens du plus grand mérite déclarer cancéreuses des tumeurs, avec ou sans ulcération, que la simple avulsion d'une dent, ou qu'un traitement antisyphilitique par le mercure, par la ciguë, par Tiode, les préparations d'or, faisaient disparaître. Combien n'a-t-on pas enlevé de ces prétendus cancers par la ligature ou l'instrument tranchant lorsqu'il eût suffi, pour les guérir, d'un traitement intérieur! Combien, d'autre part, et bien plus souvent peut-être n'a-t-on pas dirigé contre des cancers réels des traitements prolongés, qui n'avaient d'autre résultat que d'épuiser l'organisation des malades, et de laisser au mal, circonscrit et Tacilement opérable à son début, le temps de prendre un accroissement funeste! » {Clinique chirurg.)

Je me rappelle avdir cnlendu raconter dans certaines cliniques les innombrables cas de tumeurs supposées cancéreuses, et que des praticiens, mieux inspirés, avaient guéries par le mercure ou la salsepareil'e, mais de ces cas si innombrables, je n'en ai jamais vu citer beaucoup, en particulier, en sorte que je suis fort disposé à croire que ce n'est là qu'un premier conte qu'un chirurgien léger ou habile aura forgé, et que tous les autres répètent, ou du moins, ont répété, car il est juste de reconnaître que la plupart des chirurgiens de mon époque ont renoncé à cette plaisanterie infiniment trop prolongée; ^ M.Maisonneuvc se trouve en retard, sous ce rapport. Il nepeut,^ du reste, en dire autrement ; car depuis cinquante ou soixante»;^ ans, tous ceux qui ont écrit ou professé ont tellement recommandé de soumettre à un traitement antisyphilitique tous le^ •^^ malades atteints de tumeurs équivoques, qu'il faudrait êtr«-:j absolument dénué de toute notion médicale, pour ignorer précepte rebattu. Nous ne savons dans quelles limites un pareille erreur a pu être commise, autrefois; mais nous affir mons qu'elle est h peu près sans exemple de notre temps, nous pouvons faire remonter notre temps à quarante ans moins. Quant à l'erreur contraire, dont M. Maisonneuve se plaL encore davantage, elle n'est pas plus réelle; nousenreparlen à propos du traitement.

Il est tout naturel que lorsqu'on suppose au diagnostic d< langue de telles diiScultés, on se donne le luxe d'une lonj liste de maladies avec lesquelles on peut le confondre; M. sonneuve n'en cite pas moins de douze, parmi lesquelles les a: vrysmes, vrais ou faux consécutifs, et autres maladies ai faciles à confondre avec le cancer. Ce serait vraiment trop abi de la patience du lecteur, ou trop douter de son éducation m( cale, que tracer les caractères distinctifs de toutes ces maladE. Il n*y en a en réalité que deux avec lesquelles le cancer pu5. K..9u'vsse être confondu, la glossite chronique ou l'ulcère chronics» ^ ^Vque entretenu par une dent irrégulière> et les symptômes sypbil^ff^ -5 màMxx-

ques ; encore de ces deux, la première est presque de trop. H. Nélaton insiste pourtant presque autant sur la glossite que sur les affections syphilitiques ; mais nous croyons que c'est un excès de prudence. Outre que la glossite chronique ne s'observe que très-rarement, elle n'occupe à peu près jamais un point circonscrit de la langue; elle ne produit, par conséquent, ni des indurations circonscrites, ni des indurations comparables, parleur degré, aux indurations cancéreuses; en outre, la glossite chronique n'arrive guère à l'état d'ulcération, à moins que l'ulcère ne soit causé par une dent, et dans ce cas l'avulsion de la dent lèverait le peu d'incertitude qu'on pourrait garder. Quant aux productions syphilitiques, c'est autre chose. Tout le monde s'accorde à dire que, lorsque ces productions ne s'accompagnent pas d'autres symptômes syphilitiques, ce qui est heureusement l'exception, « le seul moyen pour arriver à un diagnostic exact, est l'action d'un traitement spécifique par les mercuriaux et par l'iodure de potassium. » Ces paroles sont de M. Lebert, et elles sont assez curieuses, venant d'un micrographe; mais elles sont l'expression de l'opinion générale, et d'une opinion si générale, qu'alors même qu'on ne peut, avec la meilleure volonté du monde, soupçonner l'influence de la syphilis, aucun chirurgien ne manque de soumettre les cancéreux à un traitement antisyphiliiique. La plupart de nos malades y avaient été soumis, même sans motifs, et il en est de même de ceux dont les observations ont été rassemblées par M. Maisonneuve, quoique beaucoup d'entre elles remontent déjà à une époque assez éloignée. Uien n'est donc moins à craindre que la première erreur contre laquelle M. Maisonneuve cherche à nous prémunir. A propos de cette erreur, M. Nélaton fait une remarque qui n'a pas laissé que de nous étonner de sa part. L'erreur, dit-il, serait peu grave — (entre une tumeur syphilitique et une tumeur cancéreuse), — car l'extirpation est convenable dans les deux cas. J'étais loin de supposer M. Nélaton aussi coupeur que cela;

c'est déjà beaucoup trop d'enlever des tumeurs cancéreuses de la langue, mais c'est deux fois trop que d'en enlever aussi les tumeurs syphilitiques; espérons que l'autorité del'habilechirurgien ne généralisera pas une pareille pratique» qui est, fort heu-

reusement, peu répandue jusqu'à présent. Nous approuvons ^

davantage l'honorable professeur, quand il répèle que, dans le^ #^ .\ doute, il faut soumettre les malades à un traitement générare-r^^éi (c'est-dire antisyphilitique), quoique sous ce rapport il y aifx-s ^^ { encore quelques réserves à faire, ainsi que nous le dirons S ^Km.4Qs propos du traitement.

Maintenant, celte incertitude, que nous sommes bien oblig^^il^/ig d'admettre, puisque tant d'écrivains l'ont signalée, est-elUIl aussi fréquente qu'on devrait être tenté de le supposer enlisan leurs écrits ? Nous n'hésitons pas à répondre formellemen d'une manière négative ; les productions syphilitiques de l langue sont si rares, indépendamment de tout autre symptôm syphilitique constitutionnel, concomittant ou antérieur, que .^ par cela même qu'une induration ou une ulcération exista seule, sur la langue, il est déjà très-probable que cette ulcération ou cette induration est cancéreuse; et plus l'ulcération ou l'induration sera ancienne, plus sa nature cancéreuse deviendra probable ; si elle s'acccompagne d'engorgements ganglionnaires, la probabilité deviendra plus grande encore, si grande, qu'elle équivaut pratiquement à une certitude, car elle ne tromperait certainement pas une fois sur cent cas, peut-être sur plusieurs centaines de cas ; or, y a-t-il beaucoup de maladies 011 l'on puisse, dans la pratique, poser des limites d'erreur aussi restreintes? Assurément, non. Aussi, sans désapprouver complètement les traitements antisyphilitiques que, par excès de prudence, on prescrit à peu près toujours, même dans ces cas ("^

non douteux, croyons-nous qu'on doit apporter de grandes modifications aux habitudes reçues. Nous aurons soin de dire l^^""

lesquelles.

Si, passant de la généralisation aux applications, nous exami-

ions chacun des faits qui ont passé sous nos yeux, voyonslous que ces faits aient été l'objet de beaucoup de doutes, de ipart des praticiens qui ont eu l'occasion de les voir? NuUeleot. Parmi les vingt-six malades dont nous avons classé la laladie dans les cas graves ou très-graves (1), it n'en est pas D seul sur la maladie duquel les médecins aient eu des doutes, , ce n'est au début. Tout au plus en voyons-nous un qui, roéme une période avancée, était considéré comme syphilitique par [. Nélaton, contre M. Ricord, qui jugeait, avec raison, la laladie étrangère à la syphilis, par conséquent, caucéreusc. c ces vingt-six cas, ceux des observations 8 et 9 seraient

la rigueur les seuls sur lesquels on pourrait conserver des toutes, et encore jusqu'à que! point ces doutes scraieut-ils indés? Le malade de l'observation 8 n'avait-il pas une uleéiliou k fond grisâtre, à base indurée, ayant débuté par une iduration superficielle, et s'accorapagnant actuellement d'un igorgement ganglionnaire, en l'absence de tout antécédent yphilitique 1 c'est-à-dire, ce que les auteurs décrivent comme

type du cancer lingual superficiel, et M. Leberl, comme le ype du cancroîde. Quant au malade de l'observation 9, 'avait-il pas une large induration accompagnée d'une sorte 'enduit blanchâtre, dû. selon moi, à des formations parasitires, et n'avait-il pas épuisé les traitements antisyphilitiques î3 plus abusifs, malgré l'absence de tout autre symptôme lyphilitiqueï

Il ne me parait donc pas possible de conserver des doutes iUr le caractère cancéreux de l'affection de ces deux malades,

plus forte raison sur celle des vingt-quatre autres, Quant lux treize malades dont nous avons classé la maladie parmi les as légers, nous en avons signalé nous-mcme, parmi eux, plulieurs qui pouvaient être douteux, quoique l'habitude que

(l}0t>3. 1. S, 4, s, ., U, 34, 30 el 3T.

,8,9, li, m, te, 47, 10. W,ii.n,ii.'£i,iG.il,'3B,iÙ,

nous avons acquise de ces affections nous permette de consi^^^^ a dérer comme à peu près certain le diagnostic de quelques-uns Nous donnerons sur ce point quelques explications, à propcoqde chaque cas particulier, et nous terminerons ces généralit&^^ j i'j sur le diagnostic par les propositions suivantes : On aura déjà de grandes probabilités qu'une maladie de

Page 1