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langue est de nature cancéreuse :
Quand elle se présentera sous forme d'une induration ^ ^ ^^ d'une tumeur indurée, occupant une portion circonscrite de ^^^ \a langue, surtout l'un des côtés, ou seulement la pointe ;
Que cette induration ne sera accompagnée et n'aura i précédée d'aucune manifestation syphilitique primitive, et s tout constitutionnelle ;
Qu'elle aura été précédée et qu'elle s'accompagnera actu-^^K:^ellement de douleurs plus ou moins vives, particuUèrem -«zaent d'élancements, soit dans la tumeur, dans l'induration e^XT^^Jeméme, soit dans l'oreille du côté malade;
Qu'elle aura débuté, soit par un bouton saillant, plus ^ q^
moins pédicule, soit par un développement papillaire, soit n^r
une sorte d'enduit blanchâtre, analogue aux productions p»^ M^rg sitairesde certaines feuilles;
Qu'enfin elle sera accompagnée de crevasses plus ou in^=^M)ins profondes, divisant la langue en plusieurs Ilots, adhérents £ à la partie centrale de l'organe par un pédicule.
Ces probabilités équivaudront presque à une certitude :
Quand l'induration sera compliquée d'un ulcère à f^^^^^ond grisâtre, à bords déchiquetés renversés soit en dedans, 8oit:0^ t, et plus souvent, en dehors, à sécrétion sanieuse, fétide;
Qu'elle sera accompagnée d'une salivation plus ou in<^ oins abondante, souvent très-abondante et visqueuse;
Qu'enfin, il existera concurremment avec l'induratiacKr:» et l'ulcère, un ou plusieurs ganglions indurés, à plus fiBtforte raison ulcérés, et dont l'ulcération a les mêmes caractères-^s que celle de la langue.
 cet ensemble de caractères, il n'est peut-être pas un seul praticien qui ne reconnaisse un cancer de la langue , et qui ne soit convaincu qu'il n'est pas plus exposé à se tromper, dans ces cas, que dans ceux où il aurait à diagnostiquer une exoslose syphilitique réunissant tous les caractères qui luisent propres.
£h bien ! presque tous les malades que nous avons compris dans nos vingt-six cas graves, ont présenté cet ensemble de caractères; nous ne croyons donc pas qu'on puisse élever plus de doutes sur la maladie de ceux qui ont guéri que de ceux qui ont succombé, et, dès lors, toutes les conséquences qui découlent de la certitude de ce diagnostic sont inattaquables.
ÉTIOLOGIE
Les causes du cancer de la langue, on l'a fait remarquer avec raison, ne sont pas plus connues que celles des autres cancers, et l'on a fait remarquer, avec plus de raison encore, que la cause immédiate n'en était pas moins inconnue ; on aurait pu faire remarquer, en troisième lieu, que lorsqu'on aura découvert la cause immédiate du cancer d'un organe quelconque, on aura probablement découvert celle de tous les autres. Ne voulant nous engager que le moins possible dans les questions générales, nous nous bornerons à l'étude de ce qui est spécial k la langue, et nous n'en sortirons que lorsqu'il sera impossible d'y rester.
Fréquence de la malcdie. — On ne possède aucun document qui permette d'établir cette fréquence, même d'une manière approximative. D'après les relevés faits par Tanchou, sur les registres des municipalités de Paris, le nombre des cancers de la langue formeraient à peu près la deux cent cinquantième partie de la totalité des cancers, et ocrin^nmit \a a^t- ^
comme ordre de fréquence. Mais le document de Tanchou étant très- défectueux, on ne peut accordera ces chiffres qu'une confiance très-limilée.
Age. — L'âge moyen des sept malades observés par M. Lebert a été de quarante-sept ans et deux mois (47, 14); Tâge moyen des quatorze malades dont l'âge est noté, sur les vingttrois cas réunis par M. Maisonneuve, est de quarante-cinq et demi; mais il faut observer que parmi ces malades se trouve une fille de quinze ans opérée par James Arnott, et qui, probablement n'avait pas un cancer de la langue'; en faisant abstraction de celte malade, on arriverait, pour les treize autres, à la moyenne de quarante-sept ans et deux mois, chiffre qui est, pour ainsi dire, identique à celui de M. Lebert. Quant h nos observations, nous avons pris trente-trois fois des renseignements sur Tâge des malades;* dans quelques cas, nous n'avons pas cru devoir demander le renseignement directement et nous nous sommes contenté de le fixer approximativement, ce qui ne peut doanerlieu, pour peu qu'on ait du coup d'œil, à des erreurs sérieuses. En écartant de ces trente-trois cas le malade de l'observation 39, dont l'affection était trop légère pour rentrer dans notre catégorie, nous avons trouvé, pour âge moyen des autres, quarante-sept ans et neuf mois, chiffre d'une concordance vraiment remarquable avec les deux précédents. Userait difficile, en présence d'une pareille concordance, de ne pas considérer ce chiffre de quarante-sept ans comme l'expression exacte de l'âge moyen auquel se développe le cancer de la langue. L*âge moyen de l'ensemble de tous les cancers étant de cinquante et un ans, d'après M. Lebert, on voit que celui de la langue se trouve un peu au-dessous de la moyenne générale.
Sexe. — M. Lebert ayant jugé ses cas trop peu nombreux pour être relevés, se contente de dire que, « toutefois, le mal parait beaucoup plus fréquent chez l'homme que chez la femme, ce ""^ tîpnt. 'n(»ul-élTe»\sL ^^ ^^\e cancer est confondu
avec le cancroïde épidermique qui peut succéder h Tabus des pipes courtes chez les hommes qui en ont contracté une longue habitude. » Un peut-être, éclairé par un peuty ne doit pas, on le conçoit, briller d'un vif éclat ; ce n'est pas ainsi que M. Lebert cherche ordinairement à résoudre les questions. Pour nous, il est hors de toute contestation que le cancer de la langue est, en effet, beaucoup plus fréquent chez Thomme que chez la femme, circonstance dont le bon La Fontaine n'aurait pas manqué de tirer parti, si elle eût été connue de lui. Dans les vingttrois cas rassemblés par M. Maisonneuve, on compte quinze hommes et huit femmes (y compris la petite fille d'Arnott); nos trente-neuf cas ou seulement nos trente-huit, sont bien plus favorables encore au sexe féminin, puisque nous n'y trouvons que cinq femmes; encore faut-il ajouter que chez quatre d'entre elles, la maladie était tellement légère, que nous ne l'aurions pas comprise dans notre relevé, si nous n'avions pas cru y trouver l'influence de la contagion, et, par conséquent, le même caractère qu'à la maladie contaminante. Abstraction faite de ces quatre cas, il n'en resterait, en réalité, que trentetrois ou trente-quatre, sur lesquels un seul appartiendrait au sexe féminin. Nous n'oserions assurément prétendre que cette proportion soit l'expression de la loi générale des localisations cancéreuses; cependant, nous devons avouer que nous ne voyons absolument aucune raison d'admettre que les hommes soient venus nous consulter de préférence aux femmes; il nous faudrait admettre, pour cela, que cette préférence n'a eu lieu que pour les malades atteints de cancers de la langue, ce qui serait tout simplement absurde. On peut, à la rigueur, croire à un hasard; mais le hasard serait ici trop grand.
Action de fumer. — Il y aurait bien un moyen d'expliquer le privilège du sexe féminin, ce serait d'attribuer le cancer de la langue à l'action de fumer; ou, — si on veut nous passer un substantif qui serait bien utile, — à la fumalion; l'usage des pipes courtes, comme dit M. Lebert o«i ^n i»viiï«.ri^«A*.'
dit plus exactement et plus pittoresquement le troupier, ne suffirait pas, en effet, pour expliquer la fâcheuse disposition de l'homme, attendu que Tusage du brûle-gueule est beaucoup trop restreint, et que de nos trente-neuf malades, un seul avait eu le goût de cet affreux passe-temps. Mais la vérité, c'est que l'influence du brûle-gueule n'est pas mieux démontrée que celle du londrès ou du panatela ; il est même douteux que l'on puisse jamais arriver sur cette question h une solution rigoureuse ; il faudrait commencer, pour cela, par établir la proportion des fumeurs et des non-fumeurs^ ce qui est loin d*étre facile. On peut seulement établir, par les résultats de l'impôt sur le tabac, aussi bien que par une observation générale, que les fumeurs sont en immense majorité dans la population masculine adulte. Quoi qu'il en soit, voici les chiffres que nous avons obtenus relativement à cette question. Sur vingt-huit malades sur lesquels nous avons pris des renseignements relatifs à la fumation, nous en avons trouvé vingt-sept qui fumaient plus ou moins, c'est-à-dire qu'ils fumaient tous, sans en excepter l'honorable aumônier qui est le sujet de l'observation 37, lequel fumait beaucoup. Néanmoins, nous ne conclurons pas à l'influence de la pipe, et nous parlerons moins encore de Tépithélioma des fumeurs, malgré l'exemple que nous donne M. Ricord (voir obs. 24); nous ne prononcerons pas même le peut, après M. Lebert ; le possible n'est rien, il faut au moins le probable, quand on ne peut pas avoir le certain. Actions physiques et chimiques. — Tous les cliniciens savent que les malades attribuent souvent le développement de leur maladie h l'action d'une dent cariée dont une pointe ou un bord tranchant aurait longtemps irrité la langue. Nous pensons avec M. Lebert que cette explication est souvent inexacte, et qu'on doit bien plus souvent attribuer l'irritation observée h ce que la langue, déjà développée anormalement, va s'irriter contre une dent qu'elle ne toucherait pas, si elle n'avait que son volume naturel. î^ovis» tv'txàLm^W.oxv^, à'\â\k.\i\î^^ ^as çlus que
M. Lebert, qu'une irritation pure et simple puisse déterminer un cancer; nous l'admettons même beaucoup moins que lui, attendu que lui, sans donner aucune raison, croit cette irritation suffisante pour causer un cancroïde, et que nous ne la croyons suffisante ni pour le cancer h cellules hétéromorphes — (hétéromorphes, toujours sous toutes réserves) — ni pour le cancer épithélial. Mais de ce qu'une irritation est insuffisante pour causer un cancer chez une personne non prédisposée, s*ensuit-il qu'elle soit de nul effet, quand elle agit sur une prédisposition? Je n'oserais pas aller jusque-la, et je crois même positivement tout le contraire, et par des raisons générales et par des raisons spéciales : par des raisons générales, parce que toutes les causes de maladies agissent d'autant plus efficacement qu'elles trouvent des organes déjà plus atteints par d'autres influences; c'est, en un mot, l'application d'une vérité presque trop vraie pour être dite, qu'on résiste moins à dix ennemis qu'à un seul. Un exemple doublement applicable au cancer prouverait cette vérité, si elle avait besoin de l'être : qu'une plante d'un bon naturel soit plantée dans un bon sol, h bonne exposition, elle croîtra vigoureusement, et, parvenue à sa croissance, elle offrira, dans tous ses organes, le cachet de la santé et de la vigueur; mais qu'un des éléments nécessaires à la vie, eau, lumière, sels ou azote, vienne à lui manquer, et aussitôt, l'affaiblissement qui en résulte la rendra vulnérable par une foule d'ennemis qui l'environnent et qui, auparavant, ne pouvaient pas l'entamer; que tout en lui, conservant toutes les bonnes conditions d'alimentation, on lui fasse subir des blessures nombreuses et intempestives, les ennemis finiront par s'introduire dans ces blessures, et, finalement, par lutter avec succès et remporter la victoire.
Chez notre malade de Tobservation 32, nous avons vu un irritant chimique déterminer une maladie que nous avons dû combattre pendant des mois pour en triompher. Cette maladie était-elle un cancer, épiihélial ou autre, commençant? Nous
ne voulons certainement pas Taffirmer; mais qui pourrait affirmer le contraire? Ce qu'on peut assurer sans crainte, c'est que, sans une disposition particulière, une cautérisation légère au sucrate de chaux n'aurait pas causé des désordres aussi persistants.
Prédisposition. — Nous venons de prononcer le mot de prédisposition; ce mot exprime une chose ou plutôt un état; mais le constater est malheureusement tout ce qu'on peut faire. On peut ajouter, seulement, ce qu'on n'a pas assez fait remarquer, que la prédisposition est double : il y a celle de l'organisme, il y a celle de Torgane; Tune est aussi certaine, mais non moins inconnue que l'autre.
Hérédité. — La prédisposition et l'hérédité, c'est à peu près sinon tout à fait la même question. Quoique démontrée presque jusqu'à l'évidence, dans quelques cas particuliers, l'hérédité est encore fort obscure, sur beaucoup dépeints; nos observations ne peuvent apporter aucune lumière h cette question. Il est d'abord assez difficile d'avoir des renseignements sur l'hérédité, quand on voit des clients que l'on ne connaît pas personnellement, ce qui arrive nécessairement souvent, dès qu'on a une pratique un peu étendue ; on comprend la réserve que commande, dans beaucoup de cas, sous ce rapport, la tranquillité et l'intérêt des malades à qui les questions d'hérédité ne sont pas toujours étrangères. Sur nos trente-neuf malades, nous n'avons pris des renseignements dignes de quelque confiance que sur dix-sept; sur ce nombre, nous en avons trouvé un dont le père était mort d'une tumeur, et trois dont les mères étaient positivement mortes d'un cancer ou d'un cancroïde. Cette proportion, quoique portant sur des faits aussi restreints, nous parait cependant avoir sa signification, car elle dépasse de beaucoup celle qui devrait naturellement exister, si l'hérédité n'avait joué aucun rôle dans le développement des productions que nous avons observées.
Contagion. — La question de la contagion, qui n'est pas
sans analogie avec celle de l'hérédité, a souvent été débattue, sans qu'on soit arrivé h quelques résultais positifs. Nous avons fait précédemmentallusion h une expérience de MM. Follin et Lebert; nous allons maintenant la soumettre à l'appréciation de nos lecteurs. Nous commencerons, d'ailleurs, par citer tout le passage que M. Lebert consacre à la question de la contagion; ce paragraphe porte le cachet d'une parfaite impartialité et d'uo excellent jugement ; nous sommes heureux d'en faire honneur à M. Lebert. pour la personne duquel nous avons la plus haute et la plus sympathique estime, tout en repoussant avec énergie un grand nombre de ses opinions. Voici ce paragraphe remarquable :
« On a souvent débattu la question de la transmissibilitè directe par voie d'inoculation ou par l'injection de matière cancéreuse dans les veines des animaux. Voici le résultat de toutes ces recherches.
■ D'abord une preuve pratique de la non transmissibilitè par coniact réside dans l'absence de tout exemple avéré d'un cancer contracté ainsi par les personnes qui soignaient et approchaient les malades atteints de cancer. Il n'est pas rare de voir de malheureuses femmes atteintes d'un cancer de la matrice, se livrer aux désirs de leurs maris ou de leurs amants jusqu'fa une p(ïriode avancée de la maladie. Jamais un cancer de la verge ne s'en est suivi. On sait que Bictt et Alibert ont essayé de s'inoculer le cancer, et sans résultat aucun. J'ai pour ma part manié souvent des pièces cancéreuses pendant des heures entières avec une écorchure au doigt, et certainement si le cancer était inoculable, je devrais en élre atteint depuis bngtemps. Le contact et l'inoculation ne peuvent donc pas Iransmettre cette maladie. L'absorption indirecte n'y influe pas davantage, et l'on sait que Dupuytren a nourri pendant longtemps des chiens avec du cancer sans qu'ils en aient été atteints-, et pourtant le chien est très-sujet au cancer. On a plusieurs fois injecté du suc cancéreux délayé dans de l'eau
dans la veine jugulaire d'un chien, et avec des résultats bien divers. Langenbeck a réussi h produire ainsi des tumeurs cancéreuses secondaires. Vogel, Valentin, et déjà bien longtemps auparavant Dupuytren, sont arrivés à des résultats négatifs. Cependant la question ne me parait en aucune façon jugée, et à coup sûr on n*a pas assez varié et multiple les expériences. J'ai pour ma part constaté avec M. FoUin un fait qui m'a vivement impressionné. Je ne veux en tirer encore aucune conclusion, mais je vais le rapporter tel que je Taî consigné dans mes notes. Du cancer du sein opéré par M. Yelpeau à la Charité» a été injecté dans la veine jugulaire d'un chien de moyenne taille. La substance cancéreuse avait été préalablement broyée et délayée dans de l'eau. L'examen microscopique avait mis hors de doute l'existence de cellules dans le liquide. La masse injectée était environ de 60 à 80 grammes : au bout de quinze jours l'animal a succombé, et & l'autopsie nous avons constaté l'existence d'un certain nombre de tumeurs dans les parois du cœur, variant entre le volume d'un petit pois et celui d'un petit haricot, d'une dureté élastique, d'un blanc mat» infiltrée d'une petite quantité de suc cancéreux. Il y avait en outre des petites tumeurs du volume d'une tête d'épingle dans le foie. Toutes montraient des cellules cancéreuses de vingt millièmes de millimètre de diamètre, à l'état complet, renfermant un noyau de sept millièmes et demi de millimètre de diamètre, rond ou elleptique et muni d'un ou de deux nucléoles. Beaucoup de ces noyau étaient libres, d'autres étaient entourés d'une paroi fusi^forme.
« Un seul fait, en pareil cas» ne prouve rien, ajouta M. Lebert; car, comme le cancer est fréquent chez le chien qu'on ne sacrifie en général pour les expériences que les an' maux sans prix, il se pourrait parfaitement que le chien er été cancéreux auparavant, et nous soupçonnons quelque cho d'analogue '^«^^^ \e \fe^\Av^V ôi^ V ^^'^t^xa^ce de Langenbe
Toutefois, ce sujet mérite d'être repris avec la plus sérieuse attention. » (Lebert, Mal. cancer. ^ p. 135.)
Nous avons déjà exprimé par avance notre opinion sur la transmissibilité du cancer par contagion; c'est dire tout riniérét que nous attachons à cette question, qui est suivant nous capitale dans l'histoire du cancer, aussi bien au point de vue de la pathologie que de la thérapeutique et de la prophylaxie; mais plus nous sommes convaincu de la contagiosité du cancer, plus nous devons nous défier des preuves qui nous sont offertes à Tappui de notre opinion ; nous ne serons donc pas moins difBcile sur ces preuves que si nous étions un adversaire déclaré de la contagion.
Or, nous devons le dire, on pourrait être moins difficile que cela, et ne pas considérer comme convaincante Texpérience de M. Lebert; pour mieux dire, cette expérience ne prouve absolument rien, sinon que MM. Lebert et Follin avaient un peu oublié, en la faisant, et la pathologie du cancer et la relation des expériences analogues qui existent dans la science, notamment celles de Gaspard, de Legallois, de MM. de Gastelnau et Ducrest, etc.
La pathologie du cancer nous permet difficilement d'admettre qu'au bout de quinze jours de contagion, on puisse trouver déjà des cancers tout formés, parvenus à leur stade de floraison, pour parler comme le savant professeur Virchow; elle ne nous permet guère davantage d'admettre que des cancers aussi multipliés se développent tous à la fois, et marchent d'une vitesse égale vers le terme de leur évolution. Il y aurait dans ces deux circonstances quelque chose de trop inusité, pour qu'on pût y croire sans des preuves cent fois répétées. Et à propos de répétition, nous ne serons pas seul à nous étonner que des hommes qui paraissent animés d'un grand zèle scientifique, qui avaient les loisirs nécessaires et qui se trouvaient dans des conditions favorables à l'expérimenlation, s'en soient tenus à une seule expérience, sur une question qu'ils jugeaient
eux-mêmes du plus grand intérêt, quand il leur était si facile de renouveler cette expérience. Cette remarque faite, nous nous contenierons d'ajouter que les résultats constatés dans leur expérience unique, par TklM. Follin et Lebert, sont tout à M analogues à ceux qu'ont obtenus AIM. de Casteinau et Ducresl, en injectant dans les veines des chiens diverses substances étrangères. {Recherckes sur les abcès multiples, in-i"; 3f^ir« (le l'académie de médecine, t. XII.)
MM. Follin et Lebert n'ont donné aucun renseignement sur les symptômes qu'a dû éprouver l'animal sur lequel ils ont expérimenté; c'est une lacune importante qui. si elle eût EU remplie, aurait très-probablement complété les analogies entre celle expérience et les nombreuses expériences semblables dont elle a été précédée. Mais, dira-l-on peut-être, les petites tumeurs, si tumeurs il y a, constatées par MM. Follin ei Lebert contenaientdes cellules cancéreuses; cette circonstanco peut être un embarras pour ceux, s'il en est encore, qui considèrent ladite cellule comme pathognomouique du cancer; mais pour ceux qui sont d'une opinion contraire, ils trouveront que l'embarras est pour la cellule, qui se trouve là fort intempestîvemeot, pour caractériser de cancer une production quine saurait être du cancer. Ce qu'on peut dire de plus favorable k celte cellule, c'est qu'elle n'était autre que celle qiM avait été injectée dans les veines, et qui s'était déposée dansles points oti on l'a retrouvée. Que si les cellules constatées àl'autopsie étaient plus nombreuses que celles qu'on avait injectées, on en concluera tout ce qu'on voudra, excepté qu'une multitude de cancers puissent se former en quinze jours ! On ne s'explique pas que les savants expérimentateurs n'aient pas fait eux-mêmes toutes ces réflexions. Nous sommes heureux de constater qu'elles ont été faites par M. Broca, ii pou près dans les termes où nous venons de les présenter.
Avant de quitter la question des expérimentations que nous ne pouvons épuiser, parce que son caractère de généralité nous
entraînerait trop loin de notre sujet, nous croyons devoir présenter une remarque qui nous parait indispensable.
Ce que nous venons d'écrire prouve assez toutTintérét que nous attachons aux expériences faites sur les animaux ou sur l'homme; cependant aucun clinicien ne peut aujourd'hui se dissimuler toute la distance qu'il y a d'une expérimentation artificielle à la contagion naturelle. L'inoculation de la syphilis, inaugurée par M. Ricord, a pour quelques instants séduit un certain nombre d'esprits légers ; mais quand M. deCasielnau eut, le premier, passé cette pratique au creuset d'une critique sévère, basée sur l'observation clinique, il fut démontré clair commelejour,queceprocédén'étaitpasseulementimmoral,mais encore qu'il était trompeur, et que c'est par l'observation clinique qu'on doit résoudre et qu'on résoudra les questions de clinique. Aujourd'hui, personne ne doute que les accidents secondaires de la syphilis ne soient contagieux, quoiqu'on n'ait réussi que très-rarement et d'une manière plus ou moins équivoque à les inoculer. Ce n'est donc qu'avec de grandes réserves qu'on peut conclure de l'expérimentation à la clinique, car les procédés de l'une et de l'autre peuvent différer dans des limites que nous ne saurions prévoir. Si ces réserves nous sont imposées dans la syphilis, c'est bien autre chose dans le cancer, dont la cause productrice nous est encore bien moins connue que celle du mal vénérien. Si nous ne savons pas ce que c'est qu'un virus, nous avons au moins quelques données sur lui, tandis que sur la cause du cancer, nous n'avons que quelques faits fort incomplets, et l'hypothèse que nous allons exposer. M. Lebert a bien parlé du virus, mais il parait avoir employé ce mot un peu au hasard (1), uniquement parce qu'il s'est pré-
(l)c Le cancer des intestins, dit-iU est bien plas souvent le résultat du dépôt primitifdavtnif cancéreux qu'un mal secondaire. » (Mal. cancer, p. 553). Pourquoi encore dépoli Pour qne le virus eût été déposé, il faudrait qu'il eût été pris quelque part ; or, M. Lebert, qui ne croit pas, quant à présent, à la contagion, doit nécessairement admettre que le virus, si virus il y a, s'est Tormé sur place ; il n*a donc été ni transporté ni déposé, et le mot dépôt est tout à fait impropre,
sente le premier sous sa plume, comme cela arrive trop souvent à notre savant confrère» sans doute trop préoccupé de l'idée pour s'astreindre à peser ses mots. Malheureusement les mots sont le seul moyen d'exprimer les idées, et faute de bien choisir les uns, on s'expose à rendre très-imparfaitement les autres. Ainsi, d'après ce que nous savons des virus reconnus, la cause du cancer n'est pas un virus; on ne doit donc pas même lui appliquer, en expérimentation, la logique applicable aux virus (1), et il est encore plus urgent, en ce qui le concerne, de s'en tenir aux enseignements de la clinique, èi moins d'être guidé par un principe supérieur aux expérimentations et à la clinique, c'est ce que nous discuterons dans un instant.
Pour le moment, nous nous contenterons de signaler deux ordres de faits cliniques qui nous paraissent établir quelques présomptions, en faveur de la contagion : dans les uns, ainsi que nous l'avons précédemment signalé, ou voit une ulcération cancéreuse se former sur l'amygdale, ou sur le voile du palais, ou sur la joue même, sur un point en contact avec un ulcère cancéreux plus ancien; dans les autres, on voit des personnes etr:^ relations plus ou moinsintimes (et trois fois sur quatre, très-inti ^ mes, puisqu'il s'agissait de deux femmes et d'une maîtresse
^la
si
(i) Il est bien entendu que je raisonne, ici, en me plaçant an point de vue idées reçues et des faits établis sur les virus, c*est-à-<lire en considérant seulein^ comme virus ou ferment la substance inconnue, mais intimement nnie à certai sécrétions morbides, (ou, d'après des recherches récentes, à certains élémeo ces sécrétions), et qui, transportée mécaniquement et déposée dans des tissai dans des conditions possibles d*absorpUon, détermine une maladie sembli celle qui a donné lieu à la sécrétion virulente. Ainsi compris, le virus on la virulente n'existe pas, ou, du moins, n'est pas démontrée exister dans le ca mais on verra plus loin qu'en envisag^eant d'un point plus élevé la contagion, y trouvant nécessairement l'acUon d'un être vivant, nos idées sur les viras être modifiées; et, au point de vue nouveau, la cause productrice du cancer virus, c'est-à-dire un parasite, tout comme la variole, la morve, la rage syphilis; seulement les conditions de reproduction de ce parasite sont inconnues que celles des parasites varioleux et syphiliUqucs. — Voilà U^
cancéreux, obs. -3, 11, 12, 30, etc.) contracter une maladie ■jBemblable à celle du malade avec lequel elles vivaient et auquel elles donnaient des soins. Nous ne nous dissimulons pas qu'on pourrait, dans ces quatre cas, mettre en doute le caractère de |amal8diesupposéecontractéeparconlagion;maisilfauld'abord constater que les personnes supposées contaminées ne s'y sont
s trompées, et qu'elles ont constaté sur eUes-mêmes ce qu'elles avaient vu d'abord et dès l'origine, sur leurs maris; ce fenseigueiuent, sans être absolument scientifique, ne doîtpourilanl pas être dédaigné, et il doit l'être moins encore, quand il concorde avec les données de l'obscrvalion relativement au début de la maladie; or, la concordance est pour nous induhitable. M. Lebert a cependant cboisi le plus Tort argument qu'on puisse donner contre la cantagiosité du cancer, en citant l'immunité dont jouissent les hommes qui continuent à cobnbilfir avec des femmes atteintes de cancer de l'utérus. Cet argument, nous le répétons, est d'un grand poids. Pourtant, la Cûbabilation dont on parle n'a peut-être pas été assez étudiée, pour qu'on puisse lui accorder toute la valeur qu'elle parait avoir. Dans notre propre pratique, nous ne l'avons jamais ObseiTée. dans des conditions comme celles qu'on pourrait supposer; en sorte qu'il règne sur ce point, dans notre esprit, tm doute iraporlanl à éclairer. Il reste surtout h. étudier et b. découvrir les divers procédés de contagion, dont nous ne connaissons que quelques-uns, ou, si l'on veut, les diverses conditions de reproduction des parasites morbigênes. Par exemple, en inoculant ou même en injectant soit le suc, soit la substance même de la noix de galle ou de la pomme de chêne, on ne reproduirait certainement pas ces tissus morbides,
svéritables tumeurs; et cependant, qui pourrait nier que ce BOtenl les insectes résultant de la transformation des larves qui produisent ces tumeurs, qui vont porter h leur tour de nouvelles larves et occasionner dû nouvelles tumeurs, dans d'autres arbresî Ne saît-on pas aussi que tous les étals des animaux
sujets aux métamorphoses, ne peuvent toujours se transmettre, dans un même état, aux individus de plusieurs espèces, et qu'avant de se reproduire sur une espèce, à un état donné, ils doivent passer par un autre état sur une espèce différente!
Il y a donc, relativement aux divers modes de contagion, tout un monde à découvrir, monde dont MM. Lebert et Follin, ni les commentateurs de leur expérience unique ne paraissent point se douter. En tous cas, le fait tel que Ta formulé M. Lebert fùt-il constant, qu*il ne saurait détruire, d*une manière générale, nos présomptions, ni les faits, ni surtout le principe sur lesquels elles se fondent.
Quant au principe, nous Tavons déjà posé, c^est le principe, si Ton nous permet ce mot, du parasitisme. Sans doute, nous ue pourrons jamais peut-être placer sous l'œil du micrographe le parasite ou les parasites qui causent Taltération de nutrition d*oii résultent les productions cancéreuses; je n'en suis pas moins convaincu que ce parasite ou ces parasites existent, et que ridée de leur existence s'impose à l'esprit de quiconque a bien observé les productions pathologiques des deux règnes, et qui est doué de quelque puissance d'induction. Or, une fois ridée de parasitisme admise, celle de contagion s'ensuit nécessairement, comme du fait de la contagion se déduit nécessairement, pour nous, celle de parasitisme. Oui» je l'avoue, ou plutôt je déclare nettement et itérativement, je comprends qu'un corps inerte, une molécule de potasse oa d'acide sulfurique détruise des tissus organiques; je comprends qu'une pointe d'aiguille excite ces mêmes tissus; je necoi&' prendrais pas que ces corps déterminassent un produit qui» transporté sur un tissu sain, déterminerait une action dont le résultat serait la reproduction de la première cause du B^f c'est-à-dire une molécule d'acide sulfurique ou de potasse, une pointe d'aiguille! La contagion est-elle autre chose? Non ;^ nos yeux, les êtres vivants, seuls, engendrent des êtres yvf^^ — au moins dans la période où eu est arrivée la création;-
par conséquent les lerments sont des êtres vivants, les virus sont des êtres vivants, tout ce qui est compris dans tes mots contagion et infection résulte de l'action et du développement d'élres vivants; cela pouvait passer pour un paradoxe quand je l'ai dit i! y a quatre ans; aujourd'hui, cela est aux trois quarts démontré; demain ce sera démontré entièrement, 'ei alors, nul ne doutera plus que la cause du cancer ne soit un parasite; on ne doutera que d'une chose ou plutôt on n'oubliera qu'une chose, c'est de se rappeler le nom de celui qui aura eu le mérite de prévoir et de faire sentir celle vérité, sinon de la démontrer, et de devancer de quelques Minées l'opinion universelle.
L*exposé de noire traitement et de ses résultats confirmera, |e l'espère, la justesse de ces considérations.