‹ Observations sur la curation des maladies organiques de la langueChapitre 9 sur 40 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

Le pronostic du cancer de la langue ressort assez clairement de tous les détails qui précèdent, pour que nous pussions laisser à la sagacité du lecteur le soin de le porter lui-même. Cependant quelques explications nouvelles ne seront peutêtre pas tout à fait inutiles, pour éclairer encore un peu plus, s'il est possible, ce chapitre de Thistoire de la maladie.

M. Maisonneuve, obéissant à ses instincts de chirurgien habile et entreprenant, a réduit le pronostic h des termes d'une application Irès-facile : « Abandonné aux seules forces de la nature, ou traité par les médications, le cancer de la langue est inévitablement mortel; enlevé de bonne heure par les procédés chirurgicaux, il guérit toujours. » On verra plus loin quelles preuves M. Maisonneuve invoque à l'appui de ses guérisons.

Le Compendium de chirurgie a plus justement résumé en quelques phrases le pronostic. Voici comment il s'exprime :

« Le cancer de la langue est toujours très-grave, quelles que soient sa forme extérieure et sa composition microscopique. TotAs ceux que nous avons opérés ou vu opérer ont eu des récidives promptes qui ont entraîné la mort, et ceux chez lesquels l'opération a été considérée comme impossible ont également succombé assez vite. Pourquoi la langue diifère-telle, sous ce rapport, de certains autres organes, tels que lèvres et le col utérin, sur lesquels nous voyons quelquefois le cancroïde guérir ou ne récidiver que très-tardivement? Il nous est impossible de donner l'explication de cette mystérieuse difficulté.

« La langue est donc un des organes sur lesquels se justifie

le mieux cette proposition, que les tumeurs ont une structure microscopique en rapport avec la nature des tissus sur lesquels elles prennent naissance, mais que leur malignité et leur gravité dépendent bien plus de la nature particulière de la maladie que de sa forme anatomique. » {Compend. de cfttr., t. III, p. 707 et 708.)

Les micrographes ne sont pas naturellement de cet avis, et leur langage est vraiment curieux h entendre. Nous le recommandons à toute l'attention du lecteur :

Dans le cancroïde de la langue, le travail d'ulcération est bien plus rare que dans le vrai cancer; raffection a une marche plus lente, et laisse intacte la santé générale. {Mal. canc.^ p. 435.)

Voilà donc un pronostic assez rassurant pour une catégorie de cancers ; il s'agit seulement de savoir comment on peut les distinguer des autres, ce que nous verrons un peu plus loin. Mais, hélas ! les espérances que nous donne M. Lebert vivent^ moins que ce que vivent les roses, quelques minutes à peine s* si de la page 435, consacrée au cancer de la langue* nous nous reportons aux généralités, nous y lisons :

« Les plus mauvaises localisalions du cancroïde épidermiqu sont celles de la lèvre inférieure et de la verge, » et, neuf ligne plus bas : « parmi les localisations non cutanées du cancrotd nous citerons comme plus fâcheuses encore, celle de la langue celle du col utérin. » {Mal. cancer., p. 99.) Ce qui prouv d*abord, qu'il peuty avoir quelque chose de plus mauvais enco que ce qu'il a de plus mauvais, et. ensuite, nécessaireme que « dans l'état actuel de la science, les affections cancroî de l'utérus comportent le même pronostic fâcheux que le v carcinome. » {Malad. cancer., p. 218.) Nous le savions d d'après le tableau que nous avons donné p. 131; mais M. Le le nie dans tant d'endroits, qu'il n'est pas inutile de rappe de temps en temps, ceux où il l'affirme. Et, comme les affecl cancroïdes de la langue sont pour le moins aussi graves

}oar le Compcndium de chirurgie Gl la plupart des cliirurgiciKs, encore plus graves quo celles de l'utérus, il ea résulte que . Lebert aurait pu dire avec plus de raison encore que, « dans IVtut actuel de la science, les ajlections cancro'ides de la langue lïomportenl le même diagnostic fâcheux que le vrai carcinome, « On nous permettra seulement d'ajouter qu'en prenant :pour i'iitat acUiel de la science le moment où nous 6crivons ces Ugnes, et non celui où M. Lebert écrivait, le pronostic du cancer de la langue — (caiicroïdc ou carcinome) — est bcau- ■GOup moins fâcheux qu'il ne le dît : h son temps actuel, SI' Lebert prédisait, avec une visible satisraclion, que le iraiteiQcnl du cancer de la lèvre inférieure « était plein d'atenir , » à noire temps actuel, nous sommes un peu plus heureux que lui, puisque nous pouvons annoncer, avec plus de fondement, ■que le cancer de la langue a déjà beaucoup de présent, s'il n'en est pas encore plein. En termes plus vulgaires, cela veut dire qu'on peut déjà guérir beaucoup de cancers de la langue, mais qu'on ne peut malheureusement pas encore les guérir tous; BOUS ne nous hasarderons pas, avec un aussi petit nombre de faits que ceux que nous possédons, h poser des propositions que les faits du lendemain pourraient modifier; nous nous contenterons de constater purement et simplement les faits déjà accomplis. En ne comptant que les cas graves ou trèsgrave», nous avons vu mourir ou noua savons qu'il est mort quatorze malades; nous en avons guéri dix; deux sont encore -eu traitement. Mais de ces deux (obs. 16), l'un n'est traité que de temps en temps, pour ces demi-récidives que nous avons déjà signalées; en sorte que si sa guérison n'est pus absolument assurée, elle est au moins très-probable, et, il est incontestable, en tous cas, que la malade doit déjji au traitement phéniqué quelques années d'existence, car au point où elle en éuîl arrivée, quand le traitement a été commencé, une issue fatale ne pouvait guère être éloignée.

Quant aux douze ou treize cas légers ou modcrcmonl graves,

JL

il y a eu guérison dans tous. Seulement, il reste h discuter leur diagnostic.

Pour en revenir au pronostic, il reste donc établi que le cancrolde de la langue, de même que celui de l'utérus, et plus encore, s'il est possible, comporte le même pronostic fâcheux que le véritable carcinome; mais il n'en reste pas moins prouvé, par les faits que nous venons de citer, que tous les cancers de la langue n'ont pas la même gravité, puisque les uns ont été guéris et que les autres ont causé la mort. Non pas que nous acceptions la responsabilité des quatorze cas de mort que nous avons mentionnés; plusieurs des malades, sujets de ces observations, ont à peine commencé le traitement, comme celui de l'observation 7, qui l'a suivi pendant trois jours; d'aulres^^^ ^ l'ont abandonné après quelques semaines, en sorte qu'on ^^^^^^^ ^^^ obligé de rester dans l'incertitude sur ce qu'on aurait obtenir ^^-^ ^ chez eux, s'ils avaient eu plus de persévérance. Mais enfin, S '^^

en est (tels que le très-digne et très-courageux sujet de l'o servation 31) qui ont été soignés jusqu'au dernier jour, sin

sans interruption, du moins avec assez de suite, pour qu'il s ^^

évident que leur maladie avait un caractère de malignité plr- ^ . grand que chez les autres; il y a donc, c'est là qu'il faut •► revenir, des cancers de la langue plus graves que d'autra^ ^^, Quels sont-ils? Voilà la question. Nous avions cru observer (^^mrz^ul les cas graves étaient surtout ceux qui débutaient sur lesbo^r- ^ords ou dans l'épaisseur de la langue, et les cas moins graves cci~^ ^^^ qui débutaient par la partie supérieure; mais l'analyse ^^^^ ^ç^ faits ne justifie que très-imparfaitement cette impression gé -r:=^jtnérale. Ainsi, sur les quatorze cas de mort, nous n'en voyons - que

deuxoiije cancer ait débuté par des indurations plus ou mo^» .^oins profondes (obs. 17 et 27). Dans tous les autres cas, la lésion ^^^ anatomique initiale, pour ne pas parler de la lésion fonctionna» -ir:»ae\\ç •"^♦An h la superficie de l'organe; c'est tout à fi m i ^j/ii

'^oirtû Iac noa niiî rknf rv^v

on

en

et dans des cas qui n'offrent aucune autre différence qui puisse les distinguer, si ce n'est leur gravité même, n'ont rien d'inusité dans la pathologie ; c'est au contraire ce qu'on observe dans toutes les espèces morbides, depuis l'érysipèle jusqu'à la peste; il n'y a donc dans ce fait rien qui puisse nous étonner. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y ait rien à chercher, bien au contraire. Nous ne croyons pas, en effet, avec M. Broca, que ce qui diffère en quelques points soit absolument identique; nous croyons, de plus, que du moment que deux ou plusieurs choses diffèrent en quelques points, il y a des raisons à leurs différences, et que rien ne prouve qu'il soit impossible de décou\Tir ces raisons. Ne nous décourageons donc pas; peutêtre, en cherchant, trouverons-nous la raison pour laquelle certains cancers de la langue sont plus malins que d'autres, et peut-être aussi qu'ayant trouvé la raison de la différence, trouverons-nous, en même temps, le moyen de la faire disparaître.

Page 1